L’Égypte : regards croisés d’envoyés du Défap

S’il est essentiellement présent en Afrique subsaharienne, dans l’océan Indien et dans le Pacifique, le Défap a aussi des envoyés dans d’autres pays par le biais des « associations portées » dont il forme et suit les volontaires. C’est le cas en Égypte, où il est en partenariat avec l’ACO (Action Chrétienne en Orient). Un pays, et des projets, que nous présentent dans « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Radio FM+ et Fréquence protestante, trois de ces « envoyés portés » : Anatole, Nicola et Alain.
De gauche à droite : Anatole, Nicola, Guylène et Alain, lors de l’interview pour « Courrier de mission » réalisée dans la bibliothèque du Défap © Défap

La précédente émission du Défap sur Fréquence protestante et sur Radio FM+, en novembre 2023, vous présentait les portraits de deux « envoyés » très différents : Lisa, jeune infirmière en train d’achever ses études et partant pour une mission dans un hôpital au Cameroun, et Luc, partant en Tunisie après avoir eu une carrière bien remplie de travailleur humanitaire : il n’y a pas d’âge ou de parcours type pour s’engager avec le Défap… Pour cette émission de décembre, les volontaires interviewés sont encore très différents, mais tous se rattachent à un même pays : l’Égypte.

Le Défap n’est pas impliqué de manière directe dans ce pays, mais par le biais d’un proche partenaire : l’ACO (Action chrétienne en Orient). Œuvre missionnaire née au sein des Églises protestantes de l’Est de la France, elle entretient des liens à la fois spirituels et de soutien matériel avec les chrétiens d’Orient. À sa création en 1922, l’ACO avait pour but de secourir les populations arméniennes victimes des exactions turques. Grâce aux paroisses protestantes alsaciennes, mais aussi grâce à des comités néerlandais et suisses, l’ACO a rapidement étendu son œuvre et touché aussi bien les personnes de culture arménienne que de langue arabe et assyrienne, en Syrie mais également au Liban puis plus tard en Iran, et jusqu’en Égypte. Aujourd’hui, grâce à de nombreux partenariats, l’ACO soutient des projets très variés dans les domaines de l’éducation, du social, de la santé, de la solidarité en contexte de crise, de la résolution des conflits, de la formation théologique, de la vie d’Église au sein de communautés locales.

Anatole et Nicola en juillet 2023 au Défap, pour la session de formation des envoyés © Défap

Parmi ces partenariats, il y a le Défap. Au cours des dernières années, l’ACO a eu l’occasion de collaborer de manière quasi quotidienne avec le Service Protestant de Mission, notamment pour l’envoi de volontaires, au Liban, en Égypte… Dans ce pays par exemple, le Défap a régulièrement assuré le suivi des envoyés de l’ACO en lien avec les Églises protestantes locales, dans le cadre de la plate-forme Moyen-Orient. Il s’agissait de missions d’enseignement (soutien scolaire, apprentissage de l’expression française), mais au-delà, d’une expérimentation quotidienne du « vivre ensemble » propre à faire mentir ceux qui prêchent la violence entre les communautés.

L’Égypte : regards croisés d’envoyés du Défap

Courrier de Mission
Émission du 17 décembre 2023 sur Fréquence Protestante

 

Deux missions très différentes

En lien avec l’ACO, le Défap continue ainsi à envoyer des volontaires au sein d’un foyer d’accueil de jeunes filles défavorisées qui suivent leur scolarité dans une école francophone, mais aussi auprès des élèves d’une école internationale : le New Ramses College, au Caire. Les langues d’enseignement sont l’arabe et l’anglais mais le français est encouragé dans cet établissement soutenu par l’Église protestante. C’est dans ce foyer que s’effectue la mission d’Anatole (sachant que l’enregistrement de l’émission a eu lieu avant son départ). Il connaissait déjà bien l’Égypte, puisqu’il y avait effectué une mission avec un autre organisme. Mission qui lui avait permis de découvrir ce pays, et lui avait donné envie d’y revenir. Il est également impliqué dans une autre association, les Focolare dans le quartier de Shubra.

La mission de Nicola, partie en couple en Égypte, avec son époux Alain, est pour sa part le résultat d’un montage impliquant plusieurs organismes : pasteure de l’Église protestante unie de France, elle est mise à disposition par l’EPUdF, envoyée par l’ACO et DM (l’homologue suisse du Défap), en lien avec le Défap et la Ceeefe (la Communauté des Églises protestantes francophones) pour accompagner les paroisses du Caire et d’Alexandrie. L’autre volet de son ministère est le contact avec les Églises protestantes égyptiennes (le Synode du Nil) et les partenaires des projets de l’ACO sur place (traduction de livres théologiques ; travail pour le vivre ensemble), avec les autres Églises chrétiennes.




Madagascar : sur la piste de la « Trive 1 »

Ce samedi 2 décembre la paroisse des Batignolles (Paris 17e) redécouvrait un pan de son histoire qui la relie depuis un siècle à la Grande île.
Claire-Lise Lombard et Faranirina Rajaonah lors de la conférence donnée le 2 décembre à la paroisse des Batignolles © EPUdF

 
En 1923, en pleine période coloniale, Jean Beigbeder partait, pour le compte des UCJG (Union chrétienne de jeunes gens), fonder à Antananarivo (Madagascar) un foyer pour les jeunes malgaches. Dans le même élan, il lançait la première troupe d’éclaireurs unionistes, la T[anana] rive 1. Jean Beigbeder, éducateur et commissaire national éclaireurs, appartenait à une famille enracinée dans la paroisse depuis trois générations.  

Film ci-dessous : Les éclaireurs unionistes à Madagascar / Marc-André Ledoux (1952) – Bibliothèque du Défap

 

Les initiateurs de l’événement, un groupe d’anciens de la Trive 1, avaient choisi cette date et ce lieu en prélude aux manifestations prévues à Madagascar en 2024. Culte, messages (officiels ou personnels), souvenirs et témoignages (beaucoup d’émotions pour les plus anciens !), conférence historique sur les Lettres de Tananarive (écrites par Jean Beigbeder entre 1923 et 1927 et conservées dans les archives du Défap), repas festif se sont succédé ce 2 décembre dans une ambiance de salade russe réussie.

Pari tenu pour les organisateurs : jeunes et vieux (de 12… à plus de 100 ans pour la doyenne !), scouts ou non, Malgaches ou Vazaha, venus « des quatre coins de l’horizon » hexagonal, se sont réjouis ensemble… d’une naissance qui continue à porter des fruits, en France – où la branche des Tily, les scouts unionistes malgaches, vit sa vie au sein des EEUdF – et à Madagascar – où les Tily eto Madagasikara tracent leur route.

Claire-Lise LOMBARD,
bibliothécaire du Défap

  

Revivez ci-dessous en vidéo l’intégralité des célébrations consacrées au centenaire de la « Trive 1 » à la paroisse des Batignolles, le 2 décembre 2023 (début de la conférence « Paris-Antananarivo, 1924 : sur la piste de la Trive 1 » vers 3:16:36)

 




L’Église luthérienne de Centrafrique : 100 ans, et un rôle social toujours essentiel

L’Église évangélique luthérienne de République centrafricaine a célébré en novembre 2023 les 100 ans de l’arrivée des premiers missionnaires de la Sudan Mission. Cette Église, premier partenaire du Défap dans ce pays, regroupe aujourd’hui 125.000 membres répartis dans sept régions. Surtout, elle a un rôle essentiel dans un pays qui peine à se relever de décennies de conflits, où l’insécurité reste persistante, et où les services de base sont quasi-inexistants en-dehors de Bangui.

