Nicaragua : le CIEETS, engagé auprès des plus fragiles

De la révolution sandiniste qui renversa la dictature jusqu’à l’actuelle dérive autoritaire du président Ortega, l’aventure du réseau d’Églises dont est issu le CIEETS s’est forgée à travers les aléas de l’histoire du Nicaragua. Avec dès le début des relations étroites avec les protestants de France, à travers la figure de Georges Casalis, et une constante : être auprès des plus démunis, en faisant de la théologie un instrument de libération spirituelle et sociale.

L’équipe du CIEETS © CIEETS

Au Nicaragua, la crise dure depuis plus d’un an. Plus précisément depuis le 18 avril 2018, date des premières manifestations contre une réforme contestée des retraites. Même si le président Ortega a fait rapidement machine arrière (l’abandon de la réforme avait été annoncé dès le 22 avril), le mouvement n’a fait dès lors que s’étendre et s’aggraver. Héros de la révolution sandiniste qui avait mis fin à la dictature en 1979, Daniel Ortega, toujours à la tête du pays en 2019, s’est vu dès lors confronté à un mouvement massif de rejet et à des accusations de confiscation du pouvoir. Il a répondu par une répression croissante. Après plusieurs mois d’une violence qui a paralysé toute activité dans le pays, avec des villes placées en état de siège, des manifestations réprimées toujours plus durement, des barrages routiers dans tout l’ouest et le centre du pays, et des groupes paramilitaires entretenant la peur, le régime d’Ortega a repris le contrôle du pays. Un contrôle qu’il garde aujourd’hui farouchement à coups d’arrestations massives et de tortures, de disparitions d’opposants, de recours aux violences policières, tout en s’efforçant d’entretenir une façade de dialogue avec l’opposition pour tenter de désarmer les sanctions internationales. La population du pays, pendant ce temps, vit dans la peur et s’enfonce dans la pauvreté. Des milliers d’habitants fuient dans les pays voisins, qui ne sont pas forcément prêts à les recevoir.

Que peuvent des institutions ecclésiales dans un tel contexte ? D’abord, tenter de maintenir les liens et le dialogue. L’Église catholique s’est ainsi efforcée de faire office de médiateur entre les manifestants et le gouvernement. Mais elle s’est rapidement retrouvée accusée par le pouvoir d’être du côté des manifestants, et en butte aux menaces d’un régime prêt à tout pour se maintenir en place. Aussi, lorsque les participants de la plateforme Alliance civique pour la Justice et la Démocratie réunissant étudiants, paysans, entreprises et société civile ont négocié une «feuille de route» pour tenter de sortir de l’impasse politique, les évêques de la Conférence épiscopale ont décliné l’invitation à participer à la suite des discussions. Mais même lorsque le dialogue semble rompu, les institutions ecclésiales peuvent toujours s’efforcer de limiter les souffrances nées de la crise. Le CIEETS (Centre Inter-Ecclésial d’Études Théologiques et Sociales) s’y emploie, dans un contexte des plus difficiles.

Visite de représentants du CIEETS au Défap en mai 2019 (de gauche à droite : Fabienne Chambry, présidente de l’Entraide luthérienne ; Tania Valesca, de la branche sociale du CIEETS, l’AMAD ; Florence Taubmann, du Défap ; Jaïro Arce Mairena (AMAD) © Défap

Le CIEETS, un lieu à part

Dans le paysage religieux du Nicaragua, où s’invitent de nombreux missionnaires nord-américains et coréens pour «évangéliser» de manière fondamentaliste un peuple dont 40% est protestant et 45% catholique, le CIEETS est un lieu à part, parce qu’il se veut oecuménique et représente une assemblée de 25 Églises ; également parce qu’il parvient à conjuguer les études théologiques et les questions d’environnement et de développement. Ses différents enseignements touchent 1500 personnes réparties sur tout le pays. Il y a ainsi deux branches au CIEETS, l’une spécifiquement consacrée aux études théologiques, l’autre à l’action sociale. C’est cette deuxième branche, l’AMAD (Area de Medio Ambiente y Desarrollo, Direction de l’environnement et du développement) qui se consacre plus particulièrement aux questions liées à l’environnement et au développement. Des questions particulièrement sensibles au Nicaragua, où se conjuguent les risques sismiques et les aléas climatiques.

A l’origine des relations entre le Défap et le CIEETS, il y a le pasteur Georges Casalis. Issu d’une famille comportant nombre de missionnaires, et notamment Eugène Casalis, qui dirigea la SMEP, c’est une figure majeure de l’engagement protestant de son époque. Signataire des Thèses de Pomeyrol, qui réclament dans les années 40 un engagement clair de l’Église Réformée de France face à l’occupation nazie, engagé auprès de la Cimade, rédacteur de Témoignage Chrétien, il dirigera par la suite la revue Christianisme Social, avant de s’engager au cours des années 70 en Amérique latine. De là datent les liens avec le Nicaragua, où le CIEETS est créé en juillet 1986. Ses fondateurs sont des dirigeants d’Églises évangéliques intéressés par le travail social et le développement. Les études théologiques y sont vues comme le socle d’un nécessaire engagement auprès des plus fragiles et des plus démunis.

Aujourd’hui encore, en dépit des tensions politiques, le CIEETS poursuit sa mission d’accompagnement des plus fragiles, soutenu par un solide réseau d’Églises locales, avec toujours la volonté de concilier foi et développement, enseignement théologique et préoccupations environnementales et sociales. Son travail lancé auprès des communautés rurales s’est étendu en zone urbaine. Les liens avec les protestants de France sont maintenus : le Défap a notamment soutenu sa bibliothèque, des missions d’enseignement sont régulièrement organisées avec Corina Combet-Galland, spécialiste du Nouveau Testament et professeure émérite à la Faculté de théologie protestante de Paris. Le premier projet de développement de cultures en milieu urbain lancé par le CIEETS à Managua a été financé par l’Entraide luthérienne. Et la mémoire de Georges Casalis continue à être entretenue au Nicaragua, plus de 40 ans après la révolution sandiniste à laquelle il apporta son soutien, et en dépit des dérives autoritaires actuelles de Daniel Ortega. Dans son ouvrage sur Le protestantisme en Amérique latine [1], Jean-Pierre Bastian décrit ainsi les marques d’attachement dont bénéficie toujours le pasteur français ami du peuple nicaraguayen : «au premier étage de la bibliothèque qui porte son nom, au cœur d‘une mezzanine-sanctuaire consacrée à sa figure, se trouve une sorte de reliquaire sous forme de petite armoire vitrée à deux étages dont l’objet le plus symbolique sont ses sandales, exaltation de l’humilité prophétique du révolutionnaire engagé au côté du peuple».

Franck Lefebvre-Billiez

Retrouvez ci-dessous une vidéo du CIEETS présentant un des engagements de ce réseau d’Églises contre la violence : «Ensemble contre la violence de genre» :

Et une autre vidéo du CIEETS présentant son engagement face aux changements climatiques :




Nicaragua : nourrir les corps et donner une espérance

Dans un pays qui cumule violence politique et aléas climatiques, le CIEETS s’efforce depuis longtemps de promouvoir des projets prenant en compte aussi bien les besoins physiques que spirituels. Partenaire de longue date du Défap en Amérique latine, il s’occupait jusqu’à présent surtout de développement auprès de communautés rurales, le tout axé sur une solide base chrétienne, vue comme un socle indispensable à son engagement social. Avec le développement, depuis avril 2018, d’une forte contestation du régime de Daniel Ortega, suivie d’une reprise en main brutale par le pouvoir, le CIEETS a aussi développé des programmes pour venir en aide aux populations urbaines les plus fragilisées.

