AG de la Cevaa : «Les questions écologiques ne doivent pas rester l’apanage de quelques chrétiens engagés»

À l’occasion du culte d’ouverture de la 12e Assemblée Générale de la Cevaa, son Président, le pasteur Michel LOBO, est revenu sur les conditions de la naissance de la Communauté, issue en même temps que le Défap de la mue de la SMEP, et sur l’esprit qui unit encore aujourd’hui ses 35 Églises. Il a aussi mis en avant les principaux défis qui se posent à elle, au premier rang desquels il place l’urgence climatique – un des thèmes prioritaires du Défap et de ses Églises membres.

Claudia SCHULZ, Secrétaire générale de la Cevaa et le Président de la Communauté, Michel LOBO lors du culte d’ouverture à Jacqueville © Cécile Richter pour la Cevaa

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« Monsieur le Président de l’Église Méthodiste Unie Côte d’Ivoire, Bishop Benjamin BONI ;
Distinguées Autorités Politique, Administrative, Militaire ; Religieuse et Coutumière du pays et de la région ;
Madame la Secrétaire Générale de la Cevaa;
Chers Partenaires venus de France, Suisse, Allemagne, Corée du Sud, Kenya ;
Chers membres du Conseil Exécutif ;
Chers membres du Secrétariat ;
Chers Délégués de l’Assemblée Générale ;
Mesdames et Messieurs les invités ;
Bien-aimés ;

La grâce et la paix de Dieu vous soient multipliées au nom du Seigneur et Sauveur.

« Deux hommes marchent-ils ensemble sans s’être concertés ? » Amos 3 : 3. C’est par la première des sept questions rhétoriques relatives à des certitudes de la nature posées par l’Éternel pour démontrer que rien ne pouvait arriver à Israël en dehors de sa volonté souveraine, que nous voudrions faire monter vers le Tout-Autre, le Dieu créateur du monde, notre accent reconnaissant, Lui, qui rend possible cette rencontre.

Par pure grâce de Dieu, il nous échoit la responsabilité de prendre la parole en notre qualité de Président de la Cevaa, mandaté par les délégués de l’Assemblée Générale d’Octobre 2021 à Montpellier pour saluer avec déférence les autorités du pays avec à la tête son Excellence le Président Alassane OUATTARA, qui ont accepté de nous ouvrir la porte d’entrée de la Côte d’Ivoire, le pays de l’hospitalité et la terre de l’Espérance.

Les délégués à la 12e Assemblée générale de la Cevaa lors du culte d’ouverture le 16 octobre 2023 © Cécile Richter pour la Cevaa

Saluer avec respect les autorités de la Région de Jacqueville qui nous accueillent en ces lieux propices à la réflexion et qui, à la fin de la cérémonie, veulent nous donner le sens de l’hospitalité en Côte d’Ivoire. Nous saluons en terme de profonde gratitude l’Église Méthodiste Unie Côte d’Ivoire avec à sa tête le Président Bishop Benjamin BONI, qui, à la demande de la Cevaa d’organiser cette Assemblée Générale nous a dit : « C’est une affaire de famille, c’est notre affaire à tous, venez, vos frères et sœurs vous attendent ».

Monsieur le Président, Infiniment merci nous nous sentons réellement en famille.

Nous saluons toutes et tous les bien-aimés pour votre présence qualitative et quantitative qui donne un cachet particulier à cette cérémonie d’ouverture de la 12eme Assemblée Générale de la Cevaa ; ce qui nous donne d’espérer en des lendemains meilleurs pour notre communauté au sortir de ces assises.

Distinguées autorités tout protocole respecté, Mesdames et Messieurs, la Cevaa c’est quoi. Que fait-elle ?

En effet, à l’Assemblée Générale de la Société des Missions Évangéliques de Paris en 1964, le Pasteur Jean KOTTO, Président de l’Église Évangélique du Cameroun (le Sud considérée comme Église fille), prêchant sur le texte d’Esaïe 54, versets 2 à 4, apostrophe directement le Président Marc Boegner (le Nord considérée comme Église Mère): et nous citons « Le Seigneur lui-même sait, si par la puissance de son Saint Esprit, à travers cette action missionnaire commune, au moment où il le faudra, Il nous rassemblera en une communauté nouvelle, intercontinentale, supranationale et multiraciale… » fin de citation et il poursuit, nous citons « Monsieur le Président, élargis l’espace de ta tente, déploie les couvertures de ta demeure, tu te répandras à droite et à gauche, ta postérité envahira des nations ; ne crains pas car tu ne seras pas confondu(e)’.» fin de citation.

Les fiançailles inspirées par le Saint Esprit entre les Églises dites mères et celles dites filles venaient de voir le jour. Dans l’attente de l’enfant qui va naitre, de 1967 à 1969, deux Actions Apostoliques communes voient le jour au Dahomey (Benin) en milieu Fon et dans le Poitou (France).

En Octobre 1971, ces Églises protestantes de divers continents, réunies à Paris, décident de constituer la Communauté Évangélique d’Action Apostolique Cevaa. Ainsi, le 30 octobre 1971 est née la fille appelée Cevaa, devenue aujourd’hui dame Cevaa.

De gauche à droite : les pasteurs Marcel TATA, Martin BURKHARD, Claudia SCHULZ, Michel LOBO et le Président de l’EMU-CI Benjamin BONI © Cécile Richter pour la Cevaa

La Cevaa est née dans l’esprit de l’Église primitive décrite dans le livre des Actes des Apôtres, en vue de susciter une autre forme d’être Église par le dynamisme des communautés ecclésiales croyantes, priantes, unies et mettant ensemble leurs moyens, leurs talents et leurs atouts au service de la mission pour la transformation du monde : une utopie ! D’ailleurs, le philosophe et théologien Paul Ricoeur disait qu’il fallait entendre l’utopie, non comme une illusion, mais comme un horizon. Ce grand rêve de changer le monde par le témoignage chrétien commun en paroles, en actions et par les actes entre Églises du Nord et celles du Sud est placé sous le triptyque : Partager, Agir, Témoigner.

D’année en année, la communauté Cevaa se sent la responsabilité d’explorer, de concevoir et de proposer des orientations de la formation de l’esprit avec des thématiques communes vécues à des degrés divers par toutes ses Églises membres.

Aujourd’hui, la vision dynamique et réaliste des pères fondateurs de notre Communauté, leur sens profond de l’universalité du corps de Christ, nous donnent de compter 35 Églises et Union d’Églises, membres dans 24 pays en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l’Océan indien et dans le Pacifique. Ainsi, après un peu plus de 50 années, la collaboration, l’écoute mutuelle et la mise en question sont pour nous plus que nécessaires et appelées à être perpétuées pour « maintenir la flamme ». Les défis dans leurs différents contextes appellent à des réflexions continues et même à des actions par l’animation théologique, l’échange de personnes, la bonne gouvernance, la santé, la rigueur financière, la démocratie, l’évangélisation, la stratégie jeunesse, les programmes missionnaires, les actions communes, la communication…

Dans la perpétuation de notre thèse de transformation, notre présence ici en terre ivoirienne est pour nous l’occasion idoine pour affirmer que nous sommes des responsables dont la mutualisation de la foi authentique, appelle à exercer une influence chrétienne sur la société, et à la transformer en nous fondant sur des valeurs et des principes bibliques. Dans les domaines tels que l’éducation, la santé, le développement, l’environnement, etc… notre désir de servir doit rencontrer la responsabilité de nos différents États en veillant au bien-être de nos concitoyens.