Photo prise lors des célébrations du centenaire de l’EELRCA © DR

Si des évêques de l’Église luthérienne du Cameroun figurent sur cette photo de famille, ce n’est pas un hasard : longtemps, l’Église luthérienne de Centrafrique et celle du Cameroun ont été une seule et même Église. Une histoire commune qui remonte à l’arrivée des premiers missionnaires américains de la Sudan Mission (aujourd’hui ELCA) en 1923 à Ngaoundéré. Et c’est encore à Ngaoundéré qu’est née officiellement, le 20 décembre 1960, l’Église évangélique luthérienne du Cameroun et de la République centrafricaine (EELCRCA). Ce n’est qu’au cours de l’année 1973 que la partie centrafricaine de l’EELCRCA est devenue une Église nationale, la partie camerounaise conservant le nom d’Église évangélique luthérienne du Cameroun (EELC).

Ce cliché a été pris au mois de novembre 2023, en pleine célébration du centenaire de l’EEL-RCA ; au premier plan, portant des lunettes de soleil, on peut reconnaître Annelise Deiss, qui représentait le Défap. L’Église évangélique luthérienne de République centrafricaine est en effet le premier partenaire du Défap dans ce pays, où se trouve aussi une Église membre de la Cevaa, l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique, qui a bénéficié plusieurs années d’un accompagnement pastoral. Le thème des célébrations de ce centenaire, qui se sont tenues du 6 au 12 novembre, était : « 100 ans d’évangélisation en paroles et en actes », tiré de Matthieu 28 : 19-20. Les festivités ont été marquées par une conférence sur l’histoire de l’Église, par des visites de sites, des cultes à Bouar, Abba et Baboua ; ainsi que par une exposition et une caravane organisées dans la ville de Bouar… Mais le fait le plus significatif est peut-être, en prélude à l’arrivée de la délégation camerounaise, la mise à la disposition de la population présente à Gallo et Bohong d’une équipe médicale venue du Cameroun. Les besoins sont en effet criants, et l’EEL-RCA y consacre une grande partie de ses activités. Quand on interroge le Révérend Joseph Ngoé, président de l’Église, sur ses priorités, il évoque « la réconciliation, la fourniture de soins de santé et d’éducation à la population, et le soutien particulier à ceux qui vivent dans les zones rurales pour faire face à la pauvreté ».

Écoles, centres de santé, projets générateurs de revenus…

Photo prise lors des célébrations du centenaire de l’EELRCA © DR

La République centrafricaine fait partie des pays les plus pauvres du monde. Elle se classe tout en bas des indices mondiaux du capital humain et de développement humain, à la 188ème place sur 191. Environ 71% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté international (c’est-à-dire avec moins de 1,90 dollar par jour). Le sous-sol est riche en ressources naturelles, mais ce qui pourrait être une opportunité est plutôt devenu une malédiction pour ce pays. La RCA a connu dernièrement plus de deux décennies de crises, les oppositions politiques ayant des répercussions sur les relations entre communautés et entre religions, au point que la prise de pouvoir par la Séléka en 2013 a laissé craindre un affrontement généralisé entre chrétiens (largement majoritaires dans le pays) et musulmans, plutôt présents dans le Nord-Est, près de la frontière avec le Tchad et le Soudan voisins. Des responsables religieux ont dû longtemps œuvrer à l’apaisement, à l’instar des trois « saints de Bangui » : le révérend Nicolas Guerekoyame-Gbangou, pasteur de l’Église évangélique Elim Bangui-M’Poko et représentant du protestantisme, Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui et représentant du catholicisme, et l’imam Omar Kobine Layama, président de la conférence islamique. Mais la paix est loin d’être revenue et la dernière crise a été déclenchée par une coalition de rebelles en décembre 2020. Longtemps, le gouvernement de Bangui n’a contrôlé de fait qu’une infime partie du pays, le reste étant mis en coupe réglée par des groupes insurgés. Aujourd’hui, il est largement dépendant pour assurer la sécurité de soutiens militaires étrangers, venus de la Russie (le groupe Wagner) et du Rwanda ; les forces françaises se sont retirées depuis 2016. Le pays compte aussi sur son sol une Force de maintien de la paix de l’Onu, la MINUSCA, présente depuis avril 2014 et qui mobilise plus de 17.000 personnes.

Photo prise lors des célébrations du centenaire de l’EELRCA © DR

Après des décennies de guerres et de crises, l’insécurité reste le premier problème de la population, et il n’est pas rare que des attaques de groupes rebelles entraînent de nouveau des exodes d’habitants fuyant les violences en abandonnant leurs habitations et leurs champs. Les infrastructures sont détruites, les services de base à peu près inexistants en-dehors de la capitale, et les Églises font partie des rares institutions à rester debout et à faire fonctionner des écoles, des dispensaires, ou à venir en aide aux plus démunis. C’est le cas de l’EELRCA, présente surtout dans la partie Ouest du pays, où elle regroupe 125.000 membres répartis dans sept régions, à travers 544 « congrégations » (paroisses) ; elle compte 74 pasteurs et 540 « catéchistes diplômés ». Elle est en lien plutôt avec des partenaires américains (ELCA) mais a entretenu aussi pendant de longues années des relations avec les protestants de France via la Colureum (Commission luthérienne des relations avec les Églises d’outre-mer), aujourd’hui intégrée au Défap.

Ce rôle social essentiel, le Révérend Joseph Ngoé a tenu à le rappeler dans un entretien publié par la Fédération luthérienne mondiale à l’occasion du centenaire de l’EEL-RCA. L’Église luthérienne de Centrafrique, a-t-il souligné, « contribue énormément au développement du pays dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures pour l’approvisionnement en eau, des projets générateurs de revenus et dans le domaine agricole. Par exemple, nous avons mis 30 écoles primaires à la disposition des populations de certains villages des sous-préfectures d’Abba, Baboua, Bouar et Bocaranga, dans des zones où le gouvernement n’est pas en mesure d’intervenir. Nous comptons au total près de 5700 élèves pour l’année scolaire 2022-2023 (…) Dans le domaine de la santé, il existe deux centres de santé : à Bohong (à 70 km de Bouar sur la route de Bocaranga) et au Centre de Santé Emmanuel (à 60 km de Bouar sur la route de Baboua). »

Retrouvez ci-dessous une présentation en vidéo de l’EEL-RCA :




COP 28 : l’appel de collectifs chrétiens à des «cercles de silence»

24 organisations chrétiennes ont signé un appel à se mobiliser durant le temps de la COP28 à Dubaï. Elles proposent à toutes et tous de se rassembler pour des cercles de silence dans l’espace public. Ces rassemblements sont une manière visible, respectueuse et inclusive de faire exister les enjeux de gouvernance climatique qui peuvent sembler lointains, et, à travers ce geste humble, d’interpeller les décisionnaires sur leur pouvoir d’agir. Toute personne y est conviée, quelles que soient ses croyances. Les chrétiennes et les chrétiens peuvent prier pour que les personnes participant à la COP soient inspirées par l’Esprit Saint, et qu’elles prennent leurs responsabilités. Parmi les signataires de cet appel, relayé par l’Église protestante unie de France, figurent notamment la Fédération protestante de France, Église verte, Chrétiens unis pour la terre, aux côtés du Secours Catholique et du CCFD – Terre Solidaire.

© Collectif Lutte & Contemplation

« À travers ce silence, explique le collectif, nous portons les messages suivants : nous avons conscience de la gravité de la situation ; nous désirons que les États soient plus ambitieux sur leurs objectifs de réduction des émissions ; nous voulons que les gouvernements agissent “sans plus attendre pour éliminer définitivement les combustibles fossiles” ; nous attendons davantage de justice climatique, en particulier de la part des pays “du Nord”, qui ont promis par le passé des aides aux pays “du Sud” sans respecter jusqu’au bout leurs propositions.

Le mot d’ordre de ces rencontres est le silence. Des panneaux, des banderoles et des tracts peuvent porter notre voix. Nous appelons chacun et chacune à nous rejoindre pour les cercles de silence déjà proposés, et à en proposer de nouveaux en remplissant le formulaire ci-dessous !

