« Nous étions comme ceux qui font un rêve »

Plongée au cœur de la méditation du pasteur Jean-Mathieu THALLINGER, inspirée du Psaume 126, pour raviver l’espérance et se souvenir que les plus grands renouveaux surgissent parfois des terres les plus arides.

"Nous étions comme ceux qui font un rêve"
© Pexels, Photo de Irina Iriser

 

« Quand l’Éternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme ceux qui font un rêve. Alors notre bouche était remplie de cris de joie, et notre langue de chants d’allégresse. Alors on disait parmi les nations : l’Éternel a fait pour eux de grandes choses ! L’Éternel a fait pour nous de grandes choses ; nous sommes dans la joie. Éternel, ramène nos captifs, comme des ruisseaux dans le Neguev ! Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chants d’allégresse. Celui qui marche en pleurant, quand il porte la semence, revient avec allégresse, quand il porte ses gerbes. »

Psaumes 126

 

C’est encore l’hiver dans les vignes d’Alsace. Le sol est gelé. Les ceps de vignes autrefois si fiers de leurs grappes ne ressemblent plus qu’à des bois torturés. Ils sont comme morts, vaincus par le froid.

Pourtant le vigneron sortira ce matin pour aller tailler sa vigne. Il est comme la veuve Antigone qui se refuse à faire son deuil. Quelle imagination folle lui donne de prévoir que de ce bois mort pourrait un jour renaître la joie ?

C’est parce qu’il se souvient que cela s’est déjà produit. Il sait que la sève, vitale, s’est réfugiée dans les racines. Elle attend.

C’est l’été dans le Néguev. Qu’est-ce qui pousse le paysan à sortir avec sa houe pour gratter la terre dure comme la pierre et tenter d’y semer quelques grains ? Cette terre n’a pas reçu la moindre goutte d’eau depuis des mois. Tout en elle est hostile à la vie. Pourtant le paysan va labourer le sol « dans les larmes », jusqu’à l’épuisement. Parce qu’il se souvient que les pluies ne vont pas tarder à descendre du ciel au nord, grossissant les fleuves, qui bientôt rempliront à nouveau les lits asséchés des rivières au sud. Le sol est maintenant prêt. Il attend.

Nous sommes à Babylone, en 539 avant notre ère. Une rumeur commence à courir. Le roi des Perses vient de vaincre celui de Babylone et pourrait autoriser les exilés et leurs descendants à retourner à Jérusalem. Peu y croient, sauf quelques-uns qui se souviennent : cela s’est déjà produit, au temps de Moïse. Alors ils attendent.

Nous sommes à Berlin Est, le 18 janvier 1989, Erich Honecker, président de la RDA déclare « le Mur existera encore dans 50 et même dans 100 ans ». Le 9 novembre 1989, le conseil des ministres publie le communiqué suivant « Les voyages privés vers l’étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs ». Quelques heures plus tard un douanier en charge du point de passage de Bornholmer Strasse donnera l’ordre « Ouvrez la barrière ! ».

La foule massée de la frontière hésite un instant et se demande « Est-ce un rêve ? ». Avant d’oser un premier pas de l’autre côté.

Nous sommes en France, ces jours-ci. 80 ans après la Libération. Et nous nous souvenons à l’aide d’images d’archives, de ces foules en liesse qui envahirent les rues de tout le pays. Le cauchemar aurait pris fin, après cinq années de privations, de peurs, de drames sans nom.

Tous se demandent : « est-ce que nous rêverions ? » L’histoire de l’humanité balance entre cauchemars et rêves qui se sont réalisés.

Aujourd’hui encore, dans tant de lieux du monde, beaucoup vivent des cauchemars. C’est dans la mémoire des libérations d’hier que nous trouverons la force de continuer à espérer, à lutter, à refuser de nous abandonner la fatalité. La Bible en a fait un commandement « Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l’honneur de l’Éternel » (Exode 12, 14). Que cette année 2025 beaucoup puissent à leur tour dire : « nous étions comme ceux qui font un rêve ».

 


Pourquoi Moïse souffrait-il d’un défaut d’élocution ?

Un sage du 14e siècle explique : Si Moïse avait été un orateur éloquent, les sceptiques pourraient prétendre que le peuple juif a accepté la Torah du seul fait du charisme de Moïse. Après tout, un orateur enjôleur et captivant peut convaincre les gens d’à peu près n’importe quoi. Mais comme il était difficile d’écouter Moïse parler, il est devenu éminemment clair que nous n’avons pas accepté la Torah parce que nous avons été impressionnés par Moïse ; nous avons accepté la Torah, parce que nous avons été impressionnés par Dieu.




Jésus et la Samaritaine

Fatigué et assoiffé, Jésus rencontre une femme en quête de vérité : c’est dans leur besoin partagé que naît un dialogue transformateur. Et si nos rencontres suivaient le même chemin ? Méditation par Dominique IMBERT-HERNANDEZ, pasteure à l’Église Protestante Unie de France au Foyer de l’Âme.

Jésus et la Samaritaine Huile sur toile (XVIIe siècle) de Rutilio di Lorenzo Manetti © RMN /Gérard Blot

 

« Là se trouvait la source de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, s’était assis tel quel au bord de la source. C’était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vient puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire. Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La Samaritaine lui dit : Comment toi, qui es juif, peux-tu me demander à boire, à moi qui suis une Samaritaine ?»

Jean 4, 6-9

 

 

Le récit de la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine recèle de grandes richesses quant à la compréhension de l’annonce de l’Évangile et ce, dès les premiers versets.

Jésus n’y est pas présenté en situation avantageuse : il est fatigué, il est assis sans façon, il a soif, il est seul. Tous les disciples sont partis, aucun n’est resté auprès de lui. L’homme qui s’adresse à la femme samaritaine est en état de faiblesse et de plus, il n’a rien pour puiser l’eau afin d’étancher sa soif. Il a besoin d’elle.

Les quelques mots de l’Évangile au sujet de la femme samaritaine, aussi discrets soient-ils, laissent cependant deviner que sa situation à elle n’est pas non plus favorable. En effet, elle vient seule à l’heure la plus chaude pour puise de l’eau, une corvée domestique ainsi effectuée dans les conditions les moins agréables : sans la compagnie d’autres femmes pour s’entraider, s’encourager, et sans profiter des heures plus fraîches du matin.

