« Nous étions comme ceux qui font un rêve »

Plongée au cœur de la méditation du pasteur Jean-Mathieu THALLINGER, inspirée du Psaume 126, pour raviver l’espérance et se souvenir que les plus grands renouveaux surgissent parfois des terres les plus arides.

"Nous étions comme ceux qui font un rêve"
© Pexels, Photo de Irina Iriser

 

« Quand l’Éternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme ceux qui font un rêve. Alors notre bouche était remplie de cris de joie, et notre langue de chants d’allégresse. Alors on disait parmi les nations : l’Éternel a fait pour eux de grandes choses ! L’Éternel a fait pour nous de grandes choses ; nous sommes dans la joie. Éternel, ramène nos captifs, comme des ruisseaux dans le Neguev ! Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chants d’allégresse. Celui qui marche en pleurant, quand il porte la semence, revient avec allégresse, quand il porte ses gerbes. »

Psaumes 126

 

C’est encore l’hiver dans les vignes d’Alsace. Le sol est gelé. Les ceps de vignes autrefois si fiers de leurs grappes ne ressemblent plus qu’à des bois torturés. Ils sont comme morts, vaincus par le froid.

Pourtant le vigneron sortira ce matin pour aller tailler sa vigne. Il est comme la veuve Antigone qui se refuse à faire son deuil. Quelle imagination folle lui donne de prévoir que de ce bois mort pourrait un jour renaître la joie ?

C’est parce qu’il se souvient que cela s’est déjà produit. Il sait que la sève, vitale, s’est réfugiée dans les racines. Elle attend.

C’est l’été dans le Néguev. Qu’est-ce qui pousse le paysan à sortir avec sa houe pour gratter la terre dure comme la pierre et tenter d’y semer quelques grains ? Cette terre n’a pas reçu la moindre goutte d’eau depuis des mois. Tout en elle est hostile à la vie. Pourtant le paysan va labourer le sol « dans les larmes », jusqu’à l’épuisement. Parce qu’il se souvient que les pluies ne vont pas tarder à descendre du ciel au nord, grossissant les fleuves, qui bientôt rempliront à nouveau les lits asséchés des rivières au sud. Le sol est maintenant prêt. Il attend.

Nous sommes à Babylone, en 539 avant notre ère. Une rumeur commence à courir. Le roi des Perses vient de vaincre celui de Babylone et pourrait autoriser les exilés et leurs descendants à retourner à Jérusalem. Peu y croient, sauf quelques-uns qui se souviennent : cela s’est déjà produit, au temps de Moïse. Alors ils attendent.

Nous sommes à Berlin Est, le 18 janvier 1989, Erich Honecker, président de la RDA déclare « le Mur existera encore dans 50 et même dans 100 ans ». Le 9 novembre 1989, le conseil des ministres publie le communiqué suivant « Les voyages privés vers l’étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs ». Quelques heures plus tard un douanier en charge du point de passage de Bornholmer Strasse donnera l’ordre « Ouvrez la barrière ! ».

La foule massée de la frontière hésite un instant et se demande « Est-ce un rêve ? ». Avant d’oser un premier pas de l’autre côté.

Nous sommes en France, ces jours-ci. 80 ans après la Libération. Et nous nous souvenons à l’aide d’images d’archives, de ces foules en liesse qui envahirent les rues de tout le pays. Le cauchemar aurait pris fin, après cinq années de privations, de peurs, de drames sans nom.

Tous se demandent : « est-ce que nous rêverions ? » L’histoire de l’humanité balance entre cauchemars et rêves qui se sont réalisés.

Aujourd’hui encore, dans tant de lieux du monde, beaucoup vivent des cauchemars. C’est dans la mémoire des libérations d’hier que nous trouverons la force de continuer à espérer, à lutter, à refuser de nous abandonner la fatalité. La Bible en a fait un commandement « Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l’honneur de l’Éternel » (Exode 12, 14). Que cette année 2025 beaucoup puissent à leur tour dire : « nous étions comme ceux qui font un rêve ».

 


Pourquoi Moïse souffrait-il d’un défaut d’élocution ?

Un sage du 14e siècle explique : Si Moïse avait été un orateur éloquent, les sceptiques pourraient prétendre que le peuple juif a accepté la Torah du seul fait du charisme de Moïse. Après tout, un orateur enjôleur et captivant peut convaincre les gens d’à peu près n’importe quoi. Mais comme il était difficile d’écouter Moïse parler, il est devenu éminemment clair que nous n’avons pas accepté la Torah parce que nous avons été impressionnés par Moïse ; nous avons accepté la Torah, parce que nous avons été impressionnés par Dieu.




Jésus et la Samaritaine

Fatigué et assoiffé, Jésus rencontre une femme en quête de vérité : c’est dans leur besoin partagé que naît un dialogue transformateur. Et si nos rencontres suivaient le même chemin ? Méditation par Dominique IMBERT-HERNANDEZ, pasteure à l’Église Protestante Unie de France au Foyer de l’Âme.

Jésus et la Samaritaine Huile sur toile (XVIIe siècle) de Rutilio di Lorenzo Manetti © RMN /Gérard Blot

 

« Là se trouvait la source de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, s’était assis tel quel au bord de la source. C’était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vient puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire. Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La Samaritaine lui dit : Comment toi, qui es juif, peux-tu me demander à boire, à moi qui suis une Samaritaine ?»

Jean 4, 6-9

 

 

Le récit de la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine recèle de grandes richesses quant à la compréhension de l’annonce de l’Évangile et ce, dès les premiers versets.

Jésus n’y est pas présenté en situation avantageuse : il est fatigué, il est assis sans façon, il a soif, il est seul. Tous les disciples sont partis, aucun n’est resté auprès de lui. L’homme qui s’adresse à la femme samaritaine est en état de faiblesse et de plus, il n’a rien pour puiser l’eau afin d’étancher sa soif. Il a besoin d’elle.

Les quelques mots de l’Évangile au sujet de la femme samaritaine, aussi discrets soient-ils, laissent cependant deviner que sa situation à elle n’est pas non plus favorable. En effet, elle vient seule à l’heure la plus chaude pour puise de l’eau, une corvée domestique ainsi effectuée dans les conditions les moins agréables : sans la compagnie d’autres femmes pour s’entraider, s’encourager, et sans profiter des heures plus fraîches du matin.

Si l’un des deux a un avantage par rapport à l’autre, c’est elle qui est dans son pays, la Samarie.

C’est pourtant à partir de son manque et du besoin qu’il a d’elle que Jésus engage le dialogue : il demande à boire.

Si la femme répond en lui faisant remarquer qu’ils n’ont rien à faire ensemble et rien à se dire l’un à l’autre, lui l’homme juif et elle la femme samaritaine, elle ne le rabroue pas vertement. Elle donne à sa remarque la forme d’une question. Jésus n’a plus qu’à reprendre la balle au bond et le dialogue qui s’engage transformera la femme isolée et à la vie conjugale mouvementée en apôtre du Christ.

 

❝ Le dialogue naît du besoin

C’est que la soif profonde de Jésus est entrée en résonance avec celle de la femme. Au-delà du besoin d’eau à boire pour lui, au-delà de sa quête toujours insatisfaite d’un homme dans sa vie pour elle, l’un et l’autre ont soif de rencontres en vérité, de paroles portées par un véritable souffle d’être. Et la reconnaissance surgit alors, l’Évangile est annoncé.

Le dialogue ne naît pas du plein, mais du besoin. Le partage du manque se révèle particulièrement fécond et dans le commencement d’une année d’activités, la rencontre de Jésus et de la femme samaritaine porte un éclairage particulier sur toutes nos rencontres à venir, sur nos missions respectives : c’est l’autre qui me désaltère.

