Congo : étudier pour changer la société

Dans un pays, la République Démocratique du Congo, qui cumule richesses naturelles et extrême pauvreté de la population, corruption et flambées de violence, l’UPRECO se veut un acteur de changement. Cette université fondée par l’Église presbytérienne au Congo, et soutenue par le Défap, forme des pasteurs, des juristes, des agronomes, des économistes, en conjuguant une qualité d’enseignement très reconnue et de solides valeurs chrétiennes. Son recteur Simon Kabue Mbala, qui est aussi pasteur et professeur de Nouveau Testament, de passage en France au cours de ce mois de mai 2019, a été invité par diverses paroisses protestantes. Il y a plaidé pour la poursuite des échanges entre France et RDC, cruciaux pour cette université aux moyens limités et dont l’avenir se construit à travers une lutte quotidienne.

Simon Kabue Mbala, recteur de l’UPRECO, photographié dans le jardin du Défap © Défap

 

Que représente aujourd’hui l’UPRECO en République Démocratique du Congo ?

Simon Kabue Mbala : L’UPRECO a été fondée par l’Église presbytérienne au Congo. C’est une université qui se trouve au cœur de la province du Kasaï – une région de République Démocratique du Congo qui est très pauvre et enclavée, essentiellement pour des raisons politiques : elle est généralement vue comme le bastion de l’opposition au pouvoir central. À l’origine de la création de l’UPRECO, il y a eu tout d’abord la volonté de l’Église de mieux former ses pasteurs, afin qu’ils soient mieux outillés pour accompagner, mais aussi transformer les humains et la société : la première filière ouverte a été la faculté de théologie. Puis, pour lutter contre l’un des maux majeurs du pays qui est la corruption, l’Église a ouvert une faculté de droit. Ensuite, comme le Congo est un pays très riche, mais dont la population est très pauvre et où beaucoup meurent de faim, a été créée une faculté d’agronomie, à laquelle est venue s’ajouter celle d’économie. Et comme le monde aujourd’hui est globalisé, qu’il faut pouvoir s’y adapter, l’UPRECO s’est dotée d’une faculté d’informatique.

Dans notre université, nous avons la Bible dans notre main droite, et la science dans notre main gauche. Tous nos étudiants doivent être de vrais témoins de Christ. Et la qualité de notre travail et de nos enseignements est appréciée. Notre université est aujourd’hui très reconnue à travers le pays. À titre d’exemple, lors du concours annuel de juristes qui est organisé en RDC, les cinq premières places sont régulièrement occupées par des étudiants de l’UPRECO. Ceux qui sont issus de chez nous occupent souvent des postes de responsabilité.

Mais l’UPRECO ne se finance qu’avec les frais d’inscription des étudiants ; or beaucoup proviennent de familles pauvres, et ne sont pas en mesure de payer. De ce fait, les professeurs eux-mêmes ne peuvent souvent pas être payés. Mais nous faisons des sacrifices, et nous nous donnons beaucoup dans notre travail, parce que c’est l’œuvre du Seigneur. Les paroisses voisines de l’Église presbytérienne au Congo nous soutiennent régulièrement par des contributions ponctuelles, que ce soit en argent, en nourriture ou en vêtements : elles sont conscientes de l’importance d’avoir des pasteurs bien formés pour assurer un bon encadrement spirituel des fidèles, des juristes de qualité, des agronomes, des économistes, des informaticiens, tous capables d’aider à changer le pays et ayant un bon témoignage chrétien – ce qui implique entre autres qu’ils soient capables de résister à la corruption… Il y a beaucoup de ces paroisses qui soutiennent ainsi l’UPRECO, conscientes de l’importance de cette université, pour qu’elle continue à fonctionner et qu’elle ne ferme pas.

Quelles sont les relations de cette université fondée par l’Église presbytérienne au Congo avec les Églises de France ?

Simon Kabue Mbala : Nous avons des échanges réguliers avec les Églises protestantes de France, via le Défap. Divers invités venus de France sont passés à l’UPRECO, soit pour y enseigner dans notre faculté de théologie, soit pour des projets communs : je pense notamment à la bibliste Christine Prieto, à Olivier Abel, professeur à l’Institut Protestant de Théologie, au pasteur et docteur en théologie Marc-Frédéric Müller ; à l’ancien directeur de l’Institut Al Mowafaqa, Bernard Coyault, au pasteur Antoine Nouis, au pasteur et théologien Philippe Kabongo M’Baya ; mais aussi à Joann Charass et Claire-Lise Lombard, venues soutenir notre bibliothèque à travers la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone, ainsi qu’à Jacqueline Gascuel, conservateur des bibliothèques et figure marquante du secteur du livre en France… Tous ces échanges, outre les enseignements qui sont dispensés ou le soutien concret qui nous est apporté, nous encouragent beaucoup, et nous souhaitons qu’ils se poursuivent.

Un des bâtiments de l’UPRECO équipé de panneaux photovoltaïque – projet soutenu par le Défap © Défap

Comment a été perçue votre intervention dans les paroisses de France où vous avez été invité ?

Simon Kabue Mbala : Que ce soit à la paroisse d’Aix-en-Provence, où j’ai été accueilli par le pasteur Gil Daudet et par un public qui devait avoisiner les 500 personnes, ou à la paroisse de l’Annonciation, que j’ai visitée plus récemment, j’ai été frappé par la manière dont ma présentation de l’UPRECO a été reçue par le public. Beaucoup ont manifesté la volonté d’aider. Ce qui les a le plus frappés, je crois, c’est tout ce qui tourne autour du statut de la femme. Autrefois exploitée, elle ne pouvait aller à l’école et devait se cantonner aux travaux domestiques ou des champs ; or dans notre université, nous encourageons l’éducation des jeunes femmes pour qu’elles puissent acquérir des responsabilités. Cette question du statut de la femme est étroitement liée à celle de la pauvreté, avec l’idée qu’une amélioration du niveau d’étude féminin permettrait d’aider la population à améliorer son sort. Le Défap soutient d’ailleurs le financement de bourses pour un certain nombre de nos étudiantes. Les résultats sont déjà éloquents : parmi les jeunes filles qui ont étudié à l’UPRECO, certaines travaillent aujourd’hui dans des écoles, des organismes publics, et leur travail y est apprécié. Certaines dirigent même des paroisses.

Quels sont les besoins actuels de votre université ?

Simon Kabue Mbala : Il y a des besoins matériels : équiper la bibliothèque, en matériel informatique comme en ouvrages récents, et former son personnel ; poursuivre l’installation de cellules photovoltaïques pour électrifier les bâtiments (les bâtiments administratifs ont été équipés avec le soutien du Défap) ; soutenir les enseignants qui n’ont pas de salaire… Mais au-delà, il nous faut penser à la relève. Nous avons besoin d’enseignants formés au niveau doctorat, qui puissent revenir enseigner chez nous. Pour l’instant, nous ne pouvons former nos étudiants que jusqu’au niveau master. Pour qu’ils aient un doctorat, la seule solution actuellement serait qu’ils aillent dans une autre université, par exemple à l’UPC, à Kinshasa (autre partenaire du Défap en RDC) ; et pour cela, il leur faudrait des bourses. Dans ce domaine aussi, qui est crucial pour l’avenir de l’UPRECO, les Églises de France peuvent nous aider.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Les collectionneurs ont rendez-vous avec le Congo

Alors même que Jean-Luc Blanc, secrétaire général du Défap, et Tünde Lamboley, chargée de la formation théologique, rencontrent les partenaires du Service protestant de Mission en République démocratique du Congo, le service Philatélie prépare la prochaine Bourse des Collectionneurs de Colombes, le dimanche 17 mars. Les fonds qui seront récoltés grâce aux ventes de timbres serviront précisément à financer des bourses pour les étudiantes de l’UPRECO, à Kananga, une zone enclavée et délaissée par le pouvoir de Kinshasa.

