«Réjouissez-vous avec Jérusalem»

Méditation pour Pâques par Pierre Thiam, pasteur à Djibouti, sur Esaïe 66, verset 10a et Marc 16, versets 1 à 14.

Tombe à meule, comme celle qui fermait l’entrée du tombeau de Jésus selon les évangiles © Maxpixel.net

 

Le prophète Esaïe nous invite à éprouver de la joie à cause de la tendresse et de l’attention que le Seigneur accorde à son peuple. Il est merveilleux de savoir que Dieu est en mesure d’accomplir sa promesse dans nos vies. C’est pour cela que toute la Bible est traversée de prophéties et d’accomplissement de prophéties pour nous montrer que Dieu reste un Dieu fidèle. Pour ceux qui croient, la Bible offre de vivre la plus belle expérience de la vie : le salut. Dieu sauve les hommes et l’appel à la joie s’adresse à toutes les nations qui se réjouiront avec Jérusalem, avec le peuple de Dieu. Cet appel a une portée universelle et c’est aussi celle de la résurrection du Christ que nous célébrons chaque année le jour de Pâques, fête de la victoire définitive de la vie sur la mort et le mal : réjouissons-nous.

Mais comment vivre cet appel à la réjouissance ? Nous vivons dans un environnement qui ne nous encourage pas à la joie : une actualité chasse l’autre, une catastrophe en cache une autre et aucun secteur de la vie n’est épargné par de multiples problèmes. Sur notre chemin quotidien, nous nous demandons avec Marie-Madeleine, Marie la mère de Jacques et Salomé : « Qui roulera pour nous la pierre du tombeau » ; autrement dit : « qui nous aidera ? ».

 

 

Roulée par les humains pour boucher définitivement la tombe, la pierre symbolise la fin de l’éternel combat de l’homme contre la volonté de Dieu – combat qui apparaît depuis l’arrestation de Jésus où Dieu laisse l’homme aller jusqu’au bout de ses efforts. En roulant cette pierre sur la tombe, l’homme a atteint enfin ses limites. Creuser la tombe, y placer la dépouille et la fermer, voilà où s’arrête ce que l’homme peut faire, même pour la personne la plus chère.

Dans la question « qui roulera pour nous la pierre ? », les femmes reconnaissent et admettent tous ces obstacles qui se dressent et demandent à être dépassés. L’homme reste impuissant devant tous ces murs qui obstruent l’avenir et se dressent entre lui et Dieu. Pourtant, derrière la question des femmes, apparaît une espérance confuse, que ne partagent plus les disciples enfuis. En levant les yeux elles voient que la pierre, qui était très grande, a été roulée.

 

 

Voilà que, ce qui faisait peur et qui semait le doute dans l’esprit des femmes, ouvre des perspectives heureuses et que vient confirmer l’invitation faite aux femmes par le jeune homme assis à droite et vêtu d’une robe blanche dans le tombeau. Il leur dit : « Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s’est réveillé, il n’est pas ici ; voici le lieu où on l’avait mis » (verset 6). Celui que les femmes cherchent n’est plus là, il est ressuscité. Il y a là un indice clair que Dieu a ouvert un nouveau chemin, un chemin de vie éternelle, un chemin qui mènera à la joie parfaite. L’injonction « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit » (verset 7), montre le projet de reconstruire la grande famille, une famille où Jésus retrouvera les siens pour leur offrir la paix qui vient de Dieu et qui restaurera, pour toujours, la joie éternelle des humains.

Avec la résurrection, mourir pour renaître à la vie n’est plus un impossible. Sur le chemin de notre vie avec son lot de questions et d’obstacles, Dieu réserve à chacun – comme il l’a fait pour ces femmes sur la route qui mène au tombeau– une expérience spirituelle et personnelle. Elle suscite un mouvement de foi qui aboutit à la joie. La foi en Christ devient source de joie et nous amène à constater que le Christ Sauveur nous invite seulement à la joie de notre propre résurrection. Plus rien ne nous sépare de Dieu, ni dans ce temps, ni dans l’autre. Réjouissons-nous donc en Christ qui nous libère de ce qui nous enchaîne et nous rend esclaves. Joyeuse fête de Pâques.




Le Défap, «cadeau des Églises à la société»

Le pasteur Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, a été invité à faire une présentation des activités du Service protestant de mission lors d’un « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod, à Lyon. L’occasion de revenir sur l’engagement protestant du Défap, et sur ce qu’il apporte aux relations entre Églises de France et d’ailleurs.

L’affiche du « culte mission » du 5 mars 2023 à Lyon © Espace Protestant Théodore-Monod

Si le Défap est le service missionnaire commun de trois Églises ou unions d’Églises de France, il met en réalité en relation, par ses activités, ce que vivent de nombreuses Églises dans de nombreux lieux, et dans des contextes très variés. C’est ce qu’a rappelé Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, en introduction de sa présentation faite à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon : au-delà de l’Église protestante unie de France, au-delà de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, au-delà de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France, ce que représente le Défap, ce sont « des liens et des ramifications avec des Églises partout dans le monde, que ce soit à Madagascar, au Congo, au Cameroun, au Maroc, un peu partout ». Des Églises qui « ensemble ont su tendre la main (…) pour se dire : Je suis disponible pour toi ».

Retrouvez ci-dessous l’enregistrement de la prédication du pasteur Basile Zouma, et de sa présentation du Défap lors de ce « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon, le 5 mars 2023.

 

 




En communion avec l’Action Chrétienne en Orient

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), organisme missionnaire proche du Défap et qui met en relation, depuis 1922, les communautés chrétiennes d’Occident avec celles de pays comme la Syrie, le Liban, l’Iran ou l’Égypte, vont tourner en ce début d’octobre autour de l’accueil de grands témoins internationaux, d’abord en Alsace, puis à Paris. À l’occasion du culte organisé dimanche prochain à Strasbourg, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée par des témoins de différents pays à l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune.

Mathieu Busch, pasteur et directeur de l’ACO, lors d’une animation dans une paroisse de l’UEPAL © ACO

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO) ont déjà commencé dans la région de Strasbourg, avec deux déléguées venues en avance : Houri Moubahiajian (de Syrie) et Taline Mardirossian (du Liban), de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient. Elles découvrent Strasbourg, l’Alsace et de nombreux lieux et acteurs de l’UEPAL. Au programme : participation à un culte missionnaire à Schillersdorf (consistoire de Pfaffenhoffen), visite du service de l’enseignement religieux et de la catéchèse, découverte de la maison protestante de la solidarité, de la Médiathèque Protestante, du musée Oberlin, de la faculté de théologie protestante, découverte de la paroisse de la Meinau, visites à Strasbourg, Colmar et autres lieux…

L’ACO reçoit à Strasbourg la Syrienne Houri Moubahiajian et la Libanaise Taline Mardirossian © ACO

Le week-end qui vient marquera le lancement officiel des célébrations, avec un premier événement organisé samedi 1er octobre au Temple Neuf qui accueillera, tout au long de l’après-midi, des tables rondes et un concert. Deux de ces tables rondes évoqueront notamment le positionnement et l’action des Églises orientales, dans des pays où se multiplient les crises : « Espérer en temps de crise » avec le pasteur libano-syrien Hadi Ghantous, et « Le travail humanitaire des Églises du Proche-Orient », avec le pasteur et théologie Wilbert van Saane de la NEST (faculté de théologie protestante de Beyrouth). Puis, le dimanche 2 octobre, débutera à 10 heures le culte du centenaire en l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune, en plein centre de Strasbourg.

À cette occasion, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée lors du culte par des témoins venus de différents pays :

Seigneur, notre Dieu, nous voulons joindre les mains pour te confier, avec espérance, les défis de notre monde et les souffrances de ceux qui luttent pour une vie digne.
Nous te prions pour l’Orient, pour tous ces pays violemment touchés par de nombreuses crises et conflits, et pour toutes ces personnes frappées par l’injustice de situations cruelles qu’elles n’ont pas choisies.
Seigneur, avec espérance nous te remettons nos frères et sœurs d’Orient.
Nous te prions pour l’Occident, pour ces pays dit développés et puissants mais qui connaissent aussi de grandes fragilités : le conflit en Ukraine, la tentation de la fermeture et du rejet de l’autre, l’inquiétude des plus défavorisés.

❝ Nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre

Seigneur, avec espérance nous te confions nos frères et sœurs d’Occident.
Nous te prions pour tous ceux qui dans notre monde sont forcés de quitter leurs foyers sous le coup de la guerre, de conditions de vie dégradées, du changement climatique.
Seigneur, avec espérance nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre.
Nous te prions pour notre planète bouleversée par l’impact des activités humaines qui mettent en péril l’existence de nombreuses espèces végétales et animales, la régulation du climat et les conditions de vie de millions d’êtres humains.
Seigneur, avec espérance nous te confions l’immense écosystème rempli de vie que forme notre terre.
Nous te prions pour ton Église, à la fois universelle et riche de sa diversité, pour son témoignage et son engagement en ton nom, au service de la Vie. Nous te prions pour les partenaires de notre communauté ACO, pour notre coopération et communion afin qu’elle soit toujours guidée par ton amour.
Seigneur, avec espérance nous te remettons tous ceux qui œuvrent pour la paix, la justice et la vérité.