 

 

Prière

La Source a soif
l’Eau vive demande à boire
il n’y a pas de plus grand paradoxe
C’est pourtant là que nous prenons naissance
dans ce haut désir qui nous supplie d’être l’eau qui court
sous le sable des jours pour désaltérer l’amour
Il n’y a pas d’autres chemins pour étancher notre soif
il n’y a que le chemin de devenir source à notre tour
en nous coulant dans le lit de Celle qui va de toujours à toujours murmurant J’ai soif

 

Francine Carrillo – Le Plus-Que-Vivant




Christ pour tous

Simon Pierre et Corneille, deux individus qui ne devraient pas se connaître… Méditation par le pasteur Lévi Ngangura Manyanya, théologien et Président provincial de l’Église du Christ au Congo/Province du Sud-Kivu (République Démocratique du Congo).

Saint Pierre et Corneille le Centurion – Bernardo Cavallino – Galleria Nazionale d’Arte Antica © Wikimedia Commons

 

« Pierre prit alors la parole et dit : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu n’avantage personne : tout être humain, quelle que soit sa nationalité, qui le respecte et fait ce qui est juste, lui est agréable. Il a envoyé son message au peuple d’Israël, la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous les hommes. »

Actes 10, 34-36

 

 

L’arrivée et le discours de Pierre chez Corneille auront une influence décisive sur le déroulement et ’orientation de l’histoire de l’Église primitive.

En effet, Simon Pierre et Corneille, sont deux individus qui ne devraient pas se connaître à cause de différentes barrières ou de divers murs de séparation construits par leurs société. Ils ne vivent pas dans la même ville : Corneille habite la ville maritime de Césarée, alors que Simon Pierre est originaire de Besthsaïda et habite avec sa famille à Capernaüm. Sur le registre religieux, ethnique et socio-politique, Simon Pierre est un juif qui ne devrait pas manger avec les païens. Corneille est un romain, un païen que les Juifs traitent d’idolâtre et avec lequel ils doivent se séparer absolument.

❝ Une nouvelle expérience de foi

Corneille et Simon Pierre n’avaient pas à l’origine d’intérêts communs à avoir une relation proche. Leur première rencontre devait être régie par une certaine méfiance de l’inconnu. Et pourtant, l’épisode d’Actes 10 ne présente pas la rencontre de Corneille et de Pierre comme des personnages séparés par un mur infranchissable. Corneille jouit d’une bonne réputation et est présenté avec quatre mots significatifs : pieux, craignant Dieu, généreux d’aumônes et assidu à la prière. Il satisfait les plus hautes exigences de la piété juive. Il pourrait même paraître comme un modèle pour le peuple élu et ceux qui pensent qu’en dehors d’Israël il n’y a qu’impiété et immoralité chez les Non-Juifs.

Comme Simon Pierre, Corneille est aussi en relation avec le Dieu d’Israël qui lui envoie un ange. Sa vision, comme celle de Simon Pierre comprend deux éléments importants, une déclaration divine et un ordre divin à exécuter.

Dans la suite de l’épisode, la rencontre de Simon Pierre avec Corneille le mène à une nouvelle expérience de foi. Simon Pierre découvre par Corneille une idée claire de l’impartialité de Dieu, chose qu’il n’avait pas pu comprendre ni avec Jésus en tant que disciple, ni par la révélation de la Pentecôte. C’est aussi chez Corneille que Simon Pierre voit le Saint-Esprit descendre sur les Païens.

❝ Apprendre à offrir ce qui peut épanouir l’autre et à accueillir ce qui vient de l’autre

L’épisode d’Actes 10 indique donc la réalisation de la même promesse pour les Juifs et les non-Juifs, en faisant du Ressuscité, grâce à l’œuvre du Saint-Esprit, le Seigneur de tous.

La rencontre de Césarée peut réconforter tous ceux qui sont ou qui acceptent d’aller en mission. Ils ne partent jamais seuls ; Dieu les précède et est avec eux par différentes manifestations du Saint-Esprit. Cette rencontre peut également nous aider à nous interroger sur l’impératif d’annoncer la Bonne nouvelle aux autres peuples. Comment parler du Christ et de l’amour du Dieu impartial aujourd’hui puisque « les autres à évangéliser » ne sont pas devant Dieu « ceux-là que nous pensons, dans les murs de séparation » construits par les sociétés humaines ? Dans la mission d’évangélisation il y a aussi des partages et des enrichissements à découvrir. Ce sont des expériences communes de mission où nous sommes tous à l’école pour apprendre à offrir ce qui peut épanouir l’autre et à accueillir ce qui vient de l’autre, dans la réciprocité et dans le mystère d’une communion fraternelle en Christ.

 

Prière

Seigneur, tu as entendu les cris de ton peuple qui souffre. Ouvre nos yeux pour voir la profondeur de ton amour pour nous et la merveille de ce que tu accomplis pour nous. Donne-nous le courage d’être tes mains et ton cœur pour les personnes qui souffrent. Donne-nous la sagesse et la force de nous engager pour la justice et la droiture. Que ta volonté soit faite en nous aujourd’hui et toujours.

Extrait de la prière pour
la journée mondiale des femmes 2021




«Tout est vanité» à l’heure des réseaux sociaux ?

Méditation par le pasteur Christian Seytre, président de la Communauté des Églises protestantes francophones, sur les premiers versets du chapitre 5 de l’Ecclésiaste.

© geralt – Pixabay

 

« Prends garde à ton pied, lorsque tu entres dans la maison de Dieu ; approche-toi pour écouter, plutôt que pour offrir le sacrifice des insensés, car ils ne savent pas qu’ils font mal. Ne te presse pas d’ouvrir la bouche, et que ton cœur ne se hâte pas d’exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses. Car, si les songes naissent de la multitude des occupations, la voix de l’insensé se fait entendre dans la multitude des paroles ».
Ecclésiaste 5. 1-3

 

 

Ce texte nous exhorte à être prudents dans nos prières ; on peut si facilement faire des promesses à Dieu et ne pas être en mesure de les tenir.

On peut aussi multiplier les vaines paroles, en espérant que leur nombre produira de l’efficacité. Avant d’enseigner le « Notre Père » à ses disciples, Jésus leur a fait une recommandation et une promesse : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez ». (Matthieu 6. 7-8).

Ce texte est donc un guide pour notre relation avec Dieu ; mais il peut être intéressant de l’appliquer à notre relation avec notre prochain, qui a été créé à l’image de Dieu.

❝ La relation à l’autre est fragile

Il y a d’abord une mise en garde « prends garde à ton pied » ; la relation à l’autre est fragile. Il faut être prudent. On peut si facilement faire du mal sans s’en rendre compte, et se conduire comme un insensé.

Ensuite, il faut écouter. Il faut beaucoup plus d’énergie pour écouter que pour parler : se forcer à ne pas réagir, gérer la multitude des pensées qui nous assaillent et nous distraient ; nous centrer sur ce que l’autre exprime, ce qu’il dit, et peut-être ce qu’il ne dit pas.

Ce message de l’Ecclésiaste revêt un caractère particulier à l’époque des réseaux sociaux.

On nous a appris à l’école à écrire des rédactions, à faire des analyses de textes, à rédiger des dissertations. Il fallait réfléchir avant d’écrire ou de parler, et structurer sa pensée. Mais ça, c’était avant !

Nous assistons depuis quelques années à un déferlement de hevel, mot hébreux qui signifie fumée ou buée, et qui est souvent traduit par « vanité » au début de l’Ecclésiaste (le fameux « vanité des vanités, tout est vanité »).

