Alexis de retour de Madagascar : « rentrer en France avec un tout nouvel état d’esprit »
Après une première en mission en Equateur qui lui a donné l’envie d’en réaliser une autre à Madagascar, Alexis est de retour et nous partage son expérience en tant qu’éducateur dans un orphelinat.
Alexis de retour de Madagascar : « rentrer en France avec un tout nouvel état d’esprit »
« Des mots qui libèrent des maux… » : les vœux du Secrétaire général
En ce début d’année 2025, Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, nous rappelle la puissance des mots pour transformer les maux du monde. Portés par la foi et l’espérance, ces vœux invitent chacun à agir dès aujourd’hui pour un avenir meilleur. À travers le volontariat, les projets de solidarité et l’engagement collectif, le Défap continue de semer les graines de l’Évangile pour faire grandir la Bonne Nouvelle. Un appel à vivre pleinement et à bâtir ensemble des lendemains d’espérance.
« Dans ce temps habituel des vœux de nouvel an, nous cherchons comment les souhaiter de façon originale ou personnalisée et de manière positive pour exprimer l’idée d’un avenir d’espérance, toujours meilleur que le présent. Ces mots, notre histoire nous les donne fort heureusement. Ils nous permettent de dire et d’habiter les temps de ces lendemains qui viennent. En fonction des choix faits, ces lendemains peuvent être annoncés de manière heureuse ou désespérante. La tendance générale à imaginer l’avenir comme une simple amplification du présent peut décourager d’entrer dans un avenir effrayant de malheurs démultipliés (guerre, misères, catastrophes naturelles…). La foi au Dieu de Jésus-Christ qui nous anime et l’espérance qui nous mobilise nous donnent de croire autrement, d’envisager des lendemains meilleurs, pleins d’espérance. Cette foi nous invite à prendre une part active pour qu’adviennent ces lendemains renversant les drames d’aujourd’hui pour qu’en germe la vie. Elle donne à nos simples mots la force de conjurer nos maux du présent. Comme le dit Antoine de Saint-Exupéry : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible« . Au Défap, nous travaillons à rendre cet avenir possible dans l’incarnation de l’Évangile à travers le volontariat, l’échange de personnes, les projets de développement, d’éducation… avec Georges Bernanos, nous pouvons dire : « On ne subit pas l’avenir, on le fait » en favorisant les relations humaines et la solidarité inter-ecclésiale transfrontalière. Nous continuerons en cette année encore de semer partout où nous sommes, la petite graine d’Évangile pour que grandisse la Bonne Nouvelle pour surmonter les maux du monde. Nous vous souhaitons au nom du Service protestant de mission – Défap, une riche et heureuse année 2025 où chacun est invité à ne pas attendre demain pour vivre, mais à vivre en attendant demain. »
Pasteur Basile Zouma, Secrétaire général
« Nous étions comme ceux qui font un rêve »
Plongée au cœur de la méditation du pasteur Jean-Mathieu THALLINGER, inspirée du Psaume 126, pour raviver l’espérance et se souvenir que les plus grands renouveaux surgissent parfois des terres les plus arides.
« Quand l’Éternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme ceux qui font un rêve. Alors notre bouche était remplie de cris de joie, et notre langue de chants d’allégresse. Alors on disait parmi les nations : l’Éternel a fait pour eux de grandes choses ! L’Éternel a fait pour nous de grandes choses ; nous sommes dans la joie. Éternel, ramène nos captifs, comme des ruisseaux dans le Neguev ! Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chants d’allégresse. Celui qui marche en pleurant, quand il porte la semence, revient avec allégresse, quand il porte ses gerbes. »
Psaumes 126
C’est encore l’hiver dans les vignes d’Alsace. Le sol est gelé. Les ceps de vignes autrefois si fiers de leurs grappes ne ressemblent plus qu’à des bois torturés. Ils sont comme morts, vaincus par le froid.
Pourtant le vigneron sortira ce matin pour aller tailler sa vigne. Il est comme la veuve Antigone qui se refuse à faire son deuil. Quelle imagination folle lui donne de prévoir que de ce bois mort pourrait un jour renaître la joie ?
C’est parce qu’il se souvient que cela s’est déjà produit. Il sait que la sève, vitale, s’est réfugiée dans les racines. Elle attend.
C’est l’été dans le Néguev. Qu’est-ce qui pousse le paysan à sortir avec sa houe pour gratter la terre dure comme la pierre et tenter d’y semer quelques grains ? Cette terre n’a pas reçu la moindre goutte d’eau depuis des mois. Tout en elle est hostile à la vie. Pourtant le paysan va labourer le sol « dans les larmes », jusqu’à l’épuisement. Parce qu’il se souvient que les pluies ne vont pas tarder à descendre du ciel au nord, grossissant les fleuves, qui bientôt rempliront à nouveau les lits asséchés des rivières au sud. Le sol est maintenant prêt. Il attend.
Nous sommes à Babylone, en 539 avant notre ère. Une rumeur commence à courir. Le roi des Perses vient de vaincre celui de Babylone et pourrait autoriser les exilés et leurs descendants à retourner à Jérusalem. Peu y croient, sauf quelques-uns qui se souviennent : cela s’est déjà produit, au temps de Moïse. Alors ils attendent.
Nous sommes à Berlin Est, le 18 janvier 1989, Erich Honecker, président de la RDA déclare « le Mur existera encore dans 50 et même dans 100 ans ». Le 9 novembre 1989, le conseil des ministres publie le communiqué suivant « Les voyages privés vers l’étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs ». Quelques heures plus tard un douanier en charge du point de passage de Bornholmer Strasse donnera l’ordre « Ouvrez la barrière ! ».
La foule massée de la frontière hésite un instant et se demande « Est-ce un rêve ? ». Avant d’oser un premier pas de l’autre côté.
Nous sommes en France, ces jours-ci. 80 ans après la Libération. Et nous nous souvenons à l’aide d’images d’archives, de ces foules en liesse qui envahirent les rues de tout le pays. Le cauchemar aurait pris fin, après cinq années de privations, de peurs, de drames sans nom.
Tous se demandent : « est-ce que nous rêverions ? » L’histoire de l’humanité balance entre cauchemars et rêves qui se sont réalisés.
Aujourd’hui encore, dans tant de lieux du monde, beaucoup vivent des cauchemars. C’est dans la mémoire des libérations d’hier que nous trouverons la force de continuer à espérer, à lutter, à refuser de nous abandonner la fatalité. La Bible en a fait un commandement « Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l’honneur de l’Éternel » (Exode 12, 14). Que cette année 2025 beaucoup puissent à leur tour dire : « nous étions comme ceux qui font un rêve ».
Pourquoi Moïse souffrait-il d’un défaut d’élocution ?
Un sage du 14e siècle explique : Si Moïse avait été un orateur éloquent, les sceptiques pourraient prétendre que le peuple juif a accepté la Torah du seul fait du charisme de Moïse. Après tout, un orateur enjôleur et captivant peut convaincre les gens d’à peu près n’importe quoi. Mais comme il était difficile d’écouter Moïse parler, il est devenu éminemment clair que nous n’avons pas accepté la Torah parce que nous avons été impressionnés par Moïse ; nous avons accepté la Torah, parce que nous avons été impressionnés par Dieu.
Éléonore au Caire : du chaos à la sérénité
Passer d’une vie paisible à une mégalopole débordante comme Le Caire peut sembler un pari insensé. Mais pour Éléonore, volontaire au foyer Fowler, ce défi se transforme de plus en plus en une aventure humaine et culturelle extraordinaire. Un témoignage entre désorientation et émerveillement.
