«Être en mission est une grâce»

Dans son message lu à l’ouverture de l’AG 2019 du Défap, son président, Joël Dautheville, a prolongé l’appel à une «dynamique refondatrice» lancé l’année précédente. «J’ai lancé cet appel comme on jette une bouteille à la mer (…) Cette bouteille à la mer a été ramassée, ouverte et le message lu. Des responsables d’Église ont témoigné de leur intérêt. Cela s’est confirmé par le fait que le Conseil du Défap a décidé d’entrer dans cette dynamique, a validé un processus et a nommé un comité de pilotage.»

Évangéliser, être en mission est une grâce

Une citation : «Les Églises Évangéliques de France (énumérées à l’article 2) remercient Dieu, dont l’amour pour le monde entier se révèle en Jésus-Christ, de les appeler à témoigner de cet amour au-delà de toute frontière et de leur faire la grâce de participer à l’action de l’Esprit Saint pour le salut et le renouvellement de tout homme et de toute la création.»

Oui l’appel au témoignage est une grâce de Dieu. C’est ce qu’affirme d’emblée l’article 1 des Statuts de cette nouvelle structure qu’est désormais le Défap. L’article 2 poursuit cette vision en faisant référence au célèbre texte missionnaire de Matthieu 28/16-20. Texte analysé par Christophe Singer, professeur de théologie à Montpellier, qui voit dans la conjonction de coordination, donc, ce qui fait de l’ordre de mission une grâce accordée même aux disciples douteurs (1).

C’est avec ce rappel fort de la mission à vivre comme grâce de Dieu que je débute ce message. La mission n’est pas un devoir moral pour une Eglise et les fidèles, elle n’est pas une loi contraignante.
Elle est une grâce et une grâce doublée d’une promesse. Le crucifié-ressuscité promet d’être avec ses disciples tous les jours jusqu’à la fin du monde. Ainsi l’Eglise n’a qu’une seule raison d’être :
témoigner en paroles et en actes de la Bonne nouvelle de Jésus-Christ. C’est pourquoi le théologien suisse-allemand Emil Brunner, contemporain et compagnon théologique de Karl Barth, n’hésite pas dire : Une Eglise sans mission démissionne (2).

Églises en crise

L’an dernier, à l’assemblée générale, j’avais évoqué de multiples causes à la crise des Églises en mission et donc au Défap. Cette année, je souhaite apporter un élément plus théologique sur la nature de cette crise. Elisabeth Parmentier, professeur de théologie à Genève, l’exprime quand elle réfléchit à la nature du travail effectué par Gottfried Hammann, ancien professeur de théologie, alsacien également, à Neuchâtel. Pour elle, la thèse centrale de Gottfried Hammann est d’affirmer que l’identité des Eglises de la Réforme est marquée par une « crise » nullement accidentelle, mais constitutive de leur théologie (3).

A la fois juste et pécheur, à la fois sujet de l’interprétation de la Bible et objet de l’interpellation de la Parole etc. le chrétien membre d’une Église issue de la Réforme est constamment dans une tension critique entre plusieurs pôles. Sans entrer plus avant dans cette réflexion, on en déduit que l’identité de ces Églises est toujours en crise sur un plan théologique et ecclésiologique. L’identité d’une Église se traduit dans ce qu’elle fait et dans son témoignage. Dès lors la crise vécue par les Églises et donc par le Défap n’est pas anormale en soi. Il s’agit donc de dédramatiser ce que nous vivons aujourd’hui. Bien sûr les Eglises ont vécu dans leur histoire ancienne ou récente des périodes de crises plus aiguës que d’autres.

L’an dernier à la même époque le Défap connaissait des moments de grande souffrance tant au sein de l’équipe des permanents que des instances. Pourtant, je l’atteste ici, les membres des instances n’ont jamais démissionné de leurs responsabilités. Les permanents n’ont jamais été démotivés au point d’arrêter leur mission. Jamais ils ne se sont arrêtés de travailler. Sauf pendant les vacances ! Et encore ! Merci à toute l’équipe. Une personne entrée récemment au Défap, a découvert à quel point il y avait chez les Secrétaires exécutifs de vraies compétences, de vrais savoir-faire dans le dialogue avec des Eglises et des associations qui vivent parfois au bout du monde. Le Défap en est reconnaissant.

Évangéliser son désir d’évangélisation ; évangéliser sa compréhension de la Mission : les Églises en mission le font constamment dans et par le Défap !

L’un des moments forts de ce type de questionnement se vit lors de la mise en place de la formation des envoyés. De nombreux sujets sont abordés : vie des Églises, l’interculturel, sécurité, place des envoyés dans le dispositif, etc. Cette formation est un formidable moment où des jeunes et des moins jeunes, évangéliques issus des associations portées par le Défap, protestants issus des Églises du Défap, catholiques et agnostiques se côtoient pendant une douzaine de jours. Formidable moment où les confrontations, le dialogue et l’écoute mutuelle font bouger les positions des uns et des autres et permettent à chacun d’être envoyé avec une nouvelle manière de voir la foi chrétienne et sa mission. Un moment évangélisateur en quelque sorte.

A tout moment, les instances et l’équipe du Défap sont confrontés à cette nécessité d’évangéliser la compréhension de la mission et donc à la faire évoluer dans un monde qui change et au service d’Églises qui changent.

L’évolution constante du Défap et de la Cevaa avait été intégrée dès le départ par leurs fondateurs. Le premier président du Défap, Jean Courvoisier, l’exprime quand il conclut un article en écrivant, non sans humour : Malgré toutes les imperfections de nos nouvelles structures qui doivent rester très souples, il faut avancer pas à pas. Il faut essayer de vivre plus et de parler moins. Avec la certitude que nous répondons à un appel de Dieu, nous n’avons qu’à prendre ce que nous avons et partir comme l’a fait Abraham dans la foi au Seigneur (4).
Rappeler que la crise actuelle a, entre autres, deux spécificités :

  • L’arrivée de ce que certains appellent la post-modernité, mot parfois contesté si l’on considère que l’évolution actuelle de la société et des individus n’est qu’une phase de la modernité toujours à l’oeuvre. Une définition de cette supposée post-modernité fait réfléchir. Le philosophe Jean-François Lyotard la définit ainsi: Le post-modernisme se caractérise par une incrédulité nouvelle envers les grands récits scientifiques et philosophiques susceptibles de fournir une explication globale du monde et de la société (5). J’ajoute la montée de l’individualisme qui conduit une personne à s’ériger comme l’autorité dernière en matière d’opinion et d’engagement. Cette attitude change profondément le type de relation d’une telle personne avec l’autorité, entre autres, ecclésiale et donc missionnaire.
  • La mondialisation des échanges, la post-modernité, la montée en puissance de l’individu impactent les Églises et conduisent à transformer la manière d’être en mission. Au XIX° ont été créées des sociétés missionnaires marquées par des personnes très engagées d’une part et d’autre part engagées pendant une grande partie de leur vie, (Albert Schweitzer, Eugène Casalis, Maurice Leenhardt, François Coillard et tant d’autres plus ou moins anonymes). Elles évoluent en agences missionnaires avec des personnes qui souhaitent des envois courts. Celles-ci sont alors recrutées davantage pour leurs compétences que pour l’adhésion à une confession de foi. Cette évolution correspond à l’intégration de la mission dans les Églises d’où la création du Défap et de la Cevaa. Le missiologue Bryan Knell voit arriver une 3ème étape de transformation avec l’émergence d’institutions ayant pour objectif d’être des consultants missionnaires. Celles-ci mettent leurs compétences et leur expertise acquises depuis très longtemps au service des communautés locales. D’où ma question à notre Assemblée générale : le Défap est-il déjà un consultant missionnaire ou doit-il aller de l’avant dans cette orientation ?

L’appel au Défap à entrer dans une dynamique refondatrice participe de cette crise que constitue le fait de se questionner sur le type de mission à entreprendre.