Si l’un des deux a un avantage par rapport à l’autre, c’est elle qui est dans son pays, la Samarie.

C’est pourtant à partir de son manque et du besoin qu’il a d’elle que Jésus engage le dialogue : il demande à boire.

Si la femme répond en lui faisant remarquer qu’ils n’ont rien à faire ensemble et rien à se dire l’un à l’autre, lui l’homme juif et elle la femme samaritaine, elle ne le rabroue pas vertement. Elle donne à sa remarque la forme d’une question. Jésus n’a plus qu’à reprendre la balle au bond et le dialogue qui s’engage transformera la femme isolée et à la vie conjugale mouvementée en apôtre du Christ.

 

❝ Le dialogue naît du besoin

C’est que la soif profonde de Jésus est entrée en résonance avec celle de la femme. Au-delà du besoin d’eau à boire pour lui, au-delà de sa quête toujours insatisfaite d’un homme dans sa vie pour elle, l’un et l’autre ont soif de rencontres en vérité, de paroles portées par un véritable souffle d’être. Et la reconnaissance surgit alors, l’Évangile est annoncé.

Le dialogue ne naît pas du plein, mais du besoin. Le partage du manque se révèle particulièrement fécond et dans le commencement d’une année d’activités, la rencontre de Jésus et de la femme samaritaine porte un éclairage particulier sur toutes nos rencontres à venir, sur nos missions respectives : c’est l’autre qui me désaltère.

 

 

Prière

La Source a soif
l’Eau vive demande à boire
il n’y a pas de plus grand paradoxe
C’est pourtant là que nous prenons naissance
dans ce haut désir qui nous supplie d’être l’eau qui court
sous le sable des jours pour désaltérer l’amour
Il n’y a pas d’autres chemins pour étancher notre soif
il n’y a que le chemin de devenir source à notre tour
en nous coulant dans le lit de Celle qui va de toujours à toujours murmurant J’ai soif

 

Francine Carrillo – Le Plus-Que-Vivant




Christ pour tous

Simon Pierre et Corneille, deux individus qui ne devraient pas se connaître… Méditation par le pasteur Lévi Ngangura Manyanya, théologien et Président provincial de l’Église du Christ au Congo/Province du Sud-Kivu (République Démocratique du Congo).

Saint Pierre et Corneille le Centurion – Bernardo Cavallino – Galleria Nazionale d’Arte Antica © Wikimedia Commons

 

« Pierre prit alors la parole et dit : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu n’avantage personne : tout être humain, quelle que soit sa nationalité, qui le respecte et fait ce qui est juste, lui est agréable. Il a envoyé son message au peuple d’Israël, la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous les hommes. »

Actes 10, 34-36

 

 

L’arrivée et le discours de Pierre chez Corneille auront une influence décisive sur le déroulement et ’orientation de l’histoire de l’Église primitive.

En effet, Simon Pierre et Corneille, sont deux individus qui ne devraient pas se connaître à cause de différentes barrières ou de divers murs de séparation construits par leurs société. Ils ne vivent pas dans la même ville : Corneille habite la ville maritime de Césarée, alors que Simon Pierre est originaire de Besthsaïda et habite avec sa famille à Capernaüm. Sur le registre religieux, ethnique et socio-politique, Simon Pierre est un juif qui ne devrait pas manger avec les païens. Corneille est un romain, un païen que les Juifs traitent d’idolâtre et avec lequel ils doivent se séparer absolument.

❝ Une nouvelle expérience de foi

Corneille et Simon Pierre n’avaient pas à l’origine d’intérêts communs à avoir une relation proche. Leur première rencontre devait être régie par une certaine méfiance de l’inconnu. Et pourtant, l’épisode d’Actes 10 ne présente pas la rencontre de Corneille et de Pierre comme des personnages séparés par un mur infranchissable. Corneille jouit d’une bonne réputation et est présenté avec quatre mots significatifs : pieux, craignant Dieu, généreux d’aumônes et assidu à la prière. Il satisfait les plus hautes exigences de la piété juive. Il pourrait même paraître comme un modèle pour le peuple élu et ceux qui pensent qu’en dehors d’Israël il n’y a qu’impiété et immoralité chez les Non-Juifs.

Comme Simon Pierre, Corneille est aussi en relation avec le Dieu d’Israël qui lui envoie un ange. Sa vision, comme celle de Simon Pierre comprend deux éléments importants, une déclaration divine et un ordre divin à exécuter.

Dans la suite de l’épisode, la rencontre de Simon Pierre avec Corneille le mène à une nouvelle expérience de foi. Simon Pierre découvre par Corneille une idée claire de l’impartialité de Dieu, chose qu’il n’avait pas pu comprendre ni avec Jésus en tant que disciple, ni par la révélation de la Pentecôte. C’est aussi chez Corneille que Simon Pierre voit le Saint-Esprit descendre sur les Païens.

❝ Apprendre à offrir ce qui peut épanouir l’autre et à accueillir ce qui vient de l’autre

L’épisode d’Actes 10 indique donc la réalisation de la même promesse pour les Juifs et les non-Juifs, en faisant du Ressuscité, grâce à l’œuvre du Saint-Esprit, le Seigneur de tous.

La rencontre de Césarée peut réconforter tous ceux qui sont ou qui acceptent d’aller en mission. Ils ne partent jamais seuls ; Dieu les précède et est avec eux par différentes manifestations du Saint-Esprit. Cette rencontre peut également nous aider à nous interroger sur l’impératif d’annoncer la Bonne nouvelle aux autres peuples. Comment parler du Christ et de l’amour du Dieu impartial aujourd’hui puisque « les autres à évangéliser » ne sont pas devant Dieu « ceux-là que nous pensons, dans les murs de séparation » construits par les sociétés humaines ? Dans la mission d’évangélisation il y a aussi des partages et des enrichissements à découvrir. Ce sont des expériences communes de mission où nous sommes tous à l’école pour apprendre à offrir ce qui peut épanouir l’autre et à accueillir ce qui vient de l’autre, dans la réciprocité et dans le mystère d’une communion fraternelle en Christ.

