La fin du port du masque obligatoire et de la distanciation sociale, c’était le 14 mars dernier. Depuis cette levée des dernières restrictions sanitaires décrétées pour lutter contre la pandémie de Covid-19, les animations du service France et les visites de groupes, notamment de jeunes, à la Maison des Missions au 102 boulevard Arago, ont pu pleinement reprendre : pas moins de six en un mois. Des groupes de Mazamet, de Boulogne, de Furdenheim, de Mulhouse, de Montrouge, de Revel… Mais comment évoquer devant ces groupes de jeunes les enjeux de la mission et de la rencontre aujourd’hui ?

Les jeunes de Mazamet s’initient à l’escape game du Défap dans la chapelle du 102 boulevard Arago © DR

« Mission », « Partage », « Solidarité »… Ce sont quelques-uns des mots-clés, définissant l’action du Défap, avec lesquels repartent les 14 jeunes venus en visite au 102 boulevard Arago en ce lundi 25 avril : un groupe de l’Église protestante Unie de Mazamet emmené par cinq accompagnateurs dont le pasteur Fidy Rakotozafy, en poste dans cette ville depuis deux ans et demie. Au cours de la matinée, tous ont été accueillis dans la chapelle du Défap par Pascale Grosbras et Éline Ouvry, du service Animation France (AFI), pour une présentation du Service protestant de mission et de ce qui guide ses activités, avant un repas en commun avec les membres de l’équipe. Puis, direction l’Institut Protestant de Théologie, quelques centaines de mètres plus loin sur le boulevard Arago…

Au-delà de l’aspect touristique, il s’agit là d’un véritable périple culturel, à la rencontre de différentes institutions ou de différents lieux emblématiques du protestantisme (et notamment le Défap), qui permet de mettre en lumière l’histoire des missionnaires protestants et d’éveiller la curiosité des jeunes visiteurs. Avant la visite au 102 boulevard Arago, ils ont ainsi participé à un culte au temple Montparnasse-Plaisance. Un voyage longtemps attendu et pour lequel les difficultés n’ont pas manqué : le projet avait été lancé en 2019 avec Florence Taubmann, alors en poste au Défap, dans la foulée du programme « Voir ou revoir Paris ». Puis devaient venir l’épidémie de Covid-19 et ses périodes de confinement ou de restrictions de circulation. Les restrictions levées, et le voyage enfin organisé, c’est une grève de la SNCF qui a failli tout bloquer au dernier moment. Sans des minibus trouvés in extremis pour assurer le transport, le projet avortait encore. C’est peu de dire si, pour les organisateurs comme pour les 14 jeunes visiteurs, cette rencontre longtemps retardée donne l’impression d’avoir enfin surmonté des vents contraires…

Témoigner, questionner, bousculer les certitudes

Il en est de même pour les animations organisées par le service AFI pour les divers groupes de jeunes qui se suivent au gré des semaines. Car les visites ont bien repris, depuis la longue parenthèse imposée par les restrictions sanitaires : en un mois, on en compte six, concernant des paroisses très diverses, certaines très proches, d’autres très éloignées de Paris. Le groupe de Mazamet bien sûr, mais aussi un autre de Boulogne, un de Furdenheim, un de Mulhouse, un de Montrouge, un de Revel… À chaque fois, un programme spécifique est établi par le service Animation France du Défap. Il peut s’agir d’une animation intergénérationnelle pour une soirée ou pour une journée – comme pour le groupe de Montrouge, venu un samedi. Dans le cas du groupe de Mulhouse, c’est un programme sur trois jours qui a été mis en place. Et dans le cas du groupe de Boulogne, c’est une rencontre en deux temps qui a été prévue : après une première journée sur le thème de l’hospitalité animée par la pasteure Pascale Grosbras, Éline Ouvry prévoit une présentation générale du Défap en mai à travers l’escape game.

Visite de la bibliothèque avec Blanche Jeanne © DR

Mais comment présenter la mission, la rencontre, avec des mots d’aujourd’hui ? Comment y intéresser des groupes d’adolescents, nés dans un contexte très différent de celui qui a vu la création du Service protestant de mission ? Pour cela, plusieurs approches possibles. Celle du témoignage : Éline Ouvry, qui a été envoyée du Défap et de l’ACO (Action Chrétienne en Orient) en Égypte, bien avant de rejoindre le service Animation France, peut s’appuyer sur son expérience dans ce pays. Pour le groupe emmené par Pascal Hickel, elle a ainsi pu raconter en quoi ce qu’elle avait vécu dans ce pays avait changé son regard sur le monde et sur des questions comme l’environnement ou la place de la femme… Autre approche possible, celle du jeu organisé à partir de citations bibliques sur la mission ; ou encore celle qui pousse les visiteurs à se décentrer, s’interroger sur leurs propres certitudes et leur perception du monde. Par exemple en leur demandant ce qu’ils ressentent à la vue d’une scène dont ils ignorent le contexte. Telle photo qui, à première vue, présente un groupe de nuit sur une plage, et des bras levant des téléphones portables vers la lune, prend tout son sens lorsqu’on apprend qu’il s’agit de migrants qui viennent de débarquer et cherchent du réseau pour contacter leurs familles… Ce cliché de l’Américain John Stanmeyer pris en 2013 sur une plage de Djibouti, avait remporté le World Press Photo, le plus prestigieux prix de photojournalisme. Une animation à laquelle a régulièrement recours Éline Ouvry, tout comme le jeu « Barnga ». Il permet d’aborder la communication, le conflit, l’inclusion, les inégalités, l’interculturel, la vie en groupe… Il s’agit d’un jeu de cartes joué sur plusieurs tables simultanément, mais avec des règles du jeu différentes. Les joueurs prennent conscience de ces différences lorsqu’ils doivent aller jouer – sans parler ! – à la table voisine…

Mais l’accueil de ces groupes et les animations autour de la mission peuvent aussi mobiliser plus largement l’équipe du Défap. Parmi les autres manières de se familiariser avec les enjeux de la mission et de la rencontre aujourd’hui, il y a ainsi les visites de la bibliothèque. Avec des objets qui permettent de voir tout à la fois la distance et la ressemblance entre la mission d’hier et d’aujourd’hui – comme ces photos d’archives, ou cette liste des objets essentiels à emporter en mission, établie au XIXème siècle au temps de la SMEP (Société des Missions Évangéliques de Paris)… De telles visites peuvent parfois donner lieu à des rencontres de visiteurs de passage au 102 boulevard Arago – récemment, c’est ainsi Pierre Adam Faye, de l’Église luthérienne du Sénégal, qui a pu témoigner devant l’un des groupes de visiteurs. Et après ces animations ou ces visites, une fois posé le cadre dans lequel opère aujourd’hui le Service protestant de mission, rien de tel qu’un moment ludique avec l’escape game du Défap !