Évangélisation en Europe francophone
Chers amis, frères et sœurs,
A la suite du colloque qui s’est tenu au Défap le 11 octobre : « Vers une nouvelle économie de la mission : Parole aux Églises », nous avons prévu un Forum du 8 au 10 mai 2020 à Sète sous forme d’ateliers de la mission : « Chrétiens tous ensemble : quelle(s) mission(s) partager ? » ; Aujourd’hui nous ne savons pas du tout si cet événement pourra avoir lieu. Cependant nous vous invitons à y travailler en partageant deux articles à télécharger ci-dessous, écrits par le Pasteur Evert van de Poll, de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France, qui est professeur en sciences religieuses et en missiologie à la faculté évangélique de Louvain en Belgique.
Paradoxe de l’Europe ; en quoi est-elle encore « chrétienne » ? par Evert VAN DE POLL
Dans quel sens l’Europe est-elle « postchrétienne » ? par Evert VAN DE POLL
Ces deux textes font partie du livre publié sous la direction de Hannes Wiher, Évangélisation en Europe francophone. Charols, Excelsis 2016.

« La Mission et les autres. Évènements et grands textes »
Le Centre Maurice-Leenhardt, en partenariat avec le Service protestant de mission – Défap, organise le jeudi 27 février 2020 une journée d’étude intitulée : « La Mission et les autres. Évènements et grands textes ». de 10h à 17h.
Au Défap, 102 boulevard Arago 75014 Paris
Programme :
Marc Boss, IPT-Paris : « Le Parlement mondial des religions : 1893, 1993, 2018 »
Pierre Diarra, Institut catholique de Paris – ISTR et Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, « La lettre apostolique Maximum illud, cent ans après »
Claire-Lise Lombard, Service protestant de mission-DEFAP : « Le scoutisme à Madagascar : méthode de recherche et sources »
Soutenance de Mémoire M1 de M. Désiré Andrianarivo : « La vie et l’organisation des tirailleurs malgaches protestants en France en 1916-1917 ». Jury : Gilles Vidal, Marc Boss
Inscriptions auprès du secrétariat de la Faculté de Montpellier : secretariat@iptmontp.org
Contact : M. Boss / G. Vidal
Une journée d’hommage à Jean-Daniel Causse
Le 7 décembre, une journée d’hommage à Jean-Daniel Causse, brutalement disparu il u a près d’un an et demi à l’âge de 55 ans, est organisée à Montpellier. L’événement associe la Société de Psychanalyse Freudienne et l’Institut Protestant de Théologie – Faculté de Montpellier avec le Département de Psychanalyse et le Laboratoire CRISES – Université Paul-Valéry Montpellier 3.

Professeur d’éthique et d’études psychanalytiques à Montpellier, le pasteur Jean-Daniel Causse a disparu il y a près d’un an et demi, de manière subite, le 9 juin 2018. Il avait 55 ans. Il avait d’abord été maître de conférences, puis professeur d’éthique à l’Institut protestant de théologie à Montpellier de 1997 à 2007. Nommé professeur d’études psychanalytiques à l’université Paul-Valéry-Montpellier 3, il était devenu directeur du département de psychanalyse. Ses travaux portaient sur l’articulation de la psychanalyse et des sciences religieuses, notamment les structures inconscientes de la croyance et ses dimensions cliniques, et l’avaient amené à étudier des auteurs tels que Luther, Freud, Bonhoeffer, Levinas, Lacan et Ricœur. Tout au long de ces années, Jean-Daniel Causse a toujours contribué à la vie de l’Église protestante unie de France (anciennement Église réformée de France), à travers ses cours, ses conférences, l’accompagnement des étudiants, sa participation aux travaux des synodes et du Conseil national.
Le 7 décembre, une journée est organisée à Montpellier pour rendre hommage à l’homme et à ses travaux. Contre les forces de désintégration et de peur, Jean-Daniel Causse fut l’homme «d’une décision» éthique : celle de continuer à croire «au progrès dans la vie de l’esprit», selon le mot de Sigmund Freud. À croire en la valeur du lien symbolique qui relie les humains, en la valeur d’une parole qui s’est énoncée une première fois au Sinaï et qui depuis ne cesse de nous inviter à de nouveaux commencements. À croire à un lieu de vérité où s’ouvre un «encore possible» dans lequel une réalité qui pourra être vécue et habitée avec les autres trouve alors sa consistance d’être. C’est à cette vérité de l’inconscient, à laquelle n’a cessé de croire Jean-Daniel Causse, que cette journée d’hommage sera consacrée.
L’événement est organisé par la Société de Psychanalyse Freudienne et l’Institut Protestant de Théologie – Faculté de Montpellier avec le Département de Psychanalyse et le Laboratoire CRISES – Université Paul-Valéry Montpellier 3. Il se déroulera à l’Auditorium – Site Saint-Charles 2, rue du professeur Henri Serre à Montpellier.
