Israël – Palestine, la parole des Églises

L’Action Chrétienne en Orient (ACO) fait partie des organismes œuvrant dans le milieu des Églises avec lesquels le Défap entretient des liens étroits. Certains des volontaires du Défap, en Égypte par exemple, sont co-envoyés avec l’ACO. Un autre lieu d’engagement commun au Défap et à l’ACO est le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI), mis en place en 2002 par le Conseil œcuménique des Églises pour aider les efforts de paix entre Israéliens et Palestiniens. Depuis le 7 octobre, l’ACO s’efforce de diffuser des informations et des déclarations d’Églises appelant à l’apaisement. Elle vient de rédiger un communiqué détaillé faisant le point sur ces divers appels et fournissant de nombreux liens, que nous reproduisons ici.

© iStock

Depuis le début des événements qui ensanglantent Israël et la bande de Gaza, puis la Cisjordanie et le sud du Liban, l’ACO a choisi de relayer, sur sa page Facebook, des informations, des analyses et des points de vue qui aident à la compréhension des enjeux du conflit.

Pour nous, chercher à comprendre la violence structurelle et complexe de la situation israélo-palestinienne n’a jamais pour objectif de justifier les crimes et les actes de guerre. C’est au contraire une manière de ne pas se laisser emporter par les émotions qui nous touchent et ne pas sombrer dans le ressentiment envers les uns ou envers les autres. Nous savons que de part et d’autre beaucoup aspirent à la paix via une solution politique qui soit juste et satisfaisante pour tous. Nous savons aussi que les extrémistes des deux camps ont sciemment choisi, depuis trente ans (et les accords d’Oslo en 1993), d’étouffer toute solution pacifique pour mettre en œuvre une logique jusqu’au-boutiste. Nous voyons l’échec de leurs idéologies, nous déplorons le fanatisme, nous dénonçons l’illusion que la violence pourrait apporter la sécurité ou la justice.

L’ACO fait également le choix de relayer le positionnement des Églises palestiniennes, notamment des Églises protestantes et des mouvements œcuméniques qui n’ont cessé d’interpeller, depuis des années, les Églises et les institutions occidentales et internationales, sur l’impasse et les dangers d’une situation devenant chaque jour plus intenable.

Depuis le 7 octobre, ces Églises dénoncent premièrement et très clairement le recours à la violence. Elles déplorent la perte de tant de vies humaines, en premier lieu les civils innocents, israéliens et palestiniens. Elles se positionnent clairement contre toute forme de vengeance alimentant le cycle des représailles et nourrissant la haine mutuelle.

Elles prient pour toutes les victimes et appellent à la paix.

Elles rappellent également avec force qu’il n’est pas possible de comprendre la situation générale sans prendre en compte le contexte de l’occupation et de la colonisation de la Cisjordanie, de même que le blocus de Gaza, situations qui perdurent et empirent depuis des décennies.

Elles demandent le respect du droit international et appellent de tout leur cœur une solution politique faisant droit à la coexistence de l’ensemble des Israéliens et des Palestiniens.

Elles rendent compte de leur vécu et de leurs analyses qu’il est nécessaire d’accueillir et d’entendre si nous souhaitons véritablement comprendre nos frères et sœurs chrétiens palestiniens.

Enfin ces Églises dénoncent les théologies de certaines Églises évangéliques et protestantes qui, aux Etats-Unis et en Europe, justifient aveuglément et sans aucune retenue la politique de l’Etat d’Israël à l’égard du peuple palestinien et sa manière de conduire la guerre, souvent en invoquant des interprétations eschatologiques (« de la fin des temps ») de passages bibliques.

Ces prises de position doivent nous interpeller même si elles peuvent nous heurter ou nous embarrasser : elles doivent nous obliger à la réflexion et à la compréhension de la situation.

Nous ne voyons pas d’avenir dans les crimes terroristes du Hamas ni dans la réponse militaire d’Israël à l’égard des civils de Gaza et de Cisjordanie. Nous croyons que les victimes israéliennes et palestiniennes sont in fine victimes de tous ceux qui ont tant de fois fait échouer la paix par le passé. Nous croyons qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il est essentiel d’encourager toutes celles et ceux, Israéliens et Palestiniens, qui s’engagent pour la paix et la justice à travers tant d’associations et d’initiatives sur le terrain. A quand des responsables politiques prêts à construire une coexistence pacifique et juste ?

Nous nous reconnaissons dans toutes les initiatives de rencontres en Église qui proposent des temps de prière, de silence et de méditation autour de la recherche de la paix. Sur ce lien vous trouverez une proposition de sujets de prière par Mme Rula Khoury Mansour,  avocate et théologienne protestante palestinienne, citoyenne israélienne, vivant à Nazareth.