 

Prière

Seigneur, tu as entendu les cris de ton peuple qui souffre. Ouvre nos yeux pour voir la profondeur de ton amour pour nous et la merveille de ce que tu accomplis pour nous. Donne-nous le courage d’être tes mains et ton cœur pour les personnes qui souffrent. Donne-nous la sagesse et la force de nous engager pour la justice et la droiture. Que ta volonté soit faite en nous aujourd’hui et toujours.

Extrait de la prière pour
la journée mondiale des femmes 2021




«Tout est vanité» à l’heure des réseaux sociaux ?

Méditation par le pasteur Christian Seytre, président de la Communauté des Églises protestantes francophones, sur les premiers versets du chapitre 5 de l’Ecclésiaste.

© geralt – Pixabay

 

« Prends garde à ton pied, lorsque tu entres dans la maison de Dieu ; approche-toi pour écouter, plutôt que pour offrir le sacrifice des insensés, car ils ne savent pas qu’ils font mal. Ne te presse pas d’ouvrir la bouche, et que ton cœur ne se hâte pas d’exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses. Car, si les songes naissent de la multitude des occupations, la voix de l’insensé se fait entendre dans la multitude des paroles ».
Ecclésiaste 5. 1-3

 

 

Ce texte nous exhorte à être prudents dans nos prières ; on peut si facilement faire des promesses à Dieu et ne pas être en mesure de les tenir.

On peut aussi multiplier les vaines paroles, en espérant que leur nombre produira de l’efficacité. Avant d’enseigner le « Notre Père » à ses disciples, Jésus leur a fait une recommandation et une promesse : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez ». (Matthieu 6. 7-8).

Ce texte est donc un guide pour notre relation avec Dieu ; mais il peut être intéressant de l’appliquer à notre relation avec notre prochain, qui a été créé à l’image de Dieu.

❝ La relation à l’autre est fragile

Il y a d’abord une mise en garde « prends garde à ton pied » ; la relation à l’autre est fragile. Il faut être prudent. On peut si facilement faire du mal sans s’en rendre compte, et se conduire comme un insensé.

Ensuite, il faut écouter. Il faut beaucoup plus d’énergie pour écouter que pour parler : se forcer à ne pas réagir, gérer la multitude des pensées qui nous assaillent et nous distraient ; nous centrer sur ce que l’autre exprime, ce qu’il dit, et peut-être ce qu’il ne dit pas.

Ce message de l’Ecclésiaste revêt un caractère particulier à l’époque des réseaux sociaux.

On nous a appris à l’école à écrire des rédactions, à faire des analyses de textes, à rédiger des dissertations. Il fallait réfléchir avant d’écrire ou de parler, et structurer sa pensée. Mais ça, c’était avant !

Nous assistons depuis quelques années à un déferlement de hevel, mot hébreux qui signifie fumée ou buée, et qui est souvent traduit par « vanité » au début de l’Ecclésiaste (le fameux « vanité des vanités, tout est vanité »).

❝ Dans le silence et l’écoute…

Les réseaux sociaux sont le monde du hevel ; la vanité de la parole creuse ; l’inconsistance de la buée (qui disparaît au moindre rayon de soleil) ; le brouillard de la fumée et son enfumage permanent.

« Je twitte, donc je suis », se dit l’internaute. Il ne connaît rien, mais a un avis sur tout. Il ne sait pas débattre, alors il insulte. Il est incapable de gérer sa frustration, alors il menace ou il harcèle.

Derrière son écran, et souvent de façon anonyme, il se croit le maître du monde, alors qu’il n’est qu’un insensé.

Dans ce tohu-bohu de la fausse communication, avec des réseaux sociaux devenus asociaux, il est important pour le croyant de se mettre à l’écoute de son Dieu. Nous avons une bonne nouvelle à annoncer. C’est dans le silence et l’écoute que nous serons équipés pour le faire.

Nous pourrons ensuite aller vers le prochain, non pour le noyer de paroles, mais pour l’écouter et partager avec lui le cœur de notre foi : Jésus-Christ, fils de Dieu sauveur.

 

Prière

Seigneur, dans le brouhaha de ce monde, aide-nous à être des témoins, qui ne prononcent pas de vaines paroles, mais qui commencent par écouter, toi d’abord, et ensuite le prochain que tu mets sur notre chemin.




«La femme de valeur», figure de l’Église

Condensé de la prédication du pasteur David Mitrani, de l’Église protestante unie de France, sur Proverbes 31, lors du culte synodal à Besançon, le 19 novembre 2023.

« Le baiser », de Gustav Klimt (détail). Huile et feuille d’or sur toile. Galerie autrichienne du Belvédère, Vienne © Domaine public, Google Art Project

 

« Qui trouvera une femme de valeur ? Elle vaut bien plus que des perles. Le cœur de son mari a confiance en elle, et c’est tout bénéfice pour lui (…) Elle ouvre ses bras au malheureux, elle tend la main au pauvre (…) Son mari est reconnu aux portes de la ville, lorsqu’il siège avec les anciens du pays (…) Ses fils se lèvent et la disent heureuse, son mari aussi, et il chante ses louanges : « Bien des femmes font preuve de valeur, mais toi, tu leur es à toutes supérieure. »

Proverbes 31,10-31

 

 

Ce texte des Proverbes n’a pas pour but de nous parler du mariage. Il s’agit de nous amener à Jésus, même si son nom ne s’y trouve pas. Nous lirons donc la « femme de valeur » comme étant une figure de l’Église. Cette expression déjà nous dit des choses sur cette épouse, sur l’Église du Christ, sur notre Église et nos paroisses. « Femme de valeur » : comme des enfants ingrats, il nous arrive de dénigrer notre mère, de ne pas lui reconnaître la valeur que lui voit son époux. Est-ce nous qui avons raison, ou lui ?

Permettez que je le dise : c’est lui ! « Le cœur de son mari a confiance en elle. » L’avez-vous remarqué : la confiance de l’époux ne suit pas les œuvres de sa femme, mais elle les précède.