Vue du projet de cultures lancé par le CIEETS à Managua et soutenu par l’Entraide luthérienne. En chemise blanche, Tania Valesca © CIEETS

Le projet concerne une soixantaine de familles du district de Managua, au Nicaragua. Il est caractéristique de ce que veut promouvoir le CIEETS (Centre Inter-Ecclésial d’Études Théologiques et Sociales) : prendre soin des besoins tant physiques que spirituels. Sur le plan matériel, il s’agit de permettre à des familles très pauvres, dans un quartier difficile, de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Pour cela, des cultures ont été développées avec l’aide du CIEETS, en tirant profit d’espaces inutilisés en environnement urbain. L’idée étant non seulement d’aider les familles à se nourrir, à s’approcher de l’autosuffisance alimentaire, mais aussi de vendre les produits de leurs cultures sur les marchés. Parallèlement, ont été développés des ateliers, des groupes de parole, des animations pour les enfants… Il s’agit non seulement de nourrir les corps, mais de guérir toute une communauté. Le tout avec une solide base chrétienne : parmi les partenaires du projet, on trouve d’ailleurs bon nombre d’Églises locales. Et des partenaires étrangers, parmi lesquels, en France, l’Entraide luthérienne, qui a participé au financement du projet.

En ce 21 mai 2019, Jaïro Arce Mairena et Tania Valesca, qui représentent l’équipe de direction de la branche sociale du CIEETS, l’AMAD (Area de Medio Ambiente y Desarrollo, Direction de l’environnement et du développement), sont à Paris à l’invitation du Ceras (Centre de recherche et d’action sociales) pour participer à un colloque international organisé au siège de l’Unesco sur le thème : «Quel travail pour une transition écologique solidaire ?» Tous deux sont de passage au Défap, qui entretient avec le CIEETS des liens de longue date, et présentent leur projet de culture en milieu urbain en présence de Florence Taubmann (qui est en charge du pôle Animation – France du Service protestant de mission) et de Fabienne Chambry, présidente de l’Entraide luthérienne. Jaïro Arce Mairena insiste tout particulièrement sur les aspects spirituels et psychologiques du projet : «Il ne s’agit pas seulement pour ces familles de se nourrir ; s’occuper de ces cultures permet aussi à chacun d’avoir une meilleure image de soi, d’échapper à la violence. Ce projet a un impact moral et psychologique important : les gens se sentent considérés, aidés et accompagnés. Ils ne sont plus prisonniers entre le désespoir et le désir de se venger.»

Un groupe de parole à Managua. Au centre, Tania Valesca © CIEETS

Relier la théologie à la vie

À travers la présentation de ce projet, ressortent à la fois toute la difficulté de vivre aujourd’hui au Nicaragua, et tout le travail du CIEETS pour, comme le souligne Jaïro Arce Mairena, «encourager les gens et leur donner une espérance.» Cumulant une suite de guerres et d’aléas environnementaux, le Nicaragua est l’un des pays des plus pauvres d’Amérique, juste après Haïti. Près du tiers des 6 millions de Nicaraguayens vivent en-dessous du seuil de pauvreté. D’après l’édition 2016 du Corruption Perception Index de l’ONG Transparency International, le Nicaragua est aussi l’un des pays les plus corrompus en Amérique Latine, classé au 145ème rang sur 176 pays étudiés. Son niveau de corruption ne cesse d’augmenter, notamment dans les services publics, la police et le système judiciaire. Ce qui était vrai avant même les troubles politiques d’avril 2018, marqués par un rejet du président Daniel Ortega et de pratiques vues comme dictatoriales, ainsi que par des violences qui ont bloqué tout le pays, avant une répression féroce qui n’a épargné aucune catégorie de la population. Avec comme corollaire un appauvrissement accru des plus fragiles, et des difficultés pour se nourrir non seulement dans les campagnes, mais aussi en ville…

Dans ce pays qui reste encore essentiellement rural, dont les trois-quarts des habitants vivent de l’agriculture, les Églises ont depuis longtemps un rôle moteur, en lien avec les municipalités, pour former à la gestion de l’eau et à une agriculture durable. La branche sociale du CIEETS, l’AMAD, avait ainsi lancé des formations sur plusieurs années destinées à des communautés rurales. Ses programmes se développaient jusqu’à récemment sur trois axes : sécurité alimentaire, gestion des risques et changement climatique. Situé sur une zone tectonique active, le Nicaragua compte en outre plus de 40 volcans en activité ; la saison des pluies (qui dure de mai à novembre) est marquée par un fort risque de cyclones. L’ouragan Mitch, en octobre 1998, avait ainsi dévasté près du tiers du territoire. Malgré cela, le Nicaragua n’a pas développé une culture du risque naturel, ce qui le rend particulièrement vulnérable. Le CIEETS, à travers sa branche sociale, s’est depuis longtemps attaqué à ces problèmes en tentant d’éduquer les communautés rurales.

Avec la crise politique, les violences et l’impact tant des manifestations que de la répression sur l’économie, l’AMAD a étendu ce programme aux villes. C’est ainsi qu’est né le projet de Managua. «Il s’agit de notre premier projet en zone urbaine, souligne Jaïro Arce Mairena. Concrètement, nous avons utilisé des espaces existants mais non valorisés, des patios, pour y installer des cultures.» Dans ces équivalents de jardins ouvriers réinventés en pleine crise nicaraguayenne, on trouve oranges, mandarines, bananes, mangues, citrons, ananas… tous les fruits traditionnels de ce climat tropical. Mais aussi des yuccas, utilisés comme plantes ornementales sous nos latitudes, mais dont la racine est aussi comestible : bouillie, elle évoque le manioc. De quoi se réconcilier avec la terre, avec soi-même : Jaïro Arce Mairena insiste sur l’effet cathartique produit, en combinaison avec les groupes de parole, sur «des gens vraiment abîmés sur le plan émotionnel par les violences.» De quoi raviver aussi la foi des participants et de relier la théologie à la vie, quand la spiritualité elle-même devient un enjeu de pouvoir et un moyen pour le clan Ortega de tenter de se maintenir en place : Rosario Murillo, l’épouse de Daniel Ortega propulsée au poste de vice-présidente, ne va-t-elle pas jusqu’à mêler références bibliques et ésotérisme dans ses apparitions télévisées défendant le régime ? «Elle prononce de véritables sermons, souligne Jaïro Arce Mairena. Il y a une tentative claire d’essayer de rameuter la population par le biais de la foi. L’Église catholique a d’ailleurs pris ses distances.»

Franck Lefebvre-Billiez

Retrouvez ci-dessous une vidéo du CIEETS présentant le projet de Managua, qui a bénéficié du soutien de l’Entraide luthérienne :




Congo : étudier pour changer la société

Dans un pays, la République Démocratique du Congo, qui cumule richesses naturelles et extrême pauvreté de la population, corruption et flambées de violence, l’UPRECO se veut un acteur de changement. Cette université fondée par l’Église presbytérienne au Congo, et soutenue par le Défap, forme des pasteurs, des juristes, des agronomes, des économistes, en conjuguant une qualité d’enseignement très reconnue et de solides valeurs chrétiennes. Son recteur Simon Kabue Mbala, qui est aussi pasteur et professeur de Nouveau Testament, de passage en France au cours de ce mois de mai 2019, a été invité par diverses paroisses protestantes. Il y a plaidé pour la poursuite des échanges entre France et RDC, cruciaux pour cette université aux moyens limités et dont l’avenir se construit à travers une lutte quotidienne.

Simon Kabue Mbala, recteur de l’UPRECO, photographié dans le jardin du Défap © Défap

 

Que représente aujourd’hui l’UPRECO en République Démocratique du Congo ?

Simon Kabue Mbala : L’UPRECO a été fondée par l’Église presbytérienne au Congo. C’est une université qui se trouve au cœur de la province du Kasaï – une région de République Démocratique du Congo qui est très pauvre et enclavée, essentiellement pour des raisons politiques : elle est généralement vue comme le bastion de l’opposition au pouvoir central. À l’origine de la création de l’UPRECO, il y a eu tout d’abord la volonté de l’Église de mieux former ses pasteurs, afin qu’ils soient mieux outillés pour accompagner, mais aussi transformer les humains et la société : la première filière ouverte a été la faculté de théologie. Puis, pour lutter contre l’un des maux majeurs du pays qui est la corruption, l’Église a ouvert une faculté de droit. Ensuite, comme le Congo est un pays très riche, mais dont la population est très pauvre et où beaucoup meurent de faim, a été créée une faculté d’agronomie, à laquelle est venue s’ajouter celle d’économie. Et comme le monde aujourd’hui est globalisé, qu’il faut pouvoir s’y adapter, l’UPRECO s’est dotée d’une faculté d’informatique.