Les délégués durant la première session de travail, dans l’après-midi suivant le culte d’ouverture de l’AG © Cécile Richter pour la Cevaa

Pour notre Communauté, « Maintenir la Flamme » veut dire, prendre soin de la création en n’ignorant plus ce qui se passe autour de nous. Comme Noé dans la Bible au temps du déluge, nous avons alors l’obligation de sauver toutes les créatures menacées d’extinction en répondant favorablement aux problèmes de la pollution, du changement climatique, de la pêche intensive… à soutenir les politiques pour la protection de notre environnement et l’utilisation efficiente des ressources naturelles à travers le financement de projets fiables. C’est ainsi que nous confirmons que le développement matériel n’est pas un frein pour une vie spirituelle saine. En effet, dans sa Mission d’éveilleuse de conscience, notre Communauté s’est appropriée la thématique qui émerge de plus en plus, et qui occupe désormais la place centrale tant au plan sociétal que scientifique : « la Gestion de notre environnement et sa finalité ». D’où le thème de notre Assemblée Générale : « Habiter Autrement la Création »Cf. Genèse 2 : 15. C’est pour nous l’occasion de confirmer que nous sommes dans un monde où la fertilité de nos sols et les services écosystémiques sont de plus en plus compromis. La plupart de nos populations vivant dans les zones rurales subissent de plein fouet les effets du changement climatique. Les écosystèmes et la biodiversité dont elles dépendent sont de plus en plus dégradés ; l’accès aux terres cultivables et leur qualité diminuent ; les ressources forestières sont plus que jamais limitées et détériorées ; l’agriculture paysanne non irriguée prédomine et l’eau se fait plus rare et par endroit elle est polluée. La tendance à long terme des prix de l’énergie et des intrants agricoles est haussière ; enfin, le déclin de nos ressources halieutiques et marines nous prive de plus en plus de revenus et d’aliments essentiels. Ce triste tableau, au lieu de nous tétaniser pour nous pousser à l’inaction, nous persuade au contraire à admettre que la gestion durable de notre environnement et de nos ressources naturelles est essentielle à la réduction de la pauvreté dans ces zones rurales. Ce qui nous invite à agir afin que nos populations qui y vivent, résolvent l’ensemble imbriqué de ces problèmes. Nous dirions même que nous n’avons pas le choix que de faire un choix, si nous voulons autrement habiter la création. Soit nous vivons en prenant soin de la création tout en renonçant à certaines pratiques dégradantes de l’environnement. Soit nous dégradons la terre en nous détruisant nous-mêmes et alors nous périssons sans la terre. La destruction de l’environnement équivaut à la destruction de l’homme lui-même. Vous avez donc ici, des délégués qui veulent être accompagnés par vos prières ferventes, afin que cette Assemblée Générale favorise une Cevaa offrant à notre humanité de plus en plus d’acteurs transposant à plus grande échelle, des approches ruralistes et paysagistes pour réduire la pauvreté, renforcer la capacité d’adaptation, augmenter la sécurité alimentaire, diminuer les émissions de gaz à effet de serre et surtout favoriser la protection de notre environnement (qui à l’origine, est celui de notre liberté, de notre respiration, de notre apaisement, de notre bonheur).

Les questions écologiques ne doivent pas rester l’apanage de quelques chrétiens engagés seulement ; mais elles nous concernent et nous engagent toutes et tous.

Distinguées autorités, auguste Assemblée, avec Martin Luther, nous voulons à la Cevaa continuer d’affirmer avec véhémence que « l’Écriture Sainte ne contient pas, comme les gens le pensent, des mots à lire, mais des mots à vivre, qui ne nous sont pas donnés en vue de la spéculation ou de l’imagination, mais en vue de la vie et de l’action ». C’est pourquoi avec vous, en plus de nos réflexions bibliques et théologiques, nous souhaiterions mener une action concrète dans l’esprit du thème « Habiter Autrement la Création » au lieu qui nous sera indiqué afin qu’au sortir de cette Assemblée générale, la Côte d’Ivoire soit le point de départ d’une action commune qui, ira de partout vers partout.

Pour y parvenir, demeurons donc dans la mutualisation de nos efforts puisés dans le Seigneur Dieu, Auteur de la Création, qui, par sa mystérieuse présence nous aidera à valoriser notre double citoyenneté (terrestre et céleste) et à tendre vers l’environnement des origines de notre histoire, de nos activités, de nos affections, de nos espoirs, celui de notre liberté, de notre respiration, de notre apaisement, de notre foi et de notre prière.

Que Dieu bénisse le monde, sa création.
Qu’Il bénisse nos pays et nos Églises.
Qu’Il bénisse la Cevaa, la Côte d’Ivoire et l’EMUCI.
Qu’Il bénisse notre Assemblée Générale et vous toutes et tous qui la soutenez.

Je vous remercie de m’avoir écouté !

Pasteur Michel LOBO
Président de la Cevaa

Le Président de l’Église Méthodiste du Togo, Godson Téyi LAWSON KPAVUVU © Cécile Richter pour la Cevaa

« Nous devrons intégrer la gouvernance dans notre approche »
Au cours de la première séance de travail en plénière, dans l’après-midi suivant le culte d’ouverture, le Président de l’Église Méthodiste du Togo, Godson Téyi LAWSON KPAVUVU, est intervenu sur le choix du thème de l’Assemblée générale, approfondissant le verset de Genèse 1, 28.
« Dominer (kabash), soumettre (radah), ces deux verbes nous mettent en face d’une réalité qui dit que les grands commentateurs de la Bible étaient des hommes, et qu’ils n’ont apporté qu’une approche masculine. J’aimerais ce soir que chacun et chacune repense les termes hébreux traduits par faire violence, soumettre et que nous abondions en comprenant les termes en intégrant la valeur de garder, de contenir, de maîtriser, de gouverner. Ainsi donc nous sommes appelés à garder, à contenir et à gouverner. Gouverner, c’est aussi définir les règles de la gouvernance. Au sortir de cette Assemblée Générale, nous devrons intégrer la gouvernance dans notre approche. Que le Seigneur nous accompagne. »



La sauvegarde de la création, thème de l’AG de la Cevaa en Côte d’Ivoire

La Communauté d’Églises en mission se réunit du 16 au 22 octobre en Assemblée générale à Jacqueville. Pour cette 12ème AG (la première à se tenir en présentiel depuis 5 ans), elle est accueillie par l’EMU-CI (Église Méthodiste Unie – Côte d’Ivoire). Cette année, le thème retenu est « Habiter autrement la Création ».

L’affiche de la 12ème AG de la Cevaa © Cevaa

Après une onzième Assemblée générale retardée d’un an et finalement tenue en « distanciel », Covid oblige, retour aux rencontres en « présentiel » : la douzième AG de la Cevaa se tient du 16 au 22 octobre 2023 en Côte d’Ivoire. Pour les instances de la Cevaa qui avaient été renouvelées en octobre 2021, et notamment pour sa Secrétaire générale, Claudia Schulz, il s’agit donc de la première occasion de rencontrer tous les délégués des Églises membres en un même lieu. Le Défap y est représenté par son Secrétaire général, Basile Zouma.

La Cevaa, c’est un peu, par certains côtés, l’institution jumelle du Défap, puisque ces deux organisations issues de la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP) sont nées en même temps, en 1971. Avec des objectifs similaires : entretenir des relations de partenariat entre Églises du Nord et du Sud, afin qu’elles puissent se soutenir les unes les autres dans leurs activités missionnaires. Mais la Cevaa est aussi beaucoup plus que cela : si le Défap est le service missionnaire de trois unions d’Églises protestantes françaises (l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref), la Cevaa est une Communauté rassemblant 35 Églises dans le monde. Principalement en Afrique et en Europe, mais aussi dans l’Océan Indien, dans le Pacifique et en Amérique latine. Et c’est au sein de la Cevaa que se développent la plus grande partie des relations établies par le Défap.