Le bureau du comité directeur de l’Action Chrétienne en Orient

DÉCLARATIONS D’ÉGLISES



AG de la Cevaa : «Les questions écologiques ne doivent pas rester l’apanage de quelques chrétiens engagés»

À l’occasion du culte d’ouverture de la 12e Assemblée Générale de la Cevaa, son Président, le pasteur Michel LOBO, est revenu sur les conditions de la naissance de la Communauté, issue en même temps que le Défap de la mue de la SMEP, et sur l’esprit qui unit encore aujourd’hui ses 35 Églises. Il a aussi mis en avant les principaux défis qui se posent à elle, au premier rang desquels il place l’urgence climatique – un des thèmes prioritaires du Défap et de ses Églises membres.

Claudia SCHULZ, Secrétaire générale de la Cevaa et le Président de la Communauté, Michel LOBO lors du culte d’ouverture à Jacqueville © Cécile Richter pour la Cevaa

Suivez l’AG de Côte d’Ivoire sur le site de la Cevaa

« Monsieur le Président de l’Église Méthodiste Unie Côte d’Ivoire, Bishop Benjamin BONI ;
Distinguées Autorités Politique, Administrative, Militaire ; Religieuse et Coutumière du pays et de la région ;
Madame la Secrétaire Générale de la Cevaa;
Chers Partenaires venus de France, Suisse, Allemagne, Corée du Sud, Kenya ;
Chers membres du Conseil Exécutif ;
Chers membres du Secrétariat ;
Chers Délégués de l’Assemblée Générale ;
Mesdames et Messieurs les invités ;
Bien-aimés ;

La grâce et la paix de Dieu vous soient multipliées au nom du Seigneur et Sauveur.

« Deux hommes marchent-ils ensemble sans s’être concertés ? » Amos 3 : 3. C’est par la première des sept questions rhétoriques relatives à des certitudes de la nature posées par l’Éternel pour démontrer que rien ne pouvait arriver à Israël en dehors de sa volonté souveraine, que nous voudrions faire monter vers le Tout-Autre, le Dieu créateur du monde, notre accent reconnaissant, Lui, qui rend possible cette rencontre.

Par pure grâce de Dieu, il nous échoit la responsabilité de prendre la parole en notre qualité de Président de la Cevaa, mandaté par les délégués de l’Assemblée Générale d’Octobre 2021 à Montpellier pour saluer avec déférence les autorités du pays avec à la tête son Excellence le Président Alassane OUATTARA, qui ont accepté de nous ouvrir la porte d’entrée de la Côte d’Ivoire, le pays de l’hospitalité et la terre de l’Espérance.

Les délégués à la 12e Assemblée générale de la Cevaa lors du culte d’ouverture le 16 octobre 2023 © Cécile Richter pour la Cevaa

Saluer avec respect les autorités de la Région de Jacqueville qui nous accueillent en ces lieux propices à la réflexion et qui, à la fin de la cérémonie, veulent nous donner le sens de l’hospitalité en Côte d’Ivoire. Nous saluons en terme de profonde gratitude l’Église Méthodiste Unie Côte d’Ivoire avec à sa tête le Président Bishop Benjamin BONI, qui, à la demande de la Cevaa d’organiser cette Assemblée Générale nous a dit : « C’est une affaire de famille, c’est notre affaire à tous, venez, vos frères et sœurs vous attendent ».

Monsieur le Président, Infiniment merci nous nous sentons réellement en famille.

Nous saluons toutes et tous les bien-aimés pour votre présence qualitative et quantitative qui donne un cachet particulier à cette cérémonie d’ouverture de la 12eme Assemblée Générale de la Cevaa ; ce qui nous donne d’espérer en des lendemains meilleurs pour notre communauté au sortir de ces assises.

Distinguées autorités tout protocole respecté, Mesdames et Messieurs, la Cevaa c’est quoi. Que fait-elle ?

En effet, à l’Assemblée Générale de la Société des Missions Évangéliques de Paris en 1964, le Pasteur Jean KOTTO, Président de l’Église Évangélique du Cameroun (le Sud considérée comme Église fille), prêchant sur le texte d’Esaïe 54, versets 2 à 4, apostrophe directement le Président Marc Boegner (le Nord considérée comme Église Mère): et nous citons « Le Seigneur lui-même sait, si par la puissance de son Saint Esprit, à travers cette action missionnaire commune, au moment où il le faudra, Il nous rassemblera en une communauté nouvelle, intercontinentale, supranationale et multiraciale… » fin de citation et il poursuit, nous citons « Monsieur le Président, élargis l’espace de ta tente, déploie les couvertures de ta demeure, tu te répandras à droite et à gauche, ta postérité envahira des nations ; ne crains pas car tu ne seras pas confondu(e)’.» fin de citation.

Les fiançailles inspirées par le Saint Esprit entre les Églises dites mères et celles dites filles venaient de voir le jour. Dans l’attente de l’enfant qui va naitre, de 1967 à 1969, deux Actions Apostoliques communes voient le jour au Dahomey (Benin) en milieu Fon et dans le Poitou (France).

