Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 6 mai 2021. Cette semaine, nous prions avec nos envoyés à Madagascar.

Ludolf Bakhuizen : A shipwreck (Un naufrage) – Fitzwilliam Museum © Wikimedia Commons

Ce très beau et très dense chapitre 27 des Actes des apôtres évoque avec force détails les pérégrinations de Paul et de ses compagnons au cours d’un voyage en mer pour le moins dangereux. On pourrait faire de ce chapitre une lecture allégorique : les tempêtes de la vie, la navigation dangereuse, le parcours inattendu vers des rencontres improbables qui ouvrent à une vie renouvelée… et ce ne serait pas faux : il est souvent d’une grande aide, dans les grandes étapes de nos vies, d’évoquer ces grands récits qui nous parlent de courage et d’endurance pour faire face aux épreuves.

En première intention, cependant, il convient de s’arrêter sur le texte lui-même pour en explorer les ressorts. Rappelons-nous, d’abord, que ce voyage est entrepris pour faire avancer une procédure judiciaire : Paul est accusé de fomenter des troubles et il a demandé à être jugé à Rome, comme le droit romain le lui permet puisqu’il est citoyen romain. Mais ce voyage était depuis longtemps un projet de l’apôtre, ratifié par le Seigneur lui-même (voir Ac 19,21et 23,11) : cette conviction intime qu’il doit aller à Rome oriente déjà depuis longtemps son action.

Cette conviction ne relève pas de l’ordre du savoir. Tout au long du texte, la conviction intime de l’apôtre s’oppose au savoir de ceux qui l’entourent. Lorsque Paul annonce que prendre la mer est dangereux et qu’il vaudrait mieux rester au port, le centurion Julius préfère faire confiance au savoir des gens de mer (v. 10) : la conviction intime de Paul ne s’impose pas contre l’avis général. Au bout de quelques jours, la connaissance pratique des marins est mise en échec, toutes leurs manœuvres de conservation échouant les unes après les autres. La connaissance n’a pas suffi à leur assurer le salut (v. 20). Paul se lève alors pour redire sa conviction intime :

« Ils n’avaient pas mangé depuis longtemps. Alors Paul, debout au milieu d’eux, leur a dit : Mes amis, vous auriez dû m’écouter et ne pas repartir de Crète ; vous auriez évité ce péril et ce dommage. Mais maintenant, je vous exhorte à prendre courage ; car aucun de vous ne périra, mais seulement le bateau. En effet, un ange du Dieu auquel j’appartiens et à qui je rends un culte s’est présenté à moi cette nuit et m’a dit : N’aie pas peur, Paul ; il faut que tu comparaisses devant César, et Dieu t’accorde la grâce de tous ceux qui naviguent avec toi. Prenez donc courage, mes amis, car je fais confiance à Dieu : il en sera comme il m’a été dit. Nous devons échouer sur une certaine île. » Actes 27,21-26

 

Voilà donc d’où lui vient cette conviction, plus forte que tous les savoirs sur lesquels s’appuient les humains : la confiance en Dieu. Paul est l’exact opposé de Jonas : il a confiance en Dieu et c’est cela qui permettra à tous ceux qui l’accompagnent d’être sauvés de la mer déchaînée. Cette confiance, c’est l’autre nom de la foi. Car la foi n’est pas un savoir abstrait sur Dieu ni même un savoir pratique sur ce qu’il faudrait faire pour plaire à Dieu : c’est une relation de profonde et tranquille confiance en Dieu, une confiance sur laquelle repose tout le reste. C’est là que se joue le salut, pas seulement pour Paul lui-même, mais pour tous ceux qui l’entourent. C’est là qu’il puise sa force, et la force de leur indiquer le chemin à suivre en pointant la source de la confiance possible. La confiance n’est pas un savoir, c’est une relation.

Après ce moment, ce n’est plus en leur savoir que les hommes mettent leur confiance, mais en la parole de Paul qui se fonde en Dieu. Le repas qu’ils prennent tous ensemble ensuite (v. 33-38) n’est pas sans rappeler le repas eucharistique, le moment du dernier partage entre Jésus et ses disciples où il leur lègue les gestes et le sens de la confiance qui demeure envers lui, même lorsqu’il n’est plus auprès d’eux. C’est un repas qui dit le salut à venir, malgré les dangers, et la relation qui demeure, malgré l’absence. C’est ce que nous aussi, nous avons encore à partager aujourd’hui, pas comme un acte magique, mais comme le signe de la confiance qui nous relie au Christ et à Dieu.

 

Questions pour nous :

  • Comment parler de la foi sans en faire un discours qui donne des informations ou un mode d’emploi, mais en cherchant plutôt à dire la confiance fondamentale qui nous lie à Dieu ?
  • Comment dire aujourd’hui que le salut n’est pas dans le savoir mais dans la confiance ?
  • Quelles conséquences en tirer pour notre vie d’Église ?

 

Prions :

Seigneur, donne-nous aujourd’hui
d’être présents à ta parole !
Donne-nous d’oser croire aujourd’hui
à la vie et à la résurrection !

Père,
en moi tout est sombre,
mais en toi est la lumière.

Je suis seul,
mais tu ne m’abandonnes pas ;
je suis sans courage, mais le secours est en toi ;
je suis inquiet, mais la paix est en toi ;

En moi habite l’ancienne amertume,
mais en toi est la patience ;
je ne comprends pas tes voies,
mais tu connais mon chemin.

Dietrich Bonhoeffer