Ce n’est pas qu’une question d’écriture. La confiance, la grâce de Dieu sont premières, elle nous précèdent, comme le Christ précède l’Église. Aimer, c’est faire confiance.

Or Dieu nous aime, nous fait confiance, fait confiance à son Église. C’est bien cette confiance que le Seigneur de l’Église porte à son épouse qui doit être posée en premier ! Par sa vie et sa mission, par son culte et sa vie communautaire, l’Église exprime et rend visible et manifeste sa confiance en celui qui lui fait confiance !

❝ La confiance de l’époux ne suit pas les œuvres de sa femme, mais elle les précède

Ce qui nous est montré de la vie de l’Église dans ce dernier chapitre du livre des Proverbes est tout à fait intéressant. Elle se préoccupe de son mari, de sa maisonnée, des pauvres, et de la réputation de son mari. Pour tout ceci, elle ne lésine pas sur ses peines, elle se donne les moyens de ce qu’elle veut faire, à l’intérieur et à l’extérieur, sans crainte de commercer avec l’extérieur pour le bien de sa maison. Où trouverait-on plus active que cette femme, et qui ferait mieux qu’elle ?

C’est donc un modèle qui nous est donné. Que notre Église soit comme elle pour son mari – le Seigneur –, pour ses fils – ses membres – et pour les gens qui en ont besoin. Tous ceux qui s’occupent des autres savent bien qu’ils ne peuvent se permettre de se relâcher dans cette occupation. Avouez que ce serait là une belle activité, nouvelle pour beaucoup d’entre nous : confesser devant l’Église qu’elle est riche et heureuse de la confiance que le Seigneur lui fait !

Ce corps qu’est l’Église ne peut pas vivre sans la confiance de l’Époux, mais elle a aussi besoin d’entendre ses enfants la bénir, plutôt que récriminer contre tout ce qu’elle ne fait pas ou fait mal, contre ce qui lui manque. Nous les enfants qu’elle nourrit, nous pourrions lui en être reconnaissants…

Plus nous ferons confiance à la confiance de Dieu, plus nous nous nourrirons de la Parole du Christ, plus nous ressemblerons, en Église, à ce que les Proverbes nous montrent. C’est une vraie bonne nouvelle.




Être loin de Dieu ou avoir été éloigné de Dieu

Méditation par le pasteur Jean-Pierre Anzala, responsable de l’Échange théologique au Défap, sur Jérémie 29.

Saint-Jacques le majeur en pèlerinage, photo d’une reproduction sur toile d’une œuvre de Domínikos Theotokópoulosa, dit le Greco (Tolède) © DR

 

« Je connais, moi, les desseins que je forme à votre sujet – oracle de l’Éternel – desseins de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir fait d’espérance. Alors, vous m’invoquerez et vous pourrez partir ; vous intercéderez auprès de moi, et je vous exaucerai. Vous me chercherez et vous me trouverez, car vous me chercherez de tout votre cœur. Je me laisserai trouver par vous – oracle de l’Éternel – et je ferai revenir vos captifs ; je vous rassemblerai de toutes les nations et de tous les lieux. »
Jérémie 29, 11-14a

 

 

Jérémie écrit aux exilés de Babylone et il leur adresse un message d’espoir de la part de Dieu. Comment regarder au-delà de la catastrophe ? Après les temps difficiles d’exil et de malheur, Dieu annonce la venue d’un temps de prospérité, il ouvre un avenir et un espoir. Mais surtout il invite à le rechercher ! Rechercher Dieu, par la prière, l’invocation ou tout autre moyen.

Le verbe hébreu utilisé (direche du verbe darache) laisse entrevoir l’idée de l’investigation, de la recherche de renseignement pour parvenir à une connaissance. Il y a aussi l’idée de consulter quelqu’un pour obtenir une réponse. Quelque part il y a là de la curiosité, de l’action, il y a de la passion même pour trouver l’objet de sa quête.

Éviter les erreurs et les mauvais guides

Il y a une autre idée, celle de rechercher Dieu en interrogeant Dieu lui-même, par la prière, les supplications, par la demande de renseignements sur lui-même.

Cette démarche permet sans doute d’éviter les erreurs et les mauvais guides qui sont toujours un danger d’égarement.

Mais comment susciter, accompagner, encourager la quête de Dieu loin des mauvais guides ?

D’emblée Dieu annonce que ce ne sera pas une quête vaine. Il se laissera trouver. Quel encouragement !

Aller au bout de la quête !

Il faut avoir de l’endurance pour aller jusqu’au bout de sa quête personnelle. C’est un chemin de transformation radicale, d’ouverture à une nouvelle compréhension de soi, de l’autre et de Dieu.

Cependant au bout de la quête, il y a la rencontre que Dieu garantit lui-même. Le texte utilise le verbe hébreux matsa pour dire que le lieu recherché peut être atteint.

Ce verbe véhicule aussi une autre image pour dire le but atteint, celle de la récolte. Le chercheur récolte les fruits de sa quête acharnée, car Dieu se laisse trouver. Il fait que l’on trouve. Il est lui-même la récompense de la quête.

Jérémie invite avec passion à la quête du Dieu véritable, juste et riche en bonté. Que faire aujourd’hui pour redonner ce goût du Dieu de lumière, le goût de sa quête à nos contemporains ?

Le message de Jérémie interpelle les individus mais aussi les institutions de l’Église telles que le Défap pour stimuler et redonner le goût de la quête de Dieu à nos contemporains. C’est un défi pour nous et pour nos Églises, œuvrer pour un avenir commun dans la paix que Dieu promet.

 

Prière de Saint-Augustin (« Confessions Livre X »)

Tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée !
Mais quoi ! tu étais au dedans de moi, et j’étais, moi, en dehors de moi-même !
Et c’est au dehors que je te cherchais ;
je me ruais, dans ma laideur, sur la grâce de tes créatures.
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi, retenu loin de toi par
ces choses qui ne seraient point, si elles n’étaient en toi.
tu m’as appelé et ton cri a forcé ma surdité ;
tu as brillé, et ton éclat a chassé ma cécité ;
tu as exhalé ton parfum, je l’ai respiré, et voici que pour toi je soupire ;
je t’ai goûtée et j’ai faim de toi, soif de toi ;
tu m’as touché, et je brûle d’ardeur pour la paix que tu donnes.