❝ Dans le silence et l’écoute…

Les réseaux sociaux sont le monde du hevel ; la vanité de la parole creuse ; l’inconsistance de la buée (qui disparaît au moindre rayon de soleil) ; le brouillard de la fumée et son enfumage permanent.

« Je twitte, donc je suis », se dit l’internaute. Il ne connaît rien, mais a un avis sur tout. Il ne sait pas débattre, alors il insulte. Il est incapable de gérer sa frustration, alors il menace ou il harcèle.

Derrière son écran, et souvent de façon anonyme, il se croit le maître du monde, alors qu’il n’est qu’un insensé.

Dans ce tohu-bohu de la fausse communication, avec des réseaux sociaux devenus asociaux, il est important pour le croyant de se mettre à l’écoute de son Dieu. Nous avons une bonne nouvelle à annoncer. C’est dans le silence et l’écoute que nous serons équipés pour le faire.

Nous pourrons ensuite aller vers le prochain, non pour le noyer de paroles, mais pour l’écouter et partager avec lui le cœur de notre foi : Jésus-Christ, fils de Dieu sauveur.

 

Prière

Seigneur, dans le brouhaha de ce monde, aide-nous à être des témoins, qui ne prononcent pas de vaines paroles, mais qui commencent par écouter, toi d’abord, et ensuite le prochain que tu mets sur notre chemin.




«La femme de valeur», figure de l’Église

Condensé de la prédication du pasteur David Mitrani, de l’Église protestante unie de France, sur Proverbes 31, lors du culte synodal à Besançon, le 19 novembre 2023.

« Le baiser », de Gustav Klimt (détail). Huile et feuille d’or sur toile. Galerie autrichienne du Belvédère, Vienne © Domaine public, Google Art Project

 

« Qui trouvera une femme de valeur ? Elle vaut bien plus que des perles. Le cœur de son mari a confiance en elle, et c’est tout bénéfice pour lui (…) Elle ouvre ses bras au malheureux, elle tend la main au pauvre (…) Son mari est reconnu aux portes de la ville, lorsqu’il siège avec les anciens du pays (…) Ses fils se lèvent et la disent heureuse, son mari aussi, et il chante ses louanges : « Bien des femmes font preuve de valeur, mais toi, tu leur es à toutes supérieure. »

Proverbes 31,10-31

 

 

Ce texte des Proverbes n’a pas pour but de nous parler du mariage. Il s’agit de nous amener à Jésus, même si son nom ne s’y trouve pas. Nous lirons donc la « femme de valeur » comme étant une figure de l’Église. Cette expression déjà nous dit des choses sur cette épouse, sur l’Église du Christ, sur notre Église et nos paroisses. « Femme de valeur » : comme des enfants ingrats, il nous arrive de dénigrer notre mère, de ne pas lui reconnaître la valeur que lui voit son époux. Est-ce nous qui avons raison, ou lui ?

Permettez que je le dise : c’est lui ! « Le cœur de son mari a confiance en elle. » L’avez-vous remarqué : la confiance de l’époux ne suit pas les œuvres de sa femme, mais elle les précède.

Ce n’est pas qu’une question d’écriture. La confiance, la grâce de Dieu sont premières, elle nous précèdent, comme le Christ précède l’Église. Aimer, c’est faire confiance.

Or Dieu nous aime, nous fait confiance, fait confiance à son Église. C’est bien cette confiance que le Seigneur de l’Église porte à son épouse qui doit être posée en premier ! Par sa vie et sa mission, par son culte et sa vie communautaire, l’Église exprime et rend visible et manifeste sa confiance en celui qui lui fait confiance !

❝ La confiance de l’époux ne suit pas les œuvres de sa femme, mais elle les précède

Ce qui nous est montré de la vie de l’Église dans ce dernier chapitre du livre des Proverbes est tout à fait intéressant. Elle se préoccupe de son mari, de sa maisonnée, des pauvres, et de la réputation de son mari. Pour tout ceci, elle ne lésine pas sur ses peines, elle se donne les moyens de ce qu’elle veut faire, à l’intérieur et à l’extérieur, sans crainte de commercer avec l’extérieur pour le bien de sa maison. Où trouverait-on plus active que cette femme, et qui ferait mieux qu’elle ?

C’est donc un modèle qui nous est donné. Que notre Église soit comme elle pour son mari – le Seigneur –, pour ses fils – ses membres – et pour les gens qui en ont besoin. Tous ceux qui s’occupent des autres savent bien qu’ils ne peuvent se permettre de se relâcher dans cette occupation. Avouez que ce serait là une belle activité, nouvelle pour beaucoup d’entre nous : confesser devant l’Église qu’elle est riche et heureuse de la confiance que le Seigneur lui fait !

Ce corps qu’est l’Église ne peut pas vivre sans la confiance de l’Époux, mais elle a aussi besoin d’entendre ses enfants la bénir, plutôt que récriminer contre tout ce qu’elle ne fait pas ou fait mal, contre ce qui lui manque. Nous les enfants qu’elle nourrit, nous pourrions lui en être reconnaissants…

Plus nous ferons confiance à la confiance de Dieu, plus nous nous nourrirons de la Parole du Christ, plus nous ressemblerons, en Église, à ce que les Proverbes nous montrent. C’est une vraie bonne nouvelle.




Être loin de Dieu ou avoir été éloigné de Dieu

Méditation par le pasteur Jean-Pierre Anzala, responsable de l’Échange théologique au Défap, sur Jérémie 29.

Saint-Jacques le majeur en pèlerinage, photo d’une reproduction sur toile d’une œuvre de Domínikos Theotokópoulosa, dit le Greco (Tolède) © DR

 

« Je connais, moi, les desseins que je forme à votre sujet – oracle de l’Éternel – desseins de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir fait d’espérance. Alors, vous m’invoquerez et vous pourrez partir ; vous intercéderez auprès de moi, et je vous exaucerai. Vous me chercherez et vous me trouverez, car vous me chercherez de tout votre cœur. Je me laisserai trouver par vous – oracle de l’Éternel – et je ferai revenir vos captifs ; je vous rassemblerai de toutes les nations et de tous les lieux. »
Jérémie 29, 11-14a

 

 

Jérémie écrit aux exilés de Babylone et il leur adresse un message d’espoir de la part de Dieu. Comment regarder au-delà de la catastrophe ? Après les temps difficiles d’exil et de malheur, Dieu annonce la venue d’un temps de prospérité, il ouvre un avenir et un espoir. Mais surtout il invite à le rechercher ! Rechercher Dieu, par la prière, l’invocation ou tout autre moyen.

Le verbe hébreu utilisé (direche du verbe darache) laisse entrevoir l’idée de l’investigation, de la recherche de renseignement pour parvenir à une connaissance. Il y a aussi l’idée de consulter quelqu’un pour obtenir une réponse. Quelque part il y a là de la curiosité, de l’action, il y a de la passion même pour trouver l’objet de sa quête.

Éviter les erreurs et les mauvais guides

Il y a une autre idée, celle de rechercher Dieu en interrogeant Dieu lui-même, par la prière, les supplications, par la demande de renseignements sur lui-même.

Cette démarche permet sans doute d’éviter les erreurs et les mauvais guides qui sont toujours un danger d’égarement.

Mais comment susciter, accompagner, encourager la quête de Dieu loin des mauvais guides ?

D’emblée Dieu annonce que ce ne sera pas une quête vaine. Il se laissera trouver. Quel encouragement !

Aller au bout de la quête !

Il faut avoir de l’endurance pour aller jusqu’au bout de sa quête personnelle. C’est un chemin de transformation radicale, d’ouverture à une nouvelle compréhension de soi, de l’autre et de Dieu.

