Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Illustration avec Sarah Zelmati, partie en service civique au Sénégal. Passionnée de chant et de musique, cherchant à suivre une formation musicale avant de s’y engager professionnellement, elle a été, au cours de l’année 2017-2018, animatrice d’un atelier musical et artistique au sein du projet Beer Shéba à Fatick.

Sarah Zelmati, dans le jardin du Défap après son retour de mission © Défap

 

Comment avez-vous décidé de partir en service civique avec le Défap au Sénégal ?

Sarah Zelmati : J’envisageais depuis longtemps d’aller à l’étranger. J’avais déjà vécu au Sénégal avec ma famille, pendant trois ans, à partir de l’âge de un an et demi. Mais je ne savais pas dans quel cadre repartir.

Je voulais poursuivre des études dans la musique : je visais d’abord un CAP-BEP lutherie, spécialité guitare. Un cursus de deux ans, au bout duquel j’envisageais de partir à Londres, pour rejoindre une école spécialisée renommée : l’institut de musique contemporaine Performance (ICMP). Mais les inscriptions pour le CAP-BEP ne se font que tous les deux ans, et j’avais toute une année à attendre. C’est alors qu’est revenue cette idée de voyager, faire des rencontres, m’enrichir sur le plan culturel, et je me suis dit que c’était une bonne opportunité. J’ai découvert la possibilité de partir via un service civique. J’ai eu la chance de tomber sur un poste d’animation musicale au Sénégal, proposé par le Défap. Combiner la musique, et le Sénégal qui représentait pour moi une sorte de retour aux sources, ça me paraissait idéal.

Et qu’avez-vous découvert une fois sur place ?

Pour aller plus loin :

Sarah Zelmati : Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais. Quand on part comme ça, on ne se figure pas à quoi on s’engage, on s’attend à tellement de choses ; mais ce qu’on s’imagine, ce n’est pas ce qu’on vivra vraiment une fois sur place. Il n’y a rien de préparé, on découvre jour après jour ; on se découvre. Je suis partie enthousiaste ; j’ai découvert au Sénégal la différence entre ce pays que j’avais idéalisé, et le pays réel. Ce genre d’expérience, ça change notre perception du monde, de nous-mêmes. Il y a des choses qu’il est difficile de vivre à l’étranger ; j’étais toujours très entourée, et pourtant je me suis souvent sentie seule. À 19 ans, je n’étais pas vraiment une adulte… Ça m’a fait franchir un cap, de me sentir ainsi toute seule, comme si je m’étais retrouvée sur une île déserte. Ça m’a fait grandir d’un coup.

Que vous a apporté cette mission de service civique ?

Sarah Zelmati : Quand je suis arrivée au Sénégal et que la réalité m’a frappée, j’ai commencé par me renfermer. L’image de carte postale que j’avais de ce pays est soudain devenue très négative. Puis, au fil du temps, elle a de nouveau évolué vers le positif. C’est comme si j’avais débarqué sous un orage de grêle, et que j’avais fini ma mission sous un bel arc-en-ciel. J’ai quand même réussi à me battre contre pas mal de choses qui auraient pu m’abattre, et j’en suis ressortie avec un sentiment de victoire sur la vie. On doit se confronter à d’autres manières de penser, de vivre ; se redécouvrir soi-même à travers une autre culture… et avec les autres. On se découvre plus, humainement, avec les autres. Rétrospectivement, je me dis que j’ai vécu une très belle mission. Du coup, maintenant, j’ai envie d’y retourner. J’ai appris à ne pas rester sur un idéal ; à prendre l’expérience telle qu’elle vient, pour me rendre compte finalement que c’était fou de vivre ça, de partir à 19 ans aussi loin, aussi longtemps, toute seule, et en tenant jusqu’au bout.

Et pour la suite ?

Sarah Zelmati : Ça a renforcé mes choix pour la suite de mes études. J’ai aussi beaucoup mûri musicalement. J’ai maintenant le sentiment que je dois prendre ma vie en main, que je dois arrêter de me mettre des barrières. Être jeune, aujourd’hui, dans la société française, c’est être exposé à tout un tas de barrières, à des discours du genre : «la fac, c’est une usine à chômeurs ; vous n’y arriverez pas…» Face à ça, je suis vraiment contente d’avoir vécu cette expérience, d’avoir osé. C’était une période vraiment riche, et j’en sors en étant d’autant plus sûre de ce que je veux faire.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez