Éloigné, en confinement : parole à Agathe

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Agathe Trehard, en service civique au Sénégal

Depuis six mois, Agathe Trehard est en service civique à Beer Sheba, au Sénégal.

Le temps passe vite ici et ce ne sont pas les occupations qui manquent pour participer à la vie de la communauté et promouvoir son développement.

Depuis décembre et ma dernière lettre, j’ai surtout travaillé à la boucherie. Les semaines passant, j’ai pu comprendre de mieux en mieux le fonctionnement de ce pôle porteur de Beer Sheba, saisir ses enjeux et participer au perfectionnement du système de production pour répondre aux exigences de la clientèle. En dialogue avec le responsable clientèle de la boucherie, nous avons élaboré et mis en place plusieurs systèmes afin d’améliorer la production, l’organisation du travail et la gestion des stocks. Grâce à Dieu, nos essais ont porté leurs fruits et nous avons pu augmenter la production, améliorer des recettes, simplifier certaines tâches et ainsi atteindre des objectifs plus élevés. L’arrivée du coronavirus début mars ayant doublé les commandes de viande, nous avons pu nous améliorer notre rythme et continuer à répondre à la clientèle tout en restant fidèle à notre exigence de qualité.

Travailler au sein du pôle boucherie de Beer Sheba a été une expérience très enrichissante pour moi. J’ai pu découvrir les qualités requises pour le management d’une équipe dans une perspective chrétienne. La sagesse du responsable m’a permis d’apprendre à travailler en tenant compte des différences culturelles et des tempéraments de chacun, à faire preuve de patience et de tempérance tout en faisant le travail avec amour et dévouement. C’est toute une philosophie du travail qui m’est révélée ici, car chez les Sérères, travailler rime avec rire, il est impossible d’envisager l’un sans l’autre.


Parallèlement au travail à la boucherie, je me suis intéressée au pôle élevage grâce à l’amitié tissée avec le vétérinaire de Beer Sheba. Participant à ses tournées dans les villages pour soigner les animaux malades, j’ai pu découvrir la culture sérère dans ses aspects les plus quotidiens, approfondir ma compréhension de la langue et élargir ma connaissance de la région et de ses habitants.

C’est alors que j’ai pu comprendre ce qu’est véritablement la Téranga sénégalaise (l’hospitalité). J’ai été très touchée par l’accueil spontané des villageois lors de nos tournées, les enfants qui viennent à notre rencontre, les mamans qui nous parlent et les hommes qui nous taquinent. Car rire et taquiner sont des traits caractéristiques du rapport à l’autre au Sénégal. Il n’y a pas la peur de l’étranger que nous avons bien souvent en France. Ici l’autre est un futur ami et non un potentiel danger ou une atteinte à mon confort individualiste. Il est si facile d’entrer en contact avec les gens ici ! Parler est très important pour vivre et être heureux au Sénégal. Un besoin, un problème ? Tout se résout par la parole et par le rire, et chacun est prompt à rendre service.

Durant le mois de mars, j’ai reçu la visite de mes parents. Initialement venus pour deux semaines, ils se sont retrouvés confinés ici à cause de l’arrivée du coronavirus en France. Nous avons fait ensemble un tour du Sénégal jusque dans la « sous-région » (la Casamance, au sud de la Gambie) dont j’avais tant entendu clamer la beauté. Nous n’avons pas été déçus, en effet, la Casamance est le jardin du Sénégal ! Et le peuple Djola qui y vit est d’un accueil et d’une convivialité sans pareil. Au cours de ce voyage, j’ai pu faire mes preuves en wolof en pratiquant davantage cette langue nationale.

De retour à Mbour, la situation causée par le virus et son arrivée progressive en Afrique m’ont poussée à demander mon rapatriement. C’est le cœur brisé que je laisse ici mes amis sénégalais. Que Dieu les protège de la pandémie et de tout mal. S’il y a bien une chose que je souhaite particulièrement rapporter de mon service civique au Sénégal, c’est le sens du partage que j’y ai découvert. Ici, il faut partager, plus qu’une obligation, c’est une habitude. Il est impensable de ne pas partager ce que l’on a, aussi petit que cela puisse être. Un quartier d’orange peut encore être partagé en cinq : s’il y a assez pour moi, il y a assez pour toi. Tant que j’ai quelque chose, c’est que je peux partager. La solidarité sénégalaise est très forte et c’est une véritable leçon de vie dont j’espère toujours me souvenir.

Pour finir cette lettre, je souhaite tout particulièrement remercier le Défap pour son accompagnement, et Éric pour la place qu’il m’a faite à Beer Sheba et la liberté qu’il m’a laissée de m’investir dans les différents pôles qui m’intéressaient.

