Courrier de mission : rencontre avec l’Église évangélique du Congo

Le passage en France, au cours du mois de mars 2022, du nouveau président de l’Église évangélique du Congo (EEC), a donné l’occasion à Marion Rouillard d’évoquer les relations du Défap avec cette Église membre de la Cevaa. Juste Alain Gonard Bakoua, président de l’EEC, et Laurent Loubassou, doyen de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, étaient ainsi tous deux invités de l’émission du Défap diffusée le 27 avril sur Fréquence protestante.

Le président de l’Église Évangélique du Congo, le pasteur Juste Alain Gonard Bakoua © Défap

Le Congo-Brazzaville est un des pays d’Afrique où l’influence du christianisme est la plus visible, même si la porosité avec les religions traditionnelles rend difficile une évaluation précise. Si l’on se fie aux chiffres du Quai d’Orsay, 90% de la population y est chrétienne, le reste se répartissant entre islam et animisme. Les chiffres du World Christian Database se veulent un peu plus précis, en comptabilisant 89,79% de chrétiens, 4,76% d’animistes et 1,39% de musulmans. Le CIA Worldfactbook, autre référence internationale, donne toutefois des évaluations différentes, le christianisme représentant selon ces données 77,5% de la population (dont 33,1% pour l’Église catholique, 22,3% pour les Églises du renouveau ou du réveil, 19,9% pour les protestants et 2,2% pour l’Armée du Salut), l’islam 1,6%, les Kimbanguistes 1,5%, et les sans religion déclarée 11,3% (les 8,1% restants représentant d’autres croyances minoritaires). Quant au portail national du Congo, il indique que 50% des habitants du pays se rattachent au christianisme, 48% à l’animisme et 2% à l’islam. Au bout du compte, les pratiques religieuses sont très souvent teintées d’animisme, comme le souligne une maxime populaire selon laquelle « le chrétien et le musulman prient tous deux avec un fétiche dans la poche ».

Au sein des quelque 5,38 millions d’habitants (selon les données de 2019 de la Banque mondiale), ce qui fait du Congo-Brazzaville un petit pays par rapport à son immense voisin qu’est la République démocratique du Congo avec une population de près de 90 millions de personnes, l’EEC ou Église évangélique du Congo revendique environ 200 000 membres. Elle est membre de la Cevaa – Communauté d’Églises en mission, et entretient des relations de longue date avec le Défap. Elle est née officiellement le 15 juillet 1961, issue du travail des missions scandinaves (et principalement suédoises) qui étaient présentes dans le pays depuis 1909. Elle est membre du Conseil Œcuménique des Églises Chrétiennes du Congo (COECC), qui comprend également l’Église catholique, l’Armée du Salut, l’Église luthérienne du Congo et l’Église orthodoxe grecque du Congo.
 

Rencontre avec l’Église évangélique du Congo, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 27 avril 2022 sur Fréquence Protestante

 

Depuis fin 2020, l’Église Évangélique du Congo est présidée par le pasteur Juste Alain Gonard Bakoua, après quatre années d’une présidence controversée, celle d’Édouard Moukala. Le changement de président s’est d’ailleurs accompagné, en novembre 2020, d’une décision exceptionnelle : le pasteur Moukala a été révoqué et chassé définitivement par décision collégiale de tous les membres du conseil synodal ordinaire de l’EEC. Depuis lors, le nouveau président s’efforce de renouer avec les partenaires de l’EEC, après plusieurs années qui ont vu les relations se distendre. Présent en France au mois de mars 2022, il a été interviewé par Marion Rouillard pour l’émission Courrier de mission – Le Défap, diffusée le 27 avril sur Fréquence protestante. Également présent pour cette émission, Laurent Loubassou, doyen de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, a présenté pour sa part les enjeux et les défis de la formation théologique en République du Congo. Laurent Loubassou prépare par ailleurs une thèse en Histoire des religions et anthropologie religieuse sur « Le prophétisme au Levant ancien ».

Dans cet entretien, Laurent Loubassou souligne notamment l’importance des relations entre l’EEC et le Défap dans le domaine de la formation – beaucoup d’enseignants de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville étant eux-mêmes d’anciens boursiers du Défap. Et l’aide précieuse que peut représenter le Service protestant de mission lorsqu’il s’agit de publier des travaux universitaires – du fait notamment du déficit en maisons d’édition ad hoc au Congo-Brazzaville. Juste Alain Gonard Bakoua est revenu pour sa part sur les défis que connaît actuellement son Église, et qui concernent notamment la formation pastorale, mais aussi les questions de gouvernance ; ainsi que la mission sociale, l’évangélisation, l’accompagnement des jeunes…




La France, pays de Mission

L’Association Francophone Œcuménique de Missiologie organise un colloque « De La France, Pays de Mission à évangéliser la France ? » les 13 et 14 mai 2022 à Paris.

Au programme

Vendredi 13 mai au Service protestant de Mission — DEFAP, 102 Bd Arago, 75014 Paris

18 h : Conférence de M. Jean-Louis Schlegel, « De La France, Pays de Mission à évangéliser la France ? »

Jean-Louis Schlegel est philosophe et sociologue des religions. Parmi ses nombreux centres d’intérêts figurent les phénomènes de recomposition du religieux, et singulièrement de l’Église catholique, dans la société contemporaine : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du religieux dans les démocraties dites parfois « postmodernes ». Il a fait partie du conseil scientifique de la revue Archives de Sciences sociales des Religions et du comité de rédaction de la revue Esprit. Outre de nombreux articles et traductions, il a publié Religions à la carte Hachette, 1995, et La loi de Dieu contre la liberté des hommes. Intégrismes et fondamentalismes, Seuil, 2002.

19 h 30 : Buffet (sur inscription : pascale.grosbras@defap.fr)

20 h : Assemblée générale de l’Association

Samedi 14 mai à l’Institut protestant de théologie, 83 Bd Arago, 75014 Paris

10 h « Expériences d’évangélisations contemporaines évangéliques » par M. Daniel Liechti

Daniel Liechti est professeur de missiologie (évangélisation et implantation d’Églises) à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (78). Il préside la commission d’implantation d’Églises du Conseil National des évangéliques de France (CNEF). Il a été pasteur-implanteur dans la région Hauts de — France ainsi qu’en Île-de-France et directeur du développement de l’union d’Églises Perspectives.

11 h « Le Congrès Mission » par Mme Clara Lauriot-Prevost

Clara Lauriot-Prevost est missionnaire. Elle fait partie d’Anuncio depuis 2008 et dans le Congrès mission depuis 2015. Elle fait partie du comité du congrès mission et travaille en particulier sur les thèmes de l’évangélisation directe, la conversion pastorale missionnaire des paroisses et la vie missionnaire avec l’Esprit saint.

