Le Défap au Togo : la compensation carbone au service du développement local
Dans le cadre de sa politique de réduction de son empreinte écologique, le Défap finance chaque année un ou plusieurs projets de compensation carbone. Du 03 au 10 juin 2025, Maëlle Nkot, responsable projets et partenariats, s’est rendue au Togo pour visiter deux projets phares portés par le Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale (Secaar). Cette mission a permis de constater, sur place, l’impact concret de deux initiatives majeures : la production de foyers de cuisson améliorés dans le nord du pays, et le développement d’une ferme-école agroécologique à proximité de Lomé.
Un souffle nouveau dans les cuisines rurales
Dans la région de Kara, au nord du Togo, les villages de Kassè et Tchikawa sont aujourd’hui les témoins d’une transformation significative. Grâce à l’installation de foyers améliorés construits en terre, les conditions de vie des familles ont évolué. Ces équipements, adaptés aux réalités locales, permettent une meilleure conservation de la chaleur, une cuisson plus rapide des aliments, et une réduction drastique de la consommation de bois. L’impact sur la santé est également notable : la diminution des fumées dans les cuisines limite les problèmes respiratoires et oculaires, tandis que les brûlures chez les enfants, fréquentes avec les anciens foyers à trois pierres, sont devenues rares. Les retours des bénéficiaires sont unanimes. Une productrice de savon, initialement réticente, témoigne aujourd’hui des bénéfices directs sur ses revenus, ayant divisé par trois sa consommation annuelle de bois. D’autres soulignent les effets positifs sur l’organisation familiale, l’implication croissante des hommes dans la cuisine et la revalorisation du savoir-faire local. Formés à la construction de ces foyers, plusieurs habitants de Kassè et de Tchikawa ont par ailleurs été sollicités pour transmettre leurs compétences dans d’autres villages, y compris dans le cadre de projets menés par l’Agence Nationale d’Appui au Développement à la Base (ANADEB), preuve de l’efficacité et de la reconnaissance de la méthode promue par la Direction de Lutte contre la Pauvreté (DLP) de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo (EEPT) et le Secaar.
Une ferme-école pour l’avenir de l’agroécologie
La deuxième partie de la mission a conduit Maëlle à Apédokoè, à une cinquantaine de kilomètres de Lomé, où le Secaar a implanté une ferme-école de 5,5 hectares. Ce site a été conçu comme un espace d’expérimentation, de formation et de démonstration autour de l’agroécologie. Il illustre l’engagement du Secaar, depuis plus de quinze ans, en faveur d’une agriculture durable, respectueuse des écosystèmes et des communautés rurales. Grâce au soutien du Défap dans le cadre de la compensation carbone, plusieurs infrastructures ont vu le jour : une salle de formation construite et équipée en matériaux locaux et durables et alimentée à l’énergie solaire ; un forage désormais connecté à un système solaire, garantissant l’autonomie en eau du site ; et un composteur moderne, permettant de d’augmenter la production de compost avec comme objectif final d’en en faire bénéficier les paysans des fermes voisines.
Parmi les initiatives pédagogiques phares, la micro-ferme expérimentale, mise en place en 2025, accueillera pendant trois ans un ménage paysan, logé sur place. L’objectif est d’évaluer la capacité de l’agroécologie à nourrir durablement une famille, à générer un revenu stable et à améliorer les conditions de vie. Le suivi régulier de cette expérimentation permettra de documenter les résultats et d’adapter les pratiques en conséquence.
Au-delà des infrastructures, la ferme vise également à renforcer l’autonomie des agriculteurs à travers une banque de semences paysannes, fondée sur un système de prêt et de réciprocité. Les paysans peuvent y emprunter des semences, les cultiver, puis restituer une part de leur récolte pour alimenter à leur tour la réserve commune.
Cette mission a permis de constater à quel point les projets soutenus par le Défap, à travers son partenariat avec le Secaar, s’inscrivent dans une logique de transformation durable. En combinant réduction des émissions, renforcement des capacités locales et justice sociale, ils offrent des réponses concrètes aux enjeux sociaux et climatiques actuels. Plus qu’une simple compensation, il s’agit d’un investissement dans des solutions locales et durables.
Voyage intérieur : Poème
Volontaire en réciprocité au centre Théodore Monod, Tabitha nous partage un poème dans sa lettre de nouvelles de juin. Découvrez-le dans ces lignes !
Dans un jardin d’âges différents, un voyageur égaré,
Parmi les arbres robustes et les fleurs, un cœur serré.
Un sentiment étrange, une note qui détonne,
Dans une mélodie où les sourires brillent, mais résonnent faux.
Les conversations tissent des liens, invisibles et forts,
Mais à l’écart, cherchant un chemin, brisant les remparts.
La confiance s’effrite, chaque visage, un mystère dévoilé,
Dans ce labyrinthe d’adultes, je suis un voyageur perdu.
Mais une lumière brille, un havre d’innocence trouvée,
Les enfants, compagnons sincères, aux yeux purs et révélés.
Sous leur regard, un sens retrouvé, une vérité jaillit,
Dans ce monde parfois dur, leur innocence, mon seul appui.
L’écho d’un pays lointain, dans le cœur, une douce complainte,
La nostalgie, un voile incertain, que les rires d’enfants éteignent.
BAFA, un chemin d’effroi, mais aussi de découvertes sans fin,
Où l’accent sème le doute, mais l’amitié prend son chemin.
Des week-ends à la montagne, des musées visités avec passion,
Des expériences extraordinaires, malgré toute hésitation.
Dans les yeux, chercher la lumière, des âmes qui comprennent,
Alors, s’éloigne la chimère, et le cœur, enfin, se détend et s’étreint
« La place de l’imaginaire dans la théologie de la reconstruction » : le texte intégral du webinaire
Retranscription intégrale de la conférence d’Elom Komivi Alagbo lors des « Jeudis du Défap » de mai dernier sur « l’imaginaire et la théologie de la reconstruction ». La retranscription a été faite en partenariat et diffusée simultanément par Forum protestant, et par l’hebdomadaire Réforme.
Certaines personnes se retrouvent au Défap pour y suivre les conférences
Jean-Pierre Anzala : D’abord merci au pasteur et docteur Elom Alagbo de nous accorder ce moment. Je vous présente : vous êtes pasteur de l’Église évangélique presbytérienne du Togo. Après avoir soutenu au Cameroun une thèse sur La théologie de la reconstruction de Kä Mana et ses implications pour le Togo, vous êtes depuis cette année docteur en théologie et professeur de théologie systématique et théologie africaine à l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest (UPAO), Campus d’Atakpamé (Togo). Vous vous intéressez à la christologie africaine et menez donc des recherches sur la question de l’imaginaire social et de la reconstruction africaine. Vous avez publié un article intitulé Les titres christologiques dans la théologie africaine et leur implication. Vous nous invitez ce soir à réfléchir sur cette question de la reconstruction africaine sous l’angle de l’imaginaire social africain. Beaucoup de questions bien sûr sont derrière cette problématique et je vous demanderai ce qu’on doit entendre par imaginaire social africain, comment la théologie de la reconstruction aborde-t-elle la question de cet imaginaire social africain, comment mettre cet imaginaire social africain au service de la reconstruction de l’Afrique, quels sont les défis de l’Église dans cette dynamique de reconstruction de l’Afrique ? … Autant de questions que vous nous invitez à examiner dans cette conférence
Elom Komivi Alagbo. Pour ce jeudi du Defap, notre partage, notre réflexion porte sur la place de l’imaginaire dans la théologie de la reconstruction. Le propos dans ce développement se structure en trois strates.