Dans notre université, nous avons la Bible dans notre main droite, et la science dans notre main gauche. Tous nos étudiants doivent être de vrais témoins de Christ. Et la qualité de notre travail et de nos enseignements est appréciée. Notre université est aujourd’hui très reconnue à travers le pays. À titre d’exemple, lors du concours annuel de juristes qui est organisé en RDC, les cinq premières places sont régulièrement occupées par des étudiants de l’UPRECO. Ceux qui sont issus de chez nous occupent souvent des postes de responsabilité.

Mais l’UPRECO ne se finance qu’avec les frais d’inscription des étudiants ; or beaucoup proviennent de familles pauvres, et ne sont pas en mesure de payer. De ce fait, les professeurs eux-mêmes ne peuvent souvent pas être payés. Mais nous faisons des sacrifices, et nous nous donnons beaucoup dans notre travail, parce que c’est l’œuvre du Seigneur. Les paroisses voisines de l’Église presbytérienne au Congo nous soutiennent régulièrement par des contributions ponctuelles, que ce soit en argent, en nourriture ou en vêtements : elles sont conscientes de l’importance d’avoir des pasteurs bien formés pour assurer un bon encadrement spirituel des fidèles, des juristes de qualité, des agronomes, des économistes, des informaticiens, tous capables d’aider à changer le pays et ayant un bon témoignage chrétien – ce qui implique entre autres qu’ils soient capables de résister à la corruption… Il y a beaucoup de ces paroisses qui soutiennent ainsi l’UPRECO, conscientes de l’importance de cette université, pour qu’elle continue à fonctionner et qu’elle ne ferme pas.

Quelles sont les relations de cette université fondée par l’Église presbytérienne au Congo avec les Églises de France ?

Simon Kabue Mbala : Nous avons des échanges réguliers avec les Églises protestantes de France, via le Défap. Divers invités venus de France sont passés à l’UPRECO, soit pour y enseigner dans notre faculté de théologie, soit pour des projets communs : je pense notamment à la bibliste Christine Prieto, à Olivier Abel, professeur à l’Institut Protestant de Théologie, au pasteur et docteur en théologie Marc-Frédéric Müller ; à l’ancien directeur de l’Institut Al Mowafaqa, Bernard Coyault, au pasteur Antoine Nouis, au pasteur et théologien Philippe Kabongo M’Baya ; mais aussi à Joann Charass et Claire-Lise Lombard, venues soutenir notre bibliothèque à travers la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone, ainsi qu’à Jacqueline Gascuel, conservateur des bibliothèques et figure marquante du secteur du livre en France… Tous ces échanges, outre les enseignements qui sont dispensés ou le soutien concret qui nous est apporté, nous encouragent beaucoup, et nous souhaitons qu’ils se poursuivent.

Un des bâtiments de l’UPRECO équipé de panneaux photovoltaïque – projet soutenu par le Défap © Défap

Comment a été perçue votre intervention dans les paroisses de France où vous avez été invité ?

Simon Kabue Mbala : Que ce soit à la paroisse d’Aix-en-Provence, où j’ai été accueilli par le pasteur Gil Daudet et par un public qui devait avoisiner les 500 personnes, ou à la paroisse de l’Annonciation, que j’ai visitée plus récemment, j’ai été frappé par la manière dont ma présentation de l’UPRECO a été reçue par le public. Beaucoup ont manifesté la volonté d’aider. Ce qui les a le plus frappés, je crois, c’est tout ce qui tourne autour du statut de la femme. Autrefois exploitée, elle ne pouvait aller à l’école et devait se cantonner aux travaux domestiques ou des champs ; or dans notre université, nous encourageons l’éducation des jeunes femmes pour qu’elles puissent acquérir des responsabilités. Cette question du statut de la femme est étroitement liée à celle de la pauvreté, avec l’idée qu’une amélioration du niveau d’étude féminin permettrait d’aider la population à améliorer son sort. Le Défap soutient d’ailleurs le financement de bourses pour un certain nombre de nos étudiantes. Les résultats sont déjà éloquents : parmi les jeunes filles qui ont étudié à l’UPRECO, certaines travaillent aujourd’hui dans des écoles, des organismes publics, et leur travail y est apprécié. Certaines dirigent même des paroisses.

Quels sont les besoins actuels de votre université ?

Simon Kabue Mbala : Il y a des besoins matériels : équiper la bibliothèque, en matériel informatique comme en ouvrages récents, et former son personnel ; poursuivre l’installation de cellules photovoltaïques pour électrifier les bâtiments (les bâtiments administratifs ont été équipés avec le soutien du Défap) ; soutenir les enseignants qui n’ont pas de salaire… Mais au-delà, il nous faut penser à la relève. Nous avons besoin d’enseignants formés au niveau doctorat, qui puissent revenir enseigner chez nous. Pour l’instant, nous ne pouvons former nos étudiants que jusqu’au niveau master. Pour qu’ils aient un doctorat, la seule solution actuellement serait qu’ils aillent dans une autre université, par exemple à l’UPC, à Kinshasa (autre partenaire du Défap en RDC) ; et pour cela, il leur faudrait des bourses. Dans ce domaine aussi, qui est crucial pour l’avenir de l’UPRECO, les Églises de France peuvent nous aider.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Rencontre missionnaire à Paris

Les équipes du Défap, de la Cevaa et de DM – échange et mission, équivalent du Défap pour la Suisse romande, se sont retrouvées début mai à Paris pour évoquer les chantiers sur lesquelles les trois organismes travaillent ensemble, leurs évolutions en cours, leurs stratégies, leurs réflexions. De telles rencontres, qui ont lieu régulièrement, illustrent les relations tissées entre des organismes missionnaires qui peuvent intervenir dans les mêmes pays, travailler avec les mêmes Églises, sur les mêmes chantiers, et qui peuvent être aussi confrontés à des problématiques ou des interrogations comparables.

La galaxie missionnaire, si elle apparaît parfois dans un certain flou vue depuis les paroisses locales, n’est pas composée d’astres éloignés et sans relations les uns avec les autres. Quelles que soient les différences dans les domaines d’intervention, les lieux d’implantation géographique ou les conceptions théologiques, les divers organismes sont confrontés aux mêmes problématiques, aux mêmes évolutions du monde, aux mêmes questionnements, ce qui les amène à se rapprocher. Il peut s’agir de relations établies de longue date comme de coopérations ponctuelles qui se tissent sur le terrain pour faire avancer un projet ; elles peuvent être très concrètes et d’ordre pratique…. Elles peuvent encore se présenter comme des rencontres formelles destinées à se donner des nouvelles.

C’était le cas de la réunion organisée à Paris les 2 et 3 mai 2019, qui réunissait les équipes du Défap, de son équivalent pour la Suisse romande DM – échange et mission, et de la Cevaa. Entre ces trois organismes, les relations sont régulières : créés à la même période (DM – échange et mission n’a précédé que de quelques années le Défap et la Cevaa, nés tous deux de la Société des Missions Évangéliques de Paris en 1971), ils ont en commun beaucoup de relations d’Églises ; ils collaborent notamment au niveau des envoyés (une « session retour commune » a d’ailleurs été organisée il y a quelques mois), des passerelles existent aussi au niveau de la formation théologique et ils ont en commun certains partenaires comme le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale) ou la CLCF (Centrale de Littérature Chrétienne Francophone)… Et de manière tout aussi régulière, chaque année, des rencontres organisées tantôt par l’un, tantôt par l’autre permettent aux équipes des trois organismes de faire le point sur leurs priorités, leurs réflexions et leurs chantiers du moment.