 




Éloigné, en confinement (3)

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Étienne Bonou

Étienne Bonou est pasteur de l’Église protestante méthodiste du Bénin, chef du Service national de la formation des prédicateurs laïcs et pasteur d’une paroisse à Porto-Novo. À l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO), il est professeur de théologie pratique et directeur de l’Institut des sciences de l’éducation et de la pédagogie, ainsi qu’aumônier de l’UPAO.

« Mon âme, bénis le Seigneur et n’oublie aucun de ses bienfaits ! » (Ps 103,2)

C’est par ces paroles du psalmiste que je rends grâce au Seigneur qui me permet de faire une autre expérience de la vie dans ses multiples facettes. Et en tant que ministre et chercheur, il faut un regard pour penser, autrement peut-être, l’avenir.

En effet, étant en France depuis le 14 janvier pour un séjour de recherches et quelques heures de cours de théologie pratique à la faculté de théologie pour une période de trois mois, voici qu’apparait subitement un phénomène mondial qui défraie la chronique : le coronavirus (covid-19). Ce mal dévastateur défie l’humanité tout entière avec des dégâts humains incalculables. Aucun pays n’a réussi à le contrer. C’est alors que la France choisit l’option du confinement général pour tous, à compter du 17 mars 2020 à 12 h. Au niveau national, cette mesure implique l’arrêt des rassemblements et la limitation des activités professionnelles telles que définies par des lois d’état d’urgence sanitaire. Nous sommes totalement réduits dans nos activités et déplacements.

Mon projet, quand j’ai fini mes heures formelles de cours, était de participer à des cours, séminaires et colloques puis avancer considérablement dans mes recherches personnelles, mais hélas : stop, tout le monde descend ! Le covid-19 dicte sa loi ! Macron sonne le glas : « plus personne ne sort, restez chez vous !» c’est le confinement !

Pas de bibliothèque, plus d’activités spirituelles officielles et collectives. Mes activités sont limitées à l’exploitation des documents empruntés aux bibliothèques, aux recherches en ligne, à la célébration des cultes en téléconférence, aux prières (tous les soirs 18h-19h) et « cultes dominicaux » en ligne par les confinés du Centre universitaire protestant (une dizaine de personnes), au « forum hebdomadaire » (tous les jeudis 16h-17h) et aux temps de prière (trois fois par semaine : lundi- mercredi- vendredi) organisés par la faculté de théologie) toujours en ligne. Il faut ajouter la production et l’envoi hebdomadaires de mon émission « Préparons le culte du dimanche » sur Radio Hosanna la voix de l’Espérance, radio de l’Église protestante méthodiste du Bénin, une émission que les auditeurs écoutent avec passion et réclament chaque semaine même si je suis hors du territoire national.

Tout ça c’est bon ! Mais le grand hic se situe au niveau de mes recherches qui subissent un coup d’arrêt. Je n’avance pas comme je l’avais imaginé. En effet, à tout moment, des messages et appels fusent de toutes parts soit pour avoir de mes nouvelles, – pour savoir « si je ne suis pas encore contaminé !!! »- et mes proches sont inquiets mais prient pour moi et avec moi, soit pour avoir des renseignements fiables parce que je suis censé avoir les bonnes informations, soit encore pour intervenir, sensibiliser les familles, les membres de ma communauté, les amis etc afin de se protéger contre cette pandémie meurtrière, mortifère et dévastatrice. Toutes mes journées se passent dans le stress et la peur au ventre, et c’est plus grave encore lorsqu’il faut aller faire des courses. Dans les rues comme dans les magasins, tout porte à croire qu’on est dans une localité d’après-guerre : désastre, méfiance, inquiétudes, stress, etc !

Pour moi, cette situation de confinement est un événement à double face : d’une part, il signifie une privation de liberté allant jusqu’à la fermeture des églises. C’est comme une prison vraiment inconcevable et pourtant c’est une réalité : plus le confinement dure, plus on est inquiet pour la famille et les communautés restées au pays ; d’autre part c’est une expérience qui mérite d’être vécue, et en tant que pasteur, théologien et chercheur africain je me suis senti interpelé sur la question du sens de la précarité humaine face aux grandes endémies et le rôle qui doit être celui des Églises. A l’heure des technologies de l’information et de la communication, l’expérience des cultes par téléconférence est une interpellation pour les Églises africaines qui ploient aussi sous le joug de la fermeture des temples et où les fidèles sont désemparés.

Mais au-delà de tout, notre espérance, c’est que le Seigneur impose silence à cette ‘’tempête’’ pour sa gloire et le bonheur de ses créatures. C’est la raison d’être de mes moments de méditation et de prière.