Au programme :
Présidence de Pascale RENAUD-GROSBRAS (Institut Protestant de Théologie, Faculté de Montpellier)
9h15 : Ouverture par Patrick GUYOMARD (SPF)
9h30 : Anne BOURGAIN (Département de psychanalyse, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
Jean-Daniel Causse. L’éthique du don en partage
10h15 : Guilhen ANTIER (Institut Protestant de Théologie)
D’une vérité qui parle et se tait. Lecture croisée de Lacan et Kierkegaard
11h15 : Pascale de CHARENTENAY (SPF)
Étrange proximité d’un Autre
12h : Discussion des interventions de la matinée
12h30 : Déjeuner
Présidence de Pascale MACARY-GARIPUY (Département de psychanalyse, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
14h : Élian CUVILLIER (Institut Protestant de Théologie)
Penser la théologie avec la psychanalyse. Témoigner de la fécondité d’un héritage
14h45 : Monique DAVID-MÉNARD (SPF)
L’excès du désir et ses variantes dans Lacan et le christianisme
15h45 : Patrick GUYOMARD (SPF)
Dieu est inconscient
16h30 : Discussion des interventions de l’après-midi
COP 25 : #Time for action
«#Time for action» – le moment d’agir : c’est le slogan choisi en ce début décembre pour la COP 25, rendez-vous réunissant des représentants de près de 200 États et destiné à faire le point sur les engagements internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Des préoccupations que devraient porter nombre de représentants de la société civile, en dépit de la délocalisation du sommet, initialement prévu au Chili, à Madrid ; et au sein des Églises aussi, les plaidoyers ou les actions en faveur du climat s’organisent.

L’Ifema, au Campo de las Naciones, à Madrid : c’est là, dans ce vaste bâtiment disposant de 200.000 m2 de surface utile, que se tient pendant un peu moins de deux semaines la COP 25, la 25ème Conférence des Parties, censée coordonner les efforts internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Un rendez-vous délocalisé en urgence : prévu à l’origine au Chili, il a dû trouver un nouveau pays d’accueil du fait des forts mouvements de contestation sociale lancés dans ce pays. Au pied levé, l’Espagne s’est proposée – proposition acceptée par l’Onu ; avec à la clé un défi pour le pays organisateur, qui disposait d’un mois à peine pour organiser l’événement, alors même que des élections législatives avaient lieu le 10 novembre ; et un problème quasi-insoluble pour un bon nombre des 25 000 délégués initialement attendus à Santiago, en particulier des milliers de participants issus de la société civile venus assister aux débats et tenter d’influencer les négociateurs officiels. Pour l’ONG internationale ActionAid, la relocalisation de la COP «présente de réels obstacles à la participation de pays du Sud et de la société civile», notamment concernant les visas et les coûts. D’où le risque que les plus concernés par le changement climatique soient justement les plus mal représentés à cette COP 25… Mais au-delà d’ActionAid, nombre d’observateurs craignent que ce rendez-vous ne soit pas à la hauteur de l’urgence, en dépit du slogan choisi : «#Time for action»: le moment d’agir.

L’accord de Paris de 2015 prévoyait que les quelque 200 pays signataires révisent d’ici fin 2020 leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour l’instant, 68 pays se sont engagés à revoir à la hausse ces engagements. Mais en dépit de leur nombre, ils ne représentent que 8% des émissions mondiales. Les principaux concernés, comme la Chine ou l’Union Européenne, n’ont pas encore dévoilé leur position ; quant aux États-Unis, ils ont confirmé leur retrait de l’accord de Paris l’an prochain.
Les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants
Et entre-temps, les émissions de CO2 augmentent dans le monde. Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), l’objectif de rester sous les 2°C de réchauffement n’aurait une chance d’être atteint qu’en restant en-deçà de la barre des 450 ppm de CO2 – cette unité en «parties par million» étant ce qui permet de mesurer la concentration d’un gaz dans l’atmosphère. Or, le dernier record en la matière a été enregistré le 15 mai dernier par l’Agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) à Hawaï : 415,64 ppm. Il y a 11 ans, en 2008, ce taux était inférieur de 25 ppm. Autant dire qu’à ce rythme, la barre des 450 ppm de CO2 sera allègrement dépassée avant 20 ans. Alors qu’avant l’ère industrielle, le taux de concentration du CO2 dans l’atmosphère oscillait autour des 280 ppm. Les rejets industriels étant aggravés par la déforestation, puisque les végétaux fixent le carbone de l’atmosphère ; avec comme conséquence supplémentaire un recul drastique de la biodiversité, car avec les forêts qui disparaissent, ce sont autant d’espèces animales et végétales qui déclinent. En 2018, 12 millions d’hectares de forêts tropicales ont disparu. Pour la seule forêt amazonienne, ce sont 1,3 million d’hectares qui ont disparu l’an dernier. Les effets du changement climatique se font désormais sentir partout, y compris dans les zones tempérées : en témoigne la canicule inédite qu’a connue la France au cours de l’été 2019, avec des températures jamais enregistrées depuis qu’il existe des relevés internationaux, c’est-à-dire depuis 1880. Ainsi, le 28 juin dernier, c’est un record de 46,2 degrés qui a été enregistré à Verargues, dans l’Hérault. Il y a vingt ans seulement, un tel événement aurait paru relever de la science-fiction. Mais il ne s’agit plus de science-fiction…
Carte animée des anomalies de températures enregistrées au niveau mondial entre 1880 et 2017 © Nasa/AkashAu Sommet Action Climat qui s’est tenu fin septembre au siège des Nations Unies à New York, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé un vibrant appel à l’adresse des dirigeants du monde, leur rappelant qu’ils avaient l’obligation «de tout faire pour mettre fin à la crise climatique». Lors de la Conférence de Bonn sur le changement climatique (SB50), en juin dernier, Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a prévenu que la communauté internationale doit se «montrer à la hauteur de (sa) responsabilité collective» et veiller à ce que l’ambition de l’action pour le climat soit rehaussée dans la mesure du possible «afin que les pires conséquences du changement climatique soient évitées». Et d’insister : «Nous ne pouvons plus nous permettre des progrès graduels pour lutter contre le changement climatique – nous devons procéder à des changements profonds, transformationnels et systémiques dans l’ensemble de la société, ce qui est crucial pour un avenir à faibles émissions, hautement résilient et plus durable».