L’an dernier, j’ai lancé au Défap et aux Églises membres un appel à entrer dans une dynamique refondatrice du Défap. J’ai lancé cet appel comme on jette une bouteille à la mer ne sachant pas si cet appel rencontrerait un écho ou non. Il était fondé sur quelques constats toujours actuels et qui ne sont pas des jugements de valeur. Je pense, entre autres, au fait que les églises locales et les paroisses connaissent de moins en moins le Défap et ne manifestent guère l’envie de le connaître. Les Églises membres connaissent des difficultés financières ce qui se répercutent sur les finances du Défap. D’où une question : faut-il augmenter la part des fonds extérieurs, laquelle est bien réduite aujourd’hui ? Les Églises manquent d’étudiants en théologie issus de leur rang et de pasteurs. Tout cela rend plus aiguë leur questionnement au sujet de la vocation du Défap. Ce questionnement impacte naturellement les missions de l’équipe du Défap. Joël, où va le Défap ? Où doit-il aller ? m’a-t-on demandé ? Le comité de pilotage souhaite que l’AG soit un lieu où on puisse dire que le Défap porte des fruits. Non pas dans une sorte survalorisation de l’institution, mais dans l’esprit de montrer que les ressources financières et humaines des Églises donnent des fruits. Ce sera le but de l’échange prévu cet après-midi.

Cette bouteille à la mer a été ramassée, ouverte et le message lu. Des responsables d’Église ont témoigné de leur intérêt. Cela s’est confirmé par le fait que le Conseil du Défap a décidé d’entrer dans cette dynamique, a validé un processus et a nommé un comité de pilotage. Il a lui-même fait deux séances de travail au conseil de Janvier animées par Bernard Dugas que nous remercions. Ces séances ont permis d’exprimer des souhaits, des avancées, des questions. Le Conseil du Défap a également validé le fait que l’AG d’aujourd’hui participe à l’enrichissement du débat grâce, notamment, aux intervenants de cet après-midi et aux échanges qui suivront. Le Conseil a validé aussi le principe d’organiser le 11 octobre prochain un colloque ou journée de réflexion et d’éditer un cahier préparatoire. Cette rencontre s’adresse, entre autres, aux responsables nationaux et régionaux des Églises membres. Seront invités des témoins et un sociologue pour poursuivre la démarche autour de la thématique : Quel moyens ou quel outil pour quelle mission-Parole aux Églises. Une réflexion sur la tenue d’un forum du Défap avec un public plus large est envisagée en 2020. Le Défap se met ainsi en mode écoute des uns et des autres.

Le but final est de permettre au Conseil de tirer de ces échanges quelques grandes orientations qui, grâce aux nombreuses expériences accumulées depuis longtemps seront l’apport du Défap à la réflexion sur la dynamique refondatrice. Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’EPUdF a attiré notre attention sur le danger qu’il y a pour le Défap à s’auto refonder. En effet ce sont les Eglises, à travers les Assemblées Générales, qui peuvent proposer des modifications de structure. Ceci nécessite une bonne articulation entre les Eglises-institutions et l’institution du Défap laquelle est composée des délégués des Églises.

En forme de conclusion : tout le monde a besoin de tout le monde. Toutes les Églises ont besoin de toutes les Églises. Il s’agit de sortir de l’entre soi ecclésial, culturel, national.

Devant les défis missionnaires qui émergent, il est illusoire de penser qu’une Église particulière, qu’elle soit du Sud, de l’Est, de l’Ouest ou du Nord peut le relever seule d’autant qu’il y a des Églises dites du Sud au nord, à l’Est et à l’Ouest et réciproquement. Toutes les Églises ont besoin de toutes les Eglises car le christianisme est devenu une religion mondialisée. Les Églises se voient et vivent entre elles dans un lien d’interdépendance plus marqué, l’interculturel et l’interreligieux posent des questions nouvelles. Avec ses compétences, le Défap a une carte importante à jouer dans ce contexte au service des Églises membres.

Le chantier est immense. Ne l’oublions pas, les Églises en mission reçoivent toujours la grâce d’être appelées au témoignage ici comme au loin. Elles reçoivent la grâce d’être liées les unes aux autres dans une écoute partagée de l’évangile. Elles entendent la promesse du Christ d’être toujours auprès d’elles.

Bonne AG à toutes et à tous

 

1 Ibid p.231
2 « L’impératif missionnaire » par Frédéric Rognon Revue Lire et Dire, n°78, 2008
3 « Histoire et herméneutique Mélanges offert à Gottfried Hamman » Labor et Fides 2002 p.289
4 Journal des missions évangéliques, n°9-10, oct-nov-déc 1971
5 Cité par Kai Funkerschmidt, pasteur de l’Eglise évangélique de Rhénanie et membre d’une structure de coopération
missionnaire entre mission intérieure et mission extérieure lors d’un forum du Défap « Comportements individuels et
changements dans la mission » cahier post-forum Défap 2004




30 mars 2019 : la refondation au cœur de l’AG du Défap

Il y a un an, lors de l’Assemblée générale 2018, le président du Défap, Joël Dautheville, lançait un appel à une «dynamique refondatrice». Le chantier a été lancé au sein du Service protestant de mission, et il touche tous les domaines : réorganisation de l’équipe, réflexions sur les partenariats et sur ce qu’implique la mission aujourd’hui… L’AG 2019, prévue cette année le 30 mars, sera notamment l’occasion de faire le point sur le travail en cours.

Vue du déroulement d’une AG du Défap © Défap

 

Par définition, la mission – y compris dans son acception profane – suppose un but à atteindre ; elle implique des efforts à accomplir et des difficultés à surmonter… Il n’y a pas de mission qui aille de soi. C’est d’autant plus vrai dans le domaine missionnaire – et plus encore aujourd’hui. Tous les organismes missionnaires sont poussés à mener des réflexions approfondies sur leur rôle, leurs moyens, leurs domaines d’intervention – et au-delà, sur ce qu’implique la mission aujourd’hui. Tous ont été amenés à se réformer pour pouvoir adapter leur action dans un monde qui bouge, dans des sociétés qui se transforment de manière rapide et radicale : c’est ce qui s’est produit en Europe du Nord, ou plus récemment en Suisse, avec les nouvelles orientations annoncées par DM échange et mission. Cette nécessaire adaptation sera bien sûr au menu de l’Assemblée générale du Défap, qui se tient le samedi 30 mars 2019. Le processus de refondation du Service protestant de mission figure au programme d’une bonne partie de l’après-midi.

Comment parler de la mission en Europe aujourd’hui, comment répondre aux défis du monde actuel comme, par exemple, celui de la participation des Églises aux grands débats de société, celui de la relation aux exclus, aux migrants, celui de la sauvegarde de la création ? Quel témoignage porter dans une société où les Églises, en tant qu’institutions, sont en perte d’influence pendant que se développent des formes de religiosité hors institutions ? Quelles relations trouver entre Églises – celles qui sont implantées dans notre pays de longue date, celles qui s’y implantent, parfois avec un projet ouvertement missionnaire, et celles établies au loin, avec lesquelles existent des relations de longue date ? Quelle place pour les échanges de personnes dans ces relations entre Églises, quelle place pour la solidarité internationale ? Quels équilibres trouver entre témoignage et action concrète ? Quelles relations avec les autres chrétiens, avec les autres religions ? Aucune de ces questions n’est vraiment nouvelle, mais elles se posent d’année en année avec plus d’acuité. «De façon récurrente», soulignait en 2017 Marc Frédéric Muller (un ancien de l’équipe du Défap) dans un numéro de Perspectives missionnaires consacré aux relations entre Témoignage et diaconie, «on a pu considérer la mission comme une entreprise de conquête des âmes et d’appel à la conversion, sans l’associer nécessairement à un mouvement de sollicitude envers les personnes en situation de fragilité, malades, nécessiteuses ou persécutées. Cette conception réductrice de l’évangélisation semble pourtant bien souvent démentie par l’histoire des sociétés missionnaires qui, avant de construire un édifice pour le culte, avaient à cœur de bâtir une école ou un dispensaire, et se sont engagées pour l’émancipation».