Oh Seigneur, prends pitié enfin et sauve le monde maintenant. Amen !
Notre Dieu règne encore. A Dieu seul la gloire !


Vous pouvez relire le témoignage de Jean Patrick Nkolo Fanga en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage d’Adrien Bahizire Mutabesha en cliquant ici >>>




Éloigné, en confinement (2)

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Jean Patrick Nkolo Fanga

Jean Patrick Nkolo Fanga est pasteur, enseignant en théologie et directeur du département de l’enseignement supérieur de l’Église presbytérienne camerounaise. Il est également professeur de théologie pratique à la faculté de théologie évangélique de Bangui/Campus de Yaoundé. Il est président en exercice de la société internationale de théologie pratique (2018-2020). Ses recherches portent sur la culture contemporaine de la pastorale. Il a déjà publié des articles sur la pastorale des migrants d’origine africaine en France à partir d’enquêtes dans des églises locales de France.

Arrivé en France au début du mois de mars pour un séjour de recherche, j’ai très vite été accueilli par la réalité de la pandémie du Covid 19 qui, chez moi au Cameroun, ne faisait encore l’objet que de commentaires dans les journaux télévisés et lors des rencontres amicales (à l’aéroport port du masque plus répandu que d’habitude, pas de salutations ou d’accolades). Toutefois, durant la première quinzaine de mars, le rapport au Covid 19 dans tous les actes de la vie courante était plus ou moins important, car dépendant de chaque individu et de sa perception de la maladie. Dès le vendredi 13 mars 2020, on passa à la vitesse supérieure avec l’annonce de la fermeture des universités et donc des bibliothèques. Le samedi 14 mars 2020 dans la soirée, l’annonce de la fermeture des restaurants et des commerces non essentiels augmenta le stress lié à cette pandémie. Le dimanche en allant au culte, grande fut ma surprise de trouver l’église fermée. Donc pas de culte, mais plutôt une invitation pour les paroissiens connus à suivre le culte par vidéo. Lundi 16 mars 2020, la ruée dans les supermarchés avec, pour conséquences, des étalages pratiquement vides et de longues queues m’a inquiété davantage. Ce même lundi dans la soirée, les discours des autorités sur la fermeture des frontières et le confinement pour quinze jours renouvelables, avec contrôles de police, ont contribué à augmenter la pression. Dans les rues la psychose était visible. Pour moi, venu d’Afrique pour faire des recherches en bibliothèque et sur le terrain, c’était vraiment une situation pénible, mais également interpellante.

En effet, pour le chrétien, pasteur, théologien et formateur que je suis, cette situation de psychose et de panique a fait germer un questionnement en rapport avec la Bible et le ministère de l’Église dans le monde. Quel est le rôle de l’Église dans les catastrophes nationales ? Comment les Églises locales peuvent-elles innover pour assumer leur ministère dans un contexte de confinement ? Quelle est la valeur pneumatologique des liturgies qui utilisent les nouvelles technologies de l’information et de la communication ? Se pose également la question de la double citoyenneté du chrétien, au ciel et sur la terre, avec la soumission aux autorités et aux lois, etc.

C’est aussi vrai que dans la Bible on trouve des personnes contraintes au confinement qui ont fait recours à Jésus pour en être libérées, comme ce fut le cas de nombreux aveugles (Luc 5.12-15 ; Luc 17.11-19). Dans sa réponse, Jésus les a envoyées vers le sacrificateur qui, selon la législation en vigueur à l’époque, devait constater la guérison et réaliser les rites de purification nécessaires à leur réintégration dans la société. Il y a là une invitation à la complémentarité entre Église et gouvernants pour les questions de santé. Cette pandémie est une interpellation pour les chrétiens, les pasteurs, les équipes dirigeantes des Églises, les théologiens, les formateurs des acteurs de la pastorale et une invitation à réfléchir sur de nouvelles modalités d’Église. Il est vrai cependant que certains actes liturgiques entreront difficilement dans la logique du virtuel, comme la sainte cène ou le baptême…


Vous pouvez relire le témoignage d’Adrien Bahizire Mutabesha en cliquant ici >>>




Éloigné, en confinement

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leurs ressentis à travers un « billet d’humeur ».

 

Adrien Bahizire Mutabesha

Adrien Bahizire Mutabesha est le doyen de la faculté de théologie de l’Université Évangélique en Afrique (UEA) à Bukavu. Il est actuellement en France pour un congé de recherche de trois mois. Son sujet :  » Résilience et spiritualité pentecôtiste dans le contexte de la République démocratique du Congo ».