La 20ème Bourse des Collectionneurs organisée par l’Amicale Pluricollections de Colombes et Environs (APCE)

 

Le dimanche 17 mars 2019 aura lieu la 20ème Bourse des Collectionneurs organisée par l’Amicale Pluricollections de Colombes et Environs (APCE). Les visiteurs pourront y acheter des timbres, des cartes postales, des monnaies mais aussi des vieux papiers, des livres et beaucoup d’autres objets, proposés par la cinquantaine d’exposants conviés à cette rencontre annuelle. L’entrée et le parking sont gratuits, angle des rues Léon Bourgeois et Eugène Besançon (voir carte ci-dessous). Le Défap sera représenté lors de ce rendez-vous à travers son service Philatélie, et proposera à la vente ses collections de timbres, dont le produit servira à financer des bourses pour des étudiantes congolaises. Hasard du calendrier, cette Bourse des Collectionneurs va se tenir moins d’un mois après le retour en France de Jean-Luc Blanc, secrétaire général du Défap, et de Tünde Lamboley, chargée (notamment) de la formation théologique, partis en République démocratique du Congo pour rencontrer les divers partenaires du Service protestant de Mission, parmi lesquels figure justement l’université de Kananga…

Les rendez-vous comme celui qui aura lieu ce 17 mars sont cruciaux pour le service Philatélie ; mais ils ne doivent pas pour autant faire oublier le travail qui s’effectue tout au long de l’année, sous l’impulsion des bénévoles mobilisés pour recueillir, trier et classer les timbres. Et au-delà, ce service ne pourrait fonctionner sans tous les donateurs qui permettent d’alimenter le stock de timbres, et qui doivent être chaleureusement remerciés…

Des relations de longue date

Pour aller plus loin :
RDC : fiche pays et actualité du Défap
Des timbres pour aider les étudiantes de l’UPRECO
Des bibles pour Kananga
Visite en images de l’UPRECO
Pour aider les étudiantes de l’UPRECO, vous pouvez aussi retrouver les timbres proposés par le service philatélie sur la boutique du Défap, en cliquant ici.

Le service Philatélie du Défap fonctionne grâce à trois bénévoles : Alain Gilles, Geneviève Minssen et Jean Roman, qui se retrouvent régulièrement au 102 boulevard Arago, dans un local situé un étage en-dessous du hall d’accueil du Défap. C’est là qu’ils stockent, trient et organisent les collections qui seront présentées lors de rendez-vous comme la Bourse des Collectionneurs de l’APCE. Les timbres arrivent de toute la France ; ils sont regroupés par séries identiques dans des enveloppes de cent, rangés en sacs destinés aux négociants qui les achètent au poids… Un travail de longue haleine pour les membres de ce service, qui sont régulièrement à la recherche de bonnes volontés pour les assister, soit au 102 boulevard Arago, soit pour tenir un rôle de correspondant dans leur paroisse. Les fonds ainsi récoltés servant à financer des bourses pour des étudiantes à plus de 9000 km de Paris : à Kananga, en République démocratique du Congo.

Kananga, l’ancienne Luluabourg fondée en 1884 sur la rive de la rivière Lulua, est la capitale du Kasaï-Occidental – une province enclavée, loin de la capitale Kinshasa, isolée des centres de décision par des centaines de kilomètres de routes impraticables. On n’y accède que par avion. C’est là que se trouve l’UPRECO (Université Presbytérienne du Congo), l’une des trois universités protestantes avec lesquelles les Églises de France sont en lien dans ce pays à travers le Défap. Outre la théologie, on y enseigne le droit et l’agronomie. Aussi délaissée par les autorités et privée de moyens que l’est la ville de Kananga elle-même, l’UPRECO a pourtant un rôle essentiel à jouer dans cette région extrêmement pauvre où les jeunes n’ont pas les moyens d’aller étudier dans les grandes villes plus développées. La situation est particulièrement difficile pour les étudiantes, qui vivent dans une grande pauvreté : très peu de filles ont les moyens de suivre des études, car les familles, quand elles le peuvent, choisissent de financer plutôt les études des garçons.

Les relations entre les protestants de France et cette université se sont développées suite à un séjour de professeurs français à l’UPRECO, qui sont revenus particulièrement touchés par la situation des étudiants de Kananga. Ces liens prennent aujourd’hui la forme d’un soutien direct à la faculté de théologie, d’envois d’enseignants… Ils passent aussi par des bourses d’appoint pour les étudiantes. Et voilà comment les timbres triés à Paris aident à soutenir l’Université Presbytérienne du Congo : au cours des dernières années, les revenus de la philatélie du Défap ont permis de financer en moyenne 10 bourses par an.

 

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
    – L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
    – L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
    – L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
  Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
  Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.

 




Un prix Nobel de la paix pour Denis Mukwege, «l’homme qui répare les femmes»

Gynécologue devenu un symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes, Denis Mukwege est avant tout un protestant convaincu, qui puise la force de son engagement dans ses convictions ; et c’est précisément pour parler du rôle et de l’engagement des Églises protestantes au sein de la société congolaise, qu’il avait reçu en mars dernier Jean-Luc Blanc, du Défap, dans son hôpital à Bukavu.

Denis Mukwege en compagnie de Jean-Luc Blanc à Bukavu © Défap

Voilà plusieurs années que Denis Mukwege était pressenti pour le prix Nobel de la paix. Il avait déjà reçu entre autres le prix des droits de l’homme des Nations unies en 2008, le prix Sakharov en 2014 : autant de marques de reconnaissance internationale pour le combat de «l’homme qui répare les femmes». Ce vendredi 5 octobre à Oslo, le prix Nobel de la paix 2018 a été attribué conjointement au docteur Denis Mukwege et à Nadia Murad : le gynécologue qui dénonce inlassablement les viols et les mutilations sexuelles au Congo, et l’ancienne esclave sexuelle de Daesh. Deux symboles des violences faites aux femmes lors des conflits. «Denis Mukwege et Nadia Murad ont tous les deux risqué personnellement leur vie en luttant courageusement contre les crimes de guerre et en demandant justice pour les victimes», a souligné Berit Reiss-Andersen, présidente du comité Nobel.

Dans son hôpital Panzi, à Bukavu, qu’il a fondé et qu’il dirige, Denis Mukwege prend en charge les femmes ayant subi des viols collectifs, sur les plans médical, psychologique et spirituel ; et en-dehors, dans son pays et tout particulièrement sur la scène internationale, il dénonce les violences dont elles sont victimes, le viol et les mutilations faisant partie des armes de guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo. Cette dénonciation inlassable a donné lieu à plusieurs livres et à deux films, dont le plus connu date de 2015 : «L’Homme qui répare les femmes : La Colère d’Hippocrate», de Thierry Michel et Colette Braeckman.

«Dépasser l’inégalité entre hommes et femmes dans les Églises»

Pour aller plus loin :

Avant d’être médecin et gynécologue, Denis Mukwege est fils de pasteur et pasteur lui-même, et c’est au nom de ses convictions protestantes qu’il s’est lancé dans un combat contre les violences faites aux femmes qui a failli plusieurs fois lui coûter la vie. Il témoigne d’une Église qui s’engage et ne connaît pas la langue de bois. «Vous, pasteurs», déclarait-il ainsi en 2017 en Namibie devant les invités de l’assemblée générale de la Fédération luthérienne mondiale, «avez la possibilité de parler à beaucoup de personnes. C’est un pouvoir dont vous devez faire bon usage. Il faut dépasser l’inégalité entre hommes et femmes dans les Églises, sinon cela invalide tout le reste.»

Son action, son témoignage et sa reconnaissance internationale croissante lui valent d’être régulièrement en délicatesse avec le pouvoir congolais, dans un pays que Joseph Kabila, à la tête de l’État depuis la mort de son père, Laurent-Désiré Kabila, en 2001, dirige depuis décembre 2016 sans mandat. Une situation qui place les Églises en situation de fragilité, et fait d’elles des cibles du pouvoir : d’abord l’Église catholique, qui s’est impliquée dans une médiation face à la violence de la répression des manifestations anti-Kabila – médiation dont elle a fini par se retirer devant le peu d’empressement du président à respecter les accords qu’elle s’efforçait d’obtenir ; ensuite, l’Église du Christ au Congo, principale Fédération protestante de RDC, dont le nouveau président élu le 19 août dernier, le pasteur André Bokundoa-Bo-Likabe, a décidé de rompre avec l’attitude jusqu’alors en vigueur de neutralité bienveillante vis-à-vis du pouvoir.

