Guyane : une petite Église qui témoigne à cœur ouvert

Le pasteur Jean Wendling a été envoyé par le Défap en mission pendant cinq semaines auprès de l’Église protestante de Guyane. Une Église membre de la Ceeefe, la Communauté des Églises protestantes francophones, et qui est aussi devenue en 2021 « Église associée » de l’Église protestante unie de France. Sans pasteur attitré, elle bénéficie depuis plusieurs années d’un accompagnement du Défap à travers des envoyés en « mission courte » comme Jean Wendling.

Les enfants de l’Église protestante de Guyane lors du spectacle de Noël © EPG

Qu’avez-vous découvert en Guyane ?

Jean Wendling : C’était mon premier séjour en Guyane – même si j’avais déjà voyagé dans d’autres pays, comme le Tchad par exemple. Ce qui frappe dès la descente d’avion, c’est l’humidité et la chaleur : c’est suffocant – surtout lorsqu’on débarque de l’Alsace plongée en plein hiver. En ce qui concerne la paroisse que j’ai rencontrée, j’ai découvert une Église minoritaire, mais constituée de membres qui lui sont très attachés. Ce sont des familles qui trouvent la spiritualité protestante luthéro-réformée plus équilibrée qu’un engagement dans une Église évangélique ou dans une paroisse catholique. Il faut dire qu’en Guyane, l’Église catholique est omniprésente ; et ceux qui ne sont pas catholiques sont évangéliques. Les Églises évangéliques sont une vraie force, certaines peuvent rassembler des milliers de paroissiens, quand l’EPG (l’Église protestante de Guyane) compte quelques dizaines de familles. Mais les paroissiens y sont actifs et accueillants.

La fraternité est une réalité dans cette communauté. Dès le premier jour, nous étions un bon nombre à partager le repas, après le culte. Repas qui s’est étalé sur l’après-midi entière. Nous avons eu, à cœur ouvert, un partage sur les forces et faiblesses de la petite communauté protestante de Remire-Montjoly. Ils sont authentiques, ils vivent ce qu’ils disent, ils en veulent ; il y a en particulier dans l’Église des jeunes très engagés… Ces sont ces ados qui ont monté eux-mêmes le spectacle de Noël, ils ont enregistré un culte à la radio : ces jeunes ne sont pas seulement l’Église de demain, ils sont déjà l’Église d’aujourd’hui – et elle est belle, cette Église. Mais il y a aussi chez les paroissiens une part de souffrance. Ils se font entendre dans la société, y compris à la radio, ils essaient d’être témoins à leur niveau, ils invitent des collègues, des membres de leur entourage ; mais l’Église a du mal à croître. Ils rêvent d’avoir plus de moyens. Notamment un pasteur attitré, des locaux.

Où en est l’Église protestante de Guyane sur cette question des moyens ?

La présence d’un pasteur est essentielle pour les paroissiens : ils se rendent bien compte que le nombre de membres de leur Église évolue en yoyo. Quand l’Église a un pasteur, le nombre augmente ; entre deux missions d’accompagnement, ils se retrouvent seuls et, tous, portent l’Église à bout de bras – et pourtant le nombre de membres n’augmente plus ou diminue. La faiblesse de l’Église tient au manque de paroissiens « locaux » : une grande partie ne sont en Guyane que pour quelques années. C’est le cas, par exemple, des enseignants. Ils pourront donc s’impliquer très fortement tant qu’ils seront en Guyane, mais ensuite, l’Église aura du mal à les remplacer. Et quand ils invitent des membres de leur entourage, de leur milieu socio-professionnel – des collègues ou des amis – le problème est le même : ce sont des gens qui ne sont pas destinés à rester à long terme. L’Église a besoin de pousser des racines plus profondes en terre guyanaise.

En ce qui concerne les locaux, les paroissiens sont persuadés qu’ils leur permettraient d’afficher plus facilement leur identité : à l’heure actuelle, ils se retrouvent dans un local de l’Église catholique. Ils n’envisagent pas forcément tout le poids qu’implique la gestion d’un bâtiment – j’ai vu des paroisses en métropole pour lesquelles cela représentait une charge très lourde ; mais ils pensent qu’une fois leur propre bâtiment construit, ils pourraient aussi s’impliquer davantage. Que grâce à cette meilleure visibilité, l’Église grandirait, et qu’elle aurait naturellement plus de ressources. Pour eux, il s’agit là d’un besoin pressant. La préfecture y est favorable. L’Église catholique aussi, avec laquelle les relations sont très bonnes, et qui voit ce besoin.