Une mission «chrétienne»

Méditation par Christian Baccuet, pasteur EPUdF à Paris, sur Actes 11, 26.

Vitrail d’un temple à Paris : la transparence relie le culte et le monde © Christian Baccuet pour Défap

 

« C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens. »
Actes 11, 26

 

 

Qu’est-ce qui détermine qu’une mission est « chrétienne » ? Le récit biblique dans lequel apparaît pour la première fois le terme de « chrétiens » offre quelques pistes de réflexion (Actes 11, 19-30).

À Antioche, un groupe est identifié de manière spécifique et ses membres se voient nommés « chrétiens » par ceux qui les voient. Il ne s’agit pas de nous donner à nous-même des critères d’identité mais d’être disponibles à être reconnus comme disciples du Christ.

Ce groupe est composé de Juifs issus des synagogues et de non-Juifs. Il est fait de mélange, de rencontres, d’inclusion, d’universel et de tensions aussi. Le fruit de la mission, ce sont des croyants d’origines diverses, unis en Christ. Gardons cette articulation entre vraie diversité et unité profonde.

La communauté naissante se structure : Barnabas est « envoyé » par l’Église de Jérusalem pour une visite de communion, Saul est appelé à « instruire », des « prophètes » portent des messages de Dieu, des « anciens » coordonnent la communauté locale. Tous contribuent à la bonne marche de l’Église naissante. À notre tour d’articuler mission, organisation et communion.

Ce sont les événements qui commandent : la persécution, la prison, les disciples en fuite qui sèment l’Évangile, ceux qui les entendent et racontent à leur tour dans leur langue. Et puis, il y a la famine à Jérusalem. C’est la communauté de départ de l’Évangile, et voici que la jeune Église d’Antioche organise une collecte pour venir à son aide.

Comme Barnabas avait été « envoyé » à Antioche, de l’argent est « envoyé » à Jérusalem, premiers jalons de la solidarité et de l’universalité de l’Église. Le partage est un fruit de la mission, geste de fraternité entre communautés dispersées. Nous voilà appelés à être disponibles aux situations qui se présentent, aux appels qui surgissent.

Jusque-là, le livre des Actes rapporte l’histoire de grandes figures, Pierre, Étienne, Philippe. Ici, des quasi-inconnus voire des anonymes, Barnabas, Saul, Agabos, ceux qui arrivent avec l’Évangile à Antioche, ceux qui, entendant la Parole de Dieu, la racontent à d’autres, ceux qui donnent pour le secours des frères et sœurs de Judée. Voilà qui nous rappelle que l’Église c’est nous, chacun dans l’humble quotidien de sa vie.

Le livre des Actes raconte ainsi notre propre histoire. Ou plutôt, il raconte l’histoire du Seigneur avec nous. Car tout cela se vit parce que « la main du Seigneur était avec eux ». C’est l’Esprit qui accompagne, porte, soutient la mission. C’est en cela qu’elle est « chrétienne » !

 

Prière

Seigneur,
Donne-nous d’être des porteurs joyeux de l’Évangile,
dans le témoignage de la bonne nouvelle pour tous
comme dans les gestes de solidarité concrète,
dans notre communauté locale
comme dans la communion des Églises,
dans l’accueil des appels de nos frères et sœurs
comme dans la disponibilité à ton Esprit.
Que ta main reste avec nous. Amen.

Actes 11, 26




«Réjouissez-vous avec Jérusalem»

Méditation pour Pâques par Pierre Thiam, pasteur à Djibouti, sur Esaïe 66, verset 10a et Marc 16, versets 1 à 14.

Tombe à meule, comme celle qui fermait l’entrée du tombeau de Jésus selon les évangiles © Maxpixel.net

 

Le prophète Esaïe nous invite à éprouver de la joie à cause de la tendresse et de l’attention que le Seigneur accorde à son peuple. Il est merveilleux de savoir que Dieu est en mesure d’accomplir sa promesse dans nos vies. C’est pour cela que toute la Bible est traversée de prophéties et d’accomplissement de prophéties pour nous montrer que Dieu reste un Dieu fidèle. Pour ceux qui croient, la Bible offre de vivre la plus belle expérience de la vie : le salut. Dieu sauve les hommes et l’appel à la joie s’adresse à toutes les nations qui se réjouiront avec Jérusalem, avec le peuple de Dieu. Cet appel a une portée universelle et c’est aussi celle de la résurrection du Christ que nous célébrons chaque année le jour de Pâques, fête de la victoire définitive de la vie sur la mort et le mal : réjouissons-nous.

Mais comment vivre cet appel à la réjouissance ? Nous vivons dans un environnement qui ne nous encourage pas à la joie : une actualité chasse l’autre, une catastrophe en cache une autre et aucun secteur de la vie n’est épargné par de multiples problèmes. Sur notre chemin quotidien, nous nous demandons avec Marie-Madeleine, Marie la mère de Jacques et Salomé : « Qui roulera pour nous la pierre du tombeau » ; autrement dit : « qui nous aidera ? ».

 

 

Roulée par les humains pour boucher définitivement la tombe, la pierre symbolise la fin de l’éternel combat de l’homme contre la volonté de Dieu – combat qui apparaît depuis l’arrestation de Jésus où Dieu laisse l’homme aller jusqu’au bout de ses efforts. En roulant cette pierre sur la tombe, l’homme a atteint enfin ses limites. Creuser la tombe, y placer la dépouille et la fermer, voilà où s’arrête ce que l’homme peut faire, même pour la personne la plus chère.

Dans la question « qui roulera pour nous la pierre ? », les femmes reconnaissent et admettent tous ces obstacles qui se dressent et demandent à être dépassés. L’homme reste impuissant devant tous ces murs qui obstruent l’avenir et se dressent entre lui et Dieu. Pourtant, derrière la question des femmes, apparaît une espérance confuse, que ne partagent plus les disciples enfuis. En levant les yeux elles voient que la pierre, qui était très grande, a été roulée.

