Lévi Ngangura Manyanya et les racines africaines de la Bible

L’Afrique est aujourd’hui le continent où le nombre de chrétiens augmente le plus vite. Si le christianisme reste minoritaire en Afrique du Nord, il est devenu la religion la plus pratiquée en Afrique subsaharienne (63%), devant l’islam (30%) et les religions traditionnelles. Mais si le christianisme africain semble devoir jouer un rôle de plus en plus important dans le christianisme mondial, ce que la Bible doit à l’Afrique reste encore sous-évalué. Dans ses travaux actuels, portant sur la Bible hébraïque et les peuples d’Afrique dans l’Antiquité, le professeur Lévi Ngangura Manyanya tâche de mettre en valeur ces influences. Il effectue en ce moment un séjour de recherche en France, avec le soutien du Défap.

Le professeur Lévi Ngangura Manyanya dans le jardin du Défap © Défap

 

Lévi Ngangura Manyanya est docteur de l’université de Genève et professeur de Bible hébraïque et d’hébreu biblique à l’Université Libre des Pays des Grands Lacs, Goma, en République Démocratique du Congo. Il est aussi, actuellement, Président provincial de l’Église du Christ au Congo/Province du Sud-Kivu (ECC Sud-Kivu), ce qui représente 2,25 millions de membres répartis dans plus de 2500 Églises locales. Travaillant régulièrement avec le Défap, il est en congé recherche en France pour trois mois dans le cadre de ses travaux sur les influences africaines dans la Bible. Il est aussi l’un des rares théologiens africains à être régulièrement publiés en Europe. Pour son livre «L’ancêtre Jacob – Israël et ses origines selon Genèse 25-36», publié en 2014 aux éditions Olivétan, il avait bénéficié d’une bourse du Défap afin de faire des recherches en France. Il avait auparavant écrit «Figures des femmes dans l’Ancien Testament et traditions africaines» (éditions L’Harmattan, avril 2011) et «La fraternité de Jacob et d’Esaü – Quel frère aîné pour Jacob ?» (chez Labor et Fides, octobre 2009).

 

« Tout le monde sait ou presque que le christianisme se développe relativement bien en Afrique et, si le taux de croissance actuel se maintient, l’Afrique sera, sans nul doute, le continent où l’avenir du christianisme va se jouer. Plusieurs explications essaient, chacune à sa manière, de justifier un tel développement. Mais ce à quoi l’on prête souvent moins d’attention est la question de savoir ce que la Bible hébraïque, ou alors la culture juive dont elle constitue le document fondateur et, plus tard, le christianisme naissant qui a profondément marqué la culture occidentale, doit à l’Afrique.

Dans la mesure où l’Afrique semble avoir profondément fécondé la pensée juive et chrétienne — ce que nous allons essayer de démontrer dans cette étude — la Bible hébraïque porte l’empreinte de certaines conceptions, analyses et interprétations souvent développées, d’abord et avant tout, sur le sol africain. Elle occupe donc une place importante dans la formation de la Bible hébraïque.

Par cette étude sur le rôle déterminant joué par l’Afrique dans la formation de la culture juive et chrétienne, nous allons sans a priori examiner des textes bibliques et chercher à comprendre à quel moment, ou pourquoi, telle description des Africains a été mise par écrit par un rédacteur biblique donné. Puis, le contexte historique et l’usage d’autres documents extra-bibliques pourront également nous éclairer sur la manière dont les portraits des Africains se sont construits ou sont entrés dans la Bible. »

Lévi Ngangura Manyanya

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
L’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu);
L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.



Synode national de l’Unepref : «Habitons l’Alliance, en Christ»

Le synode national de l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), l’une des trois Églises constitutives du Défap, se tient les 13 et 14 mai à Rodez, dans l’Aveyron.
Photo de groupe du synode de l’Unepref 2019 © Unepref

 
Le Synode de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref) va se dérouler les 13 et 14 mai à Rodez sur thème « Habitons l’Alliance, en Christ ».

Le samedi 13 mai, des séances de travail se tiendront toute la journée à l’accueil Saint Joseph (9 Rue Jean XXIII, 12000 Rodez). Les rapports des commissions et des coordinations seront présentés ainsi que des points d’étapes concernant les groupes de travail (communication, violences, accompagnement des pasteurs et stratégie d’implantation) mis en place depuis septembre 2022 ainsi qu’un premier bilan des partenariats missionnaires.

Le culte synodal aura lieu le dimanche 14 mai à 10h30 au Temple (32 Rte de Sévérac, 12850 Onet-le-Château) et sera présidé par le pasteur Vivian Bénézet. Les témoignages des aumôniers y seront entendus, et la consécration du pasteur Charles Berger ainsi que la reconnaissance de ministère du pasteur Fabio Genovez auront lieu.




Synode national 2023 de l’EPUdF

Le Défap sera présent au prochain Synode national de l’Église protestante unie de France, qui se tiendra du 18 au 21 mai 2023 en région parisienne, à Noisy-le-Grand, à l’invitation de cette paroisse de l’Inspection luthérienne de Paris.

Le synode national 2021 de l’EPUdF à Sète © Défap

Ce Synode national sera l’occasion pour les délégués de découvrir une église inaugurée il y a peu, à l’architecture inspirante, bel écrin pour fêter les 10 ans de l’Église protestante unie et les 50 ans de la Concorde de Leuenberg.

Le processus synodal initié en 2021 : Mission de l’Église et ministères a permis au précédent synode de discerner une vision globale et ses grandes orientations. Pour cette session pendant que les Églises locales et les paroisses travaillent sur ces documents, le Conseil national a souhaité que les délégués puissent prendre connaissance d’initiatives et de projets vécus en France ou chez nos Églises-sœurs. « Expériences-Espérance« , tel est le titre de ce synode 2023.

Pour y parvenir, le Conseil national a retenu quatre thématiques principales, sur lesquelles les rapporteurs nationaux ont travaillé en équipes élargies avec des personnes ressources : l’Église universelle, la formation pour tous & ministères, le témoignage (évangélisation & diaconie), le renouvellement institutionnel.

Le modérateur du synode sera le pasteur David Mitrani et le travail théologique sera conduit par le Professeur Fritz Lienhard.

Un temps festif de reconnaissance à l’occasion des 10 ans de l’EPUdF

La soirée du samedi 20 mai sera un temps festif de reconnaissance à l’occasion des dix ans de la création de l’Église protestante unie de France. Cette union atteste de la communion entre les luthériens et les réformés, avec en particulier des témoignages vidéo des pasteurs Laurent Schlumberger, qui présidait l’Église réformée de France et devint le premier président de l’Église protestante unie de France à partir de 2013, et Joël Dautheville, actuel président du Défap et qui présidait l’Église évangélique luthérienne de France au moment de l’union. La participation des invités des Églises européennes rappellera combien la signature de la Concorde de Leuenberg a été une étape décisive en 1973.

Le culte synodal sera célébré le dimanche 21 mai à 11h à l’église de la Rédemption, 16 rue Chauchat, Paris 9ème et diffusé en direct sur la chaîne YouTube de l’EPUdF.




DM : une aventure missionnaire qui dure depuis 60 ans

La rencontre annuelle des trois Secrétariats Cevaa – DM – Défap nous donne l’occasion de parler d’un événement majeur pour DM : les célébrations de ses 60 ans. Six décennies d’histoire qui n’ont rien eu d’un fleuve tranquille, depuis une naissance au lendemain de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy jusqu’à une mue lancée au tournant de l’année 2018… En cette année 2023, DM a voulu fêter ses 60 ans avec ses divers partenaires, en Suisse, au Mexique, au Cameroun, et même avec les participants de l’Assemblée générale du Défap.