Membres de l’Église protestante de Guyane lors d’un repas paroissial © EPG

Quelles sont les relations avec les autres Églises ?

Les Églises évangéliques sont une multitude, mais très divisées. Il existe aussi un Pôle Protestant de Guyane, qui rassemble les Églises proches de la Fédération protestante de France, mais il était très peu actif dernièrement. L’aumônier militaire s’est donné pour mission de remettre en route cette dynamique FPF, avant son départ dans huit mois. Nous avons évoqué la célébration en commun d’un culte festif rassemblant toutes les Églises affiliés à la FPF. Côté catholique, l’évêque du diocèse de Cayenne, Mgr Alain Ransay, que j’ai rencontré lors de mon séjour en compagnie de paroissiens de l’EPG, nous a dit : « Vous aurez toujours un pied-à-terre dans un bâtiment catholique, car nous croyons que vous pourriez avoir une place centrale entre l’Église catholique et les Églises évangéliques. » Il fait une distinction très importante entre la théologie luthéro-réformée et une tendance très présente dans beaucoup d’Églises évangéliques, et qu’il ne supporte pas : l’influence de l’évangile de la prospérité.

Que garderez-vous comme impression marquante de ce séjour en Guyane au sein de l’EPG ?

Quand je les ai quittés, je leur ai lu un texte d’Apocalypse : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Apocalypse 2:10). L’auteur s’adresse à l’Église de Smyrne, une petite Église ; mais si petite soit-elle, il ne lui en fait pas le reproche. Il l’encourage à être fidèle. J’ai trouvé dans l’EPG une Église petite mais fraternelle, et qui rayonne. Et je voudrais dire merci à ses membres pour leur accueil, et pour la confiance qu’ils ont témoignée à ce pasteur venu les accompagner pendant cinq semaines.




Échange entre protestants français et béninois

Jusqu’au 18 mai, une délégation de l’Église protestante méthodiste du Bénin est de passage en France – à Royan d’abord, puis à Paris. Il s’agit là de la première phase d’un échange entre l’EPMB et la paroisse de Royan, lancé à l’initiative de la pasteure Chantal Gohungo Vianou, elle-même d’origine béninoise. En novembre prochain, ce sont des protestants de Royan qui seront à leur tour reçus au Bénin, où l’EPMB est en pleine festivités des 180 ans de son implantation dans ce pays.

La pasteure Chantal Gohungo Vianou en compagnie des membres du conseil presbytéral de la paroisse EPUdF de Royan © FOMECAF (Forum des Médias Chrétiens d’Afrique Francophone)

Ils sont arrivés au 102 boulevard Arago à un peu plus d’une vingtaine, dans l’après-midi du 16 mai : les membres de la délégation de l’EPMB (Église protestante méthodiste du Bénin), après une dizaine de jours passés à Royan, sont désormais à Paris pour achever leur voyage. Ils doivent encore s’entretenir avec le Secrétaire Général du Défap, Basile Zouma, et rencontrer les membres de l’Église Protestante Méthodiste de France-John Wesley (EPMF-JW), en compagnie de son animateur théologique Simon Évariste Assogba. Après cette visite à Royan et à Paris, ce sont des membres de l’EPUdF de Royan qui seront à leur tour, du 18 au 28 novembre, reçus au Bénin.