 

 

Voilà que, ce qui faisait peur et qui semait le doute dans l’esprit des femmes, ouvre des perspectives heureuses et que vient confirmer l’invitation faite aux femmes par le jeune homme assis à droite et vêtu d’une robe blanche dans le tombeau. Il leur dit : « Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s’est réveillé, il n’est pas ici ; voici le lieu où on l’avait mis » (verset 6). Celui que les femmes cherchent n’est plus là, il est ressuscité. Il y a là un indice clair que Dieu a ouvert un nouveau chemin, un chemin de vie éternelle, un chemin qui mènera à la joie parfaite. L’injonction « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit » (verset 7), montre le projet de reconstruire la grande famille, une famille où Jésus retrouvera les siens pour leur offrir la paix qui vient de Dieu et qui restaurera, pour toujours, la joie éternelle des humains.

Avec la résurrection, mourir pour renaître à la vie n’est plus un impossible. Sur le chemin de notre vie avec son lot de questions et d’obstacles, Dieu réserve à chacun – comme il l’a fait pour ces femmes sur la route qui mène au tombeau– une expérience spirituelle et personnelle. Elle suscite un mouvement de foi qui aboutit à la joie. La foi en Christ devient source de joie et nous amène à constater que le Christ Sauveur nous invite seulement à la joie de notre propre résurrection. Plus rien ne nous sépare de Dieu, ni dans ce temps, ni dans l’autre. Réjouissons-nous donc en Christ qui nous libère de ce qui nous enchaîne et nous rend esclaves. Joyeuse fête de Pâques.




Le Défap, «cadeau des Églises à la société»

Le pasteur Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, a été invité à faire une présentation des activités du Service protestant de mission lors d’un « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod, à Lyon. L’occasion de revenir sur l’engagement protestant du Défap, et sur ce qu’il apporte aux relations entre Églises de France et d’ailleurs.

L’affiche du « culte mission » du 5 mars 2023 à Lyon © Espace Protestant Théodore-Monod

Si le Défap est le service missionnaire commun de trois Églises ou unions d’Églises de France, il met en réalité en relation, par ses activités, ce que vivent de nombreuses Églises dans de nombreux lieux, et dans des contextes très variés. C’est ce qu’a rappelé Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, en introduction de sa présentation faite à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon : au-delà de l’Église protestante unie de France, au-delà de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, au-delà de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France, ce que représente le Défap, ce sont « des liens et des ramifications avec des Églises partout dans le monde, que ce soit à Madagascar, au Congo, au Cameroun, au Maroc, un peu partout ». Des Églises qui « ensemble ont su tendre la main (…) pour se dire : Je suis disponible pour toi ».

Retrouvez ci-dessous l’enregistrement de la prédication du pasteur Basile Zouma, et de sa présentation du Défap lors de ce « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon, le 5 mars 2023.

 

 




Carême protestant : Dieu, l’incandescence de la vie

Chaque dimanche sur France Culture, du 26 février au 2 avril 2023, de 16h à 16h30, découvrez comment Dieu révèle nos potentialités et porte notre vie à son incandescence. Ces conférences diffusées dans le cadre de l’émission « Carême Protestant » seront assurées par le pasteur James Woody, de l’Église Protestante Unie de France de Montpellier.

Illustration pour Carême Protestant © EPUdF

Carême et protestantisme semblent ne pas vraiment aller ensemble, si on l’envisage de manière stricte et sous la forme d’un jeûne, et associer les deux termes comme le fait Carême protestant dans une série de conférences diffusées chaque année sur France Culture ne peut qu’impliquer une pratique bien différente.

Le Carême désigne la période de quarante jours précédant Pâques durant laquelle le croyant est invité à méditer sur sa propre vie en ayant à l’esprit le cheminement du Christ jusqu’à la Croix. Cette démarche spirituelle a notamment pour but de raviver la foi et de sortir le Chrétien de son inertie, de son endormissement en le poussant à abandonner sa routine quotidienne. La Réforme n’a en rien contesté l’importance du Carême pour la spiritualité, mais elle n’impose pas la pratique de la pénitence. Actuellement, les Églises de la Réforme ont malgré tout la volonté de marquer ce temps de Carême par l’organisation de nombreuses actions incitant le croyant à aller vers les autres (sous formes de don ou d’action humanitaire par exemple). En nuançant, on peut dire que certains luthériens, en Alsace-Moselle, à Paris, commencent le Carême avec le mercredi des Cendres, comme les catholiques, que les réformés ont institué des conférences de Carême, et que les Églises protestantes sont plus autonomes que les paroisses catholiques.

Les conférences de carême inaugurées par le pasteur Boegner en 1928 à la radio qui s’appellent depuis 1981 « Carême Protestant » montrent la démarche des protestant pour s’approprier cette période. C’est un temps de réflexion assidue pour mieux accueillir en soi le paradoxe que représente le Salut apporté par celui qui meurt sur une croix et qui manifeste la justification par Dieu de tous ceux qui croient, s’en remettent à Dieu pour donner du sens à leur vie. Ces émissions sont donc en soi un indice, une manifestation du fait que depuis des années, les protestants retrouvent l’utilité de ce temps précédant Pâques. Il n’existe, bien entendu, aucune règle institutionnelle en la matière. Mais le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien…

L’histoire de Carême protestant

1928
Le Pasteur Boegner présente sa première conférence dans sa paroisse de l’Annonciation. Il sera suivi par bien d’autres pasteurs. Pendant l’occupation, le Pasteur Boegner se battra avec la censure allemande pour que ses conférences soient retransmises par la radio. Il gagnera. Les retransmissions n’avaient pas le retentissement qu’elles ont actuellement ; les postes de radio n’étaient pas aussi nombreux.
1981
Le titre de « Carême protestant » apparaît pour la première fois – une trouvaille qui va faire une percée fulgurante dans tous les milieux et qui est maintenant déposée comme une marque. Peu à peu, le cercle des auditeurs de toutes confessions s’agrandit et comprend 25% de catholiques intéressés par la pensée protestante. Les conférences sont éditées en brochures, en cassettes audio et en CD qui connaissent un bon succès. « Carême protestant » fait partie des émissions satellites de France Culture qui couvrent l’Europe et le bassin méditerranéen, jusqu’en Égypte.
Depuis 1997
« Carême protestant » a son propre site internet, et les prédications sont proposées en intégralité aussitôt après Pâques.

