Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 28 janvier 2021. Nous prions pour nos envoyés en Guadeloupe.

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Désaccord à propos de la circoncision

Quelques hommes, qui étaient descendus de Judée, enseignaient aux frères : Si vous ne vous faites pas circoncire selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. Paul et Barnabé ayant eu avec eux une violente dispute au cours du débat qui s’ensuivit, on décida que Paul, Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem, devant les apôtres et les anciens, pour parler de cette question. L’Église leur fournit ce dont ils avaient besoin pour le voyage. Comme ils passaient par la Phénicie et la Samarie, ils racontaient en détail la conversion des non-Juifs et causaient une grande joie à tous les frères. Arrivés à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les apôtres et les anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. Alors quelques membres du parti des pharisiens qui étaient devenus croyants se levèrent pour dire qu’il fallait circoncire les non-Juifs et leur enjoindre d’observer la loi de Moïse.

Le débat à Jérusalem

Les apôtres et les anciens se rassemblèrent pour examiner cette affaire. Après un vif débat, Pierre se leva et leur dit : Mes frères, vous le savez : dès les tout premiers jours, Dieu a fait un choix parmi vous pour que, par ma bouche, les non-Juifs entendent la parole de la bonne nouvelle et deviennent croyants. Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit saint tout comme à nous ; il n’a fait aucune différence entre nous et eux, puisqu’il a purifié leur cœur par la foi. Maintenant donc, pourquoi provoquez-vous Dieu en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? En fait, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux.

Toute la multitude fit silence, et l’on écouta Barnabé et Paul raconter tous les signes et les prodiges que Dieu avait produits, par leur entremise, parmi les non-Juifs. Lorsqu’ils se turent, Jacques dit : Mes frères, écoutez-moi ! Syméon a raconté comment, pour la première fois, Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple à son nom. Les paroles des prophètes s’accordent avec cela, comme il est écrit :

Après cela, je reviendrai
et je relèverai la tente de David qui était tombée,
j’en relèverai les ruines
et je la redresserai,
afin que le reste des humains recherchent le Seigneur,
oui, toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué,
dit le Seigneur, qui fait ces choses connues depuis toujours.

C’est pourquoi, moi, je suis d’avis de ne pas créer de difficultés aux non-Juifs qui se tournent vers Dieu, mais de leur écrire qu’ils s’abstiennent des souillures des idoles, de l’inconduite sexuelle, des animaux étouffés et du sang. Depuis les générations anciennes, en effet, Moïse a dans chaque ville des gens qui le proclament, puisqu’on le lit chaque sabbat dans les synagogues.

Une décision et une lettre communes

Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, ainsi qu’à toute l’Église, de choisir parmi eux des hommes et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabé : Judas, appelé Barsabbas, et Silas, des dirigeants parmi les frères. Ils les chargèrent de cette lettre :

Vos frères, les apôtres et les anciens, aux frères non juifs qui sont à Antioche, en Syrie et en Cilicie, bonjour ! Nous avons appris que quelques individus sortis de chez nous, auxquels nous n’avions donné aucun ordre, vous ont troublés et inquiétés par leurs discours. Après nous être mis d’accord, il nous a paru bon de choisir des hommes et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont livré leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons donc envoyé Judas et Silas, qui vous apporteront de vive voix le même message. En effet, il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-mêmes de ne pas vous imposer d’autre fardeau que ce qui est indispensable : que vous vous absteniez des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de l’inconduite sexuelle ; vous ferez bien de vous garder de tout cela. Adieu. Actes 15,1-29

 

 

L’Église première : une Église disruptive ?

Quel extraordinaire dynamisme missionnaire chez ces premiers croyants habités par le souffle de l’Esprit ! Leur motivation première ? Non pas la recherche d’une puissance financière ou d’une forte notoriété. Mais le souci irrépressible d’aller à la rencontre de tous, ici et là-bas, pour annoncer en paroles et en actes la bonne nouvelle du salut en Jésus, le Christ. Ces envoyés ont beaucoup de joie à prêcher. Cependant les difficultés ne leur ont pas été épargnées : persécutions diverses, emprisonnements de Pierre, de Paul, exécution de Jacques frère de Jean, etc. Les premières communautés ont été également traversées par des conflits théologiques comme celui que rapporte ce chapitre 15 des Actes né de la rencontre entre des croyants juifs et non-juifs. Pour résumer : un non-juif, devenu disciple de Jésus, doit-il devenir juif et être circoncis pour être sauvé par Jésus ? Question importante car elle met en jeu la place de la loi de Moïse dans cette communauté chrétienne naissante diversifiée. La communauté décide de se rassembler pour parler de cette question. Pierre prend la parole et constate que les non-juifs reçoivent l’Esprit-Saint comme les juifs. Il formule un élément de réponse théologique en forme de question : «Pourquoi provoquez-vous Dieu en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? En fait, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux.» Et Jacques de conclure en invitant les non-juifs chrétiens à ne pas commettre d’actions particulièrement scandaleuses pour les juifs. Ce conflit est réglé.

Cette dynamique missionnaire a-t-elle contraint les apôtres à être disruptifs par rapport à la loi de Moïse en les coupant de leur tradition juive ? À leurs yeux, certainement pas à lire leurs prédications ! Ils ont réinterprété la Bible à la lumière du salut offert par le Christ. Leur foi en Christ est une manière nouvelle de vivre le judaïsme.

Des tensions surviennent néanmoins relativement tôt dans l’histoire entre le judaïsme rabbinique et le judaïsme chrétien. Après la chute du Temple en 70 de notre ère, s’est constituée peu à peu une orthodoxie juive rabbinique qui a éloigné des juifs considérés alors comme membres de différentes sectes, dont les juifs chrétiens.

Puis de façon récurrente, les juifs ont été l’objet d’un antijudaïsme chrétien avec des persécutions. Par la suite, l’antijudaïsme s’est transformé en antisémitisme : pogroms, shoah. L’AG de la Communion des Églises protestantes d’Europe (CEPE) a adopté en 2001 le texte Église et Israël. L’un des points importants parmi d’autres de ce texte évoque le titre de «Peuple de Dieu». Comme l’écrit à ce sujet la professeure Élisabeth Parmentier, présidente de la CEPE à cette époque, «le document tente à la fois de reconnaître pleinement ce titre aux juifs tout en montrant que les chrétiens le comprennent dans un autre sens, qui n’enlève rien à la primauté des juifs dans l’œuvre du salut». Un peu plus loin elle évoque un autre point important de ce texte : «Ce document reconnaît le judaïsme comme une voie de salut et remet en cause l’affirmation classique de la théologie réformatrice que le christianisme aurait relayé le judaïsme.»

Questions pour nous tous :

  • Notre Église ressent-elle ce besoin irrépressible d’annoncer la bonne nouvelle ici et là-bas sans craindre d’aller hors de ses murs ?
  • En quoi la mission de l’Église a-t-elle renouvelé notre compréhension des Écritures, revitalisé notre vie ecclésiale, permis d’accueillir celles et ceux qui ne sont pas du sérail ?
  • Quel est aujourd’hui le type de relations que nous entretenons avec le judaïsme ?

 

 

Prions avec le patriarche Athenagoras :

Sans l’Esprit Saint Dieu est lointain, Jésus est dans le passé et l’Évangile reste lettre morte.
Sans l’Esprit Saint l’Église n’est plus qu’une simple association,
l’autorité, une forme de domination,
la mission, une vulgaire propagande,
la liturgie, une conjuration des esprits et la vie chrétienne, une morale esclavagiste.
Viens Seigneur au milieu de nous.

Athenagoras
Texte du Défap 1997