Valérie Iguernsaid et l’accueil des chercheurs par le Défap

Le Défap facilite les échanges de personnes pour renforcer les liens avec ses Églises partenaires dans le monde : il envoie, et il accueille. Non seulement des volontaires internationaux, mais aussi des enseignants de théologie, des chercheurs… Ce mois-ci, dans « Courrier de mission », l’émission du Défap présentée par Guylène Dubois et diffusée sur Fréquence protestante et Radio FM+, gros plan sur le service Échange théologique, chargé notamment de toute la logistique entourant l’accueil de chercheurs en France.
Valérie Iguernsaid © Défap

Au cours du mois de janvier, « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Fréquence protestante et sur Radio FM+, vous avait permis de faire connaissance avec Richard Lengo : un chercheur venu faire des travaux en France avec le soutien du Défap, et auteur d’une thèse sur l’Église évangélique du Congo. En ce mois de février 2024, voici Valérie Iguernsaid : elle est précisément chargée de tout l’aspect logistique entourant la venue des chercheurs accueillis par le Défap, depuis les procédures administratives jusqu’à la fourniture d’un logement et d’un ordinateur. Et elle nous décrit de quelle manière se passent la venue et le séjour de ces doctorants et post-doctorants, issus d’Églises et d’universités avec lesquelles le Défap est en lien.

Ces chercheurs sont le plus souvent des théologiens : ils poursuivent un cursus au sein d’une faculté de théologie, se sont lancés dans la rédaction d’une thèse… ou travaillent à l’adapter pour une ou des publications, après avoir pris contact avec une maison d’édition. Mais ils peuvent aussi travailler dans d’autres domaines, comme le montre précisément le cas de Richard Macaire Lengo, qui, lui, est sociologue. Dans tous les cas, la venue de ces chercheurs en France s’inscrit dans une perspective plus large d’échanges avec les Églises partenaires du Défap, et a pour but de renforcer les liens. Comme l’explique Valérie Iguernsaid, au sein du service Échange théologique, où elle travaille, « on accueille des chercheurs, on envoie des pasteurs, on accueille et on envoie des enseignants… » C’est une partie importante de l’activité du Défap : les chercheurs accueillis bénéficient ainsi d’une bourse pour leur permettre de rester plusieurs mois en France, qui est directement financée par le Défap.

Valérie Iguernsaid et l’accueil des chercheurs par le Défap

Courrier de Mission
Émission du 18 février 2024 sur Fréquence Protestante

 

Les chercheurs, un réseau de proches du Défap au sein de ses Églises partenaires

Pourquoi venir faire des recherches en France ? Bien souvent, parce qu’une bonne partie des documents dont ces doctorants ou post-doctorants ont besoin se trouvent dans des bibliothèques françaises – celle du Défap ou celles de l’Institut protestant de théologie (IPT), à Paris ou à Montpellier. Mais au-delà de cet aspect pratique, et de toute la logistique qu’implique la venue de chercheurs en congé-recherche en France, ces séjours, qui durent généralement de trois à neuf mois, sont l’occasion de nouer des connaissances et d’entretenir des relations qui existent depuis de nombreuses années avec des Églises partenaires. Ces chercheurs, une fois revenus dans leur pays, deviendront généralement pasteurs ou universitaires, et garderont des relations privilégiées avec le Défap, qui permettront par la suite de monter des projets ou de faciliter les travaux d’autres universitaires. Les travaux qui sont publiés, tout comme les interventions que peuvent parfois faire ces chercheurs dans des facultés de théologie en France, permettent de faire dialoguer et de rapprocher les théologies ; de mieux faire connaître les théologies africaines en Europe…

Groupe de chercheurs en congé-recherche dans le jardin du 102 boulevard Arago lors de la rencontre annuelle organisée en juin 2023 © Défap

Si, pour ces séjours de recherche, « le Défap est un facilitateur », selon le mot de Valérie Iguernsaid, ces séjours eux-mêmes facilitent par la suite les actions du Défap avec ses Églises partenaires. Les bénéficiaires d’une bourse du Défap sont ainsi engagés à la fois dans une démarche personnelle – leurs travaux universitaires, leur thèse ou leur projet de livre – et dans un projet collectif, qui met en relation les Églises de France et celles de nombreux pays. C’est précisément pour leur permettre de mieux toucher du doigt ce projet collectif que les chercheurs présents en France sont invités chaque année à participer à un week-end de rencontre. Un moment d’échange, de partage, et l’occasion, rare dans le parcours des boursiers, d’avoir des regards croisés sur leurs travaux. Pendant toute la durée de leur séjour en France, ils restent géographiquement éloignés ; tout au long de leurs recherches, ils travaillent en lien avec des facultés de théologie différentes ; et le délai imparti est court, surtout si l’on tient compte du nécessaire temps d’adaptation lors de leur arrivée en France. D’où l’importance de ces rencontres annuelles, qui font aussi partie du travail du service Échange théologique.

Groupe de chercheurs en congé-recherche, posant avec leurs familles devant le 102 boulevard Arago, lors de la rencontre annuelle de novembre 2019 © Défap



Richard Lengo et les mutations de l’Église Évangélique du Congo

À travers les travaux de recherche universitaire qu’il soutient, le Défap est en lien avec diverses facultés de théologie, dans et hors de France. Mais aussi avec des organismes comme le GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcités), un laboratoire de recherche du CNRS et de l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL). Rencontre avec l’un des chercheurs qui font ce lien entre organismes de recherche, Richard Macaire Lengo : il témoigne dans « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Radio FM+ et Fréquence protestante, au micro de Guylène Dubois.
Richard Macaire Lengo, photographié dans la bibliothèque du Défap © Défap

Les travaux de Richard Macaire Lengo le conduisent régulièrement à tisser des liens et à explorer les frontières communes entre des domaines en apparence très différents. Entre la sociologie et la théologie, entre la recherche et la formation pratique, entre les habitudes du monde et celles des Églises, entre organismes de recherche de pays différents… Il s’est spécialisé sur l’Église évangélique du Congo (EEC), dont il est également membre, mais qu’il scrute à la fois du dedans et du dehors, en aidant à former ses pasteurs mais aussi en s’intéressant à la position qu’elle occupe au sein de la société congolaise.

Richard Macaire Lengo est sociologue, dans une université constituée essentiellement de théologiens, l’UPB (l’Université protestante de Brazzaville). Un choix assumé par le recteur, le pasteur Laurent Gaston Loubassou, qui souhaitait avoir un « sociologue-maison » pour compléter la formation des étudiants. Cette université appartient à l’EEC, et elle forme les futurs pasteurs de l’Église. Mais au-delà de cette formation pratique destinée au corps pastoral de l’EEC, Richard Lengo est aussi enseignant-chercheur à l’Université Marien-Ngouabi (Brazzaville). Et il scrute depuis des années les évolutions des pratiques et des valeurs qui les sous-tendent au sein de son Église, en les replaçant dans le contexte plus global de la société congolaise – des travaux qui l’ont amené à rédiger une thèse pour laquelle il a dû venir faire des recherches en France, avec le soutien du Défap. Un premier séjour a eu lieu entre septembre 2019 et février 2020. Après avoir présenté sa thèse sur « L’Église Évangélique du Congo : l’ethos protestant à l’épreuve des pratiques du «monde» et des mutations sociales », il est revenu en France pour un nouveau séjour de trois mois, avec cette fois pour but de transformer ses travaux en publications. C’est à cette occasion qu’il a été, de septembre à novembre 2023, chercheur invité du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (le GSRL), un laboratoire de recherche du CNRS et de l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL).