 
Cette année, les conférences diffusées dans le cadre de « Carême Protestant » seront assurées par le pasteur James Woody, de l’Église Protestante Unie de France de Montpellier. Chaque dimanche sur France Culture, du 26 février au 2 avril 2023, de 16h à 16h30, vous pourrez, à travers ces émissions, vous engager dans un parcours pour découvrir comment Dieu porte notre vie à son incandescence. Il n’est pas toujours facile de repérer l’action de Dieu dans notre vie. Comment prend-il part à notre histoire ? À partir de six textes bibliques, le pasteur James Woody nous fait découvrir comment Dieu révèle nos potentialités et celles du monde dans lequel nous vivons : il nous appelle à prendre des responsabilités, il crée les conditions d’un monde vivable, il oriente la parole vers la vérité, il restaure notre personnalité, il forge une fraternité universelle, il libère la vie de la mort.

Retrouvez ci-dessous le programme de ces six émissions :
 




En communion avec l’Action Chrétienne en Orient

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), organisme missionnaire proche du Défap et qui met en relation, depuis 1922, les communautés chrétiennes d’Occident avec celles de pays comme la Syrie, le Liban, l’Iran ou l’Égypte, vont tourner en ce début d’octobre autour de l’accueil de grands témoins internationaux, d’abord en Alsace, puis à Paris. À l’occasion du culte organisé dimanche prochain à Strasbourg, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée par des témoins de différents pays à l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune.

Mathieu Busch, pasteur et directeur de l’ACO, lors d’une animation dans une paroisse de l’UEPAL © ACO

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO) ont déjà commencé dans la région de Strasbourg, avec deux déléguées venues en avance : Houri Moubahiajian (de Syrie) et Taline Mardirossian (du Liban), de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient. Elles découvrent Strasbourg, l’Alsace et de nombreux lieux et acteurs de l’UEPAL. Au programme : participation à un culte missionnaire à Schillersdorf (consistoire de Pfaffenhoffen), visite du service de l’enseignement religieux et de la catéchèse, découverte de la maison protestante de la solidarité, de la Médiathèque Protestante, du musée Oberlin, de la faculté de théologie protestante, découverte de la paroisse de la Meinau, visites à Strasbourg, Colmar et autres lieux…

L’ACO reçoit à Strasbourg la Syrienne Houri Moubahiajian et la Libanaise Taline Mardirossian © ACO

Le week-end qui vient marquera le lancement officiel des célébrations, avec un premier événement organisé samedi 1er octobre au Temple Neuf qui accueillera, tout au long de l’après-midi, des tables rondes et un concert. Deux de ces tables rondes évoqueront notamment le positionnement et l’action des Églises orientales, dans des pays où se multiplient les crises : « Espérer en temps de crise » avec le pasteur libano-syrien Hadi Ghantous, et « Le travail humanitaire des Églises du Proche-Orient », avec le pasteur et théologie Wilbert van Saane de la NEST (faculté de théologie protestante de Beyrouth). Puis, le dimanche 2 octobre, débutera à 10 heures le culte du centenaire en l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune, en plein centre de Strasbourg.

À cette occasion, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée lors du culte par des témoins venus de différents pays :

Seigneur, notre Dieu, nous voulons joindre les mains pour te confier, avec espérance, les défis de notre monde et les souffrances de ceux qui luttent pour une vie digne.
Nous te prions pour l’Orient, pour tous ces pays violemment touchés par de nombreuses crises et conflits, et pour toutes ces personnes frappées par l’injustice de situations cruelles qu’elles n’ont pas choisies.
Seigneur, avec espérance nous te remettons nos frères et sœurs d’Orient.
Nous te prions pour l’Occident, pour ces pays dit développés et puissants mais qui connaissent aussi de grandes fragilités : le conflit en Ukraine, la tentation de la fermeture et du rejet de l’autre, l’inquiétude des plus défavorisés.

❝ Nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre

Seigneur, avec espérance nous te confions nos frères et sœurs d’Occident.
Nous te prions pour tous ceux qui dans notre monde sont forcés de quitter leurs foyers sous le coup de la guerre, de conditions de vie dégradées, du changement climatique.
Seigneur, avec espérance nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre.
Nous te prions pour notre planète bouleversée par l’impact des activités humaines qui mettent en péril l’existence de nombreuses espèces végétales et animales, la régulation du climat et les conditions de vie de millions d’êtres humains.
Seigneur, avec espérance nous te confions l’immense écosystème rempli de vie que forme notre terre.
Nous te prions pour ton Église, à la fois universelle et riche de sa diversité, pour son témoignage et son engagement en ton nom, au service de la Vie. Nous te prions pour les partenaires de notre communauté ACO, pour notre coopération et communion afin qu’elle soit toujours guidée par ton amour.
Seigneur, avec espérance nous te remettons tous ceux qui œuvrent pour la paix, la justice et la vérité.

Aide scolaire au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO



Méditation : la rencontre au défi des préjugés

Cette prédication a été prononcée le dimanche 28 août à la paroisse de l’Église Protestante Unie d’Ermont-Taverny par le pasteur Freeman Lawson, de l’EEPT (Église Évangélique Presbytérienne du Togo), membre de la Cevaa. Il accompagnait un groupe de jeunes Togolais dans le cadre d’un échange avec la paroisse d’Enghien. Une prédication dont la thématique rejoint largement celle du Grand Kiff « La terre en partage » !

Rencontre entre le groupe des jeunes Togolais et leur pasteur avec l’équipe du Défap – DR

Texte : Jn 1, 43-51 ; Mc 7, 24 – 30

Bien aimés frères et sœurs dans la foi en Christ,

Grande est la joie qui nous anime de partager ce pain de vie de ce dernier dimanche du mois d’août avec vous dans cette paroisse d’Ermont qui nous accueille par le biais travers de notre programme d’échange jeunesse qui a commencé depuis bien des années.