Un aperçu du travail en cours

Pour aller plus loin :

Au Défap, ce chantier est déjà lancé depuis de nombreux mois. Certaines étapes sont bien visibles et identifiables : ainsi, il y a un an, au cours du mois de mars 2018, le président du Service protestant de mission appelait lors de son message d’ouverture de l’Assemblée générale à une «refondation». D’autres sont plus discrètes, comme les rencontres entre organismes missionnaires : au début du mois de mai 2018 a ainsi eu lieu à Sète une rencontre entre les Secrétariats de la Cevaa – Communauté d’Églises en Mission, du Défap, et de DM-échange et mission. Deux mois auparavant, c’est à Strasbourg et à l’initiative de l’UEPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine), que s’était déroulée une autre rencontre à laquelle participait le Défap avec quatre organismes missionnaires : la mission de Hermannsburg, Mission 21, la Société luthérienne de mission, l’Action Chrétienne en Orient. Son thème : «Mission, aide au développement, solidarité internationale… le cœur de métier des œuvres et comment l’appeler aujourd’hui». Au cours des mois écoulés, le Défap a également eu l’occasion de recevoir des représentants de la mission norvégienne.

Moins visible encore, mais fondamental, est le travail de réflexion qui se déroule depuis des mois au Défap, et auquel tous les permanents de l’équipe sont associés. Organisation du travail, synergies entre les services, articulation entre la mission au près et la mission au loin : tous les thèmes sont abordés. Le Défap, qui prépare un prochain forum sur la mission, a aussi été associé à des rendez-vous de réflexions et de débats sur cette même thématique. Il a participé à l’organisation, en novembre 2018, du forum de la revue Perspectives missionnaires à la maison du protestantisme, au 47 rue de Clichy, à Paris ; il était aussi impliqué dans le deuxième forum sur la mission intégrale, organisé par Connect MISSIONS et ASAH, qui s’est tenu à Sainte Foy-lès-Lyon au cours du week-end des 8 et 9 mars 2019. Et qui a notamment illustré, une nouvelle fois, ce constat fait lors de la première édition en 2016 : celui d’une mission devenue multiforme et multidirectionnelle, et dans laquelle l’action sociale et humanitaire est devenue primordiale.

Un processus qui se veut transparent, en lien avec les Églises pour lesquelles cette question de la mission aujourd’hui, et de ses relations avec l’évangélisation, est devenue centrale : c’est dans cette optique qu’a été mis en ligne sur le site du Défap le dossier «Mission : refondation !», qui présente un certain nombre de textes issus des instances du Défap ou des permanents de l’équipe, discutés en Conseil ou partagés lors des réunions hebdomadaires de travail… Mais aussi des articles sur les forums auxquels le Défap a été associé, ou des points de vue de praticiens de la mission… Des textes qui interpellent, des textes pour s’interroger ; des textes qui montrent les débats en cours au Défap, et dessinent les contours d’une mue en train de se faire.




Courrier de mission : Christiane Nyangono, du Cameroun à Caen

Nous poursuivons notre série de témoignages diffusés par la radio Fréquence Protestante, au cours de l’émission Courrier de Mission, consacrée au Défap et animée par Valérie Thorin. Cette semaine, Christiane Nyangono, pasteure à Caen, venue du Cameroun. Elle évoque son enfance, la façon dont sa foi a été mise à l’épreuve, son arrivée en France.

Christiane Nyangono © DR

 

Christiane Nyangono, du Cameroun à Caen

«Courrier de mission» du 27 février 2019.
Émission consacrée au Défap, animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

Nous poursuivons notre série de « Courrier de mission » consacrés aux témoignages. Témoigner, c’est parfois une nécessité, mais c’est aussi une forme de partage, un récit qui permet à celui qui le reçoit de réfléchir, de comprendre. Chaque expérience est riche d’enseignements et parfois, elle nous renvoie comme en miroir à ce que nous sommes, et à ce que nous voudrions être.

Au chapitre 5 de l’Évangile de Marc, voici ce que disent les versets 18 à 20 :

Comme il montait dans la barque, celui qui avait été démoniaque l’implorait, afin de rester avec lui.

Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit : Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t’a fait et comment il a eu pitié de toi.

Il s’en alla et se mit à publier dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et tous étaient dans l’admiration.

 

Au Forum qu’avait organisé le Défap en 2016 plusieurs personnes sont venues témoigner de leur expérience comme envoyés. Pasteurs, volontaires de la solidarité internationale, ils et elles sont venus raconter ce qui leur était arrivé avant, pendant et après leur mission. Ils ont aussi parlé de leur foi, et de la façon dont elle les a portés vers un ailleurs, et vers autrui.

Le témoignage que vous pouvez entendre est celui de Christiane Nyangono, pasteur.

Pour aller plus loin :



«La Marche du siècle» : appel à marcher pour la justice climatique

Jamais la lutte contre le réchauffement climatique n’aura autant mobilisé en France sur un laps de temps aussi court. Alors que ce vendredi 15 mars, des lycéens manifestent en suivant l’appel à la Grève Mondiale pour le climat lancé par la Suédoise Greta Thunberg, 140 organisations, de Greenpeace France à la Fondation Nicolas Hulot, appellent à une «Marche du Siècle» le samedi 16 mars 2019 partout en France. La Fédération protestante de France, dans la lignée de son engagement pour la justice climatique, invite à y participer.

Première Marche pour le Climat, Paris, devant l’Hôtel de Ville © GodefroyParis, via Wikimedia Commons

 

Dans la continuité de son engagement en faveur de la justice climatique et face au contexte d’une action pour le climat dramatiquement insuffisante, la Fédération protestante de France (FPF) invite à participer à la «Marche du Siècle» qui se déroulera le samedi 16 mars 2019 dans près de 200 villes en France (voir les divers lieux dans la carte ci-dessous).

La Fédération s’alarme en effet du fossé qui sépare les besoins et les perspectives en matière de réductions d’émissions de gaz à effet de serre en France et dans le monde, qui détermine une trajectoire de réchauffement d’environ 3 °C en 2100, et davantage ensuite. Les conclusions du rapport spécial du GIEC (voir vidéo ci-dessous) sur les 1,5 °C de réchauffement moyen global ont rappelé la gravité de l’enjeu pour nos sociétés et pour la préservation du vivant.

Développer des alternatives

Pour aller plus loin :

Consciente que ce sont d’abord les plus vulnérables, dont les plus pauvres, qui souffrent et souffriront des dérèglements climatiques dans notre pays et ailleurs, aujourd’hui et demain, la FPF y discerne une véritable question d’équité et de solidarité : les engagements écologiques, sociaux et pour la jeune génération vont ensemble.

La Marche du Siècle pourra être l’occasion de manifester, entre autres, pour la nécessité d’une revue à la hausse drastique et urgente de l’ambition de tous les acteurs, dont en particulier les décideurs politiques et économiques, en vue d’un futur possible où nous avons tout à gagner : santé, emplois, démocratie, diversité du vivant, vie digne pour toutes et tous.

La Marche offre aussi l’opportunité de signifier que nous sommes prêts à aller plus loin et à développer les alternatives main dans la main avec d’autres ; la dynamique du label oecuménique français « Église verte » en témoigne, où plus de 230 communautés chrétiennes se sont mobilisées en à peine 18 mois.

Retrouvez sur cette carte les lieux des principales manifestations prévues ce samedi :

 

Et retrouvez dans cette vidéo un résumé, établi par Météo France, du rapport spécial du GIEC, qui a été rendu public en octobre 2018 :




Le multiculturalisme de l’Église protestante unie de Besançon

Suite de notre série de portraits de paroisses sur le site du Défap : après Marseille-Grignan, nous partons cette semaine à Besançon. Dans cette ville, deux temples pour l’Église protestante unie : l’un au bord du Doubs, dans la Tour historique du Saint-Esprit ; l’autre situé à Gray, à 45 km de Besançon, dans une petite chapelle construite en 1968 par de jeunes protestants allemands… Une série proposée par Marie Piat, en partenariat avec Regards Protestants.

