Méditation du jeudi 18 juin. Nous prions pour nos envoyés au Cameroun et nos Églises partenaires. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Oui, j’ai appliqué mon cœur à tout cela, j’ai fait de tout cela l’objet de mon examen, et j’ai vu que les justes et les sages, et leurs travaux, sont dans la main de Dieu, et l’amour aussi bien que la haine ; les hommes ne savent rien: tout est devant eux.

Tout arrive également à tous ; même sort pour le juste et pour le méchant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est impur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer. Ceci est un mal parmi tout ce qui se fait sous le soleil, c’est qu’il y a pour tous un même sort ; aussi le cœur des fils de l’homme est-il plein de méchanceté, et la folie est dans leur cœur pendant leur vie ; après quoi, ils vont chez les morts. Car, qui est excepté ?  Pour tous ceux qui vivent il y a de l’espérance ; et même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. Les vivants, en effet, savent qu’ils mourront ; mais les morts ne savent rien, et il n’y a pour eux plus de salaire, puisque leur mémoire est oubliée. Et leur amour, et leur haine, et leur envie, ont déjà péri ; et ils n’auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil.

Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne manque point sur ta tête.  Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil.

Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ; car il n’y a ni oeuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas.

J’ai encore vu sous le soleil que la course n’est point aux agiles ni la guerre aux vaillants, ni le pain aux sages, ni la richesse aux intelligents, ni la faveur aux savants ; car tout dépend pour eux du temps et des circonstances. L’homme ne connaît pas non plus son heure, pareil aux poissons qui sont pris au filet fatal, et aux oiseaux qui sont pris au piège ; comme eux, les fils de l’homme sont enlacés au temps du malheur, lorsqu’il tombe sur eux tout à coup.

J’ai aussi vu sous le soleil ce trait d’une sagesse qui m’a paru grande. Il y avait une petite ville, avec peu d’hommes dans son sein ; un roi puissant marcha sur elle, l’investit, et éleva contre elle de grands forts. Il s’y trouvait un homme pauvre et sage, qui sauva la ville par sa sagesse. Et personne ne s’est souvenu de cet homme pauvre. Et j’ai dit : La sagesse vaut mieux que la force. Cependant la sagesse du pauvre est méprisée, et ses paroles ne sont pas écoutées. Les paroles des sages tranquillement écoutées valent mieux que les cris de celui qui domine parmi les insensés. La sagesse vaut mieux que les instruments de guerre ; mais un seul pécheur détruit beaucoup de bien.. »

Ecclesiaste 9

 

« La pire victime ne peut faire autrement que de constater que, dans son pire exercice, la puissance du bourreau ne peut être autre qu’une de celles de l’homme : la puissance de meurtre. Il peut tuer un homme, mais il ne peut pas le changer en autre chose. » Cette citation de Robert Antelme, poète déporté en camp de concentration en 1944 pour fait de résistance pendant la seconde guerre mondiale, est extraite de son livre L’espèce humaine. Il y affirme avec force l’irréductible unité de cette dernière, décrivant comment les bourreaux ne parviennent pas à réaliser jusqu’au bout leur horrible entreprise de déshumanisation des prisonniers, mais également comment les victimes ne peuvent jamais se consoler en niant l’humanité de leurs bourreaux. Le bien, le mal, la souffrance sont des affaires qui relèvent pleinement de la responsabilité de l’espèce humaine, et c’est comme si Dieu lui-même ne pouvait trancher dans l’immédiat des tragédies, sans risquer de défaire ce qu’il a créé : une humanité une.

Et malheureusement l’Ecclésiaste, sans aucune ambiguïté, ferme la porte d’un au-delà que nous aimons imaginer comme réparant les injustices de ce monde. C’est notre seule vie que nous pouvons et devons vivre, dans la joie de tout ce que Dieu nous donne. Cela ne signifie nullement que Dieu nous abandonne dans la souffrance ni aux portes du tombeau, mais si nous n’avons pas reçu ici et maintenant les signes et manifestations de son amour, comment celui-ci pourrait-il se montrer plus fort que la mort ? « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi ; c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. » Michée 6,8.

Le fils de David, roi de Jérusalem, nous invite à cette humilité à travers une petite parabole. Ce n’est pas un héros, mais un homme sage et anonyme, dont personne ne se souviendra, qui sauve la ville contre les assauts d’un roi puissant et fameux.

Loué sois-tu mon Dieu, pour tous ces autres
Qui peuplent la terre avec moi.
Pour ces prochains et ces lointains
Sans qui je ne serais qu’un Robinson
Prisonnier de son orgueil solitaire.
Loué sois-tu pour tout ce qui nous est commun,
Au long des siècles et des continents,
Tissant la longue tapisserie de l’humanité.

Loué sois-tu aussi pour tout ce qui nous fait différents
Et dont les couleurs font chanter le tissu de la vie.
Donne-moi d’accueillir la richesse de ces diversités
Et d’y saisir la dimension de ton amour.
Pour ceux qui me sont les plus proches,
Famille, amis, voisins, camarades, collègues,
Qui cheminent à mes côtés au long des jours,
M’apportant chaleur, réconfort, ou souci,
Pour eux tous, je veux te louer.
Te louer aussi  simplement
Pour la vie qui continue,
Parce que le monde n’a pas commencé
Ni se terminera avec moi.

Loué sois-tu, quand tu ouvres mes yeux
Quand je m’enferme ou m’isole,
Loué sois-tu quand tu m’envoies des compagnons fraternels
Quand je déprime ou désespère.
Loué sois-tu, ô mon Dieu,
Quand tu me donnes d’être ce petit chaînon joyeux
De la grande caravane humaine
En marche vers cet avenir que ton Fils nous a dépeint
Aux couleurs de l’espérance.  
Amen, alléluia !

(d’après un texte de Michel Wagner)