Richard Lengo et les mutations de l’Église Évangélique du Congo

Courrier de Mission
Émission du 21 janvier 2024 sur Fréquence Protestante

 

Le soutien du Défap, « un véritable déclic »

« Le fait pour le Défap de m’accorder une bourse pour un séjour de recherche de trois mois, ça a constitué un véritable déclic », reconnaît-il aujourd’hui au micro de Guylène Dubois, à l’occasion d’une interview pour « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Radio FM+ et Fréquence protestante. C’est en particulier son second séjour en France qui lui a permis d’être intégré à deux programmes de recherche du GSRL : « Religion et violence » et « Religion et francophonie ».

Pour lui, les changements qui ont si profondément impacté à la fois les habitudes des fidèles de l’EEC, et l’image de cette Église au sein de la société congolaise, ont commencé à se manifester « au tournant des années 90 ». Auparavant, l’EEC et ses membres bénéficiaient d’une image de probité exemplaire, voire de rigorisme. Par la suite, cette perception s’est peu à peu dégradée. Paradoxalement, cette évolution a eu lieu parallèlement aux progrès des libertés au sein de la société congolaise. Mais aussi parallèlement à la dégradation de la situation économique. Or les membres de l’Église sont aussi membres de la société congolaise. Et les aléas de cette société influent nécessairement sur leurs manières d’agir. Voilà comment les effets de la crise économique se sont peu à peu infiltrés dans l’Église, y ont modifié les comportements, les attitudes, voire même la perception du pastorat. « Dans un contexte social où le chômage est devenu endémique », note ainsi Richard Macaire Lengo, « certains jeunes développent des stratégies de survie et d’insertion professionnelle ». Et la carrière pastorale finit par leur apparaître comme « un emploi par défaut ». Richard Lengo évoque ainsi au sein de l’EEC « la conversion d’un ethos de vocation en un ethos de professionalisation ».

Mais ce diagnostic que Richard Macaire Lengo dresse à propos de l’EEC l’aide aussi à mieux former les futurs pasteurs pour y faire face. D’où l’intérêt des concepts de sociologie des organisations qu’il dispense à ses étudiants de l’Université protestante de Brazzaville. Il ne s’agit pas de nier les effets de la société sur l’Église, et d’imaginer une Église idéale, dénuée d’enjeux de pouvoir ou libre de toute préoccupation économique. Mais il ne s’agit pas non plus de rester désarmé face aux problèmes. Richard Macaire Lengo juge ainsi « très important de donner aux pasteurs en formation des outils », de façon à ce qu’ils puissent « comprendre un certain nombre de logiques d’acteurs, qui leur seront utiles une fois qu’ils seront en paroisse ». Car « les paroisses qu’ils auront à gérer sont des structures complexes », et au moment où on les forme, « si on restreint la vision à la théologie, ils risquent de partir sur le terrain avec un grand handicap ».




L’Égypte : regards croisés d’envoyés du Défap

S’il est essentiellement présent en Afrique subsaharienne, dans l’océan Indien et dans le Pacifique, le Défap a aussi des envoyés dans d’autres pays par le biais des « associations portées » dont il forme et suit les volontaires. C’est le cas en Égypte, où il est en partenariat avec l’ACO (Action Chrétienne en Orient). Un pays, et des projets, que nous présentent dans « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Radio FM+ et Fréquence protestante, trois de ces « envoyés portés » : Anatole, Nicola et Alain.
De gauche à droite : Anatole, Nicola, Guylène et Alain, lors de l’interview pour « Courrier de mission » réalisée dans la bibliothèque du Défap © Défap

La précédente émission du Défap sur Fréquence protestante et sur Radio FM+, en novembre 2023, vous présentait les portraits de deux « envoyés » très différents : Lisa, jeune infirmière en train d’achever ses études et partant pour une mission dans un hôpital au Cameroun, et Luc, partant en Tunisie après avoir eu une carrière bien remplie de travailleur humanitaire : il n’y a pas d’âge ou de parcours type pour s’engager avec le Défap… Pour cette émission de décembre, les volontaires interviewés sont encore très différents, mais tous se rattachent à un même pays : l’Égypte.

Le Défap n’est pas impliqué de manière directe dans ce pays, mais par le biais d’un proche partenaire : l’ACO (Action chrétienne en Orient). Œuvre missionnaire née au sein des Églises protestantes de l’Est de la France, elle entretient des liens à la fois spirituels et de soutien matériel avec les chrétiens d’Orient. À sa création en 1922, l’ACO avait pour but de secourir les populations arméniennes victimes des exactions turques. Grâce aux paroisses protestantes alsaciennes, mais aussi grâce à des comités néerlandais et suisses, l’ACO a rapidement étendu son œuvre et touché aussi bien les personnes de culture arménienne que de langue arabe et assyrienne, en Syrie mais également au Liban puis plus tard en Iran, et jusqu’en Égypte. Aujourd’hui, grâce à de nombreux partenariats, l’ACO soutient des projets très variés dans les domaines de l’éducation, du social, de la santé, de la solidarité en contexte de crise, de la résolution des conflits, de la formation théologique, de la vie d’Église au sein de communautés locales.

Anatole et Nicola en juillet 2023 au Défap, pour la session de formation des envoyés © Défap

Parmi ces partenariats, il y a le Défap. Au cours des dernières années, l’ACO a eu l’occasion de collaborer de manière quasi quotidienne avec le Service Protestant de Mission, notamment pour l’envoi de volontaires, au Liban, en Égypte… Dans ce pays par exemple, le Défap a régulièrement assuré le suivi des envoyés de l’ACO en lien avec les Églises protestantes locales, dans le cadre de la plate-forme Moyen-Orient. Il s’agissait de missions d’enseignement (soutien scolaire, apprentissage de l’expression française), mais au-delà, d’une expérimentation quotidienne du « vivre ensemble » propre à faire mentir ceux qui prêchent la violence entre les communautés.

L’Égypte : regards croisés d’envoyés du Défap

Courrier de Mission
Émission du 17 décembre 2023 sur Fréquence Protestante

 

Deux missions très différentes

En lien avec l’ACO, le Défap continue ainsi à envoyer des volontaires au sein d’un foyer d’accueil de jeunes filles défavorisées qui suivent leur scolarité dans une école francophone, mais aussi auprès des élèves d’une école internationale : le New Ramses College, au Caire. Les langues d’enseignement sont l’arabe et l’anglais mais le français est encouragé dans cet établissement soutenu par l’Église protestante. C’est dans ce foyer que s’effectue la mission d’Anatole (sachant que l’enregistrement de l’émission a eu lieu avant son départ). Il connaissait déjà bien l’Égypte, puisqu’il y avait effectué une mission avec un autre organisme. Mission qui lui avait permis de découvrir ce pays, et lui avait donné envie d’y revenir. Il est également impliqué dans une autre association, les Focolare dans le quartier de Shubra.