« Habiter autrement la création » : un thème qui reflète des préoccupations environnementales croissantes au sein des Églises

Votes pour les membres du Conseil lors de l’Assemblée Générale de Sète, France (octobre 2016) © Cevaa

Plutôt une réunion de famille qu’une réunion de l’Onu : une Assemblée Générale de la Cevaa, ce n’est pas seulement un grand rassemblement de délégués de 35 Églises qui débattent des orientations des années à venir, c’est avant tout une communauté de partage, où l’accent est mis sur ce qui se vit ensemble. La liste des membres illustre ce parti-pris qui distingue la Cevaa de grandes organisations œcuméniques internationales : 345 pour le Conseil Œcuménique des Églises (COE) ; dix fois moins pour la Communauté d’Églises en Mission, mais répartis sur 24 pays, avec la volonté affichée de garder des liens dans une communauté à taille humaine.

Les AG se tiennent tous les deux ans, accueillies alternativement par une Église d’Europe et par une Église d’un pays du Sud. S’y retrouvent, pendant quelques jours, tous les délégués représentant les Églises membres, qui sont nommés pour quatre ans. Ensemble, ils ont pour tâche d’évaluer les besoins de la Communauté, d’élaborer une stratégie, de prendre les décisions définissant la politique à mettre en œuvre, de voter le budget. À chaque renouvellement, ils désignent parmi eux ceux qui feront partie du Conseil Exécutif. Sachant qu’au-delà de l’aspect formel, des plénières et des décisions à prendre, de telles réunions sont aussi l’occasion de rencontrer l’Église d’accueil : en l’occurrence, l’Église Méthodiste Unie – Côte d’Ivoire, dont est issu l’actuel président de la Cevaa, le Pasteur Michel Lobo. Les délégués présents lors d’une AG ont ainsi régulièrement l’occasion de participer à des cultes organisés dans diverses paroisses locales. Et une AG de la Cevaa, c’est aussi, entre deux sessions, ces rencontres informelles entre représentants d’Églises de divers continents. Ou encore ces temps de méditation matinale par petits groupes…

Selon une pratique bien établie au sein de la Cevaa, chaque Assemblée Générale a un thème spécifique, choisi sur proposition du Secrétariat, qui lui donne sa coloration propre. Il peut s’agir d’un verset, ou d’une thématique liée à des préoccupations concernant largement les Églises. Lors de l’AG de Douala, la dernière à s’être tenue en présentiel, le Secrétariat avait proposé de réfléchir sur les questions du radicalisme, de l’intolérance religieuse, à travers le thème : « Le chrétien et l’intolérance religieuse », ce qui avait donné lieu à de nombreux travaux de groupes et débats en plénière. Pour cette douzième AG en Côte d’Ivoire, le thème choisi est : « Habiter autrement la création ». Il s’appuie sur le verset de Genèse 2,15 : « L’Eternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder ». Un thème qui témoigne des préoccupations croissantes portées à la sauvegarde de la création dans les Églises : plusieurs de celles qui font partie de la Cevaa se situent dans des pays déjà largement frappés par les effets du changement climatique.

Travaux de groupes lors de la séance d’animation sur le thème de la dixième Assemblée Générale de la Cevaa à Douala, Cameroun (octobre 2018) © Cevaa




Prier pour la paix en Israël et Palestine

Plusieurs Églises membres du Défap, la Fédération protestante de France et de nombreuses organisations chrétiennes et œcuméniques appellent à l’apaisement face à la reprise des violences en Israël et en Palestine.

© Albin Hillert / COE

L’Église protestante unie de France est en communion de prière avec les frères et sœurs chrétiens en Israël et en Palestine.

Elle relaie :

L’Église protestante unie de France joint sa voix à celle de toutes les personnes qui condamnent les actes terroristes. Elle joint sa voix à celle de toutes les personnes qui veulent construire la paix. Avec elles, elle affirme que ce n’est pas la violence qui apportera la victoire et que la non-violence est une force puissante pour la vie et la justice.

Prière pour la paix en Israël et Palestine

À Dieu montent les cris de celles et ceux qui souffrent, qui pleurent un être aimé, qui cherchent un proche.
À Dieu montent les pleurs de terreur, de douleur, d’angoisse.
À Dieu monte la révolte devant la barbarie et l’inhumanité.
À Dieu monte la colère devant l’humiliation et le refus des droits des humains.
À Dieu monte le désespoir devant la course vers l’abîme, l’embrasement du conflit, la contagion de la haine.

Seigneur, entends ces cris, ces pleurs, ces sentiments mêlés, ces élans contraires.
Vers toi Seigneur nous nous tournons : tu sais le sentiment d’impuissance qui écrase, le sournois désir de vengeance qui rôde, le poison de la violence qui contamine.

Seigneur, nous déposons tout cela devant toi.
Ouvre, à travers l’horreur, le chemin de la vie et de la justice, de la réconciliation et de la paix.
Raffermis et encourage les artisans de paix, de dialogue et de modération.
Permets que les colombes échappent aux faucons.

Toi qui, en Jésus le Christ, a ouvert le chemin de la vie à travers la mort, ouvre aujourd’hui un chemin de vie pour tous les habitants d’Israël et de Palestine, les juifs, les chrétiens, les musulmans, les athées…

Fais de nous des ouvriers de paix, aussi faibles et impuissants que nous sommes. Montre-nous les gestes et les actes à mettre en œuvre aujourd’hui, là où nous sommes, pour construire une paix dans la justice.

Amen

© David Tomaseti / Unsplash

L’UEPAL invite ses paroisses à porter la situation en Israël dans la prière

L’UEPAL s’associe sans réserve aux condamnations des terribles actes de violence déclenchés le 7 octobre dernier par le Hamas en Israël, en particulier les prises d’otage. L’UEPAL s’associe dans ce sens au communiqué de la Fédération protestante de France (FPF), apportant « son soutien fraternel à la communauté juive de France, ainsi qu’à toutes les familles endeuillées.

Dans le même esprit, elle renvoie à la déclaration faite le samedi 7 octobre par l’évêque de l’Église évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte, Sani-Ibrahim Azar. Celui-ci rappelle que ces événements terribles se situent malheureusement sur un arrière-plan plus large et plus ancien et que la paix ne peut exister sans justice.

L’UEPAL invite ses paroisses à porter cette situation dans la prière, de sorte que de ce terrible malheur puisse germer un espoir de paix dans la justice.

Le conseil restreint de l’UEPAL

© FPF

La FPF condamne fermement les attaques du Hamas contre Israël

La Fédération Protestante de France exprime son effroi et sa ferme réprobation des récentes attaques perpétrées par le Hamas contre Israël. Ces actes de violence relevant du terrorisme et d’une inhumanité inouïe ont des conséquences dévastatrices et exacerbent les tensions dans la région pour des décennies.

La Fédération Protestante de France tient à rappeler son engagement en faveur de la paix, de la justice et de la réconciliation. Elle affirme l’inaliénable dignité de chaque être humain, quelle que soit sa nationalité, sa religion ou son origine ethnique. Dans cette perspective, elle exhorte toutes les parties impliquées à faire preuve de retenue, à renoncer à la violence et à rechercher des solutions pacifiques pour résoudre les conflits en cours.