La première passe en revue le concept imaginaire et ses différentes fonctions.
La deuxième aborde la théologie de la reconstruction dans la perspective de voir comment la question de l’imaginaire est au cœur de cette dernière.
La troisième traite des stratégies de reconstruction de nos pays sur la base de notre imaginaire et les défis de l’Église liés à cette dynamique.
1. L’imaginaire et ses fonctions
Qu’entendons-nous par l’imaginaire ?
D’entrée de jeu, signalons l’existence de deux types d’imaginaire :
l’imaginaire social ou collectif lié à une société
et l’imaginaire radical ou l’imagination radicale liés à un individu.
Cependant, dans ce développement, nous allons plus nous concentrer sur l’imaginaire social ou collectif.
Pour Cornelius Castoriadis, l’imaginaire social est cette faculté, cette capacité originaire qu’a une société de créer des formes, des images ; cette capacité de mise en forme à partir de laquelle se développent les facultés de perception et de pensée (1).
Pour Gilbert Durand, l’imaginaire social est la sphère mentale dans laquelle un individu ou une société imaginent, inventent et projettent leur destinée comme un trajet global d’humanité (2).
Pour Kä Mana, c’est la sphère mentale, la dynamique de l’esprit qu’embrassent les représentations, les croyances de fond, les mythes, les aspirations, les rêves, les quêtes, les utopies, les référentiels essentiels et les visions d’une société. C’est la sphère mentale d’une collectivité dans ses dynamiques vitales (3), le chemin sur lequel une société cisèle ou travaille minutieusement son image et module toutes les vibrations de ses espérances (4).
Pour Pierre Popovic, c’est l’élément qui permet à une société d’appréhender, de donner sens à la réalité qu’elle vit (5).
Si donc l’imaginaire donne sens à la réalité, on comprend qu’on ne peut en aucun cas opposer l’imaginaire à la réalité.
De ces auteurs, il ressort que l’imaginaire d’une société est la mémoire de cette dernière, la sphère mentale, l’élément immatériel ou le logiciel qui permet à une société de se comprendre et d’imaginer son existence (6). C’est le répertoire des représentations, des croyances de fond, des mythes, des aspirations, des rêves, des quêtes, des utopies, des référentiels essentiels et des visions qui gouvernent les actions, les pratiques d’une société. Autrement dit, c’est l’ensemble des significations immanentes aux pratiques, qui en règlent l’exercice. Bref, l’imaginaire social est l’être d’une société. Cet élément qui fait d’une société un collectif anonyme, qui dépasse la somme des individus qui la composent (7). De cet essai de définition se dessinent en filigrane les fonctions de l’imaginaire social.
Les fonctions de l’imaginaire social
Selon ces philosophes, l’imaginaire social, dans un premier temps, a un rôle instituant (8). Il est la source des institutions d’une société. Il donne sens aux institutions qu’il institue par sa capacité de symbolisation, cette faculté qui permet à une société de «voir dans une chose ce qu’elle n’est pas et, (…) la voir autre qu’elle n’est»(9). Ceci, au travers de la création d’un univers de significations imaginaires sociales. Si on prend par exemple: la notion de famille (10), c’est une institution, un signifié imaginaire porteur de significations imaginaires qui définissent une donnée ou donne sens à une réalité de la société.
Par ses significations imaginaires, l’imaginaire social permet à une société de donner des réponses à un certain nombre de questions essentielles et incontournables (11). Ces questions sont liées à son identité, son rapport au monde et ce qu’elle définit comme monde ainsi que des questions liées à la finalité qu’elle se donne. Des questions telles que: «Qui sommes-nous comme collectivité ?, Que sommes-nous, les uns pour les autres ?, Où et dans quoi sommes-nous ?, Que voulons-nous, que désirons nous, qu’est ce qui nous manque ?»(12). L’imaginaire donne réponse à ces questions, forme un collectif et en fait une société.
Selon Taylor et Castoriadis, sans ces réponses à ces questions, on ne peut parler de monde humain, ni de société et de culture. Ces deux auteurs précisent qu’il ne s’agit pas des questions et des réponses posées explicitement. Par son imaginaire social, toute société fait émerger des réponses de fait à ces questions dans sa vie, dans son activité (13). C’est donc dans le faire de chaque société qu’apparaissent comme sens incarné les réponses à ces questions liées à son existence, à ce que la société comprend comme monde.
L’imaginaire social, au travers donc de la création des signifiés imaginaires (qui sont en même temps des institutions de la société) assortis des significations imaginaires, fait tenir la société comme un tout, définit l’identité des individus et des choses, donne un sens à tout ce qui est dans la société et hors de celle-ci, fonde et oriente le faire de toute société et fournit une réponse aux questions fondamentales que toute la société se pose. Bref, l’imaginaire social fait émerger, donne sens et unit les institutions d’une société. C’est l’être de la société qui, au travers de ses significations imaginaires sociales, fournit à l’individu non seulement un monde sensé, mais aussi le structure et norme son comportement (14). Par conséquent, «l’individu n’est pas le fruit de la nature, mais (…), il est création et institution sociale»(15). Ce qui nous amène à une autre fonction de l’imaginaire social qu’est la socialisation ou la création de l’individu.
La socialisation de l’individu
Paul Ricœur, dans son ouvrage intitulé De l’interprétation, Essai sur Freud, démontre que l’imaginaire social crée l’individu dans ce sens qu’il fait passer l’Homme de son état primaire (caractérisé par l’a-rationalité et l’asociabilité) à un état secondaire caractérisé par la rationalité, la créativité, la novation (16). C’est par l’acte de sublimation (17) que l’imaginaire social fait de l’Homme un individu social. En effet, c’est par l’imposition des significations imaginaires sociales que l’imaginaire radical (qui fait partie de l’individu et est lié à lui) perd sa toute-puissance permettant ainsi à l’Homme de devenir un animal raisonnable et socialisé (18). Par l’éducation, l’homme passe à l’acte de sublimation en remplaçant l’objet initial de sa pulsion par des objets sociaux (19) (signifiés et signifiations imaginaires, institutions de la société). Ainsi le sujet, qui n’éprouvait du plaisir que pour ses propres représentations, devient un individu social qui
«peut éprouver du plaisir à fabriquer un objet, à parler avec d’autres, à entendre un récit ou un chant, à regarder une peinture, à démontrer un théorème ou à acquérir un savoir ; aussi, à apprendre que les autres ont une bonne opinion de lui et même à penser qu’il a bien agi»(20).