La mission de Nicola, partie en couple en Égypte, avec son époux Alain, est pour sa part le résultat d’un montage impliquant plusieurs organismes : pasteure de l’Église protestante unie de France, elle est mise à disposition par l’EPUdF, envoyée par l’ACO et DM (l’homologue suisse du Défap), en lien avec le Défap et la Ceeefe (la Communauté des Églises protestantes francophones) pour accompagner les paroisses du Caire et d’Alexandrie. L’autre volet de son ministère est le contact avec les Églises protestantes égyptiennes (le Synode du Nil) et les partenaires des projets de l’ACO sur place (traduction de livres théologiques ; travail pour le vivre ensemble), avec les autres Églises chrétiennes.




Partir avec le Défap : les échanges, ça vous change

Échanges entre deux volontaires du Défap aux expériences très différentes : Luc, qui part en mission en Tunisie, a une longue carrière dans l’humanitaire. Lisa, qui part au Cameroun, est encore étudiante. Deux regards croisés sur le volontariat à l’international, ce qu’on en attend, ce qu’on y vit, ce qu’il transforme chez les volontaires qui le vivent.
À gauche : Luc, envoyé du Défap en Tunisie ; à droite, Lisa, envoyée au Cameroun © Défap

Il n’y a pas d’âge pour être volontaire du Défap. C’est particulièrement vrai quand on part avec le statut de VSI (Volontaire de Solidarité Internationale). Certaines et certains finissent tout juste leurs études, voire sont encore en train d’hésiter sur leur orientation, et sont en quête d’une expérience à l’international, d’une ouverture, pour pouvoir affiner leurs choix. D’autres, au contraire, ont une vie professionnelle déjà bien remplie et peuvent donner de leur temps et de leur expérience.

Pour ce mois de novembre 2023, « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Fréquence protestante, met en dialogue deux de ces volontaires aux parcours très différents. Novembre, c’est une période de l’année au cours de laquelle pratiquement tous les volontaires ayant pris part à la « session de formation au départ » du mois de juillet sont sur le terrain. Ils et elles se retrouvent donc dispersés au Cameroun, en Tunisie, à Madagascar et dans de nombreux autres pays en fonction de leur mission. L’enregistrement de cette émission a justement été réalisé avant le départ des uns et des autres, et peu après cette formation qui constitue l’un des rares moment où tous les « envoyés » du Défap se retrouvent en un même lieu et peuvent échanger à la fois sur leurs parcours, leurs motivations, et sur leurs futurs lieux d’engagement.

Partir avec le Défap : les échanges, ça vous change

Courrier de Mission
Émission du 19 novembre 2023 sur Fréquence Protestante

 

Deux envoyés aux parcours très différents

Voici donc Lisa et Luc. Lisa a senti que le moment de partir était venu pour elle pendant sa troisième année d’études d’infirmière. Elle connaît le Défap depuis toute jeune : elle avait déjà participé à un échange en tant que catéchumène. Elle a aussi effectué un stage dans un dispensaire en Namibie, qui a constitué pour elle « une révélation », et lui a donné envie de s’engager de nouveau en Afrique. Luc, pour sa part, a déjà une longue expérience de travailleur humanitaire. Il a effectué des missions avec de nombreuses ONG, et sur de nombreux terrains différents, avant de partir en Tunisie avec le Défap.

Dans ce dialogue entre Lisa et Luc, diffusé alors que tous deux ont rejoint leur lieu de mission, ils évoquent leurs attentes, ce qu’ils laissent derrière eux, leurs relations avec leurs proches, ce que cela représente pour chacun d’être ainsi loin de leur pays et de leurs habitudes. Ils évoquent aussi l’après-mission, et le retour en France. Ainsi que la formation au départ suivie au Défap, et ce qu’elle apporte aux envoyés.




Des projets pour faire vivre les liens

Au Défap, le financement de projets obéit avant tout à une logique : celle d’entretenir des relations au sein d’un réseau d’Églises. Les projets viennent ainsi s’ajouter aux échanges de personnes (qu’il s’agisse d’envoi de volontaires, d’accueil de chercheurs…) et aux relations institutionnelles (notamment entre facultés de théologie) pour nourrir ces relations au quotidien. Et leur principale caractéristique, c’est qu’ils font l’objet d’une co-construction, ce qui garantit qu’ils correspondent bien à un besoin réel sur place. Le point avec Maëlle Karen Nkot, chargée des projets au Défap, à l’occasion d’une interview pour Fréquence protestante.
Maëlle Karen Nkot, chargée du suivi des projets au Défap © Défap

 
Dans quelle perspective sont choisis les projets financés par le Défap ? Pour répondre à quels besoins ? Et à l’issue de quel parcours ? « Courrier de mission », l’émission de radio du Défap diffusée chaque troisième dimanche du mois sur Fréquence protestante, a donné la parole en ce mois d’octobre à Maëlle Karen Nkot, chargée du suivi des projets au sein du Service protestant de mission.

De manière générale, les projets financés par le Défap s’inscrivent surtout dans les domaines de l’enseignement, de la santé, de l’environnement. Avec, pour tous, deux caractéristiques essentielles : ils servent avant tout à nourrir des relations d’Églises, et sont co-construits avec les partenaires sur place. Ils sont l’expression et la concrétisation de relations souvent établies de longue date avec des Églises par-delà les frontières, héritées d’une longue histoire commune, et entretenues aussi bien à travers les échanges de personnes (envoi de volontaires, visites ponctuelles de groupes ou accueil de boursiers) qu’à travers les projets eux-mêmes. Ils sont directement issus de demandes de partenaires du Défap, ce qui garantit qu’ils répondent au mieux aux besoins sur place, et font l’objet d’une co-construction.
 

Comment sont construits les projets au Défap

Courrier de Mission
Émission du 15 octobre 2023 sur Fréquence Protestante

 

Comment répondre aux situations d’urgence ?

Maëlle Karen Nkot participe à cette co-construction en aidant à monter les dossiers, en demandant des renseignements complémentaires si nécessaire. « Nos partenaires sur le terrain nous sollicitent (…) par exemple pour des besoins en formation, ou en électrification, ou encore en alimentation », témoigne-t-elle dans « Courrier de mission ». Il s’agit dès lors d’évaluer quelle réponse apporter, pour quels bénéficiaires, avec quels moyens… et le dossier va entamer son parcours devant la « Commission Projets », l’instance qui, au sein du Défap, est chargée de rendre les arbitrages. Il se peut qu’il y ait besoin de chercher d’autres financements. De faire appel à d’autres institutions… Cette Commission, composée de 8 à 12 personnes, se réunit en général trois fois par an, et elle a également pour tâche d’assurer le suivi et l’évaluation des différents projets du Défap en accompagnement du Secrétaire général.

Un projet soutenu par le Défap à Djibouti : jeunes du centre de formation de l’EPED (Église protestante évangélique de Djibouti) initiés aux techniques de l’installation et de la maintenance de panneaux solaires © EPED

S’inscrivant dans des relations établies dans la durée, les projets accompagnés par le Défap ont aussi pour finalité de produire des effets sur le long terme. Il peut s’agir par exemple d’équiper des bâtiments universitaire, de renforcer les capacités de personnels sur le terrain… Le Défap n’a pas vocation à intervenir dans des situations d’urgence. Les besoins dans ce domaine ont pourtant tendance à croître, et les demandes de partenaires à se multiplier. Le Défap peut alors y répondre en adressant les dossiers à Solidarité protestante, une plateforme dont il est membre et qu’il a contribué à mettre en place. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France, qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise. Parmi les projets présentés par le Défap et financés, à travers Solidarité protestante, par la Fondation du Protestantisme, figurait ainsi au cours de l’année 2023 une aide d’urgence à des victimes d’un sinistre survenu au nord du Cameroun : des pluies diluviennes et des inondations avaient provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes, dont les cultures avaient été perdues, et qui s’étaient retrouvées sans ressources. Le projet présenté par un partenaire du Défap sur place, l’Église Fraternelle Luthérienne du Cameroun (EFLC), qui avait permis de distribuer des vivres à environ 10.000 bénéficiaires, avait été financé à 50% par Solidarité protestante, et à 50% par le Défap.