C’était, notamment, pour parler de ce rôle des Églises au sein de la société congolaise que Denis Mukwege avait reçu, en mars 2018, Jean-Luc Blanc, du Défap, alors en visite en RDC pour établir des liens avec l’Église du Christ au Congo. Si le prix Nobel de la paix qu’il vient de recevoir lui a valu des félicitations du bout des lèvres de la part du gouvernement congolais, dont le porte-parole a rappelé qu’il «n’a pas toujours été d’accord et continuera à ne pas l’être (avec le docteur Mukwege), parce que l’humanitaire est sacré et ne doit pas être mêlé à des choses politiques», cette distinction a été accueillie avec enthousiasme par les communautés congolaises à l’étranger, et notamment en France.

Franck Lefebvre-Billiez




Un marathon de Nouveau Testament à l’Université Protestante au Congo

Christine Prieto en compagnie des étudiants de l’UPC © Christine Prieto pour Défap

Avec ses 9000 étudiants, dont 300 en théologie, l’Université Protestante au Congo (UPC) représente tout simplement le plus grand campus protestant francophone au monde. Établie en plein cœur de Kinshasa, capitale de plus de 14 millions d’habitants à l’Ouest de la République Démocratique du Congo, elle se situe dans le quartier de la Cathédrale du Centenaire, l’un des plus impressionnants bâtiments religieux protestants du continent. C’est là que s’est rendue, au cours du mois d’avril 2018, Christine Prieto.

Christine Prieto fait partie des intervenants régulièrement sollicités par le Défap pour assurer des missions courtes d’enseignement dans des centres de formation théologique en Afrique. Membre de l’Église protestante unie de France, elle a été formée à la fois à Paris et à Lausanne ; elle est docteur en théologie, bibliste et chargée de cours à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Au cours de son séjour de deux semaines en République Démocratique du Congo, elle a été amenée à assurer une série de cours de Nouveau Testament à l’UPC. Un séjour qu’elle décrit comme «dense», et dont l’organisation n’a pas été simplifiée par les tensions politiques actuelles que connaît le pays ; mais, précisément pour ce fait, sa présence a été accueillie avec d’autant plus de reconnaissance à la fois par les étudiants et par les enseignants.

Un ancien boursier du Défap fait le relais

Il s’agissait de remplacer au pied levé un professeur de Nouveau Testament brutalement décédé au cours de l’hiver. N’ayant pu trouver les compétences requises en pleine année universitaire, l’UPC a lancé des appels – et le lien avec le Service protestant de mission s’est fait via Sébastien Kalombo Kapuku, qui dirige le département de Systématique à l’Université Protestante au Congo, mais qui est aussi un ancien boursier du Défap. L’idée était de faire une session de rattrapage sur un temps court. «Il a fallu trouver comment caser un programme de 90 heures en deux semaines, souligne Christine Prieto ; j’assurais 4 heures de cours le matin et 2 l’après-midi. Et tout cela, six jours par semaine. C’était assez intensif.» Au menu : deux cours complets, l’un, d’une soixantaine d’heures, consacré aux épîtres non pauliniennes, et destiné aux étudiants de licence 1 (équivalent en France du Mastère 1) ; et un deuxième cours d’une trentaine d’heures, destiné aux Mastère 1 et 2, consacré au livre d’Apocalypse. Avec, en outre, une découverte mutuelle salutaire, comme le note Christine Prieto : «J’ai été assez étonnée de voir qu’à l’UPC, les enseignants ont toujours travaillé selon la méthode de la critique historique, mais qu’ils ne faisaient pas d’analyse narrative ; j’ai donc particulièrement mis l’accent dessus. Pour les étudiants, c’était une nouveauté, ils ont beaucoup apprécié. Ils étaient très attentifs, ils avaient plein de questions à poser… Du coup, le doyen de la Faculté m’a suggéré de revenir l’année prochaine, même si l’UPC réussit à trouver un nouveau professeur d’ici là.»


Vue du campus de l’UPC © Christine Prieto pour Défap

L’UPC fait partie des cinq universités protestantes avec lesquelles le Défap est en lien en RDC. Il y a encore l’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu); les deux sites de l’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu); et l’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga). Toutes sont membres du RUPA (le Réseau des Universités Protestantes d’Afrique), garant d’un bon niveau académique, et toutes disposent d’une faculté de théologie. Dans un pays aussi vaste que la RDC et où le fait religieux est aussi prégnant, ces universités présentent des promotions impressionnantes : car derrière l’UPC, l’UEA revendique tout de même 3225 étudiants pour dont 686 en théologie ; et encore 3000 étudiants pour l’ULPGL à Goma, dont 380 en théologie… Au sein de ces facultés se rencontrent des élèves issus de communautés ecclésiales différentes, entretenant ainsi le dialogue œcuménique. Parmi leurs responsables figurent souvent d’anciens boursiers du Défap. Les relations avec la France se concrétisent aussi à travers des échanges de professeurs. En outre, le Défap reçoit des étudiants boursiers et des professeurs en congé de recherche.

Dans le cadre de ces relations, Christine Prieto avait déjà eu l’occasion de se rendre à l’UPRECO, au cœur d’une province enclavée et oubliée par le pouvoir central, au centre de la République démocratique du Congo. Sa présence à Kinshasa en ce mois d’avril 2018 marquait un renouveau des relations du Défap avec la RDC et tout particulièrement avec l’Église du Christ au Congo (ECC). À la fois Église et fédération, l’ECC rassemble 95 communautés ecclésiales différentes (on préférera parler de «communautés» plutôt que «d’Églises» au sein de l’ECC), dont 70 sont présentes dans la seule ville de Kinshasa. Son président actuel, le pasteur Bokundoa, élu en août 2017, a décidé de rompre avec une attitude de trop grande proximité avec un pouvoir autoritaire, caractéristique jusqu’alors de l’EEC ; ce qui a valu dès lors à l’ECC des tensions croissantes avec le régime de Joseph Kabila, à l’instar de diverses autres Églises déjà soumises à forte pression, mais aussi des marques appuyées de soutien de la part du protestantisme français.




RD Congo : l’appel du pasteur Bokundoa à «nos frères et sœurs protestants»

Le pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, en visite au Défap © Défap

Depuis 1997, la République Démocratique du Congo est dirigée par un Kabila : il y eut d’abord Laurent-Désiré Kabila, le tombeur de Mobutu ; puis, après son assassinat en 2001, son fils, Joseph Kabila. Il est toujours à la tête du pays, mais depuis fin 2016, et depuis la fin de son deuxième et théoriquement dernier mandat présidentiel, il a épuisé toutes les formes légales qui lui permettaient de se maintenir au pouvoir. Il gouverne donc sans mandat ; l’opposition politique, divisée depuis la mort en Belgique de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, ne semble pas en mesure de le contrer efficacement, ni de résister à une répression qui s’avère violente. Dans ce pays divisé, en proie à des guerres civiles larvées, qui figure parmi les plus pauvres du monde (le taux de pauvreté y est de 64%), c’est l’Église catholique, seule institution ayant la légitimité suffisante auprès de la population, qui après avoir joué un rôle de médiateur entre le régime et les opposants, a fini par prendre la tête de la contestation. Quant aux protestants, Joseph Kabila s’était acquis leur soutien tacite… jusqu’à l’arrivée du pasteur André Bokundoa à la présidence de l’Église du Christ au Congo (ECC), fédération qui regroupe à elle seule 95 communautés ecclésiales à travers le pays. Depuis lors, les relations se sont tendues avec le pouvoir et l’ECC à son tour est menacée par la répression.

