Vous avez eu l’occasion de suivre dernièrement sur le site du Défap les lettre de nouvelles de Marilyn, envoyée EAPPI – un programme d’accompagnement œcuménique développé par le COE en Israël-Palestine pour y limiter les tensions et témoigner de la situation sur le terrain. Récemment, les partenaires du Conseil œcuménique des Églises se sont réunis à Jérusalem pour célébrer le 20ème anniversaire de ce Programme qui bénéficie depuis son origine du soutien du protestantisme français.

Participant du programme EAPPI en Palestine © Albin Hillert/WCC

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Les responsables des Églises à Jérusalem, les responsables du Conseil œcuménique des Églises, les partenaires et leurs ami-e-s se sont réuni-e-s à Jérusalem pour célébrer l’anniversaire du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël.

Tout en célébrant le 20e anniversaire d’un programme qui a permis à des enfants et des adultes de se sentir plus en sécurité, ils et elles ont regretté qu’en raison de la situation actuelle en Terre Sainte, l’accompagnement soit aujourd’hui plus nécessaire que jamais auparavant.

Près de 100 invité-e-s se sont réuni-e-s à l’Hotel Imperial à Jérusalem pour entendre des récits de situations locales. Y figuraient des responsables d’Église, des Églises membres, des partenaires œcuméniques, des accompagnant-e-s œcuméniques et les coordinateurs nationaux du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël.

Son Éminence, l’archevêque Aristarchos de Constantina et le secrétaire général par intérim du COE, le Père Prof. Ioan Sauca, ont ouvert l’événement. Au rang des orateurs et oratrices figuraient également les coordinateurs nationaux du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël; les accompagnant-e-s œcuméniques, l’évêque Ibrahim Azar de l’Église évangélique luthérienne en Terre Sainte et à Jérusalem, et le Très Révérend Dr Munib Younan, évêque émérite de l’Église évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte.

Sauca a partagé sa joie et son inquiétude dans ses réflexions à cette occasion.

«La communauté œcuménique internationale a toujours cherché à être en solidarité active avec les chrétiennes et les chrétiens du Moyen-Orient, qui continuent à vivre leur foi et à en témoigner dans les contextes plurireligieux de leurs pays, apportant des contributions vitales à la diversité foisonnante et au développement de leurs sociétés», a fait observer Sauca.

«Des soulèvements, l’extrémisme violent brandissant la religion comme raison d’être, les occupations militaires permanentes, la discrimination et les violations incessantes des droits des personnes, les crises économiques et la corruption, l’absence d’état de droit et d’autres facteurs encore ont contribué à une crise existentielle dans l’ensemble de la région.»

Sauca a souligné que les communautés vulnérables étaient particulièrement touchées, notamment les chrétiennes et les chrétiens qui sont confronté-e-s au déplacement et à la migration de masse.
«Nous affirmons que le meilleur moyen d’éviter cette menace est l’égalité des droits, la citoyenneté inclusive, la justice et la dignité pour toutes et tous, sans discrimination religieuse ou raciale», a-t-il ajouté.

En 2002, le COE a créé le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël en réponse à l’appel des responsables ecclésiaux en Terre Sainte.

«Le COE, dont les Églises membres représentent environ 580 millions de chrétiennes et de chrétiens dans le monde, a répondu à l’appel», a-t-il souligné. «Plus tôt, en 2002, les résident-e-s du petit village de Yanoun avaient été contraints à quitter leurs foyers en raison de la violence des colons.»

Des militant-e-s israélien-ne-s et du monde entier en faveur de la paix ont décidé d’agir et de s’installer dans le village de Yanoun, dans l’espoir que les résident-e-s de ce village s’y sentent suffisamment en sécurité pour y revenir. «Grâce à la présence protectrice de ces miltant-e-s, ces résident-e-s ont pu revenir», a rappelé Sauca.

Cette réussite a été une source d’inspiration et a débouché sur la création du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël en 2002. Depuis, les Églises membres du COE ont recruté plus de 1 800 accompagnant-e-s œcuméniques issu-e-s de 25 pays pour venir apporter leur aide pendant trois mois en Cisjordanie.

Œuvrant en étroite collaboration avec les communautés locales, des groupes israéliens et palestiniens de défense des droits de la personne et des agences internationales, le programme a assuré une présence permanente dans la région depuis lors.

Le Secrétaire général par intérim du COE, le Père Prof. Ioan Sauca, a partagé sa joie et son inquiétude dans ses réflexions à l’occasion de l’ouverture de l’événement à Jérusalem © Albin Hillert/WCC

Des messages de soutien venus de toutes parts

Celles et ceux qui ont travaillé avec le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël et l’ont soutenu au fil des ans ont pris le temps de transmettre leurs salutations et de partager leurs souvenirs sur le programme.

