Permettre à des jeunes venus de toutes les paroisses de toucher du doigt l’histoire des missions protestantes, et leur montrer comment les échanges et les partenariats avec les Églises sœurs se vivent aujourd’hui au Défap : c’était l’objectif du programme «Voir et revoir Paris». Un an et demi après son lancement, ces visites de groupes au sein de la «Maison des Missions» sont entrées dans le quotidien du 102 boulevard Arago. Avec leurs étapes incontournables, comme la bibliothèque ou la chapelle ; et leur lot de rencontres avec des visiteurs du monde entier qui se croisent au Défap. Quel autre lieu du protestantisme français permet ainsi, le même jour, de petit-déjeuner avec un professeur de théologie du Congo-Brazzaville, de croiser dans un couloir un envoyé de retour de Madagascar, ou de discuter dans le jardin avec un responsable d’une Église camerounaise ?
Visite de groupe au Défap en avril 2019 : découverte de la bibliothèque © Défap

 

L’initiative avait été lancée en septembre 2017, avec le programme «Voir et revoir Paris». Il s’agissait alors d’ouvrir la «Maison des Missions» du 102 boulevard Arago à des visiteurs venus de toutes les paroisses de France : jeunes avec leurs pasteurs, animateurs, catéchumènes, paroissiens, à travers des week-ends et mini-séjours «découverte». L’objectif étant de faire de cette visite d’un lieu une véritable initiation à l’histoire de la mission, et de montrer en même temps comment fonctionne le Défap aujourd’hui. Un an et demi plus tard, ces mini-séjours de groupes de visiteurs sont entrés dans le quotidien du 102 boulevard Arago, et le calendrier est bien rempli. En ce 16 avril, un groupe de jeunes accompagnés par le pasteur Pascal Hickel est en pleine découverte de la maison ; ils viennent d’Alsace, plus précisément de la paroisse de Furdenheim (Handschuheim). Ils ont été précédés quelques jours plus tôt par un groupe constitué des jeunes des paroisses d’Orange-Carpentras et d’Avignon, accompagnés par les pasteures Sophie Zentz-Amedro et Corinne Danielian ; ainsi que par des visiteurs venus de Metz. Et au cours du week-end précédent, ce sont 25 catéchumènes d’une paroisse parisienne, celle de Pentemont-Luxembourg, qui ont été accueillis. Au cours des prochaines semaines, d’autres viendront de Chartres, ou encore du Mazet Saint-Voy, en Centre-Alpes-Rhône.

Des incursions dans le passé… et des échos bien actuels

«Ce sont des groupes qui viennent des quatre coins de France, décrit la pasteure Tünde Lamboley, chargée à la fois des questions de formation théologique et de la Jeunesse. Avec des attentes qui peuvent varier. Alors, on adapte souvent notre programme. Au cœur de chaque visite, il y a bien sûr toujours la découverte de la Maison des Missions – ce qu’elle a pu représenter par le passé, et ce qui se vit aujourd’hui à travers elle : la façon dont sont entretenues les relations nouées avec les Églises sœurs, les échanges… On évoque notamment les cadres qui permettent actuellement à des jeunes de partir avec le Défap, par exemple celui du service civique… Et au-delà du 102 boulevard Arago, la visite se prolonge souvent en une découverte du Paris protestant, avec ses lieux historiques comme la tour de Calvin, et certains de ses lieux actuels emblématiques comme le temple de l’Oratoire…»

Au cœur du parcours de découverte dessiné pour chacun des groupes à travers la «Maison Défap», il y a bien sûr la rencontre avec l’équipe des permanents ; ainsi qu’un passage au «salon rouge« avec sa galerie de portraits d’anciens responsables de la Société des Missions Évangéliques de Paris, une halte dans la «salle de cours», où étaient formés les futurs missionnaires de la SMEP, une visite du «musée», où sont exposés divers objets rapportés au gré de leurs missions… La bibliothèque, riche de documents historiques uniques sur les missions protestantes, est une étape incontournable. «C’est un lieu où l’on peut vraiment toucher du doigt l’histoire de la mission, souligne Tünde Lamboley, et nos visiteurs le perçoivent parfaitement. On peut y voir les premières photos, prises au XIXème siècle, de pays alors inconnus pour les Européens, des cartes dessinées à la main par les missionnaires qui cartographiaient les territoires qu’ils découvraient… On peut reconstituer les parcours des hommes et des femmes qui ont fait la mission, voir de quelle manière l’Évangile a été transmis et reçu, de quelle manière ces missionnaires ont été eux-mêmes transformés par ces rencontres faites au cours de leur aventure, par tous ces échanges culturels et humains…»

Le 102 boulevard Arago, c’est une maison qui vit

Des incursions dans le passé qui trouvent des échos bien actuels lorsque les visiteurs croisent dans la maison, comme le souligne Tünde Lamboley, «un professeur de théologie venu du Congo-Brazzaville, un président d’Église malgache… Ou lorsqu’ils prennent leur petit-déjeuner avec le responsable d’une Église camerounaise. Le 102 boulevard Arago, c’est une maison qui vit, c’est la maison des Églises protestantes de France et d’ailleurs… La vocation de ce lieu, c’est de créer des liens, et il y a des rencontres uniques qui se font entre ces murs. Nos groupes de visiteurs ont l’occasion de le vivre de l’intérieur, lorsqu’ils croisent un envoyé du Défap de passage au 102 boulevard Arago, ou qu’ils assistent dans le salon d’accueil à une danse improvisée par une délégation de femmes tahitienne de l’Église protestante Māòhi.»

Un aperçu des danses Māòhi dans le salon d’accueil du Défap, 31 octobre 2018…

La chapelle est pour sa part un lieu privilégié pour des temps de réflexion autour des questions liées à la vocation : qu’est-ce que la Mission, quelle peut être Ma mission ? «À travers la présentation des envoyés d’aujourd’hui, on peut voir l’évolution des parcours et des profils des missionnaires, note Tünde Lamboley. On voit ce qui animait les missionnaires du XIXème siècle, et dans quel état d’esprit sont les envoyés qui partent aujourd’hui, alors que les relations se conçoivent désormais comme des partenariats avec des Églises sœurs.» C’est aussi dans la chapelle qu’ont lieu en grande partie les sessions de formation des futurs envoyés du Défap, ce qui donne l’occasion d’insister auprès des visiteurs sur l’importance de ce temps de préparation. «Même dans les cas de séjours courts de groupes de jeunes, souligne Tünde Lamboley, il est nécessaire de les sensibiliser aux différences culturelles et cultuelles qu’ils vont rencontrer. Qu’ils aient conscience de ce qui pourrait les heurter une fois sur place, ou des attitudes qu’ils pourraient eux-mêmes avoir et qui seraient sources de tensions possibles.» En insistant sur la nécessité d’un véritable échange autour d’un projet solidaire, et en mettant en garde contre les projets qui relèveraient plutôt du «volontourisme»…

«Ce que l’on veut promouvoir ici, conclut Tünde Lamboley, c’est la relation, l’enrichissement par la découverte de l’autre. Si on arrive, à travers ces week-ends et ces visites de groupes, à sensibiliser les jeunes à une ouverture, un changement de regard, un accueil de l’autre dans sa différence, c’est déjà beaucoup.»

Retour sur une des premières visites de groupes au Défap dans le cadre du programme «Voir et revoir Paris»…