Cet échange entre Églises de France et du Bénin est révélateur des mouvements qui travaillent les Églises aujourd’hui, au nord comme au sud. Entre Églises, mais aussi au sein d’une même Église, l’interculturalité est une donnée de plus en plus présente. Le projet a ainsi été lancé à l’initiative de Chantal Gohungo Vianou, elle-même issue de l’EPMB et actuellement pasteure à Royan, où elle a pris la suite du pasteur d’origine américaine Douglas Nelson. L’échange a obtenu un financement de la Cevaa – Communauté d’Églises en mission (dont font partie à la fois l’EPMB et l’EPUdF), et aurait pu se tenir dès 2020-2021 s’il n’avait été retardé par les contraintes sanitaires dues à la pandémie de Covid-19. Il a aussi bénéficié d’un fort soutien à la fois au sein de la paroisse de Royan et de l’EPMB, dont le Secrétaire Général, le révérend Clément Akpaki, est venu en France avec une délégation comprenant six pasteurs – parmi lesquels le directeur du département de l’évangélisation, le directeur du département de la musique, une représentante des pasteurs femmes et un représentant des jeunes. Douze choristes, un journaliste et une représentante de l’union des femmes méthodistes complétaient le groupe. Quant à l’EPMF-JW, que la délégation venue du Bénin doit encore rencontrer avant la fin de cette première partie de l’échange, il s’agit d’une Église présente à Paris et liée à l’Église protestante méthodiste du Bénin. Elle fait partie de ces communautés implantées en France par des Églises autrefois issues des travaux de missionnaires européens, et devenues missionnaires à leur tour.

Comment apporter l’Évangile en dépassant le filtre de notre propre culture ?

La première partie de ce voyage, à Royan, a donné l’occasion de nombreux échanges et notamment de conférences-débats au cours desquelles les membres de la délégation ont pu présenter leur Église et ses stratégies d’évangélisation ; la pasteure Pascale Grosbras, du Défap, a animé une rencontre sur le thème « Penser l’Église universelle pour aujourd’hui et demain », à partir de Matthieu 28, 18-20. Avec, au cœur de son intervention, cette question récurrente, et qui constitue tout l’enjeu de la théologie contextuelle : comment apporter l’Évangile quelque part, en dépassant le filtre de notre propre culture ou de celle des personnes auxquelles on s’adresse ? Y a-t-il un « noyau pur » qu’on puisse transmettre ? Et comment ?

Au cours de la deuxième partie de cet échange, qui verra une délégation de la paroisse de Royan se rendre au Bénin, les membres de l’EPUdF pourront découvrir sur place une Église qui a lancé depuis début 2022 les festivités des 180 ans de son implantation dans ce pays. Le 6 mars 1843 marque en effet l’acte de naissance officiel de l’Église protestante méthodiste du Bénin, fondée au Dahomey (ancien nom du Bénin) par le pasteur Thomas Birch Freeman, dans la lignée de John Wesley, fondateur du méthodisme mondial. Aujourd’hui, l’Église protestante méthodiste du Bénin compte 320 pasteurs, plus de 4000 prédicateurs, 980 temples ainsi que de nombreux centres de santé, écoles et une université. Et elle revendique plus d’un million de fidèles sur les douze millions de personnes que compte la population béninoise.
 

© YouTube / Bénin Eden TV – Synode de l’église protestante méthodiste du Bénin, 2020

Le Bénin est un pays où le Défap a de nombreux projets en lien avec l’EPMB. Il avait ainsi permis la mise en place d’un échange entre pasteurs, mené dans le cadre d’un stage de formation de la CPLR (Commission Permanente Luthéro-Réformée). Les participants de cet échange avaient par la suite témoigné de leur expérience lors d’une table ronde organisée à Strasbourg, à l’occasion de l’édition 2017 de « Protestants en fête », sur la thématique de l’interculturel.




22 avril : une journée pour s’engager pour la création

En ce vendredi 22 avril qui marque le « Jour de la Terre » 2022, il est utile de rappeler l’implication des Églises en matière d’écologie : que ce soit par des réflexions sur la sauvegarde de la création ou la justice climatique, ou par des actions au quotidien ou dans la rue. Au niveau du Défap, outre les préoccupations environnementales inscrites dans son programme de travail, de nouvelles mesures ont été adoptées récemment, avec le lancement d’une démarche de compensation carbone.

Cultiver notre jardin… Une initiative locale présentée sur la page Facebook d’Église Verte © DR

C’est un peu la grande absente de l’actualité ; et pourtant, ce vendredi 22 avril marque la « Journée de la Terre« , un événement célébré dans environ 140 pays, auquel participent dans les 200 millions de personnes et considéré comme l’un des rendez-vous annuels majeurs en matière de mobilisation pour l’environnement. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’une fête récente : elle a été créée il y a plus d’un demi-siècle, plus précisément en 1970. Son fondateur était Gaylord Nelson, sénateur du Wisconsin de l’époque. Ce dernier encouragea les étudiants à mettre en avant des projets de sensibilisation à l’environnement dans leurs communautés. Reprise dès l’année suivante par les Nations unies comme une date forte du calendrier, la Journée de la Terre est devenue un événement à l’échelle mondiale dès 1990. Le Sommet de la Terre, autre événement fondateur organisé à Rio en 1992 et ancêtre des conférences de Kyoto ou de la COP21, devrait beaucoup lui aussi à ce 22 avril. Aujourd’hui, l’ONU souligne que cette édition 2022 de la « Journée internationale de la Terre nourricière » est la première de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes.