En visite au mois de février en République Démocratique du Congo, le pasteur Jean-Luc Blanc, du service des Relations et Solidarités Internationales au Défap, avait eu l’occasion de participer à une réunion de la 53ème session ordinaire du Comité exécutif national de l’ECC et de transmettre un message de soutien voté lors de l’Assemblée Générale de la Fédération Protestante de France (FPF). En ce mois de mars, c’est le pasteur Bokundoa qui est, à son tour, l’invité des protestants de France. Il a notamment rencontré le président de la FPF, le pasteur François Clavairoly, et participé à une réunion de travail rue de Clichy ; il a également été l’invité du Défap, boulevard Arago. Deux visites que Jean-Luc Blanc voit comme complémentaires : «En ce qui concerne les projets d’avenir et nos relations, ils ont surtout été abordés à la Fédération, en allant dans deux directions : plaidoyer en direction des autorités françaises et organisation d’une plateforme RDC sous l’égide de la Fédération. La visite au Défap a davantage permis de parler de la Mission et d’expliquer le rôle du Défap.» À l’occasion de cette visite au 102 boulevard Arago, André Bokundoa a accepté de répondre à quelques questions sur la situation de l’ECC, et a demandé aux protestants de France «une parole publique» de soutien face aux pressions politiques. Il a également transmis le texte de la Déclaration du comité exécutif national de l’Église du Christ au Congo, qui interpelle directement le régime du président Kabila (à retrouver ici).

 

Pour aller plus loin :

Quelle est la situation politique actuelle en République Démocratique du Congo ?

Pasteur André Bokundoa : Nous sommes dans la fièvre et l’ébullition. La dernière élection présidentielle dans notre pays aurait dû être organisée en 2016 ; elle n’a toujours pas eu lieu. Tous à présent, nous attendons cette échéance électorale, car nous avons besoin d’alternance au pays. Nous voulons croire que le 23 décembre 2018, nous aurons bien les élections présidentielle, législatives, provinciales et locales qui nous ont été annoncées pour cette date, et que nous espérons démocratiques et transparentes.

Quelle est la position de l’Église du Christ au Congo ?

La position de l’Église du Christ au Congo, c’est de rester une Église prophétique – dénoncer le mal, encourager le bien. C’est ce que nous faisons aujourd’hui. On a longtemps accusé l’Église du Christ au Congo d’être proche du pouvoir; mais nous voulons nous démarquer de cette image.

Ce qui n’est pas une position facile à tenir, si l’on en juge par la situation du pasteur Ekofo

Certes, ce n’est pas une position facile ; pourtant nous devons nous y tenir, si nous voulons qu’il y ait un vrai changement. Mais actuellement, c’est plutôt le statu quo : nous attendons l’Assemblée qui doit déterminer la répartition des sièges au niveau national; et nous attendons aussi que la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante de la RD. Congo) puisse nous confirmer la tenue effective des prochaines élections. Sinon, nous lui retirerons notre confiance.

Qu’attendez-vous de vos relations avec les protestants de France ?

Nous attendons de vous, d’abord vos prières ; ensuite, une parole publique, qui montre que vous nous soutenez. De manière à ce que les autorités de notre pays sachent que les protestants de France et d’ailleurs soutiennent ceux du Congo. Car parfois, nous nous considérons un peu comme des abandonnés, des orphelins… Lorsque nos amis catholiques organisent des manifestations, ils savent qu’ils ont le Vatican derrière eux. Nous, nous n’avons pas le Vatican; mais nous avons nos frères et sœurs protestants partout dans le monde qui peuvent nous soutenir par leurs déclarations.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




RDC : déclaration de l’Église du Christ au Congo

DECLARATION DU COMITE EXECUTIF NATIONAL DE L’EGLISE DU CHRIST AU CONGO
TENU A KINSHASA DU 19 AU 22 FEVRIER 2018

 

Visite de la délégation de l’ECC au Défap © Défap

Peuple de Dieu,

Nous, Membres du Comité Exécutif National de l’Église du Christ au Congo, réunis en 53ème Session ordinaire, conformément en l’article 17 de la Constitution de l’ECC, du lundi 19 à jeudi 22 Février 2018, au Centre d’accueil Mgr Dr Shaumba à KINSHASA/GOMBE, sous le thème « Faisons de la RDC le principal sujet de notre joie » tiré de Psaumes 137, verset 6b, pour examiner la marche de notre Église et la situation sociopolitique de notre pays ;

Conscients de la mission nous confiée par le Seigneur Jésus Christ, de cultiver et de protéger la création dont la RDC ;

Vu l’identité protestante en cette 501ème année de la célébration de la réforme protestante qui consiste en la piété, l’équité, le travail et la charité ;

Conscients de notre mission de produire les justes conformément aux Proverbes 29 :2a: « Quand les justes sont nombreux, le peuple est dans la joie » et aux Proverbes 14 :34a : « La justice élève une nation » ;

Déterminés à promouvoir le rêve collectif congolais qui vise le vivre ensemble heureux ;

Considérant la situation sociopolitique qui prévaut actuellement dans notre pays, la République Démocratique du Congo ;

Par ces motifs,

Devant la nation et l’histoire ;

Rappelons les faits ci-après conformément à notre déclaration du 23 novembre 2017 :

1. Sur le plan sécuritaire :

L’Église du Christ au Congo continue à déplorer la persistance des violences et de l’insécurité dans certaines villes et quelques villages de la RDC, qui risquent de compromettre le processus électoral en cours.

2. Sur le plan socioéconomique :

Le peuple Congolais continue à croupir dans la misère et la précarité qui s’empirent de jour en jour.

3. Sur le plan politique :

Pour aller plus loin :

Étant témoins de manifestations organisées par nos compatriotes pour réclamer l’application intégrale de l’accord de la Saint Sylvestre du 31 Décembre 2016, nous avons observé les cas de violence et de pertes en vies humaines. La liberté de manifestation étant garantie, sur pied de l’article 26 alinéas 1 de la constitution de notre pays, l’Église du Christ au Congo déplore d’une part le non-respect des procédures légales dans l’organisation des dites manifestations et d’autre part, la répression disproportionnée des forces de sécurité. En sus, nous constatons la persistance de l’absence de la loi organique, prévue par l’article 26 alinéas 4 de la Constitution, qui fixerait les mesures d’application.

Par ailleurs, nous constatons la confusion dans la gestion des Institutions politiques actuelles de notre pays causée par l’existence de deux textes légaux à savoir la Constitution et l’Accord politique de la Saint-Sylvestre.

Par conséquent,

Devant Dieu et devant l’histoire, l’Église du Christ au Congo formule les recommandations suivantes pour faire de la RDC le principal sujet de notre joie :

1. A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE.

– Assurer la sécurité des personnes et de leurs biens sur l’ensemble du territoire, veiller au respect du calendrier électoral s’impliquer personnellement pour faire respecter intégralement la constitution et l’accord de la Saint Sylvestre prêter une oreille attentive aux différentes revendications des acteurs politiques en vue de baliser la voie pour des élections apaisées.

2. AU PARLEMENT.

– Voter dans un plus bref délai, la loi organique portant fixation des mesures d’application des manifestations publiques.
– Voter toutes les lois justes et nécessaires pour l’organisation des élections, en l’occurrence, la loi sur la répartition des sièges.