Il faut être fou pour vouloir vivre au Caire, sincèrement. Si j’avais vraiment su à quoi m’attendre, je n’aurais probablement jamais choisi de vivre ici, parmi tout ce bruit, cette circulation qui ne cesse jamais, cette pollution ambiante, cette poussière…
Voici les pensées qui tournaient en boucle dans ma tête lors de mon installation et des semaines qui ont suivi. Jusqu’à ce que je prenne conscience début octobre, soit un mois après mon arrivée, que c’est une chance inouïe pour moi d’être ici pour un an, dans un environnement si différent de tout ce que j’ai toujours connu.
Moi qui n’ai jamais vécu dans une capitale et qui affectionne tant la nature et le calme des espaces verts. Qui eût cru que je puisse m’acclimater à une mégalopole trois fois plus peuplée que Paris ? J’aurais été la dernière à croire que ce soit possible. Et pourtant, voilà où j’en suis aujourd’hui : non seulement habituée désormais à ce nouveau train de vie, mais surtout heureuse d’être de la partie, heureuse d’être ici, heureuse d’être une petite fourmi parmi toutes les fourmis qui font de cette ville un lieu si vivant et si vibrant.
Vivant et vibrant, c’est également ainsi qu’on pourrait qualifier le foyer Fowler dans lequel je suis volontaire. Accueillant plus de 60 jeunes filles le temps de leur année scolaire, ce foyer est débordant de vie, d’amour et d’humanité. Mes débuts à Fowler sont à l’image de mes premiers jours au Caire : très désorientée et déboussolée au départ. J’ai petit à petit réussi à trouver mes marques au foyer, et je m’y sens si bien intégrée maintenant que j’en oublie que je ne suis là que depuis quelques semaines. En charge d’aider en français, en mathématiques et en sciences les filles de 1ère, 2ème et 3ème primaires (équivalent du CP, CE1 et CE2) scolarisées en école francophone. J’essaye autant que possible de donner aussi des cours de soutien en anglais aux élèves de primaire scolarisées en école gouvernementale égyptienne. Mes après-midis au foyer s’avèrent donc bien remplis !
Et bien que je sois celle chargée d’enseigner, il est une chose qui ne cesse de m’émerveiller, c’est à quel point j’apprends moi-même lorsque je suis au foyer. En effet, je ne repars jamais de Fowler sans avoir appris ou compris quelque chose de nouveau. Avec mes jeunes élèves, j’apprends la patience, bien-sûr, mais j’apprends aussi à mieux parler arabe, à connaître davantage la culture égyptienne, les traditions coptes, et de manière plus générale les coutumes et les façons de vivre dans ce pays. Et plus j’en apprends, plus je réalise tout ce qu’il me reste encore à
apprendre et à comprendre !
Moi qui au début n’étais pas sûre d’être capable de tenir un an au Caire, j’ai maintenant du mal à m’imaginer ailleurs qu’ici. Je me sens désormais complètement à ma place dans cette nouvelle vie. J’espère que les mois à venir seront tout aussi extraordinaires que les premiers et que j’aurai dans la prochaine lettre de belles histoires à vous partager, Incha’Allah ! Portez-vous bien d’ici là.
Regards croisés : Nick et Robert en fin de séjour de recherches en France
Parvenus en fin de séjour de recherche, Robert BAHIZIRE, membre de la communauté baptiste au centre de l’Afrique, affiliée à l’Église du Christ au Congo, docteur et enseignant en République Démocratique du Congo, et Nick SANDJALI, doctorant en Ancien Testament, pasteur de l’Eglise presbytérienne camerounaise et enseignant d’Ancien Testament à l’Institut Supérieur de Théologie Dager de Bibia au Cameroun, partagent leurs expériences dans Courrier de Mission. Découvrez le dernier épisode diffusé sur Fréquence Protestante, présenté par Tolotra RANDRIAMANANJATO.
Tous deux à leur deuxième expérience avec le Défap dans le cadre de travaux de recherche qui s’inscrivent dans la continuité de leurs premiers passages, Robert et Nick sont parvenus à la fin de leur séjour de recherche. Dans ce numéro de Courrier de Mission, ils nous présentent non seulement leurs travaux, mais également les démarches effectuées en amont pour obtenir leur bourse, ainsi que leurs expériences pendant les mois passés en France.
Regards croisés : Nick et Robert en fin de séjour de recherches en France
Courrier de Mission
Émission du 6 décembre 2024 sur Fréquence Protestante
Jean-Pierre Anzala en mission au Sénégal : Renforcer les liens et préparer l’avenir
Dans le cadre de la préparation du stage de formation continue des pasteurs, prévu en février 2025 au Sénégal, Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique au Défap, et Natacha Cros-Ancey, coordinatrice de la Communion protestante luthéro-réformée (CPLR) se sont rendus sur place. Cette mission s’inscrit dans une démarche de renforcement des partenariats historiques avec les Églises Protestantes et Luthériennes du Sénégal (EPS et ELS), tout en posant les bases théologiques et logistiques pour un événement clé du dialogue interculturel et de la réflexion théologique.
Le temple de Dakar
Ce déplacement avait pour ambition de :
• Collaborer avec les Églises locales pour ajuster le contenu et l’approche du stage au contexte sénégalais ;
• Identifier les intervenants clés, tels que le Professeur Seydi Diamil Niane, spécialiste de l’islam africain, et le Professeur Djim Dramé, promoteur du dialogue interreligieux ;
• Anticiper les besoins logistiques liés à l’hébergement, aux déplacements et aux visites prévues pendant le stage ;
• Explorer les défis locaux et les opportunités pour l’Église dans des contextes de minorité et de sécularisation.
L’accueil de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) Cheikh Anta Diop
Des rencontres fructueuses avec les Églises sénégalaises
Jean-Pierre Anzala et Natacha Cros-Ancey ont rencontré les principaux responsables de l’Église Protestante du Sénégal et de l’Église Luthérienne du Sénégal, marquant une étape essentielle dans le renforcement des relations.
Avec l’Église Protestante du Sénégal (EPS)
L’équipe a été accueillie par plusieurs responsables, dont le Pasteur André Ouattara, modérateur, et Mme Florence Kembo, responsable de la communication. Les discussions ont mis en lumière les priorités de l’EPS :
• Développer une mission en milieu rural et diversifier la prédication en langues locales.
• Soutenir des projets d’impact social, tels que l’accès à l’eau, la scolarisation et la formation professionnelle, via l’APES (Association protestante d’entraide du Sénégal).
Jean-Pierre Anzala, Natacha Cros-Ancey et André Ouattara
Avec l’Église Luthérienne du Sénégal (ELS)
L’accueil au centre « Femmes pour Christ » a permis de constater les possibilités d’hébergement pour le stage. Les échanges avec des figures clés, comme le Pasteur Latyr Diouf, ont porté sur des projets stratégiques :
• Construction d’une église à Fatick sur un vaste terrain ;
• Reprise d’un institut de formation pastorale à Yeumbul ;
• Développement d’une catéchèse continue adaptée aux contextes citadin et rural.
Jean-Pierre Anzala, Natacha Cros-Ancey et Latyr Diouf
Des projets qui naissent de chaque rencontre
Ce voyage a permis de poser des bases solides pour la formation, mais aussi pour de futurs partenariats :
• Soutien à la création d’un institut théologique pour la formation pastorale avec l’ELS.
• Renforcement des projets diaconaux de l’EPS par l’envoi de volontaires en mission.
• Appui à l’implantation d’églises dans des zones rurales.
Une formation pour l’universalité de l’Église
Le stage prévu en février 2025, fruit de ce travail préparatoire, sera un moment unique d’échange entre pasteurs sénégalais et français. Il permettra d’explorer des thématiques comme le témoignage chrétien en contexte minoritaire ou la cohabitation interreligieuse. Ce projet s’inscrit pleinement dans la vocation du Défap : tisser des liens interculturels au service de l’Église universelle.