Alors que les conséquences des changements climatiques, de la déforestation, de l’épuisement des ressources naturelles font peser des menaces sur l’avenir de toute l’humanité, et notamment des plus fragiles, les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants écologistes. Les Églises s’en sont également saisies, aux côtés de nombreux mouvements citoyens. Au niveau international, les initiatives sont nombreuses ; et dans ces plaidoyers de chrétiens en faveur de la création, l’implication du Conseil œcuménique des Églises est particulièrement révélatrice : dès les années 1970, le COE a contribué à l’élaboration du concept de communautés durables. Depuis l’adoption, en 1992, de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il est présent à toutes les conférences de l’ONU sur le climat.
Semer et arroser
Après Hope 360, des nouvelles de Bafia
Hope 360, c’était le 19 octobre. Alors que les vidéos-souvenirs sur cette première journée sportivo-solidaire commencent à être diffusées, quelques nouvelles du projet qui avait été soutenu à Valence par le Défap. Les fonds récoltés à cette occasion ont permis d’acheter du matériel pour équiper l’hôpital de Bafia. Et pour améliorer la prise en charge et le suivi au quotidien des patients qui viennent se faire soigner dans l’établissement du Dr Célin Nzambé – essentiellement les futures mamans et les très jeunes enfants.

Quelques photos de l’équipe médicale entourant une enveloppe, du matériel – et ces quelques mots de commentaire envoyés par le Dr Célin Nzambé : «Super. La table d’accouchement, le pèse-bébé et la boîte d’accouchement. Nos patients verront une amélioration de leur prise en charge à l’aide de ce nouveau matériel. Merci à Dieu et à tous ceux qui ont contribué. Particulièrement Hope 360. Soyez bénis.» Ce sont les dernières nouvelles, et les premières manifestations concrètes des effets de l’opération Hope 360 dans le quotidien de l’hôpital de Bafia.
Bafia est une ville du Cameroun située à 120 km au nord de la capitale Yaoundé, dans le département du Mbam-et-Inoubou. Elle tire son nom de l’ethnie habitant la région, les Bafia, population bantoue d’Afrique centrale, établie sur la rive droite du Mbam. Elle dispose d’un hôpital de district et de centres de santé répartis dans les quartiers et villages avoisinants… mais pour une bonne partie de la population, les soins y sont pour ainsi dire inaccessibles. Car le Cameroun paye encore les conséquences de choix faits il y a plusieurs décennies en matière de santé publique, et qui se sont avérés catastrophiques : notamment la fin de la gratuité des soins et leur financement direct par les patients. Une tendance qui a été la même dans de nombreux pays africains au cours des années 80, avec à chaque fois les mêmes effets désastreux pour le fonctionnement des hôpitaux et pour la santé publique. Aujourd’hui encore, les patients ne peuvent espérer être soignés dans la plupart des hôpitaux sans faire d’abord la preuve qu’ils pourront payer ; la conséquence étant que pour beaucoup, l’accès à des soins hospitaliers est tout simplement inenvisageable, même dans les cas les plus graves.
De petits gestes, de grands effets
C’est précisément ce manque que viennent combler des petites structures comme celle de l’hôpital de Bafia – une structure privée, appartenant à l’Église presbytérienne du Cameroun (EPC). Avec peu de moyens, un tel hôpital fait beaucoup pour la santé de la population. Les établissements de santé gérés par des Églises ont de fait un rôle crucial dans le pays. Mais le réseau d’hôpitaux de l’EPC a lui-même connu des difficultés, au point que l’hôpital de Bafia, à l’arrivée de Célin Nzambé, était tout simplement désaffecté. C’est grâce à son travail, soutenu par le Défap, qu’il peut désormais jouer pleinement son rôle auprès de la population de cette préfecture du centre du Cameroun. Le Défap a régulièrement des envoyé.es sur place, notamment des infirmières : actuellement, c’est le cas d’Amandine Drouaillet ; elle avait été précédée par Aurélie Chomel… Un réseau de soutien s’est constitué en France au sein de certaines paroisses de l’EPUdF, comme celles de Valence (Patricia Champelovier, présidente du conseil presbytéral de Saint-Péray au sein de l’Ensemble Valence-Deux-Rives, et qui est aussi infirmière, a notamment fait le voyage à Bafia pour soutenir le projet) ou de La Rochelle (dont un des paroissiens, le docteur Jean-Pierre Perrot, cardiologue, va régulièrement prêter main-forte à Célin Nzambé). Les conditions de travail étant difficiles, le matériel compté, les ressources limitées, y compris en termes de lits pour les malades, toutes les bonnes volontés comptent. Jean-Marc Bolle, de la paroisse de Valence, avait ainsi accompagné Patricia Champelovier durant l’été 2018 pour faire des travaux de peinture dans des salles récemment construites et destinées à accueillir les patients.