Aide scolaire au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO



Méditation : la rencontre au défi des préjugés

Cette prédication a été prononcée le dimanche 28 août à la paroisse de l’Église Protestante Unie d’Ermont-Taverny par le pasteur Freeman Lawson, de l’EEPT (Église Évangélique Presbytérienne du Togo), membre de la Cevaa. Il accompagnait un groupe de jeunes Togolais dans le cadre d’un échange avec la paroisse d’Enghien. Une prédication dont la thématique rejoint largement celle du Grand Kiff « La terre en partage » !

Rencontre entre le groupe des jeunes Togolais et leur pasteur avec l’équipe du Défap – DR

Texte : Jn 1, 43-51 ; Mc 7, 24 – 30

Bien aimés frères et sœurs dans la foi en Christ,

Grande est la joie qui nous anime de partager ce pain de vie de ce dernier dimanche du mois d’août avec vous dans cette paroisse d’Ermont qui nous accueille par le biais travers de notre programme d’échange jeunesse qui a commencé depuis bien des années.

Nous sommes très reconnaissants au Seigneur pour tout ce qu’il fait. Les différents moments de rencontres qu’il nous accordent sont souvent des moments de « DEFI ». Oui la rencontre est un défi ? la rencontre interpelle et bouscule. La rencontre fait naître de l’anxiété et nous pousse vers d’autres horizons. De cette rencontre voulue par Jésus vont naître des interprétations, des préjugés, des clichés.

« De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut–il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46a). Cette question posée par Nathanaël à Philippe au sujet des origines de Jésus, et qui insinue que Nazareth ne peut offrir rien de bon, nous introduit dans le problème de l’ethnocentrisme sous lequel le monde gît depuis les temps immémoriaux.

Et comme nous le savons, l’ethnocentrisme est cette « tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et en faire le seul modèle de référence ».

❝ Jésus dans sa mission prône un nouveau départ

Bien aimés,

Cette tendance ne va pas sans engendrer des conflits dans les relations humaines. Elle fut également d’actualité au temps de Jésus.
L’évangile de Marc (Mc 7, 24 – 30) par exemple, nous présente une scène où deux représentants de deux ethnies s’affrontent : Jésus et une Syro-phénicienne. Le premier est juif et la seconde non-juive. Lorsque celle-ci demanda à Jésus de chasser un démon hors de sa fille, Jésus lui répondit : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour jeter aux petits chiens. » Quel est le sens de cette réponse donnée par Jésus à la syro-phénicienne ? La réponse de Jésus cacherait-elle un mépris pour les origines de la femme, jusqu’à ce que celle-ci et le groupe ethnique auquel elle appartient soit qualifiés de « petits chiens » ? Quelle était en fait la réponse de Jésus face à de nombreux cas de stigmatisation en son temps ? L’Évangile que l’Église est appelée à prêcher n’est-il pas celui de l’Unité ? La bonne nouvelle de Jésus-Christ tiendrait-elle compte des appartenances ethniques ? Jésus avait-il pour mission de prôner l’exclusion ethnique ? Sa réponse à la Syro-phénicienne doit-elle être interprétée comme une exclusion dans le plan de salut du monde ?

Non, voilà pourquoi, nous tenons à dire merci aux différents partenaires qui croient encore que nous avons la terre en partage et que nous devons tous y travailler. Cette terre que nous avons en partage nous amène à ces échanges interculturels.

Jetons un regard sur les différents personnages différents du point de vue ethnique et du cadre. Nathanaël, un nom hébreu. Selon la tradition élohiste il signifie : Nathan (don) et El (Dieu) “don de Dieu“ ; et selon la tradition Jehoviste, il correspond au “don de l’Éternel“ qui serait aussi Matthias. Originaire de Cana (selon Jean 21, 2), Nathanaël tient en piètre estime la bourgade voisine de Nazareth. Il méprisa le « galil » (territoire des païens) auquel pourtant le prophète promet la gloire. Persuadé, comme ses contemporains que « le Christ ne peut venir de Galilée », il n’en attend « rien de bon ».

Philippe par contre est un nom grec qui signifie (amateur de chevaux). Ce nom était très répandu dans toute l’antiquité. Philippe témoigne sur Jésus avec un exposé documenté très pesant et dont les mots portent. Et la réponse « étourdie » de Nathanaël provoque la réplique calme et positive d’un esprit qui s’attache aux faits : « Viens et vois ».

Nazareth, étymologiquement veut dire “nécer“ : bourgeon (parce qu’un bourgeon sommeille pendant l’hiver et s’éveille de bonne heure au printemps).

L’étude comparative des textes de Marc et de Jean nous montre que Jésus dans sa mission prône un nouveau départ. Ce sont surtout pour les laissés pour compte de la société juive que Jésus va s’adresser en particulier, non seulement il se tourne vers les mal-portants, mais aussi vers les défavorisés, les reprouvés bref tous ceux qui n’ont pas véritablement de place dans le système social et religieux érigé en bonne et due forme par la société juive. Jésus aurait même partagé son pain avec toutes sortes de reprouvés et pourtant, un bon Juif ne devait pas se promener avec des gentils, des incirconcis ou encore des prostituées. Mais Jésus bien qu’étant Juif l’a fait. Il va vers les marginaux, des gens de moindre importance. Jésus a fait tomber les barrières qui les séparaient. Il a brisé tous ces obstacles.

❝ Développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration

Bien aimés dans le Seigneur, la division, la haine et les conflits d’origine ou de provenance ne doivent plus avoir place dans le témoignage de l’Église aujourd’hui. Face à ce défi, que l’Église ne se laisse pas distraire ; qu’elle ne fléchisse pas. De façon concrète, l’Église doit développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration. Les membres de l’Église, de la tête à la base doivent avoir un même langage avec Saint Thomas D’Aquin en ces termes : « autrui, loin de me léser, m’enrichit ». Ce n’est que dans cette vision que l’Église peut prétendre poser des actes prophétiques lui permettant de pointer du doigt la réalité du problème de l’ethnocentrisme en son sein et de s’auto examiner. Dans cette optique, nous sommes quotidiennement interpellés afin d’orienter nos actions pour une réelle redynamisation qui nous promeut davantage à une meilleure qualité de vie. Détruisons les murs inutiles de séparations pour l’annonce d’un Évangile inclusif à la lumière de Jésus-Christ. Allons à la rencontre de tous sans distinction et peu importe la distance qui nous sépare. Peu importe le vocable sous lequel on nomme le Très haut : El (Hébreux), Theos (Grecs), God (Anglais), Allah (Arabes), Gott (Allemand), Deus (Latin), Odumunga (Akan), Yendu (Mossi), Esso(Kabyè), Odayè (Ifê), Sangbadi (Nawda), Olorun (Gun), Orokwe (Akébou), Naboda (Anyanga), Oklouno (Fon), Owulowu( Akposso), Mawu (Eve), ou Atakokorabi (Guin-Mina), nous sommes tous des enfants d’un même et unique Dieu, Père de l’humanité de toute cette terre, nous l’avons en partage. Laissons alors les différents clichés et allons avec foi à la rencontre de l’autre qui n’a pas choisi d’être né là où il est.

Que Dieu nous vienne en aide !

Soli deo Gloria !!!

Amen !!!!




Méditation du jeudi : La loi, toute la loi

Méditation du jeudi 30 juin 2022. L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante.

Artiste Clet Abraham – photo PRG

Nous avons été libérés pour vivre la liberté. Alors il ne faut pas flancher, il ne faut pas se remettre sous le joug de l’esclavage. Moi, Paul, voilà ce que je vous dis : si vous vous soumettez à la loi qui vous dit de vous faire circoncire, alors le Christ ne vous sert plus à rien. Et je dirais même plus : si vous décidez de suivre la loi et de vous faire circoncire, alors il faut suivre TOUTE la loi, dans ses moindres détails. Si vous cherchez votre sécurité dans la loi, alors vous n’avez déjà plus rien à voir avec le Christ. Vous êtes séparés de la grâce, cette sécurité qui vient de Dieu.

Mais nous – nous, nous attendons notre justice et notre sécurité directement de Dieu, dans le lien de foi qui nous unit à lui et qu’on appelle aussi l’Esprit. Voyez-vous, Dieu nous a fait un cadeau, il nous a donné Jésus-Christ, et ce cadeau crée entre Dieu et nous un lien de confiance, un lien d’amour. Ce n’est pas d’être circoncis ou pas qui crée ce lien d’amour. C’est le Christ.

Vous étiez en pleine course, tout allait bien, et voilà que quelqu’un vous a arrêtés et maintenant vous voilà incapables de reconnaître la vérité et de lui obéir ! Mais celui qui vous a arrêtés, ce n’est pas Dieu, ce n’est pas comme ça que Dieu vous appelle. Comme on dit, « un peu de levain fait lever toute la pâte ». Moi, j’ai confiance en vous, et dans le lien de confiance qui vous relie au Seigneur : je suis sûr que rien ne pourra vous détourner de lui. Mais celui qui s’amuse à mettre la zizanie, celui-là ne l’emportera pas au paradis.