Mais il est vrai qu’en France, tous les regards sont plutôt tournés vers le second tour de l’élection présidentielle ; une élection au cours de laquelle les enjeux environnementaux ont été laissés largement au second plan. Tout au plus le candidat Macron s’est-il dit prêt, entre les deux tours et dans l’urgence, à « enrichir » son programme environnemental, en reprenant l’idée de « planification écologique » portée par Jean-Luc Mélenchon, ou les propositions de Yannick Jadot en matière d’économie circulaire. Quant à Marine Le Pen, ses propositions en la matière ont été analysées et largement critiquées par toutes les ONG de défense de l’environnement : « Marine Le Pen ne s’attaque pas aux causes structurelles de la crise écologique et climatique », souligne ainsi Greenpeace, pour qui son programme « ressemble plus à du greenwashing qu’à une véritable conversion à l’écologie ».

Dans trois ans il sera trop tard

Il n’empêche : en dépit du manque d’empressement des politiques et d’une actualité internationale qui tend à oblitérer les préoccupations écologiques, les signaux d’alerte se multiplient. L’année passée a encore subi les effets dévastateurs du changement climatique : des canicules meurtrières en Amérique du Nord, notamment en Colombie britannnique, qui a enregistré un record absolu de chaleur en juin, avec 49,6°C à Lytton, des incendies ravageurs au Canada et en Sibérie, un froid spectaculaire aux États-Unis, des précipitations extrêmes en Chine et en Europe de l’Ouest… Il y a quelques semaines, le sixième rapport du GIEC (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dédié aux solutions que l’humanité doit mettre en place pour contenir le dérèglement climatique, a souligné que sans une action internationale forte et immédiate, le réchauffement de la planète pourrait atteindre le seuil de +1,5 °C autour de 2030, c’est-à-dire demain. Dans trois ans, il pourrait être trop tard pour infléchir la tendance. Ces préoccupations sont largement passées auprès du grand public et de nombreuses entreprises s’y associent : ainsi, Google célèbre le Jour de la Terre 2022 avec un doodle spécial. Le doodle Google de ce vendredi 22 avril remplace ainsi le logo de l’entreprise sur la page d’accueil de la recherche par une animation qui montre comment divers endroits du globe ont changé au fil des ans.

Le doodle Google du 22 avril, montrant quelques effets du changement climatique à partir de photos satellite © Google

Les diverses religions sont largement investies dans la défense de l’environnement, et leurs actions se structurent au fil des années. Ces préoccupations écologiques se combinent à une approche œcuménique, au sein de laquelle un organisme comme le COE (Conseil œcuménique des Églises) joue depuis longtemps un grand rôle. En combinant réflexion et action : aux côtés du développement d’une théologie de la sauvegarde de la création et d’un plaidoyer en faveur de la justice climatique, on assiste aussi au développement de nouvelles formes de militantisme où la foi devient le soubassement des convictions écologiques. Au niveau de la France, le 12 mars 2022 a vu par exemple l’organisation des « cortèges des convictions » au sein des marches pour le climat – une demi-douzaine de cortèges réunis grâce à une véritable coordination interreligieuse et interconvictionnelle mise en place au niveau national.

 

Au-delà de ces mobilisations ponctuelles, de multiples initiatives ont vu le jour, comme le label Église Verte ou la mise en place d’une commission Écologie et justice climatique au sein de la Fédération protestante de France. Dans le cas du Défap, il a contribué à la création du Secaar, réseau de 18 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, lequel s’est fixé comme vocation « de rétablir l’Homme et la Création dans son intégrité » ; il soutient aussi des projets associant sauvegarde de la création et lutte contre l’exclusion et la pauvreté, comme, en Tunisie, l’association Abel Granier, qui a mis au point des techniques de réhabilitation des sols, ou au Maroc, l’ALCESDAM, qui aide à la sauvegarde de palmeraies, luttant contre l’avancée du désert et permettant aux paysans de mieux vivre sur place au lieu de devoir s’expatrier. Et cette thématique de la sauvegarde de la création, déjà présente dans les faits à travers de nombreuses activités du Défap, a trouvé une première formalisation dans son programme de travail pluriannuel à partir de 2015 ; le lien entre justice, respect de la création et dignité humaine a été développé dans son document « Convictions et actions » qui trace les grandes lignes de ses activités jusqu’en 2025.