Distribution de vivres après les intempéries dans le nord du Cameroun : un projet présenté par l’EFLC et financé par le Défap et la Fondation du protestantisme © Défap

 




Gros plan sur les volontaires du Défap : rencontre avec Anne-Sophie Macor

Anne-Sophie Macor est responsable du recrutement, de la formation et du suivi des volontaires du Défap (les « envoyés »). Elle a rejoint l’équipe au cours du premier trimestre 2023. Au micro de Guylène Dubois, elle évoque pour Fréquence protestante son parcours, qui l’a amenée de la Cevaa (la Communauté d’Églises en mission) au Défap, deux institutions proches qui s’occupent, chacune à sa manière, d’envoi de volontaires. Elle fait aussi le point sur les spécificités du Défap, sur la formation qui est dispensée aux « envoyés » avant leur départ, et sur l’évolution des profils et des missions.
Session 2023 de la formation des envoyés du Défap : les participants s’installent avant la présentation de l’équipe du Défap… © Défap

 
Nouvelle saison, et quelques changements pour « Courrier de mission », l’émission radio du Défap. Changement d’horaire tout d’abord : à partir de ce mois de septembre 2023, c’est tous les troisièmes dimanches du mois, à partir de 13h15, que vous pourrez l’écouter sur Fréquence protestante. Vous avez ainsi pu découvrir ce dimanche 17 septembre une nouvelle personnalité aux manettes de l’émission : Guylène Dubois, dont vous aviez pu suivre les reportages au sein d’Églises de la Cevaa sur Radio FM+. Parmi les autres évolutions, si vous habitez dans la région de Montpellier, vous pourrez justement écouter « Courrier de mission » sur Radio FM+, qui coproduit désormais l’émission. Pour le reste, le format demeure identique, et vous pourrez découvrir au fil de nos rendez-vous le fonctionnement du Défap, les relations qu’il entretient avec des Églises partenaires présentes dans près d’une trentaine de pays, les missions menées par ses envoyés… ainsi que les pays où ils interviennent. Avec, pour cette émission de rentrée, une première rencontre avec Anne-Sophie Macor, qui s’occupe précisément du recrutement, de la formation et du suivi des volontaires.

Anne-Sophie Macor connaissait le Défap bien avant d’y travailler. Car même si elle n’a rejoint l’équipe qu’en février 2023, elle avait déjà travaillé de nombreuses années au sein de la Cevaa, la Communauté d’Églises en mission, co-héritière avec le Défap de la Société des Missions évangéliques de Paris, et qui regroupe une grande partie des Églises partenaires du Service protestant de mission. Au micro de Guylène Dubois, elle revient sur son parcours, sur les similitudes et les différences entre la gestion des volontaires au sein de la Cevaa et au sein du Défap… Et elle évoque le parcours des « envoyés » du Défap, depuis le premier contact jusqu’à la fin de leur mission.
 

Gros plan sur les volontaires du Défap : rencontre avec Anne-Sophie Macor, émission présentée par Guylène Dubois

Courrier de Mission
Émission du 17 septembre 2023 sur Fréquence Protestante

 

Comment devient-on envoyé du Défap ?

Comme le résume Anne-Sophie Macor, « l’essence même du Défap, c’est le témoignage et la relation ». Toutes les missions proposées aux volontaires s’inscrivent dans ce contexte, et dans des relations d’Églises établies et entretenues depuis de nombreuses années. Il ne s’agit donc pas de relations d’assistance ou de dépendance, mais de liens tissés par-delà les frontières entre des communautés ayant la foi comme dénominateur commun, et engagées dans une entraide mutuelle. Cette spécificité explique les différences de statuts entre les différents types d’envoi de personnes : le Défap envoie ainsi des VSI (Volontaires de Solidarité Internationale, qui représentent la plus grande partie du contingent des volontaires formés chaque année) ; des services civiques ; et aussi des pasteurs, issus de ses Églises membres. Dans tous les cas, ces envois de personnes se font dans le cadre de missions co-construites avec les partenaires du Défap qui accueillent les volontaires sur place.

VSI et service civique correspondent à des cadres légaux fournis par les autorités françaises – et de nombreuses ONG envoient des volontaires sous ces deux statuts ; l’envoi de pasteurs, en revanche, est plus spécifique au milieu ecclésial dans lequel se situe le Défap. Le statut de VSI permet à des volontaires de tous âges de valoriser leurs compétences à travers une mission d’intérêt général, de service à la population ; les volontaires mettent leurs compétences au service des partenaires du Défap dans le cadre de leur mission, pour laquelle est établi un cahier des charges. Le statut de service civique correspond à une logique différente : il s’agit plutôt d’offrir à des jeunes, souvent encore engagés dans des études, un cadre pour acquérir de nouvelles expérience à l’occasion d’une année de césure ; de leur permettre d’avoir un temps privilégié pour réfléchir à leur parcours et aux orientations qu’ils ou elles veulent choisir. L’accent est plutôt mis sur le cheminement de la personne. Les pasteurs, enfin, partent pour des missions d’accompagnement pastoral auprès d’Églises des départements et régions d’outre-mer, ou auprès de communautés d’autres pays : en lien avec l’ACO (l’Action Chrétienne en Orient), le Défap a ainsi formé et envoyé des pasteurs auprès de l’Église de Beyrouth, auprès des communautés coptes du Caire et d’Alexandrie…

Un envoyé du Défap intervenant pour une mission d’enseignement à Madagascar © Défap

Le Défap a actuellement une quarantaine d’envoyés en mission. Certains qu’il a directement recrutés et dont il a défini les missions avec ses partenaires ; d’autres par intermédiation. Un certain nombre d’associations passent en effet par le Défap pour pouvoir envoyer leurs propres volontaires : c’est le cas de la Mission mennonite, du SFE, de la WEC, de MENA… Sur cette quarantaine de volontaires, 25 sont des « envoyés portés » dans le cadre de ce dispositif. Comme le souligne Anne-Sophie Macor, cela ne signifie pas nécessairement que le Défap forme une quarantaine de personnes chaque année : car les missions des VSI peuvent être prolongées, et durer de un jusqu’à six ans. Enfin, le Défap s’inscrivant pleinement dans les relations encouragées par la Cevaa, avec des échanges et des témoignages allant aussi bien du Nord vers le Sud que du Sud vers le Nord, le Défap a également des services civiques effectuant des missions en France, et issus d’Églises partenaires dans divers pays.