Un culte à Besançon © Marie Piat

 

«Un temple situé 5, rue Goudimel, cela ne s’invente pas», se plaît à raconter Emmanuelle Seyboldt, l’un des deux pasteurs, avec Pierre-Emmanuel Panis, de l’Église protestante unie de Besançon [NDLR : l’article a été rédigé en janvier 2017, soit quatre mois avant l’élection d’Emmanuelle Seyboldt à la présidence du conseil national de l’EPUdF]. Claude Goudimel, un compositeur enfant de la Réforme, né probablement à Besançon vers 1514-1520 où il fut maître de chapelle, et célèbre pour son Psautier Huguenot. Quelques psaumes et batailles religieuses plus tard, c’est en 1848  que l’Église protestante unie de Besançon s’installe dans la Tour du Saint-Esprit, dont les fondations remontent à 1200. Une église constituée tout d’abord par une communauté suisse, puis renforcée par des Alsaciens fuyant l’Alsace après la guerre de 1870. Sans doute les prémices d’un multiculturalisme qui caractérise tout particulièrement la paroisse aujourd’hui (1). « Notre communauté composée d’environ 700 familles est devenue multiple. C’est pourquoi nous organisons depuis trois ans en mai un grand culte multiculturel. Dénommé le culte du monde entier  pour que chacun s’exprime dans sa langue natale », explique Emmanuelle Seyboldt. Un culte qui nécessite beaucoup de préparation, avec les textes bibliques lus dans chacune des langues, le texte traduit apparaissant sur l’écran. Y compris les chants rédigés en phonétique afin que chacun puisse chanter. En mai 2016, ce sont quelque vingt nationalités différentes qui se sont ainsi exprimées, issues d’Afrique, d’Asie et d’Europe. « Un culte beau, émouvant, très apprécié, qui fait vivre et ressentir l’église universelle», se réjouit notre pasteur.

KT pour adultes

Pour aller plus loin :

La paroisse compte, en outre, de plus en plus de nouveaux membres qui n’étaient pas, à l’origine, protestants mais qui ont souhaité se rapprocher du protestantisme. « La tendance reste récente, précise Emmanuelle Seyboldt, mais se confirme bel et bien. Ces nouvelles familles représentent désormais environ 20% des pratiquants, parmi ceux qui viennent régulièrement au culte le dimanche. » Autant de personnes qui peuvent puiser parmi les nombreuses activités de la paroisse. Pour les jeunes tout d’abord. Le catéchisme se déroule le dimanche toute la journée, une fois par mois en raison des distances (les paroissiens habitent dans un rayon de 50 km autour de Besançon). L’éveil à la foi et l’école biblique ont lieu deux fois par mois durant le culte. Les lycéens, environ une quinzaine, se réunissent quant à eux un samedi soir chaque mois tout en pouvant participer à Pâques à un voyage d’une semaine à Taizé. En perspective, la création d’un groupe pour les étudiants.

Ce sont aussi deux groupes de maison, plutôt axés sur les personnes âgées, qui se réunissent une fois par mois. L’un sur le plateau d’Ornans, l’autre à Besançon. Au programme également, des études bibliques œcuméniques avec les communautés catholique et baptiste tant à Besançon qu’à Gray sous la direction d’un pasteur et d’un prêtre. Et, dans le cadre de l’amitié judéo-chrétienne, la paroisse participe une fois par an au « Concert des Psaumes », autour d’un thème : la création en 2016, et le service en mars prochain. Des psaumes choisis ensemble par les chefs de chœur des différentes confessions, juive, catholique, protestante et orthodoxe.

Enfin, l’équipe pastorale lance, pour la première fois cette année, un parcours de catéchisme pour adultes suivant la méthode Alpha. Soit huit séances entre mars et mai prochains avec exposé, questions-réponses et repas partagé. La paroisse avait déjà organisé avec succès, en 2014, un parcours Alpha Couples qui avait débouché … sur un mariage et un baptême d’adulte ! 2017 sera aussi l’occasion d’organiser un voyage sur les traces de Luther en Allemagne. Une année riche en événements qui pourrait marquer un tournant dans la vie pastorale d’Emmanuelle Seyboldt pressentie pour devenir Présidente du Conseil National de L’Église protestante unie de France, en remplacement de Laurent Schlumberger. Après un parcours multiple, d’une mission à l’autre dans différentes régions de France, cette mère de famille nombreuse se mettra en chemin pour répondre à ce nouvel appel.

Marie Piat,
Regards sur les paroisses,
13 janvier 2017

 

 

(1) Église Protestante Unie de Besançon : 5, rue Goudimel- 25000 Besançon. 03 81 81 37 75.
Temple de Gray : 28 ter avenue des Capucins, 70100 Gray (même téléphone)
https://www.eglise-protestante-unie.fr/besancon-et-environs-pA0711



N’oublions pas les chrétiens d’Orient !

L’audition ce mercredi au Sénat du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur la situation des chrétiens d’Orient et des minorités au Moyen-Orient, intervient deux mois après la remise, le 3 janvier à l’Élysée, d’un rapport commandé par Emmanuel Macron sur ce même thème. Un signe de plus d’une volonté de s’engager en faveur des chrétiens d’Orient. Depuis longtemps, des organismes entretiennent des liens entre communautés chrétiennes en France et en Égypte, en Syrie, au Liban… C’est notamment le cas de l’Action Chrétienne en Orient, proche partenaire du Défap.

Photo d’ouverture : cette fillette fait partie d’une famille chrétienne qui a dû fuir la Syrie vers le Liban – octobre 2015 © Albert Huber, président d’ACO

 

Ce mercredi 6 mars 2019, à partir de 17h30, les sénateurs de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées entendent Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, sur la situation des chrétiens d’Orient et des minorités au Moyen-Orient, en commun avec le groupe de liaison, de réflexion, de vigilance et de solidarité avec les chrétiens, les minorités au Moyen-Orient et les Kurdes. Un signe de plus d’une volonté politique affichée de venir en aide aux chrétiens d’Orient… Cette audition intervient deux mois après la remise, le 3 janvier à l’Élysée, d’un rapport commandé par Emmanuel Macron. L’objectif assigné par le chef de l’État était clair : «Renforcer l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région.» L’auteur de ce rapport, Charles Personnaz, magistrat à la Cour des comptes, indiquait alors au cours d’un entretien sa conviction que si les populations chrétiennes devaient disparaître de ces régions du monde, «le Moyen-Orient se retrouverait sans doute dans des situations de conflit pires qu’aujourd’hui.»

À plusieurs reprises avant cela, le chef de l’État avait déjà insisté sur la vocation protectrice de la France à l’égard des chrétiens d’Orient. À l’Institut du monde arabe, il déclarait ainsi le 25 septembre 2017 : «Je veux dire aux chrétiens d’Orient que la France est à leurs côtés, que notre priorité sera bien la défense de leur histoire.» Et aux Bernardins, le 9 avril 2018 : «Nous avons hérité historiquement du devoir de les protéger.»

«Les chrétiens d’Orient, facteurs de dialogue et de paix»

Pour aller plus loin :

Chaque année, l’ACO publie un magazine, Le Levant, dont vous pouvez découvrir les derniers numéros ici :

Le conflit syrien et, plus encore, l’apparition de Daech ont poussé beaucoup de Français, chrétiens ou non, à une prise de conscience à partir de l’année 2014 du sort des chrétiens d’Orient. En témoigne le succès de l’exposition Chrétiens d’Orient : deux mille ans d’histoire organisée à Paris par l’Institut du monde arabe, avec près de deux cent mille visiteurs. Bien sûr, il existe déjà des liens entre communautés chrétiennes entre l’Europe et le Moyen-Orient : la plus importante étant, côté catholique, l’Œuvre d’Orient, qui était d’ailleurs partenaire de l’exposition à l’Institut du monde arabe. Il existe aussi des relations côté protestant : l’ACO (Action Chrétienne en Orient), partenaire direct du Défap, en est le meilleur exemple.