Hope 360, rendez-vous sportivo-solidaire organisé le 19 octobre dernier à Valence, a permis au Défap de donner une plus grande visibilité à ce projet. Mais aussi de récolter des fonds. Ceux-ci ont été remis en main propre au Dr Célin Nzambé, qui a tenu à en témoigner aussitôt avec l’équipe médicale de l’hôpital de Bafia : «Première photo, la remise de la somme récolté lors de Hope 360, qui a permis l’achat du matériel cité pour équiper la salle d’accouchement.» Une cagnotte en ligne, mise en place à l’occasion de Hope 360, est encore ouverte jusqu’à la fin de l’année pour celles et ceux qui auraient à cœur d’aider l’hôpital.
De nombreuses autres occasions de s’engager ont également pu être présentées le 19 octobre lors de Hope 360, qui représentait la première édition d’un rendez-vous à la fois sportif, ludique et festif organisé autour d’une vingtaine de projets solidaires. Avec, aux côtés du Défap, des noms connus comme Medair, ADRA, Le Sel, La Gerbe, l’Ircom, Michée France, Fidesco… Un ensemble œcuménique qui proposait de soutenir des projets de santé, d’éducation, de protection de l’environnement – pour plus de justice, un meilleur partage des ressources, une vie plus digne… Hope 360 avait été monté par Asah, collectif regroupant une trentaine d’acteurs chrétiens de la solidarité internationale. Une vidéo souvenir de cette journée est désormais disponible :
Et pour compléter, quelques images de cette journée vécue du côté de l’équipe et du stand du Défap : tout d’abord, ambiance musicale sur le stand avec Aurélie Chomel, envoyée à Bafia, qui était présente à Valence pour témoigner :
Et soutien en musique avec cette chorale venue tout droit de Bangui, en République centrafricaine, et constituée de paroissiens de l’EPCRC (Église protestante Christ-Roi de Centrafrique, partenaire du Défap) emmenés par Ludovic Fiomona :
N’oubliez pas : la cagnotte en ligne est toujours ouverte ! Vous pouvez encore soutenir l’hôpital de Bafia…
Boursiers : un week-end pour tisser des liens
Tisser des liens entre boursiers du Défap et protestants de France, mais surtout entre boursiers eux-mêmes, dispersés géographiquement et avec peu d’occasions de se retrouver pour échanger : tels étaient les buts du week-end de rencontre organisé du 15 au 17 novembre 2019 à Paris.

Si la figure de l’envoyé est généralement la plus connue, et considérée comme la plus représentative des activités du Défap au sein de ses Églises constitutives, elle a sa figure symétrique en termes d’accueil : celle du boursier. Les relations établies de longue date via le Défap au sein de toute une communauté d’Églises s’illustrent ainsi, non seulement à travers des projets, mais aussi à travers des échanges de personnes ; et non seulement par l’envoi au loin, mais aussi à travers toutes celles et ceux qui viennent en France dans le cadre d’un cursus de formation théologique. Le Défap assure le suivi administratif et pédagogique de ces boursiers, participe régulièrement aux réunions de la Commission des bourses de l’Institut Protestant de Théologie. En 2018, ils étaient au nombre de dix-neuf, venus de pays aussi divers que Madagascar, Tahiti, la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, le Cameroun, le Gabon ou le Bénin.
Mais tout comme dans le cas des envoyés, chaque boursier est engagé dans un projet personnel, en lien avec sa propre formation et avec sa propre Église, qui lui permet difficilement d’échanger avec les autres boursiers. Ils sont géographiquement éloignés, travaillent en lien avec des facultés de théologie différentes ; et le délai imparti pour les recherches (quelques mois) est court, surtout si l’on tient compte du nécessaire temps d’adaptation lors de leur arrivée en France. D’où le week-end organisé à leur intention du vendredi 15 au dimanche 17 novembre à Paris. Un moment d’échange, de partage, et l’occasion, rare dans le parcours des boursiers, d’avoir des regards croisés sur leurs travaux. Avant ce rendez-vous de la mi-novembre, le dernier week-end boursier remontait à mars 2016.
Une grande diversité, et peu d’occasions de rencontre

Pour cette année, les participants étaient au nombre d’une quinzaine : huit boursiers, dont trois étaient venus accompagnés de leur famille. Tous présents en France pour des durées allant de trois à neuf mois ; tous dispersés entre Paris, Strasbourg et Montpellier, selon les facultés de théologie avec lesquelles ils sont en lien pour leurs travaux… et tous venus d’Églises et de pays illustrant la diversité de la communauté au sein de laquelle le Défap a tissé des liens : la RDC, la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie… Leur rencontre avait été préparée depuis le mois de septembre, organisée à la fois par la pasteure Tünde Lamboley, qui suit au sein du Défap tout ce qui relève de la formation théologique, et par Pascale Audo, qui s’occupe de l’accueil et du suivi administratif des boursiers.