Elle appelle la communauté internationale à se ressaisir pour jouer un rôle actif dans la promotion du dialogue et de la médiation, afin de mettre un terme à la spirale de la violence qui inflige tant de souffrances pour les civils innocents.

Elle apporte son soutien fraternel à la communauté juive de France, ainsi qu’à toutes les familles endeuillées, exprimant sa solidarité dans ces moments tragiques.

La Fédération Protestante demande la libération immédiate de toutes les personnes kidnappées. Elle appelle à porter dans la prière toutes les familles des victimes, quelle que soit leur appartenance, de même que les otages et leurs proches aujourd’hui plongés dans l’angoisse. Elle réaffirme avec détermination son engagement pour la promotion de la justice, de la paix et de la fraternité, soutenant toutes les initiatives visant à réaliser ces objectifs.

Paris, le 9 octobre 2023

Pasteur Christian Krieger
Président de la Fédération protestante de France

© Albin Hillert / COE

Le COE lance un appel urgent pour un cessez-le-feu immédiat en Israël et en Palestine

«Le Conseil œcuménique des Églises lance un appel urgent pour mettre immédiatement un terme à cette violence meurtrière, pour que le Hamas cesse ses attaques et demande aux deux parties de désamorcer la situation», a déclaré le secrétaire général du COE, le pasteur Jerry Pillay. «Nous redoutons vivement que le conflit entre les groupes armés israéliens et palestiniens ne dégénère et craignons les conséquences inévitablement tragiques pour les populations de la région, tant israélienne que palestinienne, après une période d’exacerbation des tensions et de la violence en Cisjordanie et à Jérusalem.»

Et Pillay d’ajouter: «Les attaques en cours n’engendreront que plus de violence, elles ne sauraient ouvrir une voie vers la paix ou la justice.»

«Nous exhortons toutes les Églises membres du COE à se joindre en prière pour une paix juste sur la terre qui a vu naître le Christ, en solidarité avec toutes les personnes touchées et menacées par la violence», a-t-il conclu.




La Communauté des Églises protestantes francophones accueillie au Défap

Du jeudi 24 au samedi 26 août 2023, l’Assemblée générale de la Communauté des Églises protestantes francophones s’est tenue dans les locaux du Défap, au 102 boulevard Arago, à Paris.

Les participants à l’AG 2023 de la Ceeefe © DR

C’est la première et la plus ancienne association protestante d’expression francophone : la création de la Ceeefe remonte au 4 juillet 1903. Elle a été constituée sous la IIIe République, au temps des colonies. Elle avait alors pour titre : « Association pour le Maintien et le Développement du Culte Protestant dans les Colonies Françaises et Pays de Protectorat Français ». Puis, au fil du XXe siècle, cette association loi 1901 a changé de titre à quatre reprises, au gré des mutations progressives de l’empire colonial français, pour en arriver à prendre le nom de Commission des Églises Évangéliques d’Expression Française à l’Extérieur (d’où l’acronyme de Ceeefe encore en vigueur aujourd’hui), avant qu’une réforme de ses statuts en août 2009 ne change son nom en « Communauté d’Églises Protestantes Francophones », membre associé de la Fédération Protestante de France. Elle est constituée d’Églises qui revendiquent l’identité protestante et qui utilisent la langue française hors du territoire métropolitain.
 

Vue de l’AG 2023 de la Ceeefe dans la chapelle du Défap © DR

Mais si la Ceeefe, sous sa forme institutionnelle, existe depuis le tout début du XXème siècle, son origine remonte en fait à des racines bien plus anciennes : en 1685, à la révocation de l’Edit de Nantes, de nombreux huguenots vont chercher refuge à l’étranger. Expatriés, ils rejoignent alors les églises nationales pour y vivre leur foi. Mais certains créent sur place des Églises d’expression française, dont certaines existent encore aujourd’hui. Elles constituent le noyau de ce réseau d’Églises francophones, auxquelles sont venues s’ajouter par la suite des Églises du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), du Liban, de Djibouti ; des Églises des départements d’outre-mer (DOM), Antilles, Guyane, Réunion ; des Églises protestantes nées de l’immigration ancienne ou plus récente composées de protestants de langue française vivant à l’étranger, comme aux États-Unis, dans les pays arabes (Égypte) et en Israël.

Des liens étroits avec le Défap

Aujourd’hui, la Ceeefe regroupe plus de 40 Églises protestantes dans le monde et se veut, selon le mot de son président, le pasteur Christian Seytre, « un kaléidoscope de l’Église universelle. Dans ses paroisses on trouve des membres de plusieurs nationalités différentes, venant d’Afrique, d’Asie, des Amériques et d’Europe, qui ont des origines ecclésiales variées : réformées, luthériennes, méthodistes, baptistes, évangéliques, pentecôtistes ou charismatiques. La liturgie et la vie de ces paroisses s’inscrivent dans une optique luthéro-réformée, ouverte à différentes expressions de la foi. » Elle favorise les contacts avec des Églises locales sur divers continents, lors de voyages professionnels ou touristiques. Elle aide aussi, dans la mesure de ses moyens, à la formation des pasteurs et des responsables, et participe à la réalisation concrète de projets locaux à dimension diaconale.
 

Vue de l’AG 2023 de la Ceeefe © DR

Pour en savoir plus sur la Ceeefe, réécoutez ci-dessous cette interview de son président Christian Seytre sur Fréquence protestante :

Les Églises protestantes francophones dans le monde : une communauté très diverse

Animateur : Anne-Marie Delaugère
Émission : Ciel mon temple, du 10 juin 2022 sur Fréquence Protestante

 
Entre la Ceeefe et le Défap, il existe des liens réguliers : une partie significative des Églises membres de cette communauté francophone sont des partenaires du Service protestant de mission, qui peut leur assurer un appui administratif notamment au niveau des postes pastoraux. Certains projets d’Églises, comme la rénovation du temple de Djibouti (un chantier au long cours, qui a pris près d’une dizaine d’années), ont été rendus possibles par une collaboration étroite Défap/Ceeefe. Depuis l’année 2018, cette proximité a trouvé une nouvelle traduction visible, puisque c’est désormais le Défap qui accueille l’Assemblée Générale annuelle de la Ceeefe.

En cette année 2023, les délégués de la quarantaine de paroisses francophones représentées au sein de la Ceeefe, qui vont de Los Angeles à Beyrouth et de Stockholm à l’île de la Réunion, se sont ainsi retrouvés pour trois jours au siège du Défap, du jeudi 24 au samedi 26 août. Outre l’aspect institutionnel et les nouvelles de la communauté, une Assemblée générale de la Ceeefe est aussi un temps de partage spirituel, et d’échanges sur des problématiques communes. Cette AG 2023 a ainsi été l’occasion de travaux de groupes et de réflexions sur la parole des Églises dans l’espace public, un sujet abordé très différemment selon les pays et les contextes culturels, mais qui n’en reste pas moins un thème sensible dans de nombreuses sociétés.




Deux jours d’échanges entre chercheurs au Défap

Tout comme les envoyés qui s’inscrivent dans des projets portés par les Églises partenaires du Défap, tout comme les échanges d’enseignants entre facultés de théologie, les chercheurs en congé-recherche en France et dont les travaux sont soutenus par le Défap incarnent les relations entre Églises au près et au loin. Leur rencontre annuelle a eu lieu les 1er et 2 juin au siège du Défap, à Paris. L’occasion de faire le point sur les joies et défis de leur séjour en France, et de présenter leurs travaux.