Cependant au bout de la quête, il y a la rencontre que Dieu garantit lui-même. Le texte utilise le verbe hébreux matsa pour dire que le lieu recherché peut être atteint.

Ce verbe véhicule aussi une autre image pour dire le but atteint, celle de la récolte. Le chercheur récolte les fruits de sa quête acharnée, car Dieu se laisse trouver. Il fait que l’on trouve. Il est lui-même la récompense de la quête.

Jérémie invite avec passion à la quête du Dieu véritable, juste et riche en bonté. Que faire aujourd’hui pour redonner ce goût du Dieu de lumière, le goût de sa quête à nos contemporains ?

Le message de Jérémie interpelle les individus mais aussi les institutions de l’Église telles que le Défap pour stimuler et redonner le goût de la quête de Dieu à nos contemporains. C’est un défi pour nous et pour nos Églises, œuvrer pour un avenir commun dans la paix que Dieu promet.

 

Prière de Saint-Augustin (« Confessions Livre X »)

Tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée !
Mais quoi ! tu étais au dedans de moi, et j’étais, moi, en dehors de moi-même !
Et c’est au dehors que je te cherchais ;
je me ruais, dans ma laideur, sur la grâce de tes créatures.
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi, retenu loin de toi par
ces choses qui ne seraient point, si elles n’étaient en toi.
tu m’as appelé et ton cri a forcé ma surdité ;
tu as brillé, et ton éclat a chassé ma cécité ;
tu as exhalé ton parfum, je l’ai respiré, et voici que pour toi je soupire ;
je t’ai goûtée et j’ai faim de toi, soif de toi ;
tu m’as touché, et je brûle d’ardeur pour la paix que tu donnes.




Une mission «chrétienne»

Méditation par Christian Baccuet, pasteur EPUdF à Paris, sur Actes 11, 26.

Vitrail d’un temple à Paris : la transparence relie le culte et le monde © Christian Baccuet pour Défap

 

« C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens. »
Actes 11, 26

 

 

Qu’est-ce qui détermine qu’une mission est « chrétienne » ? Le récit biblique dans lequel apparaît pour la première fois le terme de « chrétiens » offre quelques pistes de réflexion (Actes 11, 19-30).

À Antioche, un groupe est identifié de manière spécifique et ses membres se voient nommés « chrétiens » par ceux qui les voient. Il ne s’agit pas de nous donner à nous-même des critères d’identité mais d’être disponibles à être reconnus comme disciples du Christ.

Ce groupe est composé de Juifs issus des synagogues et de non-Juifs. Il est fait de mélange, de rencontres, d’inclusion, d’universel et de tensions aussi. Le fruit de la mission, ce sont des croyants d’origines diverses, unis en Christ. Gardons cette articulation entre vraie diversité et unité profonde.

La communauté naissante se structure : Barnabas est « envoyé » par l’Église de Jérusalem pour une visite de communion, Saul est appelé à « instruire », des « prophètes » portent des messages de Dieu, des « anciens » coordonnent la communauté locale. Tous contribuent à la bonne marche de l’Église naissante. À notre tour d’articuler mission, organisation et communion.

Ce sont les événements qui commandent : la persécution, la prison, les disciples en fuite qui sèment l’Évangile, ceux qui les entendent et racontent à leur tour dans leur langue. Et puis, il y a la famine à Jérusalem. C’est la communauté de départ de l’Évangile, et voici que la jeune Église d’Antioche organise une collecte pour venir à son aide.

Comme Barnabas avait été « envoyé » à Antioche, de l’argent est « envoyé » à Jérusalem, premiers jalons de la solidarité et de l’universalité de l’Église. Le partage est un fruit de la mission, geste de fraternité entre communautés dispersées. Nous voilà appelés à être disponibles aux situations qui se présentent, aux appels qui surgissent.

Jusque-là, le livre des Actes rapporte l’histoire de grandes figures, Pierre, Étienne, Philippe. Ici, des quasi-inconnus voire des anonymes, Barnabas, Saul, Agabos, ceux qui arrivent avec l’Évangile à Antioche, ceux qui, entendant la Parole de Dieu, la racontent à d’autres, ceux qui donnent pour le secours des frères et sœurs de Judée. Voilà qui nous rappelle que l’Église c’est nous, chacun dans l’humble quotidien de sa vie.

Le livre des Actes raconte ainsi notre propre histoire. Ou plutôt, il raconte l’histoire du Seigneur avec nous. Car tout cela se vit parce que « la main du Seigneur était avec eux ». C’est l’Esprit qui accompagne, porte, soutient la mission. C’est en cela qu’elle est « chrétienne » !

 

Prière

Seigneur,
Donne-nous d’être des porteurs joyeux de l’Évangile,
dans le témoignage de la bonne nouvelle pour tous
comme dans les gestes de solidarité concrète,
dans notre communauté locale
comme dans la communion des Églises,
dans l’accueil des appels de nos frères et sœurs
comme dans la disponibilité à ton Esprit.
Que ta main reste avec nous. Amen.

Actes 11, 26




«Réjouissez-vous avec Jérusalem»

Méditation pour Pâques par Pierre Thiam, pasteur à Djibouti, sur Esaïe 66, verset 10a et Marc 16, versets 1 à 14.

Tombe à meule, comme celle qui fermait l’entrée du tombeau de Jésus selon les évangiles © Maxpixel.net

 

Le prophète Esaïe nous invite à éprouver de la joie à cause de la tendresse et de l’attention que le Seigneur accorde à son peuple. Il est merveilleux de savoir que Dieu est en mesure d’accomplir sa promesse dans nos vies. C’est pour cela que toute la Bible est traversée de prophéties et d’accomplissement de prophéties pour nous montrer que Dieu reste un Dieu fidèle. Pour ceux qui croient, la Bible offre de vivre la plus belle expérience de la vie : le salut. Dieu sauve les hommes et l’appel à la joie s’adresse à toutes les nations qui se réjouiront avec Jérusalem, avec le peuple de Dieu. Cet appel a une portée universelle et c’est aussi celle de la résurrection du Christ que nous célébrons chaque année le jour de Pâques, fête de la victoire définitive de la vie sur la mort et le mal : réjouissons-nous.

Mais comment vivre cet appel à la réjouissance ? Nous vivons dans un environnement qui ne nous encourage pas à la joie : une actualité chasse l’autre, une catastrophe en cache une autre et aucun secteur de la vie n’est épargné par de multiples problèmes. Sur notre chemin quotidien, nous nous demandons avec Marie-Madeleine, Marie la mère de Jacques et Salomé : « Qui roulera pour nous la pierre du tombeau » ; autrement dit : « qui nous aidera ? ».

 

 

Roulée par les humains pour boucher définitivement la tombe, la pierre symbolise la fin de l’éternel combat de l’homme contre la volonté de Dieu – combat qui apparaît depuis l’arrestation de Jésus où Dieu laisse l’homme aller jusqu’au bout de ses efforts. En roulant cette pierre sur la tombe, l’homme a atteint enfin ses limites. Creuser la tombe, y placer la dépouille et la fermer, voilà où s’arrête ce que l’homme peut faire, même pour la personne la plus chère.

Dans la question « qui roulera pour nous la pierre ? », les femmes reconnaissent et admettent tous ces obstacles qui se dressent et demandent à être dépassés. L’homme reste impuissant devant tous ces murs qui obstruent l’avenir et se dressent entre lui et Dieu. Pourtant, derrière la question des femmes, apparaît une espérance confuse, que ne partagent plus les disciples enfuis. En levant les yeux elles voient que la pierre, qui était très grande, a été roulée.