14 h « “Use Your Talent” : une démarche originale d’évangélisation dans un contexte de mission européenne » par Mme Sandra Bischler

Sandra Bischler est directrice régionale pour l’Europe et le Brésil de la Société missionnaire norvégienne (NMS). En collaboration avec son partenaire missionnaire au Brésil, Mouvemento Encontrao, la NMS favorise l’envoi de missionnaires vers les Églises partenaires en Europe avec une accentuation sur des programmes de développement de communautés missionnaires, d’implantation d’églises et de renforcement du travail des jeunes par le biais d’un programme d’échange.

Avec la participation de Mariana et Mateus PEREIRA, missionnaires au service des étudiants et jeunes professionnels au sein de l’Église protestante unie à Lyon. Ce ministère est le fruit d’un partenariat international avec la Missão Zero du Brésil et la Société de Mission norvégienne.

16 h 30 : Fin




Liberté et missions protestantes : la conférence inaugurale

Les 17 et 18 mars se sont tenues deux journées d’étude sur le thème « Liberté et missions protestantes », organisées avec le Défap dans le cadre des travaux du GRER (Groupe de recherche sur l’Eugénisme et le Racisme) de l’Université de Paris, site Diderot.

Quelques-uns des participants des deux journées d’étude organisées avec le GRER. Au premier plan, Gilles Vidal, ici dans le public installé dans la chapelle du Défap © DR

Les missionnaires ont-ils apporté une nouvelle liberté aux peuples autochtones en les délivrant de l’obscurantisme… ou leur conception du progrès a-t-elle privé ces peuples de leur propre culture ? Quelles relations avec le contexte colonial ? Ces deux journées d’étude visaient à croiser les regards des missions protestantes francophones et anglophones sur les notions de liberté aux XIXe et XXe siècles en Afrique et en Océanie.

Voici la conférence inaugurale du professeur Gilles Vidal, doyen de l’IPT-Montpellier, sur le thème : « La théologie de la libération dans un contexte océanien (1990-2000). Approche comparative de deux théologiens kanak et ma’ohi contemporains ».

 




22 avril : une journée pour s’engager pour la création

En ce vendredi 22 avril qui marque le « Jour de la Terre » 2022, il est utile de rappeler l’implication des Églises en matière d’écologie : que ce soit par des réflexions sur la sauvegarde de la création ou la justice climatique, ou par des actions au quotidien ou dans la rue. Au niveau du Défap, outre les préoccupations environnementales inscrites dans son programme de travail, de nouvelles mesures ont été adoptées récemment, avec le lancement d’une démarche de compensation carbone.

Cultiver notre jardin… Une initiative locale présentée sur la page Facebook d’Église Verte © DR

C’est un peu la grande absente de l’actualité ; et pourtant, ce vendredi 22 avril marque la « Journée de la Terre« , un événement célébré dans environ 140 pays, auquel participent dans les 200 millions de personnes et considéré comme l’un des rendez-vous annuels majeurs en matière de mobilisation pour l’environnement. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’une fête récente : elle a été créée il y a plus d’un demi-siècle, plus précisément en 1970. Son fondateur était Gaylord Nelson, sénateur du Wisconsin de l’époque. Ce dernier encouragea les étudiants à mettre en avant des projets de sensibilisation à l’environnement dans leurs communautés. Reprise dès l’année suivante par les Nations unies comme une date forte du calendrier, la Journée de la Terre est devenue un événement à l’échelle mondiale dès 1990. Le Sommet de la Terre, autre événement fondateur organisé à Rio en 1992 et ancêtre des conférences de Kyoto ou de la COP21, devrait beaucoup lui aussi à ce 22 avril. Aujourd’hui, l’ONU souligne que cette édition 2022 de la « Journée internationale de la Terre nourricière » est la première de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes.

Mais il est vrai qu’en France, tous les regards sont plutôt tournés vers le second tour de l’élection présidentielle ; une élection au cours de laquelle les enjeux environnementaux ont été laissés largement au second plan. Tout au plus le candidat Macron s’est-il dit prêt, entre les deux tours et dans l’urgence, à « enrichir » son programme environnemental, en reprenant l’idée de « planification écologique » portée par Jean-Luc Mélenchon, ou les propositions de Yannick Jadot en matière d’économie circulaire. Quant à Marine Le Pen, ses propositions en la matière ont été analysées et largement critiquées par toutes les ONG de défense de l’environnement : « Marine Le Pen ne s’attaque pas aux causes structurelles de la crise écologique et climatique », souligne ainsi Greenpeace, pour qui son programme « ressemble plus à du greenwashing qu’à une véritable conversion à l’écologie ».

Dans trois ans il sera trop tard

Il n’empêche : en dépit du manque d’empressement des politiques et d’une actualité internationale qui tend à oblitérer les préoccupations écologiques, les signaux d’alerte se multiplient. L’année passée a encore subi les effets dévastateurs du changement climatique : des canicules meurtrières en Amérique du Nord, notamment en Colombie britannnique, qui a enregistré un record absolu de chaleur en juin, avec 49,6°C à Lytton, des incendies ravageurs au Canada et en Sibérie, un froid spectaculaire aux États-Unis, des précipitations extrêmes en Chine et en Europe de l’Ouest… Il y a quelques semaines, le sixième rapport du GIEC (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dédié aux solutions que l’humanité doit mettre en place pour contenir le dérèglement climatique, a souligné que sans une action internationale forte et immédiate, le réchauffement de la planète pourrait atteindre le seuil de +1,5 °C autour de 2030, c’est-à-dire demain. Dans trois ans, il pourrait être trop tard pour infléchir la tendance. Ces préoccupations sont largement passées auprès du grand public et de nombreuses entreprises s’y associent : ainsi, Google célèbre le Jour de la Terre 2022 avec un doodle spécial. Le doodle Google de ce vendredi 22 avril remplace ainsi le logo de l’entreprise sur la page d’accueil de la recherche par une animation qui montre comment divers endroits du globe ont changé au fil des ans.