Le groupe des chercheurs en congé-recherche dans le jardin du 102 boulevard Arago © Défap

Ils viennent de République démocratique du Congo, de Cameroun, de Côte d’Ivoire… Ils sont en France pour quelques mois, pour des recherches à l’occasion d’un projet de thèse, ou de publication… Ils sont pasteurs et théologiens, et leur présence au Défap, ainsi qu’à l’Institut protestant de théologie de Paris ou de Montpellier, est une des manifestations concrètes des relations nouées entre facultés de théologie par-delà les frontières. Ce sont les chercheurs en congé-recherche dont les travaux sont soutenus par le Défap. En ce début du mois de juin, ils sont rassemblés dans la « salle de cours » du Défap, pour deux journées destinées à faire le point sur leur séjour en France, et présenter leurs travaux.

Si la figure de l’envoyé est généralement la plus connue, et considérée comme la plus représentative des activités du Défap au sein de ses Églises constitutives, elle a ainsi sa figure symétrique en termes d’accueil. Les relations établies de longue date via le Défap au sein de toute une communauté d’Églises s’illustrent non seulement à travers des projets, mais aussi à travers des échanges de personnes ; et non seulement par l’envoi au loin, mais aussi à travers toutes celles et ceux qui viennent en France, notamment dans le cadre d’un cursus de formation théologique. Le Défap assure le suivi administratif et pédagogique de ces chercheurs en congé-recherche.

Des questionnements qui se recoupent

Mais tout comme dans le cas des envoyés, chaque boursier est engagé dans un projet personnel, en lien avec sa propre formation et avec sa propre Église, qui lui permet difficilement d’échanger avec les autres boursiers. Ils sont géographiquement éloignés, travaillent en lien avec des facultés de théologie différentes ; et le délai imparti pour les recherches (quelques mois) est court, surtout si l’on tient compte du nécessaire temps d’adaptation lors de leur arrivée en France.

D’où ces deux journées organisées au 102 boulevard Arago, qui représentent une occasion précieuse d’échanger, de revenir sur les difficultés ou obstacles administratifs, de faire le point avec le Défap sur leur séjour. Après le mot d’accueil du Secrétaire général Basile Zouma, les nouveaux arrivants ont pu faire part de leurs attentes, de leurs craintes, des freins qui ont pu entraver leur venue, des forces qui leur ont permis de franchir les obstacles pour venir poursuivre leurs travaux en France ; quant aux chercheurs déjà à mi-parcours de leur séjour ou sur le point de repartir, ils ont pu évoquer les joies, défis, étonnements ou incompréhensions qui auront marqué leur découverte du contexte français. Une séance de « debriefing » précieuse pour améliorer le suivi, fluidifier les relations entre facultés de théologie de pays divers et aux habitudes de travail différentes, ou tenter de débrouiller des difficultés administratives.

Les chercheurs en congé-recherche échangeant avec le Secrétaire général Basile Zouma © Défap

Tous ont également eu l’occasion de présenter le thème et l’état d’avancement de leurs travaux. Avec souvent, à la base de leurs recherches, des questionnements qui se recoupent : les défis qui se posent au chrétien dans sa vie quotidienne et dans son Église, le décalage entre ce qui est proclamé et ce qui est vécu, les difficultés de la contextualisation et la recherche d’un christianisme authentiquement africain, les exigences d’une vie chrétienne sincère… L’un s’interroge sur les relations entre des sociétés fortement imprégnées de religion chrétienne et la misère persistante des peuples – un décalage favorable au développement de l’évangile de la prospérité. Un autre évoque la coexistence d’un christianisme très présent et de croyances traditionnelles auxquelles la majorité se conforme, sous cape : car même si on ne pratique pas, on redoute toujours les effets possibles de ces anciennes croyances. Un autre s’attache à la question de la musique dans les Églises. Un autre centre ses travaux sur la liberté et la relation à Dieu. Un autre enfin, constatant le développement grandissant du christianisme en Afrique, cherche à déceler si, à l’origine du texte biblique lui-même, se trouveraient également des influences africaines… Autant de travaux destinés à alimenter les réflexions au sein de leurs Églises respectives, et dont certains contiennent parfois des propositions très concrètes. Comme l’avait souligné le Secrétaire général Basile Zouma dans son mot de bienvenue, en présentant le Défap et la volonté d’ouverture entre Églises qui guide ses activités : « À travers ce que chacun d’entre vous fait, il y a quelque chose de l’ordre du royaume de Dieu qui se donne, et que nous devons accueillir. »




Des théologiens protestants se rassemblent autour du thème de la guerre

Une guerre juste… est-ce possible ? N’y a-t-il pas déjà contradiction dans les termes ? Que faire du commandement « Tu ne tueras pas ? » Les quatrièmes rendez-vous de la pensée protestante réunissent étudiants et théologiens pendant trois jours à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg autour de cette thématique de la guerre.

Une guerre peut-elle être juste ? C’est la question posée aux étudiants des établissements de théologie protestante francophone lors des Rendez-vous de la Pensée Protestante (RVPP) du 23 au 25 juin à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg.

Cette rencontre annuelle se veut un moment de partage entre la nouvelle génération de théologiens protestants et celle déjà active, afin de s’enrichir mutuellement de nouvelles idées comme d’expériences.

Le samedi soir sera l’occasion d’une grande soirée-débat, animée par le philosophe Olivier Abel qui interpellera ses intervenants sur le thème de la guerre, dans la continuité de la problématique de l’année 2022, toujours marquée par l’actualité du conflit en Ukraine.

Les trois invités de cette conférence sont :

▶️ Cette soirée-débat est ouverte au public et sera retransmise en direct sur les réseaux sociaux ainsi qu’en replay sur la chaîne YouTube de la FPF.




Une demi-journée au Défap pour les futurs pasteurs

Les étudiants du Cycle M2 « Église et Société » de l’Institut protestant de théologie seront reçus au Défap jeudi 25 mai. Un rendez-vous désormais régulier qui témoigne des relations entre Défap et IPT, et permet à ces futurs pasteurs de l’Église protestante unie de France de se familiariser avec le Service protestant de mission. Au menu de cette rencontre : une présentation des actions du Défap et de son histoire, une visite de la bibliothèque, et un repas partagé avec l’équipe.

Le nom change, la fonction demeure : ne parlez plus aujourd’hui de « Master Pro », mais plutôt de « Cycle M2 ES » (« ES » pour « Église et Société »). Il s’agit néanmoins toujours d’une formation universitaire dispensée par l’Institut protestant de théologie (un cycle commun aux facultés de Paris et de Montpellier), et qui a pour finalité de former des étudiants se destinant à devenir pasteurs au sein de l’Église protestante unie de France. Et ce jeudi 25 mai, ces futurs pasteurs qui sont en train d’achever leur formation sont reçus au Défap pour une demi-journée. Ils et elles auront l’occasion de rencontrer le Secrétaire général, Basile Zouma, auront une présentation des activités du Défap à travers une animation d’Éline ; ils seront aussi emmenés à travers l’histoire du Service protestant de mission au fil de ses grandes dates et des « grains de sable » distillés par l’exposition réalisée pour les 50 ans du Défap, pourront visiter en fin de matinée la bibliothèque, et pourront rencontrer l’équipe à l’occasion d’un repas partagé.