Rassemblons nous pour porter ensemble dans notre silence le cri de la terre et des pauvres ! »
 

Retrouvez l’appel à lancer les « cercles de silence »

 

Rejoindre un cercle de silence

  • Lyon
    Jeudi 30 novembre – 8h à 9h devant le siège de la banque populaire, 4 bd Eugène Deruelle.
    contact : joseph.halgand@gmail.com
  • Courbevoie (La Défense)
    Jeudi 30 novembre – de 8h15 à 9h15 – Tour Total Energies Coupole, Place Coupole Jean Millier.
    contact : contact@lutte-et-contemplation.org
  • Ancenis
    Jeudi 30 novembre – de 18h à 19h – Place Alsace Lorraine, Ancenis-Saint-Géréon.
    contact : fraternite.ecologie@gmail.com
  • Versailles
    contact : b.vignon@fondacio.fr
    Samedi 2 décembre – de 11h à 12h – Place de la cathédrale 11h-12h
    Dimanche 3 décembre – de 11h à 12h – Place du marché Notre Dame
    Mardi 5 décembre – de 18h à 19h – Gare des Chantiers
  • Paris
    Vendredi 8 décembre – de 18h à 19h – Place de la République.
    contact : contact@lutte-et-contemplation.org
  • Paris
    Samedi 9 décembre – de 17h à 18h – Fontaine Saint-Michel, boucle WhatsApp

© Collectif Lutte & Contemplation

Comment organiser un cercle de silence ?

Pensez à organiser un cercle de silence dans votre ville ! Il suffit pour cela de rassembler au moins 5 personnes, de fixer une date, une heure, et de déclarer votre manifestation à la Préfecture si vous le souhaitez (la procédure est très simple). Intéressé.e ? Nous vous avons préparé ici un document avec quelques conseils pour vous guider.

Pour faire un cercle de silence : on n’a pas besoin d’être nombreux, on n’a pas besoin d’être expérimenté, on n’a pas besoin de se connaître, on n’a pas besoin d’être expert de la COP28, on n’a pas besoin d’être triste ou grave, on n’a pas besoin de belles pancartes, on n’a même pas vraiment besoin de l’inscrire sur ce site…

Toutefois, nous vous invitons à le faire. La beauté de cette mobilisation vient aussi de cette large communion entre celles et ceux qui y prennent part partout en France. Enfin, rendre publique votre initiative, c’est aussi ouvrir la possibilité qu’elle soit l’occasion de belles rencontres !
 

Proposer un « cercle de silence »
Petit guide d’organisation des « cercles »

 

Des ressources pour s’informer et prier pendant la COP28

Si vous ne pouvez pas vous joindre à un cercle de silence, ou que vous cherchez des ressources pour animer un temps de prière au sujet de la COP28, vous trouverez ici de quoi vous inspirer :

Pour vous informer davantage à propos des enjeux de la COP28, de nombreuses ressources existent sur internet. Nous vous recommandons entre autres, le dossier du Réseau Action Climat.




COP 28 : les religions unies face à l’urgence climatique

Jamais une COP n’aura suscité autant de scepticisme. Le 30 novembre s’est ouverte à Dubaï, aux Émirats arabes unis, la 28ème Conférence des Parties, regroupant les États signataires de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Les Émirats arabes unis, monarchie pétrolière du golfe Persique et l’une des figures de proue d’une économie mondiale basée sur l’or noir, alors même que les appels à un abandon rapide des énergies fossiles se multiplient… Comme si le symbole ne suffisait pas, la COP 28 est présidée par le patron d’une des principales firmes pétrolières du pays. Alors que nombre de scientifiques et d’ONG parlent de cette COP comme d’une mascarade, et qu’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, dénonce le manque de « volonté politique » pour éviter la « catastrophe » climatique, le monde des religions, lui aussi, se mobilise face à l’urgence. La sauvegarde de la création est une thématique qui prend une place croissante dans les milieux religieux – et c’est aussi le cas au Défap, où elle fait partie des priorités de son programme d’action. En France, à la veille de l’ouverture de la COP de Dubaï, la Conférence des responsables de culte a remis une lettre de plaidoyer à Emmanuel Macron.

© Maxpixel.net

Plaidoyer de la Conférence des responsables de culte en France vers la COP28

Paris, le 28 novembre 2023

Monsieur le Président,

Nous, représentants des confessions bouddhiste, juive, catholique, protestante, orthodoxe et musulmane de notre pays, vous interpellons solennellement en vue de la COP28, et plus largement, sur le profond bouleversement écologique et du vivant provoqué par les activités humaines. La France doit hisser sa réponse à la hauteur de l’urgence du bouleversement climatique en cours, au risque d’accélération de la perte de biodiversité et au dépassement des limites planétaires. Notre pays doit s’engager plus résolument encore qu’il ne l’a fait au niveau international.

« Nous avons ouvert les portes de l’enfer », affirme le secrétaire général des Nations unies. À tout le moins, alors que notre monde s’approche peut-être d’un point de rupture, nous avons la responsabilité de sauvegarder les conditions d’habitabilité de la Terre pour nous et le vivant. Les scientifiques ne cessent d’alerter contre les graves périls qui nous menacent. La température augmente à un rythme inédit, à cause des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES), d’abord produites par la combustion des énergies fossiles. Le seuil d’augmentation de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris pourrait déjà être atteint dans les six années à venir. Nous sommes dans une situation d’extrême urgence ; avec gravité, nous nous alarmons qu’elle ne soit pas reconnue comme telle. Nous nous inquiétons aussi de la remontée du climato-scepticisme.

Ensemble, nous lisons la crise climatique, et plus largement la crise écologique et sociale, non pas d’abord comme un problème technique ou du « faire », mais comme une véritable crise spirituelle et de civilisation, qui vient remettre en cause notre manière d’« être » au monde. Un changement de paradigme est nécessaire, grâce au renouvellement de notre imaginaire, à un discernement éthique collectif et à des décisions politiques radicales et courageuses.

Pour réussir la transformation écologique, nous appelons à une révolution de la sobriété, qui devra subordonner la recherche de performance à la primauté de la communauté de destin de l’ensemble du vivant, dans un monde accepté comme fini. Dans nos sociétés, les injonctions à la compétition, la confiance aveugle en la technique et l’orientation hédoniste d’une économie de la surabondance empêchent de reconnaître et de valoriser ces autres approches. Changer en profondeur requiert de constater que tout est lié sur Terre et au-delà, et de se convaincre que l’épanouissement de chacune et chacun passe par celui de toutes et tous, selon l’équité et la justice, et que la modération est promesse de nouvelles abondances. Nous sommes déterminés à nous engager dans ce sens, pour répondre à ce beau défi.

La diversité de nos traditions porte des accents et des convictions propres, qui font la richesse de notre contribution à une telle transformation. La tradition juive présente la promesse d’une terre à travailler et à préserver. Les femmes et les hommes découvrent un rapport à la terre relevant d’une habitation tendre (Psaume 37, 11). Ces messages consonnent dans le résumé de la Bonne Nouvelle de l’Évangile offert par les Béatitudes : « Bienheureux les doux, ils recevront la terre en héritage » (Matthieu 5, 5), lié à l’amour du prochain et à l’attention aux plus petits (Matthieu 25, 40), entraînant une option préférentielle pour les pauvres que le pape François exprime fortement dans son encyclique Laudato Sí. L’islam, qui présente la beauté de la faune et de la flore (Coran 80, 25-32) ou l’importance de l’eau comme source de toute vie (Coran 21, 30), invite l’être humain à l’humilité et à explorer les multiples possibilités de vivre en harmonie avec l’environnement (Coran 16, 80-81), en méditant aux conséquences d’une exploitation dévoyée du créé (Coran 30, 41). La voie bouddhiste souligne l’interdépendance de toutes choses et, face à l’ignorance et à l’avidité, encourage connaissance et bienveillance pour prendre soin des cinq éléments et « chérir tout le vivant avec un esprit sans limite et une bonté aimante infinie » (Soutra de l’amour universel – Metta Sutta).