Ce déplacement de Jean-Pierre Anzala et Natacha Cros-Ancey illustre la mission du Défap, qui œuvre pour le dialogue, la solidarité et la réflexion théologique en contexte interculturel. Une belle étape pour vivre et témoigner de la richesse de l’Église dans sa diversité.
La bibliothèque du Défap dans « Courrier de mission »
L’émission « Courrier de mission » du mois de novembre animée par Tolotra Haritsimba RANDRIAMANANJATO a été consacrée à la bibliothèque du Défap. Claire-Lise LOMBARD, responsable de la bibliothèque et des archives, et Blanche JEANNE, documentaliste, ont pu nous donner une vue d’ensemble sur les différentes collections, qu’il s’agisse des archives ou du fonds contemporain, et nous partager deux oeuvres qu’elles apprécient.
A l’origine destinée à la formation des missionnaires de la Société des missions évangéliques de Paris (1822-1971) puis ouverte aux chercheurs à la fin des années 1960, la bibliothèque du Défap réunit – en complément de ses fonds d’archives – une collection de livres et de revues principalement des XIXe et XXe siècle. Par son fonds contemporain, elle poursuit la mission de documenter le fait missionnaire d’hier à aujourd’hui.
Que présentent les collections de la bibliothèque et pour quelle cible exactement ?
Tout en mettant en lumière la richesse de l’établissement, Claire-Lise et Blanche nous amènent à la découverte de la bibliothèque et de son histoire grâce à de petites anecdotes surprenantes ! Par ailleurs, découvrez deux de leurs coups de cœur :
La saison des pluies : l’Afrique dans le monde par Stephen Ellis, Éditions de la Maison des sciences de l’homme ;
Courrier de Mission
Émission du 1er novembre 2024 sur Fréquence Protestante
Jésus et la Samaritaine
Fatigué et assoiffé, Jésus rencontre une femme en quête de vérité : c’est dans leur besoin partagé que naît un dialogue transformateur. Et si nos rencontres suivaient le même chemin ? Méditation par Dominique IMBERT-HERNANDEZ, pasteure à l’Église Protestante Unie de France au Foyer de l’Âme.
« Là se trouvait la source de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, s’était assis tel quel au bord de la source. C’était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vient puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire. Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La Samaritaine lui dit : Comment toi, qui es juif, peux-tu me demander à boire, à moi qui suis une Samaritaine ?»
Jean 4, 6-9
Le récit de la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine recèle de grandes richesses quant à la compréhension de l’annonce de l’Évangile et ce, dès les premiers versets.
Jésus n’y est pas présenté en situation avantageuse : il est fatigué, il est assis sans façon, il a soif, il est seul. Tous les disciples sont partis, aucun n’est resté auprès de lui. L’homme qui s’adresse à la femme samaritaine est en état de faiblesse et de plus, il n’a rien pour puiser l’eau afin d’étancher sa soif. Il a besoin d’elle.
Les quelques mots de l’Évangile au sujet de la femme samaritaine, aussi discrets soient-ils, laissent cependant deviner que sa situation à elle n’est pas non plus favorable. En effet, elle vient seule à l’heure la plus chaude pour puise de l’eau, une corvée domestique ainsi effectuée dans les conditions les moins agréables : sans la compagnie d’autres femmes pour s’entraider, s’encourager, et sans profiter des heures plus fraîches du matin.
Si l’un des deux a un avantage par rapport à l’autre, c’est elle qui est dans son pays, la Samarie.
C’est pourtant à partir de son manque et du besoin qu’il a d’elle que Jésus engage le dialogue : il demande à boire.
Si la femme répond en lui faisant remarquer qu’ils n’ont rien à faire ensemble et rien à se dire l’un à l’autre, lui l’homme juif et elle la femme samaritaine, elle ne le rabroue pas vertement. Elle donne à sa remarque la forme d’une question. Jésus n’a plus qu’à reprendre la balle au bond et le dialogue qui s’engage transformera la femme isolée et à la vie conjugale mouvementée en apôtre du Christ.
❝ Le dialogue naît du besoin
C’est que la soif profonde de Jésus est entrée en résonance avec celle de la femme. Au-delà du besoin d’eau à boire pour lui, au-delà de sa quête toujours insatisfaite d’un homme dans sa vie pour elle, l’un et l’autre ont soif de rencontres en vérité, de paroles portées par un véritable souffle d’être. Et la reconnaissance surgit alors, l’Évangile est annoncé.
Le dialogue ne naît pas du plein, mais du besoin. Le partage du manque se révèle particulièrement fécond et dans le commencement d’une année d’activités, la rencontre de Jésus et de la femme samaritaine porte un éclairage particulier sur toutes nos rencontres à venir, sur nos missions respectives : c’est l’autre qui me désaltère.
Prière
La Source a soif
l’Eau vive demande à boire
il n’y a pas de plus grand paradoxe
C’est pourtant là que nous prenons naissance
dans ce haut désir qui nous supplie d’être l’eau qui court
sous le sable des jours pour désaltérer l’amour
Il n’y a pas d’autres chemins pour étancher notre soif
il n’y a que le chemin de devenir source à notre tour
en nous coulant dans le lit de Celle qui va de toujours à toujours murmurant J’ai soif
Francine Carrillo – Le Plus-Que-Vivant
« Le pardon chez Paul Ricœur : une proposition de construction socio-politique de la paix » : le texte intégral du webinaire
La deuxième session des « Jeudis du Défap » s’est tenue le 5 septembre dernier avec pour invité Robert Louinor, pasteur et docteur en théologie. La thématique qui a fait l’objet de son intervention était la suivante : « Le pardon chez Paul Ricœur : une proposition de construction socio-politique de la paix ». Cette thématique est également le sujet de la thèse qu’il a soutenue avec succès en 2023, explorant ainsi les dimensions philosophiques et théologiques du pardon selon Paul Ricoeur, plus précisément dans le cadre de la construction de la paix sociale et politique. Après le replay, retrouvez la retranscription intégrale des interventions de cette webconférence présentée par Jean-Pierre Anzala, responsable de l’Échange théologique au Défap, réalisée en partenariat et diffusée simultanément par Forum protestant, et par l’hebdomadaire Réforme. Nous vous attendons le 5 décembre pour terminer l’année avec la dernière conférence de cette série sur le thème : « Théologie interculturelle et interculturalité dans l’Église », avec pour intervenant le professeur Gilles Vidal.
Merci d’avoir accepté notre invitation aux Jeudis du Défap. Le sujet de votre thèse (Le pardon chez Paul Ricœur, Une proposition sociopolitique de la paix) s’enracine-t-il dans votre histoire personnelle ?
Robert Louinor
En Haïti, on a l’habitude comme en France de réciter le Notre Père tous les dimanches. Au début de mes études en France, j’ai été surpris que des philosophes aient parlé de ce qui pour moi était une thématique religieuse. À l’Université de Vincennes-Saint-Denis, dans son cours intitulé Mémoire et démocratie, Patrice Vermeren abordait cette question du pardon en mobilisant des philosophes comme Vladimir Jankélévitch, Hannah Arendt, Jacques Derrida et Olivier Abel. Je me suis demandé pourquoi nous qui, à l’église, récitons le Notre Père dans une perspective liturgique, n’avons pas l’habitude d’aborder cette question du pardon dans une perspective sociale et politique. J’ai donc commencé à travailler sur le pardon dans une perspective sociopolitique à partir de 2015.