Le logo du soixantenaire de DM © DM

DM, c’est un peu le cousin suisse du Défap. Né durant la même période mais quelques années auparavant (en 1963, quand le Défap a été officiellement créé en 1971) ; œuvrant dans des milieux d’Églises similaires et invité comme le Défap aux Conseils et aux Assemblée générales de la Cevaa (DM est ainsi le département missionnaire des Églises de Suisse romande, quand le Défap réunit trois unions d’Églises protestantes françaises de tradition luthéro-réformée). Avec des modalités d’engagement et des visions très proches, une même pratique de l’envoi de personnes, des zones d’intervention qui se recouvrent en partie… Et des défis communs. Tout comme le Défap, tout comme la Cevaa, DM est confronté depuis de nombreuses années à des évolutions des sociétés et des Églises européennes qui imposent de repenser les formes et les présupposés de la mission. DM a fait sa mue au cours de l’année 2018, transition qui s’est traduite dans le discours, avec la mise en avant du concept de réciprocité, ainsi que dans un nouveau logo et un nouveau slogan. Celle du Défap est toujours en cours… Et au bout de six décennies d’aventure missionnaire, DM, tout au long de l’année 2023, fête son anniversaire en partageant des gâteaux avec ses envoyés, ses Églises membres, ses partenaires à l’étranger : au Mexique, au Cameroun…

Lors de sa naissance, en 1963, DM regroupe huit Églises protestantes de Suisse romande (elles seront sept après la fusion entre l’Église libre et l’Église évangélique réformée du canton de Vaud). Mais l’organisme qui voit le jour a déjà toute une histoire qui le précède, celle des missions suisses, nombreuses et diversifiées – et avec déjà diverses tentatives pour les coordonner. Et sa naissance intervient dans un contexte bien particulier, celui des indépendances des pays anciennement colonisés : avec des implications profondes sur la conception de la mission, comme en témoigne le slogan-programme « La mission de partout vers partout » inventé lors de la conférence mondiale mission et évangélisation du Conseil œcuménique des Églises de Mexico. Une conférence réunie du 8 au 19 décembre 1963… soit quelques semaines à peine après la naissance officielle, le 23 novembre, de DM.

Un projet soutenu par DM au Bénin © DM

Avec la fin de l’ère coloniale, les Églises locales issues des missions européennes s’émancipent ; les thématiques portées par les organismes missionnaires évoluent : on parle de dialogue interreligieux et interculturel avec le Tiers-Monde, d’œcuménisme, de partenariat, de projets de développement… Les échanges doivent se faire désormais entre égaux. À sa création en 1963, le DM compte 300 missionnaires dans 23 pays. En 1967 a lieu à Neuchâtel le premier cours de formation missionnaire de DM. Mais déjà pointent des inquiétudes sur une crise des vocations…

En 1971, à la création de la Cevaa et du Défap, nés tous deux de la Société des missions évangéliques de Paris, les Églises membres de DM, par son entremise, s’impliquent dans la nouvelle Communauté d’Églises. Un fonds commun est créé par DM et deux autres organismes suisses, PPP (Pain Pour le Prochain) et l’EPER, pour coordonner les campagnes et les récoltes de fonds. Ce qui débouchera sur un rapprochement durable, incluant bientôt la KEM (Coopération des Églises et Missions évangéliques en Suisse), qui donnera lieu au projet « Terre Nouvelle ». Ce projet aura son propre comité de coordination, ses animateurs cantonaux, son journal, jusqu’à envisager, au fil des ans, une complète fusion de ses organismes membres dans une entité unique. Espoir avorté en 2002… Mais entretemps, les Églises suisses, leurs envoyés et leur service missionnaire auront vécu tous les soubresauts d’une histoire internationale agitée : la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, le génocide rwandais… mais aussi la création du service civil à l’étranger, un nouveau statut qui permettra d’apporter une nouvelle vitalité à l’échange de personnes porté par DM dans son réseau d’Églises.

Le gâteau offert par le délégué de DM lors de l’AG du Défap © Défap

En 60 ans, ce sont près d’un millier de personnes qui se sont engagées comme envoyé.es auprès de DM, pour tisser des liens et renforcer la solidarité entre Églises de divers pays, avec le but affiché de rendre concrètes « l’humanité solidaire » et « l’Église universelle ». DM agit aujourd’hui dans l’agroécologie, l’éducation et la théologie en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, dans l’océan Indien et en Suisse. Il mène des projets dans plus d’une quinzaine de pays, et regarde résolument vers l’avenir : il s’implique dans le dialogue entre Églises issues de cultures différentes, soutient des organismes qui mènent des réflexions et proposent des solutions aux défis de notre temps : tels le Secaar (développement durable et droits humains), l’Institut Al Mowafaqa (dialogue interreligieux). Le point d’orgue de cette année de célébrations des 60 ans de DM est prévu le 18 novembre 2023, à la cathédrale de Lausanne.




Réciprocité : et si vous accueilliez un.e volontaire en mission ?

Si vous êtes une association qui œuvre en lien avec une des Églises membres du Défap, vous pouvez, vous aussi, accueillir prochainement un.e volontaire venant de nos Églises partenaires pour vous aider dans vos activités. C’est le moment de nous contacter, pour construire les prochaines missions !

Les échanges, ça nous change ! © Défap

Vous avez déjà pu faire la connaissance de Magda, Believe et Mona : les trois premières volontaires en service civique accueillies en France via le Défap, dans le cadre du volontariat de réciprocité. Elles sont venues d’Égypte et du Togo, pour des missions à Strasbourg et Marseille. Il est déjà temps de construire les prochaines missions, pour les volontaires qui viendront courant janvier 2024. Avis aux associations qui œuvrent en lien avec le milieu des Églises : c’est le moment de vous manifester si vous souhaitez accueillir un.e ou plusieurs services civiques afin de vous aider dans vos activités !

Depuis longtemps, le Défap favorise les échanges de personnes pour permettre le partage et une meilleure connaissance mutuelle entre Églises partenaires. Le volontariat, mis en place après la fin du service militaire et de la coopération, est un régime juridique qui a permis de nombreux envois depuis les Églises de France vers des Églises sœurs, pour des périodes allant de quelques mois à plusieurs années. Depuis 2010, ce statut a évolué pour permettre non plus seulement d’envoyer, mais aussi d’accueillir des volontaires de pays partenaires. Le volontariat de réciprocité est ainsi une manière de vivre la solidarité qui enrichit à la fois les volontaires et les structures qui les accueillent : de part et d’autre, il représente une ouverture à une autre culture, et une façon de vivre de manière concrète l’Église universelle. Pour l’organisme qui accueille, c’est un soutien à ses activités. Pour le ou la volontaire, c’est une expérience nouvelle dans un pays différent.

De gauche à droite : Believe (venue du Togo), Mona et Magda (venues d’Égypte), lors de leur session d’accueil au Défap © Défap

Le cadre juridique s’adapte tout à fait aux activités diaconales. Accueillir en France des volontaires venant des Églises partenaires du Défap est ainsi possible aux conditions suivantes :

  • pour les associations loi 1901
  • œuvrant en lien avec des Églises membres du Défap : Église protestante unie de France (EPUdF), Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) ou Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref)
  • œuvrant pour l’intérêt général dans les domaines de :
    • la solidarité
    • la santé
    • l’environnement
    • l’éducation
    • la culture

C’est le moment de nous contacter ! Pour tout savoir, contactez nous à : animation@defap.fr.

 

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Rencontres missionnaires à Versailles

La rencontre annuelle des Secrétariats de la Cevaa, de DM et du Défap se tiendra du 3 au 5 mai à Versailles. En cette année 2023, c’est le Défap qui accueille la réunion, organisée chez les Diaconesses de Versailles. Au menu des échanges : collaborations et lieux d’engagement commun des trois institutions, réflexions sur les échanges de personnes, perspectives financières. Ces réunions régulières sont un des lieux de dialogue entre Cevaa, DM et Défap, trois organismes missionnaires qui partagent une histoire commune et nombre de leurs priorités.