Philippe Kabongo, le professeur Honoré Muenyi Kamuinga, et André Bokundoa, président de l’ECC, au Zénith pour le grand culte de Protestants en Fête à Strasbourg © Freddy Mulongo

3. AU GOUVERNEMENT.

– Honorer les engagements relatifs au financement de la CENI pour l’organisation des élections prévues au 23 décembre 2018,
– Poursuivre la libération des prisonniers politiques et la résolution effective des cas emblématiques pour la décrispation politique de notre Pays,
– Réajuster et payer les salaires des fonctionnaires au taux budgétaire

4. AU POUVOIR JUDICIAIRE.

– Mettre fin à des procès qui dévalorisent la dignité humaine,
– Arrêter d’instrumentaliser la justice pour des fins politiques,
– Subordonner l’appareil judiciaire aux règles de droits nationaux et internationaux,

5. AUX SERVICES DE SECURITE.

– Mettre fin à la désacralisation des lieux de culte,
– Cesser de se substituer en appareil judiciaire dans la procédure d’interpellation,
– Respecter les limites de leur compétence dans l’exercice de leurs fonctions,

6. A LA COMMISSION ELECTORALE NATIONALE INDEPENDANTE.

– Tenir à la vérité et la transparence soutenues publiquement,
– Informer régulièrement l’opinion de l’évolution du processus,
– Encourager la CENI à mettre tout en oeuvre pour que les élections aient lieu le 23 décembre 2018,

7. AUX ACTEURS POLITIQUES.

– Faire preuve de la responsabilité citoyenne – S’engager à l’éducation civique et électorale de leurs membres – S’impliquer de bonne foi dans le processus électoral

8. A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE.

– Jouer franc jeu dans l’accompagnement du processus électoral et le développement intégral de la RDC

9. AUX CONFESSIONS RELIGIEUSES.

– Favoriser le cadre de dialogue interconfessionnel sincère en vue de réaliser le rêve collectif Congolais ;
– Encourager les confessions religieuses d’assurer leur rôle prophétique

AG de la FPF, fin janvier © Fédération protestante de France

10. AUX MEDIAS.

– Vérifier les informations avant de les publier,
– Rester professionnels et faire preuve d’éthique de responsabilité

11.AU PEUPLE CONGOLAIS.

– S’exercer à la construction de la conscience collective pour faire de la RDC le principal sujet de notre joie,

12. AUX CHRETIENS PROTESTANTS.

  • Aux fidèles :

– Se mobiliser pour les élections du 23 décembre 2018,
– Manifester les ambitions politiques en vue de bénéficier du soutien de l’Église

  • Aux Clergés :

– Encourager, soutenir et accompagner les fidèles qui ont des ambitions politiques,
– Organiser les formations sur l’éducation civique et électorale;
– Continuer à prier pour la paix dans notre pays

Confiante de voir toutes les promesses de Dieu sur la RDC s’accomplir les unes après les autres, l’Église du Christ au Congo encourage les différents acteurs sociopolitiques, chacun en ce qui le concerne, de ménager aucun effort en vue de trouver une issue favorable au processus électoral sus-évoqué. C’est de cette manière que nous pouvons faire de la RDC le principal sujet de notre joie.

Que l’Éternel Dieu bénisse la RDC,
Que l’Eternel Dieu bénisse le peuple Congolais,
Que l’Eternel Dieu bénisse l’ECC !

Fait à Kinshasa, le 22 Février 2018.

 

Pour le Comité Exécutif National de l’ECC

Mgr Gabriel UNDA YEMBA
Modérateur du Synode National
Rév. Dr André BOKONDOA Bo-LIKABE
Président National et Représentant Légal

 




Le président de l’Église du Christ au Congo à la rencontre des protestants de France

Philippe Kabongo, le professeur Honoré Muenyi Kamuinga, et André Bokundoa, président de l’ECC, au Zénith pour le grand culte de Protestants en Fête à Strasbourg © Freddy Mulongo

Élu le 19 août dernier président national de l’Église du Christ au Congo (ECC), le pasteur André Bokundoa-Bo-Likabe est arrivé à la tête de la principale Fédération protestante de RDC dans un contexte de fortes tensions politiques, marqué par des manifestations violemment réprimées réclamant le départ du président Joseph Kabila. Des tensions qui n’épargnent pas les Églises : car pour tenter de rétablir un dialogue jusqu’alors rompu entre le président et les partis d’opposition, l’Église catholique a, dans un premier temps, joué un rôle de médiateur, obtenant un accord, dit «de la Saint-Sylvestre», en vertu duquel des élections libres et transparentes devaient être organisées avant la fin de 2017.

Accord qui n’a jamais été respecté, ce qui a poussé les évêques congolais à renoncer à cette médiation et à réclamer à leur tour une rapide alternance politique. Depuis lors, c’est une organisation proche de l’Église catholique, le Comité laïc de Coordination (CLC), qui a pris la tête de la contestation. Après avoir organisé trois marches pacifiques de chrétiens contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila, toutes violemment réprimées, il a diffusé lundi un appel à la population intitulé «Jusqu’au bout nous irons!».

Le soutien des protestants de France à l’ECC

Pour aller plus loin :

L’Église catholique est, de ce fait, devenue une cible du pouvoir au même titre que les partis d’opposition, et sa position a poussé les autres Églises à s’impliquer à leur tour. De sorte que désormais, les protestants sont eux aussi directement menacés. Ce qu’illustre le cas du pasteur François-David Ekofo : après avoir dénoncé, lors d’un service commémorant le 17ème anniversaire de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, les lacunes de l’autorité et de la justice en RDC devant l’actuel chef de l’État et ses proches, il a dû quitter précipitamment le pays.

Des intimidations qui n’ont pas fait renoncer le pasteur  Bokundoa à sa liberté de parole : «Nous sommes appelés des protestants parce que nous protestons toujours contre ce qui n’est pas juste. Bien-aimés, nous voulons vous rassurer : nous sommes protestants et nous devons le rester. Nous n’abandonnerons pas notre identité pour une autre», a-t-il déclaré le lundi 19 février à l’ouverture de la 53ème session ordinaire du Comité exécutif national de l’ECC. Et de citer le livre de Proverbes (29-2) : «Quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie ; Quand le méchant domine, le peuple gémit».

AG de la FPF, fin janvier © Fédération protestante de France

Les menaces ciblant les Églises en RDC ont suscité un mouvement de solidarité allant bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo. Fin janvier, l’assemblée générale de la Fédération protestante de France, réunissant près de 170 délégués représentant 30 unions d’Églises et plus de 500 œuvres, communautés et associations (dont le Défap), a voté une recommandation apportant un soutien sans réserve à l’Église du Christ au Congo et à son nouveau président, face à «la situation sécuritaire et de tensions politiques en République Démocratique du Congo» et à «la répression que subissent dans ce pays les chrétiens qui réclament des élections crédibles et la cessation des violences politiques». Ce message a été transmis en février au pasteur Bokundoa par le pasteur Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales au sein du Défap, alors en visite en RDC.

Ce samedi 17 mars, le pasteur Bokundoa est arrivé en France, ce qui devrait lui permettre de rencontrer divers représentants du protestantisme français, ainsi que des membres des Églises congolaises. Son arrivée a coïncidé avec l’Assemblée Générale du Défap. Il doit être reçu en début de semaine à la Fédération Protestante de France. Son premier voyage à l’étranger avait déjà été pour la France : il était en effet à Strasbourg pour les célébrations des 500 ans de la Réforme, en tant qu’invité d’honneur de la FPF.




RDC : les défis des protestants congolais

Le pasteur Jean-Luc Blanc, du Défap, en compagnie de la doyenne et de l’équipe de la Faculté de Théologie de Goma © Défap

Traverser un quartier populaire de Kinshasa, pour un visiteur français et, de surcroît, protestant, c’est une expérience que l’on n’oublie pas. À chaque coin de rue ou presque, des dizaines d’Églises aux dénominations les plus diverses, parfois logées dans d’imposants bâtiments pour les plus prospères d’entre elles, parfois recevant les fidèles sous un simple toit de tôle ondulée posé sur des piquets. Aujourd’hui en République démocratique du Congo, au sein d’une population de 77 millions d’habitants (c’est le pays le plus peuplé d’Afrique francophone) et à 80% chrétienne, le protestantisme représente une part de 40%. Une partie des centaines d’Églises qui se sont implantées dans la seule capitale sont marquées par l’influence pentecôtiste et charismatique ; mais en ce qui concerne les Églises protestantes traditionnelles, elles sont pour la plupart membres d’une même grande fédération : l’Église du Christ au Congo (ECC). Le protestantisme français est en relation directe avec elle, et lors de son dernier voyage en RDC, en février, Jean-Luc Blanc, du service Relations et Solidarités Internationales du Défap, a notamment rencontré son nouveau président, le pasteur André Bokundoa.