La «refondation» du Défap et le «nouveau» DM

Parmi ces chantiers, certains sont d’ampleur et touchent à l’identité même des organismes concernés. Depuis un peu plus d’un an, le Défap a lancé un important travail sur sa refondation, à la suite de l’appel de son président, Joël Dautheville, lors de l’AG 2018 ; cette thématique était encore au menu de l’AG 2019, qui a permis de faire le point sur ce qui a été fait en un an (mise en place d’un comité de pilotage, production de textes, réorganisation de l’équipe, nouveau partage des compétences…) et ce qui se prépare (forum et colloque sur la mission prévus au cours des prochains mois). De son côté, DM – échange et mission a entamé sa mue à l’issue de son «colloque missionnaire» (équivalent d’une Assemblée Générale) de novembre 2018, et il est déjà lancé dans un travail qui mobilise beaucoup d’énergies. Trois thématiques étant privilégiées : éducation, formation théologique et développement rural. Une partie de la réunion a donc tourné autour de ces travaux en cours au Défap et à DM – échange et mission, qui interrogent les modèles de la mission, tout comme ils impactent la place et le rôle des envoyés partant à l’étranger, ou encore les ressources financières. L’équipe de la Cevaa a souligné pour sa part qu’une telle réflexion avait déjà été menée à l’occasion de ses 40 ans et qu’elle avait servi de fil rouge à son Assemblée Générale 2012 ; elle avait alors été menée à base de questionnaires, de rencontres, de travaux en équipes au niveau des Églises, afin de déterminer quelle Communauté voulaient les Églises membres.

La rencontre a également permis de faire le point sur les activités à travers lesquelles coopèrent les trois organismes. En matière de formation théologique, l’un des temps forts de l’année écoulée a été le stage CPLR organisé au Togo, réunissant des pasteurs français et togolais. En ce qui concerne les envoyés, un bilan a été tiré de la «session retour commune» organisée en Suisse, à Longirod, pendant trois jours, du 30 novembre au 2 décembre 2018. Une expérience qui pourrait être renouvelée tous les 3 à 5 ans, et qui a permis par ailleurs d’établir des synergies au niveau des moyens de communication. Et précisément, en matière de communication, le Défap et la Cevaa, qui mutualisent leurs moyens dans ce domaine, ont convenu d’évaluer le cadre actuel de leur coopération.




Septième synode national pour l’Église protestante unie de France

Le Synode national de l’EPUdF se tiendra du 30 mai au 2 juin 2019 à Grenoble. Le thème de cette session est : Vivre ensemble, la révision des textes de références. Toutes les paroisses sont invitées à prier pour le Synode. Restez connectés avec le message d’ouverture de la présidente en direct sur Facebook, des vidéos chaque jour, les décisions et des vœux, des reportage photos et la revue de presse…
La bannière d’annonce du synode national 2019 sur le site de l’EPUdF © EPUdF

 

Six ans après la création de l’Église protestante unie de France, le pasteur Christian Galtier, modérateur de cette session synodale, accueillera les 220 délégués venant des neuf Régions et des invités de France et d’Europe. Il conduira leurs travaux, nourris par les divers rapports de l’Église, les réflexions en cours, ses projets et ses finances.

Le thème principal du Synode est : Vivre ensemble. Il s’agit de revoir les textes qui régissent la vie de l’Église afin de les amender.

Cette révision est un travail minutieux que les Églises locales et les synodes régionaux ont mené durant l’année 2018. La modification de la Constitution est un geste ordinaire de notre vie d’Église dans les règles qu’elle se donne pour sa gouvernance.

L’Église n’est pas un organisme figé, mais bien vivant. Cette révision portera sur une simplification des règles administratives et disciplinaires, la création d’un congé sabbatique pour les pasteurs et l’insertion de la nouvelle Déclaration de foi dans la Constitution de l’Église.

La pasteure Nicole Fabre assurera l’aumônerie du Synode. Le culte de clôture dimanche à 11h00 au Centre oecuménique Saint-Marc accueillera huit nouveaux pasteurs, récemment ordonnés dans leur ministère.




L’Église protestante unie de Lezay au cœur de l’Église verte

Nous poursuivons notre série de portraits de paroisses sur le site du Défap, avec un passage par Lezay : engagée, depuis le printemps 2018, dans la démarche Église verte et solidaire, l’Église protestante unie de Lezay, située dans les Deux-Sèvres, figure parmi les toutes premières à avoir relevé le défi. Il est vrai que ce bastion protestant, dont les origines huguenotes remontent au 16ème siècle, n’en est pas à son premier défi. Une Église de Lezay qui avait très chaleureusement accueilli le Synode National en 2018. Cette série est proposée par Marie Piat, en partenariat avec Regards Protestants.

Temple de l’Église Protestante Unie de Lezay © Marie Piat

 

Lancé en 2017, le très œcuménique label Eglise verte rassemble les Églises catholiques, orthodoxes et protestantes autour de l’épineux problème de l’écologie. A ce jour, quelque 160 communautés sont labellisées, dont environ 30% d’Églises protestantes. Parmi celles-ci, l’Église Protestante Unie de Lezay qui peut s’enorgueillir d’avoir déjà atteint le niveau « Figuier », soit l’avant dernière étape du parcours qui requiert 50 à 75% de réponses adéquates. De fait, cela fait maintenant un an que cette Église, bientôt réunie avec les paroisses de La Mothe-Saint-Héray (Deux-Sèvres) et de Lusignan (Vienne) pour devenir l’Ensemble du Poitou Rural Protestant, s’est lancée dans la conquête du label Église verte (2). Comment s’y prendre ? « La démarche doit être menée progressivement étape par étape en commençant tout d’abord par constituer une équipe pour mener à bien le projet », répond Francine Villeneuve, présidente du conseil presbytéral de la paroisse de Lezay. Puis il faut inscrire la paroisse en répondant à l’éco-diagnostic (sur le site), et en s’engageant sur un minimum de deux ou trois aspects. Ces premières étapes permettent d’atteindre rapidement les deux premiers niveaux, à savoir « Graine de Sénevé » et « Lis des champs. »

Aménagement du territoire

Pour aller plus loin :

 

C’est dans cette perspective que les quelque 300 foyers de la paroisse de Lezay ont décidé d’accentuer le temps de prière communautaire axé sur le respect de la création pendant les cultes. De prendre part à des événements chrétiens consacrés au développement durable. Enfin, d’encourager les membres de l’Église, via notamment le journal paroissial, à promouvoir la consommation locale, biologique et le commerce équitable. « Le niveau du Figuier n’est pas si difficile à atteindre, minimise avec modestie Bertrand Marchand, pasteur de l’Ensemble du Poitou Rural Protestant depuis 2015. Cela fait maintenant plus de cinq ans que nous évoquons le respect de la création, de la nature, dans la catéchèse et lors des cultes. Par ailleurs, les repas paroissiaux proviennent quasi intégralement des jardins locaux. Pour les bâtiments, nous avons fait isoler le presbytère et nous n’utilisons plus de pesticides. Mais nous avons encore beaucoup à faire. »

Temple de l’Église Protestante Unie de Lezay © Marie Piat

 

La création de l’Ensemble du Poitou Rural Protestant, qui réunira quelque 600 foyers, devrait permettre d’avancer encore dans cette démarche écologique, d’autant que la région pratique depuis longtemps l’agriculture raisonnée. Le 24 mars dernier, les assemblées générales des paroisses de Lezay, de La Mothe-Saint-Héray et de Lusignan se sont déroulées dans un même temps et dans un lieu unique. « Les votes étaient, cependant, dissociés, précise Bertrand Marchand. Mais en 2020, les trois assemblées générales seront suivies d’une seule assemblée constituante entérinant le regroupement des associations cultuelles. » Le fonctionnement est, du reste, d’ores et déjà commun pour un certain nombre d’activités. A commencer par les cultes. Un ou deux cultes sont organisés chaque week-end en fonction d’une rotation autour des treize temples, même si le Poitou Rural Protestant compte des lieux de cultes principaux, dont Lezay, Saint-Sauvant et Exoudun. Les autres temples étant utilisés plus ponctuellement en fonction de la saison. Par ailleurs, la catéchèse, les études bibliques, les groupes de maison, les cultes de maison et le covoiturage ont déjà fusionné. L’Ensemble compte, en principe, deux postes pastoraux. Le deuxième poste étant vacant, Bertrand Marchand est épaulé par Madame Christiane Hervaud, chargée de mission régionale rémunérée. Christiane Hervaud est associée à toutes les activités de l’église, des cultes aux actes pastoraux, de l’animation biblique aux visites de personnes. Un premier poste de ce type en France pour remédier à la vacance pastorale. Pour l’heure, une expérience unique, menée par l’Eglise Protestante Unie de France en région Ouest, qui sera peut-être étendue à d’autres régions dans les années qui viennent.