Au programme de ce week-end : après les arrivées jusque tard le vendredi soir au Défap, où tous étaient hébergés pour les trois jours, les boursiers ont pu participer le samedi matin à un culte dans la chapelle du 102 boulevard Arago, avant de commencer à présenter, à tour de rôle, leurs travaux devant le groupe. Des travaux portant sur des thématiques aussi diverses que «Les portraits de la femme dans le livre des Proverbes», «La recherche hymnologique, enjeux et perspectives de développement de l’Église évangélique du Cameroun», «L’enseignement néo-testamentaire sur la prière pour le ennemis», «Écologie et pastorale en République démocratique du Congo»… Cette partie de présentation a duré jusque tard dans l’après-midi du samedi, avant une soirée plus touristique et festive à la découverte de Paris et du quartier Saint-Michel. Et le dimanche matin, les boursiers du Défap ont été invités à participer au culte à la paroisse luthérienne Saint-Jean, rue de Grenelle, avant un repas pris en commun avec les paroissiens. Une occasion de rencontres et de partages à double sens, aussi riche pour les boursiers ainsi accueillis que pour les protestants parisiens qui les accueillaient.

Vers une liturgie qui fait place à toutes les cultures ?
Les questions de liturgies et de cultures sont intimement mêlées au sein des Églises, dès lors qu’elles accueillent des paroissiens de différentes origines. Avec des risques d’incompréhensions et des difficultés à décoder les codes des uns et des autres… Une problématique à laquelle travaille depuis longtemps le Défap, puisqu’il était impliqué dès l’origine du projet Mosaïc et que cette question des relations entre communautés de différentes origines au sein des Églises fait partie des réflexions de sa refondation… Mais les questionnements concernent en fait tous nos voisins européens. Pratiquement dans les mêmes termes. En témoigne la journée récemment organisée par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Avec des intervenants comme Karen Smith, dont le ministère d’aumônier à l’université d’Ifrane, au Maroc, est soutenu par le Défap ; ou encore Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa à Genève pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, et qui travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble.

Qu’est-ce qui, dans une célébration religieuse, dans un culte, relève strictement du religieux… ou de la culture ? Où trouver des possibilités de rapprochements, de meilleure compréhension mutuelle, sans confondre différences théologiques et distance culturelle ? Le problème se pose de manière de plus en plus aiguë pour nombre d’Églises en Europe, confrontées à un double mouvement qui modifie leur composition en profondeur : d’une part, une sécularisation de plus en plus marquée des sociétés, qui peut aller dans certains cas jusqu’à des tentatives d’éradiquer toute référence au religieux de l’espace public ; et la mondialisation (ou globalisation) d’autre part, qui en favorisant les mouvements de populations, permet l’arrivée dans des paroisses parfois vieillissantes de nouveaux paroissiens, issus d’Églises proches sur le plan de la théologie et de la liturgie, mais éloignées par leur contexte…
Face à ces changements, les Églises locales se trouvent parfois démunies : la bonne volonté seule ne suffit pas pour faire Église ensemble. Les communautés locales peuvent aussi vivre ces évolutions avec un sentiment d’isolement, percevant mal ces mutations «à bas bruit», ainsi que les a qualifiées le sociologue Sébastien Fath, et ayant d’autant plus de difficultés à s’y adapter – surtout lorsque d’autres Églises se créent dans leur voisinage, très différentes dans leur manière de vivre leur foi, et qui, elles, sont en croissance.
«La globalisation nous invite à passer à une autre étape»
L’image de la mosaïque est particulièrement parlante ; elle a été largement reprise, ce qui illustre déjà en soi l’ampleur des questionnements qui traversent les Églises d’Europe. On la retrouve en France, mais aussi en Suisse ou en Italie. On peut penser bien sûr au projet Mosaïc, créé en France en 2006 pour favoriser la rencontre et la collaboration des chrétiens protestants de diverses cultures et origines : il a été mis en place au sein de la Fédération Protestante de France, à partir d’une réflexion lancée au sein du Défap et en partenariat avec la Cevaa. On retrouve cette même image dans le titre de la journée qui a été organisée le vendredi 15 novembre 2019 par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Il s’agit d’un service (dans la terminologie suisse, on parlera d’un «office») de la Conférence des Églises Réformées Romandes (la CER).