Rencontre des trois Secrétariats Cevaa-DM-Défap, en juillet 2022 à Sète © Cevaa

Dans les projets qu’il soutient, dans les échanges de personnes qu’il organise, le Défap n’agit pas seul, mais au sein d’un réseau. Plusieurs réseaux même : un réseau associatif, rassemblant des acteurs de la solidarité internationale, chrétiens (c’est le cas de ceux qui se retrouvent dans le collectif Asah, « Association au Service de l’Action Humanitaire ») ou laïcs (comme ceux qui font partie de Coordination Sud, dont est également membre le Défap) ; des acteurs publics (ce sont eux qui fournissent le cadre légal des envois de volontaires à l’international : ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Agence du Service civique) ; des Églises et organismes liés aux Églises. Dans ce dernier cas, le Défap est non seulement en lien avec un réseau ecclésial présent sur plusieurs continents, mais il travaille aussi avec des organismes fédérant diverses Églises pour des activités communes : le Secaar, par exemple, organisme regroupant 19 Églises ou ONG d’Afrique et d’Europe autour de thématiques liées au développement durable et aux droits humains ; ou encore la Cevaa et DM. Des rencontres régulières ont lieu : le Défap participe ainsi aux « COS » (« Conseils d’Orientation et de Suivi », équivalent des Assemblées générales) du Secaar ; il participe aux Coordinations de la Cevaa ; et le Secrétariat du Défap retrouve chaque année ceux de la Cevaa et de DM pour des réunions qui ont pour but, pour les trois organismes, d’échanger des informations et de coordonner leurs actions.

En cette année 2023, cette réunion annuelle, dite « des trois Secrétariats », aura lieu du 3 au 5 mai. Tous les ans, cette rencontre est accueillie par un organisme différent, à tour de rôle : en 2022, elle était accueillie par la Cevaa et avait eu lieu à Sète. En 2023, elle est accueillie par le Défap. Et les délégués participant à ces trois jours de réunions seront reçus par les Diaconesses de Versailles.

Thématiques communes et défis partagés

Entre la Cevaa, DM et le Défap, les liens sont nombreux. Sur le plan historique, tout d’abord : ces trois organismes sont nés à la même période, les années 1960-70, dans un milieu d’Églises protestantes qui s’efforçaient d’inventer de nouvelles collaborations ecclésiales dans un contexte marqué par la fin de la colonisation. DM, organisme missionnaire des Églises de Suisse romande, est né le premier, en 1963 (il célèbre d’ailleurs cette année ses 60 ans) ; la Cevaa et le Défap sont tous deux héritiers de la SMEP, la Société des missions évangéliques de Paris, qui choisit en 1971 de se scinder en une communauté d’Églises et en un organisme lié aux Églises de France pour pouvoir continuer à entretenir des relations sur un pied d’égalité entre Églises nées des travaux de la Mission de Paris. Enfin, les relations institutionnelles étaient présentes dès le début : à l’origine de la Mission de Paris, on trouve divers organismes européens, dont la Mission de Bâle ; et DM est lui-même en partie issu de la Mission de Paris.

Entre ces trois organismes institués pendant la même période et entretenant des relations avec les mêmes pays, on retrouve encore aujourd’hui des domaines d’activité très proches, et des échanges réguliers. Parmi leurs points communs, l’envoi de personnes. Défap, Cevaa et DM-échange et mission ont donc régulièrement des envoyés présents dans leur réseau d’Églises ; certains de ces envoyés peuvent d’ailleurs parfois être volontaires pour l’un, puis pour l’autre organisme (c’est ce qui s’est déjà produit notamment pour des envoyés ayant la double nationalité française et suisse). Des partenariats peuvent aussi s’établir lors de la formation (des envoyés Cevaa ont pu participer à la formation au départ du Défap). Parmi les autres points qui les rapprochent, on trouve aussi des lieux d’engagement commun, comme la CLCF (la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone), l’Institut Œcuménique de Théologie Al Mowafaqa (installé au Maroc, il vient de fêter ses dix ans) ou encore la revue Perspectives Missionnaires. Mais aussi des préoccupations communes : nécessaire adaptation aux changements des sociétés qui, partout en Europe, bousculent depuis plusieurs décennies à la fois Églises et organismes missionnaires ; et interrogations sur les finances – sujet sensible pour les trois organismes.




Réciprocité : une session d’accueil pour les volontaires du Défap

Pendant trois jours, les premières volontaires accueillies en France via le Défap dans le cadre du volontariat de réciprocité participent à une session d’accueil à Paris : l’occasion de faire le point sur leurs missions respectives, un mois et demi après leur arrivée en France, et de leur donner des clés concernant les relations interculturelles.

De gauche à droite : Magda, Believe et Mona, photographiées dans le jardin du Défap © Défap

Elles viennent d’Égypte et du Togo, pour des missions de solidarité en lien avec les Églises de France. Elles sont arrivées depuis un mois et demi, et sont déjà à pied d’œuvre dans les organismes qui les accueillent : Magda, Mona et Believe sont les premières volontaires à venir en mission en France via le Défap et avec le statut de service civique, dans le cadre du volontariat de réciprocité. En ce lundi 24 avril, elles sont toutes trois au 102 boulevard Arago, à Paris, pour une session d’accueil destinée à faire le point sur leurs premières impressions et leurs découvertes après quelques semaines en France, et pour leur fournir des éléments destinés à faciliter la suite de leur travail et de leur séjour.

Le volontariat de réciprocité offre un cadre juridique, encore trop peu utilisé, qui permet d’accueillir en France des volontaires de pays partenaires. Concrètement, le principe de réciprocité permet, à tous les pays accueillant des volontaires français, d’envoyer des jeunes pour une mission en France. Dans le cas du Défap, cela implique la possibilité non seulement d’envoyer à l’étranger, mais aussi d’accueillir en France des jeunes pour des missions utiles aux Églises. La possibilité juridique d’une telle forme de volontariat existe depuis 2010 ; mais elle commence à peine à être utilisée. Cette volonté de rééquilibrage est portée depuis des années par France Volontaires, la plateforme française des engagements volontaires et solidaires à l’international, dont fait partie le Défap : elle a déjà publié deux guides sur le sujet et plaide régulièrement pour une meilleure connaissance de ce dispositif.

Au menu des échanges : interculturalité, questions administratives, rencontre avec l’équipe du Défap

Le développement de la réciprocité dans le volontariat international permet ainsi de nourrir des relations plus équilibrées, des liens de coopération et de solidarité entre les pays plus solides. Cette invitation à regarder le monde d’un point de vue différent que représente la réciprocité, à travers des regards croisés, présente de nombreux bénéfices, pour les volontaires impliqués comme pour les structures d’accueil et d’envoi. Dans le cadre des échanges noués via le Défap, cette possibilité d’accueillir des volontaires de pays et d’Églises partenaires peut concerner toute association loi 1901 œuvrant en lien avec les Églises membres du Défap, et elle représente, outre une ouverture à une autre culture, un moyen concret de vivre l’Église universelle.

En cette année 2023, les premières structures à accueillir des services civiques arrivées en France via le Défap sont les Diaconesses à Strasbourg, et l’Association diaconale protestante Marhaban (ADPM) à Marseille. Les Diaconesses accueillent deux jeunes filles venues du Caire pour des missions très diversifiées : animation, avec l’équipe, d’ateliers de type travaux manuels, lecture, jeux de société pour les personnes âgées ; lecture pour les personnes âgées mal-voyantes ; visites de convivialité auprès de résidents et résidentes âgées isolées dans leur chambre ; accompagnement de sorties de la vie courante (courses, rendez-vous médicaux) ; aide à l’accès aux outils informatiques pour maintenir le lien et la communication avec les proches… À Marseille, la volontaire togolaise a déjà été amenée à faire tour à tour de l’accueil, de l’animation d’ateliers d’anglais ou de couture, ainsi qu’à s’occuper d’une épicerie autogérée.

Pour cette session d’accueil au Défap, il s’agira de donner un aperçu du Défap, de son histoire et de ses missions – avec notamment un mot d’accueil du Secrétaire général Basile Zouma, et une visite de la bibliothèque ; mais aussi, sur un plan plus pratique, de faire le point sur les questions administratives ; de permettre aux trois services civiques de faire un premier retour d’expérience au bout d’un mois en France… Cette session permettra aussi de leur donner des éléments sur la manière dont se vit la laïcité en France, sur les questions de communication (et de droit à l’image, notamment en lien avec les réseaux sociaux)… Elle permettra également de les outiller pour mieux comprendre et gérer les situations de tension en milieu interculturel. Enfin, ce sera l’occasion pour les trois volontaires, réparties dans des villes éloignées, de faire le point entre elles et d’apprendre à connaître l’équipe du Défap.