 

 

Voilà que, ce qui faisait peur et qui semait le doute dans l’esprit des femmes, ouvre des perspectives heureuses et que vient confirmer l’invitation faite aux femmes par le jeune homme assis à droite et vêtu d’une robe blanche dans le tombeau. Il leur dit : « Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s’est réveillé, il n’est pas ici ; voici le lieu où on l’avait mis » (verset 6). Celui que les femmes cherchent n’est plus là, il est ressuscité. Il y a là un indice clair que Dieu a ouvert un nouveau chemin, un chemin de vie éternelle, un chemin qui mènera à la joie parfaite. L’injonction « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit » (verset 7), montre le projet de reconstruire la grande famille, une famille où Jésus retrouvera les siens pour leur offrir la paix qui vient de Dieu et qui restaurera, pour toujours, la joie éternelle des humains.

Avec la résurrection, mourir pour renaître à la vie n’est plus un impossible. Sur le chemin de notre vie avec son lot de questions et d’obstacles, Dieu réserve à chacun – comme il l’a fait pour ces femmes sur la route qui mène au tombeau– une expérience spirituelle et personnelle. Elle suscite un mouvement de foi qui aboutit à la joie. La foi en Christ devient source de joie et nous amène à constater que le Christ Sauveur nous invite seulement à la joie de notre propre résurrection. Plus rien ne nous sépare de Dieu, ni dans ce temps, ni dans l’autre. Réjouissons-nous donc en Christ qui nous libère de ce qui nous enchaîne et nous rend esclaves. Joyeuse fête de Pâques.




Le Défap, «cadeau des Églises à la société»

Le pasteur Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, a été invité à faire une présentation des activités du Service protestant de mission lors d’un « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod, à Lyon. L’occasion de revenir sur l’engagement protestant du Défap, et sur ce qu’il apporte aux relations entre Églises de France et d’ailleurs.

L’affiche du « culte mission » du 5 mars 2023 à Lyon © Espace Protestant Théodore-Monod

Si le Défap est le service missionnaire commun de trois Églises ou unions d’Églises de France, il met en réalité en relation, par ses activités, ce que vivent de nombreuses Églises dans de nombreux lieux, et dans des contextes très variés. C’est ce qu’a rappelé Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, en introduction de sa présentation faite à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon : au-delà de l’Église protestante unie de France, au-delà de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, au-delà de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France, ce que représente le Défap, ce sont « des liens et des ramifications avec des Églises partout dans le monde, que ce soit à Madagascar, au Congo, au Cameroun, au Maroc, un peu partout ». Des Églises qui « ensemble ont su tendre la main (…) pour se dire : Je suis disponible pour toi ».

Retrouvez ci-dessous l’enregistrement de la prédication du pasteur Basile Zouma, et de sa présentation du Défap lors de ce « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon, le 5 mars 2023.

 

 




En communion avec l’Action Chrétienne en Orient

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), organisme missionnaire proche du Défap et qui met en relation, depuis 1922, les communautés chrétiennes d’Occident avec celles de pays comme la Syrie, le Liban, l’Iran ou l’Égypte, vont tourner en ce début d’octobre autour de l’accueil de grands témoins internationaux, d’abord en Alsace, puis à Paris. À l’occasion du culte organisé dimanche prochain à Strasbourg, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée par des témoins de différents pays à l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune.

Mathieu Busch, pasteur et directeur de l’ACO, lors d’une animation dans une paroisse de l’UEPAL © ACO

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO) ont déjà commencé dans la région de Strasbourg, avec deux déléguées venues en avance : Houri Moubahiajian (de Syrie) et Taline Mardirossian (du Liban), de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient. Elles découvrent Strasbourg, l’Alsace et de nombreux lieux et acteurs de l’UEPAL. Au programme : participation à un culte missionnaire à Schillersdorf (consistoire de Pfaffenhoffen), visite du service de l’enseignement religieux et de la catéchèse, découverte de la maison protestante de la solidarité, de la Médiathèque Protestante, du musée Oberlin, de la faculté de théologie protestante, découverte de la paroisse de la Meinau, visites à Strasbourg, Colmar et autres lieux…

L’ACO reçoit à Strasbourg la Syrienne Houri Moubahiajian et la Libanaise Taline Mardirossian © ACO

Le week-end qui vient marquera le lancement officiel des célébrations, avec un premier événement organisé samedi 1er octobre au Temple Neuf qui accueillera, tout au long de l’après-midi, des tables rondes et un concert. Deux de ces tables rondes évoqueront notamment le positionnement et l’action des Églises orientales, dans des pays où se multiplient les crises : « Espérer en temps de crise » avec le pasteur libano-syrien Hadi Ghantous, et « Le travail humanitaire des Églises du Proche-Orient », avec le pasteur et théologie Wilbert van Saane de la NEST (faculté de théologie protestante de Beyrouth). Puis, le dimanche 2 octobre, débutera à 10 heures le culte du centenaire en l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune, en plein centre de Strasbourg.

À cette occasion, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée lors du culte par des témoins venus de différents pays :

Seigneur, notre Dieu, nous voulons joindre les mains pour te confier, avec espérance, les défis de notre monde et les souffrances de ceux qui luttent pour une vie digne.
Nous te prions pour l’Orient, pour tous ces pays violemment touchés par de nombreuses crises et conflits, et pour toutes ces personnes frappées par l’injustice de situations cruelles qu’elles n’ont pas choisies.
Seigneur, avec espérance nous te remettons nos frères et sœurs d’Orient.
Nous te prions pour l’Occident, pour ces pays dit développés et puissants mais qui connaissent aussi de grandes fragilités : le conflit en Ukraine, la tentation de la fermeture et du rejet de l’autre, l’inquiétude des plus défavorisés.

❝ Nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre

Seigneur, avec espérance nous te confions nos frères et sœurs d’Occident.
Nous te prions pour tous ceux qui dans notre monde sont forcés de quitter leurs foyers sous le coup de la guerre, de conditions de vie dégradées, du changement climatique.
Seigneur, avec espérance nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre.
Nous te prions pour notre planète bouleversée par l’impact des activités humaines qui mettent en péril l’existence de nombreuses espèces végétales et animales, la régulation du climat et les conditions de vie de millions d’êtres humains.
Seigneur, avec espérance nous te confions l’immense écosystème rempli de vie que forme notre terre.
Nous te prions pour ton Église, à la fois universelle et riche de sa diversité, pour son témoignage et son engagement en ton nom, au service de la Vie. Nous te prions pour les partenaires de notre communauté ACO, pour notre coopération et communion afin qu’elle soit toujours guidée par ton amour.
Seigneur, avec espérance nous te remettons tous ceux qui œuvrent pour la paix, la justice et la vérité.

Aide scolaire au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO



Méditation : la rencontre au défi des préjugés

Cette prédication a été prononcée le dimanche 28 août à la paroisse de l’Église Protestante Unie d’Ermont-Taverny par le pasteur Freeman Lawson, de l’EEPT (Église Évangélique Presbytérienne du Togo), membre de la Cevaa. Il accompagnait un groupe de jeunes Togolais dans le cadre d’un échange avec la paroisse d’Enghien. Une prédication dont la thématique rejoint largement celle du Grand Kiff « La terre en partage » !

Rencontre entre le groupe des jeunes Togolais et leur pasteur avec l’équipe du Défap – DR

Texte : Jn 1, 43-51 ; Mc 7, 24 – 30

Bien aimés frères et sœurs dans la foi en Christ,

Grande est la joie qui nous anime de partager ce pain de vie de ce dernier dimanche du mois d’août avec vous dans cette paroisse d’Ermont qui nous accueille par le biais travers de notre programme d’échange jeunesse qui a commencé depuis bien des années.