Quel est le profil type de l’envoyé du Défap ? Il ne se définit pas tant par l’âge, l’attirance pour tel ou tel pays ou les compétences, que par la capacité à travailler à des missions d’intérêt général dans le cadre d’Églises ; par la capacité à vivre une expérience à l’international, dans un milieu et une culture très différents, et à se laisser interpeller. Les volontaires qui partent avec le Défap peuvent ainsi être de jeunes adultes encore dans un cursus d’études, ou des personnes ayant déjà eu une vie professionnelle bien remplie. Pour tout le monde, la période de formation est une étape essentielle : « le but, souligne Anne-Sophie Macor, c’est que la personne soit outillée pour qu’une fois sur son champ de mission, elle sache comment se comporter » en fonction des circonstances. Parmi les divers modules, certains donnent des bases sur les relations interculturelles. Sur la sécurité. Sur ce qu’implique d’effectuer une mission dans un milieu d’Église. D’autres abordent par exemple les crises en contexte interculturel : comment réagir, comment décrypter la parole de l’autre en fonction de son contexte ? Une partie des interventions sont faites par des professionnels, d’autres par des membres de l’équipe du Défap. Cette session de formation donne aussi la parole à d’anciens envoyés, dont les témoignages permettent de nourrir les réflexions sur le sens de l’envoi et de déconstruire les mythes associés au volontariat international. Un temps bref, d’une dizaine de jours, mais intense, et au cours duquel, comme le disent les membres de l’équipe du Défap, « on voit les gens changer ».

La « photo de famille » des participants de la session 2023 de formation des envoyés du Défap © Défap

Après vient le temps de la mission, au cours duquel chaque volontaire bénéficiera d’un suivi du Défap. Enfin, l’étape du retour est essentielle. Le Défap organise chaque année, généralement en octobre, une « session retour » pour permettre aux volontaires revenus de mission de faire le point sur ce qu’ils et elles ont vécu. Il s’agit de réaliser un « debriefing » en groupe sur les expériences des uns et des autres, voir quels enseignements en tirer pour chacun, se positionner pour la suite… « La mission ne prend vraiment fin qu’après cette session retour », souligne Anne-Sophie Macor. Elle peut toutefois trouver des prolongements : par exemple, les paroisses des Églises membres du Défap sont incitées à faire témoigner ces volontaires de leur expérience vécue dans un autre pays et au sein d’une autre Église. Et même après leur retour en France, « certains restent très attachés au projet auquel ils ont travaillé ». L’expérience du volontariat à l’international est bien plus qu’une parenthèse : c’est une période au cours de laquelle la vie peut prendre de nouvelles orientations. Les échanges, ça vous change…




Cécile Millot et Madagascar : «Un étonnement permanent»

Ancienne envoyée du Défap à Madagascar, Cécile Millot était l’invitée de Marion Rouillard sur Fréquence Protestante pour parler du livre qu’elle a tiré de cette expérience : Les aventures de Madame Cécile à Madagascar, publié aux éditions Amalthée.

Cécile Millot interviewée lors des Journées Portes Ouvertes des cinquante ans du Défap © Défap

Avant son odyssée malgache, Cécile Millot était plus familière de Goethe que de l’enseignement du français. Si elle avait découvert d’autres pays à l’occasion de voyages, c’était bien des années auparavant, et sur un autre continent : en Inde, pour être précis. Madagascar était pour elle une expérience totalement nouvelle. « J’ai vécu une aventure que peu de gens ont la chance de vivre, raconte-t-elle en présentant son livre : j’ai passé trois ans à Madagascar, pour enseigner le français langue étrangère dans une école de formation des instituteurs. Ce travail était passionnant. Je vivais seule dans une petite ville, où il n’y a pas eu d’électricité pendant un an, et où il n’y avait pas d’autres étrangers que moi. Je n’avais pas le choix, je me suis glissée dans la vie quotidienne des Malgaches. Je suis allée à leur rencontre avec bienveillance, et je me suis fait accepter. »

La matière de l’ouvrage qu’elle a tiré de sa mission, Les aventures de madame Cécile à Madagascar, a existé sous forme de blog avant de devenir un livre. Un témoignage dense, très vivant, très riche, qu’elle a eu l’occasion de présenter lors des 50 ans du Défap, et dont elle a pu lire des extraits au cours de la « Nuit de la lecture » organisée cette année au Défap sur le thème de la « Peur de l’autre ». Invitée de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence protestante, elle est revenue, en ce mois de février 2023, sur les conditions qui l’ont poussée à partir, ce qu’elle a vécu et découvert, et le contexte dans lequel elle en est venue à écrire ce qui devait devenir un livre-témoignage.
 

Un livre, quelques années après le retour de Madagascar, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 22 février 2023 sur Fréquence Protestante

 

Cette décision de partir est venue, comme elle l’explique au micro de Marion Rouillard, dans des conditions assez dramatiques : « J’avais 55 ans, j’étais bien installée dans la vie, j’ai eu un passage très difficile, trois deuils très douloureux dans ma famille proche ». Pour surmonter ce choc et continuer à vivre, il lui fallait une rupture : « Pour prendre un nouveau départ, il fallait que je prenne mes distances ». Elle a donc commencé à se renseigner sur les modalités d’expatriation, les possibilités de travailler à l’étranger. « Je ne connaissais pas le Défap, explique-t-elle, je suis de culture catholique et pas pratiquante ». Il aura fallu une série de hasards pour que la rencontre se fasse… et qu’elle postule pour partir à Madagascar.

Madagascar : un lieu totalement à l’opposé du pays qu’elle connaissait jusqu’alors, tant sur le plan géographique que sur celui des habitudes, des modes de vie, de la manière d’envisager le monde… Cécile Millot découvre le lieu de sa mission, tâche de s’adapter à cette nouvelle activité dans un contexte radicalement nouveau. « J’étais enseignante de français dans une école normale, une école de formation des instituteurs », souligne-t-elle. Cette école était « tenue par l’Église luthérienne malgache », qui dispose d’accords avec l’État malgache permettant aux enseignants qu’elle forme d’aller travailler dans tout le réseau des écoles de l’île, qu’elles soient confessionnelles ou publiques. Cécile Millot découvre l’importance du français : c’est la langue des études secondaires et supérieures. Mais elle n’est pas enseignée en primaire et seuls les élèves dont les parents peuvent les aider à acquérir les bases du français ont des chances de poursuivre des études longues. Les instituteurs eux-mêmes, bien souvent, la maîtrisent mal, à l’écrit comme à l’oral. Donc, « former des instituteurs, c’est en grande partie leur apprendre le français ».

« L’impression d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire »

Dans ce lieu radicalement nouveau, tout est sujet à surprises. Cécile Millot évoque ainsi son « étonnement permanent devant la différence de niveau de vie, de mentalités, des règles de politesse »… Autant de choses dont elle ne peut discuter avec personne, étant la seule Européenne sur son lieu de mission : « Je ressentais le manque de quelqu’un avec qui parler de tout ce qui m’étonnait, et que je ne pouvais pas partager avec mes collègues malgaches ». Dès lors vient, très vite, l’envie d’écrire, « une nécessité » ; et le blog auquel elle confie tout ce qu’elle vit et observe, cette odyssée d’une « vazaha », d’une étrangère, dans un monde aux règles si nouvelles.

