Le cyclone a ravagé une bande côtière de plus de 150 km de long au sud-est de l’île, abattant arbres et maisons, submergeant les cultures et coupant les routes. Si les envoyés du Défap étaient dans des villes qui sont restées relativement épargnées, ils donnent des nouvelles des dégâts dans les régions directement impactées.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Des vents de plus de 170 km/h, avec des rafales à 235 km/h – et surtout, la pluie tombant en déluge, les inondations et la boue : dans les zones directement touchées par Batsirai, ni les arbres, ni les maisons traditionnelles n’ont résisté. Et même les bâtiments en dur se sont souvent retrouvés privés de toit. Après avoir fait des dégâts croissants à l’île Maurice, puis à La Réunion, le cyclone a atteint la côte sud-est de Madagascar samedi soir vers 20 heures (soit 18 heures en France), frappant de plein fouet toute la région comprise entre Mananjary et Mahanoro. Il a ensuite traversé l’île d’est en ouest en perdant de la puissance, pour rejoindre le canal du Mozambique au niveau de Tuléar.

C’était la deuxième tempête à atteindre Madagascar depuis le début de l’année – la précédente, Ana, moins violente mais accompagnée de fortes pluies, ayant fait 55 morts à la fin du mois de janvier. Batsirai était suivie par les météorologues depuis le 24 janvier, et les deux tiers de Madagascar avaient été placés en état d’alerte alors que la dépression se renforçait à l’approche de la grande île, jusqu’à être classée « cyclone tropical intense ».

À Mananjary, la rue principale est un champ de ruines

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Si les villes où se déroulent les missions des envoyés du Défap ont été relativement épargnées, celles de la région côtière sont en grande partie détruites. À Mananjary, la rue principale ressemble à un champ de ruines, encombrée de débris d’arbres et bordée de frêles constructions dont les toitures en tôle se sont envolées. Seules quelques bâtisses en béton ont résisté. Les habitants traumatisés ne savent ni où dormir, ni où trouver de quoi subsister, et en appellent aux autorités. C’est dans cette ville que la fondation La Cause, proche du Défap, soutient deux centres d’accueil pour enfants : le centre Akanay Fanantenana et le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés), qui ont tous deux subi de gros dégâts. À Mahanoro, où le Défap a financé une salle de classe, beaucoup d’arbres et de maisons sont également à terre, les rues sont inondées ; mais les nouvelles des partenaires recueillies par Louise, ancienne envoyée du Défap dans cette ville, sont plus rassurantes. Plus à l’intérieur des terres et plus au nord, à Fandriana, Antsirabe et en remontant vers Tananarive, la capitale, les envoyés du Défap font état d’un impact décroissant de la tempête.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Les informations les plus complètes sur les conséquences du passage de Batsirai sont venues de Michel Brosille, qui effectue régulièrement des missions courtes pour le Défap et se trouve en ce moment à Fandriana : si le bilan au soir du 7 février faisait état de 21 morts, le nombre des sinistrés (70.355) et des déplacés regroupés dans des hébergement d’urgence (62.048, disséminés dans 154 sites) donne une idée des ravages subis par l’île. Pas moins de 211 écoles ont subi des dégâts, allant de salles partiellement détruites à des bâtiments privés de toit, avec pour conséquence l’impossibilité pour 9271 élèves de reprendre les cours. Du côté des infrastructures de communication, les autorités malgaches annoncent 17 ponts coupés et autant de routes – dont la RN7, qui traverse toute l’île du nord au sud. Ce qui aggrave encore la situation des zones les plus touchées, faute de possibilité d’y apporter de l’aide. Véronique Goy, qui travaille pour La Cause, évoque ainsi les stocks de riz de l’aide internationale qui ont été constitués au sud de l’île pour y lutter contre la famine causée par plusieurs années successives de sécheresse : si ces stocks sont bien là, encore faut-il trouver le moyen d’acheminer de l’aide là où les rafales de Batsirai et les inondations ont détruit les cultures… Dans toute la bande côtière au coeur de laquelle se situe Mananjary, les inondations et les glissements de terrain ont ravagé les champs. Or la route vers Mananjary est coupée.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Les organisations humanitaires présentes notamment dans le sud de l’île redoutent une nouvelle crise humanitaire. Entre les inondations qui ont frappé le centre du pays lors du passage de la tempête Ana, les dégâts de Batsirai et la sécheresse qui provoque la famine dans le sud, c’est une grande partie de l’île qui est désormais concernée. Le Coordonnateur humanitaire de l’ONU pour Madagascar n’hésite pas à lier directement cette succession de catastrophes au changement climatique.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR