Le volcan Nyiragongo, l’un des plus actifs d’Afrique, menace Goma et sa région : après une coulée de lave qui est venue jusqu’aux faubourgs de la ville, les autorités redoutent une nouvelle éruption qui pourrait survenir en pleine zone urbaine, voire même sous le lac Kivu, ce qui se traduirait par un dégagement de gaz meurtrier susceptible de provoquer des milliers de morts. Lévi Ngangura Manyanya, l’un des anciens boursiers du Défap, actuellement président de l’ECC/Sud-Kivu, témoigne ; Robert Bahizire Byamungu, de l’Université Libre des Pays des Grands Lacs, établissement de Goma avec lequel le Défap est en lien, a filmé pour sa part les effets de l’éruption.

Vue de la coulée de lave du Nyiragongo © Robert Bahizire Byamungu pour Défap

 
À Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le Nyiragongo ne se fait jamais oublier : ce volcan, considéré comme l’un des plus actifs et des plus dangereux de tout le continent, présente la particularité d’entretenir un lac de lave de manière quasi-permanente. Une lave qui peut parfois déborder et se répandre sur ses flancs, sous la forme de coulées qui sont parmi les plus rapides au monde. Ces éruptions sont une menace d’autant plus grande pour la population vivant au voisinage du Nyiragongo qu’elles peuvent survenir sans signes avant-coureurs. En janvier 2002, l’une d’elles avait fait une centaine de morts.

Au cours de la semaine écoulée, le Nyiragongo s’est réveillé une nouvelle fois, provoquant des mouvements de panique dans Goma et la fuite de milliers de personnes, notamment vers le Rwanda voisin. Une vaste coulée de lave est descendue vers la ville, menaçant un temps l’aéroport ; elle s’est finalement arrêtée dans les faubourgs, où elle a détruit de nombreuses habitations, faisant un grand nombre de sans-abris. Elle a été directement à l’origine de la mort de deux personnes, mais indirectement de beaucoup plus, victimes d’accidents provoqués lors de la fuite loin de la ville. Depuis, des secousses sismiques sporadiques et des failles apparues dans le sol de Goma alimentent les inquiétudes d’une reprise de l’éruption, qui pourrait être cette fois meurtrière. À tel point que les autorités ont ordonné jeudi matin l’évacuation d’une partie de la ville, provoquant un nouvel exode de dizaines de milliers de personnes.

Une poche de magma sous le lac Kivu

«Les données actuelles de la sismicité et de la déformation du sol indiquent la présence de magma sous la zone urbaine de Goma, avec une extension sous le lac Kivu», a déclaré le général Constant Ndima, gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu, dans une adresse à la population sur les médias locaux. «On ne peut actuellement pas exclure une éruption à terre ou sous le lac qui pourrait advenir sous très peu voire sans aucun signe précurseur». Cette dernière éventualité serait la plus catastrophique : car l’activité permanente du Nyiragongo se traduit par des émissions régulières de gaz. Or certains de ces gaz sont rejetés dans les couches profondes du lac Kivu, voisin du volcan, et y restent piégées. Ils s’y accumulent au fil des années, dans un équilibre de plus en plus instable ; un équilibre qui peut tout à fait être rompu en cas d’arrivée de lave dans le lac. Une telle rupture se traduirait alors par la brusque remontée à la surface de vastes quantités de gaz – notamment du gaz carbonique, qui, étant plus lourd que l’air, s’écoulerait autour du lac, asphyxiant toute vie sur son passage. C’est ce qui s’était produit en août 1986 lors de la catastrophe du lac Nyos, dans le nord-ouest du Cameroun, lorsqu’un telle «éruption limnique» avait provoqué la mort de 1746 personnes. Dans le voisinage du Nyiragongo, le laboratoire de volcanologie de Goma estime qu’un tel événement pourrait faire des milliers de morts.

Lévi Ngangura Manyanya, l’un des anciens boursiers du Défap, qui préside actuellement la division provinciale de l’Église du Christ au Congo, témoigne de ce qui se vit dans la région. «Les paroisses de Goma, notre université ULPGL, n’ont pas été touchées mais des menaces demeurent», souligne-t-il, en évoquant de réguliers «tremblements de terre à Goma et, des fois, à Bukavu». Si les infrastructures aéroportuaires ont été épargnées par la première coulée de lave, «l’aéroport de Goma et de Bukavu sont fermés jusqu’à nouvel ordre. À Bukavu, les déplacés de Goma viennent en masse… Les paroisses protestantes s’activent à accueillir certains d’entre eux, mais dans quelles conditions !» Alors que la fuite des habitants de Goma a repris, et que des embouteillages monstres étaient signalés jeudi matin, la situation des populations déplacées par suite de conflits apparaît d’autant plus précaire. Lévi Ngangura Manyanya souligne ainsi la présence, «de l’autre côté de la province, des déplacés des guerres des Hauts-plateaux (Minembwe et ses environs)» pendant que ceux qui ont fui «les conflits de Kalehe sont dans la partie Nord, Sud ou Ouest de la ville de Bukavu (dans la plaine de Ruzizi, Nyangezi, Kalehe). Notre Église avait déjà lancé la récolte des biens, vivres et non vivres, en signe de solidarité et de compassion avec ces déplacés de guerre.»

Robert Bahizire Byamungu, ancien boursier du Défap, est également présent dans la région : il fait partie de l’ULPGL, l’Université Libre des Pays des Grands Lacs, installée à Goma. L’ULPGL est une des cinq universités protestantes en RDC, toutes membres du RUPA (le Réseau des Universités Protestantes d’Afrique), garant d’un bon niveau académique, avec lesquelles le Défap est en lien, et qui compte près de 400 étudiants en théologie. Au cours des derniers jours, Robert Bahizire Byamungu a filmé la première coulée de lave du Nyiragongo et ses dégâts sur les quartiers périphériques de Goma, et il témoigne en images de l’angoisse dans laquelle vit depuis toute la population.

Retrouvez ci-dessous les images prises par Robert Bahizire Byamungu :

 

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
L’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu);
L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.