Méditation du jeudi 27 février 2020. En ce début de Carême, nous prions pour nos envoyés en Égypte.

« Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain. Il fut conduit par l’Esprit dans le désert où il fut tenté par le diable pendant 40 jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand cette période fut passée, il eut faim. Le diable lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »                   

Jésus lui répondit : « Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole de Dieu. »
Le diable l’emmena plus haut, sur une haute montagne, et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Puis il lui dit : « Je te donnerai toute cette puissance et la gloire de ces royaumes, car elle m’a été donnée et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. »

Jésus lui répondit : « Retire-toi, Satan! En effet, il est écrit : C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras et c’est lui seul que tu serviras. »

Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça au sommet du temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas, car il est écrit: Il donnera, à ton sujet, ordre à ses anges de te garder et: Ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

Jésus lui répondit : « Il est dit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu. »

Après l’avoir tenté de toutes ces manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’à un moment favorable. » 

Luc 4, 1-13

Désert de sable© Pixabay

Que nous soyons d’Orient ou d’Occident, du Nord ou du Sud, le désir de pouvoir sur la matière  – pouvoir magique, technique, scientifique, informatique – quand il s’empare totalement de nous, peut nous conduire à la défiguration de la vie et du monde.

A la tentation de changer les pierres en pains, Jésus oppose la nourriture du cœur par la Parole de Dieu.

Que nous soyons d’Orient ou d’Occident, du Nord ou du Sud,  la soif incontrôlée de dominer les autres – y compris pour leur soit-disant bien –  peut générer de terribles tyrannies familiales ou sociales, et les dictatures les plus sanglantes, les totalitarismes les plus déshumanisants.

A la tentation d’exercer la toute-puissance sur les hommes, Jésus oppose la sagesse et la joie de n’adorer que Dieu seul.

Que nous soyons d’Orient ou d’Occident, du Nord ou du Sud, le désir de posséder Dieu est la tentation des tentations. Cela commence par la confusion des affaires du ciel et de la terre pour sa propre gloire, cela continue par la manipulation des esprits et des cœurs, la diffusion du fanatisme comme seule vérité, la calomnie du monde et de la civilisation, pour enfin justifier ou commanditer le meurtre au nom de Dieu.

La réponse de Jésus à cette tentation diabolique est de la nommer pour ce qu’elle est, en l’interdisant : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. »

Mais ces tentations, que Jésus a vaincues, sont récurrentes dans l’histoire humaine ; elles naissent et grandissent au cœur de nos manques, de nos blessures, et de l’illusion que nous pouvons échapper à notre condition humaine. A chacun de nous d’identifier ses tentations, et de « les fracasser contre le Christ » comme y invite la règle de St Benoît de Nursie, le fondateur du monachisme occidental.

Vois, Jésus, les peuples des vertes forêts,
Peuples aux mains d’ébène.
Dans tes mains le manioc et le mil leur donneront faim d’être peuples de frères.
Vois, Jésus, les peuples de l’océan bleu, peuples parsemés.
Dans tes mains, le poisson partagé sera communion pour les îles dispersées.

Vois, Jésus, les peuples de la couleur de leurs temples d’or.
Dans tes mains le riz deviendra nourriture de vie pour les multitudes

Vois, Jésus, les peuples aux mains brunes et ces épis de maïs.
Dans tes mains ils deviendront aliment du grand respect du pauvre.

Vois, Jésus, les peuples des grandes plaines de blé et leurs richesses engrangées.
Dans tes mains le pain consacré se transformera en un pain partagé avec l’étranger.

Alors peuples d’Afrique et d’Océanie, d’Afrique, d’Europe et des Amériques,
Nous serons en tes mains.

Jacques Lancelot