L’ACO a été créée en 1922 par le pasteur Paul Berron. Témoin direct du génocide arménien au XXème siècle et du calvaire des survivants, il a vécu au Moyen-Orient entre 1915 et 1918. Aujourd’hui, en Égypte, en Syrie, au Liban mais aussi en Europe, l’ACO travaille au développement et au renforcement des communautés chrétiennes, ainsi qu’au défi que représente la cohabitation entre chrétiens et musulmans. L’ACO apporte un soutien financier, parfois en envoyant des personnes, organise des rencontres, fait un travail d’information. L’ACO collabore de manière quasi quotidienne avec le Défap, notamment pour l’envoi des volontaires en Égypte, au Liban… Depuis l’origine, elle a popur directeurs des pasteurs de l’UEPAL, Église membre du Défap qui lui apporte un soutien déterminant. L’EPUdF reconnaît aussi l’action de l’ACO, et la Fédération Protestante la considère comme son «expert» pour le Moyen Orient.

Présents depuis l’origine du christianisme, les chrétiens d’Orient ont été souvent victimes de discriminations et de violences, mais ils représentent encore aujourd’hui des communautés vivantes et dont la présence aide au vivre ensemble. Comme le soulignait le 13 mars 2018, dans une question au gouvernement, Gwendal Rouillard, deputé LREM du Morbihan et co-président à l’Assemblée du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient, ces derniers «représentent hier comme aujourd’hui un facteur de dialogue et de paix. Par exemple, je rappelle qu’au Liban, il existe des villages chrétiens/sunnites et chrétiens/chiites mais qu’il n’existe aucun village sunnites/chiites. Pour nous, les chrétiens doivent continuer à jouer ce rôle de médiateur au nom de la diversité culturelle.» Or au début du XXème siècle, au Moyen-Orient, un habitant sur quatre était chrétien ; ils ne sont plus désormais que 11 millions parmi 320 millions de musulmans (soit un sur 30), partout minoritaires et contraints de chercher la protection des pouvoirs en place pour continuer à exister.




Carême protestant : six rencontres avec Jésus

Chaque dimanche sur France Culture, du 10 mars au 14 avril 2019, de 16h à 16h30, partagez les expériences de Pierre, Marie-Madeleine, Thomas, Nicodème… touchés et transformés dans leur vie par une rencontre : celle de Jésus. Ces conférences diffusées dans le cadre de l’émission «Carême Protestant» seront assurées par le pasteur Bruno Gaudelet, de l’Église Protestante Unie de France de Neuilly-sur-Seine.

Illustration pour Carême Protestant © EPUdF

 

Carême et protestantisme semblent ne pas vraiment aller ensemble, si on l’envisage de manière stricte et sous la forme d’un jeûne, et associer les deux termes comme le fait Carême protestant dans une série de conférences diffusées chaque année sur France Culture ne peut qu’impliquer une pratique bien différente.

Le Carême ne fait pas partie de l’histoire protestante, ni de sa pensée. Les Réformateurs ne l’ont pas pris en considération et le terme est absent de l’encyclopédie du protestantisme. C’est ce que montre le fait d’avoir plaqué l’imitation des quarante jours de jeûne de Jésus au désert du début de son ministère (Matthieu 4.2) sur une même période avant l’anniversaire de sa mort et de n’avoir pas intégré les dimanches qui célèbrent la résurrection. Les conférences de carême inaugurées par le pasteur Boegner en 1928 à la radio qui s’appellent depuis 1981 «Carême Protestant» montrent la démarche des protestant pour s’approprier cette période. C’est un temps de réflexion assidue pour mieux accueillir en soi le paradoxe que représente le Salut apporté par celui qui meurt sur une croix et qui manifeste la justification par Dieu de tous ceux qui croient, s’en remettent à Dieu pour donner du sens à leur vie.

Cheminer avec six personnages touchés dans leur existence…

Ces émissions sont donc en soi un indice, une manifestation du fait que depuis des années, les protestants retrouvent l’utilité de ce temps précédant Pâques. Il n’existe, bien entendu, aucune règle institutionnelle en la matière. Mais le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien…

L’histoire de Carême protestant

1928
Le Pasteur Boegner présente sa première conférence dans sa paroisse de l’Annonciation. Il sera suivi par bien d’autres pasteurs. Pendant l’occupation, le Pasteur Boegner se battra avec la censure allemande pour que ses conférences soient retransmises par la radio. Il gagnera. Les retransmissions n’avaient pas le retentissement qu’elles ont actuellement ; les postes de radio n’étaient pas aussi nombreux.

1981
Le titre de « Carême protestant » apparaît pour la première fois – une trouvaille qui va faire une percée fulgurante dans tous les milieux et qui est maintenant déposée comme une marque. Peu à peu, le cercle des auditeurs de toutes confessions s’agrandit et comprend 25% de catholiques intéressés par la pensée protestante. Les conférences sont éditées en brochures, en cassettes audio et en CD qui connaissent un bon succès. « Carême protestant » fait partie des émissions satellites de France Culture qui couvrent l’Europe et le bassin méditerranéen, jusqu’en Égypte.

Depuis 1997
« Carême protestant » a son propre site internet, et les prédications sont proposées en intégralité aussitôt après Pâques.

Cette année, les conférences diffusées dans le cadre de «Carême Protestant» seront assurées par le pasteur Bruno Gaudelet, de l’Église Protestante Unie de France de Neuilly-sur-Seine. Du 10 mars au 14 avril 2019, chaque dimanche sur France Culture, de 16h à 16h30, vous pourrez, à travers ces émissions, cheminer avec six personnages touchés dans leur existence par leur rencontre avec Jésus. Solidement étayées par l’exégèse biblique, ces relectures narratives, de facture théâtrale, nous feront partager les remises en cause intérieures de ces premiers témoins selon leur ancrage social et théologique.

En chemin vers Pâques, que ces conférences vous donnent d’entrer dans l’espérance ! À écouter dès dimanche et jusqu’à début avril sur France Culture (rediffusion sur Fréquence Protestante le lundi suivant à 21h30, ou en podcast sur le site de France Culture) :

Six figures narratives pour dire et entendre autrement l’Évangile

  • 10 mars : LE TÉMOIGNAGE DE PIERRE

Apprendre à se pardonner soi-même
Luc 5.1-11, Marc 8.27-33, Matthieu 26. 69-75, Jean 21.14-25

  • 17 mars : LE TÉMOIGNAGE DE MARIE-MADELEINE

La Bonne Nouvelle qui relève
Luc 8.1-3, Jean 20.1-18

  • 24 mars : LE TÉMOIGNAGE DE THOMAS

Croire au-delà du voir
Jean 11.16, 14.1-14 et 20.24-31

  • 31 mars : LE TÉMOIGNAGE DE NICODÈME

Il faut naître de nouveau
Jean 3.1-12 et 19.38-42

  • 7 avril : LE TÉMOIGNAGE DE PAUL

De la haine à l’amour
Actes 9.1-22, 1 Corinthiens 15.1-11, 2 Corinthiens 11.18-32, Galates 1.11-24

  • 14 avril : LE TÉMOIGNAGE DE JÉSUS

Père me voici !
Matthieu 26.36-46, Marc 14.32-42, Luc 22.39-46

 




Togo : «Les causes de la crise sont toujours là»

En dépit d’une relative accalmie depuis les législatives de décembre 2018 au Togo, les risques d’un regain de tension politique sont bien réels. Comlan Prosper Deh, présent à Paris à l’occasion d’une réunion du Réseau œcuménique sur le Togo qui s’est tenue au Défap, met en garde : «Les mois qui viennent, marqués par l’organisation de la prochaine élection présidentielle, risquent d’être déterminants.»

Comlan Prosper Deh à Paris, à l’issue de la réunion des partenaires du Réseau œcuménique sur le Togo © Cevaa

 

Quel bilan peut-on tirer de cette réunion à Paris des membres du Réseau œcuménique sur le Togo ?