 

Le Défap a par ailleurs adapté plus récemment de nouvelles mesures en faveur de la sauvegarde de la création, en s’engageant dans une démarche de compensation carbone. Pour cela, il peut s’appuyer sur ses partenaires, comme le Secaar. Un projet de ce type a déjà été mis en place au Togo, au centre Dagbo (partenaire du Secaar), où un peu plus de 2000 acacias ont été plantés suite à un projet de compensation carbone présenté dans le cadre d’une journée missionnaire organisée en 2018 à Aix-en-Provence.

 




Second tour de la présidentielle : les protestants s’engagent

L’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal) souligne que « nous sommes tous concernés et responsables de l’avenir de notre pays : notre devoir est donc d’aller voter ». L’Église protestante unie de France (EPUdF) appelle « à faire barrage aux propositions du Rassemblement national (RN), fondées sur la mise en cause des libertés fondamentales ». La Fédération protestante de France (FPF) dit vouloir « contester tout ce qui mettrait en cause et trahirait le message de l’Évangile » et interpelle « les citoyens concernant les dangers de l’abstention ». Le Conseil national des évangéliques de France appelle les protestants évangéliques à « prendre leur responsabilité de citoyens » et à voter « en âme et conscience devant Dieu ».

Image du débat de l’entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, organisé par TF1 et France 2 – Capture écran

 

Communiqué de l’EPUdF

Dimanche, un choix de société

À la veille du second tour des élections présidentielles, le Conseil national de l’Église protestante unie de France a souhaité partager des éléments de réflexion et quelques convictions.

C’est d’abord un triste constat.

La population française n’a jamais été aussi ouvertement divisée. Entre peur de l’avenir et sentiment d’abandon, une catastrophe est en train de se nouer, comme nous le disions déjà en 2017, autour de la tentation du discours nationaliste et xénophobe de l’extrême-droite. Le désir de sanction contre le gouvernement sortant, et sa traduction par l’abstention, pourrait faire basculer la République dans une aventure néfaste et chaotique.

Devant ce constat, quelles sont nos convictions ?

Nous croyons que le Christ nous invite à construire la fraternité au-delà des colères, à nous engager auprès des plus défavorisés, à partager plus équitablement les richesses et les ressources, à respecter les différents choix de vie, à accueillir les étrangers, à protéger la Création.
Nous croyons que seule la parole échangée, le débat dans l’écoute respectueuse de chacune et chacun, peuvent contribuer à bâtir une société avec la justice et la paix comme fondement.
Nous croyons que chacune et chacun est libre et responsable devant Dieu et devant ses frères et sœurs, particulièrement les plus faibles, et que nos choix se font en conscience.
Nous croyons que l’identité donnée par Dieu fonde notre dignité et fait de chacune et chacun de nous une personne digne d’être aimée. Cette identité est plus forte que le sentiment de déclassement ou de mépris.
Ces convictions s’incarnent dans notre histoire.

Depuis la Réforme, le Protestantisme français est en communion avec les Églises en Europe et au-delà. Par sa compréhension de l’Évangile, il a toujours défendu, avec d’autres, l’accueil et la protection des personnes déplacées.

Fidèles à cette histoire, nous faisons mémoire de toutes celles et ceux qui avant nous se sont levés au nom de l’Évangile pour résister avec d’autres aux menaces fascistes et totalitaires et qui ont su en discerner les réels dangers derrière des discours qui se veulent rassurants.

Aussi le Conseil national de l’Église protestante unie de France appelle à protéger notre démocratie, fondée sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme, et à faire barrage aux propositions du Rassemblement national, fondées sur la mise en cause des libertés fondamentales (pensée, presse, manifestation, enseignement…), l’exclusion et en rupture totale avec les principes de base de la République.

