Comment témoigner de sa foi dans une société où les chrétiens sont minoritaires ou dans un contexte marqué par la sécularisation ? C’est autour de cette question que des pasteurs venus du Sénégal, de France et de Belgique se sont retrouvés dans le cadre d’un stage organisé par la Communion protestante luthéro-réformée (CPLR) et le Défap. Dans l’émission Courrier de Mission, Chloé Lepage a recueilli les témoignages de Beiram Faye, pasteur de l’Église protestante luthérienne du Sénégal, et de Delphine Denninger-Kaiser, pasteure au sein de l’Inspection luthérienne de Paris. Tous deux sont revenus sur cette expérience de rencontre, de découverte et de dialogue interculturel, qui fait suite à un premier stage organisé au Sénégal.

Apprendre à se rencontrer au-delà des différences

Les défis du témoignage chrétien varient selon les contextes. Au Sénégal, où la population est majoritairement musulmane, l’enjeu est de témoigner de l’Évangile dans l’ouverture à l’autre, sans repli ni rejet. En France, où la sécularisation transforme la vie des paroisses, il s’agit notamment d’accueillir les personnes qui découvrent la foi, d’écouter leurs interrogations et de rendre le message de l’Évangile accessible à tous. Pour les deux pasteurs, le stage a été l’occasion de confronter leurs expériences et de remettre en question certains préjugés. Les échanges en binôme, les discussions en groupe et les réflexions autour de questions éthiques ont permis à chacun de mieux comprendre les convictions de l’autre, même lorsque les points de vue divergeaient. L’écoute et le dialogue sont ainsi apparus comme des conditions essentielles pour avancer ensemble.

Des expériences qui transforment les pratiques pastorales

Au-delà des échanges théoriques, les participants ont vécu une immersion dans la vie des paroisses de leur binôme. Au Sénégal, Delphine Denninger-Kaiser a été marquée par la vitalité des cultes, la place des chants et la chaleur de l’accueil communautaire. Cette expérience lui a permis de dépasser ses appréhensions et de tisser des liens durables, au point d’évoquer l’existence d’une véritable famille en Afrique. De son côté, Beiram Faye a découvert à Massy une paroisse dynamique et l’importance des moments de convivialité après le culte. Il souhaite s’inspirer de cette pratique pour renforcer les échanges fraternels au sein de sa communauté au Sénégal, mais aussi développer des initiatives de voisinage favorisant la rencontre au-delà de l’Église. Ces découvertes montrent que le dialogue interculturel ne se limite pas à une meilleure connaissance des autres : il peut aussi faire évoluer concrètement les pratiques pastorales et la vie communautaire.

Oser la rencontre pour construire la fraternité

À travers cette expérience, les deux pasteurs retiennent une conviction commune : il est nécessaire de dépasser ses peurs, d’accepter de se laisser déplacer par la rencontre et de poursuivre les relations nouées au-delà du stage. Pour Delphine Denninger-Kaiser, cette aventure a été un véritable parcours initiatique, qui l’a amenée à mieux se connaître et à envisager de nouveaux échanges avec le Sénégal. Beiram Faye rappelle, quant à lui, l’importance de la paix, de la solidarité et de la communion entre les êtres humains, quelles que soient leur nationalité ou leur confession religieuse.

En favorisant la rencontre et l’écoute, ce stage rappelle que l’interculturalité est une occasion d’apprendre les uns des autres et de faire vivre une fraternité qui dépasse les frontières.