Comlan Prosper Deh, coordinateur du PAOET (Projet d’Accompagnement Œcuménique pour le Togo) : Cette réunion à Paris était la première depuis longtemps. Le Réseau œcuménique sur le Togo se réunit une année sur deux au Togo, et l’autre année dans l’un des pays dont viennent les partenaires du projet : dernièrement, c’était souvent l’Allemagne. Nous avons été heureux de l’accueil réservé par Jean-Luc Blanc, qui nous a mis dans de bonnes conditions pour travailler, et qui nous a réaffirmé son engagement en faveur du Togo. Nous estimons aussi que la Cevaa et le Défap restent des membres importants du Réseau œcuménique sur le Togo, même s’ils ne contribuent pas actuellement au budget du PAOET. Cela implique que la solidarité qui existe entre les membres du réseau n’est pas uniquement liée aux finances : il s’agit plus de témoigner leur soutien envers le peuple du Togo.

L’objet de cette rencontre était de faire le point sur les activités menées par le PAOET depuis mai 2018 – date de la dernière rencontre. Il s’agissait aussi d’échanger sur la situation politique du Togo et sur les défis qu’elle pose. Et de plancher sur les grandes lignes du prochain programme triennal du PAOET, qui démarre au 1er juillet 2019. Il s’agissait enfin de revenir sur l’état financier du PAOET. Participaient à cette réunion le Défap, la Cevaa, Pain pour le Monde, la Mission de Brême, DM-échange et mission mais aussi le Conseil œcuménique des Églises. Sans oublier bien sûr les deux Églises du Togo : l’EEPT et l’EMT, toutes deux membres de la Cevaa, et les responsables du PAOET. Compte a été rendu du processus de recrutement d’un nouvel Accompagnateur œcuménique lancé depuis janvier 2019. Plusieurs noms ont été soumis à l’appréciation du réseau. Le prochain Accompagnateur œcuménique prendra ses fonctions début juillet 2019 ; s’ouvrira alors une période de tuilage pour faciliter ce changement à la tête du projet.
 

Que peut-on dire actuellement de la situation politique du Togo ?

Pour aller plus loin :

Comlan Prosper Deh : Les élections législatives se sont tenues le 20 décembre. Avant cela, la feuille de route de la CEDEAO, approuvée par les chefs d’État d’Afrique de l’Ouest réunis à Lomé le 31 juillet 2018, avait été rendue publique. Elle comportait diverses recommandations, notamment en matière de réformes constitutionnelles et institutionnelles : parmi elles, un scrutin présidentiel à deux tours, une limitation du nombre de mandats présidentiels à deux, la réforme de la Cour constitutionnelle, dont les membres devraient être élus pour un seul et unique mandat de sept ans. Figurait aussi dans ces recommandations une réforme de la CENI, la Commission électorale nationale indépendante, pour y intégrer les membres de l’opposition. Les chefs d’État de la CEDEAO ont également recommandé un recensement électoral général, ainsi que le vote des Togolais de la diaspora, et des mesures d’apaisement, avec la remise en liberté des personnes arrêtées lors des manifestations politiques.

La mise en oeuvre de ces recommandations a connu beaucoup de difficultés. Je citerai deux exemples : la question de la recomposition de la CENI et le recensement général.

  • en ce qui concerne la CENI, contrairement à ce qui avait été demandé par les chefs d’État de la CEDEAO, les députés de l’Assemblée nationale, dominée par le parti du chef de l’État togolais, n’ont pas voulu voter pour que des représentants de l’opposition y soient présents. À la place, l’Assemblée a voté pour qu’y siègent des représentants de l’Union des Forces du Changement (UFC), un parti qui est membre du gouvernement mais qui continue à se revendiquer de l’opposition. Il a fallu l’intervention du président du Ghana, le président Nana Akufo-Addo, facilitateur de la crise togolaise, pour obtenir un vote de l’Assemblée favorable à cette réforme. Mais les représentants de l’opposition finalement désignés pour siéger à la CENI n’y sont jamais allés : leurs partis ont estimé qu’ils ne devaient pas prêter serment devant la Cour constitutionnelle, dont ils contestaient la composition. Il fallait donc, selon eux, procéder d’abord à la réforme de la Cour constitutionnelle.
  • en ce qui concerne le recensement, il a été organisé de façon unilatérale, sans participation des partis de l’opposition, puisqu’ils ne siégeaient pas à la CENI ; or c’est la CENI qui est le maître d’œuvre de ce recensement. Il y a donc de fortes suspicions sur la fiabilité de la liste électorale telle qu’elle a été établie.

C’est dans ces conditions qu’ont été organisées les élections législatives du 20 décembre. De nombreuses organisations de la société civile, mais aussi des représentants de diverses confessions religieuses – catholiques, protestants, musulmans – ont estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour aller voter. Il fallait à leurs yeux d’abord procéder aux réformes, afin de s’assurer qu’il n’y aurait pas de contestation après les élections. Pour ces organisations et ces confessions religieuses, aller aux élections dans ces conditions ne pouvait apaiser la crise togolaise ; pire, cela risquait de déboucher sur de nouvelles violences, dans la mesure où l’opposition voulait empêcher la tenue du scrutin. Ce sont ces préoccupations qui ont amené les confessions religieuses à solliciter une audience auprès du président ghanéen, facilitateur de la crise togolaise. Une délégation s’est rendue à Accra : elle comprenait des représentants de la conférence des évêques du Togo ; des représentants de l’EMT et de l’EEPT, assistés par le PAOET ; un représentant de l’association des cadres musulmans ; un représentant de la Conférence des Églises de toute l’Afrique (CETA). Elle a été reçue le 15 décembre. L’objectif de cette rencontre était de sensibiliser le chef de l’État ghanéen sur les risques d’explosion liés à la tenue des législatives le 20 décembre et de demander le report de ces élections pour privilégier les réformes et le dialogue entre les partis politiques en présence. Malgré la bonne écoute dont il a témoigné, le président Nana Akufo-Addo n’a pu infléchir la décision du gouvernement togolais. Les élections ont donc bien eu lieu le 20 décembre ; boycottées par l’opposition, elles ont été marquées par une participation très faible (autour de 15% selon l’opposition, de 59% selon la CENI) ; et elles ont provoqué une recomposition de l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a procédé récemment à la mise en liberté définitive ou provisoire d’un certain nombre de personnes détenues suite à des manifestations politiques. Des dissensions sont apparues dans le camp de l’opposition ; la mobilisation populaire face aux mots d’ordre de l’opposition semble avoir baissé. Mais on aurait tort de croire que la crise togolaise est finie. Car les causes qui l’ont créée sont toujours là : absence de réformes ; sentiment de l’existence de fortes inégalités et injustices sociales ; sentiment d’avoir affaire à un pouvoir qui refuse l’alternance. Les contestations peuvent donc reprendre. On peut aussi assister à une restructuration de l’opposition… Les mois qui viennent, marqués par l’organisation de la prochaine élection présidentielle, risquent d’être déterminants. Rien n’est résolu, en dépit de cette accalmie.
 

Quelle est la vision des Églises pour sortir de la crise togolaise ?

Comlan Prosper Deh : Pour les Églises, il faut continuer à œuvrer pour que la crise togolaise qui perdure trouve une fin pérenne. Il faudrait :

  • mettre en œuvre les réformes recommandées par la CEDEAO ;
  • mettre en œuvre l’ensemble des recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) ;
  • continuer les mesures d’apaisement et poursuivre la libération des personnes encore détenues en relation avec la crise politique ;
  • procéder à la restructuration de la CENI de façon non seulement à faire de la place pour la coalition de l’opposition, mais aussi à envisager pour l’avenir une CENI technique, à l’abri de l’influence des partis politiques ;
  • reprendre le recensement électoral, de façon à ce que les citoyens qui n’avaient pas pu, ou pas voulu s’inscrire, puissent le faire ; 
  • faire auditer le nouveau fichier qui sera ainsi obtenu par des experts, notamment ceux de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ; 
  • envisager des mesures pour assurer à ceux qui sont au pouvoir qu’un changement à la tête du pays ne débouchera pas sur une chasse aux sorcières. Dans ce sens, on peut envisager des mesures d’immunité ;
  • sensibiliser les hommes politiques sur le fait que les réformes institutionnelles ne devraient pas être perçues comme la victoire d’une partie des Togolais sur une autre, mais plutôt comme l’avancement de l’ensemble du pays vers un avenir plus démocratique.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Pour un «sursaut des consciences» face à l’antisémitisme

Ce mardi 19 février, pendant que s’organisaient partout en France des marches contre l’antisémitisme, les responsables des cultes se sont retrouvés place Beauvau en présence des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Ils ont appelé à un «sursaut des consciences» dans une déclaration commune qui a été lue sur le perron du ministère par le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly.