Voilà plusieurs années que ces visites d’étudiants en théologie sont organisées au 102 boulevard Arago ; la pasteure Tünde Lamboley, responsable de la formation théologique, et qui avait initié un rapprochement avec l’IPT à travers une série de « déjeuners-cultes », avait en effet constaté que le Service protestant de mission restait encore trop souvent méconnu parmi les étudiants. D’où cette idée d’un temps de rencontre et d’échanges, approuvée par Élian Cuvillier, qui outre son rôle de directeur des études à l’IPT-Montpellier, est également, depuis juillet 2017, directeur de ce cycle de Master 2 commun aux deux facultés. Il a déjà eu l’occasion de dire, lors d’une de ces visites, qu’il considère le Défap comme « un rouage essentiel de l’Église », avec lequel ses étudiants, en tant que futurs pasteurs, « seront nécessairement amenés à travailler ».

Ce que le Défap apporte aux pasteurs

Ces rendez-vous désormais réguliers témoignent des relations entretenues entre Défap et IPT. Ils contribuent aussi à rendre visible un aspect essentiel des activités du Défap, quoique relativement peu mis en avant : son rôle auprès du corps pastoral. Outre l’envoi de volontaires, outre le soutien de projets, outre les relations entre centres de formation théologique de divers pays, le Défap appuie les activités de ses Églises membres en s’occupant de la logistique des envois pastoraux outre-mer. Il contribue à renouveler le corps pastoral (au sein de l’Église protestante unie de France, l’une des trois unions d’Églises membres du Défap et numériquement la plus importante, les ministres d’origine étrangère représentent une proportion croissante : ils étaient ainsi 22,6% selon les chiffres de 2015, les pasteurs originaires d’Afrique étant le deuxième contingent le plus important ; et parmi ces pasteurs venus d’Afrique, bon nombre étaient passés par le Défap). Le Défap a aussi développé récemment un programme d’accueil pour ces pasteurs venus d’ailleurs, à la demande de trois Églises protestantes : l’Église protestante unie de France (EPUdF), l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), et l’Église protestante unie de Belgique (EPUB). Avec l’idée d’en faire des temps d’échange et de rencontre, mais aussi de donner à ces futurs pasteurs des clés de lecture, des repères et des ressources.

Ces visites d’étudiants et futurs pasteurs leur permettent ainsi de se familiariser avec un « outil » des Églises qui leur sera utile tout au long de leur carrière pastorale, dans un contexte de plus en plus mouvant et complexe. Une évolution qui touche aujourd’hui toutes les sociétés européennes, et auxquelles les Églises elles-mêmes participent. Car cette dimension multiculturelle née de la mondialisation, les Églises la vivent déjà au quotidien, à travers leurs paroissiens et à travers leurs pasteurs. Et les paroisses situées dans les lieux les plus densément urbanisés sont loin d’être seules concernées : aujourd’hui, même les villes moyennes ou les paroisses en zones rurales ont aussi des paroissiens aux multiples origines, comme en témoignait récemment Joël Dahan, pasteur de l’EPUdF dans le Bergeracois. La question des relations interculturelles au sein des Églises est un aspect sur lequel le Défap travaille depuis des années – en relation avec diverses Églises et des programmes de formation comme celui de la CPLR (le programme de la formation permanente des pasteurs de la Communion Protestante Luthéro-Réformée).

 

Devenir pasteur
Le Cycle M2 « Église et Société » (Cycle M2 ES) est une formation universitaire commune aux Facultés de Paris et de Montpellier qui prend en compte la pratique, l’expérience et l’engagement concrets. Il est requis pour être pasteur.e de l’Église protestante unie de France (EPUdF). Poursuivant un triple objectif théologique, professionnel et personnel, il met en œuvre la triade pédagogique : savoir, savoir-faire et savoir-être. Il comprend un stage, des séminaires et la rédaction d’un rapport de stage. Au terme de ce temps d’études, et après accord de la Commission des ministères, le.a candidat.e au ministère pastoral fait son « proposanat ». Ce dernier est une période probatoire d’une durée de deux ans, dans une Église locale ou une paroisse. Une fois le proposanat achevé et après accord de la Commission des ministères, le nouveau / la nouvelle pasteur.e est ordonné.e – reconnu.e dans son ministère puis inscrit.e au rôle des ministres de l’EPUdF. L’EPUdF a réalisé un site internet dédié aux étudiant.e.s désirant devenir pasteur.e.s : devenirpasteur.fr.



Le Secaar veut promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions

Le Défap participe du 16 au 17 mai au COS 2023 du Secaar – l’équivalent d’une Assemblée générale pour ce réseau qui regroupe 18 Églises et ONG d’inspiration chrétienne, et dont le Défap est un des membres fondateurs. Soucieux de concilier développement et sauvegarde de la création, défense des droits humains et ancrage chrétien, le Secaar cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens.

Le Secaar représenté lors de la foire ouest-africaine des semences paysannes, en mars 2023

« Pas de souveraineté politique sans une souveraineté alimentaire et pas de souveraineté alimentaire sans une souveraineté semencière ». Ce mot d’ordre illustre l’un des nombreux engagements du Secaar, qui lui a valu d’être présent en mars dernier lors de la foire ouest-africaine des semences paysannes organisée par le COASP Bénin (Comité Ouest Africain des Semences Paysannes). Il est aussi révélateur du positionnement de cette organisation qui rassemble aujourd’hui dix-huit Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présentes dans une douzaine de pays, et dont le Défap est un des membres fondateurs. Les questions écologiques, politiques et de justice sociale y sont étroitement liées.

Le Secaar se veut un réseau engagé : pour le droit à la terre, le droit des femmes, pour aider les communautés à faire face aux changements climatiques… La vision du Secaar, ou Service chrétien d’appui à l’animation rurale, va bien au-delà de la simple notion de « développement durable ». À une époque où le développement est souvent vu à travers des indicateurs chiffrés qui tendent à occulter la dimension humaine, le respect des droits fondamentaux ou l’impact environnemental, la grande originalité de ce réseau, qui revendique son implantation dans un milieu chrétien, est de concilier ces diverses dimensions qui semblent s’opposer, en les appuyant sur un solide soubassement spirituel. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi). Il a été fondé en 1988 au Bénin, avant d’être officiellement constitué en association internationale en 1994 à Yaoundé, au Cameroun. Son siège se trouve aujourd’hui à Lausanne, en Suisse, et le secrétariat exécutif à Lomé, au Togo.

Le rôle du Secaar dans le projet de « compensation carbone » du Défap

En ce mois de mai 2023, du 16 au 17, les délégués des dix-huit différentes organisations membres se retrouvent en visioconférence à l’occasion du Conseil d’Orientation et de Suivi (COS) du Secaar : une réunion qui fait office d’Assemblée générale du Réseau. Elle sera présidée par Antoinette Lawin-Ore Bossou, qui a succédé à Roger Agbakli. Cette réunion permettra notamment de revenir sur le Plan stratégique 2021-2024 et de présenter la planification 2023. Le Défap y sera représenté par Maëlle Karen Nkot, chargée de projets au sein du Service protestant de mission, ainsi que par François Fouchier. Ils pourront apporter, l’une sa perspective sur la solidarité internationale, l’autre ses préoccupations environnementales et son expérience du développement durable, et plus particulièrement en tant que délégué régional du Conservatoire du Littoral. Ce COS permettra ainsi d’entendre les messages non seulement du Défap, mais de DM, son homologue pour la Suisse romande, et de la Cevaa.