Le doodle Google du 22 avril, montrant quelques effets du changement climatique à partir de photos satellite © Google

Les diverses religions sont largement investies dans la défense de l’environnement, et leurs actions se structurent au fil des années. Ces préoccupations écologiques se combinent à une approche œcuménique, au sein de laquelle un organisme comme le COE (Conseil œcuménique des Églises) joue depuis longtemps un grand rôle. En combinant réflexion et action : aux côtés du développement d’une théologie de la sauvegarde de la création et d’un plaidoyer en faveur de la justice climatique, on assiste aussi au développement de nouvelles formes de militantisme où la foi devient le soubassement des convictions écologiques. Au niveau de la France, le 12 mars 2022 a vu par exemple l’organisation des « cortèges des convictions » au sein des marches pour le climat – une demi-douzaine de cortèges réunis grâce à une véritable coordination interreligieuse et interconvictionnelle mise en place au niveau national.

 

Au-delà de ces mobilisations ponctuelles, de multiples initiatives ont vu le jour, comme le label Église Verte ou la mise en place d’une commission Écologie et justice climatique au sein de la Fédération protestante de France. Dans le cas du Défap, il a contribué à la création du Secaar, réseau de 18 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, lequel s’est fixé comme vocation « de rétablir l’Homme et la Création dans son intégrité » ; il soutient aussi des projets associant sauvegarde de la création et lutte contre l’exclusion et la pauvreté, comme, en Tunisie, l’association Abel Granier, qui a mis au point des techniques de réhabilitation des sols, ou au Maroc, l’ALCESDAM, qui aide à la sauvegarde de palmeraies, luttant contre l’avancée du désert et permettant aux paysans de mieux vivre sur place au lieu de devoir s’expatrier. Et cette thématique de la sauvegarde de la création, déjà présente dans les faits à travers de nombreuses activités du Défap, a trouvé une première formalisation dans son programme de travail pluriannuel à partir de 2015 ; le lien entre justice, respect de la création et dignité humaine a été développé dans son document « Convictions et actions » qui trace les grandes lignes de ses activités jusqu’en 2025.

 

Le Défap a par ailleurs adapté plus récemment de nouvelles mesures en faveur de la sauvegarde de la création, en s’engageant dans une démarche de compensation carbone. Pour cela, il peut s’appuyer sur ses partenaires, comme le Secaar. Un projet de ce type a déjà été mis en place au Togo, au centre Dagbo (partenaire du Secaar), où un peu plus de 2000 acacias ont été plantés suite à un projet de compensation carbone présenté dans le cadre d’une journée missionnaire organisée en 2018 à Aix-en-Provence.

 




Second tour de la présidentielle : les protestants s’engagent

L’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal) souligne que « nous sommes tous concernés et responsables de l’avenir de notre pays : notre devoir est donc d’aller voter ». L’Église protestante unie de France (EPUdF) appelle « à faire barrage aux propositions du Rassemblement national (RN), fondées sur la mise en cause des libertés fondamentales ». La Fédération protestante de France (FPF) dit vouloir « contester tout ce qui mettrait en cause et trahirait le message de l’Évangile » et interpelle « les citoyens concernant les dangers de l’abstention ». Le Conseil national des évangéliques de France appelle les protestants évangéliques à « prendre leur responsabilité de citoyens » et à voter « en âme et conscience devant Dieu ».

Image du débat de l’entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, organisé par TF1 et France 2 – Capture écran

 

Communiqué de l’EPUdF

Dimanche, un choix de société

À la veille du second tour des élections présidentielles, le Conseil national de l’Église protestante unie de France a souhaité partager des éléments de réflexion et quelques convictions.

C’est d’abord un triste constat.

La population française n’a jamais été aussi ouvertement divisée. Entre peur de l’avenir et sentiment d’abandon, une catastrophe est en train de se nouer, comme nous le disions déjà en 2017, autour de la tentation du discours nationaliste et xénophobe de l’extrême-droite. Le désir de sanction contre le gouvernement sortant, et sa traduction par l’abstention, pourrait faire basculer la République dans une aventure néfaste et chaotique.

Devant ce constat, quelles sont nos convictions ?

Nous croyons que le Christ nous invite à construire la fraternité au-delà des colères, à nous engager auprès des plus défavorisés, à partager plus équitablement les richesses et les ressources, à respecter les différents choix de vie, à accueillir les étrangers, à protéger la Création.
Nous croyons que seule la parole échangée, le débat dans l’écoute respectueuse de chacune et chacun, peuvent contribuer à bâtir une société avec la justice et la paix comme fondement.
Nous croyons que chacune et chacun est libre et responsable devant Dieu et devant ses frères et sœurs, particulièrement les plus faibles, et que nos choix se font en conscience.
Nous croyons que l’identité donnée par Dieu fonde notre dignité et fait de chacune et chacun de nous une personne digne d’être aimée. Cette identité est plus forte que le sentiment de déclassement ou de mépris.
Ces convictions s’incarnent dans notre histoire.

Depuis la Réforme, le Protestantisme français est en communion avec les Églises en Europe et au-delà. Par sa compréhension de l’Évangile, il a toujours défendu, avec d’autres, l’accueil et la protection des personnes déplacées.

Fidèles à cette histoire, nous faisons mémoire de toutes celles et ceux qui avant nous se sont levés au nom de l’Évangile pour résister avec d’autres aux menaces fascistes et totalitaires et qui ont su en discerner les réels dangers derrière des discours qui se veulent rassurants.

Aussi le Conseil national de l’Église protestante unie de France appelle à protéger notre démocratie, fondée sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme, et à faire barrage aux propositions du Rassemblement national, fondées sur la mise en cause des libertés fondamentales (pensée, presse, manifestation, enseignement…), l’exclusion et en rupture totale avec les principes de base de la République.

Au lendemain de cette élection

La responsabilité des hommes et des femmes politiques sera considérable pour construire avec les citoyennes et citoyens de ce pays une alternative fraternelle et solidaire, dans le respect des libertés fondamentales. Le chantier social sera immense pour promouvoir liberté, égalité, fraternité, justice, accueil et écoute de l’autre, éducation, protection de la Création… tout un programme.

La fête de Pâques a redit l’amour de Dieu pour chacune et chacun, et la vie plus forte que la mort.
Un chemin existe pour sortir de l’impasse. Confiance !

Emmanuelle SEYBOLDT, pasteure,
présidente du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France

 

Déclaration commune des responsables des cultes concordataires

À l’occasion du second tour de l’élection présidentielle

Dimanche prochain, notre pays vivra un moment essentiel de sa vie politique. Le premier tour a confirmé l’effondrement des partis traditionnels de gouvernement. Le fait nouveau est le renforcement considérable des votes en faveur des candidats « anti-système », traduisant la perte de confiance dans le fonctionnement de la démocratie représentative et les institutions de la 5e République. Ce vote exprime la protestation face à la fracture sociale, le sentiment de déclassement d’une grande partie de la population et la méfiance vis-à-vis des élites impuissantes à répondre aux besoins concrets des gens comme aux enjeux de la crise climatique. Il doit donc être entendu et représente le principal défi pour le quinquennat à venir qui devra apporter des réponses concrètes, déterminantes pour la paix sociale.