Pour mettre en œuvre une vraie transformation, la COP28 sera un moment politique important. Nous appelons la France et l’Union européenne (UE) à un sursaut et à un engagement diplomatique renforcé. Car au regard d’études indépendantes, comme le rapport annuel du Haut- Conseil pour le Climat, nous avons de réelles inquiétudes concernant la réussite des politiques climatiques, la capacité des États à respecter leur parole et à engager les transformations nécessaires sans que les citoyens ne désertent le champ politique. L’action doit être drastique et sans délai. En tant que responsables religieux, nous nous engageons à soutenir auprès de tous les décisions fortes et exigeantes qui seraient prises. Les points suivants nous paraissent essentiels :

  • Il est vital de sortir à temps des énergies fossiles, en arrêtant immédiatement les investissements dans les nouveaux projets et en engageant la suppression des soutiens étatiques directs et indirects, tout en développant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Nous appelons la France à jouer un rôle pionnier dans le portage, à travers l’UE et en son nom propre, d’un Traité de non-prolifération des combustibles fossiles.
  • En ce sens, et afin de baisser effectivement les émissions de GES de 55 % par rapport à 1990, la France doit choisir démocratiquement un mode de vie plus sobre et intégralement lié à la justice sociale. Ici comme au Sud, les personnes les plus fragiles et les plus vulnérables, sont déjà et seront toujours davantage les premières victimes. Il n’y aura pas de transition sans justice.
  • Un financement international pérenne et équitable doit être enfin assuré, pour les actions d’atténuation, d’adaptation et la prise en compte des pertes et dommages, en particulier au bénéfice des pays du Sud. Pour la majorité, ils subissent plus fortement les conséquences d’un phénomène dont ils sont les moins responsables. La mobilisation des 100 milliards de dollars par an, promis en 2009 par les pays du Nord, non seulement devra enfin être honorée, mais ne devra être qu’un début.
  • La COP28 étant le moment du « bilan mondial » selon l’Accord de Paris, elle sera tournée vers les nouvelles contributions nationalement déterminées (NDC), attendues pour 2025. Nous appelons l’UE, et la France en son sein, à préparer une NDC qui corrige les manquements de trajectoire et rehausse l’ambition. Nous resterons vigilants à ce processus.

Nous sommes convaincus, Monsieur le Président, qu’une transformation écologique juste de nos sociétés, en plus d’atténuer des menaces, ouvrira à une formidable opportunité. Elle offrira aux citoyens un sens renouvelé à la vie commune et recréera du lien autour d’un projet commun, désirable et motivant. Nous faisons confiance à la délégation française pour porter dans la COP 28 une vision audacieuse et engageante.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre haute considération.

Pasteur Christian Krieger, Président de la Fédération protestante de France
Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France
Monsieur Haïm Korsia Grand rabbin de France
Maître Chems-Eddine Hafiz, Recteur de la Grande Mosquée de Paris
Monsieur Mohammed Moussaoui, Président de l’Union des mosquées de France
Monseigneur Dimitrios, Président de l’Assemblée des évêques orthodoxe de France
Monsieur Antony Boussemart, Président de l’Union bouddhiste de France




Partir avec le Défap : les échanges, ça vous change

Échanges entre deux volontaires du Défap aux expériences très différentes : Luc, qui part en mission en Tunisie, a une longue carrière dans l’humanitaire. Lisa, qui part au Cameroun, est encore étudiante. Deux regards croisés sur le volontariat à l’international, ce qu’on en attend, ce qu’on y vit, ce qu’il transforme chez les volontaires qui le vivent.
À gauche : Luc, envoyé du Défap en Tunisie ; à droite, Lisa, envoyée au Cameroun © Défap

Il n’y a pas d’âge pour être volontaire du Défap. C’est particulièrement vrai quand on part avec le statut de VSI (Volontaire de Solidarité Internationale). Certaines et certains finissent tout juste leurs études, voire sont encore en train d’hésiter sur leur orientation, et sont en quête d’une expérience à l’international, d’une ouverture, pour pouvoir affiner leurs choix. D’autres, au contraire, ont une vie professionnelle déjà bien remplie et peuvent donner de leur temps et de leur expérience.

Pour ce mois de novembre 2023, « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Fréquence protestante, met en dialogue deux de ces volontaires aux parcours très différents. Novembre, c’est une période de l’année au cours de laquelle pratiquement tous les volontaires ayant pris part à la « session de formation au départ » du mois de juillet sont sur le terrain. Ils et elles se retrouvent donc dispersés au Cameroun, en Tunisie, à Madagascar et dans de nombreux autres pays en fonction de leur mission. L’enregistrement de cette émission a justement été réalisé avant le départ des uns et des autres, et peu après cette formation qui constitue l’un des rares moment où tous les « envoyés » du Défap se retrouvent en un même lieu et peuvent échanger à la fois sur leurs parcours, leurs motivations, et sur leurs futurs lieux d’engagement.

Partir avec le Défap : les échanges, ça vous change

Courrier de Mission
Émission du 19 novembre 2023 sur Fréquence Protestante

 

Deux envoyés aux parcours très différents

Voici donc Lisa et Luc. Lisa a senti que le moment de partir était venu pour elle pendant sa troisième année d’études d’infirmière. Elle connaît le Défap depuis toute jeune : elle avait déjà participé à un échange en tant que catéchumène. Elle a aussi effectué un stage dans un dispensaire en Namibie, qui a constitué pour elle « une révélation », et lui a donné envie de s’engager de nouveau en Afrique. Luc, pour sa part, a déjà une longue expérience de travailleur humanitaire. Il a effectué des missions avec de nombreuses ONG, et sur de nombreux terrains différents, avant de partir en Tunisie avec le Défap.

Dans ce dialogue entre Lisa et Luc, diffusé alors que tous deux ont rejoint leur lieu de mission, ils évoquent leurs attentes, ce qu’ils laissent derrière eux, leurs relations avec leurs proches, ce que cela représente pour chacun d’être ainsi loin de leur pays et de leurs habitudes. Ils évoquent aussi l’après-mission, et le retour en France. Ainsi que la formation au départ suivie au Défap, et ce qu’elle apporte aux envoyés.




Les protestants dénoncent l’antisémitisme

Selon le ministre de l’Intérieur, qui s’exprimait le 14 novembre sur Europe 1, 1518 actes et propos antisémites ont été signalés en France depuis le 7 octobre, donnant lieu à près de 600 interpellations – des chiffres trois fois supérieurs à ceux constatés sur toute l’année 2022. Face à cette recrudescence, de nombreuses marches civiques ont été organisées dimanche 12 novembre à travers toute la France et ont réuni quelque 182 000 participants. Les protestants y étaient représentés, comme à Paris où Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, a défilé en tête du cortège. Le lendemain, les représentants des principaux cultes ont été reçus par le président de la République, qui leur a demandé de participer à « un effort pédagogique », en particulier auprès des jeunes. Les Églises membres du Défap ont diffusé des communiqués dénonçant fermement la multiplication des actes antisémites. Les responsables religieux du CECEF (Conseil d’Églises chrétiennes en France), réunis lundi 13 novembre, ont tenu pour leur part à exprimer leur soutien aux communautés juives et musulmanes de France.

Le président de la Fédération protestante de France, Christian Krieger, participant à la marche contre l’antisémitisme avec de nombreux responsables politiques, le dimanche 12 novembre à Paris © FPF

Déclaration de l’UEPAL contre l’antisémitisme en France
10 novembre 2023

Si les mots manquent pour dire ce que nous ressentons sur les événements en Israël, Gaza et Palestine, il serait pour autant une erreur de se taire sur ce qui se passe en France : la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie.

