Rattaché à l’unité de recherche religion, culture et société de l’Institut Catholique de Paris, ce nouvel organisme, dont le Défap est l’un des partenaires, a vu officiellement le jour le 30 mai.

Le père Jean Hirigoyen au Vietnam © IRFA

La photographie illustrant le lancement de l’IHM est des plus typiques : un cliché en noir et blanc pris dans les années 60, et qui montre un missionnaire habillé de blanc dans une salle de classe. Nous sommes bien dans l’histoire : ce missionnaire, c’était le père Jean Dominique Hirigoyen, né en 1933 à Hasparren, dans les Pyrénées-Atlantiques, et parti en mission pendant une dizaine d’années, à partir de 1959, au Sud-Vietnam. On pourrait trouver des photographies très similaires dans les archives du Défap. Mais si le Défap, à travers les archives de la SMEP que recèle sa bibliothèque, est un lieu de référence pour l’histoire des missions protestantes francophones, il faut bien reconnaître que les missions catholiques ont une dimension historique incomparable : quand l’histoire de la Société des Missions Évangéliques de Paris remonte à 1822, du côté catholique les Missions Étrangères de Paris peuvent revendiquer 360 ans d’histoire. Et elles sont allées dans des pays plus nombreux et plus lointains, notamment en Asie avec des pays comme la Thaïlande, le Vietnam, la Chine, le Cambodge…

Pourtant, jusqu’à présent, l’histoire missionnaire est souvent demeurée morcelée, étudiée soit dans le contexte catholique, soit dans le contexte protestant. L’Institut d’Histoire des Missions qui vient de voir le jour, rattaché à l’unité de recherche religion, culture et société de l’Institut Catholique de Paris, devrait précisément permettre d’avoir une vision plus globale de l’histoire missionnaire.

Le projet se veut résolument œcuménique : il associe une bonne vingtaine de partenaires qui vont très au-delà du monde catholique, et dont le Défap fait partie aux côtés de l’Institut Protestant de Théologie, de l’AFOM, de l’Institut pour l’étude des religions et le dialogue interreligieux… Il se veut aussi centré sur les travaux de recherche, avec divers projets annoncés comme un séminaire permanent de recherche ouvert aux étudiants, doctorants et universitaires spécialistes de l’histoire des missions, des journées d’étude, colloques et projets éditoriaux, des bourses de recherche… Reste que le lancement de ce tout nouvel Institut d’Histoire des Missions s’inscrit aussi dans un contexte qui met clairement en avant l’élan missionnaire chez les catholiques, avec un mois de mai marqué par la canonisation de Charles de Foucauld et la béatification de Pauline Jaricot.

« Questionner ce qu’est la mission »

Ce sont ces deux versants assez différents qui sont ressortis le 30 mai, lors de la soirée marquant l’acte de naissance officiel de ce nouvel organisme, qui a eu lieu à l’Institut Catholique de Paris. Avec un programme associant Monseigneur Emmanuel Petit, Recteur de l’ICP, des messages du cardinal Tagle, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples, et du Père Ioan Sauca, Secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises ; une intervention du Père Vincent Holzer, Vice-Recteur à la Recherche ; une présentation de cet Institut d’Histoire des Missions par Catherine Marin, Déléguée Scientifique, et du programme d’activité de ce nouvel organisme par son Directeur, le dominicain Gilles Berceville… Les partenaires scientifiques du projet étaient représentés par Gilles Vidal pour l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie), Marie-Alpais Dumoulin pour l’IRFA (Institut de recherche France-Asie), Philippe Roy-Lysencourt pour le CEMI (Centre d’Études Marie-de-l’Incarnation) ou encore Bernadette Truchet pour le CREDIC (Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme).

Ce nouvel Institut d’Histoire des Missions se veut avant tout un outil pour « développer un réseau de recherche académique, internationale, interdisciplinaire et œcuménique autour de l’acte missionnaire chrétien ». Il vise également à faciliter, soutenir et favoriser les échanges entre chercheurs dans ce domaine. Comme le souligne le Père Vincent Holzer dans sa présentation, « ayant profondément façonné les sociétés et les cultures dans lesquelles il s’est inscrit, l’élan missionnaire est en soi un objet des plus complexes. Il appelle impérieusement le concours de disciplines diverses », qui « peuvent concourir à une compréhension ajustée de l’acte missionnaire, de ses élans initiaux, de ses formes de réalisation, des résistances qu’il suscita, des douleurs qu’il engendra et des promesses qu’il contient ». Pour autant, à cet objectif affiché d’envisager la mission et son histoire comme objet d’étude se mêlent aussi des préoccupations très actuelle qui concernent toutes les Églises – y compris l’Église catholique – à savoir : comment renouveler le témoignage chrétien dans une société de plus en plus sécularisée ?

Pour le Père Berceville, la réflexion sur le passé est ainsi une condition nécessaire pour « imaginer la mission d’aujourd’hui et de demain ». Et les travaux de recherche du nouvel institut doivent aussi permettre de « questionner ce qu’est la mission, grâce à l’étude critique de l’histoire des missions, qui n’est ni une justification ni une épopée ». Pas question donc d’en occulter les versants les plus polémiques, comme le lien entre la diffusion de l’Évangile et la violence, en Amérique latine par exemple. Mais il s’agira aussi de sortir des clichés sur les missionnaires blancs envoyés au bout du monde, en montrant toute la diversité qu’a pu prendre et que prend encore la mission. Par exemple lorsque la France devient nouvelle terre de mission pour des Églises héritières de ces travaux missionnaires…