Par l’acte de sublimation, l’individu s’ouvre au monde symbolique (21) de la société et intériorise les significations imaginaires sociales instituées. L’individu est de ce fait fabriqué dans et par la société, et incarne les institutions et leurs significations imaginaires. Et c’est par le biais de l’éducation que l’imaginaire social impose ses propres significations à l’imaginaire radical en vue de faire émerger sa capacité de création, de novation et de socialisation. Dans ce processus, deux éléments sont absolument essentiels pour qu’il y ait possibilité de socialisation de l’individu: la culture et le langage qui ne sont qu’un ensemble d’institutions et de significations imaginaires.
Il est capital de souligner que l’imaginaire social donne la capacité à la société de s’ouvrir à d’autres sociétés en intégrant dans sa symbolique (ou dans son répertoire de significations imaginaires sociales) les significations imaginaires de celles-ci. Cela permet à toute société d’enrichir sa symbolique avec de nouvelles significations imaginaires (22). Cependant, lorsque cette ouverture est faite par violence, par imposition, l’on assiste à une socialisation ratée des individus et à des distorsions cognitives au sein de la société qui sont une conséquence d’un mauvais formatage de l’imaginaire social pour faire usage de l’expression de Kä Mana. Pour qu’un individu ou une société s’ouvre aux institutions et aux significations imaginaires d’une autre société, l’individu ou la société doit être capable d’intégrer dans sa symbolique ces éléments en se familiarisant avec, tout en se décentrant relativement de ses propres significations imaginaires sociales et institutions pour se centrer sur celles d’une autre société (23). Lorsque ce n’est pas fait dans cette dynamique, il y a violence, choc et imaginaire déstructuré, ce qui pose des problèmes énormes à cette société.
Au demeurant, de ces fonctions assumées par l’imaginaire social, il est raisonnable de soutenir que l’imaginaire social est un élément fondateur de l’humain et de la société. Il fait émerger chez l’Homme et dans la société l’élément immatériel qui prédispose et conditionne leur fonctionnement. Il permet à la société d’être sensée et de s’organiser. Il joue deux rôles:
le premier consiste à instituer les institutions de la société et donne un sens à sa réalité;
le deuxième tente de créer les individus, d’en faire des personnes sensées et douées de raisonnement, capables de créer et d’innover.
Autrement dit, il tisse en toile de fond la conduite de l’action humaine et oriente l’existence humaine. Il est de ce fait une évidence qu’un imaginaire social mal formaté ne peut donner lieu qu’à une société pathologique et a-sensée.
Phase des questions/réponses
2. La théologie de la reconstruction
La théologie de la reconstruction est un courant de la théologie africaine, une réflexion qui éveille les consciences en mobilisant les énergies spirituelles, les valeurs éthiques et sociales prônées par les forces vives de l’Afrique pour travailler à la reconstruction de l’Afrique face à la crise multisectorielle qui la paralyse. Pour les tenants de cette théologie, il est tout à fait clair que Jésus, dans son ministère public, était activement impliqué dans la reconstruction des individus et de leurs communautés. Pour ces derniers, le livre de Néhémie et le sermon de Jésus-Christ sur la montagne (Matthieu 5,4-10) sont des textes bibliques de base pour la reconstruction (24).
Après cet essai de définition, soulignons qu’il n’est pas question pour nous de procéder à une présentation globale de la théologie de la reconstruction. Nous allons plus nous pencher sur la théologie de la reconstruction prônée par Kä Mana. Ce choix est motivé par le fait que parmi les tenants de la théologie africaine de la reconstruction, seul Kä Mana aborde la question de la reconstruction sous l’angle du concept de l’imaginaire social. La raison de ce choix étant donnée, il s’agira pour nous de ressortir les grandes articulations liées à comment la question de l’imaginaire social est abordée dans cette théologie de la reconstruction. Et voir comment cette théologie met l’imaginaire au service de la reconstruction de nos pays africains.
Les grandes articulations de la théologie de la reconstruction
Le concept de l’imaginaire social occupe une place de choix dans la théologie prônée par Kä Mana. En effet, pour Kä Mana, les crises multisectorielles qui assaillent le continent africain sont la conséquence d’une crise plus profonde: celle de l’imaginaire social négro-africain. Cette crise est une résultante du passé douloureux qu’a connu le continent africain en général et l’Afrique noire en particulier. La traite négrière, l’impérialisme, le colonialisme assortis de sa politique de table rase, sont des évènements historiques qui caractérisent la rencontre violente entre l’Afrique et l’Occident; une rencontre qui est à l’origine du mauvais formatage, de la déstructuration de l’imaginaire social négro-africain.
Kä Mana met en exergue ce mauvais formatage, cette déstructuration au travers de certaines réalités observées et observables sur le continent africain. Des réalités qui, selon Hannah Arendt, sont des symptômes, des preuves d’un imaginaire social malade ou déstructuré.
Il s’agit d’abord de la crise des fonctions de l’esprit (pensée collective (25), volonté collective (26) et jugement collectif (27)) au sein de la société, qui est caractéristique d’un imaginaire malade.
Il s’agit ensuite des différents mythes sociaux que Kâ Mana observe au sein de la société africaine pour démontrer que l’imaginaire social africain est malade : l’Occident, l’identité culturelle, l’indépendance, le développement, la libération, la démocratie… Ces mythes sont des constructions imaginaires qui tiennent lieu de réponses à une situation ou à des questions que la société africaine s’est posée à un moment de son évolution (28). Ces signifiés imaginaires ou ces mythes qui devaient contribuer à l’évolution notable de la société africaine sont transformés en mythes dénués d’énergies capables de booster la transformation de la réalité africaine (29) du fait qu’ils sont portés par un imaginaire social négro-africain malade, déstructuré.