Cécile Millot et Madagascar : «Un étonnement permanent»

Ancienne envoyée du Défap à Madagascar, Cécile Millot était l’invitée de Marion Rouillard sur Fréquence Protestante pour parler du livre qu’elle a tiré de cette expérience : Les aventures de Madame Cécile à Madagascar, publié aux éditions Amalthée.

Cécile Millot interviewée lors des Journées Portes Ouvertes des cinquante ans du Défap © Défap

Avant son odyssée malgache, Cécile Millot était plus familière de Goethe que de l’enseignement du français. Si elle avait découvert d’autres pays à l’occasion de voyages, c’était bien des années auparavant, et sur un autre continent : en Inde, pour être précis. Madagascar était pour elle une expérience totalement nouvelle. « J’ai vécu une aventure que peu de gens ont la chance de vivre, raconte-t-elle en présentant son livre : j’ai passé trois ans à Madagascar, pour enseigner le français langue étrangère dans une école de formation des instituteurs. Ce travail était passionnant. Je vivais seule dans une petite ville, où il n’y a pas eu d’électricité pendant un an, et où il n’y avait pas d’autres étrangers que moi. Je n’avais pas le choix, je me suis glissée dans la vie quotidienne des Malgaches. Je suis allée à leur rencontre avec bienveillance, et je me suis fait accepter. »

La matière de l’ouvrage qu’elle a tiré de sa mission, Les aventures de madame Cécile à Madagascar, a existé sous forme de blog avant de devenir un livre. Un témoignage dense, très vivant, très riche, qu’elle a eu l’occasion de présenter lors des 50 ans du Défap, et dont elle a pu lire des extraits au cours de la « Nuit de la lecture » organisée cette année au Défap sur le thème de la « Peur de l’autre ». Invitée de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence protestante, elle est revenue, en ce mois de février 2023, sur les conditions qui l’ont poussée à partir, ce qu’elle a vécu et découvert, et le contexte dans lequel elle en est venue à écrire ce qui devait devenir un livre-témoignage.
 

Un livre, quelques années après le retour de Madagascar, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 22 février 2023 sur Fréquence Protestante

 

Cette décision de partir est venue, comme elle l’explique au micro de Marion Rouillard, dans des conditions assez dramatiques : « J’avais 55 ans, j’étais bien installée dans la vie, j’ai eu un passage très difficile, trois deuils très douloureux dans ma famille proche ». Pour surmonter ce choc et continuer à vivre, il lui fallait une rupture : « Pour prendre un nouveau départ, il fallait que je prenne mes distances ». Elle a donc commencé à se renseigner sur les modalités d’expatriation, les possibilités de travailler à l’étranger. « Je ne connaissais pas le Défap, explique-t-elle, je suis de culture catholique et pas pratiquante ». Il aura fallu une série de hasards pour que la rencontre se fasse… et qu’elle postule pour partir à Madagascar.

Madagascar : un lieu totalement à l’opposé du pays qu’elle connaissait jusqu’alors, tant sur le plan géographique que sur celui des habitudes, des modes de vie, de la manière d’envisager le monde… Cécile Millot découvre le lieu de sa mission, tâche de s’adapter à cette nouvelle activité dans un contexte radicalement nouveau. « J’étais enseignante de français dans une école normale, une école de formation des instituteurs », souligne-t-elle. Cette école était « tenue par l’Église luthérienne malgache », qui dispose d’accords avec l’État malgache permettant aux enseignants qu’elle forme d’aller travailler dans tout le réseau des écoles de l’île, qu’elles soient confessionnelles ou publiques. Cécile Millot découvre l’importance du français : c’est la langue des études secondaires et supérieures. Mais elle n’est pas enseignée en primaire et seuls les élèves dont les parents peuvent les aider à acquérir les bases du français ont des chances de poursuivre des études longues. Les instituteurs eux-mêmes, bien souvent, la maîtrisent mal, à l’écrit comme à l’oral. Donc, « former des instituteurs, c’est en grande partie leur apprendre le français ».

« L’impression d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire »

Dans ce lieu radicalement nouveau, tout est sujet à surprises. Cécile Millot évoque ainsi son « étonnement permanent devant la différence de niveau de vie, de mentalités, des règles de politesse »… Autant de choses dont elle ne peut discuter avec personne, étant la seule Européenne sur son lieu de mission : « Je ressentais le manque de quelqu’un avec qui parler de tout ce qui m’étonnait, et que je ne pouvais pas partager avec mes collègues malgaches ». Dès lors vient, très vite, l’envie d’écrire, « une nécessité » ; et le blog auquel elle confie tout ce qu’elle vit et observe, cette odyssée d’une « vazaha », d’une étrangère, dans un monde aux règles si nouvelles.

« On arrive forcément avec son petit bagage d’illusions, d’attentes, de bonnes intentions ; et puis on se frotte à la réalité », raconte-t-elle au micro de Marion Rouillard. Ce blog, elle l’a régulièrement alimenté pendant les trois ans qu’a durée sa mission à Madagascar : « Je pense que j’y mettais tous les jours dix pages ». Ce qui explique la densité particulière du vécu qui ressort dans son témoignage, aujourd’hui publié aux éditions Amalthée : « Mon livre, ce n’est pas des souvenirs : c’est du vécu en tranches ». Pour le rédiger, il lui aura tout de même fallu attendre dix ans ; « ressortir quelque chose comme mille pages de blog », puis élaguer, condenser… Un travail de fourmi, quand il aurait été plus simple d’abandonner son blog une fois revenue en France ; mais « j’éprouvais le besoin de partager ce que j’avais vécu ; j’avais l’impression d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire ».

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
À commander aux éditions Amalthée
À partir de 9,99€ (e-book) ; 32€ le livre broché




Le Défap à la rencontre de ses partenaires

Les mois de mars à août sont bien remplis dans l’agenda de l’équipe du Défap pour cette année 2023, avec des déplacements en République centrafricaine, au Maroc, au Congo-Brazzaville, à Madagascar… Il s’agit de rencontrer les Églises partenaires, visiter les envoyés, et faire le point sur les missions et les possibilités d’accueil et d’envoi de volontaires.

Centrafrique : un culte de l’Église luthérienne – photographie prise lors de la mission de Laure Daudruy © Défap

Laure Daudry (Défap) et Annelise Deiss se sont rendues dix jours en mars en République centrafricaine à la rencontre des Églises partenaires et notamment à Bouar, au siège de l’Église luthérienne. Elles ont représenté le Défap au colloque « Les voies de la paix » qui s’est tenu les 17 et 18 mars à Bangui ; colloque co-financé par le Défap et l’UEPAL.

Basile Zouma, secrétaire général du Défap, était au Maroc du 13 au 20 mars, pour fêter les 10 ans de l’Institut Al Mowafaqa. Il était accompagné de la secrétaire générale de la Cevaa, la pasteure Claudia Schulz. Ils ont rencontré l’Église évangélique au Maroc et Basile Zouma a participé à l’évaluation du partenariat Défap-Al Mowafaqa.

Maroc : une conférence à l’institut Al Mowafaqa © Al Mowafaqa

 
En avril, Basile Zouma et Anne-Sophie Macor, en charge des Relations internationales au Défap, seront au Congo-Brazzaville. L’objet de cette mission est de rencontrer l’Église évangélique du Congo, l’Université protestante de Brazzaville, les étudiants boursiers du Défap, et de faire le point avec les lieux d’accueil potentiels de volontaires. Une rencontre avec le représentant national de France-Volontaires (plateforme opérationnelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour le volontariat international) est également au programme.

Un voyage à Madagascar est en préparation, probablement pour août. Anne-Sophie Macor accompagnera Pascal Hickel pour rencontrer les deux Églises partenaires (FLM et FJKM) et visiter les envoyés. Ce sera l’opportunité de faire le point sur les missions et les possibilités d’accueil et d’envoi de volontaires.
 