Rappelons la déclaration fraternelle du protestantisme au Judaïsme dans le document intitulé « Cette mémoire qui engage » de décembre 2017 :
La Fédération Protestante de France condamne l’antisémitisme sous toutes ses formes… « comme une attitude absolument inconciliable avec.[…] la foi chrétienne »… Cette déclaration affirmait également la coresponsabilité des chrétiens, par omission ou par silence, dans la tragédie de la Shoah.
Retrouvez la déclaration de la FPF en ligne

De son côté, l’UEPAL a adopté, en juin 2017 à l’occasion des 500 ans de la Réforme, une déclaration intitulée « Luther, les Juifs et nous aujourd’hui » dont voici la conclusion :
« Au-delà de l’antijudaïsme religieux, l’antisémitisme gangrène jusqu’à nos jours nos sociétés et nos mentalités. Nous voulons en prendre davantage conscience et le combattre plus fortement que par le passé dans nos communautés et dans l’espace public. »
Retrouvez la déclaration de l’UEPAL en ligne

Ces textes rejoignent hélas notre actualité, alors que les actes antisémites en France augmentent de façon inquiétante.

Notre responsabilité consiste à permettre aux Juifs de vivre libres et en sécurité dans notre pays. Ils ne devraient pas craindre de vivre publiquement leur religion et leur culture. Or cette peur est de retour. Les événements en Israël-Palestine ne peuvent en aucun cas constituer un prétexte pour relativiser les attaques dont juifs ou musulmans pourraient faire l’objet dans notre pays.

La République protège tous les citoyens et reconnaît à chacune et chacun de vivre librement et en sécurité sa religion et sa culture.

La Conférence des responsables de culte en France regroupe des représentants des Églises chrétiennes (catholique, orthodoxe et protestante), du judaïsme, de l’islam, du bouddhisme. Elle appelle : « nos concitoyens, croyants ou non, à préserver et cultiver les relations fraternelles qui lient les uns aux autres dans le respect et l’attention mutuelle ; à rejeter fermement tout antisémitisme, tout racisme, tout mépris ou discours de haine et de mort ; à rechercher inlassablement la vérité et la justice en vue de la paix. »

Nous invitons toutes nos communautés à prier et agir sans relâche pour qu’adviennent justice et paix.

Le Conseil de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine

 

Déclaration de l’Église protestante unie de France :
L’antisémitisme, c’est « non » !

Un « non » qui engage
Dans d’autres langues, il existe des formules courtes et chocs pour dire que des idées, des actes, des positionnements sont inadmissibles. « No way », « no passaran »…

Quelle formule inventer en français pour dire avec autant de force que certaines choses ne sont pas et ne seront jamais acceptables ? Peut-être tout simplement exprimer fermement un « non » !

L’antisémitisme, c’est non ! Le rejet, l’exclusion, l’agression, le meurtre au motif du judaïsme, c’est « non » !

La recrudescence actuelle des actes antisémites est insupportable. C’est « non » !

Et ce « non » est dans le tout du « non » au racisme, au rejet de celles et ceux qui sont différents.

Ce « non » est un « non » positif, un « non » qui protège la vie, un « non » qui tient debout. Il est soutenu et précédé par le « oui » de Dieu sur toute vie !

Ce « non » engage et appelle à la défense des personnes victimes. Il nomme l’insoutenable, il le rend visible, il donne corps à une résistance.

Collectivement, au-delà des convictions partisanes, ce « non » se dit et se vit. Ce week-end particulièrement, ce « non » pourra se dire dans une marche citoyenne à Paris ou ailleurs. À chacune et chacun d’inventer ensemble comment dire ce « non » et accueillir le « oui » de Dieu.

Prière

Quand le monde s’embrase et nous échappe,
Quand sa complexité nous laisse dans l’incompréhension,
Quand toute parole semble vaine ou malvenue,
Apprends-nous Seigneur à faire silence.

Quand des êtres humains sont exclus ou agressés, menacés ou assassinés,
Quand nos frères et sœurs sont victimes d’actes de haine parce qu’ils sont juifs,
Quand des populations entières sont stigmatisées et vivent dans la peur à cause de leur religion ou de leur origine,
Apprends-nous Seigneur à dire fermement « non ».

Quand les cris de celles et ceux qui souffrent se heurtent à notre impuissance,
Quand nous ne savons plus discerner où se trouve la justice,
Quand nous nous réfugions dans l’indifférence,
Apprends-nous Seigneur à nous mettre à ton écoute, à entendre le « oui » que tu poses sur toute vie, à veiller sur les étincelles d’espérance qui germent dans la nuit du monde.

Amen

En Ile-de-France, l’organisation de la marche civique coïncidant avec celle du synode régional de l’EPUdF, les participants de ce dernier ont voté un vœu soulignant que « le synode, retenu par ses travaux et n’ayant pu se joindre à la marche contre l’antisémitisme, assure toutes les communautés juives de région parisienne de son amitié et de son soutien. »

 

Déclaration du CECEF (Conseil d’Églises chrétiennes en France)

Les responsables religieux unis pour la fraternité : Rencontres interconfessionnelles en France
Paris, le 14 novembre 2023

Lundi 13 novembre, les représentants religieux chrétiens de France se sont unis pour exprimer leur soutien aux communautés juives et musulmanes de France.

Ensemble, le pasteur Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, président de la Conférence des évêques de France et du Métropolite Dimitrios Ploumis, président de l’Assemblée des Évêques orthodoxes de France, ont rencontré le Grand Rabbin Haïm Korsia pour lui réaffirmer leur soutien sans faille face à la situation préoccupante que connait aujourd’hui notre pays, en particulier la très forte augmentation des actes antisémites en France depuis un mois, tout en mettant l’accent sur l’avenir.

Dans le même esprit, ils ont rendu visite et échangé avec Me Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, afin de lui manifester leur solidarité envers les musulmans de France, alors que les discours antimusulmans réducteurs et les amalgames se multiplient dans notre pays.

L’objectif principal de ces rencontres était de comprendre les réalités vécues par ces communautés, mais surtout, de réfléchir ensemble à la mise en place d’initiatives concrètes destinées à renforcer l’harmonie interreligieuse parmi les jeunes générations.

Ces initiatives ont pour ambition de maintenir élevé le niveau du dialogue interreligieux en ces temps troubles, de favoriser la compréhension interculturelle et de soutenir des actions concrètes pour une société plus fraternelle. Ces cinq représentants de cultes se sont engagés à orienter leurs actions de sorte que la diversité culturelle et religieuse devienne une réelle source de fraternité, de solidarité et de paix sociale pour tous, notamment pour les générations à venir.

Pasteur Christian Krieger
Président de la Fédération protestante de France

Mgr Éric de Moulins-Beaufort
Président de la Conférence des évêques de France

Mgr Dimitrios Ploumis
Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France




Madagascar : la paroisse des Batignolles fête les 100 ans de la « Trive 1 »

Le 2 décembre 2023, la paroisse des Batignolles accueille la fête en avant-première du centenaire du premier groupe scout protestant de Madagascar. Une forme de retour aux sources : cette paroisse était celle de Jean Beigbeder avant son départ pour Tananarive, où il devait fonder en 1924 le mouvement des Éclaireurs unionistes malgaches. Mais cette célébration sera aussi l’occasion de rencontres autour de Madagascar… et de retrouvailles pour nombre de familles, françaises comme malgaches, aujourd’hui installées en France, dont l’histoire a été directement marquée par l’aventure de la « Trive 1 ».
L’affiche de la célébration à Paris du centenaire du premier groupe scout protestant de Madagascar

 

Inscrivez-vous !