Il s’agit enfin d’une historicité dépourvue de la relation fondamentale qu’un peuple entretient avec son passé, son présent et son avenir(30). Or l’on sait avec Paul Ricœur que lorsqu’un peuple a du mal à mettre en dialogue son passé, son présent et son futur, cela veut dire qu’il y a un problème: son imaginaire social est malade (31). Dans notre thèse, nous avons cherché à voir si l’imaginaire social togolais est malade et nous avons trouvé un auteur (Komi Toulabo) qui démontre clairement que le peuple togolais a du mal avec son histoire. Pour lui, nous sommes incapables d’aller prendre dans notre passé les éléments nécessaires pour aborder notre présent et envisager notre avenir, construire notre imaginaire. Car lorsque nous parvenons à dialoguer avec notre passé et notre identité culturelle, nous n’y cherchons que des éléments folkloriques. Cela perturbe le peuple togolais et fait que pour l’instant, nous évoluons d’échec en échec en matière de construction de notre cher pays
Ainsi se présentent les trois éléments qui caractérisent la structuration de l’imaginaire social négro-africain et que Kä Mana utilise dans toute sa théologie. Cette structuration qui est de l’ordre du mauvais formatage, n’est pas sans pathologies, à savoir: pathologies culturelle, politique, économique et sociale avec leur cortège de conséquences, comme l’émergence d’une culture dépourvue de valeurs nourricières et de spiritualité fécondatrice, l’effondrement de l’éducation (scolaire, familiale et religieuse, ce qui est flagrant au Togo) et de la culture du sens (32), la neutralisation de la capacité de penser ou l’absence de pensée pour reprendre l’expression de Fabien Eboussi Boulaga.
Face à un imaginaire social négro-africain déstructuré dont les pathologies et les conséquences caractérisent l’urgence de la reconstruction de l’Afrique pour des lendemains meilleurs, Kä Mana va proposer une restructuration de cet imaginaire social pour faire émerger des significations imaginaires et des individus capables de booster la reconstruction de l’Afrique. Pour lui, on ne peut pas reconstruire l’Afrique avec un imaginaire malade : pour réussir cette reconstruction, il faut d’abord guérir l’imaginaire malade africain et lui rendre la capacité d’institution et de socialisation. Sans l’imaginaire, on ne peut avoir des individus doués, capables de créer, de novation pour la reconstruction.
Pour une restructuration de l’imaginaire négro-africain
Chez Kä Mana, le salut apporté par Christ en Afrique commence par la restructuration de l’imaginaire social négro-africain.
Cette restructuration signifie premièrement libération ou déconstruction. Elle consiste à remettre en question et à rompre non seulement avec les structures du système colonial et néocolonial, mais aussi avec l’intériorisation de l’esprit de ces deux systèmes et de l’esprit d’infériorité que ces systèmes ont engendré dans le mental de l’être africian. Elle consiste aussi à libérer l’imaginaire de son univers mythologique qui le bloque dans sa capacité créatrice. Face à une telle tâche de libération ou de déconstruction, Kä Mana a recours à la théologie de la guérison holistique proposée par le théologien congolais Benoît Awazi Mbambi Kungua, qui s’est penché sur la question de comment nous pouvons guérir totalement l’être africain pour qu’il puisse occuper son rang dans le concert des nations. Face à un imaginaire social négro-africain déstructuré assorti des pathologies politiques, économiques, sociales, culturelles et religieuses, Mbambi Kungua, dans son ouvrage intitulé Le Dieu crucifié en Afrique (33), propose la guérison holistique avec recours aux principes ou valeurs spirituels et éthiques de la culture négro-africaine repensée. Ces valeurs devraient irriguer l’ensemble du corps social et fertiliser la conscience et l’intelligence africaines (34).
Cette restructuration signifie deuxièmement novation. Elle consiste à intégrer l’imaginaire social négro-africain libéré dans une nouvelle dynamique qui implique la création de soi et d’un monde nouveau. Bref, il s’agit d’amener cet imaginaire social à retrouver sa capacité de socialisation et son rôle instituant, de redynamiser ou revitaliser les rêves, les utopies, les visions glorieuses de soi en images positives que l’on peut se faire de son propre être, de sa propre destinée et de sa propre place dans le monde. Autrement dit, il est question pour le peuple africain de reprendre son souffle dans la mémoire de sa libération, de redonner sens à cette mémoire comme tradition créative et d’imaginer son avenir en s’appuyant sur sa capacité d’utopie et son pouvoir d’innovation, dans la fidélité aux aspirations les plus profondes des aïeux.
Cette révolution nécessite une base, un moteur qui pourra lui donner une puissance, un élan pour surmonter le drame de la société africaine. Cette base peut être constituée des forces qui rêvent d’une nouvelle destinée africaine au travers de leurs œuvres. Des forces pensantes qui se fondent sur les racines historiques les plus profondes de l’Afrique et font appel à des référentiels éthiques, évangéliques et spirituels pour éveiller la conscience africaine, la responsabilité du peuple africain dans le processus de reconstruction de l’Afrique. À ces forces s’ajoutent également celles qui se révoltent contre l’ordre établi, celles qui prient de manière créative ou qui savent que la communion avec Dieu et l’ouverture à son souffle sont là pour améliorer et changer l’Afrique (35).
Les différents éléments de cette base ont l’obligation de conjuguer leurs efforts pour devenir, en plus de l’Église, le véritable moteur d’un nouvel imaginaire social négro-africain, à travers un travail culturel de fond pour donner du souffle aux utopies qui embrassent toutes les couches de la société africaine et amener les Africains et Africaines à faire d’eux-mêmes le centre de toute leur histoire, à se construire un nouveau discours sur leur pays en tenant compte de leur passé, de leur présent et de leur avenir.
Trois conséquences majeures de cette restructuration de l’imaginaire social négro-africain sont à envisager selon Kâ Mana:
la révolution de l’être de l’africain (36), c’est-à-dire l’être africain lui-même et de la réalité africaine vécue par cet être africain;
la révolution de l’historicité négro-africaine;
et la révolution des mythes de l’imaginaire social négro-africain.
Esquisse de stratégies pour la restructuration de l’imaginaire social négro-africain
De cette théorie de restructuration de l’imaginaire social négro-africain, une stratégie d’application ou des pistes d’application peuvent être envisagées pour la culture et l’éducation africaine. Ces éléments doivent être révolutionnés afin qu’ils puissent assumer efficacement la tâche qui leur incombe dans ce processus de restructuration.
Qu’entendons-nous par la révolution de la culture africaine ?
Révolutionner la culture africaine consiste à renouer, repenser et éclairer ladite culture (37) sur la base de l’Évangile en vue de son accomplissement. Ceci, dans le but de faire émerger une nouvelle culture sur la base des meilleures valeurs éthiques qui ont fondé l’humanité du peuple africain dans le passé. Dans cette logique, il est clair que renouer, repenser et éclairer son patrimoine culturel ancestral ou accomplir son patrimoine culturel ne doit pas s’inscrire dans une dynamique de folklorisme qui fait référence à un passé idyllique et charmeur.
Cette révolution de la culture pour restructurer l’imaginaire social négro-africain doit s’inscrire dans la perspective de revenir au meilleur suc éthique de la culture africaine, retrouver l’énergie positive des valeurs africaines et les enrichir par des significations imaginaires sociales venues d’ailleurs à la lumière de l’Évangile. Cela redonnera à la culture africaine un nouveau souffle pour une culture capable de faire émerger dans nos sociétés africaines un type de personnalité douée de créativité et d’inventivité pour maitriser tous les enjeux du présent et inventer une nouvelle destinée africaine. Bref, il s’agit de s’inscrire dans une perspective de réinterprétation de la culture tout en s’ouvrant aux significations imaginaires sociales d’autres sociétés à l’aune de l’Évangile.