Depuis son accession à la souveraineté en 1960, la RDC a connu une histoire chaotique et tout, dans ce territoire, en porte les marques. L’économie : en dépit de ses richesses naturelles, la RDC figure parmi les pays les plus pauvres du monde et se situe au 176ème rang (sur 187) de l’indice de développement humain calculé par l’Onu. Les infrastructures : à Kinshasa même, les routes goudronnées sont une minorité, et l’on trouve à l’entrée de la ville une ancienne voie de chemin de fer reconvertie en marché. La vie politique : le pays a connu une multitude de conflits et l’une de ses provinces, le Nord-Kivu, est ravagée par la guerre, contrôlée par des milices et échappe au pouvoir central depuis des années. L’actuel président, Joseph Kabila, à la tête de l’État depuis la mort de son père, Laurent-Désiré Kabila, en 2001, gouverne depuis décembre 2016 sans mandat. La vie religieuse n’a pas échappé à cet aspect chaotique de l’histoire de la RDC, et la multiplication des dénominations en est un des symptômes…

L’ECC, à la fois Fédération et Église… et cible du pouvoir

Pour aller plus loin :

Il y a pourtant des facteurs d’unification à ne pas négliger. L’Église du Christ au Congo rassemble 95 communautés ecclésiales différentes (on préférera parler de «communautés» plutôt que «d’Églises» au sein de l’ECC), dont 70 sont présentes dans la seule ville de Kinshasa. Un partenaire de taille… et surtout, une institution représentant un protestantisme moins divers qu’il n’y paraît : l’ECC cumule les caractéristiques d’une Fédération et d’une Église. Toutes les dénominations qui la composent se retrouvent lors d’un même synode. Et d’une communauté à l’autre, les théologies dialoguent, les liturgies se rapprochent. Les facultés de théologie jouent pour cela un grand rôle : entre les communautés baptiste, anglicane ou mennonite, on retrouvera des pasteurs qui ont fréquenté les mêmes universités et suivi les mêmes cours.

Le Défap travaille justement avec cinq universités protestantes en RDC, toutes membres du RUPA (le Réseau des Universités Protestantes d’Afrique), garant d’un bon niveau académique, et qui disposent chacune d’une faculté de théologie. Dans un pays aussi vaste que la RDC et où le fait religieux est aussi prégnant, ces universités présentent des promotions impressionnantes : 9000 étudiants pour l’Université Protestante du Congo à Kinshasa, dont 300 en théologie ; 3225 étudiants pour l’Université Évangélique en Afrique (Bukavu) dont 686 en théologie ; 3000 étudiants pour l’Université Libre des Pays des Grands Lacs à Goma, dont 380 en théologie… Au sein de ces facultés se rencontrent des élèves issus de communautés ecclésiales différentes, entretenant ainsi le dialogue œcuménique. Parmi leurs responsables figurent souvent d’anciens boursiers du Défap. Les relations avec la France se concrétisent aussi à travers des échanges de professeurs. En outre, le Défap reçoit des étudiants boursiers et des professeurs en congé de recherche.

«Message fraternel et de prière» des protestants de France

Mais l’omniprésence du religieux dans l’espace public a d’autres conséquences, notamment dans l’actuelle période de troubles politiques. Des conséquences qui, indirectement, interrogent aussi les protestants de France. Car avec la multiplication des manifestations réclamant le départ de Joseph Kabila, une médiation a été lancée sous l’égide de l’Église catholique, seule institution disposant du poids et de la reconnaissance suffisante au sein de la société congolaise pour être acceptée comme arbitre par toutes les parties, ce qui a permis la signature d’un accord. Accord dont le non-respect a poussé les évêques à réclamer à leur tour une rapide alternance politique. Depuis lors, c’est une association de laïcs liés à l’Église catholique qui a pris la tête de la contestation, poussant les autres Églises à s’impliquer à leur tour, au risque de devenir également des cibles privilégiées de la répression. C’est la situation dans laquelle se trouve désormais l’ECC (lire : République démocratique du Congo et Centrafrique à l’honneur lors de l’AG du Défap).

D’où la recommandation votée fin janvier à Paris lors de l’assemblée générale de la Fédération protestante de France ; et lors de sa rencontre avec le pasteur Bokundoa, Jean-Luc Blanc était aussi porteur d’un message de soutien des protestants de France, «un message fraternel et de prière face aux menaces dont font l’objet les dirigeants de l’Église».

Franck Lefebvre-Billiez

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
    – L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
    – L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
    – L’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu);
    – L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
  Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
  Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.

 




Des timbres pour le Congo

Alain Gilles au travail © Défap

Dans le local dédié à la philatélie, un étage en-dessous du hall d’accueil du Défap, les timbres s’accumulent par milliers, par kilos : en sacs destinés aux négociants qui les achètent au poids, ou regroupés par séries identiques dans des enveloppes de cent ; certains décollés, d’autres présentés sur des fragments d’enveloppes soigneusement découpés… S’activant au milieu de cet atelier, Alain Gilles, dynamique retraité et philatéliste passionné, présente les travaux en cours : «Nous recevons des timbres de toute la France. Tout fonctionne grâce au bouche-à-oreille : classiquement, quelqu’un dans une paroisse va passer le mot autour de lui, en demandant de récupérer des timbres pour le Défap ; une fois qu’il en a collecté suffisamment, il nous les envoie. Il nous faut alors les trier.»

Un véritable travail de bénédictin : l’expression fait sourire Alain Gilles, dont le père était catholique et la mère protestante. «Dans ma famille, se souvient-il, on pratiquait l’œcuménisme bien avant que ce soit à la mode.» En ce lundi 26 février, il est seul à s’activer dans le local, mais le service philatélie fonctionne grâce à l’implication de trois passionnés, tous bénévoles. Des séries de timbres disposées sur une table, face à l’entrée, témoignent d’ailleurs d’un travail de tri en voie d’achèvement. Outre Alain Gilles, il y a Geneviève Minssen et Jean Roman ; tout au long de l’année, les timbres, mais aussi les cartes postales qu’ils réceptionnent, trient, regroupent et revendent leur permettent de récolter des fonds qui vont financer des bourses pour des étudiantes à plus de 9000 km de Paris : à Kananga, en République démocratique du Congo.

Une université si loin de Kinshasa…

Pour aller plus loin :
RDC : fiche pays et actualité du Défap
Des timbres pour aider les étudiantes de l’UPRECO
Des bibles pour Kananga
Visite en images de l’UPRECO
Pour aider les étudiantes de l’UPRECO, vous pouvez aussi retrouver les timbres proposés par le service philatélie sur la boutique du Défap, en cliquant ici.

Kananga, l’ancienne Luluabourg fondée en 1884 sur la rive de la rivière Lulua, est la capitale du Kasaï-Occidental – une province enclavée, loin de la capitale Kinshasa, isolée des centres de décision par des centaines de kilomètres de routes impraticables. On n’y accède que par avion. C’est là que se trouve l’UPRECO (Université Presbytérienne du Congo), l’une des trois universités protestantes avec lesquelles les Églises de France sont en lien dans ce pays à travers le Défap. Outre la théologie, on y enseigne le droit et l’agronomie. Aussi délaissée par les autorités et privée de moyens que l’est la ville de Kananga elle-même, l’UPRECO a pourtant un rôle essentiel à jouer dans cette région extrêmement pauvre où les jeunes n’ont pas les moyens d’aller étudier dans les grandes villes plus développées. La situation est particulièrement difficile pour les étudiantes, qui vivent dans une grande pauvreté : très peu de filles ont les moyens de suivre des études, car les familles, quand elles le peuvent, choisissent de financer plutôt les études des garçons.

Les relations entre les protestants de France et cette université se sont développées suite à un séjour de professeurs français à l’UPRECO, qui sont revenus particulièrement touchés par la situation des étudiants de Kananga. Ces liens prennent aujourd’hui la forme d’un soutien direct à la faculté de théologie, d’envois d’enseignants… Ils passent aussi par des bourses d’appoint pour les étudiantes. Et voilà comment les timbres triés à Paris aident à soutenir l’Université Presbytérienne du Congo : au cours des dernières années, les revenus de la philatélie du Défap ont permis de financer en moyenne 10 bourses par an.

