Par leurs lettres de nouvelles, les pasteurs, en mission hors de France, partagent leur vécu et leurs questionnements, dans le contexte de la pandémie de Covid19. Comment faire Église ensemble tout en restant confiné ? Comment vivre et partager l’Évangile ?

 

Yves Chambaud est en mission pastorale courte à Cayenne auprès de l’Église protestante en Guyane.

La Guyane n’a pas été autant touchée par le virus que l’Hexagone. Mi mars, des mesures drastiques ont été prises, jusqu’à fermer les frontières avec le Brésil et le Surinam. A ce jour nous n’avons à déplorer qu’un seul décès. Le risque et le danger peuvent venir de l’extérieur, d’où une grande vigilance et un grand respect des consignes préfectorales.

L’Église protestante de Guyane a pris l’habitude de vivre le « désert », la solitude, l’isolement. Cette Église sans domicile fixe, sans lieu de vie attitré, sans pasteur permanent depuis de nombreuses années, avec beaucoup de mouvements de personnel, s’est accoutumée de ce provisoire qui dure.

Mais le confinement n’est pas le vide. Une nouvelle façon de vivre l’Église a émergé. Les réseaux se sont réactivés. Les solidarités et le soutien fraternel sont devenus une réalité, avec une parole pastorale et un mot d’ordre  » prendre soin et avoir le souci des autres ».

Chaque groupe communique avec autonomie et bienveillance par les réseaux sociaux. La vie spirituelle change de style et de modalité.

Et le pasteur dans tout cela ? Il fait le lien. Il accompagne par des appels systématiques et de fréquents courriels à l’ensemble des paroissiens et amis. Le moindre événement est vécu avec intensité, d’autant plus que l’ensemble de la communauté est en diaspora. Chacun porte aussi dans sa prière et dans son cœur son pays, sa famille.

L’activité pastorale se déploie en premier lieu par une écoute et un accueil des questionnements. La rencontre n’est pas physique, mais elle n’en est pas moins intense. Une sorte de thérapie de la foi s’instaure. Des interrogations, des craintes nouvelles apparaissent. On cherche un coupable et un responsable, ou à comprendre ce qui arrive. Il me semble que l’expression de la foi se déplace aussi sur des problématiques plus existentielles et plus solidaires. Une prise de conscience sur notre façon de vivre fait jour. Les « pourquoi » s’estompent, faisant place au « comment » et à l’« après ».

Le moindre geste et tous les mots prennent davantage de valeur. Les signes de reconnaissances sont vécus comme des bénédictions. Confiné certes, éprouvant assurément, mais pas destructeur.

En espérant et en attendant des jours meilleurs. L’« après » sera certainement différent de l’aujourd’hui.