Cette révolution ou cette réinterprétation de la culture africaine aura pour but non seulement de mettre en valeur les meilleurs sucs éthiques qui ont fondé l’humanité de la société ancestrale africaine comme substance de la culture africaine, mais aussi d’annihiler les faiblesses de cette culture en vue de fournir des pistes ou des fondements pour une nouvelle culture africaine, pour la novation de l’imaginaire social négro-africain.
Qu’entendons-nous par la révolution de l’éducation africaine ?
La révolution de l’éducation doit porter sur les exigences de valeurs et de sens, sur les bases mêmes des croyances, des normes et des mentalités qu’il faut poser comme forme de l’esprit et énergies de culture et de civilisation dans l’éducation et la formation des hommes et des femmes au sein de la société africaine. Aussi cette révolution doit-elle porter sur l’organisation en matière éducative pour une œuvre d’envergure au plan de l’affirmation de soi du peuple africain. Ceci en vue de donner aux générations montantes les énergies de leur autoréalisation.
Il faudrait en marge de l’éducation en générale envisager la révolution de l’éducation chrétienne, puisque selon Guy Coq, le sacré ou la religion instaure au sein de la subjectivité une nécessité intérieure qui constitue une garantie contre l’errance de la volonté humaine. C’est donc une évidence qu’une société sans sacré est une société ébranlée. Dans ce sens, la religion donne à l’Homme par son éducation un socle sur lequel reposent les institutions qui rendent possible la société et permettent un solide essor aux civilisations (38).
Dans cette logique, les Églises en Afrique, au travers de leur fonction éducatrice, doivent être en mesure d’amener le peuple africain à une spiritualité révolutionnée comme source d’éthique, en accord avec la raison et qui engage pour la reconstruction au service de la société.
En somme, l’éducation africaine révolutionnée doit être en mesure d’aboutir à une action dont la priorité sera de:
transmettre l’héritage culturel repensé et accompli ;
former les nouvelles générations montantes sur la base de la culture africaine accomplie, en vue d’en faire des hommes et des femmes, capables de s’ouvrir à d’autres significations et de créer de nouveaux savoirs afin d’être en phase avec les exigences du monde d’aujourd’hui tout en gardant une distance éthique ;
forger des Africains et Africaines qui vivent en fonction des attentes qui sont les leurs, des personnalités dynamiques capables de donner corps et espoir à l’Afrique ;
former des inventeurs du futur africain sur la base des besoins fondamentaux et attentes cruciales du peuple africain.
Conclusion
Que conclure ? On ne peut opposer l’imaginaire social à la réalité qui n’a de sens que grâce aux significations de l’imaginaire social. C’est dans cette dynamique que Kä Mana, au travers de la théologie de la reconstruction, va expliquer la réalité que vit le peuple africain au lendemain des indépendances. Une réalité due au mauvais formatage de l’imaginaire social négro-africain. Il propose donc une restructuration de l’imaginaire social africain pour une nouvelle réalité: celle d’une Afrique reconstruite et capable de se prendre en charge, au sein de laquelle le bonheur est partagé. Cette restructuration signifie libération et novation et ne saurait advenir sans une révolution de la culture et de l’éducation en général en particulier chrétienne. Une éducation qui promeut une culture révolutionnée à l’aune de l’Évangile. Bref, une éducation et une culture révolutionnées qui redonnent souffle à l’imaginaire social africain pour la reconstruction de l’Afrique.
Les Jeudis du Défap : La place de l’imaginaire dans la théologie de la reconstruction – Le replay
Et si l’imaginaire social africain était une clé pour penser la reconstruction du continent ? Le 22 mai dernier, lors de la dernière session des Jeudis du Défap avant la pause estivale, le Dr Elom Komivi Alagbo nous a invités à une réflexion profonde et stimulante autour de la théologie de la reconstruction. À travers une approche enracinée dans les réalités africaines, il interroge le rôle de l’Église, la place des symboles, et les ressources culturelles mobilisables pour une transformation durable. Revivez dès maintenant cette conférence passionnante en replay.
Qui est Elom Komivi Alagbo ?
Le Dr Komivi Elom Alagbo est pasteur de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo. Docteur en théologie, il enseigne la théologie systématique et la théologie africaine à l’Université Protestante d’Afrique de l’Ouest (campus d’Atakpamé). Ses recherches portent notamment sur la christologie africaine, l’imaginaire social et la reconstruction africaine. Il est l’auteur de plusieurs publications, dont un article intitulé « Les titres christologiques dans la théologie africaine et leurs implications éthiques ».
Les conférences « Les Jeudis du Défap » se déroulent en ligne, notamment sur Zoom
Pourquoi cette thématique ?
Face aux crises multiples qui frappent le continent africain, cette réflexion unique, portée par le pasteur et docteur Malab, propose une lecture profonde des racines culturelles, historiques et spirituelles qui façonnent notre société. L’imaginaire social, cette capacité collective à rêver, à créer du sens et à structurer la vie communautaire, est au cœur de cette reconstruction nécessaire. Car, comme il est démontré, un imaginaire malade conduit à des crises culturelles, politiques et sociales, ravivant l’urgence d’une véritable libération mentale et spirituelle.
Qu’entend-on précisément par ce concept complexe qui englobe les représentations, croyances, mythes, aspirations et visions collectives qui façonnent une société ? Comment la « théologie de la reconstruction » aborde-t-elle cet imaginaire social ? Comment l’imaginaire social africain peut-il être mobilisé efficacement pour redynamiser la culture, l’éducation, les institutions et ainsi impulser un véritable renouveau socio-politique ? Ce sont toutes ces questions qui ont nourri la réflexion de l’intervenant tout au long de la conférence.
11 septembre : L’Afrique dans la bible, avec Lévi NGANGURA
9 octobre : La femme dans l’Église en RDC ? Regard rétrospectif sur le rôle de la femme dans la société et dans l’église à l’époque coloniale. Le cas de la RDC, avec Robert BAHIZIRE
6 novembre : La pratique du ministère de délivrance dans les Églises d’Afrique…réalités, dangers et perspectives, avec Parfait-Benedict MADOUMBA
11 décembre : Éthique protestante et proposition sociétale, avec Richard LENGO
Vous pouvez vous inscrire afin de recevoir les informations relatives à chaque rencontre et choisir ou pas d’y participer.
La place de l’imaginaire dans la théologie de la reconstruction : rendez-vous ce 22 mai
Le jeudi 22 mai, ne manquez pas la quatrième et dernière session des « Jeudis du Défap » avant la pause estivale. Nous aurons l’honneur de recevoir le docteur Elom Komivi Alagbo, pasteur de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo, docteur en théologie et enseignant en théologie systématique et en théologie africaine à l’Université Protestante d’Afrique de l’Ouest. Il animera notre réflexion sur le thème : « La place de l’imaginaire dans la théologie de la reconstruction ».