Le pardon chez Paul Ricœur : une proposition de construction sociopolitique de la paix
Mon intervention ne vise pas à montrer que le pardon chez Paul Ricœur est un pardon religieux, même si Ricœur combine l’aspect sociopolitique de la question du pardon avec quelques références bibliques. Mon intervention vise à montrer que le pardon chez Paul Ricœur est un concept complexe qui s’étend au-delà d’un simple acte individuel pour inclure des dimensions sociales et politiques. Il s’agit d’un processus collectif qui vise à reconnaître les souffrances passées, à restaurer la confiance et reconstruire les relations sociales brisées par des conflits violents.
En deuxième lieu, mon intervention vise aussi à soutenir que le pardon sociopolitique n’efface pas les drames du passé mais permet de s’en souvenir, sans pour autant rester dans la hantise du passé. Le pardon sociopolitique est nécessaire pour (re)construire la paix, après des drames individuels ou collectifs. Il vise la sauvegarde d’une possibilité de restaurer une certaine harmonie entre les humains tant au niveau intracommunautaire qu’au niveau intercommunautaire, voire même entre des pays qui ont dans leurs annales de très sombres pages d’histoire. On a souvent l’habitude de confondre le pardon et l’oubli, alors qu’on ne peut parler du pardon sans faire un rappel du passé. Le pardon nous y aide en essayant de comprendre et d’expliquer le mal qui a été commis ou bien subi, en essayant de voir comment nous pouvons nous projeter vers l’avenir.
Je présente dans ma première partie une brève biographie de Paul Ricœur. Ensuite, dans la deuxième partie, je tente de définir la question du pardon selon la pensée philosophique de Paul Ricœur. Enfin, dans la troisième partie, je termine sur les enjeux du pardon sociopolitique, en prenant comme exemples les cas de l’Afrique du Sud et du massacre des Haïtiens en République Dominicaine.
1. Ricœur et la philosophie du pardon
Paul Ricœur est né à Valence en 1913 et a été rapidement orphelin de père et de mère: sa mère meurt 6 mois après sa naissence et son père est tué au front au tout début de la Première Guerre mondiale. Après la mort de ses parents, Ricœur est recueilli avec sa sœur aînée Alice par leurs grands-parents paternels, puis par une tante et élevé dans la tradition du protestantisme réformé et du socialisme. Au début des années 1930, Ricœur obtient sa licence en philosophie à Rennes et poursuit ses études à la Sorbonne. Il passe son agrégation en 1935, année de la mort de sa sœur et où il épouse Simone Lejas (le couple aura cinq enfants). En 1950, Riœur soutient sa thèse de doctorat en philosophie sur Le volontaire et l’involontaire. Quand nous allons agir, décider de faire quelque chose, nous sommes en tension entre ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire: Ricœur essaie de penser cette tension qui existe en nous en tant qu’être humain. Ricœur a enseigné la philosophie au lycée et à l’université: à Strasbourg, à la Sorbonne, à Nanterre, à Chicago où il alla occuper la chaire de Paul Tillich. En résumé, la vie de Paul Ricœur est marquée par la tragédie et par le mal: la mort de ses parents, et aussi d’un de ses enfants qui s’est suicidé. Quelle est sa contribution à la théologie chrétienne ? Dans un ouvrage intitulé La réception de l’œuvre de Paul Ricœur dans les champs de la théologie, Ricœur est présenté comme l’un des penseurs contemporains qui a porté la philosophie au-devant de la Bible et de la théologie. Si Ricœur est quelqu’un qui apporte aussi d’importantes contributions dans le domaine de l’exégèse et de la théologie biblique, il aide surtout à penser certaines questions, certaines thématiques en lien avec l’herméneutique.
2. La définition du pardon chez Ricœur…
Quand on parle du pardon, il y a souvent des gens qui disent: «Le pardon est une thématique religieuse et donc cela ne nous intéresse pas». Dans une rencontre où j’essayais d’expliquer mon parcours, j’ai parlé de la thématique du pardon et une personne m’a dit: «Chez nous, on ne parle pas du pardon. Le pardon, on en parle ailleurs». La façon dont cette personne a réagi m’a beaucoup interpellé et, au moment de la pause, je suis allé la voir pour m’expliquer et essayer d’approfondir la réflexion, pour lui demander pourquoi elle avait réagi ainsi. Mais elle a refusé d’échanger et de répondre à cette question ! Je me suis demandé si c’était parce que cette thématique-là n’avait pas d’importance pour elle ou si c’était parce que pour elle, le pardon était une thématique religieuse. Qu’est-ce que le pardon ?
Si nous nous penchons sur l’étymologie du verbe pardonner, nous trouvons le verbe donner. Pardonner, c’est donner quelque chose. Mais si le pardon est un don, cela ne peut se réduire à une mesure quantitative. Le verbe pardonner signifie proprement: donner complètement, remettre (du latin per et donare). D’après Xavier Léon-Dufour, si nous nous basons sur la tradition judéo-chrétienne, pardonner signifie «rétablir la relation entre deux êtres, rompue à cause d’une offense». Le rétablissement de cette relation est d’abord vertical: c’est la relation entre Dieu et nous en tant qu’êtres humains. Sur le plan horizontal, c’est la relation entre l’homme et ses semblables et il y a une tension entre le vertical et l’horizontal. Je n’aborderai pas aujourd’hui le côté vertical mais le côté horizontal, en mettant l’accent sur le pardon entre semblables, le pardon interpersonnel.
Dans une perspective philosophique, le pardon est une notion difficile à définir. Pour Olivier Abel, qui cite Paul Ricœur, «Le pardon est un mot très équivoque, il est à la fois le pardon que l’on demande et le pardon que l’on donne. « Le pardon pense au pluriel, il se demande, il se reçoit, mais il reste un acte incertain » ». Peut-on parler du pardon sans tenir compte de cette complexité ? Cette pluralité de sens rend difficile toute définition unitaire du pardon et c’est à juste titre que Paul Ricœur parle du pardon comme « l’énigme d’une faute qui paralyserait la puissance d’agir de cet ‘homme capable’ que nous sommes et c’est, en réplique, celle de l’éventuelle levée de cette incapacité existentielle que désigne le terme de pardon ». Pour Ricœur,
« Le pardon, s’il a un sens et s’il existe, constitue l’horizon commun de la mémoire de l’histoire et de l’oubli. Toujours en retrait, l’horizon fuit la prise. Il rend le pardon difficile: ni facile, ni impossible. Il met le sceau de l’inachèvement sur l’entreprise entière. S’il est difficile à donner et à recevoir, il l’est tout autant à concevoir ».
Dans cette perspective, Ricœur met en avant la difficulté du pardon, particulièrement dans le sens sociopolitique prenant en compte la question de la mémoire, de l’histoire et de l’oubli. Le pardon devient un concept de plus en plus difficile à définir: en tant que concept sociopolitique, le pardon est un phénomène complexe qui traverse les domaines de l’éthique, du droit, de la politique et des relations interpersonnelles. D’après notre philosophe, le pardon n’est «ni facile, ni impossible»: chacun rencontre le pardon selon sa propre expérience. Ricœur ne postule pas que le pardon est impossible, mais ne dit pas non plus que le pardon est facile. C’est pour cela qu’il ne cherche pas à définir le pardon mais au contraire (plutôt que d’apporter lui-même des réponses définitives) à questionner les réponses déjà formulées.
En m’inspirant de Ricœur, j’avance que le pardon est pour la victime la séparation entre ce qu’elle est et l’acte qu’elle a subi. Pour le coupable, le pardon signifie la séparation entre l’agent et l’acte qu’il a commis.
Voyons maintenant comment se déploie la question du pardon dans la pensée de Paul Ricœur. Pour ce faire, j’ai sélectionné quelques articles.