Au lendemain de cette élection

La responsabilité des hommes et des femmes politiques sera considérable pour construire avec les citoyennes et citoyens de ce pays une alternative fraternelle et solidaire, dans le respect des libertés fondamentales. Le chantier social sera immense pour promouvoir liberté, égalité, fraternité, justice, accueil et écoute de l’autre, éducation, protection de la Création… tout un programme.

La fête de Pâques a redit l’amour de Dieu pour chacune et chacun, et la vie plus forte que la mort.
Un chemin existe pour sortir de l’impasse. Confiance !

Emmanuelle SEYBOLDT, pasteure,
présidente du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France

 

Déclaration commune des responsables des cultes concordataires

À l’occasion du second tour de l’élection présidentielle

Dimanche prochain, notre pays vivra un moment essentiel de sa vie politique. Le premier tour a confirmé l’effondrement des partis traditionnels de gouvernement. Le fait nouveau est le renforcement considérable des votes en faveur des candidats « anti-système », traduisant la perte de confiance dans le fonctionnement de la démocratie représentative et les institutions de la 5e République. Ce vote exprime la protestation face à la fracture sociale, le sentiment de déclassement d’une grande partie de la population et la méfiance vis-à-vis des élites impuissantes à répondre aux besoins concrets des gens comme aux enjeux de la crise climatique. Il doit donc être entendu et représente le principal défi pour le quinquennat à venir qui devra apporter des réponses concrètes, déterminantes pour la paix sociale.

Dans le choix décisif pour l’avenir de notre pays proposé aux français dimanche prochain, la question des valeurs fondamentales est à nouveau au cœur des enjeux. En tant que représentants des cultes concordataires de notre région, nous rappelons notre attachement aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité de la République, comprises comme un projet d’ouverture et de générosité de notre pays, qui fonde son rayonnement partout dans le monde. Pour nous, chaque être humain est créé à l’image de Dieu et porteur d’une égale dignité, quelle que soit sa race ou sa religion.

Ces convictions nous engagent à porter une attention particulière à la question des réfugiés et à celle de l’Europe :

  • La terrible guerre qui sévit à nos portes et jette des millions d’êtres humains sur les routes de l’exil nous invite à revoir nos relations internationales et nos politiques d’accueil par rapport à la croissance des flux migratoires. La Cimade, créée en 1939 pour accompagner les évacués alsaciens-mosellans, s’est donné pour slogan « Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre ».
  • Dans une région marquée dans son histoire par de terribles blessures, nous voulons rappeler notre profond attachement au projet européen, facteur, malgré ses imperfections, de stabilité, de démocratie et de paix. Sa remise en cause constituerait une régression vers des replis nationalistes dont nous voyons les terribles méfaits sur notre continent.

Dans le contexte qui est le nôtre, il nous faut d’abord faire le choix de la personne qui sera la mieux à même de mener une politique internationale gage de paix et de stabilité.

Nous appelons donc tous les membres de nos communautés et toutes les femmes et les hommes de bonne volonté à prendre très au sérieux cette échéance électorale. Nous sommes tous concernés et responsables de l’avenir de notre pays : notre devoir est donc d’aller voter. S’abstenir ou voter blanc, c’est laisser d’autres décider à notre place et prendre le risque de le regretter.

M. Christian Albecker, Président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine
Mgr Luc Ravel, Archevêque de Strasbourg
M. Harold Weill, Grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin

 

Communiqué de la FPF

Pour que la République ne manque pas de souffle ! Les protestants peuvent alerter comme vigie de la République et doivent aussi souffler les mots de la fraternité contre le discours des extrêmes.

Communiqué de presse du 17 avril 2022

La Fédération protestante de France (FPF) a déjà eu l’occasion de s’exprimer et de communiquer à l’occasion de la campagne présidentielle. L’interpellation des candidats dès le premier tour avec « l’Adresse » qui leur a été envoyée marque l’intérêt que porte le protestantisme français au débat qui concerne la société et chacun des citoyens de ce pays.

Il est vrai que la situation de l’entre-deux-tours laisse à nouveau un grand nombre dans l’insatisfaction et suscite un réel questionnement quant au choix citoyen. Mais ne faisons pas passer le sentiment d’être dans une impasse, ou dans une situation de renoncement intellectuel au-dessus de notre responsabilité chrétienne.