Pourquoi l’imaginaire social et la théologie de la reconstruction ?
Au travers de cette thématique qui aborde la problématique de la reconstruction de nos pays africains, Elom Alagbo nous invite à réfléchir sur la question de la reconstruction africaine sous l’angle de l’imaginaire social africain. Qu’entendons-nous par l’imaginaire social ? Comment la théologie de la reconstruction aborde-t-elle la question de l’imaginaire social africain ? Comment mettre l’imaginaire social africain au service de la reconstruction de l’Afrique ? Quels sont les défis de l’Église dans cette dynamique de reconstruction de l’Afrique ?
Ce sont ces questions qui rythmeront la conférence, nous permettant ainsi d’explorer des pistes essentielles pour une praxis de reconstruction africaine sous l’angle de l’imaginaire social africain.
Prochains rendez-vous en 2025, les soirs de 18h30 à 20h00 :
Voici les quatre rendez-vous suivants des « Jeudis du Défap » :
11 septembre : L’Afrique dans la bible, avec Lévi NGANGURA
9 octobre : La femme dans l’Église en RDC ? Regard rétrospectif sur le rôle de la femme dans la société et dans l’Église à l’époque coloniale. Le cas de la RDC, avec Robert BAHIZIRE
6 novembre : La pratique du ministère de délivrance dans les Églises d’Afrique…réalités, dangers et perspectives, avec Parfait-Benedict MADOUMBA
11 décembre : Éthique protestante et proposition sociétale, avec Richard LENGO
Ces rencontres se déroulent en deux temps :
Un temps de conférence
Un temps de débat et de questions-réponses.
Pour recevoir les informations relatives aux prochaines rencontres, inscrivez-vous.
Nous encourageons les participants à partager leurs réflexions et à s’engager dans un dialogue constructif, afin de mieux appréhender les enjeux contemporains liés à cette thématique. Un lien d’inscription est disponible dans les communications du Défap pour vous permettre de participer à cette visioconférence. Une fois inscrit.e, un lien d’accès vous est automatiquement communiqué. Ne manquez pas cette opportunité de réfléchir ensemble sur la place de l’imaginaire dans la théologie de la reconstruction.
Cinq projets solidaires à soutenir en 2025
Chaque année, le Défap soutient des projets divers à l’international, permettant de répondre aux besoins locaux des communautés des Églises sœurs. Voici cinq projets qui s’inscrivent dans le cadre de cet engagement : renforcer les liens avec les partenaires et lutter pour la justice climatique et le respect de la dignité humaine. De l’acquisition d’un minibus pour le transport sécurisé des enfants, au renforcement de la formation théologique, en passant par le soutien à l’agroécologie, ces projets témoignent de l’importance ces actions de solidarité. Vous aussi vous pouvez soutenir ces initiatives pour contribuer à leur succès et à la transformation des vies dans ces communautés.
1. Sénégal : soutien à la paroisse de Mbettite, un projet pour un avenir durable
Au cœur du Sénégal rural, la paroisse de Mbettite fait face à des défis économiques et environnementaux majeurs. Dans ce pays où l’agriculture dépend de trois mois de pluies annuelles, les rendements sont limités, fragilisant les conditions de vie des habitants.
Pour répondre à ces enjeux, la paroisse a initié un projet ambitieux visant à renforcer l’autosuffisance alimentaire et à générer des revenus durables. Concrètement, il s’agit de sécuriser un champ communautaire, d’y développer des pratiques agricoles durables (agroforesterie, maraîchage, élevage) et d’installer un mini-forage.
Ce projet ne se limite pas à l’agriculture : il contribue aussi à la cohésion sociale en rassemblant différentes confessions autour d’un objectif commun. Il lutte contre l’exode rural et l’immigration clandestine en offrant aux jeunes des perspectives locales. Grâce à l’engagement des agriculteurs et éleveurs de la région et à l’ouverture de la population aux initiatives de développement, ce projet pourrait bénéficier à environ 1100 habitants, soit toute la population du village.
En soutenant la paroisse de Mbettite, vous participez à un projet porteur d’espoir, d’autonomie et de résilience pour toute une communauté.
Aux portes du Parc National des Virunga, la ville de Goma et ses environs sont confrontés à une déforestation massive. Face au chômage, de nombreux jeunes n’ont d’autre choix que de couper du bois dans le parc pour en faire du charbon destiné à la vente, mettant en péril cet écosystème unique. Cette surexploitation accentue les dérèglements climatiques, bouleverse les saisons agricoles et fragilise encore plus les populations locales.
Pour répondre à cette urgence, la Communauté Baptiste au Centre de l’Afrique (CBCA) – paroisse Ndosho a lancé un projet innovant alliant formation et entrepreneuriat. L’objectif est double : sensibiliser les jeunes aux enjeux environnementaux et leur offrir des alternatives économiques durables. À travers des formations à la fabrication de foyers à cuisson améliorés (qui réduisent la consommation de bois), en pâtisserie et en entrepreneuriat, le projet permet à ces jeunes de développer des compétences et de créer leurs propres entreprises.
Grâce à un système de crédits rotatifs, les bénéficiaires reçoivent un soutien matériel et financier pour démarrer leur activité, avec un impact positif qui se propage bien au-delà des seuls participants : réduction de la pression sur les forêts, économie de bois pour les familles, et création d’emplois locaux.
Ce projet est une véritable solution d’avenir : il protège l’environnement tout en luttant contre la pauvreté et le chômage. Soutenir cette initiative, c’est contribuer à préserver l’un des joyaux naturels de l’Afrique et à offrir de nouvelles perspectives aux jeunes de Goma.
À Goma, en RDC, l’insécurité croissante et la criminalité mettent en péril le quotidien des familles, en particulier celui des jeunes enfants. Le kidnapping est devenu une menace constante, obligeant les parents à redoubler de vigilance. Dans ce contexte, la crèche « La Graine » s’impose comme un refuge sûr, offrant un accueil sécurisé et éducatif aux enfants de 2 mois à 5 ans, tout en permettant aux mères de conserver leur emploi.
Mais un problème majeur subsiste : le transport des enfants. De nombreux parents doivent parcourir de longues distances pour amener leurs enfants à la crèche, souvent à pied ou sur des taxis-motos, exposant les plus petits à des risques d’accidents ou d’enlèvements. Face à cette réalité, l’acquisition d’un minibus devient une solution essentielle.
Ce projet vise à financer l’achat d’un minibus sécurisé pour :
protéger les enfants en leur évitant des trajets dangereux
faciliter la vie des parents, qui arriveront à l’heure au travail
faciliter l’accès à la crèche aux familles éloignées
renforcer la visibilité de la crèche, encourageant ainsi plus de parents à y inscrire leurs enfants.