Le confinement était pour moi un concept vide et un terme vulgaire. D’ailleurs, ni le président Macron, ni son premier ministre ne l’avaient prononcé dans leurs premiers discours sur le Covid-19. Et pourtant dans ce pays dit  »de liberté », c’est avec le papier d’autorisation de sortie que j’ai commencé à ressentir la quintessence et le poids du slogan repris partout dans les journaux, sur les différentes télévisions et presque sur les lèvres de tous :  »Restez chez-vous !  » Eh bien ! Venu de la République Démocratique du Congo (RDC) pour une recherche de courte durée et l’actualisation de mes cours à l’Institut Protestant de Théologie (IPT) à Paris, voilà que je ne peux plus sortir ! Ce n’est pas un rêve ! Les écoles, les églises, les entreprises ont fermé, seuls les hôpitaux vivent, pour soigner.

Les messages de ma famille, de mes fidèles, des amis sur Whatsapp me réveillent chaque matin, se répètent vers midi, vers 15h et là aussi à 20 heures pour savoir si je ne suis pas encore contaminé. Du coup, c’est mon dernier fils de 8 ans qui me souffle, téléphone à l’oreille  »¨Papa, reste à la maison ! » Et encore mieux :  »Reviens le plus vite possible ! » Mince, alors… Les sourds parlent, avertissent et les cloches sonnent de toute part. Mourra alors qui mourra !

La famille d’Adrien Bahizire Mutabesha à Bukavu

Non, fatigué de lire les pages des livres en ma possession sans rien comprendre, je descends au deuxième étage pour suivre la télévision, seule détente qui me reste. Les chiffres ahurissants et dévastateurs des cas positifs qui ne font que s’alourdir pour la France, l’Italie, l’Espagne m’envahissent et entament la paix de mon cœur. L’annonce de la présence du coronavirus en République Démocratique du Congo vient chambouler cette âme déjà fragilisée. Et je me dis,  » « Qu’adviendra-t-il pour mon pays si tout l’arsenal français peine ? » Sans connaître les pensées qui m’agitent, le camarade camerounais venu juste pour un colloque me regarde dans les yeux et me dit :  »J’ai raté mon vol à trois reprises à cause de cette pandémie ! J’aimerais tout de même aller souffrir à côté des miens car si mon pays est atteint, ce sera la catastrophe ». Rires tièdes, nous nous consolons mutuellement et nous sortons, autorisation en main, pour faire des courses à quelques mètres du Défap.

Découverte ! Les rues sont vides, les restaurants et cafés fermés, plus de vélos, plus de visiteurs en ligne devant les catacombes bref, la ville est pâle. Paris a perdu sa vitesse et son mouvement. Ce n’est pas Paris, c’est le monde entier. Mon cœur bat et je ne le dis à personne mais je le pense : « Peut-être que c’est la fin de tout ? L’Écriture ne dit-elle pas que le Seigneur vient bientôt ! Ni Raoult, ni Macron, ni la Chine ne nous ramèneront la vie ! Dieu le fera ! » Alors que je suis encore dans ces pensées, à la boutique, une dame qui vient aussi se ravitailler et se trouve à deux mètres de moi me dit : « Monsieur, éloignez-vous encore d’un mètre ». Je le fais, mais elle n’entre que quand je suis sorti. Couverte du haut en bas, portant un masque hors du commun, elle ressemble à une employée de bureau de la Tour Montparnasse. Elle semble incapable de comprendre que le virus ne passe que par le nez ou la bouche et ne dépasse pas plus d’un mètre après expiration. Psychose et terreur !

Si tout à l’extérieur est devenu amorphe, il y a de la vie dans la maison du Défap grâce à une dame qui vient presque chaque soir nous demander  »ça va ? ». Les jours passent. Le confinement m’a permis d’atteindre le but de mon séjour, de lire et de prier ! Adieu corona ! Adieu confinement ! C’est l’espoir ! Oui, le confinement m’éloigne de tout ; mais pas du Seigneur. A nous revoir, Paris.




Chroniques du confinement

Le théologien protestant Élian Cuvillier publie sur le site de Réforme, une chronique du confinement. Retrouvez les liens vers toutes ses chroniques ci-dessous ou à lire en ligne sur le site du journal Réforme.




Un Notre Père mondial, « tous et toutes unis pour l’humanité »

Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, le pasteur Olav Fykse Tveit, a invité toutes les Églises membres à s’unir dans la prière en récitant, ensemble, le Notre Père mercredi 25 mars à midi.