Madagascar : Pierre, envoyé du Défap, dans le labo de langues de la SFM, l’école de formation des maîtres de l’Église luthérienne malgache © SFM

 

Les Églises partenaires par pays

  • République centrafricaine : l’EEL-RCA (Église évangélique luthérienne de République centrafricaine), qui regroupe 120 000 membres à travers 544 « congrégations » (paroisses)
  • Maroc : l’EEAM (Église évangélique au Maroc), qui est, avec l’Église anglicane, l’un des deux seuls mouvements protestants officiellement reconnus par le roi.
  • au Congo-Brazzaville: l’EEC (Église évangélique du Congo) qui revendique aujourd’hui 225 000 membres
  • à Madagascar : la FJKM et la FLM. La FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy eto Madagasikara, en français Église de Jésus-Christ à Madagascar) est la plus grande Église protestante du pays. Elle revendique 3 500 000 membres, répartis dans 5 800 paroisses desservies par plus de 1 200 pasteurs. Quant à l’Église luthérienne malgache (en malgache : Fiangonana Loterana Malgache, FLM), elle revendique 3 millions de membres répartis dans 5000 paroisses, desservies par 1200 pasteurs.

 




«Convictions et Actions 2021-2025» : point d’étape et perspectives

La rédaction de ce rapport a donné lieu à des débats fournis au sein de l’équipe, tournant notamment autour de la question suivante : valait-il mieux, pour cette année « charnière » dans la période 2021-2025, présenter un rapport d’activité sous forme classique, mettant en avant l’activité par services… ou s’efforcer de le structurer en fonction des trois grands axes définis par le document stratégique « Convictions et Actions », à savoir : développer les liens avec les partenaires ; s’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine ; vivre l’interculturalité ? Le choix qui a été fait au bout du compte, c’est de privilégier une présentation classique : car le rapport d’activité a avant tout pour objet de permettre de montrer qui a fait quoi. Mais si le rapport garde une forme classique, la présentation faite en AG a été, pour sa part, organisée en fonction des axes prioritaires de « Convictions et Actions ».

1) Se diriger dans un monde en fragmentation

A) Tracer des lignes pour se repérer dans le monde

Il y a une tradition bien ancrée au sein de la Marine, tant militaire que marchande : celle du « baptême de la ligne » – le passage de l’Équateur. Si elle se réduit aujourd’hui souvent à quelques bizutages, elle a pu avoir par le passé son cérémonial bien établi. Les matelots qui n’avaient jamais changé d’hémisphère étaient convoqués devant Sa Majesté Neptune, rôle joué par un membre d’équipage grimé et déguisé. Afin d’être autorisés à pénétrer dans son royaume, les néophytes devaient lui payer un tribut et passer diverses épreuves. Ils étaient tour à tour enduits de graisse et de farine, harangués, copieusement aspergés d’eau de mer… Une fois lavés et blanchis, les baptisés devenus « chevaliers des mers » recevaient un certificat de passage.

L’Équateur n’existe pas. Et pourtant, cette ligne virtuelle inventée sur le globe terrestre a des traductions on ne peut plus concrètes. Pour ceux qui la passent… mais aussi pour tous les marins du monde, qui doivent se diriger sur des étendues d’océan loin de toute terre visible.

Les premiers navigateurs ont très tôt éprouvé le besoin de tracer des cartes pour mieux se représenter un monde qu’ils découvraient en le parcourant. Ératosthène de Cyrène, né en l’an 276 avant J-C, est considéré comme l’initiateur des premiers travaux géodésiques. Ptolémée, au IIe siècle ap. J-C, imagine de déterminer la position de lieux par des coordonnées, en « longueur » (longitude) et en « largeur » (latitude). Aujourd’hui, la plupart des pays du monde se réfèrent à l’un des 4 systèmes géodésiques les plus connus – comme le système WGS 84, associé au système de positionnement GPS.

B) Se fixer des lignes d’action

Tout comme ces tracés virtuels qui permettent de mieux se diriger, le Défap s’est doté depuis longtemps de lignes directrices pour orienter son action. Elles ne datent pas d’hier. Lors de la naissance du Défap en 1971, le contexte international était encore marqué par la décolonisation. La conviction était forte qu’un « rattrapage » par les pays du « Tiers-monde » était possible. Pour les Églises de France, il ne s’agissait plus d’aller « faire des chrétiens chez les autres » mais de porter ensemble une même mission. De construire des relations d’Église à Église fondées sur la réciprocité et le partenariat. Ce projet communautaire, le Défap s’est vu confier le rôle de lui donner vie.

Aujourd’hui, ces lignes directrices ont été mises à jour par le Défap dans son document « Convictions et Actions – 2021-2025 », qui est à la fois sa feuille de route et sa carte des opérations. Un travail de réactualisation nécessaire dans un monde de plus en plus mouvant. Non seulement le monde d’aujourd’hui n’est plus du tout celui que l’on connaissait dans les années 70, mais ses évolutions s’accélèrent. Avec des risques forts de repli dans des sociétés de plus en plus « bousculées » – risques qui n’épargnent pas les Églises. Les relations interculturelles sont partout présentes dans notre quotidien, sans entraîner nécessairement une meilleure compréhension entre les uns et les autres. Depuis ce document « Convictions et Actions », les grands mouvements du monde ont continué à poser de nouveaux défis à nos sociétés : suites de la pandémie de Covid-19, raidissement Est-Ouest autour de la guerre en Ukraine, avec des rapports de forces mondiaux qui se redéfinissent… Il est de plus en plus vital de savoir où l’on va.

2) Les priorités du programme 2021-2025 du Défap

A) Développer les liens avec les partenaires

 

À travers ses envoyés, ses projets, ses boursiers, le Défap entretient des relations avec près d’une trentaine de pays. Les envoyés « portés » représentent aussi une relation avec le milieu évangélique en France (soit une douzaine de partenaires ecclésiaux). Le Défap s’occupe également de l’envoi de pasteurs. Ce sont des partenariats qui tissent une toile dense, et qui sont entretenus et développés d’année en année. Certains sont noués avec de petites communautés, qui vivent leur foi dans un contexte minoritaire (Maroc, Tunisie, Djibouti…), quand d’autres concernent des Églises regroupant plusieurs millions de membres (Madagascar, République Démocratique du Congo, Cameroun…).

En France métropolitaine, à travers des cultes, des animations, des conférences, le Défap a assuré 36 interventions en 2022 pour sensibiliser à la mission et encourager les services à l’international. Il est également représenté lors des divers synodes de ses Églises fondatrices pour y rappeler l’importance de leur engagement dans la mission.

Le Défap n’agit pas seul, mais au sein d’un réseau, qui permet de démultiplier les effets des actions entreprises ; avec toutefois le risque que les actions du Défap perdent en visibilité auprès des Églises de France. D’où l’utilité de rappeler la place qu’il occupe dans ce réseau. Ainsi, quand la CLCF rend visite à des partenaires au Cameroun et soutient des bibliothèques de facultés de théologie par l’envoi de livres, elle le fait en partie grâce au Défap, qui a contribué à sa création et la soutient financièrement. Les réflexions sur le respect de la création et le projet de « compensation carbone » du Défap ne viennent pas de nulle part, mais du partenariat avec le Secaar, organisation au service du développement holistique, qui regroupe 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, et dont le Défap est membre fondateur. Dans ses activités à l’international, le Défap coordonne ses actions avec la Cevaa et DM, son homologue pour la Suisse romande : les trois Secrétariats se rencontrent chaque année pour débattre de leurs priorités et de leurs lieux d’engagement commun. Le Défap participe aussi aux Coordinations de la Cevaa.