Les échanges et les ateliers se sont déroulés à la Chapelle des Charpentiers, à Morges, commune du canton de Vaud, au bord du lac Léman. Parmi les organismes impliqués dans la préparation de cette journée, on trouvait notamment la Faculté autonome de théologie protestante de Genève, ou encore DM-échange et mission, l’équivalent suisse du Défap. Et parmi les intervenants, à la fois des théologiens et des connaisseurs de la réalité du terrain, avec une place significative faite à des personnalités illustrant les activités du Défap ou de la Cevaa dans le domaine de l’interculturel… Aux côtés de Enrico Benedetto, professeur à la Faculté vaudoise de théologie, on trouvait ainsi Claudia Schulz, pasteure de l’UEPAL et référente Mosaïc dans l’Eurométropole de Strasbourg. Aux côtés d’Antoine Schluchter, pasteur de la Vallée, on trouvait Francis Muller, pasteur à Terre Nouvelle, à Mulhouse, qui s’occupe entre autres tous les vendredis, avec les bénévoles de l’Église protestante unie de France, d’une table ouverte pour des étudiants démunis de l’Université de Haute-Alsace, notamment des Kabyles. Était aussi invitée Karen Smith, aumônière de l’Université Ifrane, au Maroc, dont le poste est soutenu par le Défap, et qui vient régulièrement dans des paroisses françaises pour parler des relations interreligieuses dans le contexte marocain ; ainsi que le pasteur togolais Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa pour l’Église Protestante de Genève : présent en Suisse pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, il travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble. Il a pu constater par exemple l’importance des codes, et notamment des codes culturels, dans les relations entre Églises : des codes qui doivent être décryptés sous peine de produire des malentendus. Il était présent à Morges ce 15 novembre avec Gabriel Amisi, responsable du ministère «Témoigner ensemble à Genève».
Un travail qui rejoint les réflexions lancées au sein du Défap, comme le soulignait en janvier dernier Jean-Luc Blanc dans Paroles Protestantes – Est-Montbéliard : «la globalisation nous invite à passer à une autre étape : construire une théologie et une Église interculturelles. Il ne s’agit plus seulement de développer une théologie africaine en Afrique, une théologie chinoise en Chine, mais une réflexion théologique commune, qui mette en synergie en les valorisant toutes ces théologies culturellement marquées. En France, en tous cas, c’est devenu une nécessité. Les Églises de notre pays sont amenées à faire de la place à des hommes et des femmes venant d’ailleurs, qui veulent à la fois garder leur culture d’origine tout en intégrant celle qui les accueille. Ils ne veulent abandonner ni l’une ni l’autre. Nombre de nos frères et sœurs, assis le dimanche sur les mêmes bancs d’Église que nous, partagent une double identité ecclésiale : celle de leur Église d’origine et celle de leur Église d’accueil.»
Haïti à l’heure du «Pays lock»
Nouvelles d’Haïti en crise
Depuis deux mois, les manifestations se succèdent à Port-au-Prince et dans les principales villes du pays, envahies par les barrages, minées par l’insécurité et en proie aux pénuries – nouvel épisode du mouvement de contestation qui réclame depuis plus d’un an le départ du président Jovenel Moïse. Le Défap, en lien avec ses partenaires de la Plateforme Haïti, suit de près l’évolution de la situation.

Une Église envahie par des manifestants en plein culte : c’est la scène qui s’est produite, ce samedi 2 novembre, à Carrefour Poy, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Des protestataires réclamant la démission du président de la République Jovenel Moïse ont investi l’Église Adventiste Éphèse d’Arcahaie. Si, aux dernières nouvelles, l’incident n’a pas fait de blessés, il témoigne du degré de tension que connaît aujourd’hui l’ensemble de la société haïtienne, au deuxième mois d’un nouveau pic de mobilisation contre le président haïtien.
Haïti, l’un des pays les plus pauvres de l’hémisphère occidental, a toujours du mal à se remettre du séisme d’une magnitude de 7,0 qui a tué plus de 100.000 personnes et laissé environ deux millions d’Haïtiens sans toit en 2010. À la suite de cette catastrophe, une épidémie de choléra – malencontreusement propagée par des casques bleus de l’ONU justement envoyés pour aider la population – a tué environ 10.000 personnes. Depuis lors, Haïti a connu des tempêtes et des inondations tragiques : en 2016, l’ouragan Matthew a détruit 90% des bâtiments situés le long de la côte sud du pays et causé des dommages matériels évalués à 1,9 milliard de dollars. La société haïtienne est tout aussi sinistrée : le taux de chômage est supérieur à 70%, avec un taux d’inflation de 19%, et plus de la moitié des 11 millions d’habitants vivent avec moins de 2,41 dollars par jour.
Le déclencheur de la contestation : l’affaire Petrocaribe
Mais outre la dégradation des conditions de vie, le mauvais état des infrastructures, la mauvaise qualité des services publics et la corruption, une grave crise politique et institutionnelle est venue aggraver les maux de la société haïtienne. Depuis plus d’un an, l’opposition politique réclame la démission de Jovenel Moïse. Les protestations, lancées à l’origine pour dénoncer une hausse du prix du carburant, se sont intensifiées avec la diffusion d’un rapport selon lequel quelque 2,3 milliards de dollars liés à un accord avec Petrocaribe, une alliance pétrolière permettant à certains pays des Caraïbes d’acheter du pétrole du Venezuela en bénéficiant de paiements différés, avaient disparu. L’argent économisé devait servir à financer des programmes sociaux et d’équipement dont la société haïtienne a cruellement besoin. Cependant, peu d’améliorations ont été apportées et le rapport a mis en évidence des détournements de fonds.