Bougies allumées en la chapelle du Centre œcuménique, à Genève Photo: Albin Hillert/COE

Le pape François a élargi l’invitation à tous les responsables chrétiens, y compris au Conseil œcuménique des Églises (COE), à s’unir dans la prière en récitant le Notre Père simultanément le 25 mars à midi, heure de Rome, ou à midi heure locale partout dans le monde.

Dans une lettre d’invitation, le cardinal Kurt Koch dit espérer que tous et toutes rejoindront «cette initiative qui invite tous les fidèles chrétiens à invoquer, ensemble, la grâce céleste et à demander la fin de cette pandémie, dans la confiance du pouvoir divin.»

Le secrétaire général du COE, le pasteur Olav Fykse Tveit, a salué l’invitation et l’occasion donnée à tout un chacun de participer à une union de prière pour l’ensemble de l’humanité face à la lutte menée contre la pandémie mondiale de COVID-19.

«Alors que les personnes du monde entier se retrouvent dispersées, à travailler chez elles, nous aurons l’occasion d’unir nos voix et de prier Dieu en récitant la prière que Jésus Christ Notre Seigneur nous a apprise», déclare le pasteur Tveit. «En cette période si difficile, les initiatives de prière qui nous unissent les un-e-s aux autres nous rappellent que nous sommes une seule famille humaine.»

source : communiqué de presse du COE 

Ce même jour en France, à 19h30, l’ensemble des évêques invite les Français à un geste commun : déposer une bougie sur sa fenêtre au moment où les cloches sonneront. « Ce sera une marque de communion de pensée et de prière avec les défunts, les malades et leurs proches, avec tous les soignants et tous ceux qui rendent possible la vie de notre pays. Ce sera aussi l’expression de notre désir que la sortie de l’épidémie nous trouve plus déterminés aux changements de mode de vie que nous savons nécessaires depuis des années », précise Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France.

source : communiqué de presse de la Conférence des évêques de France




Évangélisation en Europe francophone

Chers amis, frères et sœurs,

A la suite du colloque qui s’est tenu au Défap le 11 octobre : « Vers une nouvelle économie de la mission : Parole aux Églises », nous avons prévu un Forum du 8 au 10 mai 2020 à Sète sous forme d’ateliers de la mission : « Chrétiens tous ensemble : quelle(s) mission(s) partager ? » ; Aujourd’hui nous ne savons pas du tout si cet événement pourra avoir lieu. Cependant nous vous invitons à y travailler en partageant deux articles à télécharger ci-dessous, écrits par le Pasteur Evert van de Poll, de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France, qui est professeur en sciences religieuses et en missiologie à la faculté évangélique de Louvain en Belgique.

Paradoxe de l’Europe ; en quoi est-elle encore « chrétienne » ? par Evert VAN DE POLL

Dans quel sens l’Europe est-elle « postchrétienne » ? par Evert VAN DE POLL

Ces deux textes font partie du livre publié sous la direction de Hannes Wiher, Évangélisation en Europe francophone. Charols, Excelsis 2016.

enfant lisant la Bible © Pixabay




Les collectionneurs au rendez-vous…

La première vente de timbres de collection directement dans les locaux du Défap, boulevard Arago à Paris, a eu lieu le 29 février dernier. Les vignettes, rares et précieuses pour certaines, communes pour d’autres, étaient vendues soit en vrac, soit à l’unité. En sus, des cartes postales – timbrées, bien sûr – étaient également proposées aux collectionneurs.

L’annonce de cette vente avait été diffusée non seulement dans les journaux spécialisés et dans les clubs, mais également et dans le magazine Paroles protestantes, sur la radio Fréquence protestante (100.5 FM) et au sein des paroisses parisiennes. Du coup, un public relativement nombreux a défilé au Défap toute la journée, attiré par le caractère exceptionnel de l’événement.

 

Geneviève Minssen © Défap

Geneviève Minssen et Alain Gilles, les deux bénévoles responsables du service Philatélie au Défap, ont accueilli et orienté collectionneurs, amateurs et simples curieux. « Certains viennent parce qu’ils sont passionnés et recherchent un timbre en particulier. En général, ceux-ci font déjà partie d’un club philatélique », explique Alain Gilles. D’autres se déplacent par curiosité, ou pour soutenir l’un des projets du Défap, comme cette dame venue de Belgique : « Ma mère a vu l’information et je suis venue pour soutenir la mission », confie-t-elle en examinant les timbres. Elle repartira quelques instants après avec un lot de vrac.