Perspectives :

  • Développer les rencontres de témoins : envoyés du Défap de retour de mission, congés-recherches pendant leur séjour en France, enseignants ayant participé à des échanges avec des facultés de théologie…
B) S’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine

Parmi les trois grands axes de travail que s’est fixé le Défap dans son programme « Convictions et actions – 2021-2025 » figure la sauvegarde de la création : le Défap veut ainsi « s’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine ». Des préoccupations souvent intimement liées, et que résume bien le concept de « justice climatique », puisque les atteintes au climat se traduisent bien souvent par la perte de moyens de subsistance, par des destructions d’habitats, par des conditions de vie considérablement plus difficiles pour les habitants des pays les plus pauvres. Si le Défap est engagé depuis longtemps dans des projets en lien avec l’environnement, pour aller jusqu’au bout de la logique de solidarité, il se devait aussi de limiter les effets secondaires de ses propres activités ayant un impact sur le climat. En janvier 2022, le Conseil du Défap a décidé de formaliser ces engagements en se lançant dans une démarche de réduction de son empreinte écologique. Les objectifs affichés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont ambitieux : -40% d’ici 2030 (par rapport à l’année de référence, à savoir 2021) ; -50% d’ici 2040 et -60% à l’horizon 2050. Les émissions de gaz à effet de serre qui n’auront pu être évitées devront être « compensées ». Cela signifie que le Défap s’engage à soutenir des activités destinées à diminuer la production de gaz à effet de serre, dans une proportion équivalente à ce qu’il produit lui-même, de façon à parvenir à un bilan global égal à zéro : la neutralité carbone. Pour cela, le Défap propose de labelliser annuellement, en lien avec la Cevaa, des projets de « compensation carbone » pour les Églises membres et ses partenaires. Ainsi, pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre de l’année 2022, c’est vers le Secaar qu’il s’est tourné. Prévu pour 2023, ce projet vise à promouvoir des foyers améliorés, afin de réduire la déforestation et l’utilisation de butane ; ce qui contribuera aussi à réduire les maladies respiratoires causées par l’inhalation de la fumée.

NB : Vivre la rencontre nécessitera toujours de se déplacer. Tout ne peut se vivre en « distanciel ». Des outils comme Zoom permettent de se concerter pour travailler sur des projets communs, mais s’ils sont utilisés à l’exclusion de toute rencontre physique, ils affaiblissent la relation. Le cœur d’activité du Défap implique donc qu’il continuera à produire des gaz à effet de serre – même de manière réduite ; d’où l’importance de les compenser.

Le Défap apporte aussi son soutien à des projets de transition écologique de ses Églises partenaires en Centrafrique, au Burundi, au Bénin, au Togo, à Djibouti, en Tunisie… Il manifeste sa solidarité avec les partenaires dans les domaines de l’éducation et de la santé par son soutien à Men a l’Espwa, programme de l’Église Protestante Réformée de la Guadeloupe ; par son soutien aux Écoles protestantes d’Haïti ; en aidant à fonctionner les hôpitaux de l’Église presbytérienne camerounaise ; en aidant à la formation d’enseignants à Madagascar… Le Défap apporte sa contribution au renforcement de la place des femmes dans les Églises et dans la société par des bourses pour des étudiantes ou par le soutien à des programmes de formation en République Démocratique du Congo ou au Cameroun ; il aide des femmes à surmonter la stigmatisation économique et sociale par des programmes sociaux et de microcrédits en RDC… Sur les thématiques de la justice et de la dignité humaine, toujours en RDC, le Défap aide à l’Éducation à la paix (avec l’Action Évangélique pour la Paix, créée par l’EEC) ; en Palestine/Israël, l’envoi d’observateurs œcuméniques (programme EAPPI) a repris en 2022 après deux ans d’arrêt : ce programme du COE (Conseil œcuménique des Églises) a pour mission d’accompagner les Palestiniens et les Israéliens dans leurs actions non violentes. Son suivi administratif est assuré en France par le Défap.

Perspectives :

  • Éducation, place des femmes, justice climatique : des réflexions à poursuivre pour accroître la cohérence des actions du Défap. Les effets les plus sévères du changement climatique apparaissent dans les pays du sud, au sein des populations les plus pauvres, les moins éduquées, les plus marginalisées parmi lesquelles les femmes sont sur-représentées.
  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre : -40% d’ici 2030, -50% d’ici 2040, -60% d’ici 2050.
  • Démarche de labellisation du Défap sur les questions environnementales.
C) Vivre l’interculturalité

Le Défap envoie (des VSI, des services civiques, des pasteurs) et accueille (des congés-recherches). Il s’est aussi lancé dans le volontariat de réciprocité et a accueilli début 2023 ses premiers services civiques, issus d’Églises partenaires à l’étranger.

Le Défap entretient des liens depuis des années avec de nombreuses facultés de théologie d’Églises partenaires. Exemples 2022 : Maroc : soutien financier à l’Institut Al-Mowafaqa et financement de bourses. Madagascar : soutien à la SALT, la faculté de théologie de la FLM, l’Église luthérienne malgache.

Le Défap a soutenu en 2022 des envois et accueils courts d’enseignants en théologie : ceux d’Olivier Abel, Jean-Patrick Nkolo-Fanga et Sébastien Kalombo. Il a soutenu les travaux d’une vingtaine de boursiers : 9 doctorants venus du Cameroun, de Côte d’Ivoire, de République du Congo (Brazzaville), de République Démocratique du Congo (Kinshasa), de Madagascar, de Nouvelle-Calédonie, de Tahiti ; 11 post-doctorants, 5 venant du Cameroun, 3 de République Démocratique du Congo, 2 de République du Congo, 1 de Côte d’Ivoire.

L’EPUDF, l’UEPAL, l’EPUB (Église Protestante de Belgique) ont fait appel au Défap pour co-construire une formation pour les pasteurs étrangers arrivant en France et en Belgique. Deux sessions ont eu lieu les 10-12 octobre 2022 et 23-25 janvier 2023. Elles concernaient 16 pasteurs étrangers entrant dans le corps pastoral en Europe. L’étape prochaine serait de faire une formation pour les conseillers presbytéraux dans les paroisses qui accueillent des pasteurs venant de l’étranger. C’est dans cette même logique que le Défap est investi depuis longtemps dans l’accompagnement des formations CPLR. Après « Go to Togo », stage interculturel organisé en 2019 dans la ville togolaise de Kpalimé, le mois de juin 2022 a vu la deuxième partie de cet échange à Paris.

Le Défap, en partenariat avec l’EPUDF, a accueilli en janvier et février 2023 “Deviens un héros”, exposition interactive créée par les EUL (UEPAL) dans le but de sensibiliser les jeunes aux questions de racisme et de discrimination. Pour la première fois en janvier 2023, le Défap a participé aux « Nuits de la lecture » dont la thématique, centrée cette année sur « la peur », a été adaptée lors d’une soirée de lecture de textes issus de la bibliothèque et tournant autour de « la peur de l’autre ». Et en cette année 2023, le Défap accueille ses premiers volontaires, en service civique, issus d’Églises partenaires à l’étranger. Pour des missions au sein de l’association diaconale protestante Marhaban (entraide) à Marseille, et chez les Diaconesses de Strasbourg, pour de l’accompagnement de personnes âgées.

Perspectives :

  • Développer l’offre interculturelle à destination des paroisses (après les sessions d’accueil des pasteurs venus d’ailleurs, sessions de formation pour les conseillers presbytéraux)
  • Développer les échanges de réciprocité (les premiers services civiques de réciprocité du Défap sont accueillis en France cette année ; le dispositif s’est récemment élargi aux VSI)
  • Revisiter le projet Mosaïc en lien avec la FPF et autres partenaires

En guise de conclusion

Mission intérieure, mission extérieure: ici ou là-bas, c’est toujours la même mission. Cette volonté de porter la mission « du bout du banc au bout du monde » est depuis l’origine une caractéristique forte du Défap. Une vision d’autant plus pertinente aujourd’hui, alors que les Églises au Nord comme au Sud sont de plus en plus marquées par les relations interculturelles. Les Églises en croissance sont souvent des Églises transfrontalières, qui savent tirer parti des relations qu’elles entretiennent dans divers contextes, voire dans divers pays. Opposer mission au près et mission au loin, c’est risquer de succomber aux tentations de repli. Comme le rappelle le document « Convictions et Actions » : « Nous croyons que la diversité des cultures est une richesse de la création de Dieu. » Et « le Défap a pour cœur de métier de mettre en relation ».
 




AG du Défap : le message du secrétaire général

Dans son intervention prononcée au matin de l’Assemblée Générale 2023 du Défap, le secrétaire général Basile Zouma est revenu sur les axes stratégiques du programme « Convictions et actions » ; des axes qui ont permis, selon lui, de « renforcer les identifiants du Défap » : « Rencontres, relations et réflexions ».