 
Avant de devenir le fondateur du scoutisme unioniste à Madagascar en 1924, Jean Beigbeder avait déjà été l’une des premières figures du mouvement en France. C’est lui notamment qui, à Paris, avait créé dès 1912 la troupe de Clichy – troupe qui devait devenir Batignolles III en 1915. Et c’est à la paroisse de l’Église protestante unie des Batignolles que seront célébrés, le 2 décembre 2023, les cent ans du premier groupe scout protestant de Madagascar, la « Trive 1 ». Pendant que se préparent parallèlement sur la Grande Île les festivités du centenaire des Éclaireurs unionistes…

La « Trive 1 » : un groupe interculturel © Chrystel Raharijaona pour Défap

À Madagascar, de tels rendez-vous sont honorés avec faste. En 1964, la Poste malgache avait diffusé un timbre spécial à l’occasion du quarantième anniversaire. En 2004, lors de la cérémonie d’ouverture des 80 ans des scouts protestants organisée au Palais des sports et de la Culture, à Tananarive, le président de la République, qui était alors Marc Ravalomanana, leur avait promis deux cent millions de francs malgaches. Une enveloppe destinée à financer des projets de développement, répartie entre les principales composantes des scouts protestants, les « Tily eto Madagasikara » (les Éclaireurs) et les « Mpanazava eto Madagasikara » (les Éclaireuses), mais qui n’oubliait pas les scouts catholiques, les « Antilin’ny Madagasikara ». Il faut dire que les valeurs, ainsi que le rôle éducatif et social des scouts, bénéficient d’une excellente reconnaissance dans l’île. Le mouvement a contribué à préparer l’indépendance du pays. Lorsque Madagascar a connu de graves inondations en mars 1959, leur rôle dans l’assistance aux sinistrés leur a valu de recevoir une distinction honorifique de la part du président de la République, Philibert Tsiranana, pour leur « dévouement exceptionnel » et leur « abnégation totale devant le danger », leur action ayant « sauvé de nombreuses vies humaines ». Aujourd’hui encore, les « Tily » (les « sentinelles ») assument un rôle en faveur de « la promotion de l’engagement citoyen » et de « l’intégrité dans le processus démocratique » auprès de Transparency International Initiative Madagascar (TI-MG) ; ils ont signé une convention avec le Centre de Recherches et d’Appui pour les alternatives de Développement Océan Indien (CRAAD-OI) pour mieux comprendre et agir face au dérèglement climatique ; ils développent des projets en lien avec les ODD (les objectifs de développement durable des Nations unies)…

Membres de la « Trive 1 » © Chrystel Raharijaona pour Défap

La double culture de la « Trive 1 »

Si, historiquement, le mouvement scout catholique a été le premier créé dans l’île, devançant de quelques mois les scouts protestants, ces derniers ont connu un développement plus important. Lorsqu’il signa officiellement leur acte de naissance en 1924, Jean Beigbeder dirigeait à Tananarive le « Foyer », une section des Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG). Un lieu dont il devait bientôt chercher à faire un « espace franco-malgache », avec la possibilité pour des « jeunes » de différents âges, bridés dans leurs aspirations, d’accéder à la culture européenne, tout en participant à la valorisation de la leur propre. Cette recherche de la rencontre, palpable dans ses lettres de l’époque, donna aussi une coloration particulière à la « Trive 1 », le premier groupe scout protestant. Un groupe d’emblée marqué par « une double culture, avec des familles françaises et malgaches », souligne Chrystel Raharijaona, dont le père et avant lui, toute la famille paternelle a fait partie de la « Trive 1 » dès les années 30. Elle-même, engagée au sein des Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France (EEUdF), évoque « les liens affectifs forts, et les amitiés qui se sont créées » à travers ce groupe, par-delà les frontières culturelles. Un aspect qui a persisté après la « malgachisation » du mouvement scout dans l’île : la « Trive 1 » restait un groupe particulier, multiculturel, où l’on parlait français, tout en cultivant l’engagement fort du groupe et de ses membres au sein du mouvement des Tily Eto Madagasikara et plus largement, en prenant part au développement de Madagascar.
 

Film ci-dessous : « Tily Malagasy (Sentinelles Malgaches) » par les Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France (1951) – Archives départementales du Val-de-Marne. Commentaire rédigé par Faranirina Rajaonah, lu par Helimamy Esoavelomandroso et Claire-Lise Lombard.

Lors de sa création, la « Trive 1 » était le reflet du milieu dans lequel évoluait Jean Beigbeder à Tananarive : on y trouvait notamment « des enfants de familles bourgeoises, intellectuelles ou influentes », témoigne Chrystel Raharijaona. Et c’est « cette génération qui a dû se tenir debout pour contribuer à la période post-indépendance ». Le but du scoutisme étant de « faire grandir des enfants pour qu’ils deviennent des adultes intégrés, responsables, tenant leur place dans la société et voulant laisser un monde meilleur », au fil des années, « les membres de la « Trive 1″ ont pris des responsabilités, ont été des constructeurs. Ils ont pris des rôles dans la diplomatie, la santé, le social, l’armée, l’enseignement, les Églises, les arts et la culture… » Avec toujours le souci de « faire le pont avec la culture française tout en cultivant l’identité malgache ». Certains sont aussi venus étudier puis s’installer en France, avec la même volonté de s’impliquer et de construire.

« Z’oeil de chouette », pont entre les Éclaireurs de France et de Madagascar

Célébrer le centenaire de la « Trive 1 » aux Batignolles, pendant que Madagascar va fêter le centenaire du scoutisme unioniste malgache, est donc plus qu’un retour aux sources. Cette paroisse était celle de Jean Beigbeder avant qu’il ne parte à Madagascar – et la figure de « Z’oeil de chouette » (son surnom chez les Éclaireurs), ou « Rabeigy » chez les Malgaches, devenu par la suite le premier président du Scoutisme Français, est encore aujourd’hui un pont entre les Éclaireurs des deux pays. La célébration sera d’ailleurs marquée par une conférence donnée par les auteures des « Lettres de Tananarive – Jean Beigbeder à son père » : Faranirina Rajaonah, professeure émérite d’histoire à l’Université Paris Diderot et membre du Cessma (Centre d’Études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques), et Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, en particulier chargée de la valorisation des archives de la Société des missions évangéliques de Paris (1822-1971). Mais au-delà, cette célébration sera aussi l’occasion de retrouvailles pour plusieurs générations, françaises comme malgaches, qui ont été marquées par l’histoire de la « Trive 1 ». Une histoire qui a directement influé sur le parcours de familles venues de Madagascar pour s’établir en France : nombre d’anciens de la « Trive 1 » sont aujourd’hui « membres de l’EPUdF et s’y sentent chez eux. D’autres sont engagés dans les Églises protestantes malgaches en France, témoigne Chrystel Raharijaona. Ils sont devenus membres actifs, conseillers presbytéraux ou pasteurs, parce que leur histoire et leur éducation les poussaient à s’engager, là où ils sont. »

« Lettres de Tananarive » : retrouvez ci-dessous une interview des auteures pour « Madagascar Media »




Tour des Synodes régionaux de l’EPUdF

Cet automne, chaque région de l’Église Protestante Unie de France, l’une des trois unions d’Églises constitutives du Défap, organise son synode, et poursuit sa réflexion sur le thème : « La mission de l’Église et les ministères ». Un thème qui est au cœur même des activités du Défap, dont les représentants sont, comme chaque année, présents pour participer à chacun de ces synodes.

© EPUdF

En cette année 2023, les synodes régionaux de l’EPUdF, à partir des rapports régionaux, vont débattre autour de quatre grandes thématiques sur le thème lancé depuis 2021 : « La mission de l’Église et les ministères » :

  • Témoigner par des paroles et des actes
  • Témoigner en intégrant la diversité de l’Église universelle
  • Témoigner en s’appuyant sur une variété de ministères
  • Témoigner grâce à la formation continue de tous (spirituelle, théologique, humaine)

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires comme le Défap y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes.