La FPF rappelle encore aujourd’hui combien ses engagements pourront être entravés en cas de victoire du Rassemblement National : la parole en faveur de la liberté religieuse, les actions pour l’accueil des exilés, des étrangers, les œuvres auprès des plus vulnérables, le plaidoyer sur les questions climatiques, et de façon plus générale le projet de promotion de la fraternité et de lutte contre les inégalités dans une société qui a besoin de se rassembler.

A l’approche du deuxième tour, la FPF veut rester vigilante, attester de sa confiance dans la politique et contester tout ce qui mettrait en cause et trahirait le message de l’Évangile. Elle interpelle les citoyens concernant les dangers de l’abstention.

Dans une tribune parue samedi 16 avril sur le site du Monde, intitulée « La spiritualité a sa place dans une République laïque », le pasteur François Clavairoly, président de la FPF, rappelle que « Les protestants tout seuls ne peuvent pas grand-chose devant les périls d’un temps si incertain. Ils peuvent alerter comme vigie de la République, ils peuvent être aiguillon pour ceux qui seront au pouvoir afin qu’ils évitent une faillite démocratique, ils doivent aussi souffler les mots de la fraternité contre le discours des extrêmes. »

Appel du CNEF

Le Conseil national des évangéliques de France appelle chacun à prendre « sa responsabilité » et à « voter en âme et conscience devant Dieu » dans une vidéo publiée sur Instagram :

 

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Accompagner l’Église protestante de Guyane

Membre de la Ceeefe, la Communauté des Églises protestantes francophones, l’Église protestante de Guyane est aussi devenue en 2021 « Église associée » de l’Église protestante unie de France. C’est une petite communauté d’une trentaine de familles, soucieuse à la fois de porter une voix protestante traditionnelle dans le paysage religieux guyanais, et d’entretenir des relations œcuméniques. Depuis plusieurs années, elle bénéficie d’un accompagnement du Défap à travers l’envoi de pasteurs en missions courtes – le plus récent étant Gérard Krebs, qui vient d’effectuer trois missions de 8 à 12 semaines.

Un culte de l’Église protestante de Guyane – archives Ceeefe

La Guyane, département le plus vaste et parmi les moins peuplés de France (juste après Mayotte), a connu successivement le massacre des populations indiennes, la colonisation et l’esclavage, ainsi que la ruée vers l’or ; elle a été terre de déportation pour les bagnards (le capitaine Dreyfus y fut envoyé en 1894), et Albert Londres y écrivit, dans les années 20, une série d’articles hallucinants sur la condition des prisonniers. Ce n’est pourtant qu’au début des années 50 que furent rapatriés en métropole les derniers bagnards survivants, dont la France avait tenté en vain de faire des colons. De cette histoire tourmentée, la Guyane garde des traces, malgré l’assimilation de l’ancienne colonie aux collectivités territoriales françaises. La population y est cosmopolite (avec une quarantaine de nationalités présentes), regroupée pour l’essentiel sur la côte et au bord des fleuves ; mais à l’intérieur des terres, le vieux rêve de l’or attire toujours des prospecteurs, et la présence de milliers de clandestins rend illusoire tout recensement précis. Difficile d’administrer un territoire aussi vaste et aussi peu habité : 3 habitants au km² en moyenne… La loi de 1905 séparant l’Église et l’État ne s’y appliquant pas, le catholicisme y est le seul culte reconnu et les prêtres catholiques sont salariés du Conseil général.

Face à cette histoire, les missions protestantes ont eu du mal à s’implanter. Après des décennies sans pasteur officiel, la mission est retournée en Guyane avec l’Armée du Salut, venue s’occuper des bagnards, puis par une mission évangélique de Suisse romande qui a installé en 1932 la toute première Église protestante reconnue officiellement. Aujourd’hui, entre les populations issues de l’immigration du Surinam voisin ou d’Haïti, les six ethnies amérindiennes et la forte représentation des hmongs, la Guyane vit un protestantisme fortement évangélique et ethnique qui évolue et se reforme sous l’impulsion des nouvelles générations, plus ouvertes à la mixité religieuse et au dialogue intraprotestant. Depuis octobre 2012, il existe aussi un Pôle Protestant de Guyane, qui rassemble les Églises proches de la Fédération protestante de France désireuses de se démarquer de la multitude des Églises évangéliques et néopentecôtistes présentes dans ce département.