D’abord, La symbolique du mal, en 1960, où il aborde la question du pardon dans une perspective philosophique, en essayant de réviser des thématiques en lien avec la théologie. Il expose un certain nombre de mythes du Bassin méditerranéen pour parvenir à une approche symbolico-religieuse du pardon. Pour lui, «le mal y apparaît comme souillure, péché et culpabilité, dans la lumière du pardon qui apparaît comme purification, rédemption et justification». Tous ces thèmes sont connexes à la question du pardon. En s’appuyant sur la tradition biblique, Ricœur développe des thèmes connexes au pardon en travaillant la question de la tache et celle de la souillure qui nécessitent la purification, Ricœur ouvre déjà la voie au pardon car c’est une notion corrélative à celle de faute, de culpabilité et à celle du mal qui ne peut être remis que par le pardon et le rachat divin. C’est-à-dire la rédemption.
Le deuxième article est Quel éthos nouveau pour l’Europe ?, un texte publié en 1992 dans lequel Ricœur analyse le pardon au croisement du modèle de la traduction et de celui de l’échange des mémoires, pour penser en terme d’imagination la question de l’avenir de l’Europe. Ricœur propose le modèle du pardon comme un dispositif qui pourrait construire la paix entre des États marqués par des guerres de religion, de conquête, d’extermination. Le pardon, dit-il, est la seule manière de briser la dette et l’oubli, et ainsi de lever les obstacles à l’exercice de la justice et de la reconnaissance. Pour Ricœur, le travail du pardon doit se greffer sur le travail de la mémoire: on ne peut pas parler du pardon sans tenir compte du passé. Et en faisant appel au passé, on se réfère à la question de la mémoire dans un langage de la narration. Quand on décrit une scène de crime, ce qui est en train de s’exprimer pourra apporter une contribution et aider la victime ou bien les descendants de la victime (ou des victimes) à changer de regard sur certaines choses, sur certaines perspectives.
Dans les articles Sanction, réhabilitation, pardon, et Le pardon peut-il guérir ?, Ricœur essaie de penser le pardon dans une perspective thérapeutique: comment le pardon peut aider quelqu’un à se libérer de certaines difficultés, de certaines souffrances. Dans une perspective collective, il essaye de tenir compte du rapport de la France à l’Algérie et d’autres sujets d’actualité brûlante.
Le livre La mémoire, l’histoire et l’oubli parle beaucoup de cette question. Ricœur essaie d’y penser la question du pardon dans une perspective sociale et politique. Le pardon se conjugue dans une dualité tensionnelle entre l’individuel et le collectif et ne reste pas exclusivement limité à l’aspect religieux et privé. Donc
«Sous le signe du pardon, le coupable serait tenu pour capable d’autre chose que de ses délits et de ses fautes, il serait rendu à sa capacité d’agir et l’action rendue à celle de continuer. C’est cette capacité qui serait saluée dans les menus actes de considération où nous avons reconnu l’incognito du pardon joué sur la scène publique. C’est enfin de cette capacité restaurée que s’emparerait la promesse qui projette l’action vers l’avenir. La formule de cette parole libératrice, abandonnée à la nudité de son énonciation, serait: Tu vaux mieux que tes actes».
Dire que l’agent vaut mieux que ses actes, c’est dire qu’il est capable d’autre chose que ses actes, ou du moins ses délits. Le pardon consiste à tenir le coupable capable d’autre chose que de ses mauvaises actions puisqu’il dispose en lui de ressources de régénération. Par le pardon, l’agent change en un autre que lui-même. Pardonner suppose de dire à l’autre: Tu vaux mieux que tes actes. Par le pardon, le caractère d’autrui défiguré sera refiguré pour configurer l’espérance d’une capacité de promesse renouvelée. Du côté de la victime, l’acte a d’une certaine manière défiguré la victime parce qu’elle a été affectée dans sa chair et dans sa puissance d’être. Parler de la question du pardon dans un sens sociopolitique, c’est poser certaines conditions: on ne peut pas parler du pardon dans le sens sociopolitique sans tenir compte des conditions.
Première condition: il n’y a pas de pardon sans repentance. Si je la mets en premier, c’est parce que Bonhoeffer a parlé d’une « grâce à bon marché ». J’essaie de faire une comparaison en parlant de pardon à bon marché. Un pardon à bon marché est un pardon où des gens offrent le pardon sans tenir compte de la repentance. Mais comment peut-on pardonner quelqu’un s’il ne se repent pas ?
Deuxième condition: nul ne peut pardonner seul, il faut être deux pour parler du pardon. En tant que victime, est-ce à moi de pardonner alors que l’offenseur ne fait pas un pas vers moi pour me demander pardon ? Le pardon met en relation deux personnes.
Troisième et quatrième conditions: ceux qui demandent pardon doivent être ceux qui ont commis le tort (nul ne peut se repentir à leur place) et ceux qui pardonnent doivent être ceux qui ont subi le tort (nul ne peut usurper cette place). Si le pardon est ce que les coupables seuls peuvent demander et ce que les victimes seules peuvent accorder ou refuser, la question du pardon au niveau collectif rencontre encore plus de difficultés puisque celui qui pardonne doit être celui qui a subi le tort ou le mal.
Cinquième condition: on ne peut pardonner que lorsque tout a été fait pour tenter de réparer. Et ce travail doit être accompagné par une prise de conscience de l’irréparable. Parler de la question du pardon, c’est parler de l’irréparable. Pardonner, c’est tenter de réparer l’irréparable. Si j’écris sur une feuille de papier et puis que je la plie, je commets le mal. Je peux essayer de réparer le mal en dépliant la feuille … mais il restera le pli. Le mal qui a été commis ne peut pas être compensé ou remis à plat, à zéro : il laisse toujours des cicatrices et c’est pareil dans les relations humaines ou interétatiques. Parler de la question du pardon suscite un travail pour prendre conscience qu’il y a de l’irréparable, un mal, une faute qui a été commise. Sinon, on ne peut pas parler du pardon.
Sixième condition: on ne peut pardonner que ce qui n’a pas été oublié. Le pardon ne signifie pas oublier ou minimiser l’acte répréhensible, mais plutôt reconnaître la blessure du passé ou le mal commis dans les relations interpersonnelles ou interétatiques. Il doit être un acte qui permet de reconnaître le mal subi par les victimes.
Septième condition: on ne peut pardonner que ce que l’on peut punir. Si on ne peut pas punir un mal, un crime, peut-on parler de la question du pardon ?
« Entrer dans l’ère du pardon, écrit Ricœur, c’est accepter de se mesurer à la possibilité toujours ouverte de l’impardonnable. Y a-t-il de l’impardonnable ? Faut-il ou peut-on tout pardonner ? Pardon demandé n’est pas pardon dû ». Je peux demander pardon mais le pardon reste une parole incertaine, indépendamment de la victime qui va accepter ou non cette demande de pardon: « Le pardon, c’est ce que les victimes seules peuvent accorder. C’est aussi ce qu’elles seules peuvent refuser ».
En somme, même si toutes les conditions sont réunies, le pardon tant au niveau individuel que collectif reste un acte difficile. Il n’est ni facile ni impossible mais difficile. Dans ce cas, je rejoins Frédéric Rognon qui se demandait, lors de ma soutenance de thèse,
« si l’on doit pardonner à ceux qui ne reconnaissent pas leur tort ou à ceux qui ne demandent pas pardon, et qui doit pardonner si les victimes ou les auteurs ont disparu. Une réponse ne pourrait-elle être de remettre à Dieu sa repentance lorsqu’elle n’est pas reçue, ou son désir de pardonner lorsqu’il n’est pas demandé, afin d’être soi-même libéré de la dette ? ».