Marie Piat,
Regards sur les paroisses,
22 avril 2019

 

 

Ensemble du Poitou Rural Protestant/EPUdF de Lezay : 18, rue du Temple – 79120 Lezay
05 49 29 40 46



Le Secaar : une aventure qui dure depuis 30 ans

Le Défap était présent à Lomé (Togo) du 24 au 30 mars pour le Conseil d’Orientation et de Suivi du Secaar. Un rendez-vous également marqué par la commémoration des 30 ans de cette organisation atypique au service du développement holistique, qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe.

Le nouveau bureau du Secaar

Loin d’une course au développement à tout crin, le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays, cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi). Il a été fondé en 1988 au Bénin, avant d’être officiellement constitué en association internationale en 1994 à Yaoundé, au Cameroun ; et le Défap en est un des membres fondateurs. Son siège se trouve aujourd’hui à Lausanne, en Suisse, et le secrétariat exécutif à Lomé, au Togo.

En ce mois de mars 2019, du 24 au 30, les 22 délégués des 19 différentes organisations membres, dont le Défap, se sont réunis à Lomé à l’occasion du Conseil d’Orientation et de Suivi (COS) du Secaar : une réunion qui a lieu deux fois par an, et qui fait office d’Assemblée générale du Réseau. Figurait notamment à l’ordre du jour l’élection d’un nouveau bureau, pour un mandat de deux ans : après six années à la présidence du réseau, Jean-Blaise Kenmogne a été remplacé par Roger Agbakli de l’ONG BUPDOS (Bénin). Roger Zürcher (Suisse), Francis Gueye (Sénégal) et Blanche Djou (Cameroun) ont été respectivement reconduits à leurs postes de vice-président, trésorier général et membre. Ces rencontres sont également l’occasion de faire le point sur des démarches particulières réunissant divers acteurs du réseau : François Fouchier, qui avec Laura Casorio représentait le Défap à ce Conseil d’Orientation et de Suivi, a ainsi évoqué le cas de la démarche «Église verte» en France.

«Ce qui n’est calculable ni mesurable, c’est-à-dire la vie, la souffrance, la joie, l’amour»

Mais ce COS de mars 2019 a été aussi marqué par les commémorations des trente ans du Secaar, avec une journée portes ouvertes pour permettre de présenter les partenaires ; un événement qui a donné lieu à une édition spéciale du bulletin de nouvelles du Secaar, Partage, avec un retour sur ces trois décennies d’aventure du réseau depuis ses origines. Trente ans d’engagements pour le droit à la terre, le droit des femmes, pour aider les communautés à faire face aux changements climatiques… Jean-Blaise Kenmogne, président sortant du Secaar, est ainsi revenu à travers un article sur le concept de «développement holistique» : «S’il est un rêve qui habite tous les pays du monde, c’est assurément celui de se développer. Très souvent appréhendé comme un processus d’amélioration des conditions matérielles de l’existence, le développement postule une production et une consommation des biens et des services toujours plus élevées (…) Une telle pratique, si elle a le mérite d’être quantifiable, ne peut générer à elle toute seule l’idéal souhaité par une société. Elle ignore ce qui n’est calculable ni mesurable, c’est-à-dire la vie, la souffrance, la joie, l’amour et sa seule mesure de satisfaction est dans la croissance.» L’un de ses prédécesseurs, Jean-François Faba, a fait l’éloge de cette pensée à contre-courant des vents dominants du développement : «Dans la tradition protestante française, nous avons le verbe «résister» inscrit dans la pierre d’une prison pour femmes. Ces dernières étaient accusées d’appartenir à la religion prétendue réformée. Ce verbe met en action toute une série de paroles et de gestes qui envisagent un avenir possible au-delà de la sombre réalité du temps présent. Pendant quelques années j’ai pu, au sein du bureau du Secaar, vivre cette résistance dans un réseau d’hommes et de femmes dont la volonté de dépasser le poids des contraintes subies m’apparaissait comme les prémices d’une libération sociale et économique.»

Cette commémoration des trente ans du Secaar a aussi donné l’occasion de revenir sur la «capitalisation d’expériences», un processus permettant de valoriser tous les acquis et enseignements des diverses actions entreprises par le Secaar, de manière à pouvoir en partager les fruits : ce qui se fait déjà à travers des fiches disponibles sur le site de l’organisation, des vidéos, des témoignages, mais pourrait prendre aussi dans le futur la forme de sessions de formation, comme Simplice Agbavon, secrétaire exécutif du Secaar, en exprime l’espoir.

Retrouvez ci-dessous quelques témoignages en vidéo illustrant la diversité des actions et des partenariats du Secaar :

 

 

 

Car cette thématique de la formation est devenue au fil des années l’une des spécialités et l’une des marques de fabrique du Secaar. Au-delà de son soutien aux ONG ou Églises membres, il cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens. Des actions pour lesquelles il travaille en collaboration régulière avec le Défap et son homologue suisse, DM-échange et mission : le Défap a, par exemple, envoyé la bibliste Christine Prieto pour travailler sur un cycle de formations bibliques, qui a abouti à l ‘édition d’un ouvrage conçu pour aider des groupes à réfléchir sur la question du développement dans une perspective biblique. DM fournit pour sa part un appui à la communication du Secaar, à laquelle travaille actuellement une envoyée venue de Suisse, Marion Delannoy ; par le passé, cette mission a pu être assurée par des envoyés du Défap et de DM-échange et mission.

Retrouvez ci-dessous quelques images de ce Conseil d’Orientation et de Suivi du Secaar :




N’oublions pas les chrétiens d’Orient !

L’audition ce mercredi au Sénat du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur la situation des chrétiens d’Orient et des minorités au Moyen-Orient, intervient deux mois après la remise, le 3 janvier à l’Élysée, d’un rapport commandé par Emmanuel Macron sur ce même thème. Un signe de plus d’une volonté de s’engager en faveur des chrétiens d’Orient. Depuis longtemps, des organismes entretiennent des liens entre communautés chrétiennes en France et en Égypte, en Syrie, au Liban… C’est notamment le cas de l’Action Chrétienne en Orient, proche partenaire du Défap.

Photo d’ouverture : cette fillette fait partie d’une famille chrétienne qui a dû fuir la Syrie vers le Liban – octobre 2015 © Albert Huber, président d’ACO

 

Ce mercredi 6 mars 2019, à partir de 17h30, les sénateurs de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées entendent Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, sur la situation des chrétiens d’Orient et des minorités au Moyen-Orient, en commun avec le groupe de liaison, de réflexion, de vigilance et de solidarité avec les chrétiens, les minorités au Moyen-Orient et les Kurdes. Un signe de plus d’une volonté politique affichée de venir en aide aux chrétiens d’Orient… Cette audition intervient deux mois après la remise, le 3 janvier à l’Élysée, d’un rapport commandé par Emmanuel Macron. L’objectif assigné par le chef de l’État était clair : «Renforcer l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région.» L’auteur de ce rapport, Charles Personnaz, magistrat à la Cour des comptes, indiquait alors au cours d’un entretien sa conviction que si les populations chrétiennes devaient disparaître de ces régions du monde, «le Moyen-Orient se retrouverait sans doute dans des situations de conflit pires qu’aujourd’hui.»