Moi, frères, si on me persécute, c’est pour autre chose que parce que je prêche la circoncision : ça, ça ne choquerait personne. Non, ce que je prêche est vraiment scandaleux : la croix, c’est vraiment choquant. Ceux qui parlent de la circoncision ne prennent pas grand risque, mais s’ils sont sérieux, alors qu’ils aillent jusqu’au bout : qu’ils ne se contentent pas de couper un petit bout, qu’ils aillent jusqu’à s’émasculer complètement !

Mes frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais si vous utilisez le prétexte de la liberté pour faire ce qui vous chante, vous n’avez rien compris. Ce dont il s’agit, c’est d’être libres de choisir l’amour ; et si vous vous aimez les uns les autres, alors vous vous ferez dépendants les uns des autres, volontairement.

Toute la loi est contenue dans cette simple parole : Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même. Par contre, si entre vous, vous vous donnez des coups de dents, si vous vous entredévorez, alors vous risquez fort de vous détruire les uns et les autres, et qu’il ne reste plus rien.
(Ga 5,1-15, trad. PRG)

Un jour, dans un rassemblement œcuménique, une jeune femme est venue me voir. Elle m’a tendu sa bible sans dire un mot et m’a désigné un passage. Première épître aux Corinthiens, chapitre 14 (v. 33b-35) : « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. » Et la jeune femme m’a dit : « Alors, comment vous pouvez oser dire que vous êtes pasteure ? »

Pour nous femmes pasteures, il n’est pas rare d’entendre cela ; mais même sans être une femme pasteure, on s’entend souvent dire : « Tu vois bien, c’est dans la Bible ». Oui, je vois… et en même temps, je ne vois rien du tout. Je crois bien que Paul était un peu dans cette situation face aux Galates qui lui disaient : « Tu vois bien, c’est dans la loi, cette histoire de circoncision, il faut bien s’y plier vu que c’est dans les textes ! ». Quelqu’un était arrivé chez les Galates et avait commencé à leur dire : oui, Jésus-Christ, c’est bien joli, le lien avec Dieu, c’est bien joli, l’Esprit, la grâce, tout ça, c’est bien joli, mais quand même, et la loi dans tout ça ? Et Paul, ça le rend dingue… il n’arrête pas de parler de grâce, d’amour, d’Esprit, d’être sauvé par Dieu par pur cadeau, et il y a toujours quelqu’un pour lui dire : oui, oui, c’est bien mignon tout ça, mais quand même… la loi ! Et il a l’impression qu’on a oublié l’essentiel pour se concentrer sur un détail. C’est ce qu’il dit aux Galates : la circoncision, c’est un détail. N’oubliez pas l’essentiel.

Alors aujourd’hui, je vous voudrais à mon tour vous raconter une histoire. Après tout, Jésus et Paul, eux aussi, aimaient bien raconter des histoires.

Donc, c’est l’histoire d’un jeune homme qui voulait passer son permis. Tous les soirs, après le lycée, il allait à l’auto-école, pour apprendre le code de la route. Il trouvait ça difficile, mais il continuait, parce qu’avoir une voiture était son plus grand rêve. Il se disait qu’avec une voiture, il pourrait tout faire, tout devenir, tout être… et qu’il aurait enfin la liberté dont il avait toujours rêvé. La voiture, c’était la liberté. Sauf qu’il avait le plus grand mal à apprendre le code de la route. Un soir plus difficile que les autres, il est allé trouver son grand-père.

– (Le grand-père) Prends le code, et ouvre-le n’importe où. Maintenant, dis-moi quel panneau tu vois.
– (Le jeune homme) Un stop.
– Alors, qu’est-ce que ça veut dire ?
– Qu’il faut s’arrêter.
– Et ça veut dire quoi, qu’il faut s’arrêter ?
– Et bien, qu’il faut ralentir, rétrograder, freiner, et s’arrêter.
– Sinon, il se passe quoi ?
– Sinon, on risque d’avoir un accident, ou de se faire arrêter.
– Donc si tu ne respectes pas ce que dit le panneau, tu risques gros ?
– Pas forcément, si ça se trouve il n’y a personne au carrefour, alors ça ne gênera personne si on ne respecte pas le stop.
– Alors pourquoi tu le respectes ?
– Parce que ça dit qu’il faut le faire. Au cas où il y ait quelqu’un.
– Alors s’il y a un stop, c’est parce qu’il y a d’autres gens que toi sur la route ?
– Oui.
– Bon. Maintenant, ferme le livre, et ouvre-le à nouveau. Qu’est-ce que tu vois ?
– Un panneau « 50 ».
– Ça veut dire quoi ?
– Qu’on n’a pas le droit d’aller plus vite que 50 km à l’heure.
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas. C’est le panneau qui le dit.
– Ça veut dire que tu ne vas pas vérifier si le panneau a raison ou non, tu vas juste faire ce qu’il dit ?
– Oui… enfin si c’est le milieu de la nuit, que je vois très loin et qu’il n’y a personne, je peux peut-être aller un peu plus vite… ceci dit, il risque d’y avoir un radar…
– Alors tu fais confiance au panneau de toute façon, que tu saches ou non s’il a raison ?
– Oui, parce qu’il me dit que quelqu’un pourrait être en danger si je ne le respecte pas.
– Donc tu vas le respecter ?
– Probablement.
– Bon, maintenant ferme le livre, et dis-moi ce que tu dois faire.
– Comment ça ?
– Et bien, quel panneau tu dois respecter ?
– Comment ça, quel panneau ? Il n’y a plus de panneau si je ferme le livre.
– Mais tu as bien vu qu’il y en avait au moins deux. Un stop, et une limitation de vitesse à 50. Alors, lequel tu choisis de respecter ?
– C’est idiot, ta question, grand-père…
– Peut-être, mais réponds quand même.
– OK. Alors si je veux respecter les deux, du coup je ne vais pas prendre de risque, et je vais m’arrêter. Comme ça je respecte forcément aussi le 50.
– Donc, tu t’arrêtes.
– Oui.
– Tu coupes le moteur et tu restes là ?
– Oui.
– Alors, à quoi ça sert de passer ton permis ?

Et le jeune homme en est resté comme deux ronds de flan. Comme vous, j’espère. Comme nous tous. Quand on referme la Bible, on respecte quelle loi ? Si on ne veut pas prendre de risque, on s’arrête et on coupe le moteur. On s’arrête de vivre. On devient mort. C’est ça que veut dire Paul, quand il dit « Vous étiez en pleine course, et vous vous êtes arrêtés ». Ailleurs, dans l’épître aux Romains, il le dit un peu autrement : il dit « Le péché a capturé la loi ». C’est que le péché nous a fait fermer le livre qui contient la loi de Dieu, avec pour seule consigne : maintenant, on fait le mort.

Est-ce que c’est cela que Dieu a voulu en nous donnant sa loi ? Non.

Est-ce que c’est cela qu’ont prévu les législateurs en mettant en place toute une série de panneaux indicateurs ? Non.

Ce qu’ils avaient prévu, c’est que ces lois nous aident à circuler, à aller voir ailleurs, à visiter, à rencontrer, à découvrir, sans être des dangers publics et sans que les autres soient des dangers publics pour nous. De même, ce que Dieu avait prévu, c’est que sa loi aide les humains à vivre, en se respectant soi et en respectant les autres, sans se mettre en danger et sans mettre en danger les autres.

Sauf que nous, on s’amuse à fermer le livre et à se poser des questions sur quelle loi il faut suivre, pour finir par n’en suivre aucune en pensant les respecter toutes, pour ne pas prendre de risque.

Si vous vous décidez à lire tout ce que contient la Bible puis à fermer le livre et à décider de suivre toutes les lois à la fois, vous passez à côté de ce que la Bible est réellement : un don de Dieu pour la vie. Vous en ferez, à la place, un don de mort. Par contre, vous pouvez la lire comme un code destiné à ouvrir de nouvelles routes, de nouveaux espaces, des paysages insoupçonnés. Et là, vous vivrez. Parce que vous entendrez qu’il ne s’agit pas de lire des lois mortes, mais d’entendre une voix vivante. Alors, vous accueillerez la vie que Dieu vous donne.

Je reviens à ce passage de l’épître aux Corinthiens, que me montrait cette jeune femme. Si vous lisez le texte attentivement, vous vous rendrez compte que Paul ne donne pas un ordre bête et méchant, qui consiste à éteindre le moteur et à s’arrêter de vivre. Dans un monde où les femmes n’avaient pas leur place à la synagogue, il dit que les femmes sont au milieu de l’assemblée. Dans un monde où les femmes n’étaient pas censées avoir de l’intelligence, parce qu’elles n’étaient que la possession de leur père puis de leur mari, Paul dit que les femmes réfléchissent, et qu’elles veulent comprendre et poser des questions.