Nous sommes très reconnaissants au Seigneur pour tout ce qu’il fait. Les différents moments de rencontres qu’il nous accordent sont souvent des moments de « DEFI ». Oui la rencontre est un défi ? la rencontre interpelle et bouscule. La rencontre fait naître de l’anxiété et nous pousse vers d’autres horizons. De cette rencontre voulue par Jésus vont naître des interprétations, des préjugés, des clichés.

« De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut–il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46a). Cette question posée par Nathanaël à Philippe au sujet des origines de Jésus, et qui insinue que Nazareth ne peut offrir rien de bon, nous introduit dans le problème de l’ethnocentrisme sous lequel le monde gît depuis les temps immémoriaux.

Et comme nous le savons, l’ethnocentrisme est cette « tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et en faire le seul modèle de référence ».

❝ Jésus dans sa mission prône un nouveau départ

Bien aimés,

Cette tendance ne va pas sans engendrer des conflits dans les relations humaines. Elle fut également d’actualité au temps de Jésus.
L’évangile de Marc (Mc 7, 24 – 30) par exemple, nous présente une scène où deux représentants de deux ethnies s’affrontent : Jésus et une Syro-phénicienne. Le premier est juif et la seconde non-juive. Lorsque celle-ci demanda à Jésus de chasser un démon hors de sa fille, Jésus lui répondit : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour jeter aux petits chiens. » Quel est le sens de cette réponse donnée par Jésus à la syro-phénicienne ? La réponse de Jésus cacherait-elle un mépris pour les origines de la femme, jusqu’à ce que celle-ci et le groupe ethnique auquel elle appartient soit qualifiés de « petits chiens » ? Quelle était en fait la réponse de Jésus face à de nombreux cas de stigmatisation en son temps ? L’Évangile que l’Église est appelée à prêcher n’est-il pas celui de l’Unité ? La bonne nouvelle de Jésus-Christ tiendrait-elle compte des appartenances ethniques ? Jésus avait-il pour mission de prôner l’exclusion ethnique ? Sa réponse à la Syro-phénicienne doit-elle être interprétée comme une exclusion dans le plan de salut du monde ?

Non, voilà pourquoi, nous tenons à dire merci aux différents partenaires qui croient encore que nous avons la terre en partage et que nous devons tous y travailler. Cette terre que nous avons en partage nous amène à ces échanges interculturels.

Jetons un regard sur les différents personnages différents du point de vue ethnique et du cadre. Nathanaël, un nom hébreu. Selon la tradition élohiste il signifie : Nathan (don) et El (Dieu) “don de Dieu“ ; et selon la tradition Jehoviste, il correspond au “don de l’Éternel“ qui serait aussi Matthias. Originaire de Cana (selon Jean 21, 2), Nathanaël tient en piètre estime la bourgade voisine de Nazareth. Il méprisa le « galil » (territoire des païens) auquel pourtant le prophète promet la gloire. Persuadé, comme ses contemporains que « le Christ ne peut venir de Galilée », il n’en attend « rien de bon ».

Philippe par contre est un nom grec qui signifie (amateur de chevaux). Ce nom était très répandu dans toute l’antiquité. Philippe témoigne sur Jésus avec un exposé documenté très pesant et dont les mots portent. Et la réponse « étourdie » de Nathanaël provoque la réplique calme et positive d’un esprit qui s’attache aux faits : « Viens et vois ».

Nazareth, étymologiquement veut dire “nécer“ : bourgeon (parce qu’un bourgeon sommeille pendant l’hiver et s’éveille de bonne heure au printemps).

L’étude comparative des textes de Marc et de Jean nous montre que Jésus dans sa mission prône un nouveau départ. Ce sont surtout pour les laissés pour compte de la société juive que Jésus va s’adresser en particulier, non seulement il se tourne vers les mal-portants, mais aussi vers les défavorisés, les reprouvés bref tous ceux qui n’ont pas véritablement de place dans le système social et religieux érigé en bonne et due forme par la société juive. Jésus aurait même partagé son pain avec toutes sortes de reprouvés et pourtant, un bon Juif ne devait pas se promener avec des gentils, des incirconcis ou encore des prostituées. Mais Jésus bien qu’étant Juif l’a fait. Il va vers les marginaux, des gens de moindre importance. Jésus a fait tomber les barrières qui les séparaient. Il a brisé tous ces obstacles.

❝ Développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration

Bien aimés dans le Seigneur, la division, la haine et les conflits d’origine ou de provenance ne doivent plus avoir place dans le témoignage de l’Église aujourd’hui. Face à ce défi, que l’Église ne se laisse pas distraire ; qu’elle ne fléchisse pas. De façon concrète, l’Église doit développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration. Les membres de l’Église, de la tête à la base doivent avoir un même langage avec Saint Thomas D’Aquin en ces termes : « autrui, loin de me léser, m’enrichit ». Ce n’est que dans cette vision que l’Église peut prétendre poser des actes prophétiques lui permettant de pointer du doigt la réalité du problème de l’ethnocentrisme en son sein et de s’auto examiner. Dans cette optique, nous sommes quotidiennement interpellés afin d’orienter nos actions pour une réelle redynamisation qui nous promeut davantage à une meilleure qualité de vie. Détruisons les murs inutiles de séparations pour l’annonce d’un Évangile inclusif à la lumière de Jésus-Christ. Allons à la rencontre de tous sans distinction et peu importe la distance qui nous sépare. Peu importe le vocable sous lequel on nomme le Très haut : El (Hébreux), Theos (Grecs), God (Anglais), Allah (Arabes), Gott (Allemand), Deus (Latin), Odumunga (Akan), Yendu (Mossi), Esso(Kabyè), Odayè (Ifê), Sangbadi (Nawda), Olorun (Gun), Orokwe (Akébou), Naboda (Anyanga), Oklouno (Fon), Owulowu( Akposso), Mawu (Eve), ou Atakokorabi (Guin-Mina), nous sommes tous des enfants d’un même et unique Dieu, Père de l’humanité de toute cette terre, nous l’avons en partage. Laissons alors les différents clichés et allons avec foi à la rencontre de l’autre qui n’a pas choisi d’être né là où il est.

Que Dieu nous vienne en aide !

Soli deo Gloria !!!

Amen !!!!