Méditation du jeudi 11 juillet 2019. Nous prions pour tous nos envoyés qui achèvent au Défap leur formation au départ. Et nous poursuivons nos rencontres de diverses femmes de la Bible…

Où est Madame Noé ?

 

Noé avait 600 ans, lorsque le déluge des eaux fut sur la terre. Et Noé entra dans l’arche avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, pour échapper aux eaux du déluge. D’entre les animaux purs et les animaux impurs, les oiseaux et tout ce qui se meut sur la terre, il entra dans l’arche auprès de Noé, deux à deux, un mâle et une femelle, comme Dieu l’avait ordonné à Noé.
Gen 7, 6-9

Alors Dieu parla à Noé, en disant : Sors de l’arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi. Fais sortir avec toi tous les animaux de toute chair qui sont avec toi, tant les oiseaux que le bétail et tous les reptiles qui rampent sur la terre : qu’ils se répandent sur la terre, qu’ils soient féconds et se multiplient sur la terre. Et Noé sortit, avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils. Tous les animaux, tous les reptiles, tous les oiseaux, tout ce qui se meut sur la terre, selon leurs espèces, sortirent de l’arche.
Gen 8,15-19

Pourquoi certaines femmes de la Bible ont-elles un nom, et pourquoi d’autres pas, même quand on peut supposer qu’elles ont joué un rôle important ? En ce début de la Genèse ont été nommées Eve, puis Ada et Tsilla femmes de Lamec, descendant de Caïn. L’une enfanta deux fils Jabal et Jubal, et l’autre un fils Tubal-Caïn et une fille Naama. Elles ont toutes deux été témoins de la violence de leur mari, poursuivi par la malédiction de Caïn le meurtrier. Des autres on ne connaît pas le nom, elles ont cependant donner vie aux générations, et on apprend en Genèse 6 que les filles des hommes étaient si belles que les fils de Dieu se les approprièrent, d’où résulta une sorte de génération hybride. Puis Dieu se mit en colère.

La femme de Noé était-elle juste aux yeux du Créateur, comme son époux ? La tradition juive témoigne de désaccords sur cette question. Ne craignant pas l’anachronie, Rabbi Abba bar Kahana voit en elle Naama, fille de Lémec, dont le nom signifie la gracieuse. Mais d’autres rabbins la présentent comme une impie, qui chante avec les impies.

Qu’a-t-elle ressenti en ces temps de tempête ? Comment a-t-elle pu réagir aux terribles menaces du Juge souverain ? A-t-elle échangé avec Noé ? S’est-elle révoltée contre l’engloutissement de toutes les créatures, ou bien consolée que sa famille soit épargnée et sauvée ? Plus tard la femme de Job invitera son mari dans l’épreuve à maudire Dieu et à mourir. La femme de Noé n’aurait-elle pas, au contraire, encouragé le sien à construire l’arche, à rassembler les animaux et à organiser leur sauvetage ? Ne lui a-t-elle pas tendu le marteau et les clous, mais plus encore ne l’a-t-elle pas soutenu spirituellement, alors qu’il devait face à une responsabilité surhumaine ?

Souvent les femmes trouvent en elles-mêmes, dans les temps de détresse, une sorte de solidité intérieure, profonde, comme si le Dieu « rocher » venait habiter en ce lieu secret où jaillit la source de la vie et de l’amour.

 

 

Nous partageons la prière écrite par une femme pour les autres femmes :

Partout où les femmes annoncent ta Bonne Nouvelle, que je facilite leur prise de parole.
Partout où subsiste leur absence, que je leur donne la meilleure place, comme Jésus dans l’Évangile.
Partout où règne le déni sur leur rôle, que j’ouvre mes oreilles, mes yeux et mon cœur.
Partout où les femmes sont au service, que je fasse en sorte qu’elles soient aussi décisionnaires.

Partout où subsiste une mise à distance par oubli ou par omission, que j’élargisse l’espace de la tente.
Partout où les femmes sont exclues des instances d’autorité, que je m’équipe en sièges.
Partout où règne le pouvoir, que j’instaure l’esprit de service et de coopération.
Partout où les femmes sont subordonnées à un membre masculin du clergé, que je leur donne ma voix.
Partout où subsiste la tentation de leur confier cuisine et catéchèse, que je prie pour les théologiennes.
Partout où règne le retard de l’institution sur la société, que je veille à ne pas nous marginaliser davantage.
Partout où le travail des femmes est exploité, que je proclame le psaume : « Justice et paix s’embrassent ».
Partout où subsiste un abus, que j’aide la femme à concilier maternité et responsabilités.
Partout où la liberté d’expression des femmes est confisquée, que je dénonce délicatement cette iniquité.
Partout où subsiste une once de sexisme, que je rende grâce pour le travail des femmes dans l’Église.
Partout où règne un frère en seigneur, que je lui fasse découvrir que notre « comme-union » est catéchèse.
Partout où il est oublié que la femme fait grandir l’Église, que j’enseigne la théologie féminine.
Partout où subsiste l’ignorance de la sacralité du lien homme-femme, que j’allume la lumière de la Création.
Partout où règne la non-mixité, la non-fécondité, que je vive et fasse vivre la communion homme-femme.
Partout où subsiste la colère légitime, la sainte colère, que j’apaise la situation par ma voix et mes actes.
Partout où règne la tristesse due au départ des forces vives, que je me hâte de donner des raisons d’espérer.
Partout où les femmes attendent plus de reconnaissance, que je les conforte dans leur unicité.
Partout où règne la peur de changer, que je sème l’espérance d’un avenir béni ou nous serons vraiment unis.
Partout où les femmes subissent un abaissement ordinaire, que je rappelle l’attitude rebelle de Jésus.
Partout où subsiste la mauvaise foi, l’immobilisme, le pouvoir et l’exclusion, que je mette mon grain de sel.
Partout où règne l’absence de nomination, que je leur rappelle que j’ai un nom, celui de mon baptême. Amen