Il est malséant à une femme de parler dans l’église… C’est vrai, c’est dans la Bible. Inutile de faire semblant de ne pas le voir. Mais une fois refermé le livre, réfléchissons.

Dans tout ce chapitre, Paul donne des instructions à l’Église de Corinthe, une Église particulièrement agitée et infiniment fière des dons de prophétie qu’elle manifeste. C’est à des gens imbus d’eux-mêmes qu’il s’adresse, en leur disant : ce qui compte, ce n’est pas la prouesse spirituelle, ce n’est pas de parler en langues, ce n’est pas d’avoir le don d’une louange extraordinaire. Ce qui compte, c’est que tous, vous puissiez comprendre le sens que ça a. Et il faut à tout prix protéger le sens. Quitte à brider les manifestations glorieuses dont vous êtes si fiers. L’important, c’est que quand quelqu’un prophétise, tous se taisent pour comprendre le sens de la prophétie. C’est que chacun puisse se retirer ensuite, en gardant comme un trésor le sens profond de ce qui s’est passé. Ou pour le dire autrement : qu’une fois le livre refermé, ce que vous avez entendu vous fasse vivre. Vivez du sens offert ! Tout le reste est secondaire. Voilà ce qu’il faut lire, si on ne veut pas trahir la pensée de Paul. Ce qui fait vivre doit être protégé à tout prix, tout le reste est secondaire.

Alors, on ne sait jamais, si vous croyez que le fait d’entendre l’Évangile de la part d’une femme vous empêche de comprendre cet Évangile, soyez gentils, poussez-nous dehors gentiment. De même, si vous croyez que d’entendre l’Évangile aux côtés de quelqu’un de mauvaise vie vous empêche de vivre de cet Évangile, alors poussez-les dehors. Et puis, si vous êtes persuadés que l’Église serait plus pure et plus fidèle si elle exigeait de chacun de ses membres une moralité impeccable, alors… alors je crains fort que vous ne soyez, cette fois, contraints à partir, parce qu’il ne resterait plus personne.

Refermons le livre. Et réfléchissons. Qu’est-ce qui est important ? À quoi sert la Bible ? À être une collection de lois impossibles à comprendre, qui nous obligeraient, pour les respecter, pour ne pas prendre de risque, à nous arrêter de vivre ? Ou à nous donner la trace, infime et pourtant profondément vivante, de la voix de Dieu, comme en écho dans des mots bien humains ? Une voix qui nous appelle à vivre, parce que rien n’importe plus à Dieu que de nous voir vivants…

Je vous invite aussi à repenser à cet épisode de l’évangile selon Luc, où Jésus, avec une infinie douceur, fait comprendre à Marthe, toute accaparée par ses devoirs de femme de maison, que ce qui importe surtout, c’est d’entendre ses paroles. Ce qui importe n’est pas d’être assis quelque part plutôt qu’autre part, ce qui importe est de se mettre à l’écoute. Et au fond, Paul ne dit pas autre chose. Chacun, chacune, se met à l’écoute comme il peut, comme elle peut. En se pliant aux conventions peut-être, mais surtout, en ne perdant jamais de vue que ce qui importe plus que tout, c’est d’avoir accès au sens profond de ce qui est dit, au sens qui fait vivre, au sens qui met en route et bouscule nos idées toutes faites. Je ne défendrai pas Paul en disant qu’il était un grand révolutionnaire qui avait compris bien des siècles avant nous l’idéal de l’égalité entre hommes et femmes, ce ne serait évidemment pas vrai.

Et oui, il est important de se battre pour que personne, dans notre société, ne soit cantonné à un rôle subalterne, pour que personne ne soit traité comme un parasite sous prétexte qu’il ou elle n’atteint pas l’idéal de l’efficacité maximum en permanence. C’est un geste politique fort, c’est une posture citoyenne nécessaire et utile.

Mais la lutte pour l’égalité effective des droits n’est que la partie visible de l’iceberg. Quand quelqu’un est écarté de l’idéal d’égalité entre citoyens, c’est ce qui se voit. La partie immergée, invisible, c’est d’être mis à l’écart du sens véritable des choses. L’essentiel, la véritable revendication pour notre temps, c’est que le sens des choses, que la vérité, soit accessible à tous. Hommes, femmes, enfants, ceux d’ici et ceux d’ailleurs, ceux du dedans et ceux du dehors : il importe que chacun ait accès au sens, à la vérité.

Pour nous chrétiens, le sens, la vérité, ce n’est pas une chose. C’est quelqu’un.

L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante. Une mission qui l’aurait oublié serait une mission morte et mortifère.

L’Évangile vient nous rejoindre, précisément, à la pliure des choses : là où le sens nous convoque, qui que nous soyons, pour nous rejoindre malgré tout. Que vous soyez homme ou femme, une fois le livre refermé, qu’il vous soit donné de ne pas chercher à obéir aveuglément, mais de vous mettre simplement à l’écoute du sens profond que Dieu souffle vers nous, pour que nous vivions.

Prière

Seigneur, tu nous as donné un code de la route et nous en avons fait un catalogue de bonne moralité. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie du souffle qui fait vivre.
Tu nous as dit « Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même » et nous avons tergiversé pour savoir qui, au juste, était notre prochain. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie de la fraternité.
Tu nous as donné le salut et nous avons réfléchi à qui y avait droit. Pardonne-nous, et éveille en nous la paix de nous savoir sauvés.
Tu nous as donné le goût de ton Royaume et nous avons essayé d’en faire une identité. Pardonne-nous et ouvre nos yeux aux visages multiples de ton Église.
Tu nous donnes ta Parole. Qu’elle soit pour nous l’élan vital de chaque jour et qu’elle ne cesse jamais d’éveiller notre confiance en toi.
Nous te prions pour tous tes enfants, pour les responsables de nos Églises, pour ceux qui n’en ont pas encore franchi le seuil, pour les envoyés du Défap, pour ceux qui, ici et ailleurs, les accueillent et œuvrent avec eux. Que ta paix soit leur quotidien, pour cheminer à l’ombre de ta main.
Amen




Perspectives Missionnaires rejoint Foi & Vie

Le numéro 82 de Perspectives Missionnaires aura été le dernier publié en édition papier : place désormais au Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, dont le premier numéro reprend le dossier du dernier « PM » sur le prosélytisme. Explication de cette évolution par Marc Frédéric Muller.

Photo illustrant le dossier « prosélytismes… au pluriel », dans le Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, reprise du n°82 de Perspectives Missionnaires © Foi & Vie

La revue Perspectives missionnaires (PM), après quarante années d’existence indépendante et quatre-vingt-deux numéros parus, vient rejoindre Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.

Il est utile de formuler ici la raison d’être du cahier qui voit le jour en présentant sa ligne éditoriale.

Premièrement, il est toujours nécessaire de réfléchir théologiquement à la façon dont les chrétiens entendent porter leur témoignage. Les débats dans la société civile et au sein même du protestantisme, remettant en question la légitimité de la mission, ont pu discréditer le recours à toute entreprise missionnaire. Pour certains, le mot mission peut sembler au mieux désuet et au pire évoquer des entreprises conquérantes, incompatibles avec l’Évangile et avec la valeur impérieuse du respect des consciences. Dans cette perspective, « la mission » renvoie à des pages jugées sombres de l’histoire du christianisme et de la civilisation occidentale. L’évangélisation qui y est associée, de façon réductrice, souffre également d’une mauvaise image ; elle est souvent perçue comme la prétention d’obtenir à tout prix des conversions, en forçant les consciences ou en les manipulant, sans égards pour le milieu socio-culturel où elle est engagée. Or, la réflexion missiologique a régulièrement interrogé les pratiques missionnaires, depuis les écrits du Nouveau Testament jusqu’aux conférences mondiales œcuméniques des dernières décennies (par exemple, Willingen 1952 ou Busan 2013). La Conférence des Églises protestantes en Europe, en 2001, se demandait : « Comment annoncer l’Évangile de telle manière que la forme choisie corresponde au contenu ? » Autrement dit comment « évangéliser de manière évangélique » de telle sorte que les Églises ne fassent pas le contraire de ce qu’elles proclament : un message libérateur et une parole de réconciliation.

Deuxièmement, il est important de contribuer à un travail historiographique. Il consiste à garder la mémoire, à observer, à décrire et à analyser les pratiques missionnaires, dans des contextes divers et à des époques diverses, en évaluant leurs soubassements idéologiques, qu’ils soient théologiques, philosophiques ou liés à un imaginaire ancré dans une culture spécifique. Les expressions chrétiennes sont en évolution constante dans le temps et selon les lieux, partout où l’Évangile s’est propagé. Dans leur diversité confessionnelle (approche œcuménique) et culturelle (réflexion sur les enjeux de la traduction et de réception de l’Évangile), elles montrent que le témoignage chrétien est aux prises avec les transformations du monde et que les Églises s’en trouvent elles-mêmes transformées.