Dans le choix décisif pour l’avenir de notre pays proposé aux français dimanche prochain, la question des valeurs fondamentales est à nouveau au cœur des enjeux. En tant que représentants des cultes concordataires de notre région, nous rappelons notre attachement aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité de la République, comprises comme un projet d’ouverture et de générosité de notre pays, qui fonde son rayonnement partout dans le monde. Pour nous, chaque être humain est créé à l’image de Dieu et porteur d’une égale dignité, quelle que soit sa race ou sa religion.

Ces convictions nous engagent à porter une attention particulière à la question des réfugiés et à celle de l’Europe :

  • La terrible guerre qui sévit à nos portes et jette des millions d’êtres humains sur les routes de l’exil nous invite à revoir nos relations internationales et nos politiques d’accueil par rapport à la croissance des flux migratoires. La Cimade, créée en 1939 pour accompagner les évacués alsaciens-mosellans, s’est donné pour slogan « Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre ».
  • Dans une région marquée dans son histoire par de terribles blessures, nous voulons rappeler notre profond attachement au projet européen, facteur, malgré ses imperfections, de stabilité, de démocratie et de paix. Sa remise en cause constituerait une régression vers des replis nationalistes dont nous voyons les terribles méfaits sur notre continent.

Dans le contexte qui est le nôtre, il nous faut d’abord faire le choix de la personne qui sera la mieux à même de mener une politique internationale gage de paix et de stabilité.

Nous appelons donc tous les membres de nos communautés et toutes les femmes et les hommes de bonne volonté à prendre très au sérieux cette échéance électorale. Nous sommes tous concernés et responsables de l’avenir de notre pays : notre devoir est donc d’aller voter. S’abstenir ou voter blanc, c’est laisser d’autres décider à notre place et prendre le risque de le regretter.

M. Christian Albecker, Président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine
Mgr Luc Ravel, Archevêque de Strasbourg
M. Harold Weill, Grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin

 

Communiqué de la FPF

Pour que la République ne manque pas de souffle ! Les protestants peuvent alerter comme vigie de la République et doivent aussi souffler les mots de la fraternité contre le discours des extrêmes.

Communiqué de presse du 17 avril 2022

La Fédération protestante de France (FPF) a déjà eu l’occasion de s’exprimer et de communiquer à l’occasion de la campagne présidentielle. L’interpellation des candidats dès le premier tour avec « l’Adresse » qui leur a été envoyée marque l’intérêt que porte le protestantisme français au débat qui concerne la société et chacun des citoyens de ce pays.

Il est vrai que la situation de l’entre-deux-tours laisse à nouveau un grand nombre dans l’insatisfaction et suscite un réel questionnement quant au choix citoyen. Mais ne faisons pas passer le sentiment d’être dans une impasse, ou dans une situation de renoncement intellectuel au-dessus de notre responsabilité chrétienne.

La FPF rappelle encore aujourd’hui combien ses engagements pourront être entravés en cas de victoire du Rassemblement National : la parole en faveur de la liberté religieuse, les actions pour l’accueil des exilés, des étrangers, les œuvres auprès des plus vulnérables, le plaidoyer sur les questions climatiques, et de façon plus générale le projet de promotion de la fraternité et de lutte contre les inégalités dans une société qui a besoin de se rassembler.

A l’approche du deuxième tour, la FPF veut rester vigilante, attester de sa confiance dans la politique et contester tout ce qui mettrait en cause et trahirait le message de l’Évangile. Elle interpelle les citoyens concernant les dangers de l’abstention.

Dans une tribune parue samedi 16 avril sur le site du Monde, intitulée « La spiritualité a sa place dans une République laïque », le pasteur François Clavairoly, président de la FPF, rappelle que « Les protestants tout seuls ne peuvent pas grand-chose devant les périls d’un temps si incertain. Ils peuvent alerter comme vigie de la République, ils peuvent être aiguillon pour ceux qui seront au pouvoir afin qu’ils évitent une faillite démocratique, ils doivent aussi souffler les mots de la fraternité contre le discours des extrêmes. »

Appel du CNEF

Le Conseil national des évangéliques de France appelle chacun à prendre « sa responsabilité » et à « voter en âme et conscience devant Dieu » dans une vidéo publiée sur Instagram :

 

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Une publication partagée par CNEF (@cnef_national)




Sauvegarde de la création : inventer de nouveaux modèles

Innover face aux défis tant humains qu’écologiques que posent les grands enjeux actuels, c’est ce que fait le Secaar, organisation au service du développement holistique, qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, et dont le Défap est membre fondateur.

Visite du Défap à la mairie d’Agbelouvé, que le Secaar accompagne pour des projets locaux

Entre le Défap et le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), les relations sont déjà anciennes : elles datent de 1988, année de la création du Secaar, à laquelle le Défap a pris part. Depuis lors, le Défap participe régulièrement à l’action de ce réseau d’Églises (19 Églises) et d’organisations engagées dans le développement et la sauvegarde de la création, à travers ses envoyés. Un constat qu’a permis de vérifier la mission organisée en mars 2022 au Togo et au Bénin par la responsable des envoyés du Défap. Actuellement, la collaboration avec le Secaar se renforce à travers le suivi de ces envois de volontaires qui ont repris depuis la rentrée 2021.

Présent dans une douzaine de pays, ayant son siège à Lausanne, en Suisse, et son secrétariat exécutif à Lomé, au Togo, le Secaar cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi).