« On arrive forcément avec son petit bagage d’illusions, d’attentes, de bonnes intentions ; et puis on se frotte à la réalité », raconte-t-elle au micro de Marion Rouillard. Ce blog, elle l’a régulièrement alimenté pendant les trois ans qu’a durée sa mission à Madagascar : « Je pense que j’y mettais tous les jours dix pages ». Ce qui explique la densité particulière du vécu qui ressort dans son témoignage, aujourd’hui publié aux éditions Amalthée : « Mon livre, ce n’est pas des souvenirs : c’est du vécu en tranches ». Pour le rédiger, il lui aura tout de même fallu attendre dix ans ; « ressortir quelque chose comme mille pages de blog », puis élaguer, condenser… Un travail de fourmi, quand il aurait été plus simple d’abandonner son blog une fois revenue en France ; mais « j’éprouvais le besoin de partager ce que j’avais vécu ; j’avais l’impression d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire ».

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
À commander aux éditions Amalthée
À partir de 9,99€ (e-book) ; 32€ le livre broché




Courrier de mission : Être témoin de paix en Israël et Palestine

Pour ce mois de janvier 2023, Marion Rouillard a reçu Marilyn, une volontaire du programme EAPPI, dans l’émission « Courrier de mission – le Défap ». Après trois mois de présence au Proche-Orient, elle témoigne de sa mission : « accompagner les populations les plus fragiles, les plus exposées à la colonisation, à l’occupation militaire et aux violations des droits de l’homme ». Les volontaires du programme EAPPI, mis en place en 2022 par le Conseil œcuménique des Églises, viennent d’une vingtaine de pays ; en France, leur suivi administratif est assuré par le Défap. Décrire à leur retour ce qu’ils ont vécu, à travers des lettres ou des cycles de conférences, fait partie de leur engagement.

Vue du camp de bédouins de Khan Al Ahmar © EAPPI

L’arbitraire et les humiliations auxquels sont soumis les Palestiniens qui doivent quotidiennement franchir des « checkpoints » tenus par l’armée israélienne afin d’aller travailler ; le récit d’une audience devant un tribunal militaire… Marilyn a passé trois mois en Palestine dans le cadre du programme EAPPI et, en ce mois de janvier 2023, elle témoigne au micro de Marion Rouillard. Ce programme vise à accompagner les Palestiniens et les Israéliens dans leurs actions non violentes et leurs efforts concertés en vue de mettre fin à l’occupation. Les participants suivent et rapportent les violations des droits de la personne et du droit international humanitaire, soutiennent les actes de résistance non violente aux côtés des Palestiniens chrétiens et musulmans locaux et des militants pacifistes israéliens, offrent une protection par leur présence non violente, mènent une action de promotion au niveau politique et, de manière générale, manifestent leur solidarité aux Églises et à tous ceux qui luttent contre l’occupation. EAPPI cherche aussi à fournir des informations fiables et à jour sur la situation d’occupation.

L’envoi d’observateurs œcuméniques dans le cadre d’EAPPI a repris en 2022 après deux ans d’arrêt notamment pour cause de pandémie de Covid-19. Ce programme du COE (Conseil œcuménique des Églises), dont le nom complet est Ecumenical accompaniement program in Palestine and Israel, est soutenu par le protestantisme français depuis ses origines en 2002. En France, le suivi administratif des volontaires qui y prennent part est assuré par le Défap.

 

EAPPI : le témoignage de Marilyn au micro de Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 25 janvier 2023 sur Fréquence Protestante

 

Comme le décrit Marilyn, les participants de ce programme, qui viennent d’une vingtaine de pays et sont présents trois mois sur place, « accompagnent les populations les plus fragiles exposées à la colonisation, à l’occupation militaire et aux violations des droits de l’homme ». Les « checkpoints » sont un des lieux emblématiques où sont déployés les observateurs d’EAPPI. Des milliers de Palestiniens, habitant en Cisjordanie et rejoignant leur lieu de travail en territoire israélien, doivent y patienter des heures chaque jour, dans des conditions pénibles ; et leur passage peut être à tout moment refusé sans raison valable. La présence de témoins étrangers ne change guère les relations entre Palestiniens et soldats israéliens : « Nous sommes tolérés », admet Marilyn. « Je ne crois pas que notre présence soit tellement dissuasive » face aux violations de droits. Toutefois, « elle aide les Palestiniens. Ils savent qu’ils peuvent avoir auprès de nous une écoute bienveillante ». Surtout, les observateurs œcuméniques témoignent dans leurs rapports de ce qu’ils peuvent voir au quotidien.

« Nous avons deux missions, souligne Marilyn : observer les événements vécus et envoyer des rapports quotidiens aux grandes ONG de défense des droits de l’homme, à l’Onu, à l’équipe locale à Jérusalem qui est sur place et nous accompagne. » Les passerelles avec les ONG locales sont importantes : « nous sommes tenus de rencontrer régulièrement des associations palestiniennes et israéliennes de défense des droits de l’homme », souligne Marilyn. Pas question en revanche d’intervenir directement, d’entrer en dialogue avec les soldats israéliens pour comprendre les raisons qui les poussent à refouler telle personne au checkpoint… Et c’est l’un des aspects les plus difficiles de ce type de mission. Marilyn évoque le cas d’une jeune femme dont le passage a été refoulé à Bethléem au « checkpoint 300 » : « elle avait toutes les autorisations, une pièce d’identité, des documents médicaux qui précisaient les raisons de sa visite… Elle a été refoulée alors qu’elle devait aller voir son enfant hospitalisé en cancérologie. Elle nous a dit qu’elle réessaierait plus tard, au bout de quelques heures, quand les soldats qui l’avaient refoulée ne seraient plus là… »

L’une des missions des accompagnateurs œcuméniques : assurer une présence et témoigner au niveau des checkpoints tenus par l’armée israélienne. Ici, celui de Kalendia © EAPPI

Au cours de cette même mission, Marilyn, en compagnie d’autres observateurs œcuméniques, a eu aussi « le privilège d’assister à une audience du tribunal militaire israélien » qui juge les Palestiniens soupçonnés de violences. Une présence très encadrée : « pas le droit de prendre de photos, les passeports devaient être laissés à l’entrée ; on avait le droit de prendre des notes ». Pas moins de « douze jeunes Palestiniens » devaient y être jugés ; ils avaient « entre 16 et 22 ans ». Au cours de cette audience, « les avocats avaient trois minutes pour défendre chaque jeune. Parfois, ils n’avaient même pas eu accès au dossier de leur client ».

Ce dont témoigne aussi Marilyn, habituée de la région, où elle vient régulièrement depuis 2003, c’est du durcissement des relations entre Israéliens et Palestiniens : « Les choses se sont vraiment dégradées. La colonisation a fait beaucoup de dégâts, l’occupation militaire aussi ». Au point de se demander à quoi pourrait ressembler la paix aujourd’hui… « Mais si on n’a pas cet espoir, autant rester au lit ! » Après cette expérience, Marilyn envisage d’ailleurs de repartir dans le cadre de ce programme : « C’est mon vœu le plus cher. C’est un programme magnifique qui mérite d’être mieux connu. J’encourage toutes les personnes éprises de justice et de paix d’aller à la rencontre », non seulement des Palestiniens, mais aussi « des associations israéliennes, au sein desquelles il y a des gens magnifiques qui œuvrent aussi ». Et de souligner, en conclusion, que « l’office de Jérusalem attend des Français. »

Depuis le lancement du programme EAPPI, les Églises membres du COE ont recruté plus de 2000 accompagnateurs et accompagnatrices bénévoles, pour des missions de trois mois dans les six lieux d’engagement en Cisjordanie. Le programme assure ainsi la présence continue de 25 à 30 accompagnateurs et accompagnatrices œcuméniques, soutenus par l’équipe de Jérusalem. Un Groupe de référence local représentant les communautés et Églises qui ont demandé à bénéficier du programme contribue à l’orientation de ce dernier, avec l’équipe du COE à Genève et les coordinatrices et coordinateurs nationaux dans les pays d’envoi. Dans le cadre de ce programme, EAPPI-France s’est fixé comme objectif d’envoyer au moins un ou deux volontaires par an.