Au-delà de son soutien aux ONG ou Églises membres, le Secaar cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens. Des actions pour lesquelles il travaille en collaboration régulière avec le Défap et DM : le Défap a, par exemple, envoyé la bibliste Christine Prieto pour travailler sur un cycle de formations bibliques, qui a abouti à l’édition d’un ouvrage conçu pour aider des groupes à réfléchir sur la question du développement dans une perspective biblique. DM et Défap ont aussi apporté leur appui, à travers des envoyés, à la communication du Secaar.

Autre exemple des liens étroits qui existent entre le Défap et le Secaar : c’est à l’expertise du Secaar que le Défap a fait appel pour son projet de compensation carbone. La démarche de réduction de l’empreinte écologique dans laquelle s’est lancée le Défap a en effet deux versants : l’un vise à limiter les émissions de gaz à effet de serre liées aux locaux et aux activités du Défap, avec la tenue d’un tableau de bord par le Secrétariat général ; l’autre vise à compenser les émissions qui n’auront pu être évitées en soutenant des activités destinées à diminuer la production de gaz à effet de serre, dans une proportion équivalente à ce que le Défap aura produit lui-même, de façon à parvenir à un bilan global égal à zéro : la neutralité carbone. Pour cela, le Défap a proposé de labelliser annuellement, en lien avec la Cevaa, des projets de « compensation carbone » pour les Églises membres et ses partenaires. Ainsi, pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre de l’année 2022, c’est vers le Secaar qu’il s’est tourné, en soutenant un projet visant à promouvoir des foyers améliorés, afin de réduire la déforestation et l’utilisation de butane ; ce qui contribuera aussi à réduire les maladies respiratoires causées par l’inhalation de la fumée.

Retrouvez ci-dessous quelques témoignages en vidéo illustrant la diversité des actions et des partenariats du Secaar :

 

 




Synode national de l’Unepref : «Habitons l’Alliance, en Christ»

Le synode national de l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), l’une des trois Églises constitutives du Défap, se tient les 13 et 14 mai à Rodez, dans l’Aveyron.
Photo de groupe du synode de l’Unepref 2019 © Unepref

 
Le Synode de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref) va se dérouler les 13 et 14 mai à Rodez sur thème « Habitons l’Alliance, en Christ ».

Le samedi 13 mai, des séances de travail se tiendront toute la journée à l’accueil Saint Joseph (9 Rue Jean XXIII, 12000 Rodez). Les rapports des commissions et des coordinations seront présentés ainsi que des points d’étapes concernant les groupes de travail (communication, violences, accompagnement des pasteurs et stratégie d’implantation) mis en place depuis septembre 2022 ainsi qu’un premier bilan des partenariats missionnaires.

Le culte synodal aura lieu le dimanche 14 mai à 10h30 au Temple (32 Rte de Sévérac, 12850 Onet-le-Château) et sera présidé par le pasteur Vivian Bénézet. Les témoignages des aumôniers y seront entendus, et la consécration du pasteur Charles Berger ainsi que la reconnaissance de ministère du pasteur Fabio Genovez auront lieu.




Synode national 2023 de l’EPUdF

Le Défap sera présent au prochain Synode national de l’Église protestante unie de France, qui se tiendra du 18 au 21 mai 2023 en région parisienne, à Noisy-le-Grand, à l’invitation de cette paroisse de l’Inspection luthérienne de Paris.

Le synode national 2021 de l’EPUdF à Sète © Défap

Ce Synode national sera l’occasion pour les délégués de découvrir une église inaugurée il y a peu, à l’architecture inspirante, bel écrin pour fêter les 10 ans de l’Église protestante unie et les 50 ans de la Concorde de Leuenberg.

Le processus synodal initié en 2021 : Mission de l’Église et ministères a permis au précédent synode de discerner une vision globale et ses grandes orientations. Pour cette session pendant que les Églises locales et les paroisses travaillent sur ces documents, le Conseil national a souhaité que les délégués puissent prendre connaissance d’initiatives et de projets vécus en France ou chez nos Églises-sœurs. « Expériences-Espérance« , tel est le titre de ce synode 2023.

Pour y parvenir, le Conseil national a retenu quatre thématiques principales, sur lesquelles les rapporteurs nationaux ont travaillé en équipes élargies avec des personnes ressources : l’Église universelle, la formation pour tous & ministères, le témoignage (évangélisation & diaconie), le renouvellement institutionnel.

Le modérateur du synode sera le pasteur David Mitrani et le travail théologique sera conduit par le Professeur Fritz Lienhard.

Un temps festif de reconnaissance à l’occasion des 10 ans de l’EPUdF

La soirée du samedi 20 mai sera un temps festif de reconnaissance à l’occasion des dix ans de la création de l’Église protestante unie de France. Cette union atteste de la communion entre les luthériens et les réformés, avec en particulier des témoignages vidéo des pasteurs Laurent Schlumberger, qui présidait l’Église réformée de France et devint le premier président de l’Église protestante unie de France à partir de 2013, et Joël Dautheville, actuel président du Défap et qui présidait l’Église évangélique luthérienne de France au moment de l’union. La participation des invités des Églises européennes rappellera combien la signature de la Concorde de Leuenberg a été une étape décisive en 1973.

Le culte synodal sera célébré le dimanche 21 mai à 11h à l’église de la Rédemption, 16 rue Chauchat, Paris 9ème et diffusé en direct sur la chaîne YouTube de l’EPUdF.




Maïeul Rouquette, servir par les livres et la théologie

Maïeul Rouquette, directeur de la CLCF (Centrale de littérature chrétienne francophone), basée à Strasbourg, évoque dans cet entretien réalisé pour la Fédération protestante de France son travail et les engagements qui le portent. La CLCF a été fondée par le Défap et son homologue suisse, DM, il y a exactement trente ans.

Maïeul Rouquette (deuxième en partant de la droite) lors d’un déplacement au Cameroun © Maïeul Rouquette / CLCF

 

La Centrale de Littérature Chrétienne Francophone (CLCF) fête ses 30 ans ! Cette association protestante cherche à soutenir les bibliothèques de théologie par des dons de livres et des formations. En effet, dans certains pays, les bibliothèques ont du mal à se procurer certains ouvrages, pour des questions de coût ou d’accès. Cette démarche dit, en creux, l’importance que représente la théologie pour les Églises et la société.

Entretien avec Maïeul Rouquette, docteur en théologie et directeur de la CLCF, qui revient sur ce que lui a apporté son propre parcours en théologie. Il partage les raisons qui l’ont poussé à s’engager dans cette mission, notamment un intérêt marqué pour la solidarité internationale. Maïeul Rouquette nous parle également de l’importance de faire connaître les théologies venant des pays du sud, pour que la CLCF contribue à l’ouverture vers d’autres cultures et vers d’autres façons de penser Dieu.

 

Ce que fait la CLCF

La Centrale de Littérature Chrétienne Francophone est à la jonction entre les milieux protestants et universitaires de France, de Suisse et de nombreux pays. On retrouve ainsi dans son conseil d’administration Philippe Wasser, représentant de DM et Claire-Lise Lombard, représentante du Défap. La CLCF a une vocation humanitaire : elle appuie la formation théologique et pastorale et représente un service d’entraide à l’intention d’environ 170 institutions de formation théologique. Elle soutient aussi directement les étudiants en théologie. Le champ d’action de la CLCF est large : il couvre en effet l’Océan Indien (Madagascar, Réunion, Maurice), toute l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, le Pacifique (Polynésie française, Nouvelle Calédonie, Fidji) et les Caraïbes. Avec des croisements réguliers avec les activités du Défap : c’est ainsi qu’en Haïti, elle a pu agir sur le terrain via le Défap et la Plateforme Haïti, créée par la Fédération Protestante de France en 2008. On la retrouve aussi, à un moindre degré, dans d’autres pays pas toujours considérés comme francophones, mais où l’on lit et l’on parle du français, comme le Liban.