Grâce à ce transport scolaire, les enfants pourront se rendre en toute sécurité à « La Graine » chaque jour, bénéficiant d’un cadre bienveillant et éducatif.
Soutenir ce projet, c’est offrir un avenir plus sûr aux enfants et soulager les familles de Goma.
Le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), acteur majeur du développement rural, met en œuvre des solutions innovantes pour encourager une agriculture durable en Afrique. Face à l’usage intensif d’engrais chimiques et de pesticides, le Secaar lance un projet innovant à destination des agriculteurs et agricultrices pour :
Remplacer les produits chimiques de synthèse par des alternatives naturelles (biopesticides et compost)
Former les agriculteurs et agricultrices aux pratiques agroécologiques et au séchage solaire de légumes produits localement
Réduire l’empreinte écologique des exploitations agricoles en diminuant leurs émissions de gaz à effet de serre.
Grâce à cette initiative, le Secaar ne se contente pas de sensibiliser : il offre des solutions concrètes aux agriculteurs pour une production plus responsable et plus durable !
L’Université de l’Alliance Chrétienne (UAC) de Boma, leader dans la formation des théologiens au Kongo Central (RDC), s’engage à offrir une éducation de qualité, alliant excellence académique et profondeur spirituelle.
Dans cette optique, un programme d’échange de professeurs avec l’Université Protestante au Congo (UPC) de Kinshasa a été mis en place. Depuis plusieurs années, huit enseignants de l’UPC viennent dispenser des cours essentiels en Théologie Systématique, Ancien Testament, Nouveau Testament, Théologie Pratique, Histoire et Missiologie.
Ce projet vise à renforcer ces échanges, en garantissant aux étudiants :
un enseignement de qualité
un accès aux dernières recherches et publications théologiques
une formation plus complète et plus rigoureuse, préparant efficacement les futurs pasteurs et théologiens.
S’inscrivant dans la dynamique des associations ASTHEOL (Association de formation théologique d’Afrique Centrale) dont I’UAC fait partie, ATIEA (Association des Institutions de formation théologique d’Afrique orientale) et ATISCA (Association des Institutions de formation d’Afrique australe et centrale), ce projet contribue également à la coopération entre les institutions théologiques africaines pour améliorer la qualité de la formation et favoriser le développement des enseignants et chercheurs.
Soutenir ce projet, c’est investir dans l’avenir de la formation théologique en RDC !
« Les jeudis du Défap » en 2025 : les réflexions missiologiques et interculturelles reprennent
Les « Jeudis du Défap », ensemble de visio-conférences interactives lancées en 2024, reprennent de plus belle cette année avec 8 conférences qui mobiliseront des intervenants sur la scène internationale. Les dates sont désormais connues, les thématiques et les intervenants également.
Vous avez aimé le concept l’année dernière ? Bonne nouvelle, cinq rendez-vous de plus vous sont proposés en 2025 pour vous exercer davantage à la réflexion missiologique et interculturelle. Les huit intervenants proviennent de divers pays (France, Cameroun, Togo, RDC, Congo), ce qui aura le mérite d’enrichir les points de vue et le partage d’expériences pendant ces moments à la fois chaleureux et instructifs.
Découvrez les dates, les sujets et les intervenants :
13 février : Formation théologique et promotion / leadership des femmes dans l’église en Afrique, avec Gertrude KAMGUE TOKAM
20 mars : Identité – hostilité – hospitalité, avec Olivier ABEL
24 avril : Afropéanité et transformation du christianisme en Europe, avec Jeanine MOUKAMINEGA
22 mai : Imaginaire et théologie de la reconstruction, avec Elom Komivi ALAGBO
11 septembre : L’Afrique dans la bible, avec Lévi NGANGURA
9 octobre : La femme dans l’Eglise en RDC ? Regard rétrospectif sur le rôle de la femme dans la société et dans l’église à l’époque coloniale. Le cas de la RDC, avec Robert BAHIZIRE
6 novembre : La pratique du ministère de délivrance dans les Eglises d’Afrique…réalités, dangers et perspectives, avec Parfait-Benedict MADOUMBA
11 décembre : Ethique protestante et proposition sociétale, avec Richard LENGO
Vous avez la possibilité de vous inscrire afin de recevoir les détails de chaque rencontre et choisir ou pas d’y participer.
Vous avez assisté à une ou plusieurs conférences des « Jeudis du Défap » en 2024 ? Vos avis nous sont précieux ! Partagez-nous ce que vous avez pensé, dites nous si vous avez des thématiques que vous aimeriez voir abordées pendant ces moments.
Soutenir l’agroécologie au Togo : le combat pour la justice climatique se poursuit !
Le Défap, engagé dans une démarche ambitieuse de réduction de son empreinte écologique, poursuit son objectif de neutralité carbone en soutenant chaque année des projets de « compensation carbone ». Après vous avoir sollicités en 2024 pour le projet d’installation d’un biodigesteur dans le village d’Agbonan, au Bénin, nous avons besoin de vous pour ce nouveau défi qui se profile pour 2025 : accompagner les agriculteurs et agricultrices au Togo vers des pratiques agroécologiques et durables, grâce à l’expertise du Secaar.
Avant d’en venir à ce nouveau projet, nous souhaitons remercier chaleureusement nos donateurs et donatrices pour leur générosité lors du dernier appel à dons. Grâce à vous, 2 700 € sur les 5 600 € attendus ont été récoltés pour financer l’installation d’un biodigesteur à Agbonan, au Bénin. Ce dispositif innovant, qui permettra de transformer les déchets organiques en biogaz et fertilisants agricoles, sera finalisé cette année grâce à un complément de financement pris en charge par le Défap.
Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de l’avancée du projet !
2025 : Soutenir la transition agroécologique au Togo
Cette année, notre objectif est d’accompagner les agriculteurs et agricultrices au Togo vers une agriculture plus durable et respectueuse de l’environnement. En collaboration avec le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), l’objectif est de réduire leur dépendance aux engrais chimiques et pesticides, tout en valorisant les ressources naturelles locales. Ce projet est essentiel non seulement pour préserver l’environnement mais aussi pour promouvoir la justice sociale, au cœur des missions du Défap et du Secaar. Et pour cela, nous devons réunir 4 000 €.
Un projet aux multiples impacts positifs
Voici comment ce projet contribuera à améliorer durablement les pratiques agricoles :
Production de compost et biopesticides :
Formation des agriculteurs-rices à la fabrication de compost (18 tonnes produites/an).
Fabrication de pesticides biologiques (8 000 litres/an).
Valorisation des produits agricoles locaux :
Acquisition d’un séchoir solaire et du matériel nécessaire à la production de biopesticides
Formation à la transformation des légumes produits localement via le séchage solaire.
Réduction de l’empreinte écologique :
Une agriculture durable pour limiter l’utilisation de produits chimiques polluants.