Troisièmement, ces dernières années, du fait d’une mondialisation accrue des échanges résultant aussi bien des vagues migratoires que de la révolution numérique, les sciences religieuses et la missiologie ont concentré leurs travaux sur la complexité des rapports entre Évangile et culture, sous-tendue par des interprétations débattues de la définition tant de l’un que l’autre. Les dynamiques sont d’une étonnante diversité : adaptation, accommodation, inculturation, contextualisation, métissage, syncrétisme, interculturation, etc. sur fond de résistance, de confrontation, de dialogue, de rejet ou d’appropriation. Elles touchent le christianisme qui est à la fois déplacé dans ses expressions et créateur de culture. Derrière le phénomène de l’interculturalité, les enjeux sont parfois très lourds puisqu’ils concernent le « vivre-ensemble », la cohésion sociale et la reconnaissance des identités, la liberté religieuse et la construction d’une société de justice, de paix.

Quatrièmement, ce cahier souhaite modestement répondre au besoin d’un espace intellectuel de langue française, ancré dans le protestantisme et œcuménique, ouvert à des personnes en recherche sur tous les continents, désireuses d’exposer convictions et réflexions prospectives sur les voies du renouvellement du témoignage chrétien. Il s’agit d’accueillir des contributions venues de contextes divers et de stimuler la rédaction de textes permettant de croiser les regards. C’est un travail qu’il faut organiser et qui requiert un effort soutenu car il implique de franchir des frontières confessionnelles, géographiques linguistiques ou culturelles.

Une équipe d’une quinzaine de personnes a jusqu’ici conçu et préparé les dossiers parus sous le titre de Perspectives missionnaires. Nous nous réjouissons que les archives soient bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi et Vie.

C’est avec reconnaissance que nous rejoignons la revue Foi et Vie, saluant l’intérêt de son comité de rédaction pour le champ de réflexion que nous avons ici esquissé.

Marc Frédéric Muller

 

Le sommaire de ce Cahier d’études missiologiques et interculturelles




Méditation du jeudi : Une histoire de paille et de poutre

Méditation du jeudi 10 mars 2022. Nous avons tous une fâcheuse tendance à nous croire le centre du monde. Pourtant Dieu, l’Évangile, le Christ et même l’Esprit peuvent être compris différemment ailleurs, et la foi s’incarner autrement.

La parabole de la paille et de la poutre par Domenico Fetti (Metropolitan Museum of Art) – Wikimedia Commons

Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? Comment peux-tu dire à ton frère : « Mon frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ! Alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.
(Luc 6,41-42)

Dieu est-il le même partout, pour tout le monde, de tout temps ? Spontanément on penserait que oui. Or les textes bibliques nous montrent un Dieu qui discute et même se dispute avec les humains, qui évolue et qui change, qui passe contrat et qui ouvre des perspectives : ce n’est pas un Dieu immuable et statique ! L’idée de qui est Dieu pour nous, les textes en témoignent, est en perpétuelle évolution.

Il semble pourtant qu’une réalité humaine incontournable soit notre tendance à nous imaginer les autres – et Dieu – comme d’autres nous-mêmes, par défaut d’imagination mais surtout par centrement sur nous-mêmes. En d’autres termes, nous avons une fâcheuse tendance à nous croire le centre du monde. Ça va si loin que dans notre imaginaire, nous traitons Dieu, l’Autre par excellence, comme nous traiterions un double de nous-même… L’altérité, c’est ça le problème.

Il y a cependant des situations limites où on rencontre l’autre, vraiment. Mais ça relève de conditions qui échappent largement à notre contrôle : il faut que quelque chose surgisse et s’impose. On peut appeler ça l’Esprit, cette part de Dieu qui souffle où il veut, qui vient bousculer et ouvrir des possibles là où nous les voyions pas.

C’est ainsi que le concept d’Église universelle vient nous bouleverser dans nos représentations : nous réalisons que Dieu, l’Évangile, le Christ et même l’Esprit sont compris différemment ailleurs que chez nous et que la foi s’incarne autrement. C’est le même Dieu, le même Évangile… mais ils s’inscrivent dans des imaginaires différents et prennent de nouveaux visages. Le choc de la rencontre est une épreuve, mais il est salutaire pour pouvoir faire des rencontres fraternelles en vérité, à la dimension de l’Église dont Dieu seul connaît les contours et du Royaume qui nous appelle à une imagination sans cesse renouvelée, pour sortir de nos imaginaires. Sans tenter de s’ôter mutuellement des yeux des pailles ou des poutres !

Tu regardes l’autre à la mesure du regard que tu imagines porté sur toi.
Ton Dieu est bienveillant ? Alors ton regard est bienveillant.
Ton Dieu est un juge impitoyable ? Alors tu juges l’autre et tu te mesures à lui.
Ton Dieu est humble et faible ? Alors tu regardes l’autre avec humilité et impuissance.
Tu te sens ignoré et perdu dans le vaste monde ? Alors tu ignores l’autre dans son propre monde et tu n’essaies pas d’y accéder.




Méditation du jeudi : L’incomparable force de Dieu

Méditation du jeudi 24 février. À quoi ressemble ce Dieu auquel nous croyons ? La pente naturelle de toutes les religions, c’est de nous le présenter régnant par la force. Mais la croix proclame sur Dieu tout le contraire de ce que les hommes conçoivent de Dieu.

L’adoration des bergers, Simon Vouet (1590-1649), dans l’église Saint-Pierre et Saint-Paul d’Évry-Courcouronnes, œuvre récemment classée au titre des monuments historiques après sa restauration – détail © Jacques Longuet, ancien adjoint à la Culture et au Patrimoine de la ville d’Evry

« Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance afin, comme dit l’Écriture, que celui qui s’enorgueillit, s’enorgueillisse dans le Seigneur. « 
(1 Co 1,26-31)

La plupart du temps, les êtres humains définissent Dieu comme tout ce qu’ils ne sont pas eux-mêmes : ils sont limités par leur humanité ; ils l’imaginent infiniment grand et infiniment puissant. Ils se sentent faibles et dérisoires à la surface de la terre ; ils le définissent comme le tout-puissant, une présence qui sature tout et déborde tout ce qui existe. Ils ont peur de la mort, alors ils le disent immortel et hors du temps. Ils ont l’impression de se traîner à ras de terre, et disent de lui qu’il est tout seul dans les cieux. Ils se sentent soumis à un destin, et disent que c’est lui qui en tire les ficelles et décide du sort du monde.

Au fond, tout ça nous parle de ce que les humains voudraient être, mais est-ce que ça nous parle vraiment de Dieu ? Oui, ça nous parle d’un Dieu qui serait tout l’inverse des humains. Et ça trahit surtout une véritable haine, une jalousie immense envers Dieu, qui nous travaille en sourdine.

❝ Se croire détenteur d’une vérité sur Dieu, c’est toujours se fourvoyer

Croire à ce Dieu-là nous condamne à un effroyable esclavage. Pour se sentir digne de lui, il faut se rendre inhumain, renoncer à son humanité, au doute, au chemin forcément sinueux. Il faut défendre bec et ongles cette image d’un Dieu terrible, qui contrôle tout, prévoit tout, exige tout. Et de préférence, il faut convaincre le reste de l’humanité qu’on est du bon côté de ce Dieu-là, qu’on est dans ses petits papiers et qu’il nous donne ainsi un peu de sa puissance, un peu de son pouvoir de tout contrôler. Il faut bien dire que c’est là la pente naturelle de toutes les religions.

Paul ne dit pas autre chose aux Corinthiens. Face à la remuante communauté de Corinthe, où s’esquissent des batailles terribles entre des courants différents, qui tous prétendent se réclamer du véritable Dieu, Paul choisit un autre langage. Il rappelle que se croire sage, se croire détenteur d’une vérité sur Dieu, c’est toujours se fourvoyer, et tenter d’écraser les autres pour se sentir un peu plus justifiés. Il quitte tout débat partisan, il renonce à dire qui a raison et qui a tort, pour questionner jusqu’au bout la question et redemander : mais au fond, de quel Dieu parlez-vous ? Il convoque alors une autre parole, dans une formule étrange : la parole de la croix. La folie de la croix. La croix proclame sur Dieu tout le contraire de ce que les hommes conçoivent de Dieu… Tout ce qu’ils croient comprendre sur Dieu, tout ce qu’ils croient savoir sur Dieu, tout cela est balayé.

La sagesse des hommes faisait de Dieu la figure des aspirations humaines. La folie de Dieu, c’est de renoncer à rentrer dans ce combat. C’est de mettre l’homme face à ses prétentions. C’est de lui révéler qu’en s’appuyant sur sa propre sagesse, l’homme passe à côté de Dieu. Entend-on vraiment l’incroyable nouvelle de la croix ?