François Clavairoly lisant la Déclaration commune des religions et spiritualités contre l’antisémitisme, 19 février 2019 @ Aude-Millet Lopez pour FPF

 

«Parce que la paix et la concorde civile sont notre bien commun le plus précieux, parce que nos valeurs communes sont plus fortes que nos divergences, nous en appelons à un sursaut des consciences, et à l’engagement de chacun pour lutter fermement contre toute expression antisémite, contre toutes les formes de haine qui sont la négation même de ce qui fait la France.» Ce mardi 19 février, dans une déclaration commune diffusée à l’issue d’une réunion avec le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, les responsables des cultes et d’organisations laïques ont appelé à réagir face à l’antisémitisme en France.

Le texte a été lu sur le perron du ministère par le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly, alors que partout en France se préparaient des marches pour protester contre l’antisémitisme, qui connaît une nette résurgence ; résurgence visible non seulement à travers des cas récents et médiatisés, comme l’agression verbale subie par le philosophe Alain Finkielkraut en marge d’une manifestation des gilets jaunes ou la profanation d’environ 80 tombes du cimetière juif de Quatzenheim, dans le Bas-Rhin, au nord-ouest de Strasbourg, mais surtout à travers les statistiques révélées le lundi 11 février par le ministère de l’Intérieur. Au total, 541 actes antisémites ont été recensés en 2018 contre 311 l’année précédente, soit une hausse de 74% sur un an. Avant cela, 2014 avait marqué un pic avec 851 actes antisémites recensés, dépassé par celui de 2004 (974).

Les actes antisémites «meurtrissent la France entière»

Pour aller plus loin :

Mardi soir, outre le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, la ministre de la Justice Nicole Belloubet et le secrétaire d’État à la jeunesse Gabriel Attal étaient également présents à la réunion organisée avec les représentants de tous les cultes (juif, catholique, protestant, orthodoxe, musulman, bouddhiste), les principales obédiences franc-maçonnes et des organisations laïques comme la Licra, la Ligue de l’enseignement et les associations familiales laïques. Les actes antisémites «meurtrissent la France toute entière», ont souligné les signataires de la Déclaration commune des religions et spiritualités ; «l’antisémitisme est un délit, jugé par l’Histoire et condamné par la loi. Il ne souffre ni excuse ni banalisation. Par nos voix, diverses mais unies, nous invitons tous nos compatriotes à se rassembler dans cet esprit d’égalité et de fraternité qu’incarne la République et qui garantit à chacun la liberté et la sécurité. Notre République est indivisible et laïque, ce qui assure à chacun la liberté de conscience, et lui permet ainsi d’avoir ou de ne pas avoir, librement, une religion (…) Face à la haine et à l’exclusion, face à la tentation du repli et au déni, face aux peurs, face à la recherche permanente de boucs émissaires, face à la stigmatisation, nous devons en conscience répondre par une ambition, à la fois civique, spirituelle et humaniste, de partager et poursuivre, ensemble, notre destin commun.»

Une situation dans laquelle il est bon de relire la Déclaration fraternelle du protestantisme au judaïsme diffusée en décembre 2017 par la FPF à l’occasion des célébrations des 500 ans de la Réforme. «Malgré les détresses qui ont tant marqué leurs mémoires respectives, notait François Clavairoly dans ce texte symboliquement titré Cette mémoire qui engage, Protestantisme et Judaïsme se considèrent comme convoqués chaque jour à la confiance et engagés sur le chemin exigeant du dialogue». Le dialogue contre l’exclusion, contre les peurs et contre le repli.

 

Retrouvez ci-dessous la vidéo et le texte de l’Appel de Beauvau lu mardi soir :

 




Appel à manifester contre l’antisémitisme

La Fédération protestante de France invite chacun à participer s’il le peut aux marches organisées partout en France ce mardi 19 février contre l’antisémitisme.

Faisant suite à son communiqué diffusé en réaction à la hausse des actes antisémites en France, la Fédération protestante de France invite chacun à participer s’il le peut aux marches organisées partout en France ce mardi 19 février contre l’antisémitisme.

Communiqué de la Fédération protestante de France

Paris, le 13 février 2019

Pour aller plus loin :

La Fédération protestante de France (FPF) exprime son indignation et sa vive préoccupation face à l’annonce de la hausse de 74% des actes antisémites en France cette année.

Le protestantisme français rappelle à chacun l’indéfectible lien qui unit juifs et chrétiens et souhaite réaffirmer que l’antisémitisme est un péché contre l’homme et contre Dieu.

Pour lutter contre toute forme d’antisémitisme, elle invite chaque citoyen, croyant ou non croyant à relire, à découvrir et à partager la déclaration fraternelle du protestantisme français au Judaïsme (adressée le 4 décembre 2017 aux autorités juives de France), une déclaration qui invite chacun à vivre la fraternité.

Elle souhaite enfin manifester son soutien à la communauté juive et lui rappeler qu’elle se tient à ses côtés.

Communiqué de la Conférence des responsables de Culte en France

Paris, le 13 février 2019

 

Les responsables de Culte en France veulent exprimer leur très grande inquiétude et leur préoccupation face à l’augmentation des propos et des actes antisémites en France. Ils enjoignent les autorités publiques à condamner et à poursuivre fermement ces méfaits et expriment leur solidarité à l’égard de la communauté juive et de toutes les personnes qui sont victimes de tels actes et de discours de haine.

La conférence des responsables de Culte en France :
Mgr Georges PONTIER et Mgr Pascal DELANNOY
Conférence des Evêques de France
M. le pasteur François CLAVAIROLY et Mme Christiane ENAME
Fédération protestante de France
Métropolite EMMANUEL et Métropolite JOSEPH
Assemblée des Evêques Orthodoxes de France
M. le Grand Rabbin Haïm KORSIA et M. Joël MERGUI
Consistoire central israélite de France
M. Ahmet OGRAS et M. Anouar KBIBECH
Conseil français du culte musulman
Mme. Minh Tri VO et M. Olivier WANG-GENH
Union Bouddhiste de France
La CRCF : présentation
La conférence des responsables de culte en France (CRCF) a été créée le 23 novembre 2010. Elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du Judaïsme. Cette initiative est justifiée par la volonté des responsables de Culte en France d’approfondir leur connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société. Les membres de la CRCF se rencontrent régulièrement pour partager leurs actualités et discuter des sujets communs qui les occupent et organisent, à l’occasion, des colloques à dimension interreligieuse sur des sujets de société.

 




En 2019, 50 émissions protestantes sur les migrations

Si le double mouvement envoi/accueil est au cœur des activités du Défap, il ne peut méconnaître toutes les entraves qui existent aujourd’hui face aux mouvements de populations. Les Églises membres du Défap témoignent de leur engagement en la matière, à travers par exemple le collectif « Accueillons les exilés », ou à travers le récent appel de l’UEPAL et de la FEP-Grand Est pour trouver des logements pour des familles de réfugiés et des bénévoles pour les accompagner. Pour sensibiliser à la question migratoire, la plateforme des radios protestantes mutualise ses forces. Les explications de Stéphane Vincent, responsable de Radio Albatros au Havre.