Développement rural et compensation carbone

Au centre Dangbo, au Bénin (une structure également accompagnée par le Secaar), plus de 2000 acacias ont été plantés et sont suivis dans le cadre d’un projet de compensation carbone

Lieu d’expérimentation, de formation et accompagnement de structures et de communautés locales, le Secaar ambitionne d’être un réseau qui contribue au développement local. Il est de plus en plus reconnu pour ses compétences et la qualité de son accompagnement. Un rôle qui a trouvé de nouveaux lieux pour s’exprimer au Togo avec la loi « Décentralisation et libertés locales » du 26 juin 2019. Cette loi a mis en place des « collectivités territoriales dotées de la personnalité morale et de l’autonomie financière », qui ont reçu « pour mission la conception, la programmation et l’exécution des actions de développement d’intérêt local de leur ressort territorial, en particulier dans les domaines économique, social et culturel ». Or ces nouvelles collectivités ne sont pas nécessairement encore dotées des compétences nécessaires pour exercer ces nouvelles responsabilités, d’où le besoin de faire appel à des partenaires extérieurs ; et au Togo, comme dans de nombreux pays d’Afrique, les questions de laïcité ne se posent pas dans les mêmes termes qu’en France. C’est ainsi que les Églises peuvent y avoir un rôle reconnu dans le domaine social, dans l’enseignement, la santé, ou le développement rural. Voilà comment le Secaar, organisme chargé du développement et regroupant à la fois des Églises et des ONG, a pu être sollicité pour apporter ses compétences aux nouvelles collectivités…

C’est par exemple le cas à la mairie d’Agbelouvé, dans la préfecture de Zio, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale Lomé, où le Secaar participe désormais à la définition de projets locaux, en mettant en avant son approche réconciliant développement, prise en compte des besoins humains dans toutes leurs dimensions et respect de l’environnement. Une collaboration à laquelle a pu participer une envoyée du Défap.

D’autres projets (comme celui d’une ferme-école) pourraient voir d’autres formes de rapprochements – par exemple en lien avec la démarche de compensation carbone dans laquelle s’est engagé le Conseil du Défap. Suivant en cela des initiatives comme celle du centre Dangbo : à un peu moins de 200 km de Lomé, le centre Dangbo est situé, non plus au Togo, mais dans le pays qui le jouxte à l’est, le Bénin. Installé sur un terrain de 7 hectares à une douzaine de kilomètres de Porto Novo, la capitale administrative béninoise, et dirigé depuis 2013 par le pasteur Mathieu Agossou, le centre Dangbo est aujourd’hui reconnu pour ses activités dans les domaines de l’agroécologie et de l’agriculture durable. Sa collaboration avec le Secaar se manifeste entre autres par un échange de pratiques qui permet aujourd’hui à Dangbo de se prévaloir des compétences de centre de formation. Un peu plus de 2000 acacias y ont déjà été plantés suite à un projet de compensation carbone présenté dans le cadre d’une journée missionnaire organisée en 2018 à Aix-en-Provence. Une initiative que les collaborations entre Défap et Secaar pourraient étendre à d’autres partenaires du Secaar.




Vivre la Semaine sainte

Pour préparer ou vivre la Semaine sainte, de nombreuses ressources proposées par les Églises membres du Défap sont disponibles en ligne (podcasts, animations liturgiques, dépliants, des cultes sur la radio EJR…)

Des ressources

Pour les Rameaux avec les enfants, l’UEPAL a réalisé une petite vidéo.

 

Écouter des méditations bibliques ou des podcasts :

 

Pour écouter des cultes :

Sur EJR radio du Jeudi saint au Dimanche de Pâques des cultes à écouter entre Bible et poésie ou en podcasts 

  • Dimanche des Rameaux 10 avril 11 h
  • Jeudi saint 18 h
  • Vendredi 18 h
  • Samedi saint 18 h
  • Dimanche de Pâques 11 h



2021 : l’Odyssée du Défap

« Inventer en marchant » : c’est l’une des expressions par lesquelles le Secrétaire général du Défap, Basile Zouma, a décrit l’attitude de toute l’équipe du Défap au cours des deux années écoulées, marquées par la pandémie de Covid-19. Deux années qui ont obligé à une souplesse et une adaptation permanentes ; et ce d’autant plus que l’année 2021 était celle des 50 ans du Défap, un événement qu’il était inconcevable de reporter pour cause de situation sanitaire. Tout ceci se retrouve dans le rapport d’activités 2021 du Défap, qui a été présenté lors de l’Assemblée Générale du 26 mars 2022 et qui est désormais disponible en ligne. Retour sur l’odyssée d’une année hors-normes.


Nous vivons des temps d’incertitude. Une crise chasse l’autre sans donner l’impression pour autant qu’un quelconque remède ait pu être apporté. Après deux années marquées par les contraintes liées à la crise sanitaire, voilà que le Covid-19 semble avoir disparu des préoccupations publiques, remplacé par la guerre en Ukraine. Comment dès lors se projeter dans le temps long, celui des partenariats et des projets, celui des échanges et des rencontres – celui de l’aventure humaine partagée au sein d’une communauté d’Églises, une préoccupation que porte le Défap depuis sa création ?

Comme l’a souligné Basile Zouma, le Secrétaire général du Défap, en introduction de la présentation du rapport d’activités 2021 lors de l’Assemblée Générale du 26 mars, c’était la troisième année qu’une telle réunion se tenait à distance. « Or il est irremplaçable de se rencontrer en chair et en os, partager du pain, du vin, de l’eau, discuter dans les couloirs, vivre une fraternité réelle et concrète ». Ce qui est indispensable pour les membres des instances d’un organisme comme le Défap l’est tout autant pour celles et ceux qui associent leur parcours personnel à l’aventure du Défap, à travers des envois en mission, à travers des projets…

Sur ce plan-là, au moins, « l’année 2021 a permis un passage de l’incertitude à une renaissance, d’une sortie de la crise vers une reprise des envois et des échanges, a souligné Basile Zouma. Nous sommes heureux de cette reprise des contacts avec les partenaires ». Et parallèlement à cette reprise, le Défap s’est lancé dans une aventure qui pouvait sembler quelque peu risquée : célébrer son cinquantenaire… alors même que les restrictions sanitaires, encore loin d’être levées, risquaient d’empêcher déplacements et rassemblements.

« Ce jubilé était un pari, celui de la confiance »

Détail de la couverture du rapport d’activités 2021 du Défap

« Nous avions vu grand quand nous avons prévu ce projet, a souligné le Secrétaire général du Défap ; non pas dans une dimension spectaculaire, mais dans une volonté de mobiliser large autour d’une volonté de partage, et autour d’une confession que l’Église ne s’arrête pas à nos frontières (…) Ce jubilé était un pari, celui de la confiance – comme nos prédécesseurs ont fait un pari en 1971 ; et c’était un choix assumé. Il y a fallu du courage. Le courage de risquer des chemins nouveaux : comment penser à nouveaux frais la mission ? Nous avons poursuivi cette année cette réflexion, y compris lors de nos visites dans les consistoires et les paroisses : quelle est notre vision pour ce monde, et quels sont les moyens que nous nous donnons pour l’atteindre ? Et pour cela, il faut inventer, trouver des voies non encore imaginées. »

Un projet voulu et porté par toute l’équipe du Défap

Bien sûr, le choix de ce fil rouge du Cinquantenaire n’est qu’une porte d’entrée pour présenter ce rapport d’activités ; l’activité des divers services ne peut être réduite à cet événement. Chaque service a eu ses propres priorités et défis tout au long de l’année. Et il aurait pu être légitime de choisir un autre fil rouge ; dévider les suites de la crise du Covid, qui se sont lourdement faites sentir en 2021 ; repartir des « Convictions et actions »… Mais il paraît important de souligner que ce Cinquantenaire a été voulu et porté par toute l’équipe du Défap, dans une période qui pouvait sembler difficile et peu propice. C’est un marqueur fort des convictions, de l’engagement et de la résilience de cette équipe. En outre, à travers ces célébrations, plus que de souffler 50 bougies, il s’agissait de réfléchir à la mission aujourd’hui, à ses évolutions en 50 ans ; et il s’agissait aussi de donner du grain à moudre aux Églises et partenaires.