Toutes les bonnes volontés sont bienvenues

Etudiantes de l’UPRECO en compagnie de Jean-Luc Blanc, du Défap © Défap

C’est un travail de longue haleine pour les trois bénévoles. «On est un peu débordé», reconnaît en souriant Alain Gilles, qui dit consacrer entre 25 et 30 heures par semaine au service philatélie du Défap : «J’emporte régulièrement du travail chez moi». Heureusement, il y a des habitués qui envoient ponctuellement, chaque année, la collecte faite dans leur paroisse : «nous avons des correspondants jusqu’en Suisse», souligne Alain Gilles. Dans le meilleur des cas, les timbres sont envoyés déjà décollés, ce qui simplifie la tâche des bénévoles ; sinon, il faudra redécouper soigneusement, un à un, chaque morceau d’enveloppe où restent attachées les précieuses vignettes… Il y a aussi, plus rarement, des legs de collectionneurs.

Mais, outre le travail sur les timbres, il faut aussi organiser la participation du Défap aux expositions et aux rencontres qui permettront d’entrer en contact avec des acheteurs. Elles sont fréquentes en région parisienne, où les cercles philatéliques sont nombreux. La dernière en date a eu lieu à Bois-Colombes, les 10 et 11 février 2018. Pour compléter l’équipe des bénévoles du Défap, le concours de nouvelles bonnes volontés serait le bienvenu – que ce soit au siège du Défap ou comme correspondant en paroisse. Pas besoin pour ça d’être philatéliste : il faut surtout avoir du temps disponible. Et accepter de se laisser surprendre.

Timbres en cours de tri au service philatélie du Défap © Défap

«On peut découvrir des choses passionnantes», s’enthousiasme Alain Gilles, en revenant sur le thème de l’exposition de Bois-Colombes : la femme, vue à travers les timbres et les cartes postales. Lui-même, à travers son activité de bénévole, a pu renouer avec une passion d’enfance, après avoir passé toute sa vie active dans le milieu du bâtiment ; mais le monde du timbre ne demande qu’à s’ouvrir à ceux qui sont prêts à le découvrir. Précisément, la Fédération Française des Associations Philatéliques organise chaque année une opération promotionnelle d’envergure nationale appelée «Fête du Timbre», qui a notamment pour but de susciter l’intérêt des non-philatélistes. Plus d’une centaine de villes participeront à ce grand rendez-vous prévu les 10 et 11 mars 2018, dont le thème sera «l’automobile et le sport». L’occasion, peut-être, de se découvrir une nouvelle passion ; et, pourquoi pas, de soutenir les étudiantes de Kananga aux côtés du Défap…

 

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
    – L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
    – L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
    – L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
  Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
  Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.

 




Les protestants de France solidaires de la RDC

Carte de RDC © Division Géographique de la Direction des Archives du Ministère des Affaires Étrangères – 2004

 

Officiellement, Joseph Kabila ne devrait plus être président de la République démocratique du Congo depuis plus d’un an. Son deuxième mandat a pris fin le 19 décembre 2016. Il dirige pourtant toujours le pays, promettant des élections pour le 23 décembre 2018. Promesse à laquelle bien peu de monde accorde du crédit en RDC, même si elle semble admise par la communauté internationale. En attendant, toutes les manifestations sont réprimées, souvent violemment, toute contestation baîllonnée ; les arrestations arbitraires se multiplient. Une situation qui interpelle directement les Églises.

En décembre 2016, lorsque la fin du deuxième et, théoriquement, dernier mandat de Joseph Kabila a dégénéré en crise politique aiguë, l’Église catholique a accepté de jouer un rôle de médiation entre le pouvoir et l’opposition. Résultat : un accord pour des élections transparentes et une alternance politique. Mais cet accord dit de la Saint-Sylvestre, en vertu duquel une élection présidentielle aurait dû avoir lieu avant le 31 décembre 2017, est resté lettre morte. En mars 2017, les évêques se sont retirés de leur rôle de médiateurs. En novembre, ils ont demandé à Joseph Kabila de ne pas se présenter à la prochaine présidentielle. Le 31 décembre, des marches pacifiques pour l’alternance politique, organisées à Kinshasa par une association de laïcs reconnue par l’Église catholique, ont été réprimées avec une violence meurtrière. Nouvelle manifestation le 21 janvier, et nouvelle répression. Le 26 janvier, le président de la RDC, s’exprimant lors d’une conférence de presse, la première en cinq ans, a intimé aux Églises de se tenir à l’écart de la politique : «Nulle part, dans la Bible, Jésus-Christ n’a jamais présidé une commission électorale».

Une répression qui s’étend progressivement aux Églises

AG de la FPF © Fédération protestante de France

Ce rôle assumé par l’Église catholique, avec le soutien d’une grande partie de la population, interpelle directement toutes les autres Églises et notamment le protestantisme congolais, à travers l’Église du Christ au Congo (ECC). Le 16 janvier dernier, pour la commémoration du 17e anniversaire de l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, qui fut maître du pays avant lui de mai 1997 à janvier 2001, Joseph Kabila avait choisi de prier avec les protestants. Espérant sans doute éviter ainsi un sermon critique. Mais devant le chef de l’État et ses proches, le pasteur François-David Ekofo a dénoncé les lacunes de l’autorité et de la justice en RDC. «Nous devons léguer à nos enfants un pays où l’État existe réellement. Je dis bien réellement. Parce que j’ai l’impression que l’État n’existe pas vraiment. (…) Il faut renforcer l’autorité de l’État. Nous devons léguer à nos enfants un pays où l’État est réel, un État responsable, où tout le monde est égal devant la loi.»

Désormais, ce sont toutes les Églises qui sont menacées par la répression pendant que Joseph Kabila se maintient au pouvoir par la force. Suscitant un mouvement de solidarité au-delà des frontières de RDC : ainsi l’assemblée générale de la Fédération protestante de France, qui s’est tenue les 27 et 28 janvier à Paris, réunissant près de 170 délégués représentant 30 unions d’Églises et plus de 500 œuvres, communautés et associations (dont le Défap), a voté la recommandation suivante :

Le texte de la recommandation de l’AG de la FPF

«Informée de la situation sécuritaire et de tensions politiques en République Démocratique du Congo et de la répression que subissent dans ce pays les chrétiens qui réclament des élections crédibles et la cessation des violences politiques, l’Assemblée Générale de la Fédération protestante de France (FPF), réunie à Paris les 27 et 28 janvier 2018, demande :

  • à son président, de transmettre au pasteur André Bokundoa, nouveau président de l’Église du Christ au Congo (ECC), un message fraternel et de prière face aux menaces dont font l’objet les dirigeants de l’Église.
  • à son président, d’alerter les autorités françaises sur les risques concernant la sécurité personnelle des autorités ecclésiastiques et communautés chrétiennes congolaises, tant protestantes que catholiques, actuellement ciblées par le régime en place.
  • à son Conseil, d’étudier la meilleure façon de suivre la situation (contacts réguliers, mise en place d’une plateforme rassemblant les différents organismes protestants travaillant avec l’ECC ou autres).»



Un voyage pour «toucher du doigt les réalités de la vie au Congo»

Une douzaine de membres de l’Église protestante unie du Consistoire d’Héricourt se sont rendus début octobre auCongo-Brazzaville, pour y découvrir notamment les actions que mène l’Église Évangélique du Congo. Ils étaient accompagnés par le pasteur Joël Dautheville, président du Défap. Retour sur ce voyage avec Georges Massengo, qui a été pasteur à Brazzaville avant d’exercer son ministère au sein de l’Église protestante unie de France, et qui a organisé ce projet.