Nous sommes très reconnaissants au Seigneur pour tout ce qu’il fait. Les différents moments de rencontres qu’il nous accordent sont souvent des moments de « DEFI ». Oui la rencontre est un défi ? la rencontre interpelle et bouscule. La rencontre fait naître de l’anxiété et nous pousse vers d’autres horizons. De cette rencontre voulue par Jésus vont naître des interprétations, des préjugés, des clichés.

« De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut–il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46a). Cette question posée par Nathanaël à Philippe au sujet des origines de Jésus, et qui insinue que Nazareth ne peut offrir rien de bon, nous introduit dans le problème de l’ethnocentrisme sous lequel le monde gît depuis les temps immémoriaux.

Et comme nous le savons, l’ethnocentrisme est cette « tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et en faire le seul modèle de référence ».

❝ Jésus dans sa mission prône un nouveau départ

Bien aimés,

Cette tendance ne va pas sans engendrer des conflits dans les relations humaines. Elle fut également d’actualité au temps de Jésus.
L’évangile de Marc (Mc 7, 24 – 30) par exemple, nous présente une scène où deux représentants de deux ethnies s’affrontent : Jésus et une Syro-phénicienne. Le premier est juif et la seconde non-juive. Lorsque celle-ci demanda à Jésus de chasser un démon hors de sa fille, Jésus lui répondit : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour jeter aux petits chiens. » Quel est le sens de cette réponse donnée par Jésus à la syro-phénicienne ? La réponse de Jésus cacherait-elle un mépris pour les origines de la femme, jusqu’à ce que celle-ci et le groupe ethnique auquel elle appartient soit qualifiés de « petits chiens » ? Quelle était en fait la réponse de Jésus face à de nombreux cas de stigmatisation en son temps ? L’Évangile que l’Église est appelée à prêcher n’est-il pas celui de l’Unité ? La bonne nouvelle de Jésus-Christ tiendrait-elle compte des appartenances ethniques ? Jésus avait-il pour mission de prôner l’exclusion ethnique ? Sa réponse à la Syro-phénicienne doit-elle être interprétée comme une exclusion dans le plan de salut du monde ?

Non, voilà pourquoi, nous tenons à dire merci aux différents partenaires qui croient encore que nous avons la terre en partage et que nous devons tous y travailler. Cette terre que nous avons en partage nous amène à ces échanges interculturels.

Jetons un regard sur les différents personnages différents du point de vue ethnique et du cadre. Nathanaël, un nom hébreu. Selon la tradition élohiste il signifie : Nathan (don) et El (Dieu) “don de Dieu“ ; et selon la tradition Jehoviste, il correspond au “don de l’Éternel“ qui serait aussi Matthias. Originaire de Cana (selon Jean 21, 2), Nathanaël tient en piètre estime la bourgade voisine de Nazareth. Il méprisa le « galil » (territoire des païens) auquel pourtant le prophète promet la gloire. Persuadé, comme ses contemporains que « le Christ ne peut venir de Galilée », il n’en attend « rien de bon ».

Philippe par contre est un nom grec qui signifie (amateur de chevaux). Ce nom était très répandu dans toute l’antiquité. Philippe témoigne sur Jésus avec un exposé documenté très pesant et dont les mots portent. Et la réponse « étourdie » de Nathanaël provoque la réplique calme et positive d’un esprit qui s’attache aux faits : « Viens et vois ».

Nazareth, étymologiquement veut dire “nécer“ : bourgeon (parce qu’un bourgeon sommeille pendant l’hiver et s’éveille de bonne heure au printemps).

L’étude comparative des textes de Marc et de Jean nous montre que Jésus dans sa mission prône un nouveau départ. Ce sont surtout pour les laissés pour compte de la société juive que Jésus va s’adresser en particulier, non seulement il se tourne vers les mal-portants, mais aussi vers les défavorisés, les reprouvés bref tous ceux qui n’ont pas véritablement de place dans le système social et religieux érigé en bonne et due forme par la société juive. Jésus aurait même partagé son pain avec toutes sortes de reprouvés et pourtant, un bon Juif ne devait pas se promener avec des gentils, des incirconcis ou encore des prostituées. Mais Jésus bien qu’étant Juif l’a fait. Il va vers les marginaux, des gens de moindre importance. Jésus a fait tomber les barrières qui les séparaient. Il a brisé tous ces obstacles.

❝ Développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration

Bien aimés dans le Seigneur, la division, la haine et les conflits d’origine ou de provenance ne doivent plus avoir place dans le témoignage de l’Église aujourd’hui. Face à ce défi, que l’Église ne se laisse pas distraire ; qu’elle ne fléchisse pas. De façon concrète, l’Église doit développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration. Les membres de l’Église, de la tête à la base doivent avoir un même langage avec Saint Thomas D’Aquin en ces termes : « autrui, loin de me léser, m’enrichit ». Ce n’est que dans cette vision que l’Église peut prétendre poser des actes prophétiques lui permettant de pointer du doigt la réalité du problème de l’ethnocentrisme en son sein et de s’auto examiner. Dans cette optique, nous sommes quotidiennement interpellés afin d’orienter nos actions pour une réelle redynamisation qui nous promeut davantage à une meilleure qualité de vie. Détruisons les murs inutiles de séparations pour l’annonce d’un Évangile inclusif à la lumière de Jésus-Christ. Allons à la rencontre de tous sans distinction et peu importe la distance qui nous sépare. Peu importe le vocable sous lequel on nomme le Très haut : El (Hébreux), Theos (Grecs), God (Anglais), Allah (Arabes), Gott (Allemand), Deus (Latin), Odumunga (Akan), Yendu (Mossi), Esso(Kabyè), Odayè (Ifê), Sangbadi (Nawda), Olorun (Gun), Orokwe (Akébou), Naboda (Anyanga), Oklouno (Fon), Owulowu( Akposso), Mawu (Eve), ou Atakokorabi (Guin-Mina), nous sommes tous des enfants d’un même et unique Dieu, Père de l’humanité de toute cette terre, nous l’avons en partage. Laissons alors les différents clichés et allons avec foi à la rencontre de l’autre qui n’a pas choisi d’être né là où il est.

Que Dieu nous vienne en aide !

Soli deo Gloria !!!

Amen !!!!




Méditation du jeudi : La loi, toute la loi

Méditation du jeudi 30 juin 2022. L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante.

Artiste Clet Abraham – photo PRG

Nous avons été libérés pour vivre la liberté. Alors il ne faut pas flancher, il ne faut pas se remettre sous le joug de l’esclavage. Moi, Paul, voilà ce que je vous dis : si vous vous soumettez à la loi qui vous dit de vous faire circoncire, alors le Christ ne vous sert plus à rien. Et je dirais même plus : si vous décidez de suivre la loi et de vous faire circoncire, alors il faut suivre TOUTE la loi, dans ses moindres détails. Si vous cherchez votre sécurité dans la loi, alors vous n’avez déjà plus rien à voir avec le Christ. Vous êtes séparés de la grâce, cette sécurité qui vient de Dieu.

Mais nous – nous, nous attendons notre justice et notre sécurité directement de Dieu, dans le lien de foi qui nous unit à lui et qu’on appelle aussi l’Esprit. Voyez-vous, Dieu nous a fait un cadeau, il nous a donné Jésus-Christ, et ce cadeau crée entre Dieu et nous un lien de confiance, un lien d’amour. Ce n’est pas d’être circoncis ou pas qui crée ce lien d’amour. C’est le Christ.