❝ L’annonce d’un salut qui passe par la plus profonde injustice

Le tableau qui illustre cet article a été redécouvert par hasard dans une église de la région parisienne. C’est « L’adoration des bergers » de Simon Vouet : on note d’abord qu’il ne s’agit pas dans cette nativité de représenter des rois mages (qui ne sont de toute façon pas dans les textes bibliques) mais des bergers, dans le texte de l’évangile selon Luc. Et regardez le geste de Marie : elle tend la main comme en supplication, non seulement pour présenter cet enfant aux bergers, mais au monde tout entier, parce qu’il est le salut du monde entier. Un détail attire le regard au premier plan : l’agneau tenu par un des bergers. Le raccourci est saisissant : cet enfant au creux de la paille, faible livré aux aléas d’un monde violent, est aussi l’agneau qui sera sacrifié par pure malice, dans un déchaînement de violence que rien ne justifiait. Ce n’est pas une jolie histoire que raconte ce tableau : c’est l’annonce d’un salut qui passe par la plus profonde injustice, incompréhensible pour qui croit encore que Dieu vient régner par la force sur des humains qui n’attendent que ça.

Nous avons à prêcher cela – ce n’est pas vendeur. Ça complique beaucoup la mission de l’annonce de l’Évangile, un message aussi peu vendeur. Et pourtant, voyez par quelle beauté le peintre a représenté la scène : la beauté est là, oui. Encore faut-il avoir les yeux pour la voir, et le talent pour la représenter, malgré tout.

La beauté tient à une vérité qui s’impose, malgré nous : non, la force brute ne vainc pas vraiment dans ce monde, la victoire est ailleurs, tout simplement parce qu’aucun humain ne peut véritablement mettre sa confiance dans la force brute et le non-droit, on ne peut que s’y soumettre. Pourtant, c’est la confiance qui sauve le monde et nous donne de croire à ce salut. Ça n’a l’air de rien… mais ça change tout.




Méditation du jeudi : De quel dieu tu parles, camarade ?

Méditation du jeudi 3 février 2022. Ne nous trompons pas de Dieu ! Car les dieux que nous nous faisons asservissent. Dieu, lui, libère.

Moïse au Mont Horeb, avec les Dix Commandements, par Rembrandt (1659) – Wikimedia Commons

Avant l’entrée en terre promise, Moïse s’adresse longuement au peuple d’Israël, façon de faire le point sur ce que le peuple a reçu de Dieu (essentiellement les dix paroles, ou dix commandements, donnés sur le Mont Horeb) et sur les recommandations à respecter pour vivre en vérité avec ce Dieu-là. L’enseignement porte en partie sur une mise en garde : il ne faut pas se tromper de Dieu. L’enjeu est de taille : rendre un culte à un Dieu qui n’est pas le vrai Dieu c’est s’égarer hors de l’alliance.

Le problème, c’est que les humains ont besoin de se représenter Dieu, alors que Dieu, de son côté, ne se montre pas. Forcément, à un moment, ça pose problème.

Voici ce que Moïse explique au peuple :

Puisque vous n’avez vu aucune forme, le jour où le Seigneur vous a parlé au milieu du feu, au Mont Horeb, prenez bien garde à vous ; de peur que vous ne vous fassiez une statue, une effigie, – quelle qu’elle soit! – modèle d’homme ou de femme, d’une bête sur la terre, d’un oiseau dans le ciel, bestiole ou poisson, de peur que levant les yeux vers le ciel, voyant lune, soleil et étoiles, tu ne sois entraîné à te prosterner devant eux et à les servir. Tout ça, je l’ai donné en partage aux païens, sous le ciel tout entier. Mais vous, le Seigneur vous a pris et vous a fait sortir de l’esclavage d’Égypte…
(Dt 4,15-19)

Dieu met en garde : les dieux que nous nous faisons asservissent. Dieu, lui, libère. Si nous les créons, nous nous inclinons devant eux et nous leur vouons un culte qui nous enferme. Dieu, lui, constate l’asservissement des humains et intervient pour ne pas les y laisser. Deux façons de penser le divin, deux réalités de nos vies.
Face à qui, à quoi nous inclinons-nous ? À quoi attachons-nous nos vies au point d’en être aliénés ? Ces questions nous font toucher du doigt une réalité anthropologique : les humains ont de toute façon un rapport au divin, mais ils ont une certaine propension à y mettre quelque chose de familier, plutôt qu’à faire confiance au Dieu qui ne se laisse pas saisir.

Cela a des conséquences pour la mission : quel Dieu annonçons-nous ? Un Dieu qui enferme (alors ce sera sans doute une idole) ou le Dieu qui libère ? Et qu’est-ce que ça veut dire concrètement, que Dieu libère ?

Parce que le débat n’est pas simple. Par exemple, si la mission chrétienne part du principe que l’animisme est une religion de la peur qui enferme ses adeptes dans une aliénation vis-à-vis de faux dieux, cela peut être interprété comme une raison suffisante pour imposer une autre forme religieuse qui, elle n’entretient pas la peur. Mais quel Dieu prêchons-nous alors ? Si c’est un Dieu qui menace de l’enfer les méchants et récompense les bons, est-ce qu’on ne prêche pas la peur ? Si c’est un Dieu qui exige le respect des conventions et de la norme pour ne pas risquer d’être en dehors des clous, est-ce qu’on ne prêche pas la peur ?

La mission exige alors, d’abord, un travail sur nos propres présupposés théologiques, c’est-à-dire sur ce que nous prêchons de Dieu : quel Dieu prêchons-nous ? Un Dieu qui enferme (une idole) ou un Dieu qui libère ?

Nous prions cette semaine avec notre envoyée au Congo Brazzaville, Lydia.

Seigneur,
Trop souvent nous t’enfermons dans notre imaginaire. Nous te voyons sur un nuage, au milieu d’un jardin luxuriant, sur une montagne au milieu du tonnerre. Nous te voyons à notre mesure, nous te voyons à la mesure de notre regard. Pardonne-nous.
Trop souvent nous pensons à ta place. Nous disons que tu es le vrai Dieu en présentant un dieu qui nous conforte dans nos habitudes. Pardonne-nous.
Viens ouvrir nos horizons, nos prisons, nos illusions sur toi. Viens nous donner le Souffle qui permet de parler de toi en vérité, ancrés dans une vraie liberté.
Notre espérance toute entière repose en toi : ne nous laisse pas l’oublier.
Amen




Méditation du jeudi : Mange et parle !

Méditation du jeudi 27 janvier 2022. Que nous apprend l’histoire du prophète Ézéchiel – et surtout cette parole si étrange qui lui est adressée : manger le livre que Dieu lui présente, avant d’aller parler aux Israélites ?

Le prophète Ézéchiel, par Michel-Ange, dans la chapelle Sixtine – Wikimedia Commons – domaine public

Il y a une façon tout à fait étrange de traiter la Bible : c’est de la manger ! Tenez, par exemple, le prophète Ezéchiel… N’allons pas trop vite cependant pour en tirer la conclusion que Dieu nous appelle à manger nos bibles, il faut faire le détour par l’histoire du bonhomme pour comprendre de quoi tout cela retourne.

Ézéchiel, donc, est fils de prêtre et prêtre lui-même. Comme la plupart des notables du peuple juif, il a été emmené de force à Babylone quand le roi Nabuchodonosor a envahi son pays. Pendant des années, il a été de ces exilés qui se demandent de quoi demain sera fait, et qui pleurent leur pays, leur histoire, la culture à laquelle ils ont été arrachés. C’est au bout de plusieurs années que Dieu lui a adressé la parole, au bord du fleuve Kebar, loin de Jérusalem. Il apparaît au milieu d’un arc-en-ciel – symbole de l’alliance passée avec Noé, on s’en souvient.

Ézéchiel, donc, raconte l’histoire de ce qui lui est arrivé :

Il me dit : « Toi, l’homme, mets-toi debout ; j’ai à te parler. » Pendant qu’il disait cela, l’Esprit de Dieu entra en moi et me fit tenir debout. J’écoutai donc celui qui me parlait. « Toi qui n’es qu’un homme, dit-il, je t’envoie auprès des Israélites, cette bande de rebelles qui se sont révoltés contre moi. Tout comme leurs ancêtres, ils n’ont jamais cessé de rejeter mon autorité. C’est vers ces gens à la tête dure et au caractère obstiné que je t’envoie. Tu t’adresseras à eux en disant : “Voici ce que déclare le Seigneur Dieu.” Alors, qu’ils t’écoutent ou qu’ils refusent de le faire parce qu’ils sont un peuple récalcitrant, ils sauront qu’il y a un prophète parmi eux.

« Quant à toi, l’homme, n’aie pas peur d’eux ni de leurs paroles. Ils te contrediront : ce sera comme si tu étais entouré de ronces et assis sur des scorpions. Cependant ne sois pas effrayé par les paroles ou par l’attitude de ce peuple récalcitrant. Tu leur répéteras ce que je te dirai, qu’ils t’écoutent ou refusent de le faire à cause de leur entêtement.

« Quant à toi, l’homme, ne te montre pas aussi récalcitrant qu’eux, écoute ce que j’ai à te dire. Ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner. »

Je vis alors une main tendue vers moi ; elle tenait un livre en forme de rouleau. Il le déroula devant moi : il était écrit des deux côtés ; le texte était composé de plaintes, de gémissements et de cris de détresse.