Les fonds récoltés – près de 500 euros – vont en effet servir à financer des bourses pour les étudiantes de l’Université presbytérienne du Congo (UPRECO), à Kananga, au centre de la République démocratique du Congo. Il s’agit de l’une des universités protestantes avec lesquelles les Églises de France sont en lien dans ce pays, à travers le Défap. Cette relation se traduit dans sa globalité par un soutien direct à la faculté de théologie, l’échange d’enseignants et plus spécifiquement par des bourses versées directement aux étudiantes qui suivent les enseignements délivrés à l’UPRECO en théologie, droit ou agronomie.




« La Mission et les autres. Évènements et grands textes »

Le Centre Maurice-Leenhardt, en partenariat avec le Service protestant de mission – Défap, organise le jeudi 27 février 2020 une journée d’étude intitulée : « La Mission et les autres. Évènements et grands textes ». de 10h à 17h.
Au Défap, 102 boulevard Arago 75014 Paris

Programme :

Marc Boss, IPT-Paris : « Le Parlement mondial des religions : 1893, 1993, 2018 »

Pierre Diarra, Institut catholique de Paris – ISTR et Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, « La lettre apostolique Maximum illud, cent ans après »

Claire-Lise Lombard, Service protestant de mission-DEFAP : « Le scoutisme à Madagascar : méthode de recherche et sources »

Soutenance de Mémoire M1 de M. Désiré Andrianarivo : « La vie et l’organisation des tirailleurs malgaches protestants en France en 1916-1917 ». Jury : Gilles Vidal, Marc Boss

Inscriptions auprès du secrétariat de la Faculté de Montpellier : secretariat@iptmontp.org

Contact : M. Boss / G. Vidal

https://iptheologie.fr/programme-cml-2019-2020-2




Des Égyptiennes à Paris

Les visiteuses partagent un café avec l’équipe du Défap

Elles s’appellent Névine, Madonna, Eve, Christine, Dina et Patricia. Elles arrivent du Caire, où elles sont enseignantes dans un établissement qui reçoit régulièrement des envoyés du Défap. Grâce à Lorène Spielewoy, partie en mission en 2018, elles ont pu venir visiter la France.
« Lorsque je suis arrivée en Égypte, raconte Lorène, j’étais totalement dépaysée. Il m’a fallu un petit temps pour m’adapter. Grâce à l’accueil que j’ai reçu, je me suis bien acclimatée. A la fin de mon séjour, j’ai eu envie d’organiser une sorte de « retour », de faire découvrir la France à toutes les personnes avec qui j’avais travaillé. Elles avaient toutes fait des études difficiles, elles étaient devenues professeures, elles évoluaient dans un environnement francophone sans jamais avoir vu la France. Je me suis dit que leur dévouement, leur volonté de transmettre la langue étaient admirables et je voulais vraiment leur faire plaisir. »
Lorène a alors monté un dossier projet, qu’elle a présenté conjointement au Défap, à l’Action chrétienne en Orient (ACO) et à l’UEPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, l’une des fondatrices du Défap). Son objectif : organiser un voyage, à Paris et à Strasbourg qui puisse aider ces jeunes femmes à constituer un réseau, à comparer les points de vue et les systèmes éducatifs et éventuellement bâtir de nouveaux projets d’échanges.

Après la découverte de Paris et de la culture française, des monuments, des musées – une visite guidée au Louvre notamment – et du château de Versailles, le groupe partira à Strasbourg pour s’immerger dans la « culture familiale ». « La compréhension mutuelle peut aussi naître de ces « chocs » interculturels que nous vivons lorsque nous sommes dans un pays qui n’est pas le nôtre. C’est le cas de ces enseignantes aujourd’hui, comme cela a été mon cas lorsque je me suis retrouvée chez elles », explique encore Lorène.
Les jeunes Egyptiennes, elles, sont vraiment ravies. Elles découvrent la tour Eiffel avec des yeux aussi émerveillés que les nôtres lorsque nous voyons « en vrai » les pyramides ou le sphinx. Une belle expérience de réciprocité.




«Vers une nouvelle économie de la mission»

Le colloque « Vers une nouvelle économie de la mission » qui s’est tenu le 11 octobre 2019 au Défap a permis en premier lieu d’exprimer les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap. Il a permis d’ouvrir des pistes de réflexion, de souligner les besoins de clarification… et il a donné lieu à la publication de deux livrets, « Paroles aux Églises » et « Actes du colloque », que vous pouvez retrouver ici, soit en téléchargement et en pdf, soit pour les commander gratuitement sous forme reliée auprès du Défap.