Le rôle du Défap auprès de l’Église protestante de Guyane

Parmi ses activités, le Défap accompagne les Églises protestantes de sensibilité luthéro-réformées présentes aux Antilles, en Guyane, à la Réunion et à Mayotte, en contribuant à financer des postes pastoraux. C’est le cas, à Cayenne, de l’Église protestante de Guyane (EPG). Issue de l’aumônerie militaire protestante, elle est implantée depuis 1997. C’est une petite communauté d’une trentaine de familles, multiculturelle et soucieuse d’œcuménisme, qui entretient des liens réguliers avec l’Église catholique et les Églises membres du Pôle Protestant de Guyane. Ses cultes sont d’ailleurs hébergés par l’église catholique Sainte-Anne et Saint-Joachim dans le quartier des « Âmes claires » à Remire-Montjoly, une commune jouxtant Cayenne. Déjà membre de la Ceeefe, la Communauté des Églises protestantes francophones, l’EPG est aussi devenue en 2021 « Église associée » de l’Église protestante unie de France.

Pendant plusieurs années, le soutien du Défap s’est manifesté par le financement d’un poste pastoral. Mais depuis cinq ans, l’EPG se trouve sans pasteur résident. L’Église est donc accompagnée ponctuellement par des pasteurs à l’occasion de missions courtes. Au cours des derniers mois, ce rôle a été assuré par Gérard Krebs, pasteur retraité et membre du bureau du Défap, à l’occasion de trois missions de 8 à 12 semaines, avec un suivi à distance entre les missions. Ce qui a permis la mise en place d’ateliers bibliques ainsi que de collaborations avec Théovie, le service de formation biblique et théologique à distance de l’EPUdF, et avec la Coordination pour la formation continue de l’UEPAL. Outre l’animation des cultes dominicaux, Gérard Krebs a mis en place l’enregistrement de cultes diffusés sur la radio RCF-Saint-Gabriel. L’EPG a aussi participé à l’émission télévisée « Tous frères », produite par le CFRT (Comité Français de Radio-Télévision) également à l’origine du « Jour du Seigneur ». Et, signe de son engagement œcuménique, elle a été invitée récemment à participer à la 3ème rencontre des musulmans de Guyane autour du thème « faire ensemble ».

« Sans prétention, témoigne aujourd’hui le pasteur Gérard Krebs, je peux dire que ces trois missions successives nous ont permis de nous rapprocher à chaque fois davantage. » Si les missions courtes au cours des cinq années écoulées ont permis à la communauté de se sentir soutenue, elle aspire toujours à avoir un pasteur attitré ; et elle s’est lancée dans un projet d’acquisition d’un terrain pour y construire un ensemble paroissial.




Mise en route du projet d’Eglise en Guyane

 

Comme nous vous en parlions dans un article précédent, l’Eglise protestante de Guyane a mis en place un projet immobilier et cherche à vivre pleinement dans son environnement.

Avec la rentrée 2015, le pasteur Calla nous rappelle les grandes lignes des deux projets retenus.

 

Membres du Conseil paroissial

Membres du Conseil paroissial

Edification d’un complexe ecclésial

Sur l’année 2015-2016, les actions prévues sont :

  • louer un  presbytère-temple ;
  • établir un cahier des charges ;
  • créer le comité de pilotage (COPIL) ;
  • présenter le COPIL à l’AG et l’avancement de montage de projet.
« Développer notre Eglise tout en affirmant son identité »

Sur l’année 2015-2016, les actions prévues sont :

  • réalisation d’une plaquette d’accueil et de présentation de l’Église ;
  • séance de formation sur l’identité et le fonctionnement de la paroisse pour les nouveaux adhérents ;
  • établir le système des parrains comme outil d’évangélisation ;
  • développer musique et chorale ;
  • culte commenté.

Le pasteur Calla insiste sur l’importance de ce projet :

« Nous sommes tous appelés, qui que nous soyons, quoi que nous fassions et pour combien de temps nous sommes en Guyane, à nous engager totalement dans ce projet.
Vous serez, pour certains, appelés par le Conseil presbytéral à vous rendre utiles humblement pour concrétiser ce projet et être au service des sœurs et frères de cette Eglise.
Préparez-vous ! Notre communauté a besoin de l’engagement de chacun.
»