3. Enjeux éthico-politiques du pardon dans la construction sociopolitique de la paix
Quels sont les enjeux pratiques que relève Ricœur à propos des usages du pardon dans le champ sociopolitique ? «Qui dit enjeu, dit chose à gagner ou à perdre, mise en danger, en tout cas mise en question», écrit-il. Demander ou donner le pardon pour des offenses commises présente un problème fort délicat, tant dans le domaine de l’éthique individuelle que collective: dans certaines cultures, le pardon a une dimension religieuse qui influence fortement les processus sociopolitiques, par exemple dans les sociétés où les principes religieux jouent un rôle central. Le pardon peut y être vu comme un impératif moral (il faut pardonner, on doit pardonner). Mais si un mal a été commis, suis-je dans l’obligation de pardonner (par exemple en tant que descendant des victimes) les descendants des oppresseurs ? Si on parle de la question du pardon, c’est pour nous, êtres humains d’aujourd’hui. Ce qui pose beaucoup de difficultés: «De quelle délégation un homme politique en fonction, le chef actuel d’une communauté religieuse peuvent-ils se prévaloir pour demander pardon à des victimes dont, au reste, ils ne sont pas l’agresseur personnel, et qui elles-mêmes n’ont pas personnellement souffert du tort visé ?». Est-ce que je dois pardonner à la place de l’autre ? Cela pose trois questions sur le plan politique.
Mémoire et pardon. La mémoire est la faculté dont nous disposons pour conserver les faits passés ou pour les rappeler. Pour entrer dans une démarche de pardon, il faut que la victime autant que le coupable se souviennent du mal subi ou commis. Associer la mémoire au pardon, c’est accepter de rouvrir la mémoire pour puiser dans notre passé commun, ce qui nous lie et nous délie. Selon Ricœur, le pardon est une réponse à l’inévitable douleur des souvenirs, puisque la mémoire a pour fonction de conserver les blessures et les injustices du passé. En ce sens, la mémoire et le pardon ont en commun de permettre de se souvenir du crime et de ceux qui sont morts de la mort inventée par l’homme. Si le pardon libère la mémoire du poids insurmontable de la faute passée, la mémoire en retour est libérée pour ce grand projet. C’est ce qui fait dire à Ricœur que «le pardon donne un futur à la mémoire».
Pardon et histoire.«Le pardon permet de revisiter et de raconter autrement les histoires du passé» : parler du pardon, c’est rouvrir le passé pour ensuite réinterpréter en vue d’influencer notre présent et se tourner vers l’avenir. Il est donc impossible de penser le pardon sans visiter le terrain de l’histoire. Dans l’histoire, le pardon joue un rôle crucial dans la réconciliation des peuples et des communautés après les conflits.
Pardon et oubli. Dans La mémoire, l’histoire, l’oubli, Ricœur met en lumière les processus de pardon collectif pour dépasser les blessures historiques et construire une paix durable. Mais «quelle sorte d’oubli mériterait d’être tenue pour une trace du pardon ?». Si l’oubli signifie que l’on ne se souvient pas d’une chose ou d’un événement, la mémoire de son côté renvoie à l’aptitude à se souvenir d’un événement passé. Mettre en rapport le pardon avec l’oubli oblige de poser un certain nombre de questions: peut-on pardonner sans rien effacer ?; est-il possible de pardonner sans se souvenir de la faute commise ?… L’enjeu ici est de ne pas cultiver la mémoire de façon morbide ni de tomber dans la tentation de tout oublier. Pardonner, ce n’est ni tomber dans un oubli systématique ni dans l’extrême inverse.
Le pardon est à mes yeux l’aboutissement d’un travail au niveau de mémoire et de l’histoire, qui s’effectue par la reconnaissance et l’acceptation de ce qui s’est passé, sans chercher à l’oublier. Le pardon sociopolitique doit être perçu comme une excuse pour l’oubli ou pour l’effacement de la mémoire des victimes, il doit être un acte qui respecte la mémoire et la dignité des victimes. Le pardon sociopolitique ne vise pas à effacer le passé ni à nier ou oublier le mal commis ou subi, il est la reconnaissance de ce qui a été.
Aspect négatif et aspect positif (cas de l’Afrique du Sud)
Les objectifs de la commission Vérité et Réconciliation étaient de collecter les témoignages, consoler les offensés, indemniser les victimes et amnistier ceux qui avouaient avoir commis des crimes politiques. D’après Sophie Pons, citée par Ricœur, cette commission accomplit ses objectifs au moyen de trois comités:
Le premier comité sur la violation des droits de l’homme devait établir la nature, la cause et l’ampleur des abus commis entre 1960 et 1994. Il devait rassembler toutes les informations pouvant aider les victimes et les bourreaux à tourner la page. En témoignant, en racontant, on est déjà dans la perspective d’un pardon qui nous invite à revisiter le passé pour voir le mal qui a été commis.
Le deuxième comité sur l’amnistie devait examiner les demandes de pardon à la condition d’aveux complets prouvant la motivation politique des actes incriminés. Il n’avait pas seulement vocation à rétablir la vérité mais aussi à promouvoir la réconciliation entre les Sud-Africains, entre Noirs et Blancs.
Le troisième comité sur la réparation et la réhabilitation avait pour mission d’identifier les victimes et d’étudier leurs plaintes en vue d’indemnisation, d’aide matérielle et de soutien psychologique. Mais en raison des grandes difficultés financières de l’État sud-africain et du programme de reconstruction qui grevait le budget, ces réparations n’ont malheureusement pas pu s’effectuer. L’archevêque anglican Desmond Tutu (les Églises ont joué un rôle important pour aider les parties antagonistes à trouver une solution).a préféré parler de réparation plutôt que de compensation. Car selon lui, la compensation laissait croire qu’on pouvait quantifier la souffrance. Comme tout à l’heure avec la métaphore du papier plié, on ne peut pas quantifier la souffrance, le mal commis. Ce comité devait en tout cas évaluer la gravité des crimes commis et réfléchir à comment réparer l’irréparable.
Les enjeux du pardon sociopolitique dans le cas sud-africain sont donc des enjeux éthiques puisque dans le jugement éthique du pardon, une tension se crée entre les aspects positifs et négatifs.
Aspects négatifs. Le pardon court le risque d’être instrumentalisé par des autorités politiques ou religieuses : si quelqu’un avoue une faute, n’est-ce pas pour éviter de passer devant la justice ? Pour Ricœur, les accusés auraient avoué pour ne pas aller au procès. Il s’agit donc d’un stratagème en vue de demander et d’obtenir une amnistie libératoire de toute poursuite judiciaire et de toute condamnation pénale. La justice est en ce sens sacrifiée au nom de la réconciliation. Desmond Tutu du côté religieux et Nelson Mandela du côté politique essaient d’apporter une perspective de réconciliation car les Sud-Africains étaient divisés à cause des terribles conditions historiques et des préjugés entre Noirs et Blancs. La psychologue Karin Muller a écrit au sujet de l’aveu et du repentir des coupables que «les victimes ont le droit de refuser de pardonner car il est temps de réhabiliter la victime face à son boureau». En se demandant: «Quel mot de réconfort, quelle compensation offre la Commission à tous ceux qui ont souffert ?». Contrairement aux deux premiers comités, le troisième n’a pas atteint son objectif: il n’y a pas eu réhabilitation ni compensation par rapport aux crimes qui avaient été commis.
