Je suis Pasteur Bernard FOLLY, VSI au poste à Djibouti auprès de l’Eglise Protestante Evangélique de Djibouti (EPED). J’occupe le poste de Directeur du Centre de Formation et des Œuvres Sociales de l’EPED. Je suis marié et père de famille. Cela fait bientôt deux mois que ma famille et moi avons posé nos valises à Djibouti. Le temps y file d’une manière étonnante, comme si les journées se succédaient deux fois plus vite. Le climat, chaud et sec, façonne notre quotidien et nous invite à adapter nos rythmes et nos habitudes. Ces premières semaines ont été riches en rencontres, en découvertes et en défis, et je rends grâce pour l’accueil reçu et pour l’apprentissage quotidien que cette mission m’offre.

Djibouti EPED Bernard Folly Pierre Tsim Jean Luc Blanc

Accueil et intégration

Dès notre arrivée, l’accueil de la communauté a été chaleureux et soigneusement préparé, depuis l’arrivée à l’aéroport jusqu’à notre installation. Ayant déjà rencontré certains membres en avril dernier, j’ai constaté une attention particulière à notre égard. Lors du premier culte, la transition des salutations formelles à des échanges personnels pleins de curiosité et d’intérêt a favorisé très vite une relation de confiance entre nous et les fidèles. Ces moments d’écoute et de partage sont, à mon sens, essentiels pour briser les barrières entre le pasteur et la communauté.

Composition de la communauté

La communauté de l’EPED — Église Protestante Évangélique de Djibouti — est majoritairement composée d’expatriés, ce qui en fait un lieu de grande richesse culturelle. On y retrouve des Malgaches, Congolais, Kényans, Français, Coréens, Japonais, Américains et bien d’autres, ce qui nourrit des échanges interculturels précieux. Quelques Djiboutiens chrétiens participent également au culte.

Le peuple Djiboutien

J’ai été touché par la gentillesse, le sens de l’hospitalité et le calme intérieur des Djiboutiens. Leur respect et leur accueil envers les étrangers sont remarquables. Un trait culturel marquant est la consommation du khat, souvent visible en fin de matinée chez de nombreux hommes dont la joue semble gonflée. J’ai aussi noté un style vestimentaire fortement influencé par la culture yéménite : hommes en pagnes et chemises légères, femmes en tenues longues et couvrantes. Cette esthétique contraste avec mes repères culturels d’origine, mais elle porte une cohérence sociale et identitaire forte. La gastronomie locale, mêlant influences orientales et africaines, propose des plats épicés et parfumés; j’ai particulièrement apprécié le poisson yéménite et des spécialités éthiopiennes. Le français est la langue officielle et administrative, tandis que l’afar et le somali dominent les échanges de la rue et des commerces.

Paysages et réalités du pays

Djibouti offre des paysages spectaculaires : collines arides et caillouteuses, failles tectoniques impressionnantes et panoramas d’une beauté saisissante. Le lac Assal, d’un blanc salin éclatant, et les failles liées au mouvement des plaques tectoniques m’ont particulièrement marqué. Les secousses sismiques sont fréquentes et, dès notre premier jour, nous avons ressenti un tremblement de terre qui nous a fort effrayés. Sur le plan économique, le port reste le moteur principal du pays. Les ressources naturelles sont limitées et une grande part des denrées, notamment les produits tropicaux, sont importés. Le coût de la vie est élevé; le logement et l’électricité pèsent lourdement sur le budget des ménages. La présence de nombreux réfugiés en situation précaire est une réalité poignante. Beaucoup vivent dans la rue; les enfants des rues, en grande majorité originaires d’Éthiopie et de Somalie, sont particulièrement vulnérables.

Projets de l’EPED

  • Alphabétisation

Un programme d’alphabétisation est lancé en septembre, par l’EPED en partenariat avec Caritas Djibouti et soutenu par l’Ambassade de France. L’objectif est d’enseigner la lecture et l’écriture en français aux enfants des rues et de les orienter ensuite vers le LEC (Lire, Écrire, Compter), une école spécialisée gérée par l’Église catholique. Ces enfants sont tous de la religion musulmane. Mes premiers contacts avec ces enfants ont été très émouvants; malgré leurs Vulnérabilités, ils manifestent une joie immense à franchir le seuil de l’Église. La fragilité de leur situation est toutefois manifeste : certains sont arrêtés et reconduits à la frontière, ce qui entrave la continuité des activités éducatives.

  • Coupe et couture

En partenariat avec l’ANPH (Agence Nationale des Personnes Handicapées), l’EPED a initié un second projet de formation en coupe et couture pour des femmes en situation de handicap. Ce projet vise à favoriser leur autonomie financière tout en valorisant le recyclage textile : les vêtements usagés sont transformés en sacs et objets artisanaux vendus sur le marché local. Cette formation vient à peine de débuter.

Formations professionnelles à venir

Nous préparons des formations en carrelage, électricité et plomberie, en collaboration avec l’ANPH et avec l’appui de l’Union européenne. Ces programmes visent à développer des compétences techniques locales et à améliorer l’employabilité des bénéficiaires.

Religion et spiritualité

L’islam occupe une place centrale dans la vie sociale et civile de Djibouti. La semaine de travail commence le dimanche et s’achève le jeudi; le vendredi, jour de prière, la plupart des commerces ferment. Cette organisation illustre l’importance de la pratique religieuse au quotidien. Le christianisme est présent et toléré; Églises catholique, protestante, orthodoxe éthiopienne et autres missions coexistent dans un climat de respect mutuel et de tolérance.

Vie familiale et adaptation

Sur le plan familial, l’adaptation se passe globalement bien malgré des imprévus. Malgré les vaccinations reçues avant notre départ du Togo, les enfants, puis ma conjointe et moi avons contracté la varicelle; heureusement, les soins ont permis un rétablissement complet. La scolarisation des enfants s’est bien déroulée; ils se sont intégrés rapidement et se sont fait des amis. Nous sommes reconnaissants pour l’accompagnement divin et communautaire qui nous soutient dans cette transition. Ces deux premiers mois à Djibouti ont été riches en apprentissages, rencontres et réalisations. Entre la diversité culturelle, les défis sociaux et les projets d’insertion que nous portons à l’EPED, cette mission m’enseigne la patience, l’humilité et la beauté du service. Je rends grâce pour chaque pas franchi et pour les futurs projets qui permettront d’accompagner encore davantage les plus vulnérables.

Pasteur Bernard FOLLY Envoyé VSI

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