Celui qui me parlait dit : « Toi, l’homme, mange ce rouleau qui t’est présenté, puis va parler aux Israélites. » J’ouvris la bouche et il me fit manger le rouleau. Il ajouta : « Toi, l’homme, remplis ton ventre et nourris ton corps avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai donc et, dans ma bouche, il eut un goût aussi doux que le miel.

Alors il reprit : « En route, l’homme, va auprès des Israélites et transmets-leur mes paroles. Je ne t’envoie pas auprès d’un peuple qui parle une langue étrangère difficile à comprendre, mais auprès du peuple d’Israël. Si je t’envoyais auprès des nombreux peuples qui parlent une langue étrangère difficile et même incompréhensible pour toi, ils t’écouteraient. Mais les Israélites, eux, ne voudront pas t’écouter, car ils ne veulent pas m’écouter. En effet, ils ont tous une forte tête et un caractère endurci. Cependant, je vais te rendre aussi obstiné qu’eux, tu auras la tête aussi dure que la leur ! Je rendrai ton front résistant comme le diamant, plus solide que le roc. Alors n’aie pas peur d’eux et ne sois pas effrayé…
(Ézéchiel 2 et 3,1-9)

N’aie pas peur, ne soit pas effrayé… Ces paroles, c’est à Ezéchiel que Dieu les adresse. Mais c’est nous tous qu’elles viennent interpeler. N’ayez pas peur… Et si la Bible, et Dieu à travers la Bible, nous dit « N’ayez pas peur », c’est justement qu’en temps ordinaire, nous avons peur… Peur du lendemain, de l’imprévu, de la folie du monde.

Lorsque Dieu dit à Ézéchiel, n’aie pas peur, il ajoute : mange ce livre. Ça, c’est bien la dernière chose à laquelle nous, nous aurions pensé pour faire face à peur ! Manger un livre ! Mange un livre et parle, dit Dieu. Mange le livre des lamentations du peuple, toute l’amertume, toute la colère, tout le découragement… mange l’histoire désespérée, les espoirs inaboutis, les révoltes sans lendemain. Et curieusement, tout cela, dans la bouche d’Ézéchiel, a goût de miel. Et curieusement, cela lui donne la force, le courage de faire face à la peur, et de parler.

Au fond, c’est une parabole de ce que nous faisons lorsque nous lisons la Bible. Nous ne la lisons pas comme un conte de fées, mais comme le livre qui nous raconte le monde, avec sa violence et ses compromissions, ses détours et ses accidents, ses malheurs et ses terreurs. Et puis ses beautés et son espérance. Lorsque nous lisons ce livre, lorsque nous « mangeons », nous grignotons, nous savourons ce livre, nous n’en tirons pas un savoir, une sécurité, qui nous protégerait de tout. La Bible ne recèle pas un savoir. La Bible, dans notre bouche, a un goût de miel. Elle nous dit « n’ayez pas peur », comme elle l’a dit à tant d’autres êtres humains avant nous. Et comme à eux, elle nous donne la parole… Parle, et n’aie pas peur… N’aie pas peur, et parle…

À notre tour, nous pouvons parler, sans peur. Nous pouvons dire au monde l’espérance qui nous porte. Nous pouvons consoler les exilés. Nous pouvons risquer une parole difficile, exigeante. Qui tient en ces quelques mots : n’ayez pas peur ! ne cédez pas à la peur ! Dieu aime le monde, que vous le sachiez ou non, Dieu aime le monde, et il ne se résout pas à l’abandonner. Il est venu jusqu’au cœur du monde pour nous y rejoindre, jusque dans le pire de notre humanité. Et il n’est pas prêt de déserter… Maintenant vivez ! et…

❝ Ne vous résignez pas à croire que Dieu est absent

N’ayez pas peur ! ayez confiance en vous, parce que c’est par vous que Dieu agit dans le monde.

N’ayez pas peur ! ce n’est pas le malheur qui a le dernier mot sur nos vies.

N’ayez pas peur ! ne vous résignez pas à croire que Dieu est absent, ne vous résignez pas à croire que vous êtes seul et que tout est perdu.

N’ayez pas peur ! quand la foule se jette sur une idée, quand la foule s’émeut et en reste à l’émotion dans de beaux élans spontanés et bruyants, vous, vous êtes fondés sur autre chose.

N’ayez pas peur de montrer à tous les humains la même tendresse que Dieu vous porte.

N’ayez pas peur ! soyez certains que c’est Dieu qui agit pour le bien, en nous et par nous, et ne craignez pas de vous abandonner à cette grâce qui agit. Nous serons peut-être obscurs, discrets, humbles, mais nous aurons le courage inébranlable que nous donne la grâce. Courage de dire « non » à tout ce qui avilit l’humain. Pas pour nous-mêmes, mais pour la gloire de Dieu et le bonheur de notre prochain. Tout simplement.

N’ayez pas peur… Amen

Nous prions cette semaine avec notre envoyée au Cameroun, Charline.

Seigneur,
Tu nous offres ta Parole comme un souffle de vent qui vient bousculer nos habitudes et nos certitudes.
Tu nous offres ta présence comme un roc solide sur lequel nous pouvons compter.
Tu nous offres ton espérance comme le rayon de lumière qui danse sur nos vies.
Tu nous offres la fraternité comme douceur pour construire nos vies.
Tu nous offres le courage comme bouclier.
Tu nous offres la parole, celle qui rassure, celle qui témoigne, celle qui accompagne et change le monde, à la mesure de ton amour.
Tu nous offres ton amour sans condition, comme la force qui anime toute notre vie.
Seigneur, merci pour tous ces dons, merci pour ta confiance.
Que la joie accompagne nos pas à l’ombre de ta main, aujourd’hui, demain, toujours
Amen




Méditation du jeudi : Aujourd’hui…

Méditation du jeudi 20 janvier. C’est tous les jours, dans notre chemin avec Dieu, que le mot « aujourd’hui » nous est adressé. Qu’il nous soit donné de vivre vraiment ce « aujourd’hui » qui nous est offert.

Jésus enseignant dans la synagogue de Nazareth, XIVème siècle, fresque du monastère de Decani, Kosovo

Jésus se rendit à Nazareth, où il avait été élevé. Le jour du sabbat, il entra dans la synagogue selon son habitude. Il se leva pour lire les Écritures et on lui remit le rouleau du livre du prophète Ésaïe. Il le déroula et trouva le passage où il est écrit :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi,
il m’a choisi pour son service afin d’apporter la bonne nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers
et aux aveugles le retour à la vue,
pour libérer les opprimés,
pour annoncer l’année où le Seigneur manifestera sa faveur. »

Puis Jésus roula le livre, le rendit au serviteur et s’assit. Toutes les personnes présentes dans la synagogue fixaient les yeux sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Ce passage de l’Écriture est accompli, aujourd’hui, pour vous qui m’écoutez. » Tous exprimaient leur admiration à l’égard de Jésus et s’étonnaient des paroles de grâce qu’il prononçait. Ils disaient : « N’est-il pas le fils de Joseph ? » Jésus leur dit : « Vous allez certainement me citer ce proverbe : “Médecin, guéris-toi toi-même.” Vous me direz aussi : “Nous avons appris tout ce que tu as fait à Capharnaüm, accomplis les mêmes choses ici, dans ta propre ville.” » Puis il ajouta : « Je vous le déclare, c’est la vérité : aucun prophète n’est bien reçu dans son pays. De plus, je vous assure qu’il y avait beaucoup de veuves en Israël à l’époque d’Élie, lorsque la pluie ne tomba pas durant trois ans et demi et qu’une grande famine sévit dans tout le pays. Pourtant Dieu n’envoya Élie chez aucune d’elles, mais seulement chez une veuve qui vivait à Sarepta, au pays de Sidon. Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël à l’époque du prophète Élisée ; pourtant aucun d’eux ne fut purifié de la lèpre, mais seulement Naaman le Syrien. »

Tous, dans la synagogue, furent remplis de fureur en entendant ces mots. Ils se levèrent, entraînèrent Jésus hors de la ville et le menèrent au sommet de l’escarpement sur lequel Nazareth était bâtie, afin de le précipiter dans le vide. Mais il passa au milieu d’eux et s’en alla.
(Lc 4,16-30)

En parcourant ce récit, le mot « aujourd’hui » attire notre attention : c’est un terme qui a une grande résonance théologique, surtout dans l’Évangile selon Luc.

Il est sur les lèvres des mages qui se répètent les paroles de l’ange – « Aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur » (Lc 2,11).

Il est sur les lèvres de ceux qui s’extasient devant les miracles de Jésus – « Nous avons vu aujourd’hui des choses étranges ! » (Lc 5,26).

Il est dans la bouche de Jésus qui s’invite dans la maison de Zachée – « Car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison… aujourd’hui le salut est venu pour cette maison » (Lc 19,5.9).

Il est adressé au brigand crucifié à côté de Jésus – « Amen, je te le dis, aujourd’hui tu. Seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43).

C’est tous les jours, dans notre chemin avec Dieu, que le mot « aujourd’hui » nous est adressé.