Discours du secrétaire général du Défap © Défap

« Que vos choix soient le reflet de vos espoirs et non de vos peurs. » Ce sont avec ces mots de Nelson Mandela (1918-2013) donnant ainsi le ton et la coloration de la politique qu’il entend mener, que je souhaite introduire ce rapport d’activité. Il s’agit d’envisager l’avenir, c’est-à-dire lui donner littéralement un visage qui ne soit pas une simple réplique des incertitudes que porte notre présent. Après trois Assemblées générales (2020-2022) derrière les écrans de nos ordinateurs, contraints à la distance par la crise, l’espérance, qui ne nous a pas quittés dans la traversée de la crise, nous permet aujourd’hui de nous retrouver et d’être reconnaissants de cette possibilité.

Ce rapport fait le récit d’un parcours, d’un passé dont la mémoire devrait nous aider à construire de façon informée et sereine la suite de notre histoire.

Un lieu de rencontre et de concertation

Pour construire ce futur, il est nécessaire de s’inspirer de l’esprit qui animait nos aînés au moment de la naissance du Défap : créer un outil de rapprochement entre les Églises, un lieu de solidarité, de fraternité et de concertation en vue d’agir ensemble. Le synode de l’Église réformée en 1993 au Havre notait dans sa Résolution sur l’évaluation du Défap que celui-ci doit, entre autres « …être le lieu de concertation entre les Églises membres et leurs partenaires… ». Nous avons aujourd’hui la responsabilité de retrouver l’inspiration de cet héritage pour continuer.

Une nécessaire transmission

Ce rapport est la synthèse des activités du Défap pour l’année 2022, un ensemble de données et d’informations relatives aux différentes actions menées. Elles sont compilées pour une large diffusion afin d’informer au mieux nos Églises. Chaque délégué, en recevant ce document, accepte la responsabilité de le faire connaître, de répondre aux questions qui se posent et d’aider à cheminer ensemble dans l’action, vers un monde de partage évangélique.

D’une étape à une autre

De la Société des missions évangéliques de Paris jusqu’à nos jours, nous avons connu des étapes incluant des transformations, des évaluations, des évolutions avec des périodes de transition plus ou moins longues. Nous nous situons dans un de ces temps, portés par un mandat des Églises membres reçu en mai 2020 indiquant que « pendant (les) 5 ans à venir, (les) Églises s’engagent à soutenir le fonctionnement du Défap en l’état dans le cadre des conventions en vigueur et dans la mesure de leurs capacités financières, tout (lui) en demandant de soumettre un plan d’action et de travail pour la période 2021-25. »

L’opportunité de ce temps étant de laisser aux Églises l’espace d’une concertation, en vue d’aboutir à des décisions substantielles communes d’ici l’Assemblée du Défap au printemps 2025. Dans ce même mandat, les Églises se sont proposé de relancer la réflexion avec le Défap dès cette année 2023 – peut-être que madame la présidente Emmanuelle Seyboldt nous en dira un mot tout à l’heure.

Ce temps de transition est pour le Défap une sorte d’Avent, un temps de patience qui ne se résume pas simplement à attendre mais à agir en attendant. « Convictions et actions » qui est la réponse du Défap à la demande des Églises, nous permet cette action dans l’attente. Ce programme a permis de redire nos convictions, et d’ajouter une nouvelle à celles qui existaient déjà ; « Nous croyons que la diversité des cultures est une richesse de la création de Dieu. Par conséquent, la mission est toujours contextuelle en s’incarnant dans une théologie singulière. Nous sommes non seulement acteurs mais aussi bénéficiaires de cette mission. »

Il s’est construit autour de trois axes stratégiques qui seront le fil conducteur de la présentation des SE tout à l’heure :
– Développer les liens avec les partenaires
– S’engager pour la justice, le respect de la création et de la dignité humaine
– Vivre l’interculturalité

Ces axes ont permis, dans leur déploiement, de renforcer les identifiants de l’action du Défap, construite autour de trois leviers : rencontre, relation et réflexion…

Dans des sociétés qui se nourrissent de politiques clientélistes, de replis sur soi, l’outil Défap aux mains des Églises permet d’articuler « l’ici » et le « là-bas » en dépassant les frontières, ouvrant chaque membre à la dimension universelle de son engagement chrétien. Il ne cesse de le dire, de le vivre et de le rappeler : il est une tente de la rencontre qui ouvre non seulement à des relations, des échanges, des enrichissements mutuels mais aussi au partage d’expériences, des joies et fardeaux avec des frères et sœurs d’ici et d’ailleurs. Sa participation n’est qu’une goutte d’eau mais, dans l’océan des rencontres, chaque goutte est importante. Cette thématique de la « rencontre » se nourrit des textes bibliques où c’est Dieu lui-même qui vient au-devant des humains. Nous disons ; « heureux qui rencontre » car Dieu a croisé le chemin de son peuple dans la « Tente de la rencontre » (Exode 33, 7) ouvrant ainsi l’opportunité d’une rencontre croisée entre les peuples. Rencontrer l’autre dans l’expérience d’Abraham, c’est rencontrer Dieu lui-même. Cette rencontre permet d’entrer en relation en créant ensemble l’espace d’une réflexion commune en vue d’une action évangélique concertée.

Une reconnaissance aux permanents du Défap

Pour mettre en œuvre un programme, il faut bien l’engagement d’une équipe d’hommes et de femmes qui n’ont pas toujours compté leurs heures. Cette équipe a vu des départs et des arrivées. Et je saisis l’occasion pour remercier Laura Casorio qui après 8 années au Défap, a rejoint la Fondation pour l’aide au protestantisme réformé (FAP) ; fondation avec qui le Défap a et garde un partenariat de longue durée. La pasteure Pascale Renaud-Grosbras, après une année passée au Défap, assure depuis juillet 2022 un intérim pastoral pour la Région parisienne EPUdF. La pasteure Tünde Lamboley, après 5 années au Défap assure aujourd’hui un ministère pastoral dans le Canton de Fribourg en Suisse.

Nous avons eu la joie d’accueillir trois entrantes ; Valérie Iguernsaid (assistante administrative pour l’échange théologique), Maëlle Karen Nkot (Chargée de projet) et Anne-Sophie Macor (SE responsable du volontariat).

La rédaction du rapport d’activité a été un exercice extrêmement délicat du fait des départs en cours d’année. Avec ces absents qui ne sont plus là pour assurer leur part, la question de savoir si « on va y arriver » s’est posée. Cette citation anonyme pleine d’humour résume l’enjeu : « Si vous pensez que vous pouvez, vous pouvez. Si vous pensez que vous ne pouvez pas, vous avez raison ».

L’équipe a dit « nous pouvons » et a su ainsi réagir pour rendre disponible le document que vous pouvez aujourd’hui consulter.

Un bilan à mi-parcours

Nous voulons ici – en entrant dans la troisième année de la mise en œuvre de notre programme de travail « Convictions et actions » – faire un premier bilan qui consiste non seulement à compter et raconter ce qui a été fait mais aussi faire un point de situation sur la concertation des Églises membres quant au projet à formuler pour l’AG 2025 et qui concerne les suites à donner au projet associatif. L’Assemblée générale est toujours l’opportunité pour les délégués, et à travers eux, les instances mandataires, d’informer de ce qui est en cours et qui participerait au choix des orientations ecclésiales à donner à la structure et à son action.

Un récit d’attente

Ce bilan est un récit d’attente d’une parole concertée des Églises, attendue non pas comme celle du Messie mais la contenant tout de même en germe. Attente d’une parole d’accompagnement qui porte l’action du Défap comme la continuation de la Bonne Nouvelle dont les Églises sont porteuses.