Il faut voir surtout que cette dynamique a trouvé des traductions dans les activités de tous les services, du pôle RSI (International) au pôle AFI (France), en passant par la Bibliothèque et la Communication… Il est aussi important de souligner que même des projets au départ indépendants du Cinquantenaire, comme le Forum qui était envisagé à Sète dans la foulée du Colloque « Vers une nouvelle économie de la mission », ont fini par rejoindre les célébrations des 50 ans : car ce Forum n’a pu se tenir en présentiel du fait des contraintes sanitaires, l’équipe a eu fort peu de temps pour se retourner et le transformer en une série de webinaires, qui ont permis d’atteindre un public plus large qu’espéré initialement ; et ces webinaires ont finalement participé à toute la communication lancée à l’occasion du Cinquantenaire, et servi de modèles aux conférences qui se sont tenues dans un format mixte mêlant présentiel et distanciel lors des Journées Portes Ouvertes organisées en septembre.

À présent, bonne lecture de ce rapport d’activités sur une année hors-normes ; et au-delà de la porte d’entrée que constituent les célébrations du Cinquantenaire du Défap, nous vous invitons à découvrir plus en détails les actions de chacun des services.




Adresse du protestantisme : Jeunesse et éducation

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Marion Muller-Colard, professeure de philosophie, théologienne, membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) interpelle les candidats sur les moyens qu’ils comptent mettre en œuvre pour que l’école puisse assurer sa mission d’être un lieu du commun et puisse offrir aux jeunes une formation pertinente pour s’orienter dans un monde complexe ?




Courrier de mission : Kareen et le SFE

Kareen est une « envoyée portée » du Défap : issue de l’Église MLK de Créteil, elle a rejoint le SFE (le Service Fraternel d’Entraide) pour y travailler à la gestion de l’eau et de l’éducation en Asie du Sud-Est. Elle était invitée par Marion Rouillard lors de l’émission « Courrier de mission – le Défap » du 23 mars 2022.

L’un des lieux d’intervention du Service Fraternel d’Entraide © SFE

 
Les organismes opérant dans le domaine de la solidarité internationale et disposant d’un agrément pour l’envoi de VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) sont peu nombreux, et les pouvoirs publics encouragent la pratique du « portage » – c’est-à-dire que d’autres organismes voulant bénéficier de ce statut auront tout intérêt à se rapprocher de ceux déjà agréés. C’est une garantie en ce qui concerne la formation et le suivi des volontaires. Dans le milieu protestant, le Défap, disposant de cet agrément, est ainsi en relation avec de nombreux autres organismes dont il forme et suit les envoyés au cours de leur mission. Ce qui permet d’entretenir un dialogue régulier et fécond avec des institutions très diverses.

Kareen fait partie de ces « envoyées portées ». Membre de l’Église Martin-Luther-King de Créteil, une mégachurch en constant développement, et qui, avec le soutien de la Fondation du Protestantisme, a pu concrétiser un projet audacieux de bâtiment accueillant à la fois des cultes et des manifestations laïques comme des congrès, elle évoque sans détour sa foi et la manière dont elle inspire ses décisions et son parcours de vie. Elle a auparavant suivi des études à l’Institut biblique de Genève. Elle est actuellement en mission en Asie du Sud-Est avec le SFE (le Service Fraternel d’Entraide), l’un des partenaires réguliers du Défap dans le cadre de ces relations de « portage ». Elle était l’invitée le 23 mars dernier de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence Protestante.

Kareen et le SFE, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 mars 2022 sur Fréquence Protestante

 

Ayant fait des études en hydro-géologie, Kareen est arrivée sur son lieu de mission en novembre 2019. Elle a suivi le travail d’un logisticien du bureau local jusqu’en juin 2020. Suite à cela, elle poursuit son expérience en rejoignant un nouveau projet communautaire, pour apporter son appui dans les villages dans les domaines de l’eau-assainissement et de l’éducation. Les problèmes liés à l’eau supposent notamment de sensibiliser les populations des villages concernés au problème de la qualité de l’eau, de mettre en place des toilettes et des systèmes permettant de lier les ressources en eau souterraines, non polluées, aux maisons, pour que les villageois aient de l’eau propre pour leurs activités quotidiennes. Ensuite, pour obtenir de l’eau portable, il faut encore ajouter un filtre en céramique qui élimine la plus grande partie des impuretés résiduelles. L’important étant que ces projets soient véritablement portés par la population locale : le travail d’information préalable, et de sensibilisation aux enjeux de l’eau, est donc crucial, pour que les populations concernées en voient tout l’intérêt et participent à la mise en place des projets.

Le SFE a commencé en 2017 un projet d’éducation à la santé avec pour objectif de réduire la pauvreté. Une nouvelle phase du projet a démarré en 2021 dans 10 nouveaux villages pauvres, 5 centres de santé, un hôpital de district et l’hôpital provincial. Utilisant le personnel hospitalier précédemment formé comme formateurs, cette approche permet de renforcer les pratiques acquises et de développer un système de formation continue entre l’hôpital et les centres de santé. Ciblant plus particulièrement la santé mère-enfant et des adolescents, ce projet impacte plus largement tous les villageois en promouvant un développement proactif et durable et en abordant tous les problèmes de santé couramment rencontrés.