Basile Zouma, secrétaire général du Défap, introduisant la journée © Défap

 

Pour télécharger les cahiers en pdf :

« Vers une nouvelle économie de la mission – Parole aux Églises »
« Vers une nouvelle économie de la mission – Actes du colloque »

Pour commander auprès du Défap :

Bon de commande

Pour lire ces deux cahiers en ligne sur Calaméo :

Colloque volume 1

Colloque volume 2

Une étape clé : c’est ainsi qu’a souvent été vécu et décrit par ses participants le colloque du Défap, organisé le vendredi 11 octobre 2019 au 102 boulevard Arago. «J’ai eu le sentiment de vivre un moment exceptionnel : j’ai vu trois présidents d’Église réunis», témoignait ainsi dès le lendemain en Conseil du Défap Christine Villard, de l’Église protestante unie de France, référente régionale Mission-Défap en PACCA. «J’ai entendu parler de mutualisation de moyens en matière d’international… Un autre mot important qui est ressorti, c’est celui de la complexité ; et il faut accepter que cette complexité, on ne la maîtrise pas.» Au cours de cette même réunion, Thomas Wild, de l’UEPAL, évoquait pour sa part un événement «très riche» dans lequel «les directions d’Église se sont impliquées». Quant à Joël Dautheville, président du Défap, il faisait part de son «sentiment qu’on a réussi à franchir un cap, qui de mon point de vue n’était pas évident». Et d’ajouter : «Je nous invite maintenant à prendre cette dynamique refondatrice, précisément comme une dynamique : c’est un élan…»

Ce colloque, intitulé : «Vers une nouvelle économie de la mission», avait d’abord pour but de permettre l’expression en un même temps et dans un même lieu des diverses conceptions de la mission, et des diverses attentes vis-à-vis du Défap, qui existent aujourd’hui au sein des trois Églises fondatrices : l’EPUdF (Église protestante unie de France), l’UEPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine) et l’Unepref (Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France). Il réunissait environ 80 participants. Il devait être suivi quelques mois plus tard, à Sète, d’un forum plus large, auquel il devait fournir de la matière et des éléments de réflexion – mais le contexte sanitaire a finalement contraint à changer de format, ce qui a donné naissance à la série de webinaires « Les Ateliers de la mission ».

D’où une journée dense, entre plénières et travaux en ateliers, entre table ronde avec les présidents des trois Églises constitutives du Défap et intervention d’un sociologue, Frédéric de Coninck, sur le thème : «Si proches et si loin les uns des autres – Quel défi pour la mission dans nos sociétés éclatées ?»… Le tout conclu par un retour sur les travaux de la journée par Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions à la Faculté de Théologie Protestante à l’Université de Strasbourg.

«Mission», «évangélisation», «témoignage»

Florence Taubmann, du service Animation – France du Défap, lors de la table ronde avec les trois présidents des Églises fondatrices © Défap

 

Outre les cahiers désormais disponibles, il reste de cette rencontre à la fois des images, des questionnements et des pistes de travail. L’image, tout d’abord, de Florence Taubmann, qui lors du temps d’aumônerie de la matinée a voulu placer les échanges de la journée sous le thème de la joie : «C’est joie que cette parole (…) Joie frémissante, fragile et imprenable. Joie mystérieusement inextinguible, qui résiste au mal et au malheur, au doute et aux échecs. Joie qui se chante ! (…) Notre mission frères et sœurs, c’est vraiment d’accueillir cette joie ; de vivre, porter, partager, cette joie.» Autre image, celle des deux présidents et de la présidente des trois Églises fondatrices siégeant côte à côte, à la même tribune, devant les participants du colloque, et évoquant tour à tour ce que signifiaient pour eux les mots de  «mission», «évangélisation», «témoignage», ou encore «institution». Ainsi pour Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’EPUdF, «la mission, c’est James Bond (…) quelque chose de risqué, qui exige un fort investissement de la personne». Christian Albecker, président de l’UEPAL, a évoqué pour sa part son expérience à la tête de la mission intérieure de Strasbourg. Quant à Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Unepref, il a souligné : «la mission est génétique pour moi», en se référent à sa famille marquée par «quatre générations de missionnaires».

Mais au-delà des Églises fondatrices avaient aussi été invités divers partenaires du Défap ; c’était le cas d’Étienne Roulet, alors président du Conseil de DM-échange et mission, qui au cours des échanges du matin avait évoqué les similitudes entre la dynamique de refondation lancée au sein du Défap, et la mue amorcée avec deux années d’avance au sein de DM, l’équivalent du Service protestant de mission pour la Suisse romande : «Nous avons eu un synode missionnaire qui a voté ce changement avec comme maître mot celui de réciprocité : mettre en lien les Églises d’ici et de là-bas pour qu’elles puissent s’entraider dans la mission, chacune sur son territoire».