Une présence au monde

Ce bilan retrace notre présence au monde, notre disponibilité à l’autre et notre attention à sa situation. Elle se concrétise en France comme à l’étranger ; les deux belles cartes au cœur du Rapport d’activité nous en donnent un visuel intéressant. Cette présence est une façon de décliner l’Évangile dans des catégories compréhensibles pour celles et ceux qui souffrent de la faim, de la maladie, de la pauvreté… Ceux luttent pour conserver leur terre et maintenir sa capacité productive. Nos en apprenons quelque chose en parcourant l’évangile selon Matthieu (25, 35-36) « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. »

Une riche collaboration

Cette présence au monde ne se fait pas seul mais à travers une riche collaboration dans un réseau associatif extrêmement diversifié et avec les instances gouvernementales qui lui renouvellent leur confiance dans les agréments accordés. La collaboration particulière avec la Cevaa est à noter et je tiens ici à remercier la nouvelle Secrétaire générale pour le maintien d’une dynamique positive entre nos deux institutions. Avec DM nous travaillons dans une mutualisation de nos actions en vue d’une présence plus efficace auprès de nos partenaires…

Conclusion

J’ai cité au début de mon rapport un texte tiré de l’évaluation de l’ERF au Havre et c’est avec une autre tirée de l’évaluation de l’ECAAL qui porte la même idée que je veux conclure : « Le Défap reste pour nous un outil auquel nous renouvelons notre confiance, et que nous continuerons à soutenir de manière constante. Il est d’autant plus précieux à nos yeux que c’est l’un des lieux de rencontre et de collaboration avec nos sœurs et nos frères de l’Église réformée de France, de l’Église évangélique luthérienne de France, de l’Église réformée évangélique indépendante et de notre voisine, l’Église réformée d’Alsace et de Lorraine. »

Je trouve ce texte conclusif tellement fort qu’il me fait penser aux propos d’un grand industriel américain Henry Ford : « Se réunir est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite« .

À nous de définir ensemble le contenu de ce travail à faire pour le compte de l’Évangile.

Basile Zouma,
Secrétaire Général du Défap




AG du Défap : Flore Badila Loupe et l’engagement politique de l’EEC

Au-delà des débats sur la vie et sur les activités du Défap, l’Assemblée Générale est aussi un temps propice pour entendre des témoins. L’AG 2023 a ainsi permis de mettre en avant le travail de formation auprès des enseignants et directeurs d’écoles du réseau des Églises protestantes à Madagascar, dans lequel s’implique Jean-Claude Boudeaux, envoyé régulièrement pour des missions courtes dans ce pays par le Défap. Les participants ont également pu entendre la présentation par Flore Badila Loupe, actuellement en congé-recherche en France en bénéficiant d’une bourse du Défap, de ses travaux au sujet de l’engagement politique de son Église : l’EEC (Église évangélique du Congo).

Flore Badila présentant ses travaux lors de l’AG 2023 du Défap © Défap

Pasteure de l’Église évangélique du Congo (EEC), Flore Badila Loupe est aussi docteure en théologie, après avoir soutenu une thèse à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale) sur l’engagement politique de l’EEC. Elle est également vice-doyenne de la faculté de théologie protestante de Brazzaville, et vice-présidente de la conférence des ecclésiastiques de l’EEC. Elle avait déjà bénéficié d’une bourse du Défap pour un congé-recherche en 2014-2015. Elle avait alors effectué ses travaux à l’IPT-Montpellier. Elle est aujourd’hui en congé-recherche en France pour adapter sa thèse en vue de sa publication, sur le thème : Le rôle de l’Église dans la politique : quel prisme pour le devenir de la cité ?. Elle présente ici les grands axes de ses travaux sur l’engagement politique de l’EEC, dont les statuts incitent les membres de l’Église à avoir un rôle actif en faveur de la justice dans la société, tout en interdisant tout engagement politique au corps pastoral.

L’Église Évangélique du Congo, dans ses Textes fondamentaux, dispose de trois articles qui montrent son engagement dans la politique.

  • L’article 64 stipule que tout chrétien est libre de ses opinions politiques.
  • L’article 65 vient comme pour renchérir cette position de l’Église Évangélique du Congo qui pense que ses fidèles sont tenus de combattre les injustices sociales et doivent s’engager dans la politique massivement.
  • L’article 66 en revanche, prohibe aux ecclésiastiques tout engagement politique. « Cette prise de position, souligne Flore Badila Loupe, paraît paradoxale ou énigmatique du fait que les ecclésiastiques sont aussi des citoyens qui vivent dans une cité et qui ont des capacités potentiellement utiles en milieu politique ».

Église et politique, des relations difficiles

Dans sa présentation devant l’AG du Défap, Flore Badila Loupe souligne que « des temps immémoriaux jusqu’à la postmodernité, le rôle de l’Église dans la politique s’est avéré prépondérant. Les deux entités qui ont été instituées par le « Tout-Autre » pour emprunter l’expression de Karl Barth, ont pour mission de réguler la vie des êtres humains dans le déjà et le pas encore : l’Église et la gouvernance des hommes et des biens ». Des relations qui ont toutefois longtemps été difficiles : Flore Badila revient sur le cas français, avec la loi de la séparation du 9 décembre 1905 ayant mis fin au Concordat de 1801 ; Concordat qui associait, en France, l’Église catholique à l’État. Cette séparation ne sera officiellement acceptée par le Saint-Siège qu’en 1921. Cette séparation n’est pas autre chose que la laïcité appliquée intégralement à l’État tout entier : il n’appartient ni à l’Église de faire de la politique ni à l’État de faire de la théologie.

Mais Flore Badila Loupe souligne la difficulté de vouloir enlever toute signification politique aux actions de l’Église. Elle se réfère aux activités politiques de Jésus mentionnées par le théologien André Trocmé qui affirme qu’enlever toute prétention politique en la personne de Jésus, c’est réécrire les quatre Évangiles. Elle fait également mention d’autres théologiens à l’instar de Karl Barth s’insurgeant contre le nazisme allemand qui prône un « Führer ». Selon lui, il n’y a qu’un seul Seigneur et un seul chef, c’est Jésus-Christ. Par ailleurs, il sous-tend la position de l’Église confessante ou l’Église militante tel que mentionnée dans la Déclaration de Barmen, celle qui sort de sa torpeur, de sa neutralité, de son engrenage nouménal, de ses ornières afin de proclamer l’Évangile à toute l’humanité.

« On ne peut pas dissocier l’annonce de l’Évangile et la vie dans la société »

Selon Flore Badila Loupe, évoquer l’engagement politique de l’Église implique de reconnaître « la coopération ou la complémentarité qui est censée exister entre l’Église et la politique (…) Cette question porte sur l’enseignement de l’Église et sa pertinence ». Elle distingue deux registres du discours de l’Église sur le politique :

  • Un discours sur le politique comme tel : sa légitimité, sa nécessité, sa valeur, les conditions et exigences de l’engagement politique. Ce discours, qui s’adresse essentiellement aux fidèles s’inscrit dans l’enseignement social de l’Église.
  • Des prises de position sur divers problèmes ou sujets qui concernent la vie en société et la poursuite du bien commun : défense de la dignité et de la vie humaine, protection de l’étranger, souci des plus pauvres, solidarité, justice, paix. Bien que fondées d’abord sur des exigences éthiques, ces prises de position ont un retentissement sur un terrain politique.

Comme le souligne Flore Badila Loupe, « on ne peut pas dissocier l’annonce de l’Évangile et la vie dans la société. Le message est prêché dans la cité pour la transformation de l’individu du fait que l’Église visible se trouve dans la société ». En outre, dans le cas spécifique de la République du Congo, « il apparaît clairement que la gestion de la chose publique faite par des hommes de Dieu serait la bienvenue dans une société corrompue par des hommes politiques qui ne connaissent pas Dieu. » Flore Badila Loupe met ainsi en avant le rôle symbolique du pasteur, qui pour beaucoup de Congolais est « un repère, un indicateur de sens », en dépit de sa perte de prestige au sein de la société. Ce qui l’amène à proposer une nouvelle rédaction pour l’Article 66 des Textes fondamentaux de l’EEC, qui stipulerait : « Les ecclésiastiques en vertu de leur ministère ecclésial, doivent s’impliquer dans la gestion de la cité sans être mis en disponibilité par l’Église. Ils doivent participer à la bonne gouvernance des humains, des biens ; enseigner, pratiquer l’éthique chrétienne dans le milieu politique et assurer l’accompagnement pastoral à l’homme politique ».