Courrier de mission : « Deviens un héros »

Invitées fin décembre par Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence protestante, Barbara Siéwé et Eline O. ont présenté l’exposition interactive « Deviens un héros » conçue pour sensibiliser les jeunes aux préjugés. Une exposition que vous pourrez découvrir au siège du Défap, au 102 boulevard Arago, à Paris, à partir du 21 janvier.

 

Courrier de mission : « Deviens un héros », émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 28 décembre 2022 sur Fréquence Protestante

 




Courrier de mission : neuf actions pour faire revivre Bangui

Né en République centrafricaine et ayant fait ses études de théologie à la Fateb, la Faculté de théologie évangélique de Bangui, avant de devenir boursier du Défap, Rodolphe Gozegba est désormais engagé dans un projet visant à améliorer les conditions de vie de la capitale de son pays, Bangui. Une capitale fragile et qui a frôlé la famine : c’est à ce premier problème que s’est attaquée l’association qu’il a fondée, A9. Mais au-delà, les objectifs sont plus ambitieux et vont de la création d’un réseau d’assistance psycho-sociale à la sensibilisation de la population à la question de l’environnement, en passant par la promotion du vivre-ensemble. Des objectifs que Rodolphe Gozegba a eu l’occasion de détailler au micro de Marion Rouillard, dont il était était l’invité fin novembre pour l’émission « Courrier de mission – le Défap ».

Rodolphe Gozegba détaillant les projets de l’association A9 lors d’une visite en France © DR

En République centrafricaine, les maux sont multiples et s’enchevêtrent. Le pays voit se succéder les épisodes de guerre plus ou moins ouverte depuis son indépendance ; le dernier conflit en date, la troisième guerre civile centrafricaine, s’est développé au cours de l’année 2013. Il a vu s’opposer les milices de la Seleka, à majorité musulmanes et fidèles au président Djotodia, à des groupes d’auto-défense chrétiens et animistes, les anti-balaka, fidèles à l’ancien président François Bozizé. Une guerre qui s’est traduite par des exactions sans nombre contre les civils et qui a laissé le pays déchiré et détruit. Depuis lors, la situation politique est d’une extrême instabilité, entre un gouvernement qui peine à faire reconnaître son autorité hors des limites de la capitale et des groupes armés qui revendiquent une légitimité politique. L’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR-RCA), signé en février 2019 avec 14 groupes armés, continue de servir de feuille de route pour la recherche de la paix et de la stabilité à long terme, même après le retrait des groupes armés liés à la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) en décembre 2020. La MINUSCA, force de maintien de la paix de l’ONU composée de plus de 15 000 hommes, reste présente dans le pays depuis 2014. Conséquence de cette instabilité récurrente, la RCA se classe au bas des indices du capital humain et du développement humain, à la 188ème place sur 189. Or parallèlement, le pays est très fragile face aux effets du changement climatique et voit se multiplier les événements climatiques extrêmes : en 2019 par exemple, de fortes inondations à Bangui ont forcé des dizaines de milliers de personnes à quitter leur domicile. Pendant que la diminution des ressources en eau et en pâturages dans les régions du Sahel et du lac Tchad provoque l’arrivée de nombreux éleveurs avec leurs troupeaux, ce qui crée aussi des tensions entre agriculteurs et éleveurs.

Lorsqu’il est venu en France depuis Bangui pour poursuivre des recherches en bénéficiant d’une bourse du Défap, Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé avait déjà fait plusieurs années d’études à la Fateb, la Faculté de théologie évangélique de Bangui ; en se plongeant dans la pensée de Jürgen Moltmann, il a rapidement fait un parallèle entre cette théologie de l’espérance et des recommencements, et sa quête d’un espoir face aux maux affligeant son pays. Après avoir soutenu sa thèse de doctorat le 10 décembre 2020 à l’Institut protestant de théologie de Paris, Rodolphe Gozegba s’est lancé dans un projet concret pour aider ses compatriotes à Bangui. « En tant que théologien, ayant travaillé sur la théologie de Moltmann, qui place l’humain au cœur de toutes préoccupations, j’ai approché certains amis, et nous avons créé A9 », explique-t-il aujourd’hui au micro de Marion Rouillard.

 

Entretien avec Rodolphe Gozegba sur l’association A9, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 novembre 2022 sur Fréquence Protestante

 

A9 : une association qui a pour but d’intervenir, non pas dans un seul domaine, mais de manière globale, face à tous les maux de la société centrafricaine. Et avec, dès l’origine, une sensibilité particulière à l’environnement, un aspect le plus souvent négligé dans un pays où la paix reste encore à construire. Parmi les facteurs qui ont le plus contribué à le pousser à créer cette structure, Rodolphe Gozegba cite « l’insécurité alimentaire, les effets du réchauffement climatique, les conséquences de la crise inter-communautaire de 2013 ». Sa toute première action aurait dû être la lutte contre les déchets plastiques, qui, explique Rodolphe Gozegba, « constituent une véritable menace pour la nature et pour la santé publique ». Mais au moment de lancer le projet, « il y a eu une attaque de la capitale par les rebelles, qui ont coupé les routes d’approvisionnement ; Bangui s’est retrouvée asphyxiée ; il fallait alors un plan d’urgence alimentaire. C’est ainsi que nous avons proposé le projet : Nourris ta ville en 90 jours ». Il s’agissait d’aider les habitants de la capitale à améliorer leur autonomie alimentaire, en cultivant de nombreuses parcelles inexploitées à Bangui. Un projet qui a reçu le soutien du Défap et de l’UEPAL, et qui a déjà donné sur place des résultats très encourageants.

Mais pourquoi ce nom : A9 ? Il s’agissait, pour Rodolphe Gozegba et la douzaine d’amis avec lesquels il a créé cette association, de faire référence à un symbole fort de la République centrafricaine en lien avec leurs préoccupations, notamment environnementales. « On s’était rendu compte que le seul article de la Constitution centrafricaine qui abordait les questions liées à l’environnement, c’était l’article 9. » Dès lors, le nom de l’association était tout trouvé : A9. Mais les fondateurs de la jeune association devaient bientôt s’apercevoir qu’en 2016, la présidente de transition, Catherine Samba-Panza, avait modifié la Constitution ; et que l’article 9 s’était alors retrouvé placé à la 11ème place… Or le nom de l’association était choisi, et « A11 » sonnait beaucoup moins bien que « A9 » … Rodolphe Gozegba et ses amis devaient alors se livrer à une relecture en profondeur de cet article pour en dégager neuf actions, lesquelles constituent désormais les axes du programme de travail de l’association :

  • l’agriculture urbaine et périurbaine
  • la sensibilisation de la population et des instances politiques à la question de l’environnement
  • la préservation de la nature
  • le reboisement de la ville
  • la promotion de l’égalité hommes-femmes en luttant contre les violences faites aux femmes
  • la cohésion sociale et la promotion du vivre-ensemble
  • la préservation de la nature : cours d’eau, sources et brousse
  • la création d’un système de collecte d’ordures et de recyclage
  • la promotion des soins de santé physique et sociale, la création d’un réseau d’assistance psycho-sociale, notamment pour faire face aux conséquences des traumatismes subis par la population après des années de guerre plus ou moins ouverte, plus ou moins larvée.