Intervention de Frédéric de Coninck © Défap

 

Au chapitre des questionnements et des pistes de travail, Frédéric de Coninck a pointé les défis actuels que pose à la mission une société où «le loin est devenu proche», fait universellement admis aujourd’hui, mais où parallèlement «le proche est devenu loin», ce qui crée des difficultés et des tensions face auxquelles les outils d’adaptation manquent encore. Tout au long de sa carrière, cet ingénieur de formation, et sociologue, a su concilier sa carrière de chercheur, qui l’a amenée entre autres à travailler au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université Paris-Est) sur toutes les problématiques de la Ville Durable… et son appartenance à une Église mennonite de région parisienne. Il se définit ainsi lui-même comme une «personne frontière», un possible point de passage ou relais d’information entre des sphères qui ne communiquent pas naturellement ; or ce sont précisément de telles «personnes frontières» qui, dès les premiers temps d’expansion du christianisme, ont su participer à sa diffusion dans les diverses sociétés méditerranéennes… À l’heure où l’on parle facilement de «mondialisation», les échos lointains de cette déjà ancienne «méditerranéisation» pourraient-ils apporter des outils pour s’adapter ?

Concluant la journée à l’issue des travaux en ateliers et des premiers retours des divers groupes, Frédéric Rognon a tenu à poser quelques jalons : «Le Défap a décidé de s’engager dans un processus de refondation et la journée d’aujourd’hui est un jalon sur cette route. Il a été demandé à plusieurs reprise de clarifier ce processus. Donc précisons : la refondation, ce n’est pas l’aggiornamento du type Vatican 2 ; ce n’est pas la tabula rasa ; ce n’est pas la restauration réactionnaire.» Mais s’il s’est refusé à fournir «une synthèse qui lierait la gerbe de manière prématurée», il a tout de même laissé aux participants quelques «biscuits». Tout d’abord, dans cette dynamique de refondation, il a souligné «la nécessité de tenir conjointement et fermement les deux pôles réalisme et utopie», de «ne verser ni dans la stricte gestion des flux, ni dans le rêve désincarné». Ensuite, se référant à Jacques Ellul, il a invité à poursuivre la route armé d’un «pessimisme rempli d’espérance». Paradoxalement, le «temps de la déréliction», ce terme par lequel Ellul désignait notre époque marquée par «la perte des repères spirituels», c’est aussi le temps approprié à l’espérance…




Aumôniers : un diplôme universitaire validé par l’État

Le DU «Aumôniers» proposé à Strasbourg vient, après plusieurs années de dialogue avec le bureau des cultes du ministère de l’Intérieur, d’être validé par l’État. Sur les 32 formations nationales à la laïcité reconnues aujourd’hui, il est le seul à afficher la théologie dans son titre.

Participants à la formation © DR

Depuis le 1er octobre 2017 et l’entrée en application du décret du 3 mai 2017 relatif aux aumôniers militaires, hospitaliers et pénitentiaires et à leur formation civile et civique, ces derniers doivent disposer d’un diplôme universitaire (DU) de formation civique et laïque s’ils souhaitent être rémunérés dans le cadre de leur activité. Ce diplôme doit valider leur bonne connaissance du positionnement religieux dans notre société laïque.

La Fédération protestante de France a saisi cette opportunité pour réfléchir à une formation commune de ses trois aumôneries. Se former ensemble permet de mieux se connaître entre aumôneries et entre Églises membres de la FPF. C’est en lien avec la faculté de théologie protestante de Strasbourg et celle de droit que le programme d’un diplôme a été proposé à l’accréditation par le ministère de l’Intérieur. Après plusieurs années de dialogue avec le bureau des cultes du ministère, ce diplôme intitulé «Civil et civique, théologique et pratique» vient d’être validé par l’État.

Associer formation théologique et formation juridique

Sur les 32 formations nationales à la laïcité reconnues, il est le seul à afficher la théologie dans son titre, affirmant ainsi clairement donner place à une interrogation à la fois théologique et juridique sur la pratique du métier d’aumônier. Le DU «Aumôniers» vise, par l’intermédiaire d’une formation théologique générale et professionnelle, à développer une bonne connaissance des conditions d’exercice du métier d’aumônier ou de l’engagement de visiteur/teuse dans le cadre laïc des établissements. Et plus largement, à l’issue de cette formation, les étudiants sont en mesure d’appréhender comment le droit français garantit la liberté de croire ou de ne pas croire dans les entreprises, les services publics, l’espace public ou dans la sphère privée.

Prochaine étape du travail : ouvrir les portes de la faculté de Strasbourg aux autres religions pour faire de ce diplôme le premier diplôme interreligieux qui associerait questions théologiques et questions juridiques.