Aspects positifs. En dépit de cette difficulté, l’expérience de la Commission Vérité et Réconciliation a servi à construire la paix sociale en Afrique du Sud avec un pardon comme geste symbolique de réparation. La Commission a offert un espace public à la plainte et au récit des souffrances et suscité une catharsis partagée. La notion de catharsis renvoie à la dimension thérapeutique et politique du pardon mobilisée par la Commission. En racontant ce qui s’était passé, les victimes ont reçu une écoute nationale qui a pu apaiser leurs souffrances et leurs traumatismes. Cela a apporté des résultats sur les plans psychologique et thérapeutique. Au niveau politique, la Commission a permis de créer un gouvernement d’union nationale. Lorsque Mandela est arrivé au pouvoir, l’Afrique du Sud était encore blessée par des décennies d’apathie. Pour apaiser les esprits, Nelson Mandela a fait le choix du pardon pour éviter un bain de sang et une guerre civile, de l’accord entre l’ANC (noire) et le Parti national (blanc) pour éviter beaucoup plus de crimes. Au niveau sociopolitique, la Commission a été très utile en contribuant à recréer du lien social national et en facilitant la formation d’un gouvernement partagé entre Noirs et Blancs. Desmond Tutu a initié la démarche de pardon avec sincérité et a même écrit un livre intitulé Il n’y a pas d’avenir sans pardon.
Usage du pardon (cas du massacre des Haïtiens en 1937 en République Dominicaine)
En travaillant sur la question du pardon chez Paul Ricœur, j’ai rencontré cet événement tragique de l’histoire contemporaine d’Haïti: du 2 au 8 octobre 1937, plus de 20000 Haïtiens et Dominicains d’origine haïtienne ont été massacrés par l’armée et la police dominicaine sous le régime de Trujillo. En 2007, la question du pardon été soulevée lors d’une messe solennelle à l’occasion de la fête patronale de la paroisse de Dajabón, proche de la frontière haïtienne. Dans son homélie, l’évêque Diómedes Espinal de León a déclaré au nom de l’Église catholique dominicaine que le peuple dominicain devait demander pardon au peuple haïtien pour le massacre de 1937. Comme le pape Jean-Paul II lorsqu’il avait demandé pardon au peuple juif.
Mais est-ce que l’on peut demander pardon au nom d’un peuple ? Est-ce que l’on peut pardonner à la place de l’autre ? Un autre prélat dominicain, l’archevêque Nicolas de Jesús López Rodríguez, a déclaré lui que le peuple dominicain n’avait pas à demander pardon au peuple haïtien pour le massacre de 1937 parce que le responsable de ce massacre était Trujillo, qui était mort et enterré. Pour lui, cela datait de plus de 70 ans et le peuple dominicain n’en était aucunement responsable: «C’est à Trujillo (qui fut un criminel) qu’il faut demander des comptes».
Il y a une tension entre la position d’Espinal de León et celle de López Rodríguez. Qui a raison ? Que faut-il faire ? L’Église catholique dominicaine reste divisée sur cette question: un groupe plaide en faveur d’une demande de pardon, un autre groupe pense que ce n’est pas à eux de demander pardon au peuple haïtien. Dans un tel contexte, ce représentant religieux peut-il demander pardon à titre individuel au nom d’une communauté ou au nom du peuple dominicain ? Je ne le pense pas car les descendants des coupables ne sont pas responsables du massacre perpétré contre les Haïtiens, et les Haïtiens en tant que descendants des victimes ne peuvent octroyer le pardon demandé. Pourtant, ce geste individuel de demande de pardon peut être utile pour améliorer les relations inter-étatiques entre ces deux pays qui partagent la même île. Ce geste symbolique de pardon est une forme d’appel à la cohésion sociale: en agissant ainsi, ce prélat dominicain a pris conscience de l’ampleur du mal commis en 1937 par les dirigeants de son pays. Même s’il n’est pas responsable, il est pourtant concerné en tant que citoyen dominicain. On peut ressentir de la culpabilité sans pour autant être coupable du crime qui a été commis. Le philosophe Karl Jaspers l’a très bien expliqué dans La culpabilité allemande.
Conclusion
Je soutiens que le pardon sociopolitique peut être un dispositif nécessaire pour construire la paix dans les relations inter-humaines et inter-étatiques. La demande officielle de pardon par un chef d’État (sous la forme d’excuses, d’acte de repentance ou de contrition) me paraît nécessaire pour marquer que cet État se détache définitivement de ses crimes et permettre à une société de s’affranchir des tabous et s’engager dans la construction d’une mémoire collective, ciment du vouloir vivre ensemble. Par contre, le pardon sociopolitique ne doit pas être une simple parole, il doit être accompagné par des actes concrets qui essayent de réparer l’irréparable. Dans son livre Peut-on réparer l’histoire ?, Antoine Garapon parle de trois formes essentielles de réparation:
La réparation symbolique cherche à dépasser un événement historique par un geste qui exprime le remord qu’en éprouvent les auteurs, et leur engagement à ne pas le répéter. On ne peut pas parler de pardon sans cela: il faut qu’il y ait de de la repentance, du remord et la promesse qu’on ne va plus recommencer. La repentance se manifeste par un acte public de contrition: ériger par exemple des monuments à la mémoire de la communauté des victimes. C’est un geste symbolique et concret qu’on pourrait mettre en avant quand on parle de la question du pardon sociopolitique.
La réparation politique cherche des moyens concrets pour éliminer définitivement les traces d’injustice historique toujours présentes dans certaines populations.
La réparation matérielle se fait sous forme d’indemnisation. Sans argent, peut-on parler de la question du pardon ? Car après les excuses, qu’est-ce qu’on fait ? L’un des plus anciens usages du terme pardon est associé à l’annulation des dettes financières. Ce pardon qui est au sens propre remise de dette permet et marque la reprise de relations diplomatiques pacifiées. Le fait de demander pardon ou accorder son pardon au sens économique originaire (mais pas seulement) est un premier pas vers la paix, une condition sine qua non et un préalable nécessaire à celle-ci. C’est à juste titre qu’Enzo Bianchi, un prêtre catholique, dit que le pardon peut s’exercer par la remise de la dette des pays pauvres, condition d’un développement économique.
Dans un monde de plus en plus complexe où les conflits ne diminueront pas en nombre et en gravité mais se multiplieront et s’approfondiront, le pardon sociopolitique est un élément nécessaire pour construire la paix entre les humains dans les relations inter-personnelles ou inter-étatiques. Envisager le pardon comme une pratique sociale et politique, c’est déclarer que l’idée de pardon a des implications dans les «affaires humaines» comme disait la philosophe Hannah Arendt. Bien que le pardon ne soit pas une catégorie politique chez Ricœur et qu’il ne puisse être porté par des institutions, on ne peut pourtant nier son rôle dans la restauration de l’équilibre social: les gestes symboliques de demande de pardon de représentants d’institutions politiques ou religieuses pourraient contribuer à construire la paix entre les humains.
Believe en VSI : « l’été a été bien chargé dans tous les domaines »
Depuis quelques mois, Believe est en VSI à Marseille où elle a pour mission de soutenir l’éducation à la citoyenneté responsable et à la solidarité en quartier prioritaire. Dans cette lettre de nouvelles, elle revient sur les activités effectuées dans ce cadre pendant l’été dernier.
Je ne sais même pas par où commencer car l’été a été bien chargé dans tous les domaines. Avec l’équipe, nous avons organisé la journée des bénévoles de l’association, une première édition pour moi, car nous voulions les remercier pour leur travail et leur engagement durant l’année scolaire. Ce n’était pas facile, de la préparation à l’exécution, mais c’était agréable d’avoir accompli mes obligations à la fin. Je suis prête à m’y relancer sans hésitation, car c’était formidable de partager tous ces moments ensemble. Ensuite, il y a eu le départ de nos pasteurs à l’église, où je suis aussi engagée par plaisir dans la chorale et le groupe musical. La fête de la musique était donc de mise avec le culte d’envoi. J’ai également été ravie de participer à la 2ème édition de la collecte pour la banque alimentaire cette année, même si les informations sont arrivées à la dernière minute. Ensemble, nous avons fait de notre mieux, car c’est en partie grâce à cela que nous recevons les produits pour constituer les colis alimentaires que nous distribuons.