Comme chaque année, le Défap est présent à ces divers synodes régionaux, dont voici le calendrier :

 

Région Date et lieu du synode
Centre-Alpes-Rhône 10-12 novembre à Vogue
Cévennes-Languedoc-Roussillon 17-20 novembre à Sète
Est-Montbéliard 18-20 novembre à Besançon
Nord-Normandie 17-20 novembre à Criel -sur-Mer
Ouest 17-19 novembre à Angers
Provence-Alpes-Corse- Côte d’Azur 17-20 novembre à Sainte Tulle
Région parisienne et l’Inspection luthérienne de Paris 10-12 novembre chez les diaconesses à Paris
Sud-Ouest 17-20 novembre à Bordeaux

Une réflexion au long cours

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et une diversité d’attentes vis-à-vis du Défap.

Actuellement, le processus de réflexion de l’EPUdF (Église Protestante Unie de France), de l’UEPAL (Union des Église protestantes d’Alsace et de Lorraine) et de l’Unepref (Union des Église protestantes réformées évangéliques de France) sur leurs attentes communes vis-à-vis du Défap est toujours en cours. Un premier texte issu des travaux au sein de l’EPUdF a été soumis au dernier Conseil du Défap et a fait l’objet de discussions lors de travaux de groupes.




Appel à la générosité en faveur de toutes les victimes de la guerre au Proche-Orient

Solidarité Protestante lance un appel aux dons pour venir en aide aux œuvres et institutions qui agissent en faveur de toutes les populations civiles plongées dans la détresse par la situation de guerre au Proche-Orient.

Carte de la région du Proche-Orient © Google Maps

Depuis sa création, Solidarité Protestante vient en aide sans discrimination aux populations civiles victimes de conflits armés ou de guerres et intervient pour soutenir sur le terrain des associations au cœur de l’urgence humanitaire.

Par cette action, elle entend affirmer une commune humanité envers toutes celles et tous ceux qui sont directement blessés dans leur chair, ont perdu leur famille, ou sont contraints de fuir. Elle veut attester en actes de l’engagement chrétien pour la paix, la dignité et la sécurité de notre prochain, quel qu’il soit, où qu’il soit, en considérant sa seule souffrance, conformément à l’Évangile.

Aujourd’hui, israéliennes et palestiniennes, palestiniennes et israéliennes, les victimes de la guerre au Proche-Orient, en Israël, en Palestine, dans la bande de Gaza, nous appellent à un même sursaut d’humanité.

À cet effet, Solidarité Protestante ouvre un espace de collecte auprès du public, des associations et Églises qui souhaitent venir en appui des œuvres et institutions qui agissent sur le terrain pour soutenir toutes celles et tous ceux qui sont plongés dans la détresse depuis le 7 octobre et ont besoin d’aide.

À travers ce don, vous pouvez exprimer une fraternité concrète auprès de nos frères et sœurs confrontés à des situations dramatiques.
 

Pour faire un don

Par chèque : À adresser à l’ordre Solidarité Protestante et à envoyer à : Fondation du Protestantisme – 47 rue de Clichy 75009 Paris
Par carte bleue ou virement : rendez-vous sur le lien : https://donner.fondationduprotestantisme.org/Proche-Orient

Solidarité Protestante : être solidaire dans les situations d’urgence
Solidarité Protestante est une plateforme au sein de la Fondation du Protestantisme sollicitée pour mobiliser, sensibiliser et récolter des fonds afin de manifester l’action solidaire du monde protestant dans des situations d’urgence ou de crises internationales. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise. Le Défap fait partie de ces institutions. Pour chaque situation, les opérateurs sont choisis par l’ensemble du comité en fonction de l’analyse faite et des demandes parvenues au comité.



Des projets pour faire vivre les liens

Au Défap, le financement de projets obéit avant tout à une logique : celle d’entretenir des relations au sein d’un réseau d’Églises. Les projets viennent ainsi s’ajouter aux échanges de personnes (qu’il s’agisse d’envoi de volontaires, d’accueil de chercheurs…) et aux relations institutionnelles (notamment entre facultés de théologie) pour nourrir ces relations au quotidien. Et leur principale caractéristique, c’est qu’ils font l’objet d’une co-construction, ce qui garantit qu’ils correspondent bien à un besoin réel sur place. Le point avec Maëlle Karen Nkot, chargée des projets au Défap, à l’occasion d’une interview pour Fréquence protestante.
Maëlle Karen Nkot, chargée du suivi des projets au Défap © Défap

 
Dans quelle perspective sont choisis les projets financés par le Défap ? Pour répondre à quels besoins ? Et à l’issue de quel parcours ? « Courrier de mission », l’émission de radio du Défap diffusée chaque troisième dimanche du mois sur Fréquence protestante, a donné la parole en ce mois d’octobre à Maëlle Karen Nkot, chargée du suivi des projets au sein du Service protestant de mission.

De manière générale, les projets financés par le Défap s’inscrivent surtout dans les domaines de l’enseignement, de la santé, de l’environnement. Avec, pour tous, deux caractéristiques essentielles : ils servent avant tout à nourrir des relations d’Églises, et sont co-construits avec les partenaires sur place. Ils sont l’expression et la concrétisation de relations souvent établies de longue date avec des Églises par-delà les frontières, héritées d’une longue histoire commune, et entretenues aussi bien à travers les échanges de personnes (envoi de volontaires, visites ponctuelles de groupes ou accueil de boursiers) qu’à travers les projets eux-mêmes. Ils sont directement issus de demandes de partenaires du Défap, ce qui garantit qu’ils répondent au mieux aux besoins sur place, et font l’objet d’une co-construction.
 

Comment sont construits les projets au Défap

Courrier de Mission
Émission du 15 octobre 2023 sur Fréquence Protestante

 

Comment répondre aux situations d’urgence ?

Maëlle Karen Nkot participe à cette co-construction en aidant à monter les dossiers, en demandant des renseignements complémentaires si nécessaire. « Nos partenaires sur le terrain nous sollicitent (…) par exemple pour des besoins en formation, ou en électrification, ou encore en alimentation », témoigne-t-elle dans « Courrier de mission ». Il s’agit dès lors d’évaluer quelle réponse apporter, pour quels bénéficiaires, avec quels moyens… et le dossier va entamer son parcours devant la « Commission Projets », l’instance qui, au sein du Défap, est chargée de rendre les arbitrages. Il se peut qu’il y ait besoin de chercher d’autres financements. De faire appel à d’autres institutions… Cette Commission, composée de 8 à 12 personnes, se réunit en général trois fois par an, et elle a également pour tâche d’assurer le suivi et l’évaluation des différents projets du Défap en accompagnement du Secrétaire général.

Un projet soutenu par le Défap à Djibouti : jeunes du centre de formation de l’EPED (Église protestante évangélique de Djibouti) initiés aux techniques de l’installation et de la maintenance de panneaux solaires © EPED

S’inscrivant dans des relations établies dans la durée, les projets accompagnés par le Défap ont aussi pour finalité de produire des effets sur le long terme. Il peut s’agir par exemple d’équiper des bâtiments universitaire, de renforcer les capacités de personnels sur le terrain… Le Défap n’a pas vocation à intervenir dans des situations d’urgence. Les besoins dans ce domaine ont pourtant tendance à croître, et les demandes de partenaires à se multiplier. Le Défap peut alors y répondre en adressant les dossiers à Solidarité protestante, une plateforme dont il est membre et qu’il a contribué à mettre en place. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France, qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise. Parmi les projets présentés par le Défap et financés, à travers Solidarité protestante, par la Fondation du Protestantisme, figurait ainsi au cours de l’année 2023 une aide d’urgence à des victimes d’un sinistre survenu au nord du Cameroun : des pluies diluviennes et des inondations avaient provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes, dont les cultures avaient été perdues, et qui s’étaient retrouvées sans ressources. Le projet présenté par un partenaire du Défap sur place, l’Église Fraternelle Luthérienne du Cameroun (EFLC), qui avait permis de distribuer des vivres à environ 10.000 bénéficiaires, avait été financé à 50% par Solidarité protestante, et à 50% par le Défap.