Après la création de jardins potagers à Bangui pour améliorer l’autonomie alimentaire des habitants, A9 a lancé en juin 2022 la deuxième action visant à participer activement au rétablissement de la cohésion sociale. Elle veut désormais lancer une formation d’éducation au dialogue interreligieux et interculturel, débouchant sur un Certificat de compétence en Dialogue interculturel et interreligieux. Les besoins sont immenses, mais les idées ne manquent pas ; les bonnes volontés non plus.




Courrier de mission : Pasteur.e.s de là-bas, ici

Du 10 au 12 octobre s’est tenue au Défap une première session d’accueil de pasteurs arrivant de l’étranger et accueillis dans des Églises de France. Vincent Nême-Peyron, Président de la Commission des ministères de l’Église protestante unie de France, et Peter Hanson, pasteur luthérien américain qui œuvre à l’Église protestante unie de Lyon rive-gauche et à l’Église anglicane Trinity Church Lyon, reviennent au micro de Marion Rouillard sur la genèse et sur les buts du projet.

Un aperçu de la première session de formation interculturelle organisée par le Défap pour des pasteurs arrivant de l’étranger © Défap

 

Une première session pour accueillir les pasteurs d’origine étrangère, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 26 octobre 2022 sur Fréquence Protestante

 




Courrier de mission : rencontre avec la théologienne Madeleine Mbouté

Doyenne de la faculté de théologie de Ndoungué, où sont formés les pasteurs de l’Église Évangélique du Cameroun, Madeleine Mbouté était fin septembre l’invitée de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap ». Elle y évoque des thématiques qui lui tiennent à cœur et sur lesquelles la faculté qu’elle dirige s’efforce de faire évoluer les mentalités : la place des femmes et l’éthique chrétienne.

Madeleine Mbouté © DR

« Quand on a adhéré au message du salut donné par Jésus-Christ, inévitablement, notre vie devient une bible ouverte. » C’est armée de cette conviction forte que Madeleine Mbouté dirige la faculté de théologie de Ndoungué, dont elle est doyenne et où elle enseigne depuis 13 ans la théologie systématique. Actuellement présente en France, elle était l’invitée, le 28 septembre, de Marion Rouillard lors de l’émission « Courrier de mission – le Défap », diffusée le quatrième mercredi de chaque mois sur Fréquence protestante.

 

Entretien avec Madeleine Mbouté, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 28 septembre 2022 sur Fréquence Protestante

 

La faculté de théologie de Ndoungué, autrefois appelée séminaire de Ndoungué, est avant tout l’institut de formation des pasteurs de l’Église Évangélique du Cameroun (EEC) ; mais elle accueille également des étudiants venant d’autres Églises partenaires. C’est une institution partenaire du Défap au Cameroun, avec l’Université protestante d’Afrique Centrale (UPAC), première institution universitaire protestante dans ce pays, et avec les facultés de théologie de Bibia et Foulassi. Sous l’impulsion de sa doyenne, la faculté de théologie de Ndoungué travaille sur des sujets cruciaux comme la place de la femme dans l’Église ou les questions d’éthique chrétienne. Des thématiques qui, au-delà de l’Église elle-même, concernent toute la société camerounaise, dont l’histoire et les valeurs ont été fortement marquées par l’influence protestante : les missions protestantes se sont succédé dans ce pays du XIXème au XXème siècle, venues des États-Unis, des divers pays d’Europe – ce qui inclut la SMEP, la Société des Missions Évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap. Les protestants ont construit les premières écoles, les premiers hôpitaux, la première université : l’UPAC, à Yaoundé. S’ils ne sont plus majoritaires, les protestants représentent encore aujourd’hui 26% de la population, le catholicisme étant à 40%, et l’islam à 20%.

Place des femmes : « 17 femmes ont été ordonnées pasteures en juillet »

Au sein de l’Église Évangélique du Cameroun, souligne Madeleine Mbouté, les femmes ont une place essentielle. Au quotidien, elles travaillent « à l’éducation des enfants, dans les œuvres sociales, dans l’encadrement des déshérités ». Elles peuvent aussi faire des études de théologie, devenir pasteures et cadres de l’Église. Comme le note Madeleine Mbouté, « Henriette Mbatchou, qui a été présidente de la Cevaa (la Communauté d’Églises en mission), est de notre Église ». Mais c’est une conquête récente et qui nécessite encore de poursuivre les efforts pour mieux reconnaître la place des femmes. Dans cette évolution, une missionnaire d’origine hollandaise de l’Église Réformée des Pays-Bas, Jansen Mechteld, qui fut la toute première pasteure à travailler, de 1989 à 1993, dans une paroisse de l’EEC à Foumban, a joué un rôle de déclencheur en bousculant les mentalités au sein de l’Église. « L’EEC a commencé à accepter des femmes en formation théologique en octobre 1992 », rappelle ainsi Madeleine Mbouté. Néanmoins, il a fallu attendre l’année 2001 pour qu’elle consacre ses premières pasteures. Depuis les années 90, « une quarantaine de femmes ont été formées dans notre école de théologie à Ndoungué, mais aussi à l’UPAC ». Mais si les pasteures de l’EEC « assument leurs responsabilités avec dévouement et efficacité », aujourd’hui encore, elles ne représentent guère plus de 10% du corps pastoral. Madeleine Mbouté se veut toutefois confiante dans l’évolution des mentalités au sein de son Église : « sur les 126 pasteurs qui ont été consacrés le 24 juillet dernier, il y avait 17 femmes ». Une évolution à laquelle elle travaille régulièrement à travers l’organisation de colloques et de séminaires.

Les questions d’éthique chrétienne sont un autre grand sujet auquel se consacre Madeleine Mbouté. Un thème difficile au sein d’une société marquée par de nombreuses dérives, qui n’épargnent pas toujours les Églises. « Tout au long de l’année académique 2021-2022, note-t-elle, nous avons tenu des séminaires en master 1 et 2 sur la thématique de la christologie de conquête et de reconquête ». Une manière de dire que les chrétiens doivent assumer de porter dans la société des valeurs inspirées de leur foi : « c’est quand on a accepté l’amour de Jésus-Christ pour nous, son sacrifice pour notre vie, que les fruits éthiques peuvent accompagner notre vécu au quotidien ». C’est d’ailleurs pour travailler sur ces questions d’éthique qu’elle est actuellement en France, ce qui lui permet d’accéder à la bibliothèque de l’Institut Protestant de Théologie et de s’entretenir avec des enseignants, notamment la doyenne Valérie Nicolet. « J’avais fait une analyse il y a 13 ans sur la crise spirituelle au sein du protestantisme camerounais », rappelle-t-elle. Après des années d’enseignement à Ndoungué, elle a repris « des recherches pour mieux comprendre les causes de cette crise, ce qui y a conduit l’Église ; et pour mieux comprendre le comportement des chrétiens dans la société ».