Des organisations d’Église locales apportent de l’aide aux réfugiés en Hongrie. © Daniel Fekete / Hungarian Interchurch Aid /Alliance ACT

 

Pouvez-vous nous rappeler tout d’abord ce qu’est la plateforme des radios…

Il s’agit d’un regroupement d’une bonne vingtaine de radios protestantes : Radio Albatros, Fréquence protestante, Radio Alliance +, Radio FM plus, Radio Grille Ouverte, etc. Depuis plus de cinq ans, celles-ci se réunissent régulièrement pour mener à bien des projets ponctuels. Leur première collaboration remonte à 2013. Situées aux quatre coins de la France, de Montpellier au Havre, ces radios locales se sentent souvent seules avec leurs problèmes et leurs productions à assurer et à assumer. Elles ont eu envie de se rapprocher pour collaborer et échanger des programmes. Comme il n’existait pas d’entité particulière habilitée à regrouper des radios, la Fédération protestante de France (FPF) a été sollicitée pour encadrer ce groupe de travail. Chaque trimestre, l’ensemble des radios partenaires se retrouvent dans les locaux de la Fédération protestante de France (FPF), rue de Clichy, à Paris. Toutes les décisions sont prises à l’unanimité par les différents membres de la plateforme. En 2015, nous avons mutualisé nos forces pour travailler sur la Cop21 et en 2017 autour de Protestants en fête, et en 2019, donc, autour des migrations. Avec la plateforme, les radios apprennent à travailler ensemble, à se connaître, à s’apprécier. C’est un travail fédératif.

Pour aller plus loin :

En 2019, vous avez développé un vaste projet autour des migrations. Pourquoi ce thème ?

A la fin du jubilé de la Réforme, nous nous sommes réunis pour réfléchir à notre prochaine thématique. Il est ressorti des discussions qu’il serait pertinent d’aborder la question des migrations qui constitue à la fois un sujet d’actualité et de société. En tant que radios protestantes, nous souhaitons apporter un autre regard sur les migrations et montrer à notre auditoire, par exemple, que les migrants ne sont pas synonymes de problème.  L’accueil est source de richesse. Une fois ce choix pris, nous avons décidé de décliner cette thématique de différentes manières. La premier projet que nous allons mener est une coproduction de 50 émissions radio sur les migrations que l’on pourra écouter tout au long de l’année. Toutes les radios qui participent à la plateforme produisent une ou plusieurs émissions, qui sont ensuite diffusées chaque semaine sur l’ensemble des radios. Les premières émissions ont démarré en janvier. Le deuxième projet est l’organisation de plateaux radios dans des lieux stratégiques : sur la petite île italienne de Lampedusa, où débarquent des milliers de migrants et à Bruxelles le 18 décembre 2019 à l’occasion de la Journée internationale des migrants, depuis des installations radio du Parlement européen et de la Commission européenne. A Lampedusa, la parole sera données aux autorités locales, aux habitants, aux associations humanitaires et aux migrants. Enfin, durant l’année, deux plateaux  régionaux seront organisés pour diffuser des émissions en direct.

Pouvez-vous me donner des exemples d’émissions que l’on va pouvoir découvrir cette année ?

Chaque radio est responsable de ses propres productions. Elle choisit ses sujets, ses angles, ses intervenants…  Certaines radios ont choisi de porter un regard biblique sur la question. Par exemple, lors d’une émission, Harmonie Cornouaille a pris l’exemple d’Abraham comme premier migrant et a interrogé le  pasteur Michel Pelletier pour nous inviter à pratiquer l’hospitalité. Pour sa part, Radio Semnoz est partie sur le terrain et a assisté aux cours de français hebdomadaires donnés par des bénévoles à des migrants, essentiellement d’origine soudanaise, sur le bassin d’Annecy. Quant à l’équipe de Radio Grille ouverte, elle va travailler sur les migrations en Europe au XVIIIe siècle.




Paroisse de Marseille-Grignan : le code a changé

Début cette semaine d’une nouvelle série sur le site du Défap : après les portraits d’Églises ou de paroisses avec lesquelles le Défap est en lien à l’étranger, gros plan sur des paroisses françaises. Pour s’adapter à une assemblée de paroissiens totalement renouvelée, la paroisse de Marseille-Grignan transforme la vie de l’Église et se recentre sur les fondamentaux de l’Évangile. Une série proposée par Marie Piat, en partenariat avec Regards Protestants.

Un culte à la paroisse de Marseille-Grignan © Marie Piat

 

Au cœur de la Canebière à Marseille, non loin du Vieux Port et de la rue Paradis, réside la paroisse protestante de Grignan, temple historique de la ville à l’architecture néoclassique sur fond de colonnes doriques (1). Soit l’une des quatre paroisses de l’Eglise Protestante Unie de Marseille (2). Car la ville phocéenne, catholique et musulmane, peut aussi se targuer de figurer parmi les capitales historiques du protestantisme français. Rue Grignan, le dénommé « vieux temple » inauguré en 1825, accueille quelque 550 familles. Une paroisse qui s’interroge depuis plusieurs années déjà sur son évolution et l’ouverture à donner face au monde qui change. « L’assemblée de nos paroissiens s’est totalement renouvelée ces dernières années », annonce Anne Faisandier, pasteure depuis deux ans de la paroisse de Grignan. Après avoir passé douze ans à la paroisse Lyon Rive Gauche avec son mari, Olivier Raoul-Duval, également pasteur. Et de poursuivre : « Plus de la moitié de nos paroissiens ne sont pas issus d’une famille protestante. L’assemblée affiche une grande diversité d’origines géographiques, spirituelles et sociales avec de nombreux parents célibataires. Nous sommes totalement sortis du modèle protestant d’autrefois, de type HSP, traditionnel français. Plus la même histoire, plus la même culture et plus les mêmes codes qui constituaient le ciment d’antan. Du reste, le conseil presbytéral, de 14 membres, reflète cette nouvelle diversité. »

S’adapter et s’appuyer sur les atouts de cette diversité

Pour aller plus loin :

C’est pourquoi, Anne Faisandier, donne à son arrivée une nouvelle configuration au catéchisme, le système traditionnel s’avérant essoufflé. Plus de catéchisme au sens traditionnel du terme mais des « journées croisières », un dimanche par mois au temple, réunissant, avec succès, parents et enfants ensemble, condition sine qua non, du culte au goûter autour d’un thème toujours différent. A chaque fois, une quarantaine de participants, pas toujours les mêmes, sur un potentiel d’environ 90 personnes. Autre exemple d’adaptation à cette nouvelle donne sociologique : les « groupes de maison. » Ils sont ainsi une quarantaine, répartis en quatre groupes (une dizaine de personnes pour chacun), à se réunir, deux fois par mois, afin d’échanger, prier, chanter dans un contexte amical, le pasteur les rencontrant environ une fois par trimestre. Un animateur par groupe, formé et accompagné par le pasteur.

Enfin, l’accueil, depuis janvier dernier, d’une famille chrétienne irakienne (parents et deux petites filles), demandeuse d’asile. « Tout fonctionne en réseau, raconte Anne Faisandier, mère de trois adolescentes de 11 à 18 ans. La paroisse fournit le logement et prend en charge les frais. L’Entraide et une institutrice à la retraite se sont chargés des documents officiels, en lien avec la Cimade. Ce qui a permis à la famille d’obtenir un titre de séjour. Les petites filles sont aujourd’hui scolarisées. Meubles et cartes de transports ont été fournis. Jusqu’au boulanger qui fournissait le pain gratuitement. Cela a créé un lien formidable au sein de la paroisse. Chacun a apporté une pierre à l’édifice. Un vrai cadeau pour nous car c’est en accueillant les autres que nous nous accueillons les uns les autres. »

Marie Piat,
Regards sur les paroisses,
29 septembre 2016

 

 

(1) Paroisse de Grignan, 15 rue Grignan 13006 Marseille. 04 91 33 03 70 / epugrignan@free.fr / protestants-marseille-grignan.fr / www.facebook.com/TempleGrignan
(2) Consistoire Arc Phocéen-Marseille est constitué de six paroisses : Marseille Grignan ; Marseille Provence ; Marseille Sud Est-Magnan ; Marseille Nord-Vitrolles. Aubagne et La Ciotat.