 

Les participants du voyage devant un centre médico-social © Défap

De retour de Brazzaville et Pointe-Noire depuis quelques semaines, le pasteur Massengo a encore en tête une liste de bagages qui tient du catalogue à la Prévert : trois valises d’habits pour bébé et autres matériels pour enfants, deux valises de lunettes, trois fauteuils roulants et… plus aucune place de disponible pour les livres du Défap… Qu’importe, l’essentiel n’était pas dans les bagages. Mais bien dans les rencontres… Le voyage a duré une dizaine de jours, du 29 septembre au 9 octobre 2017, et pour la plupart des participants, il a marqué leur premier contact avec le Congo-Brazzaville et avec l’Église Évangélique du Congo (EEC). Ils étaient douze, membres de l’Église protestante unie du Consistoire d’Héricourt, Georges Massengo leur servant de guide. Lui-même originaire de ce pays, il avait exercé son ministère pastoral dans l’une des principales paroisses de l’EEC, celle de Mayangui, avant sa venue en France où il est aujourd’hui pasteur de l’EPUdF.

Pour lui, l’objectif de ce voyage accompagné et soutenu financièrement par le Défap devait être avant tout de montrer la réalité du pays, non seulement sur le plan social (même si la République du Congo est un pays producteur de pétrole, près de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté, et l’accès à l’eau potable et à l’électricité y reste difficile) mais aussi sur le plan de la vie d’Église. Autre participant du voyage à renouer avec le Congo-Brazzaville : Joël Dautheville, président du Défap, qui a lui-même été pasteur de la paroisse du Plateau il y a une quarantaine d’années, et qui avait décidé de précéder le groupe de quelques jours afin de faire le point sur les projets en cours.

La genèse du projet

Pour aller plus loin :
Mission au Congo : des chantiers nombreux et audacieux
Le Défap au Congo : projets en cours

L’Église Évangélique du Congo (EEC) est la première et la plus importante Église protestante au Congo-Brazzaville. Elle est aussi le principal partenaire du Défap dans ce pays. Elle trouve ses origines, au début du XXème siècle, dans les travaux de la Mission Évangélique Suédoise (MES), avec le concours d’autres Églises Missionnaires scandinaves. Son existence en tant qu’Église indépendante remonte au 15 juillet 1961, lorsque les différentes Églises Missionnaires ont décidé de l’autonomie des stations et postes missionnaires, donnant naissance à une Église unie. Mais l’avènement d’une république populaire en 1969, sous la présidence de Marien Ngouabi, avec comme corollaire l’instauration du socialisme scientifique, s’est traduit pour l’Église par la nationalisation de ses écoles et centres de santé. Aujourd’hui, dans un contexte social difficile, elle développe ses activités diaconales pour faire face aux besoins de la population notamment en matière d’éducation et de santé. Les projets soutenus par le Défap sont nombreux : soutien à la faculté de théologie de Brazzaville, programme d’éducation à la paix, formation d’animateurs jeunesse, scolarisation d’enfants sourds, formation à l’informatique, construction d’école, programme de lutte contre le sida, envoi de volontaires au sein du département Santé de l’EEC…

C’est lors d’un culte du pasteur Massengo destiné à présenter ces relations entre les protestants de France et l’EEC qu’est née, début 2016, l’idée d’organiser un voyage avec des membres du Consistoire d’Héricourt. «Il y avait là un couple de retour du Congo-Brazzaville», se souvient Georges Massengo. «Ils avaient séjourné dans le pays avec leurs enfants et ont témoigné de ce qu’ils y avaient vécu, de ce qu’ils avaient vu.» La situation sociale et les difficultés du quotidien, le problèmes de scolarisation des enfants, mais aussi toutes les actions lancées par l’EEC et la manière dont la foi y est vécue : autant de découvertes qui ont poussé les paroissiens à vouloir mieux connaître le pays et l’Église. Une fois le projet monté avec le Défap, trois sessions d’informations sur le Congo-Brazzaville ont été organisées à Lure et Héricourt, auxquelles a participé Joël Dautheville. Et les objectifs du voyage se sont développés.

«Comment pouvons-nous aider ?»

Distribution de médicaments © Défap

«Les participants m’ont demandé : comment pouvons-nous aider ?» raconte Georges Massengo. «Et je leur ai parlé d’un projet de construction de maternité auquel j’avais participé lorsque j’étais pasteur à Mayangui. J’y étais retourné depuis lors et j’avais découvert un centre qui était devenu une structure de référence au sein de l’Église, avec un service pour les consultations prénatales, un bloc opératoire pour les césariennes, mais aussi un service de médecine générale, un autre d’ophtalmologie, un suivi des personnes atteintes par le Sida… Le personnel médical, le médecin-chef m’avaient parlé de tous leurs besoins. Je me suis dit que ce voyage était une excellente occasion d’y répondre.»

Autour du projet de voyage s’organisent alors des collectes : vêtements et matériel médical (pour mesurer la glycémie et la tension, notamment), fauteuils roulants et équipement ambulatoire… Georges Massengo prend aussi contact avec une association locale, le Kiwanis Montbéliard-Sochaux, qui récolte toute l’année d’anciennes lunettes pour les remettre à des associations : «au Congo-Brazzaville, trop de gens qui ont des problèmes visuels ne peuvent pas trouver les lunettes dont ils auraient besoin». Les bagages grossissent ainsi jusqu’au moment du départ.

Rencontres et visites

Rencontre avec le président de l’EEC © Défap

Au Congo-Brazzaville, la petite délégation, accueillie par la paroisse de Mayangui, rencontre le président de l’EEC : le pasteur Edouard Moukala, successeur de Patrice Nsouami. Les visites s’enchaînent à Brazzaville : «Nous avons vu le responsable du département Santé de l’Église, qui a accueilli une envoyée du Défap. Nous avons livré là-bas nos fauteuils roulants et notre matériel ambulatoire. Nous avons visité l’orphelinat du temple du Centenaire, où Joël Dautheville avait été pasteur. Nous avons remis des sacs d’habits à la responsable du département Femmes et Familles de l’EEC, Éléonore Kissagui, ancienne boursière du Défap. Nous avons pu visiter une structure destinée à accompagner les filles-mères (qui vivent seules et sans moyens de subsistance pour élever leurs enfants) et à leur fournir une formation à la couture.»

À cela s’ajoutent des rencontres avec le doyen et les étudiants de la faculté de théologie de Brazzaville, une visite à un projet de «caisse féminine» monté par des femmes chrétiennes afin de faire du micro-crédit… Autant de manières pour les voyageurs de vérifier l’efficacité des liens tissés à travers les échanges ou le financement de bourses par le Défap – les anciens boursiers constituant, au fil des années, un réseau sur lequel le Défap peut s’appuyer dans ses relations entre Églises. Autant de manières, surtout, de «toucher du doigt les réalités de la vie au Congo».




Violences en RDC, le Défap reste vigilant

Des affrontements entre l’opposition et les forces de l’ordre ont eu lieu en début de semaine au Congo Kinshasa, ex-Zaïre. La fin du mandat de Joseph Kabila Kabange, président depuis 2006 réélu en 2011, approche.

Rien ne semble être fait pour organiser les élections qui devraient se tenir en décembre cette année.  Des « dialogues entre Congolais », convoqués par le chef de l’Etat, ont été institués, invitant au débat national. Mais pour les forces d’opposition, le préambule de toute démarche consiste à annoncer, par respect pour le cadre constitutionnel, que l’actuel président de la République ne sera pas candidat aux prochaines élections.

Sur place, nos amis et partenaires témoignent d’une situation tendue, où le mécontentement de la population se joint à une peur grandissante. Ce pays au sous-sol richissime, dont la population ne profite guère, rencontre les mêmes difficultés qu’un grand nombre de pays africains pour qui la démocratie n’est encore qu’à l’état d’ojectif à atteindre.

Une marche, initialement acceptée par le pouvoir en place, composée d’opposants politiques et de membres de la société civile congolaise, a été réprimée dans le sang par les forces de police et la garde républicaine. L’association Human Rights Watch parle de plus de quarante morts à ce jour. Et la contestation ne se limite pas à la capitale, d’autres villes comme Kananga sont touchées par des actes d’une extrême violence. Selon nos informations, les affrontements auraient fait une centaine de morts dont un important chef coutumier.

Nous nous associons à la douleur de ceux et celles qui vivent cet épisode tragique de la vie de la République Démocratique du Congo. Nous prions afin que la parole et la vie puissent émerger de cette crise et donner aux Congolais et aux Congolaises, la force de résister aux violences qui leur sont faites.