Vous étiez en pleine course, tout allait bien, et voilà que quelqu’un vous a arrêtés et maintenant vous voilà incapables de reconnaître la vérité et de lui obéir ! Mais celui qui vous a arrêtés, ce n’est pas Dieu, ce n’est pas comme ça que Dieu vous appelle. Comme on dit, « un peu de levain fait lever toute la pâte ». Moi, j’ai confiance en vous, et dans le lien de confiance qui vous relie au Seigneur : je suis sûr que rien ne pourra vous détourner de lui. Mais celui qui s’amuse à mettre la zizanie, celui-là ne l’emportera pas au paradis.

Moi, frères, si on me persécute, c’est pour autre chose que parce que je prêche la circoncision : ça, ça ne choquerait personne. Non, ce que je prêche est vraiment scandaleux : la croix, c’est vraiment choquant. Ceux qui parlent de la circoncision ne prennent pas grand risque, mais s’ils sont sérieux, alors qu’ils aillent jusqu’au bout : qu’ils ne se contentent pas de couper un petit bout, qu’ils aillent jusqu’à s’émasculer complètement !

Mes frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais si vous utilisez le prétexte de la liberté pour faire ce qui vous chante, vous n’avez rien compris. Ce dont il s’agit, c’est d’être libres de choisir l’amour ; et si vous vous aimez les uns les autres, alors vous vous ferez dépendants les uns des autres, volontairement.

Toute la loi est contenue dans cette simple parole : Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même. Par contre, si entre vous, vous vous donnez des coups de dents, si vous vous entredévorez, alors vous risquez fort de vous détruire les uns et les autres, et qu’il ne reste plus rien.
(Ga 5,1-15, trad. PRG)

Un jour, dans un rassemblement œcuménique, une jeune femme est venue me voir. Elle m’a tendu sa bible sans dire un mot et m’a désigné un passage. Première épître aux Corinthiens, chapitre 14 (v. 33b-35) : « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. » Et la jeune femme m’a dit : « Alors, comment vous pouvez oser dire que vous êtes pasteure ? »

Pour nous femmes pasteures, il n’est pas rare d’entendre cela ; mais même sans être une femme pasteure, on s’entend souvent dire : « Tu vois bien, c’est dans la Bible ». Oui, je vois… et en même temps, je ne vois rien du tout. Je crois bien que Paul était un peu dans cette situation face aux Galates qui lui disaient : « Tu vois bien, c’est dans la loi, cette histoire de circoncision, il faut bien s’y plier vu que c’est dans les textes ! ». Quelqu’un était arrivé chez les Galates et avait commencé à leur dire : oui, Jésus-Christ, c’est bien joli, le lien avec Dieu, c’est bien joli, l’Esprit, la grâce, tout ça, c’est bien joli, mais quand même, et la loi dans tout ça ? Et Paul, ça le rend dingue… il n’arrête pas de parler de grâce, d’amour, d’Esprit, d’être sauvé par Dieu par pur cadeau, et il y a toujours quelqu’un pour lui dire : oui, oui, c’est bien mignon tout ça, mais quand même… la loi ! Et il a l’impression qu’on a oublié l’essentiel pour se concentrer sur un détail. C’est ce qu’il dit aux Galates : la circoncision, c’est un détail. N’oubliez pas l’essentiel.

Alors aujourd’hui, je vous voudrais à mon tour vous raconter une histoire. Après tout, Jésus et Paul, eux aussi, aimaient bien raconter des histoires.

Donc, c’est l’histoire d’un jeune homme qui voulait passer son permis. Tous les soirs, après le lycée, il allait à l’auto-école, pour apprendre le code de la route. Il trouvait ça difficile, mais il continuait, parce qu’avoir une voiture était son plus grand rêve. Il se disait qu’avec une voiture, il pourrait tout faire, tout devenir, tout être… et qu’il aurait enfin la liberté dont il avait toujours rêvé. La voiture, c’était la liberté. Sauf qu’il avait le plus grand mal à apprendre le code de la route. Un soir plus difficile que les autres, il est allé trouver son grand-père.

– (Le grand-père) Prends le code, et ouvre-le n’importe où. Maintenant, dis-moi quel panneau tu vois.
– (Le jeune homme) Un stop.
– Alors, qu’est-ce que ça veut dire ?
– Qu’il faut s’arrêter.
– Et ça veut dire quoi, qu’il faut s’arrêter ?
– Et bien, qu’il faut ralentir, rétrograder, freiner, et s’arrêter.
– Sinon, il se passe quoi ?
– Sinon, on risque d’avoir un accident, ou de se faire arrêter.
– Donc si tu ne respectes pas ce que dit le panneau, tu risques gros ?
– Pas forcément, si ça se trouve il n’y a personne au carrefour, alors ça ne gênera personne si on ne respecte pas le stop.
– Alors pourquoi tu le respectes ?
– Parce que ça dit qu’il faut le faire. Au cas où il y ait quelqu’un.
– Alors s’il y a un stop, c’est parce qu’il y a d’autres gens que toi sur la route ?
– Oui.
– Bon. Maintenant, ferme le livre, et ouvre-le à nouveau. Qu’est-ce que tu vois ?
– Un panneau « 50 ».
– Ça veut dire quoi ?
– Qu’on n’a pas le droit d’aller plus vite que 50 km à l’heure.
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas. C’est le panneau qui le dit.
– Ça veut dire que tu ne vas pas vérifier si le panneau a raison ou non, tu vas juste faire ce qu’il dit ?
– Oui… enfin si c’est le milieu de la nuit, que je vois très loin et qu’il n’y a personne, je peux peut-être aller un peu plus vite… ceci dit, il risque d’y avoir un radar…
– Alors tu fais confiance au panneau de toute façon, que tu saches ou non s’il a raison ?
– Oui, parce qu’il me dit que quelqu’un pourrait être en danger si je ne le respecte pas.
– Donc tu vas le respecter ?
– Probablement.
– Bon, maintenant ferme le livre, et dis-moi ce que tu dois faire.
– Comment ça ?
– Et bien, quel panneau tu dois respecter ?
– Comment ça, quel panneau ? Il n’y a plus de panneau si je ferme le livre.
– Mais tu as bien vu qu’il y en avait au moins deux. Un stop, et une limitation de vitesse à 50. Alors, lequel tu choisis de respecter ?
– C’est idiot, ta question, grand-père…
– Peut-être, mais réponds quand même.
– OK. Alors si je veux respecter les deux, du coup je ne vais pas prendre de risque, et je vais m’arrêter. Comme ça je respecte forcément aussi le 50.
– Donc, tu t’arrêtes.
– Oui.
– Tu coupes le moteur et tu restes là ?
– Oui.
– Alors, à quoi ça sert de passer ton permis ?

Et le jeune homme en est resté comme deux ronds de flan. Comme vous, j’espère. Comme nous tous. Quand on referme la Bible, on respecte quelle loi ? Si on ne veut pas prendre de risque, on s’arrête et on coupe le moteur. On s’arrête de vivre. On devient mort. C’est ça que veut dire Paul, quand il dit « Vous étiez en pleine course, et vous vous êtes arrêtés ». Ailleurs, dans l’épître aux Romains, il le dit un peu autrement : il dit « Le péché a capturé la loi ». C’est que le péché nous a fait fermer le livre qui contient la loi de Dieu, avec pour seule consigne : maintenant, on fait le mort.

Est-ce que c’est cela que Dieu a voulu en nous donnant sa loi ? Non.

Est-ce que c’est cela qu’ont prévu les législateurs en mettant en place toute une série de panneaux indicateurs ? Non.

Ce qu’ils avaient prévu, c’est que ces lois nous aident à circuler, à aller voir ailleurs, à visiter, à rencontrer, à découvrir, sans être des dangers publics et sans que les autres soient des dangers publics pour nous. De même, ce que Dieu avait prévu, c’est que sa loi aide les humains à vivre, en se respectant soi et en respectant les autres, sans se mettre en danger et sans mettre en danger les autres.