À plusieurs reprises avant cela, le chef de l’État avait déjà insisté sur la vocation protectrice de la France à l’égard des chrétiens d’Orient. À l’Institut du monde arabe, il déclarait ainsi le 25 septembre 2017 : «Je veux dire aux chrétiens d’Orient que la France est à leurs côtés, que notre priorité sera bien la défense de leur histoire.» Et aux Bernardins, le 9 avril 2018 : «Nous avons hérité historiquement du devoir de les protéger.»

«Les chrétiens d’Orient, facteurs de dialogue et de paix»

Pour aller plus loin :

Chaque année, l’ACO publie un magazine, Le Levant, dont vous pouvez découvrir les derniers numéros ici :

Le conflit syrien et, plus encore, l’apparition de Daech ont poussé beaucoup de Français, chrétiens ou non, à une prise de conscience à partir de l’année 2014 du sort des chrétiens d’Orient. En témoigne le succès de l’exposition Chrétiens d’Orient : deux mille ans d’histoire organisée à Paris par l’Institut du monde arabe, avec près de deux cent mille visiteurs. Bien sûr, il existe déjà des liens entre communautés chrétiennes entre l’Europe et le Moyen-Orient : la plus importante étant, côté catholique, l’Œuvre d’Orient, qui était d’ailleurs partenaire de l’exposition à l’Institut du monde arabe. Il existe aussi des relations côté protestant : l’ACO (Action Chrétienne en Orient), partenaire direct du Défap, en est le meilleur exemple.

L’ACO a été créée en 1922 par le pasteur Paul Berron. Témoin direct du génocide arménien au XXème siècle et du calvaire des survivants, il a vécu au Moyen-Orient entre 1915 et 1918. Aujourd’hui, en Égypte, en Syrie, au Liban mais aussi en Europe, l’ACO travaille au développement et au renforcement des communautés chrétiennes, ainsi qu’au défi que représente la cohabitation entre chrétiens et musulmans. L’ACO apporte un soutien financier, parfois en envoyant des personnes, organise des rencontres, fait un travail d’information. L’ACO collabore de manière quasi quotidienne avec le Défap, notamment pour l’envoi des volontaires en Égypte, au Liban… Depuis l’origine, elle a popur directeurs des pasteurs de l’UEPAL, Église membre du Défap qui lui apporte un soutien déterminant. L’EPUdF reconnaît aussi l’action de l’ACO, et la Fédération Protestante la considère comme son «expert» pour le Moyen Orient.

Présents depuis l’origine du christianisme, les chrétiens d’Orient ont été souvent victimes de discriminations et de violences, mais ils représentent encore aujourd’hui des communautés vivantes et dont la présence aide au vivre ensemble. Comme le soulignait le 13 mars 2018, dans une question au gouvernement, Gwendal Rouillard, deputé LREM du Morbihan et co-président à l’Assemblée du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient, ces derniers «représentent hier comme aujourd’hui un facteur de dialogue et de paix. Par exemple, je rappelle qu’au Liban, il existe des villages chrétiens/sunnites et chrétiens/chiites mais qu’il n’existe aucun village sunnites/chiites. Pour nous, les chrétiens doivent continuer à jouer ce rôle de médiateur au nom de la diversité culturelle.» Or au début du XXème siècle, au Moyen-Orient, un habitant sur quatre était chrétien ; ils ne sont plus désormais que 11 millions parmi 320 millions de musulmans (soit un sur 30), partout minoritaires et contraints de chercher la protection des pouvoirs en place pour continuer à exister.




Carême protestant : six rencontres avec Jésus

Chaque dimanche sur France Culture, du 10 mars au 14 avril 2019, de 16h à 16h30, partagez les expériences de Pierre, Marie-Madeleine, Thomas, Nicodème… touchés et transformés dans leur vie par une rencontre : celle de Jésus. Ces conférences diffusées dans le cadre de l’émission «Carême Protestant» seront assurées par le pasteur Bruno Gaudelet, de l’Église Protestante Unie de France de Neuilly-sur-Seine.

Illustration pour Carême Protestant © EPUdF

 

Carême et protestantisme semblent ne pas vraiment aller ensemble, si on l’envisage de manière stricte et sous la forme d’un jeûne, et associer les deux termes comme le fait Carême protestant dans une série de conférences diffusées chaque année sur France Culture ne peut qu’impliquer une pratique bien différente.

Le Carême ne fait pas partie de l’histoire protestante, ni de sa pensée. Les Réformateurs ne l’ont pas pris en considération et le terme est absent de l’encyclopédie du protestantisme. C’est ce que montre le fait d’avoir plaqué l’imitation des quarante jours de jeûne de Jésus au désert du début de son ministère (Matthieu 4.2) sur une même période avant l’anniversaire de sa mort et de n’avoir pas intégré les dimanches qui célèbrent la résurrection. Les conférences de carême inaugurées par le pasteur Boegner en 1928 à la radio qui s’appellent depuis 1981 «Carême Protestant» montrent la démarche des protestant pour s’approprier cette période. C’est un temps de réflexion assidue pour mieux accueillir en soi le paradoxe que représente le Salut apporté par celui qui meurt sur une croix et qui manifeste la justification par Dieu de tous ceux qui croient, s’en remettent à Dieu pour donner du sens à leur vie.

Cheminer avec six personnages touchés dans leur existence…

Ces émissions sont donc en soi un indice, une manifestation du fait que depuis des années, les protestants retrouvent l’utilité de ce temps précédant Pâques. Il n’existe, bien entendu, aucune règle institutionnelle en la matière. Mais le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien…

L’histoire de Carême protestant

1928
Le Pasteur Boegner présente sa première conférence dans sa paroisse de l’Annonciation. Il sera suivi par bien d’autres pasteurs. Pendant l’occupation, le Pasteur Boegner se battra avec la censure allemande pour que ses conférences soient retransmises par la radio. Il gagnera. Les retransmissions n’avaient pas le retentissement qu’elles ont actuellement ; les postes de radio n’étaient pas aussi nombreux.

1981
Le titre de « Carême protestant » apparaît pour la première fois – une trouvaille qui va faire une percée fulgurante dans tous les milieux et qui est maintenant déposée comme une marque. Peu à peu, le cercle des auditeurs de toutes confessions s’agrandit et comprend 25% de catholiques intéressés par la pensée protestante. Les conférences sont éditées en brochures, en cassettes audio et en CD qui connaissent un bon succès. « Carême protestant » fait partie des émissions satellites de France Culture qui couvrent l’Europe et le bassin méditerranéen, jusqu’en Égypte.

Depuis 1997
« Carême protestant » a son propre site internet, et les prédications sont proposées en intégralité aussitôt après Pâques.

Cette année, les conférences diffusées dans le cadre de «Carême Protestant» seront assurées par le pasteur Bruno Gaudelet, de l’Église Protestante Unie de France de Neuilly-sur-Seine. Du 10 mars au 14 avril 2019, chaque dimanche sur France Culture, de 16h à 16h30, vous pourrez, à travers ces émissions, cheminer avec six personnages touchés dans leur existence par leur rencontre avec Jésus. Solidement étayées par l’exégèse biblique, ces relectures narratives, de facture théâtrale, nous feront partager les remises en cause intérieures de ces premiers témoins selon leur ancrage social et théologique.