Les épisodes de mobilisation se succèdent depuis des mois, entrecoupés de périodes où la tension se transforme en insécurité globale. Au cours de la vague de manifestations qui a repris depuis deux mois, les universitaires, les ouvriers du textile, les artistes, le secteur médical sont tour à tour descendus dans la rue. Après des séries de manifestations massives, qui ont paralysé les principales villes du pays, les protestations ont dégénéré en une tension généralisée qui a vu des barrages s’ériger en plein coeur de Port-au-Prince, des entreprises attaquées et incendiées. Le Nouvelliste, l’un des quotidiens de référence dans le pays, écrit ainsi : «Port-au-Prince ressemble à un champ de ruines. Les activités normales sont paralysées ou fortement perturbées dans la capitale haïtienne et dans les principales villes de province depuis deux mois. Il ne se passe un jour sans qu’il n’y ait des mouvements de protestation, le plus souvent violents, exigeant la démission du président de la République.»
Les pénuries de carburant ont provoqué des émeutes et ont entraîné une interruption de l’approvisionnement en eau, tandis que les populations ont du mal à trouver du carburant pour leurs générateurs, leurs cuisinières et leurs véhicules. Les manifestants ont aussi obligé nombre d’écoles à fermer. Des barrages routiers et des affrontements entre protestataires et forces de l’ordre ont bloqué des voies d’approvisionnement stratégiques entre Haïti et la République dominicaine voisine, qui a renforcé la sécurité à sa frontière. De nombreuses routes autour de la capitale haïtienne sont devenues impraticables. Les hôpitaux et tout le secteur de la santé pâtissent tout particulièrement des pénuries. Les programmes internationaux d’aide également…
L’aide internationale bloquée
Actuellement, 2,6 millions d’Haïtiens ont besoin d’une aide alimentaire. Le coordonnateur humanitaire de l’ONU en Haïti a évoqué récemment le sort de centaines de milliers de familles auxquelles les organisations humanitaires n’ont plus accès du fait des troubles. Il a notamment parlé de dix-neuf mille enfants souffrant de malnutrition dont les cas nécessiteraient des soins d’urgence. Alors que l’opposition haïtienne s’active pour fournir les noms de possibles candidats au poste de chef de l’État, les États-Unis appellent à un dialogue entre tous les acteurs et à la formation d’un gouvernement comme solution à la crise, et le sous-secrétaire d’État adjoint au Département d’État américain pour l’hémisphère occidental, Jon Piechowski, en a fait un préalable pour toute aide alimentaire – alors qu’une telle aide avait précisément été sollicitée par le président Jovenel Moïse.

La plateforme Religions pour La Paix Haïti, antenne régionale de Religions for Peace, conférence mondiale de représentants des religions dédiée à la promotion de la paix, a été sollicitée ces dernières semaines par le chef de l’État pour servir de médiateur, mais a refusé d’endosser ce rôle. Toutefois, dans un communiqué daté du 4 novembre, elle invite les protagonistes de la société civile à encourager un dialogue inclusif, en vue d’un dénouement pacifique de la crise actuelle.
Le Défap, en lien notamment avec ses partenaires de la Plateforme Haïti, suit de près l’évolution de la situation. Le Défap se tient notamment en contact régulier avec la Mission Biblique, qui développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti), ainsi qu’avec la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), qui grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation 300.000 enfants.
Le Défap et la Plateforme HaïtiDes liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants : |
«Vers une nouvelle économie de la mission»
Le colloque « Vers une nouvelle économie de la mission » qui s’est tenu le 11 octobre 2019 au Défap a permis en premier lieu d’exprimer les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap. Il a permis d’ouvrir des pistes de réflexion, de souligner les besoins de clarification… et il a donné lieu à la publication de deux livrets, « Paroles aux Églises » et « Actes du colloque », que vous pouvez retrouver ici, soit en téléchargement et en pdf, soit pour les commander gratuitement sous forme reliée auprès du Défap.

Basile Zouma, secrétaire général du Défap, introduisant la journée © Défap
Pour télécharger les cahiers en pdf :
Pour commander auprès du Défap :
Pour lire ces deux cahiers en ligne sur Calaméo :
Une étape clé : c’est ainsi qu’a souvent été vécu et décrit par ses participants le colloque du Défap, organisé le vendredi 11 octobre 2019 au 102 boulevard Arago. «J’ai eu le sentiment de vivre un moment exceptionnel : j’ai vu trois présidents d’Église réunis», témoignait ainsi dès le lendemain en Conseil du Défap Christine Villard, de l’Église protestante unie de France, référente régionale Mission-Défap en PACCA. «J’ai entendu parler de mutualisation de moyens en matière d’international… Un autre mot important qui est ressorti, c’est celui de la complexité ; et il faut accepter que cette complexité, on ne la maîtrise pas.» Au cours de cette même réunion, Thomas Wild, de l’UEPAL, évoquait pour sa part un événement «très riche» dans lequel «les directions d’Église se sont impliquées». Quant à Joël Dautheville, président du Défap, il faisait part de son «sentiment qu’on a réussi à franchir un cap, qui de mon point de vue n’était pas évident». Et d’ajouter : «Je nous invite maintenant à prendre cette dynamique refondatrice, précisément comme une dynamique : c’est un élan…»
Ce colloque, intitulé : «Vers une nouvelle économie de la mission», avait d’abord pour but de permettre l’expression en un même temps et dans un même lieu des diverses conceptions de la mission, et des diverses attentes vis-à-vis du Défap, qui existent aujourd’hui au sein des trois Églises fondatrices : l’EPUdF (Église protestante unie de France), l’UEPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine) et l’Unepref (Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France). Il réunissait environ 80 participants. Il devait être suivi quelques mois plus tard, à Sète, d’un forum plus large, auquel il devait fournir de la matière et des éléments de réflexion – mais le contexte sanitaire a finalement contraint à changer de format, ce qui a donné naissance à la série de webinaires « Les Ateliers de la mission ».