Les activités de l’été ont été préparées à l’avance et étaient variées selon l’âge des enfants et les besoins exprimés lors des bilans, tout en restant proches de la formule de l’année passée. Nous avons mis en place un atelier intitulé « Tous champions », en lien avec les Jeux Olympiques, où les mères et les enfants se sont réunis pour un événement familial. Les parents ont dégusté du thé, du café et des snacks tout en discutant, tandis que les enfants jouaient à des jeux et faisaient de l’artisanat. Nous avons terminé notre dernière rencontre par un délicieux déjeuner international. Un groupe de bénévoles et de familles se rendait à la plage chaque semaine pour faire des vagues et s’amuser, avec un pique-nique sur place. De nombreuses familles ont participé à des activités lors d’un festival dans le 1er arrondissement, comprenant des séances de cuisine, un atelier de dessin, un atelier d’art, de la danse, des jeux et bien plus encore. Les familles ont été accueillies dans une église locale pour jouer à des jeux de société. Les plus petits jouaient dans la garderie, tandis que les plus grands apprenaient divers jeux de société. Un délicieux goûter était servi à tous dans l’après-midi. Marhaban a participé à des sorties dans deux immenses parcs, tels que le Parc Spirou et le Parc Magic Land. Nous avons également visité le musée du Parc Borély, le musée du Parc Longchamp et fait une promenade en bateau au Vieux-Port. Nous avons également co-construit un grand banquet d’aide alimentaire avec nos partenaires et, bien sûr, nos bénévoles venant de différents pays, qui ont assuré la préparation des recettes en cuisine.
J’ai réussi à m’éclipser pendant quelques semaines pour visiter plusieurs villes, notamment Lyon, Lille, Aix-en-Provence et La Ciotat, et essayer de me reposer un peu avant de reprendre. Cette rentrée a été mouvementée car nous avons participé à la braderie du centre-ville de Marseille. C’était magnifique de pouvoir parler de notre travail avec les clients qui passaient, tout en écoulant nos stocks, et bien sûr de montrer les résultats de notre atelier textile au public. Enfin, nous avons co-organisé avec d’autres associations la fête du quartier où résident la plupart de nos bénéficiaires. Plus les jours passent, plus je suis fière des objectifs que je réussis à atteindre au fil de ma mission.
«PM» lance sa newsletter sur l’actualité de la missiologie
Perspectives Missionnaires, qui publie depuis 2022 les « Cahiers d’études missiologiques et interculturelles » de Foi & Vie, vise à diffuser quatre fois par an des nouvelles sur tout ce qui fait l’actualité de la missiologie : rencontres, colloques, cours, publications…
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir à qui l’on s’adresse. Et comment entamer un dialogue. C’est l’un des grands défis de la mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Quels mots pour la mission au XXIème siècle ? Quelles relations entre mission, évangélisation, action sociale ? Comment tenir compte du contexte de chacun, de sa culture et de son histoire ? La mission est-elle la même au loin et au près ? Quel rôle pour les Églises et quelle place pour les organismes missionnaires ? Peut-on être en mission ensemble, ou les Églises sont-elles condamnées à la concurrence ? Comment intégrer des thématiques comme la sauvegarde de la création, la place des femmes, les discriminations, la parole des Églises dans l’espace public ?
La mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de quarante ans Perspectives missionnaires.
À l’origine, c’était une revue, née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires. Elle s’est ensuite élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture œcuménique. Longtemps, elle est restée la seule et unique revue de missiologie protestante dans l’espace francophone. Elle est gérée depuis des années par une association indépendante qui s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), ainsi que, depuis fin 2017, la Cevaa. Son président, Jean-François Zorn, est un ancien du Défap ; Claire-Lise Lombard, qui en est vice-présidente, est responsable de la bibliothèque du Défap ; son trésorier, Étienne Roulet, est l’ancien président de DM, l’équivalent suisse du Défap pour la Suisse romande.
Avis aux chercheurs, spécialistes ou curieux
De 1981 à 2022, « PM » a publié de manière indépendante. Au bout d’une quarantaine d’années et après plus de quatre-vingt-deux numéros parus, elle a rejoint Foi & Vie dont elle publie désormais les « Cahiers d’études missiologiques et interculturelles ». Deux premiers cahiers sont disponibles sur le site de Foi & Vie :
« Prosélytismes … au pluriel ! »
« Chrétiens d’Orient : entre précarité et espérance »
Mais « PM » poursuit par ailleurs ses activités, comme en témoigne sa participation à un colloque qui aura lieu du 26 au 29 juin au Défap et à l’IPT (Institut protestant de théologie) sur le thème « Mission : le sens des mots », et réunit de nombreux partenaires dont l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie), l’ICP (Institut catholique de Paris), Foi & Vie… Elle a également lancé une newsletter spécialisée sur la missiologie qui doit faire le point quatre fois par an sur l’actualité des rencontres, colloques, cours ou publications dans ce domaine.
Vous pouvez retrouver ici la première newsletter. Au menu : colloque de l’IPT et du Défap, les prochaines rencontres de Pomeyrol et les Jeudis du Défap, l’Action Commune de la Cevaa et la prochaine session de formation à la théologie interculturelle qui se prépare à l’Institut de Bossey…
«Les jeudis du Défap» : rendez-vous avec Paul Ricœur
À vos agendas : les rendez-vous du Défap en visioconférence reprennent le 5 septembre. Pour ce premier webinaire de rentrée, l’intervenant sera le Pasteur Robert LOUINOR, sur le thème : « Le pardon chez Paul Ricœur : une proposition de construction socio-politique de la paix ». N’oubliez pas de vous inscrire, si vous ne l’êtes déjà !
Le premier webinaire du Défap, en avril dernier, nous avait entraînés dans le mouvement des communautés protestantes camerounaises installées en Europe et des prêtres catholiques africains venant en France. Avec une question (ces mouvements témoignent-ils d’une forme de « mission inversée » du Sud vers le Nord ?) et un double regard de chercheurs et sociologues : Adrien Franck MOUGOUE pour le côté protestant, et Corinne VALASIK pour le côté catholique.
Après la pause estivale, ces webinaires reprennent dès le 5 septembre : il sera cette fois question de Paul Ricœur avec le Pasteur Robert LOUINOR, qui interviendra sur le thème : « Le pardon chez Paul Ricœur : une proposition de construction socio-politique de la paix ». Comme les précédentes, cette rencontre en visio se fera en deux temps :
L’objectif poursuivi est de faire du Défap, un lieu de référence pour le partage de la réflexion missiologique et interculturelle, avec le concours des spécialistes de la question. Cette série de webinaires se conclura le jeudi 5 décembre 2024, avec un rendez-vous sur le thème « Théologie interculturelle et interculturalité dans l’Église » : l’intervenant en sera le professeur Gilles Vidal.
« Nous voulons nous pencher sur des sujets que nous vivons tous au quotidien, avec des professeurs, des spécialistes, explique Jean-Pierre Anzala, responsable du service Échange théologique, qui a lancé ces rendez-vous par Zoom. Par exemple, cette question de l’interculturalité sur laquelle Gilles Vidal va venir réfléchir avec nous, on la vit déjà tous les jours dans les paroisses des grandes villes. Mais comment bien la vivre en Église ? »