En chemin vers Pâques, que ces conférences vous donnent d’entrer dans l’espérance ! À écouter dès dimanche et jusqu’à début avril sur France Culture (rediffusion sur Fréquence Protestante le lundi suivant à 21h30, ou en podcast sur le site de France Culture) :

Six figures narratives pour dire et entendre autrement l’Évangile

  • 10 mars : LE TÉMOIGNAGE DE PIERRE

Apprendre à se pardonner soi-même
Luc 5.1-11, Marc 8.27-33, Matthieu 26. 69-75, Jean 21.14-25

  • 17 mars : LE TÉMOIGNAGE DE MARIE-MADELEINE

La Bonne Nouvelle qui relève
Luc 8.1-3, Jean 20.1-18

  • 24 mars : LE TÉMOIGNAGE DE THOMAS

Croire au-delà du voir
Jean 11.16, 14.1-14 et 20.24-31

  • 31 mars : LE TÉMOIGNAGE DE NICODÈME

Il faut naître de nouveau
Jean 3.1-12 et 19.38-42

  • 7 avril : LE TÉMOIGNAGE DE PAUL

De la haine à l’amour
Actes 9.1-22, 1 Corinthiens 15.1-11, 2 Corinthiens 11.18-32, Galates 1.11-24

  • 14 avril : LE TÉMOIGNAGE DE JÉSUS

Père me voici !
Matthieu 26.36-46, Marc 14.32-42, Luc 22.39-46

 




Alternative Théologie 2019

L’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse vous donnent rendez-vous pour un camp du 25 au 30 août 2019 à Paris. Un rendez-vous destiné aux 18-30 ans, entre réflexion biblique, partage et visites. Réservez votre place et découvrez les partenaires de ce projet fait pour vous !

Alternative Théologie ? Qu’est ce que c’est ?


Alternative parce que dans la dynamique du Grand KIFF 2020, l’Église te propose un espace pour discuter, partager, penser. Théologie parce que parler de Dieu, de sa foi, de ses questions, c’est à la portée de toutes et de tous.

Pas besoin d’être expert ou rat de bibliothèque.
Viens avec ta vie, puisque c’est là que Dieu te rencontre  !

Le premier camp du 25 au 30 août 2019 à Paris


L’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse te donnent rendez-vous pour un camp du 25 au 30 août 2019 à Paris.

Quelques jours pour vivre la théologie et découvrir la liberté que Dieu te donne ! Du temps pour se ressourcer, interroger ses certitudes, poser des questions, entrer en dialogue, chanter, découvrir Paris… Viens croiser ta liberté avec celles des autres.

Être interpellé par des théologiens, des philosophes. Être à l’écoute de l’actualité. S’écouter soi-même et écouter les autres. Que dire et faire de la liberté, la mienne, celle des autres ? Être libre ou ne pas être libre … c’est la question. Liberté, quand tu nous tiens ?

Tu veux en parler autour de toi ? Télécharge l’affiche !
Tu en veux plus ? Télécharge le flyer !

 

Réserve ta place dès aujourd’hui !

Suivez les partenaires de ce projet sur Facebook et sur leur site web !

 

    

 




La Nouvelle-Calédonie à l’honneur

Cette semaine, plusieurs représentants des Églises de Nouvelle-Calédonie étaient en visite en France. À cette occasion, le professeur Frédéric Rognon a animé le jeudi 31 janvier, à la Maison du protestantisme, à Paris, une conférence-débat sur le thème : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum : quels défis pour les Églises ?»

Les délégués des Églises calédoniennes, en visite en France, faisant la coutume à l’AG de la Fédération Protestante de France, 26 janvier 2019 © Défap

 

Les invités sont arrivés au Défap, où ils étaient hébergés, quelques jours avant les premières rencontres à la Maison du protestantisme, au 47 rue de Clichy, dans le neuvième arrondissement : une délégation des Églises de Nouvelle-Calédonie, présente à Paris à l’invitation de la Fédération Protestante de France (FPF), qui tenait son Assemblée Générale. Cette délégation comprenait le pasteur Var Kaemo, président de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) et son épouse la pasteure Marie-Claire Kaemo, directrice du Centre de Formation Pastorale et Théologique de Béthanie ; le pasteur Yvon Dea, président des Assemblées de Dieu de Nouvelle-Calédonie ; le pasteur et aumônier Marc Perrin, Assemblées de Dieu de Nouvelle-Calédonie ; le pasteur André Beinon, président de l’Église évangélique libre de Nouvelle-Calédonie.

Les membres de cette délégation étaient également invités à la conférence-débat animée le jeudi 31 janvier par le professeur Frédéric Rognon, sur le thème : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum : quels défis pour les Églises ?». Car dans cette terre loin de la métropole et de sa conception de la laïcité, la religion a un rôle crucial à jouer. Selon ce mot de l’ancien Haut-Commissaire Vincent Bouvier : «Ce sont des hommes d’Église qui ont permis, souvent en désaccord avec les autorités de l’époque, de poser un regard différent sur l’identité Kanak. La religion a un rôle majeur à jouer dans la gestion des tensions et le maintien du dialogue.» Et de Maurice Leenhardt jusqu’à Jacques Stewart, les protestants de métropole et ceux de Nouvelle-Calédonie entretiennent depuis longtemps des relations singulières. Ce qu’avait rappelé François Clavairoly, le président de la FPF, en évoquant «l’histoire partagée du protestantisme kanak et du protestantisme anglais puis français» à la suite de sa visite dans l’île en mai 2018 en compagnie d’Emmanuel Macron, à quelques mois du référendum d’autodétermination qui s’est déroulé en novembre, et a vu la victoire, attendue mais moins nette que ne le prédisaient les sondages, du maintien dans la France.

Coutume et multiculturalisme

Pour aller plus loin :

Si ce rendez-vous électoral s’est passé sans explosion, les principaux problèmes de la société calédonienne demeurent. Une société qui reste très inégalitaire, avec une grande différence entre les îles et la grande ville, Nouméa : d’un côté, un mode de vie qui reste traditionnel, avec une forte intégration sociale et familiale, et de l’autre, une société devenue multiculturelle, ouverte sur des influences très diverses, avec des modes de vie très différents, une croissance forte d’Églises évangéliques d’implantation récente…

Depuis l’accord de Nouméa, les Kanak disposent d’un statut civil particulier, formalisé par l’article 75 de la Constitution, appelé «statut coutumier», et ne sont pas soumis au code civil. La coutume régit tous les aspects de la vie des Kanak, avec ses offrandes et ses rites qui rythment toutes les étapes de l’existence, naissance, mariage, deuil, alliance et pardon entre clans : ces règles «définissent les devoirs et les obligations vis-à-vis de la communauté, mais aussi le lien à la terre et au sacré», comme le souligne Emmanuel Tjibaou, fils de Jean-Marie Tjibaou et directeur du centre culturel Tjibaou à Nouméa. Mais les Kanak sont aujourd’hui minoritaires, ce que montrent bien les chiffres du dernier recensement : en 2014, 39,05% des habitants se sont déclarés Kanak, 27,2% européens, 33,75% (soit plus du tiers) se réclamant d’autres communautés, notamment vietnamienne ou indonésienne. Un cosmopolitisme que reflète la ville de Nouméa. Entre ces deux images très contrastées de la Nouvelle-Calédonie, les jeunes – et en particulier les jeunes Kanak – peinent à trouver une place. Certains rejettent le modèle traditionnel et le poids de la coutume pour rejoindre Nouméa. Mais la ville est aussi le lieu où les inégalités s’affichent de la manière la plus flagrante : «il y a là-bas environ 10.000 personnes qui vivent dans des squats», souligne Tünde Lamboley, responsable du suivi des relations avec la Nouvelle-Calédonie au sein du Défap.

Place des Églises et de la coutume, suites du référendum d’autodétermination et invention d’un «destin commun» en Nouvelle-Calédonie, relations avec la métropole : une table ronde animée par Didier Crouzet, secrétaire général de l’EPUdF, a réuni le 26 janvier au 47 rue de Clichy, à la Maison du protestantisme, les pasteurs Var et Marie-Claire Kaemo, le pasteur André Beinon et les pasteurs Yvon Dea et Marc Perrin, hôtes d’honneur de l’assemblée générale de la FPF.

 

Toujours à l’occasion de cette visite de la délégation des Églises de Nouvelle-Calédonie, Place des protestants, le programme de Présence protestante diffusé le dimanche 10 février, sera consacré au protestantisme dans l’île.




