Les participants au séjour seniors solidaires © Espérance Nord-Sud

Vous êtes rentré il y a quelques jours du Cameroun, où vous avez passé près de trois semaines dans le cadre d’un séjour «seniors solidaires» : quel bilan en tirez-vous ?

Richard Dahan : C’était vraiment un voyage original, en-dehors des normes : il n’est pas courant que des «seniors» (l’âge des participants allait de 65 à 80 ans) vivent un séjour dans un pays aussi lointain de manière aussi sereine. Je dois tout d’abord signaler qu’il n’y a eu aucun problème ni de transport, ni de santé ; et tous ont pu vivre pleinement la réalité de la vie camerounaise, sans aucune barrière et dans la simplicité de la rencontre, dans l’acceptation de la culture de l’autre. Outre le groupe venu de France, nous avions toujours avec nous plusieurs amis camerounais qui ont contribué à nous faire entrer dans l’intimité du pays. Tous les participants étaient très motivés, et nous avons vécu une belle cohérence, une entente dans la diversité.

Ce voyage, soutenu par le Défap, était originellement destiné à des membres de paroisses des Cévennes, de Nice, de Thonon-les-Bains ou d’Aulnay-sous-Bois qui avaient déjà eu l’occasion de s’engager au Cameroun ; mais sont venues s’y ajouter des personnes rencontrées d’une manière tout à fait différente, par le biais d’une association montée dans mon village du Gard, Mandagout, pour accueillir des familles de migrants. Quand ces personnes ont entendu parler de ce voyage, à travers des rencontres faites dans cette association, elles ont manifesté le désir d’y participer. Nous leur avons bien signalé qu’il s’agissait d’un séjour dans un milieu d’Église ; et bien que n’étant elles-mêmes liées à aucune Église, elles nous ont dit que ça ne leur posait aucun problème. Une fois sur place, ces personnes se sont très bien intégrées au groupe et nous ont dit qu’un tel séjour changeait beaucoup le regard qu’elles portaient sur les autres – et qu’il pouvait même les aider à mieux comprendre les migrants rencontrés à Mandagout…

Quels ont été les moments marquants de votre séjour ?

Pour aller plus loin :
Cameroun : un voyage pour renouer trente ans de liens solidaires : présentation du séjour «seniors solidaires»
Cameroun : fiche pays et actualité du Défap

Nous avions trois objectifs pour ce voyage : la solidarité, l’échange, la connaissance du pays. Nous ne voulions pas être seulement dans le «faire», mais aussi dans la rencontre. En ce qui concerne l’aspect solidaire de notre séjour, à Douala, nous avons tout d’abord participé à l’inauguration des nouveaux locaux du centre médical «La Solidarité – SOS-Santé», dont nous avons soutenu financièrement la reconstruction. C’était un moment fort, avec la présence de personnalités locales de diverses communautés, une chorale, un repas, un culte, des témoignages… La reconstruction de ce dispensaire représentait pour nous tous un gros projet. Ensuite, nous avons travaillé sur notre projet de cuiseurs économiseurs de bois, qui permettent de cuisiner en utilisant beaucoup moins de combustible que les méthodes traditionnelles. Quatre ateliers ont été installés : deux à Douala, un à la faculté de théologie de Ndoungué, un à Matomb, en pays bassa… Tous fonctionnaient selon le même modèle, en deux temps : d’abord une partie théorique, puis une partie pratique. Ces ateliers ont attiré beaucoup de monde, nous y avons vu notamment des groupes de femmes très motivées. Certains des participants sont repartis avec leur cuiseur ; d’autres pourraient bien en faire un commerce, et ce serait une réussite que ce projet permette de générer du travail. Il a de nombreux avantages, dont certains nous ont été révélés par nos partenaires camerounais et que nous ne soupçonnions pas : à l’origine, tout part d’une préoccupation environnementale – économiser le bois pour limiter la déforestation. Ce projet est donc tout à fait adapté aux zones rurales. Mais même dans une grande agglomération comme Douala, nous nous sommes rendus compte que le bois coûte très cher, et que des cuiseurs qui permettent d’utiliser moins de combustible y sont aussi très intéressants. En outre, comme ils limitent les rejets de fumée, ils permettent de protéger les yeux des personnes qui cuisinent…

Les cuiseurs fabriqués sur place © Espérance Nord-Sud

Les échanges ont été forts et nombreux. A la faculté de théologie de Ndoungué, par exemple, nous avons pris part à toute une réflexion sur l’écologie et la sauvegarde de la Création, à partir du livre de Genèse. Nous avons visionné les films Demain et Sur le chemin de l’école, qui ont donné lieu à des discussions très intéressantes. C’était extraordinaire de voir nos amis camerounais aussi passionnés ; et frappant, aussi, de voir non seulement des étudiants en théologie, mais aussi des enfants qui participaient… A l’université de Dschang, nous avons été accueillis par un professeur et nous avons pu rencontrer diverses personnalités, et une journée a été consacrée aux questions liées à l’écologie, aux rencontres internationales type COP23, aux problème de déforestation en Afrique. Nous avons aussi rencontré des responsable de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) avec lesquels nous avons échangé sur la situation politique camerounaise.

Sur le chapitre de la connaissance du pays, nous avons eu aussi des rencontres dans une chefferie. Il est très intéressant de voir que dans l’Ouest du pays se met en place une «route des chefferies», qu’il existe un musée dans lequel on peut voir un très bel exposé sur la culture et la tradition camerounaises…

Quelles sont les suites à prévoir après ce séjour au Cameroun ?

Ce séjour était important à nos yeux pour assurer la pérennité de notre association, et comme tremplin pour l’avenir. Un avenir qui tournera autour de deux projets (le soutien au dispensaire de Douala et la poursuite des ateliers de cuiseurs économiseurs de bois), avec deux développements possibles en réflexion : un voyage en France de responsables camerounais, et un soutien à une association de Dschang qui accompagne des aveugles. Il faut savoir que les aveugles sont victimes d’un fort rejet au sein de la société camerounaise ; et nous avons été d’autant plus impressionnés, lors de notre séjour, en découvrant le travail de cette association.

Pour conclure, je voudrais dire que, malgré la pauvreté très présente et malgré une certaine impression de fatalité face à toutes les difficultés que connaît le Cameroun (conflit dans les régions anglophones, inquiétudes liées aux prochaines échéances électorales), nous avons été impressionnés par la personnalité de nombreux Camerounais, notamment des jeunes, qui portent des projets pour leur pays. Ils sont habités par une vision et une espérance, portés par une volonté qui nous montre qu’en dépit des obstacles, rien n’est perdu. Ce sont eux qui nous donnent vraiment le désir de poursuivre notre action.