« L’Évangile est partout contextuel »

Les réflexions sur le thème « L’Église universelle est ma paroisse » lancées au cours de l’Assemblée Générale 2022 du Défap ont été marquées par de nombreuses interrogations des participants sur l’identité des Églises dans la perspective de la possible émergence d’une Église post-dénominationelle. Un retour historique paraît nécessaire : en 1971, lors de leur création dans le contexte de la décolonisation, Défap et Cevaa ont été chargés de construire une théologie de la rencontre et du partenariat pour remplacer les échanges inégalitaires entre Églises mères et Églises filles. Mais la question récurrente, et qui demeure, est la suivante : comment apporter l’Évangile quelque part, en dépassant le filtre de notre propre culture ou de celle des personnes auxquelles on s’adresse ? Y a-t-il un « noyau pur » qu’on puisse transmettre ? Et comment ? C’est tout l’enjeu de la théologie contextuelle, que rappelle ici Pascale Renaud-Grosbras dans ce travail de présentation préparé pour l’AG du Défap.


Simon Assogba présentant le Bénin et l’Église méthodiste béninoise de Paris à de jeunes visiteurs du Défap © Défap

« L’Église universelle » est le thème de cette année dans l’UEPAL. C’est un thème qui nous permet de réfléchir aux questions actuelles autour de la mission, de partout vers partout, avec l’idée que la question interculturelle est au centre de nos vies d’Églises.

Le titre de l’animation qui m’a été demandée est une référence à une citation de John Wesley, « the world is my parish« , le monde est ma paroisse. Wesley, qui a fondé le méthodisme, était un grand prédicateur itinérant : il n’entendait pas être limité par la géographie (comme l’est une paroisse), mais il voulait prêcher aussi largement que possible, dans tous les milieux possibles et surtout ceux à qui ne parvenait pas déjà l’Évangile, ceux qui ne fréquentaient pas les paroisses. C’est un grand travailleur, capable d’une grande abnégation, et son travail a beaucoup marqué des générations de prédicateurs. La citation vient de son journal intime et prise dans son entier, elle dit ceci : « Je considère le monde entier comme ma paroisse ; je veux dire par là que, où que je me tienne, il est de mon devoir d’annoncer à tous ceux qui veulent bien entendre la bonne nouvelle du salut. C’est le travail auquel Dieu m’a appelé et je suis sûr que sa bénédiction m’accompagne ».

« Le monde est ma paroisse », pour Wesley, signifie donc qu’il n’y a aucune limite géographique au travail d’évangélisation : le salut doit être annoncé partout, et surtout là où la voix de l’Église ne porte pas.

Peut-on remplacer « Le monde est ma paroisse » par « L’Église universelle est ma paroisse » ? Pour rester fidèle à la citation de Wesley, ça voudrait dire que l’Église universelle est l’endroit où il convient de prêcher pour atteindre ceux qui n’ont pas encore entendu l’Évangile. Or ça va à l’encontre de ce qu’on entend couramment par « Église universelle ». Il faut donc faire un détour par le concept même d’Église universelle pour tenter d’y voir plus clair.

Beaucoup a été écrit sur la question en théologie catholique, mais très peu en théologie protestante. Il s’agit d’abord de comprendre pourquoi. D’abord, « Église universelle » n’est pas tel quel dans le texte biblique !

Jean-François Zorn nous le rappelait lors des ateliers de la mission, l’impératif missionnaire (Mt 28,18s) a été largement interprété jusqu’au 15e siècle environ comme un fait accompli : les apôtres du temps de Jésus étaient réputés avoir déjà porté l’Évangile partout dans le monde. L’idée d’Église universelle allait donc de soi, pas comme quelque chose à accomplir, mais comme un fait accompli. L’idée avait même été formalisée dans le Symbole des Apôtres, dont la première version date du milieu du deuxième siècle environ ; il semblerait cependant que la fin, qui mentionne l’universalité de l’Église (καθολικός/katholikós signifiant « universel » ou « général »), soit plus tardive et date de l’époque de l’empereur Constantin, moment où il assoit son empire (à vocation universelle) en s’appuyant sur l’universalité de l’Église et en cherchant à lutter contre les hérésies.

Les Réformateurs, on s’en souvient, ont largement contesté à l’Église catholique son statut universel, en s’opposant à sa prétention à disposer du salut (et parfois à chercher à le monnayer, comme en témoigne la querelle des indulgences). L’Église, rappellent-ils, ne se confond pas avec l’institution humaine : elle déborde largement les frontières connues de cette institution, et seul Dieu en connaît les contours exacts. Ils opposent donc l’Église invisible, dont seul Dieu connaît les contours, à l’Église visible, qui est l’institution.

Aujourd’hui, l’Église catholique considère toujours, dans ses textes, qu’elle est universelle au sens de l’institution ; pour les protestants la question se pose en termes d’universalité de l’Église invisible.

Après la décolonisation et la disparition de la SMEP, le mouvement missionnaire français s’est vu confier la tâche de décliner cette idée d’Église universelle à nouveaux frais : le Défap et la Cevaa sont chargés de construire une théologie de la rencontre et du partenariat qui vienne remplacer les échanges inégalitaires entre Églises mères et Églises filles.

Les AAC, visage de l’Église universelle


Jacques Maury en 1969 © Défap

Les Actions apostoliques communes (voir l’exposition des 50 ans du Défap) sont une façon de mettre en œuvre cette nouvelle théologie. L’intuition de l’Action apostolique commune (AAC) revient au pasteur camerounais Jean Kotto, alors secrétaire général de l’Église évangélique du Cameroun devenue autonome en 1957 vis-à-vis de la Mission de Paris. Au cours de l’assemblée générale de 1964, il dit ceci : « Noirs et Blancs, Malgaches et Polynésiens iront ensemble main dans la main, comme envoyés de l’action missionnaire des Églises francophones, porter le message de salut à ceux qui ne le connaissent pas encore et à ceux qui risquent d’être ballottés et emportés par le vent des opinions non-chrétiennes ». Il affirme que c’est le Seigneur lui-même, par la puissance de son Saint-Esprit, qui rassemblera ces Églises en « une communauté nouvelle intercontinentale, supranationale et supraraciale » pour une action missionnaire commune. Il se tourne alors vers le président de la Mission de Paris, le vénérable pasteur Marc Bœgner alors âgé de 83 ans, et lui lance cette citation du prophète Ésaïe : « Monsieur le Président, élargis l’espace de ta tente, déploie les couvertures de ta demeure, car tu te répandras à droite et à gauche, et ta postérité envahira les nations. Ne crains pas, car tu ne seras pas confondu » (Ésaïe 54, 1-4).