Un premier service de la CLCF a été mis en place dès 1983 à l’initiative des différents services missionnaires d’Églises protestantes de France (le Défap) et de Suisse romande (DM-échange et mission) pour aider à équiper en livres les instituts théologiques francophones, dans un contexte où les fonds d’ouvrages et de revues manquaient dans les bibliothèques en langue française, en particulier faute de moyens suffisants. Il s’agissait de récupérer revues et ouvrages de théologie dans le Nord et trouver les moyens de les acheminer dans le Sud. Avec des défis logistiques certains : en 2014, ce sont ainsi plus de deux tonnes de revues de théologie qui ont été données par l’Église protestante de Genève, suite à la fermeture du Centre Protestant d’Études de Genève.

Des ouvrages reçus par la CLCF et qui doivent être triés avant d’être envoyés vers des bibliothèques d’Afrique, des Caraïbes ou du Pacifique… © CLCF

 
Aujourd’hui présidée, depuis l’automne 2015, par la pasteure Claire-Lise Oltz-Meyer (anciennement en poste à Madagascar), la CLCF a su diversifier ses activités au fil du temps, se dotant d’une centrale d’achat, ainsi que d’un service de conseil et de formation en bibliothéconomie. Ce service organise régulièrement des sessions de formation intensive, avec l’aide d’équipes locales. On trouve ainsi à Madagascar la Fabim, la Formation des Auxiliaires de Bibliothèque. Elle propose des formations d’auxiliaire de bibliothèque sur toute l’île et elle supervise le développement des bibliothèques sur une douzaine de campus. On trouve aussi au Cameroun la FibY, la Formation Intensive des Bibliothécaires à Yaoundé, qui après avoir proposé des sessions de formation, s’est étoffée avec un réseau de mutualisation des informations (le Ridoc) et une tournée des bibliothèques. La plus récente de ces équipes locales, la Fabao, la Formation des Auxiliaires de Bibliothèque en Afrique de l’Ouest, propose une formation intensive d’auxiliaires de bibliothèque, ainsi que des visites des bibliothèques dans son champ géographique.




AG du Défap : Flore Badila Loupe et l’engagement politique de l’EEC

Au-delà des débats sur la vie et sur les activités du Défap, l’Assemblée Générale est aussi un temps propice pour entendre des témoins. L’AG 2023 a ainsi permis de mettre en avant le travail de formation auprès des enseignants et directeurs d’écoles du réseau des Églises protestantes à Madagascar, dans lequel s’implique Jean-Claude Boudeaux, envoyé régulièrement pour des missions courtes dans ce pays par le Défap. Les participants ont également pu entendre la présentation par Flore Badila Loupe, actuellement en congé-recherche en France en bénéficiant d’une bourse du Défap, de ses travaux au sujet de l’engagement politique de son Église : l’EEC (Église évangélique du Congo).

Flore Badila présentant ses travaux lors de l’AG 2023 du Défap © Défap

Pasteure de l’Église évangélique du Congo (EEC), Flore Badila Loupe est aussi docteure en théologie, après avoir soutenu une thèse à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale) sur l’engagement politique de l’EEC. Elle est également vice-doyenne de la faculté de théologie protestante de Brazzaville, et vice-présidente de la conférence des ecclésiastiques de l’EEC. Elle avait déjà bénéficié d’une bourse du Défap pour un congé-recherche en 2014-2015. Elle avait alors effectué ses travaux à l’IPT-Montpellier. Elle est aujourd’hui en congé-recherche en France pour adapter sa thèse en vue de sa publication, sur le thème : Le rôle de l’Église dans la politique : quel prisme pour le devenir de la cité ?. Elle présente ici les grands axes de ses travaux sur l’engagement politique de l’EEC, dont les statuts incitent les membres de l’Église à avoir un rôle actif en faveur de la justice dans la société, tout en interdisant tout engagement politique au corps pastoral.

L’Église Évangélique du Congo, dans ses Textes fondamentaux, dispose de trois articles qui montrent son engagement dans la politique.

Église et politique, des relations difficiles

Dans sa présentation devant l’AG du Défap, Flore Badila Loupe souligne que « des temps immémoriaux jusqu’à la postmodernité, le rôle de l’Église dans la politique s’est avéré prépondérant. Les deux entités qui ont été instituées par le « Tout-Autre » pour emprunter l’expression de Karl Barth, ont pour mission de réguler la vie des êtres humains dans le déjà et le pas encore : l’Église et la gouvernance des hommes et des biens ». Des relations qui ont toutefois longtemps été difficiles : Flore Badila revient sur le cas français, avec la loi de la séparation du 9 décembre 1905 ayant mis fin au Concordat de 1801 ; Concordat qui associait, en France, l’Église catholique à l’État. Cette séparation ne sera officiellement acceptée par le Saint-Siège qu’en 1921. Cette séparation n’est pas autre chose que la laïcité appliquée intégralement à l’État tout entier : il n’appartient ni à l’Église de faire de la politique ni à l’État de faire de la théologie.

Mais Flore Badila Loupe souligne la difficulté de vouloir enlever toute signification politique aux actions de l’Église. Elle se réfère aux activités politiques de Jésus mentionnées par le théologien André Trocmé qui affirme qu’enlever toute prétention politique en la personne de Jésus, c’est réécrire les quatre Évangiles. Elle fait également mention d’autres théologiens à l’instar de Karl Barth s’insurgeant contre le nazisme allemand qui prône un « Führer ». Selon lui, il n’y a qu’un seul Seigneur et un seul chef, c’est Jésus-Christ. Par ailleurs, il sous-tend la position de l’Église confessante ou l’Église militante tel que mentionnée dans la Déclaration de Barmen, celle qui sort de sa torpeur, de sa neutralité, de son engrenage nouménal, de ses ornières afin de proclamer l’Évangile à toute l’humanité.

« On ne peut pas dissocier l’annonce de l’Évangile et la vie dans la société »

Selon Flore Badila Loupe, évoquer l’engagement politique de l’Église implique de reconnaître « la coopération ou la complémentarité qui est censée exister entre l’Église et la politique (…) Cette question porte sur l’enseignement de l’Église et sa pertinence ». Elle distingue deux registres du discours de l’Église sur le politique :

Comme le souligne Flore Badila Loupe, « on ne peut pas dissocier l’annonce de l’Évangile et la vie dans la société. Le message est prêché dans la cité pour la transformation de l’individu du fait que l’Église visible se trouve dans la société ». En outre, dans le cas spécifique de la République du Congo, « il apparaît clairement que la gestion de la chose publique faite par des hommes de Dieu serait la bienvenue dans une société corrompue par des hommes politiques qui ne connaissent pas Dieu. » Flore Badila Loupe met ainsi en avant le rôle symbolique du pasteur, qui pour beaucoup de Congolais est « un repère, un indicateur de sens », en dépit de sa perte de prestige au sein de la société. Ce qui l’amène à proposer une nouvelle rédaction pour l’Article 66 des Textes fondamentaux de l’EEC, qui stipulerait : « Les ecclésiastiques en vertu de leur ministère ecclésial, doivent s’impliquer dans la gestion de la cité sans être mis en disponibilité par l’Église. Ils doivent participer à la bonne gouvernance des humains, des biens ; enseigner, pratiquer l’éthique chrétienne dans le milieu politique et assurer l’accompagnement pastoral à l’homme politique ».