Aujourd’hui, c’est le moment favorable pour construire notre humanité sous le regard de Dieu.

Aujourd’hui entraîne notre participation à la mission de Jésus lui-même.

Aujourd’hui, nous sommes envoyés porter la bonne nouvelle à travers chacune de nos vies.

Qu’il nous soit donné de vivre vraiment ce « aujourd’hui » qui nous est offert et qui ouvre, au cœur de nos vies, tous les possibles de Dieu !

Cette semaine nous prions pour nos envoyés en Tunisie, Ben, Patty et Stephanie.

Seigneur notre Père, merci pour la vie.
Merci pour toutes les nations sur la terre ; pour les différentes langues et cultures, et pour les bornes de leur demeure.
Merci Seigneur pour le salut en Jésus-Christ, pour son Église universelle et pour le lien d’amour qui nous unit. En Jésus, nous avons tout ce qui est nécessaire à la vie, donne-nous la sagesse de puiser en lui, dans une joie confiante.
Que ta présence et ta parole nous guident le jour et nous éclairent la nuit. Aide-nous à prendre courage devant les souffrances car Jésus a vaincu. Donne-nous d’être fiers même de notre détresse : elle produit la persévérance, qui produit la victoire dans l’épreuve, et de là, l’espérance.
Que ton Saint-Esprit nous console.
Ouvre grandes les portes de la liberté du culte et donne-nous ta paix.
Au nom de Jésus nous te prions, Amen

Grace Gatibaru (dans Parole pour tous)




Prosélytismes… au pluriel !

Pour son numéro 82, la revue Perspectives Missionnaires aborde la question sensible du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Ce numéro est par ailleurs le dernier à paraître sous forme imprimée : dès le n°83, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie.

Photo de couverture du n°82 de Perspectives Missionnaires © PM

Pour son passage du papier au numérique, notre revue Perspectives missionnaires a choisi d’aborder une question délicate, celle du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Jusqu’au XXe siècle, celle-ci était explicite : il fallait convertir des populations nouvelles au Christ pour suivre l’injonction du Ressuscité selon la finale de l’évangile de Matthieu : « Allez donc auprès des gens de toutes les nations et faites d’eux mes disciples » (Mt 28,19 BFC). Le prosélytisme ne faisait guère problème.

Depuis lors, nos sociétés ont changé ainsi que les sensibilités. Elles se sont sécularisées et les États, au nom de la laïcité, ont pour tâche de veiller à maintenir la paix religieuse sur leur territoire. La société pluraliste et multi-religieuse que nous connaissons en Occident place les Églises devant le défi de formuler d’une manière crédible le message réformateur de la réconciliation de Dieu avec les humains, et de la liberté offerte en Christ. En même temps, elle les met dans une situation quelque peu embarrassante. Cet embarras est notamment dû aux nombreuses réticences que provoque le terme d’évangélisation qui peut être compris comme un endoctrinement liberticide, une réduction individualiste faisant fi du tissu social, un zèle prosélyte qui met sous pression, un vis-àvis inégal entre possesseurs de la vérité et objets d’évangélisation, un événement qui se réduit à des paroles sans trouver sa concrétisation sur le terrain de la pratique sociale. De tels ressentiments sont nourris par des expériences du passé mais aussi du temps présent.

❝ Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension

Dans ce contexte, Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension. Or le prosélytisme a pris une connotation nettement péjorative, non seulement dans la société, mais également au sein des Églises elles-mêmes, gagnées par un esprit de tolérance et d’ouverture. Il apparaît comme une démarche « repoussoir » en opposition à une démarche d’unité dans laquelle les diverses confessions chrétiennes, voire les diverses traditions religieuses, se concertent pour porter un témoignage commun dans le monde.

Mais n’acceptons-nous pas trop facilement d’enfermer le prosélytisme dans une acception strictement péjorative ? Dans le refus de tout prosélytisme religieux, n’y a-t-il pas une forme de refus de la liberté de conscience et de religion ? Une difficulté d’accepter que l’autre change de croyance ? Ainsi Olivier Abel a-t-il écrit, de façon un peu provoquante, dans un numéro du quotidien La Croix de décembre 2003, un « éloge du prosélytisme » qui donnait de l’espace à ce qu’il appelait une « libre-conversation » des religions. Entre « gel confessionnel » chez certains, tendances à une forme de re-confessionnalisation chez d’autres, et identités fluides d’un certain post-confessionnalisme pour beaucoup d’autres encore, comment analyser ce à quoi nous assistons aujourd’hui ?

C’est ce type de questionnement qui nous a incités à faire le point sur ce que l’on entend par prosélytisme. Nous avons donc ouvert à frais nouveaux ce dossier en envisageant plusieurs angles d’approche. Les contributions qui suivent offrent une belle diversité de points de vue et de perspectives sur la question :

  • Une enquête néotestamentaire sur les débuts de la mission chrétienne avec le bibliste Simon Butticaz qui examine la question de savoir comment l’Église est devenue missionnaire ;
  • Une approche globale du prosélytisme avec le missiologue Hannes Wiher qui se penche sur les enjeux missiologiques ainsi que sur le témoignage chrétien dans les relations interreligieuses et interconfessionnelles ;
  • Une appréciation critique du prosélytisme dans le contexte de nos sociétés sécularisées par l’historien Jean-François Mayer ;
  • Le positionnement clair du mouvement oecuménique sur le prosélytisme par le théologien Jean-Luc Blondel ;
  • Une évaluation du prosélytisme d’un point de vue catholique romaine par Pierre Diarra, missiologue catholique ;
  • Une lecture du prosélytisme dans des pratiques ecclésiales contemporaines en Europe orientale et en Amérique latine par Jean Renel Amesfort.
  • Une analyse de stratégies d’évangélisation en milieu musulman au Liban avec la sociologue Fatiha Kaouès. Cet article particulièrement fouillé sera publié en deux parties. La première partie qui paraît dans ce numéro présente la théorie et la pratique d’évangélisation en milieu musulman de Georges Houssney, engagé auprès de diverses organisations missionnaires parmi lesquelles Campus Christian Fellowship.
  • Une seconde partie, qui présente la réflexion de Colin Chapman, un protestant évangélique très impliqué dans la réflexion sur l’activité missionnaire au Moyen-Orient et dans le dialogue interreligieux, paraîtra dans le prochain numéro de notre revue.

Ces diverses approches ne prétendent pas faire le tour d’un problème difficile et complexe. Mais elles ont la vertu, nous l’espérons, de montrer que le prosélytisme doit être examiné avec nuance et dans une perspective dialectique. En effet, l’appréciation qu’on en aura dépendra foncièrement de la théologie, de la sotériologie et de l’ecclésiologie de celui ou de celle qui l’étudie. Les différents auteurs en offrent des regards croisés qui enrichissent la réflexion et qui permettent de se faire une idée plus précise de la question telle qu’elle se pose aujourd’hui à nos Églises.

Avant de conclure cette introduction, il est judicieux de mettre encore en évidence deux éléments qui font partie de notre questionnement, mais qui n’ont pas fait l’objet d’un traitement particulier dans ce dossier : l’un concerne le contexte de nos sociétés libérales en Occident, l’autre porte sur un contexte plus large.

❝ Quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ?

Premièrement, on peut se poser la question : dans nos sociétés de « modernité-post » quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ? Car, contrairement à ce qui se passe pour les Églises et les religions, il y a bien des domaines où la recherche de membres ou d’adhérents est tout à fait tolérée, souvent au travers d’un prosélytisme décomplexé fait de propagande, de publicité, de campagne de communication. Partis politiques, syndicats, mouvements écologistes ou autres défenseurs de telle ou telle cause, promoteurs de tel ou tel produit, nombreux sont celles et ceux qui, aujourd’hui, font pression sur notre conscience en faisant appel à tous les moyens modernes de communication. Sans aller plus loin dans l’analyse, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle c’est le lien souvent perçu – au passé comme au présent – entre religions, intolérance et violence qui pose problème et qui fait que les religions sont moralement interdites de prosélytisme contrairement à d’autres acteurs de nos sociétés.

Deuxièmement, et peut-être en contrepoint, il faudrait mettre en évidence le fait que, si, dans les sociétés libérales occidentales, le prosélytisme est mal perçu, il ne provoque pas des réactions menaçant fondamentalement la liberté de conscience et de culte. En revanche, il y a de plus en plus de pays où sont adoptées des lois anti-conversion qui sont nettement liberticides. Ce phénomène semble même en nette progression dans des contextes religieux très divers. Il pourrait être une réaction à l’effet de globalisation qu’exerce l’évolution de notre monde et il interroge fortement le rêve de société pluraliste et multiculturelle qui habite nos instances politiques et religieuses. Il n’est pas nécessaire de nous étendre davantage ici sur ce questionnement qui serait susceptible de susciter d’autres recherches et réflexions d’envergure.

Michel Durussel et Jean Renel Amesfort

 

Le sommaire de ce n°82

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis 40 ans Perspectives missionnaires.
Dès janvier 2022, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie. L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.