En 1969, Jacques Maury est président du Conseil National de l’ERF, il est aussi membre de la FPF et de la Mission de Paris. Il avait été pasteur dans le Poitou protestant, à Lezay, entre 1946 et 58 et y avait vécu la réalité de l’exode rural, du vieillissement de la population. Le Poitou était devenu « terre d’indifférence » sur le plan religieux, malgré une équipe pastorale dynamique et malgré la volonté d’un réveil missionnaire. En 1969 donc, après avoir visité l’AAC du Dahomey, il rédige un texte avec Charles Westphal, le président de la FPF : « Nous voilà concernés plus directement encore (par ce projet), voici que va s’implanter dans quelques mois, dans le vieux Poitou protestant, la seconde équipe de l’AAC. C’est une étape qui mérite d’être fortement soulignée. Car ce n’est pas seulement le Poitou qui va être impliqué, mais ce sont les Églises de France et même d’Occident tout entières qui entrent dans une nouvelle période, celle où la mission, cessant d’être à sens unique, devient l’affaire commune de toutes les Églises, au-delà de ce qui, jusqu’ici, distinguait si fort jeunes et vieilles Églises. Il s’agit d’une nouvelle promesse de Dieu dans notre siècle difficile et incertain. »

Cette AAC est « lancée à Pâques, le 30 mars 1970, à l’occasion de la fête annuelle des missions du Poitou en présence de trois des premiers équipiers, Emmanuel Njike, pasteur camerounais, Émilie Rabodovoahangy, assistante sociale malgache et Jacqueline Verdeilhan enseignante française ». L’année suivante deux équipiers venus de Nouvelle-Calédonie et d’Allemagne rejoignent cette équipe. Le pasteur Paul Bouneau, en poste dans la paroisse de Melle, écrit à cette occasion : « Que viennent faire les équipiers de l’AAC ? C’est une question déjà souvent posée à laquelle on ne peut apporter qu’une réponse globale : “ils viennent vivre l’Évangile avec nous”. En effet l’expérience du Dahomey, rapportée par le pasteur Jacques Maury, se déroule dans une situation humaine très différente de la nôtre et ne peut donc guère servir de modèle. Il faut donc tout inventer. Découverte du milieu, recherche du message et des formes qu’il pourra prendre, vont occuper les prochaines semaines ».


Soirée de détente en pays fon (Bénin) : le pasteur Jacques Maury jouant à l’awalé avec des équipiers de l’AAC – 1969 – Photo : Marc-André Ledoux © SMEP

L’idée, c’est que la mission doit être portée par les chrétiens du monde entier dans le monde entier, et pas seulement du Nord vers le Sud. Il y a un volet d’évangélisation et un volet de diaconie. Cette action missionnaire est nourrie par le travail théologique d’un pasteur togolais, Seth-Ametefe Nomenyo, auteur d’un ouvrage Tout l’Évangile à tout l’homme, qui popularise l’idée d’une évangélisation intégrale. Elle organise la formation des membres de l’Église, notamment les jeunes, en les sensibilisant à l’évolution des contextes où l’AAC s’implante et à la connaissance en profondeur de la culture locale. Elle travaille avec l’Église locale mais, dans un premier temps, jouit d’une liberté de manœuvre et d’innovation avant de lui être remise et de s’implanter ailleurs.

L’AAC du Poitou s’achève en 1974. Le bilan, au bout de 4 ans seulement, est mitigé. Le pasteur Emmanuel Njike, l’équipier camerounais de l’équipe, écrit : « Dans notre action, ce n’est pas le résultat ecclésial qui compte, mais le contact d’homme à homme. Donc nous ne cherchons pas à faire du prosélytisme, et je crois que c’est ce qui nous a jusqu’ici dédouanés. Nous essayons de faire comprendre, au cours de nos discussions, que Jésus-Christ est l’espérance de tout homme et que c’est lui seul qui donne un sens à notre existence […] Au début, nous avions l’impression que les gens n’avaient besoin de rien. Découragés nous nous demandions pourquoi, après tout, nous désirions qu’ils aient besoin de quelque chose. Mais petit à petit, nous avons compris que les gens étaient sensibles aux visites que nous leur rendions, et que la solitude et l’angoisse minaient la plupart d’entre eux : ils ont besoin de parler et d’être écoutés tout simplement. » De son côté, Jacques Maury explique que l’AAC du Poitou a fait apparaître à la fois « l’attente diffuse de bien des hommes et des femmes à l’égard d’un Évangile qui leur “parle” et d’une Église renouvelée » et « la résistance au changement » d’une Église qui s’est sentie menacée dans ses habitudes et a pu développer des réflexes de défense. » Avec le recul du temps, on peut penser qu’il était difficile de concevoir que la France puisse être terre de mission : la mission c’est pour les autres…

Théologie contextuelle

Les grandes avancées des sciences humaines au 20e siècle ont permis de comprendre que nous sommes tous pris dans un regard ethnocentré : il est très difficile aux humains de comprendre que les autres soient vraiment différents d’eux. La théologie dialectique, en affirmant que Dieu est le Tout-Autre, le Radicalement Autre, a aussi fait entrer dans la théologie l’idée d’une non-maîtrise de qui est Dieu, et de qui sont les autres pour nous. Ce sont des avancées, mais ça reste compliqué à penser et à mettre en œuvre pratiquement dans nos Églises.

La question reste : comment apporter l’Évangile quelque part, sans la culture qui nous colle aux baskets ? Y a-t-il un « noyau pur » qu’on puisse transmettre ? Ou ne peut-on que transmettre « notre » version, notre compréhension, c’est-à-dire une conception occidentale, avec ses dogmes et ses pratiques ?

L’Évangile, quand il s’installe quelque part, s’incarne, et fait surgir des pratiques nouvelles, des idées nouvelles, de nouvelles relations sociales, des théologies renouvelées (le théologien Ka Mana est ici à relire, par exemple). La théologie contextuelle affirme que toute théologie dépend du contexte où elle naît et la façon dont la théologie s’écrit partout dans le monde aujourd’hui nous amène à reconsidérer la nôtre, en Occident, pour prendre au sérieux la culture de l’autre lorsque l’Évangile s’y installe.

Et pourtant : si l’Évangile ne se dit que dans chaque contexte particulier, que reste-t-il d’une vérité universelle et immuable, qui serait la vérité de l’Évangile ? Je vous propose l’idée suivante pour tenter d’aborder ce paradoxe :

L’Évangile est partout contextuel, c’est en cela que l’Église est universelle.

Pascale Renaud-Grosbras, responsable du service AFi (Défap)




Adresse du protestantisme : Solidarité internationale

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Elsa Bouneau, directrice de la Fondation du Protestantisme, interroge les candidats sur leurs idées d’optimisation de la règlementation actuelle de la générosité publique pour une meilleure coopération avec les partenaires à l’international ?