«Être pleinement là où Dieu nous a placés»

Une vingtaine d’étudiants de l’Institut Protestant de Théologie ont participé le mardi 22 janvier au «déjeuner-culte» organisé au Défap – des rendez-vous lancés en février dernier pour rapprocher le Défap et l’IPT, et qui ont désormais leurs habitués. Au menu : repas, chants, méditation et échanges sur un texte biblique. Les échanges ont tourné autour de la figure de Joseph, et de la condition des minorités. Avec des résonances très actuelles, dans un contexte de mondialisation qui voit les sociétés, et les Églises, s’ouvrir de plus en plus à une diversité de cultures.

Déjeuner-culte au Défap, 22 janvier 2019 © Défap

 

Lancés il y a un peu moins d’un an, les «déjeuners-cultes» sont désormais bien inscrits dans les habitudes du Défap… et dans celles des convives venus de l’IPT. Ces rendez-vous ont leur petit groupe d’habitués ; ils rassemblent en général entre une quinzaine et une vingtaine d’étudiants de l’Institut Protestant de Théologie. Au menu : repas, chants, méditation et échanges sur un texte biblique. Ambiance décontractée et bonne humeur autour de la table. Repas et textes bibliques servant de base aux échanges sont proposés par les pasteures Tünde Lamboley et Florence Taubmann, du service Animation – France du Défap. Objectif : resserrer les liens entre le Service Protestant de Mission et l’Institut Protestant de Théologie, deux institutions voisines (elles sont placées à 200 m de distance le long du boulevard Arago) mais qui se connaissent peu.

Les invités reflètent la diversité des promotions de l’Institut Protestant de Théologie. En ce 22 janvier, ils sont un peu moins d’une vingtaine à se retrouver dans la salle à manger du Défap, dont quatre nouveaux. Pour introduire le repas, Tünde Lamboley a choisi une prière venue en droite ligne de Nouvelle-Calédonie, en l’honneur de la délégation qui doit bientôt arriver en métropole et qui sera reçue par la Fédération Protestante de France : «Nous te prions, Seigneur, pour que les humains apprennent à respecter tes créatures, à comprendre à quel point nos survies sont liées (…) Nous te prions, Seigneur, pour ceux qui ne veulent vivre que pour eux-mêmes ou leur famille proche, pour ceux qui refusent d’être solidaires, pour ceux qui ne savent qu’être méfiants à l’égard des autres…»

La «double mission» de Joseph

Pour aller plus loin :

Sitôt après le repas, alors que le café se prépare, Florence Taubmann se lève et prend la parole : voici le temps de la méditation biblique. «Toutes les semaines, explique-t-elle, je propose un texte qui est mis en ligne sur le site du Défap. Et voilà plusieurs mois déjà que j’ai commencé à travailler sur le cycle de Joseph. Lors du dernier repas que nous avions pris ensemble ici, nous avions partagé la lecture d’une partie de ce cycle : un extrait du chapitre 41 de Genèse, au cours duquel Joseph désormais installé en Égypte avait reçu un nouveau nom, un nom égyptien, mais décidait néanmoins de donner à ses deux fils des prénoms hébraïques. Je suis toujours dans la suite de ce cycle et je vais en arriver bientôt au moment où Jacob va bénir les deux fils de Joseph. L’intuition initiale qui m’avait poussée à entamer cette série de méditations, c’était celle de la «double mission». Elle est bien visible dans le cas de Joseph : il a bel et bien une mission vis-à-vis de son peuple et vis-à-vis du pays qui l’a accueilli, l’Égypte ; et à travers l’épisode de la famine, il va être amené à sauver à la fois le peuple qui l’accueille, et le peuple dont il est issu. Cette problématique de la double mission m’a paru très intéressante dans le contexte actuel, celui de la mondialisation, alors que nos pays sont de plus en plus multiculturels. Elle peut résonner fortement avec de nombreux parcours aujourd’hui : quand je suis amené à vivre dans un autre pays, quelle est ma mission en ce lieu ? Ai-je toujours une mission par rapport au pays dont je viens ? Puis, en m’intéressant de plus près au cycle de Joseph, je me suis rendue compte qu’il est riche d’une multitude de thématiques qui touchent aux questions anthropologiques fondamentales ; tout ce cycle nous offre des lieux de discussions, d’échanges interculturels passionnants.»

Pour ce jour, le texte choisi est extrait de Genèse 47 : on y voit Joseph, alors que sévit la famine qui frappe à la fois l’Égypte et tous les pays avoisinants, faire venir sa famille, qui s’installe dans le pays grâce à l’accueil bienveillant de Pharaon. Mais parallèlement, ce même Joseph, en zélé serviteur du souverain égyptien, met en vente les réserves accumulées pendant les sept années d’abondance. Les habitants du pays, n’ayant plus de nourriture et bientôt plus de moyen d’en acquérir, en sont réduits à vendre leurs troupeaux, leurs terres, et même à se vendre eux-mêmes comme esclaves de Pharaon, qui en vient à faire du pays entier, terres, troupeaux et habitants, sa propriété personnelle…

L’ambiguïté du sort de la minorité 

«C’est un passage très dense, note Florence Taubmann, et qui pose beaucoup de questions. On voit ici que Joseph assume pleinement sa double identité : hébreu au pays des Égyptiens, il a épousé une égyptienne, mais son projet, c’est d’avoir sa famille réunie autour de lui. Voilà comment il l’installe en diaspora au moment de la famine. Mais cela pose une autre question : c’est l’ambiguïté du sort de la minorité. Quelles relations entretient-elle avec les habitants du pays… et avec le pouvoir ? En fonction de l’évolution de la situation du pays, ne risque-t-elle pas de devenir une variable d’ajustement, surtout dans le cas de régimes autoritaires ? Quand une minorité atteint un niveau socio-économique élevé, quand elle semble avoir des relations privilégiées avec le pouvoir qui la favorise, mais qui la tient en même temps, elle peut devenir en cas de crise le bouc émissaire de tout un peuple aux abois. Et on a là, avec le peuple hébreu en Égypte, tous les ingrédients d’un tel retournement…»

Tünde Lamboley, qui a longtemps vécu en Hongrie, témoigne pour sa part : «Quand on vit dans un autre pays – et c’est mon cas – Joseph est un personnage très parlant : il vit pleinement dans la contrée qui l’a accueilli, mais il garde tout de même ce lien ineffaçable d’une promesse originelle, à laquelle il revient toujours. Dans la vie, d’où qu’on vient, où qu’on aille, il faut être clair sur qui on est. On peut aussi ressentir une forme de culpabilité vis-à-vis de ceux qui sont restés au pays…» Les échanges sont lancés ; autour de la table, chacun élargit l’exemple de Joseph à d’autres contextes. «Être au clair sur qui on est, commente un étudiant, la question se pose pour les personnes qui doivent changer de pays ; mais on peut la vivre aussi à l’IPT, où se croisent des étudiants qui n’ont pas la même culture, ne viennent pas de la même Église… Et de même, pour celles et ceux qui deviendront pasteurs, il faudra accepter d’être envoyés dans des lieux, des paroisses, qu’ils ou elles n’auraient pas forcément choisis…» Florence Taubmann intervient : «Il y a toujours un sens à être là où on est : Joseph n’avait pas choisi de se retrouver en Égypte… C’est un thème que l’on retrouve dans divers textes bibliques : on a souvent comparé ce cycle de Joseph au livre d’Esther, qui est du même courant diasporique – l’histoire d’une jeune Juive vivant à la cour du roi perse Xerxès et parvenant à sauver son peuple d’un pogrom. Dans les deux cas, ce sont des livres qui nous disent que l’on peut être pleinement soi-même tout en vivant ailleurs. Être pleinement là où Dieu nous a placés.» «Chacun, note encore un convive, peut vivre à n’importe quel moment de sa vie une situation où il se sentira étranger ; d’où l’importance de garder ou de tisser des liens, d’être en communauté.» Un autre souligne : «Il est important de se rappeler, dans les «périodes égyptiennes» de notre vie, qui nous sommes et où est notre terre promise…»