Une démarche qui valorise les pratiques agroécologiques tout en soutenant l’économie locale.
Le Défap s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 60 % d’ici 2050, tout en soutenant chaque année des projets concrets de compensation carbone. Ce projet au Togo est une nouvelle étape dans cet engagement. En participant, vous contribuerez à :
Lutter contre les effets néfastes du changement climatiques
Soutenir les communautés agricoles les plus vulnérables
Promouvoir des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
Comment participer ?
Chaque don compte, et même un petit geste peut avoir un impact significatif. De plus, grâce à la réduction fiscale de 66 % (dans la limite de 20 % de votre revenu imposable), votre contribution est avantageuse :
Un don de 20 € vous coûte 6,80 € après déduction fiscale.
Un don de 100 € vous coûte 34 € après déduction fiscale.
Un don de 500 € vous coûte 170 € après déduction fiscale.
Le Défap, aux côtés de partenaires comme le Secaar, prend sa part de responsabilité dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Grâce à votre soutien, nous pouvons continuer à agir pour un monde plus juste et respectueux de l’environnement.
Merci d’avance pour votre générosité ! Ensemble, contribuons à bâtir un avenir où l’écologie et la solidarité vont de pair.
Restez informés
Suivez nos actualités pour découvrir l’avancement du projet au Togo et celui du biodigesteur au Bénin ! Votre mobilisation est la clé de notre réussite.
Believe en VSI : « l’été a été bien chargé dans tous les domaines »
Depuis quelques mois, Believe est en VSI à Marseille où elle a pour mission de soutenir l’éducation à la citoyenneté responsable et à la solidarité en quartier prioritaire. Dans cette lettre de nouvelles, elle revient sur les activités effectuées dans ce cadre pendant l’été dernier.
Je ne sais même pas par où commencer car l’été a été bien chargé dans tous les domaines. Avec l’équipe, nous avons organisé la journée des bénévoles de l’association, une première édition pour moi, car nous voulions les remercier pour leur travail et leur engagement durant l’année scolaire. Ce n’était pas facile, de la préparation à l’exécution, mais c’était agréable d’avoir accompli mes obligations à la fin. Je suis prête à m’y relancer sans hésitation, car c’était formidable de partager tous ces moments ensemble. Ensuite, il y a eu le départ de nos pasteurs à l’église, où je suis aussi engagée par plaisir dans la chorale et le groupe musical. La fête de la musique était donc de mise avec le culte d’envoi. J’ai également été ravie de participer à la 2ème édition de la collecte pour la banque alimentaire cette année, même si les informations sont arrivées à la dernière minute. Ensemble, nous avons fait de notre mieux, car c’est en partie grâce à cela que nous recevons les produits pour constituer les colis alimentaires que nous distribuons.
Les activités de l’été ont été préparées à l’avance et étaient variées selon l’âge des enfants et les besoins exprimés lors des bilans, tout en restant proches de la formule de l’année passée. Nous avons mis en place un atelier intitulé « Tous champions », en lien avec les Jeux Olympiques, où les mères et les enfants se sont réunis pour un événement familial. Les parents ont dégusté du thé, du café et des snacks tout en discutant, tandis que les enfants jouaient à des jeux et faisaient de l’artisanat. Nous avons terminé notre dernière rencontre par un délicieux déjeuner international. Un groupe de bénévoles et de familles se rendait à la plage chaque semaine pour faire des vagues et s’amuser, avec un pique-nique sur place. De nombreuses familles ont participé à des activités lors d’un festival dans le 1er arrondissement, comprenant des séances de cuisine, un atelier de dessin, un atelier d’art, de la danse, des jeux et bien plus encore. Les familles ont été accueillies dans une église locale pour jouer à des jeux de société. Les plus petits jouaient dans la garderie, tandis que les plus grands apprenaient divers jeux de société. Un délicieux goûter était servi à tous dans l’après-midi. Marhaban a participé à des sorties dans deux immenses parcs, tels que le Parc Spirou et le Parc Magic Land. Nous avons également visité le musée du Parc Borély, le musée du Parc Longchamp et fait une promenade en bateau au Vieux-Port. Nous avons également co-construit un grand banquet d’aide alimentaire avec nos partenaires et, bien sûr, nos bénévoles venant de différents pays, qui ont assuré la préparation des recettes en cuisine.
J’ai réussi à m’éclipser pendant quelques semaines pour visiter plusieurs villes, notamment Lyon, Lille, Aix-en-Provence et La Ciotat, et essayer de me reposer un peu avant de reprendre. Cette rentrée a été mouvementée car nous avons participé à la braderie du centre-ville de Marseille. C’était magnifique de pouvoir parler de notre travail avec les clients qui passaient, tout en écoulant nos stocks, et bien sûr de montrer les résultats de notre atelier textile au public. Enfin, nous avons co-organisé avec d’autres associations la fête du quartier où résident la plupart de nos bénéficiaires. Plus les jours passent, plus je suis fière des objectifs que je réussis à atteindre au fil de ma mission.
Robert et l’intégration des femmes dans le ministère pastoral
Originaire de la République Démocratique du Congo, le docteur et enseignant Robert Bahizire est en séjour à Paris pour trois mois dans le cadre de ses recherches. Membre de la communauté baptiste au centre de l’Afrique, affiliée à l’Église du Christ au Congo, il explore la question de « l’intégration des femmes dans le ministère pastoral au sein des Églises protestantes au Kivu ». Ce séjour prolonge ses travaux de 2020, où il s’était penché sur l’ordination des femmes dans les Églises baptistes et pentecôtistes. Découvrez ce chercheur passionné dans ce nouveau podcast !
L’intégration de la femme au ministère pastoral dans les Églises protestantes au Kivu
Gisèle et l’image de la femme dans la sagesse biblique
Allons à la rencontre de Gisèle Alenge qui est arrivée cette semaine au Défap pour poursuivre et terminer ses recherches de doctorat, après un premier passage en 2019. Dans sa thèse, elle se penche sur l’image de la femme dans certains textes bibliques : « La figure féminine dans les discours sapientiaux, une étude exégétique de quelques textes de Proverbes, Qohélet et Job ». Découvrons également ses premières impressions depuis son arrivée.
Nous retrouvons Komivi Elom Alagbo, pasteur de l’Église évangélique presbytérienne du Togo venu en France pour travailler sur sa thèse de doctorat, à la fin de son séjour de recherche à Paris. Quelles sont les images, les impressions qui l’auront le plus marqué durant ces trois mois ? La chaleur de l’accueil au Défap et au sein des étudiants de l’IPT, tout d’abord. Une chaleur contrastant avec la difficulté à entrer en contact avec les Parisiens… Le contraste, ensuite, entre la prospérité de la société française et la présence de sans-abri dans les rues. Mais aussi les efforts visibles pour mettre des arbres et de la verdure partout…