Distribution de vivres après les intempéries dans le nord du Cameroun : un projet présenté par l’EFLC et financé par le Défap et la Fondation du protestantisme © Défap

 




«Ces rencontres m’aident à grandir dans tous les aspects de ma vie»

Believe, notre Service civique venue du Togo, poursuit sa mission au sein de l’Association diaconale protestante Marhaban, à Marseille. Rencontres et découvertes, activités menées au sein de l’association : elle partage avec nous dans cette lettre de nouvelles ses défis, ses enthousiasmes et ses réflexions, avec toujours la même énergie communicative. Une expérience qu’elle vit comme une « opportunité » pour « trouver notre place en tant que jeune engagé dans l’Église, et aussi dans la société ».

Believe, service civique togolaise, en mission à Marseille au sein de l’association Marhaban © Believe pour Défap

 

VOLONTAIRE
  • Believe, Togolaise, 25 ans
  • Accompagnatrice de personnes en situation de précarité
MISSION
  • Association diaconale Marhaban
  • Mon service s’adresse aux adultes, jeunes et parfois aux enfants

Nombreuses sont les expériences que je vis actuellement. À tel point que quelques mots ne pourront tout vous résumer. Mais j’essaye quand même, en commençant par le fabuleux vernissage de l’exposition « Les repas dans la Bible », qui m’a appris que la nourriture est un sujet important dans la Bible, tout autant que de nos jours. Elle a une place importante dans la vie de l’être humain, les repas permettent de nous réunir et d’échanger… Donc parler à table n’est pas si mauvais, comme le montre la culture française qui voit beaucoup de décisions sur des choses essentielles prises en mangeant. Ceci étant dit, cela a été prétexte à toute une série d’activités autour de ce thème pendant tout l’été, qui m’ont émerveillée :

  • la salade d’histoires : on y partageait des contes et histoires bibliques ou autres lors de repas suivis d’une salade de fruits. Ces rencontres étaient ouvertes à tous, y compris aux enfants.
  • le mardi marinade : d’abord, baignade à la plage, puis pique-nique au parc avec les familles. La dernière séance s’est terminée par un simple goûter, pour cause de mistral.
  • Tapas ta Bible : un moment de convivialité et de partage biblique autour d’un apéro.
  • « les recettes de nos vies » : les participants échangeant des recettes, avec l’idée de rédiger un livre de cuisine dans lequel chacun partagerait des types de repas chers à son cœur.
  • le ciné gourmand : un moment de relaxation devant un film tout en grignotant.

Activité de cuisine participative organisée en collaboration avec l’équipe de Marhaban © Believe pour Défap

Teser, l’équipe battante de Marseille-Grignan, en plus d’avoir organisé toutes ces activités citées ci-dessus, a aussi préparé un cocktail pour dire au revoir à une collègue juste avant le vernissage avec l’appui du conseil presbytéral car elle a soutenu ce projet avec toutes ses compétences, et je reconnais avoir appris pas mal de choses en sa compagnie le peu de temps que j’ai passé avec elle. Ce projet vise à travailler sur quatre axes différents, à savoir : l’écoute active des membres et partenaires de l’Église en discernant bien sûr des activités qu’on peut faire ensemble et parler de Dieu ; attirer les gens vers la parole, créer un réseau chrétien avec nos frères et sœurs d’autres Églises permettant d’unir nos moyens et de faire de l’accueil tout en accompagnant les gens en situation difficile. Je n’aurais pas demandé mieux comme Église pour vraiment témoigner de ma foi et servir mon prochain comme Jésus-Christ nous l’a montré. Un conseil presbytéral élargi a suivi, et étant invitée, je dirai que ça fait plaisir de voir comment ils savent qu’ensemble nous pouvons aller loin en tenant compte aussi des idées de chacun ; d’où la pertinence de l’élargissement, car d’autres personnes membres et partenaires de l’Église ont pris part à cette initiative pour discuter de l’avenir de la paroisse. Les différents concerts au temple étaient ouverts à tous car la musique permettait vraiment de se détendre et se ressourcer.

Les activités d’été : cuisine participative, sorties…

Believe lors d’une distribution alimentaire © Believe pour Défap

Marhaban, malgré les vacances n’a pas laissé son public sans accompagnement. D’où toutes ces activités d’été bien vécues avec Teser, mais aussi une cuisine participative qui regroupait des gens de différentes cultures pour préparer et manger ensemble des plats français ou venus d’autres pays. Sans oublier les différentes sorties organisées en interne, comme les visites à la ferme, à l’Opéra, au musée ; des séances de jeux ; et puis, évidemment celles faites avec d’autres associations… surtout avec l’arrivée des scouts aînés de Batignolles, qui ont renforcé l’équipe dans pas mal d’activités pour que les familles ne manquent de rien pendant l’été en termes de provisions alimentaires. Je profite pour partager avec vous ma joie des petites collations de fin d’année célébrées dans les différentes classes de français et d’anglais avec les apprenants et les cadeaux obtenus.

Le « café club » (une activité organisée chaque vendredi soir, y compris en-dehors de l’été, où les étrangers, étudiants ou non, se retrouvent pour partager des moments formidables) m’a aussi permis de rencontrer de nouvelles personnes, en plus des jeunes de mon âge, et de communiquer autour de beaucoup de choses.

Par ailleurs, la fête nationale était une journée extraordinaire. J’ai suivi le défilé sur les Champs-Élysées à la télévision accompagnée de mon tuteur, qui répondait à mes questions. Le soir, autre défilé à Marseille, sur le Vieux-Port ; et pour terminer en beauté, le feu d’artifice. C’était le premier de ma vie : chez moi au Togo, plus précisément à Lomé, on lance des pétards pendant Noël jusqu’au début de chaque nouvelle année. Je ne connaissais pas la différence avec un « vrai » feu d’artifice et j’ai trouvé ça magnifique. J’ai aussi pris quelques jours de vacances pour faire un tour sur certains sites touristiques de Marseille, Toulon, Lille, Roubaix et Calais, jusqu’en Belgique. En bref, je dirai que j’ai passé un excellent été, meilleur que ce que je pouvais imaginer ; et plus les mois de mon service civique avancent, plus je me rends compte de ces temps formidables que je passe avec toutes ces belles personnes qui forment une famille incroyable, que je suis heureuse de connaître ou d’avoir rencontrées, et qui en retour m’aident énormément à grandir dans tous les aspects de ma vie.

Believe (au centre) lors d’une braderie organisée au Parvis du protestantisme, à Marseille : un lieu appartenant au temple de la rue Grignan et accueillant les événements organisés par la paroisse, et par l’association Marhaban© Believe pour Défap

Pour conclure, la rentrée s’annonce à merveille avec la braderie où Marhaban fera découvrir les travaux réalisés par le groupe « couture » de l’association, à travers les articles transformés ou créés à la main, et vendus à petits prix afin que le bénéfice aide à soutenir d’autres projets ou permette de faire des sorties pour les adhérentes qui ne sont jamais allées hors de Marseille. C’est aussi une occasion de porter la parole du Seigneur à autrui par le témoignage et le service à Grignan, en ouvrant le temple au public.

Comme vous pouvez le constater je suis en pleine forme et vis cette opportunité comme jamais avec tout ce que j’apprends. Une fois encore, merci à tous ceux qui nous permettent de trouver notre place en tant que jeune engagé dans l’Église, et aussi dans la société.

Believe (au premier rang) lors de la visite d’Anne-Sophie Macor, du Défap, à Marseille © Believe pour Défap