Sauf que nous, on s’amuse à fermer le livre et à se poser des questions sur quelle loi il faut suivre, pour finir par n’en suivre aucune en pensant les respecter toutes, pour ne pas prendre de risque.

Si vous vous décidez à lire tout ce que contient la Bible puis à fermer le livre et à décider de suivre toutes les lois à la fois, vous passez à côté de ce que la Bible est réellement : un don de Dieu pour la vie. Vous en ferez, à la place, un don de mort. Par contre, vous pouvez la lire comme un code destiné à ouvrir de nouvelles routes, de nouveaux espaces, des paysages insoupçonnés. Et là, vous vivrez. Parce que vous entendrez qu’il ne s’agit pas de lire des lois mortes, mais d’entendre une voix vivante. Alors, vous accueillerez la vie que Dieu vous donne.

Je reviens à ce passage de l’épître aux Corinthiens, que me montrait cette jeune femme. Si vous lisez le texte attentivement, vous vous rendrez compte que Paul ne donne pas un ordre bête et méchant, qui consiste à éteindre le moteur et à s’arrêter de vivre. Dans un monde où les femmes n’avaient pas leur place à la synagogue, il dit que les femmes sont au milieu de l’assemblée. Dans un monde où les femmes n’étaient pas censées avoir de l’intelligence, parce qu’elles n’étaient que la possession de leur père puis de leur mari, Paul dit que les femmes réfléchissent, et qu’elles veulent comprendre et poser des questions.

Il est malséant à une femme de parler dans l’église… C’est vrai, c’est dans la Bible. Inutile de faire semblant de ne pas le voir. Mais une fois refermé le livre, réfléchissons.

Dans tout ce chapitre, Paul donne des instructions à l’Église de Corinthe, une Église particulièrement agitée et infiniment fière des dons de prophétie qu’elle manifeste. C’est à des gens imbus d’eux-mêmes qu’il s’adresse, en leur disant : ce qui compte, ce n’est pas la prouesse spirituelle, ce n’est pas de parler en langues, ce n’est pas d’avoir le don d’une louange extraordinaire. Ce qui compte, c’est que tous, vous puissiez comprendre le sens que ça a. Et il faut à tout prix protéger le sens. Quitte à brider les manifestations glorieuses dont vous êtes si fiers. L’important, c’est que quand quelqu’un prophétise, tous se taisent pour comprendre le sens de la prophétie. C’est que chacun puisse se retirer ensuite, en gardant comme un trésor le sens profond de ce qui s’est passé. Ou pour le dire autrement : qu’une fois le livre refermé, ce que vous avez entendu vous fasse vivre. Vivez du sens offert ! Tout le reste est secondaire. Voilà ce qu’il faut lire, si on ne veut pas trahir la pensée de Paul. Ce qui fait vivre doit être protégé à tout prix, tout le reste est secondaire.

Alors, on ne sait jamais, si vous croyez que le fait d’entendre l’Évangile de la part d’une femme vous empêche de comprendre cet Évangile, soyez gentils, poussez-nous dehors gentiment. De même, si vous croyez que d’entendre l’Évangile aux côtés de quelqu’un de mauvaise vie vous empêche de vivre de cet Évangile, alors poussez-les dehors. Et puis, si vous êtes persuadés que l’Église serait plus pure et plus fidèle si elle exigeait de chacun de ses membres une moralité impeccable, alors… alors je crains fort que vous ne soyez, cette fois, contraints à partir, parce qu’il ne resterait plus personne.

Refermons le livre. Et réfléchissons. Qu’est-ce qui est important ? À quoi sert la Bible ? À être une collection de lois impossibles à comprendre, qui nous obligeraient, pour les respecter, pour ne pas prendre de risque, à nous arrêter de vivre ? Ou à nous donner la trace, infime et pourtant profondément vivante, de la voix de Dieu, comme en écho dans des mots bien humains ? Une voix qui nous appelle à vivre, parce que rien n’importe plus à Dieu que de nous voir vivants…

Je vous invite aussi à repenser à cet épisode de l’évangile selon Luc, où Jésus, avec une infinie douceur, fait comprendre à Marthe, toute accaparée par ses devoirs de femme de maison, que ce qui importe surtout, c’est d’entendre ses paroles. Ce qui importe n’est pas d’être assis quelque part plutôt qu’autre part, ce qui importe est de se mettre à l’écoute. Et au fond, Paul ne dit pas autre chose. Chacun, chacune, se met à l’écoute comme il peut, comme elle peut. En se pliant aux conventions peut-être, mais surtout, en ne perdant jamais de vue que ce qui importe plus que tout, c’est d’avoir accès au sens profond de ce qui est dit, au sens qui fait vivre, au sens qui met en route et bouscule nos idées toutes faites. Je ne défendrai pas Paul en disant qu’il était un grand révolutionnaire qui avait compris bien des siècles avant nous l’idéal de l’égalité entre hommes et femmes, ce ne serait évidemment pas vrai.

Et oui, il est important de se battre pour que personne, dans notre société, ne soit cantonné à un rôle subalterne, pour que personne ne soit traité comme un parasite sous prétexte qu’il ou elle n’atteint pas l’idéal de l’efficacité maximum en permanence. C’est un geste politique fort, c’est une posture citoyenne nécessaire et utile.

Mais la lutte pour l’égalité effective des droits n’est que la partie visible de l’iceberg. Quand quelqu’un est écarté de l’idéal d’égalité entre citoyens, c’est ce qui se voit. La partie immergée, invisible, c’est d’être mis à l’écart du sens véritable des choses. L’essentiel, la véritable revendication pour notre temps, c’est que le sens des choses, que la vérité, soit accessible à tous. Hommes, femmes, enfants, ceux d’ici et ceux d’ailleurs, ceux du dedans et ceux du dehors : il importe que chacun ait accès au sens, à la vérité.

Pour nous chrétiens, le sens, la vérité, ce n’est pas une chose. C’est quelqu’un.

L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante. Une mission qui l’aurait oublié serait une mission morte et mortifère.

L’Évangile vient nous rejoindre, précisément, à la pliure des choses : là où le sens nous convoque, qui que nous soyons, pour nous rejoindre malgré tout. Que vous soyez homme ou femme, une fois le livre refermé, qu’il vous soit donné de ne pas chercher à obéir aveuglément, mais de vous mettre simplement à l’écoute du sens profond que Dieu souffle vers nous, pour que nous vivions.

Prière

Seigneur, tu nous as donné un code de la route et nous en avons fait un catalogue de bonne moralité. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie du souffle qui fait vivre.
Tu nous as dit « Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même » et nous avons tergiversé pour savoir qui, au juste, était notre prochain. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie de la fraternité.
Tu nous as donné le salut et nous avons réfléchi à qui y avait droit. Pardonne-nous, et éveille en nous la paix de nous savoir sauvés.
Tu nous as donné le goût de ton Royaume et nous avons essayé d’en faire une identité. Pardonne-nous et ouvre nos yeux aux visages multiples de ton Église.
Tu nous donnes ta Parole. Qu’elle soit pour nous l’élan vital de chaque jour et qu’elle ne cesse jamais d’éveiller notre confiance en toi.
Nous te prions pour tous tes enfants, pour les responsables de nos Églises, pour ceux qui n’en ont pas encore franchi le seuil, pour les envoyés du Défap, pour ceux qui, ici et ailleurs, les accueillent et œuvrent avec eux. Que ta paix soit leur quotidien, pour cheminer à l’ombre de ta main.
Amen