L’évêque Munib Younan, ancien président de la Fédération luthérienne mondiale, a affirmé que l’idée du programme est de «promouvoir la justice, la paix et la réconciliation en Palestine et en Israël — et partout dans le monde».

Et d’ajouter: «Nous n’avons qu’à faire confiance à ce Dieu de justice. C’est mon espérance pour le monde.»

Salpy Eskidjian, du Bureau chargé du volet religieux du processus de paix à Chypre, a indiqué que la situation sur le terrain en Palestine et en Israël ne s’est pas améliorée comme espéré il y a 20 ans, elle a simplement changé.

«Je prie pour que la famille internationale et œcuménique prolonge cette présence protectrice, tant que les Églises membres et la communauté locale jugent qu’elle est importante», a-t-elle déclaré. «C’est une joie source de reconnaissance et de gratitude.»

De nombreuses photos illustrent des accompagnant-e-s œcuméniques qui, au fil des ans, apportent une présence protectrice pacifique pour les enfants palestiniens allant à l’école.

Eskidjian espère également que le programme continue de se renforcer et de faire la différence dans la vie des gens.

Et de poursuivre: «J’ai espoir que les deux peuples et toutes les communautés religieuses pourront vivre en paix dans ce lieu».

Sara Speicher, secrétaire générale adjointe de l’Association mondiale pour la communication chrétienne, a également rappelé la genèse du programme. «Dans un premier temps, cette idée a été saluée par les responsables ecclésiaux et les communautés palestiniennes et israéliennes locales. Elle a également été perçue comme une expression tangible des préoccupations du COE, mais aussi de son espérance pour que cet accompagnement témoigne de la solidarité, apporte un peu de sécurité et promeuve une prise de conscience.»

Sam Bahour, associé directeur chez Applied Information Management, Palestine, a soutenu que l’accompagnement œcuménique sauve et change des vies. «L’accompagnement sauve des vies, car très souvent la présence étrangère dissuade la puissance occupante israélienne et les colons israéliens illégaux de perturber nos vies quotidiennes.»

Le Pasteur Owe Boersma, point de référence pour les Réseaux et les Organisations œcuméniques, Pain pour le monde, a pour sa part indiqué qu’il considérait ce programme comme une réussite pour exposer des personnes de contextes différents à la réalité de l’occupation et pour œuvrer à y mettre un terme.

«Malheureusement, ce 20e anniversaire coïncide presque exactement avec les 55 ans de l’occupation», regrette-t-il.

Manuel Quintero Perez, ancien coordinateur du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël, a rappelé ce verset du Chapitre 12 de la première épître aux Corinthiens, qui évoque la souffrance.

«Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance», a souligné Perez. «Il a été tout à fait judicieux de la part du COE d’organiser ce programme, car il a permis aux Églises de nombreux pays de faire partie de la souffrance des Églises en Terre Sainte», a-t-il poursuivi.

Toujours selon Perez, sur la terre où Jésus est né, il y a tant de haine et la paix est un processus à long terme. «Ma seule espérance est que la communauté œcuménique continuera à travailler avec les populations locales pour trouver cette solution.»

Le secrétaire général élu du COE, le pasteur Jerry Pillay, a également partagé ses réflexions.

«En dépit des épreuves du peuple palestinien en Terre Sainte, et tout particulièrement de celles des jeunes, Dieu demeure la seule constante en toute chose et il est la boussole qui nous oriente vers l’objectif auquel nous aspirons», a-t-il déclaré. «Quoi que nous fassions dans notre lutte pour la justice, notre action concrète doit être perçue comme propice à la transformation sociale.»

En d’autres termes, Pillay a suggéré qu’un idéal pour une autre société s’imposait. «Quelles en sont les implications dans le cadre du conflit israélo-palestinien?» s’est-il interrogé. «Nous devons continuer notre pèlerinage conjoint de justice, de réconciliation et d’unité.»

Carla Khijoyan, responsable du programme du COE pour l’Instauration de la paix au Moyen-Orient, a affirmé que l’occupation était non seulement illégale, mais aussi contraire à l’éthique. «Et tout comme ce conflit comporte des dimensions morales, nous, les Églises et les chrétiennes et les chrétiens, avons le devoir moral de réagir», selon elle, avant d’ajouter qu’être un-e accompagnant-e œcuménique «est une leçon de résilience et de résistance, d’espérance, de dignité et d’intégrité, une leçon qui nous change à jamais.»