D’où une journée dense, entre plénières et travaux en ateliers, entre table ronde avec les présidents des trois Églises constitutives du Défap et intervention d’un sociologue, Frédéric de Coninck, sur le thème : «Si proches et si loin les uns des autres – Quel défi pour la mission dans nos sociétés éclatées ?»… Le tout conclu par un retour sur les travaux de la journée par Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions à la Faculté de Théologie Protestante à l’Université de Strasbourg.
«Mission», «évangélisation», «témoignage»

Florence Taubmann, du service Animation – France du Défap, lors de la table ronde avec les trois présidents des Églises fondatrices © Défap
Outre les cahiers désormais disponibles, il reste de cette rencontre à la fois des images, des questionnements et des pistes de travail. L’image, tout d’abord, de Florence Taubmann, qui lors du temps d’aumônerie de la matinée a voulu placer les échanges de la journée sous le thème de la joie : «C’est joie que cette parole (…) Joie frémissante, fragile et imprenable. Joie mystérieusement inextinguible, qui résiste au mal et au malheur, au doute et aux échecs. Joie qui se chante ! (…) Notre mission frères et sœurs, c’est vraiment d’accueillir cette joie ; de vivre, porter, partager, cette joie.» Autre image, celle des deux présidents et de la présidente des trois Églises fondatrices siégeant côte à côte, à la même tribune, devant les participants du colloque, et évoquant tour à tour ce que signifiaient pour eux les mots de «mission», «évangélisation», «témoignage», ou encore «institution». Ainsi pour Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’EPUdF, «la mission, c’est James Bond (…) quelque chose de risqué, qui exige un fort investissement de la personne». Christian Albecker, président de l’UEPAL, a évoqué pour sa part son expérience à la tête de la mission intérieure de Strasbourg. Quant à Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Unepref, il a souligné : «la mission est génétique pour moi», en se référent à sa famille marquée par «quatre générations de missionnaires».
Mais au-delà des Églises fondatrices avaient aussi été invités divers partenaires du Défap ; c’était le cas d’Étienne Roulet, alors président du Conseil de DM-échange et mission, qui au cours des échanges du matin avait évoqué les similitudes entre la dynamique de refondation lancée au sein du Défap, et la mue amorcée avec deux années d’avance au sein de DM, l’équivalent du Service protestant de mission pour la Suisse romande : «Nous avons eu un synode missionnaire qui a voté ce changement avec comme maître mot celui de réciprocité : mettre en lien les Églises d’ici et de là-bas pour qu’elles puissent s’entraider dans la mission, chacune sur son territoire».

Intervention de Frédéric de Coninck © Défap
Au chapitre des questionnements et des pistes de travail, Frédéric de Coninck a pointé les défis actuels que pose à la mission une société où «le loin est devenu proche», fait universellement admis aujourd’hui, mais où parallèlement «le proche est devenu loin», ce qui crée des difficultés et des tensions face auxquelles les outils d’adaptation manquent encore. Tout au long de sa carrière, cet ingénieur de formation, et sociologue, a su concilier sa carrière de chercheur, qui l’a amenée entre autres à travailler au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université Paris-Est) sur toutes les problématiques de la Ville Durable… et son appartenance à une Église mennonite de région parisienne. Il se définit ainsi lui-même comme une «personne frontière», un possible point de passage ou relais d’information entre des sphères qui ne communiquent pas naturellement ; or ce sont précisément de telles «personnes frontières» qui, dès les premiers temps d’expansion du christianisme, ont su participer à sa diffusion dans les diverses sociétés méditerranéennes… À l’heure où l’on parle facilement de «mondialisation», les échos lointains de cette déjà ancienne «méditerranéisation» pourraient-ils apporter des outils pour s’adapter ?
Concluant la journée à l’issue des travaux en ateliers et des premiers retours des divers groupes, Frédéric Rognon a tenu à poser quelques jalons : «Le Défap a décidé de s’engager dans un processus de refondation et la journée d’aujourd’hui est un jalon sur cette route. Il a été demandé à plusieurs reprise de clarifier ce processus. Donc précisons : la refondation, ce n’est pas l’aggiornamento du type Vatican 2 ; ce n’est pas la tabula rasa ; ce n’est pas la restauration réactionnaire.» Mais s’il s’est refusé à fournir «une synthèse qui lierait la gerbe de manière prématurée», il a tout de même laissé aux participants quelques «biscuits». Tout d’abord, dans cette dynamique de refondation, il a souligné «la nécessité de tenir conjointement et fermement les deux pôles réalisme et utopie», de «ne verser ni dans la stricte gestion des flux, ni dans le rêve désincarné». Ensuite, se référant à Jacques Ellul, il a invité à poursuivre la route armé d’un «pessimisme rempli d’espérance». Paradoxalement, le «temps de la déréliction», ce terme par lequel Ellul désignait notre époque marquée par «la perte des repères spirituels», c’est aussi le temps approprié à l’espérance…