En Octobre 1971, ces Églises protestantes de divers continents, réunies à Paris, décident de constituer la Communauté Évangélique d’Action Apostolique Cevaa. Ainsi, le 30 octobre 1971 est née la fille appelée Cevaa, devenue aujourd’hui dame Cevaa.

De gauche à droite : les pasteurs Marcel TATA, Martin BURKHARD, Claudia SCHULZ, Michel LOBO et le Président de l’EMU-CI Benjamin BONI © Cécile Richter pour la Cevaa

La Cevaa est née dans l’esprit de l’Église primitive décrite dans le livre des Actes des Apôtres, en vue de susciter une autre forme d’être Église par le dynamisme des communautés ecclésiales croyantes, priantes, unies et mettant ensemble leurs moyens, leurs talents et leurs atouts au service de la mission pour la transformation du monde : une utopie ! D’ailleurs, le philosophe et théologien Paul Ricoeur disait qu’il fallait entendre l’utopie, non comme une illusion, mais comme un horizon. Ce grand rêve de changer le monde par le témoignage chrétien commun en paroles, en actions et par les actes entre Églises du Nord et celles du Sud est placé sous le triptyque : Partager, Agir, Témoigner.

D’année en année, la communauté Cevaa se sent la responsabilité d’explorer, de concevoir et de proposer des orientations de la formation de l’esprit avec des thématiques communes vécues à des degrés divers par toutes ses Églises membres.

Aujourd’hui, la vision dynamique et réaliste des pères fondateurs de notre Communauté, leur sens profond de l’universalité du corps de Christ, nous donnent de compter 35 Églises et Union d’Églises, membres dans 24 pays en Europe, en Afrique, en Amérique latine, dans l’Océan indien et dans le Pacifique. Ainsi, après un peu plus de 50 années, la collaboration, l’écoute mutuelle et la mise en question sont pour nous plus que nécessaires et appelées à être perpétuées pour « maintenir la flamme ». Les défis dans leurs différents contextes appellent à des réflexions continues et même à des actions par l’animation théologique, l’échange de personnes, la bonne gouvernance, la santé, la rigueur financière, la démocratie, l’évangélisation, la stratégie jeunesse, les programmes missionnaires, les actions communes, la communication…

Dans la perpétuation de notre thèse de transformation, notre présence ici en terre ivoirienne est pour nous l’occasion idoine pour affirmer que nous sommes des responsables dont la mutualisation de la foi authentique, appelle à exercer une influence chrétienne sur la société, et à la transformer en nous fondant sur des valeurs et des principes bibliques. Dans les domaines tels que l’éducation, la santé, le développement, l’environnement, etc… notre désir de servir doit rencontrer la responsabilité de nos différents États en veillant au bien-être de nos concitoyens.

Les délégués durant la première session de travail, dans l’après-midi suivant le culte d’ouverture de l’AG © Cécile Richter pour la Cevaa

Pour notre Communauté, « Maintenir la Flamme » veut dire, prendre soin de la création en n’ignorant plus ce qui se passe autour de nous. Comme Noé dans la Bible au temps du déluge, nous avons alors l’obligation de sauver toutes les créatures menacées d’extinction en répondant favorablement aux problèmes de la pollution, du changement climatique, de la pêche intensive… à soutenir les politiques pour la protection de notre environnement et l’utilisation efficiente des ressources naturelles à travers le financement de projets fiables. C’est ainsi que nous confirmons que le développement matériel n’est pas un frein pour une vie spirituelle saine. En effet, dans sa Mission d’éveilleuse de conscience, notre Communauté s’est appropriée la thématique qui émerge de plus en plus, et qui occupe désormais la place centrale tant au plan sociétal que scientifique : « la Gestion de notre environnement et sa finalité ». D’où le thème de notre Assemblée Générale : « Habiter Autrement la Création »Cf. Genèse 2 : 15. C’est pour nous l’occasion de confirmer que nous sommes dans un monde où la fertilité de nos sols et les services écosystémiques sont de plus en plus compromis. La plupart de nos populations vivant dans les zones rurales subissent de plein fouet les effets du changement climatique. Les écosystèmes et la biodiversité dont elles dépendent sont de plus en plus dégradés ; l’accès aux terres cultivables et leur qualité diminuent ; les ressources forestières sont plus que jamais limitées et détériorées ; l’agriculture paysanne non irriguée prédomine et l’eau se fait plus rare et par endroit elle est polluée. La tendance à long terme des prix de l’énergie et des intrants agricoles est haussière ; enfin, le déclin de nos ressources halieutiques et marines nous prive de plus en plus de revenus et d’aliments essentiels. Ce triste tableau, au lieu de nous tétaniser pour nous pousser à l’inaction, nous persuade au contraire à admettre que la gestion durable de notre environnement et de nos ressources naturelles est essentielle à la réduction de la pauvreté dans ces zones rurales. Ce qui nous invite à agir afin que nos populations qui y vivent, résolvent l’ensemble imbriqué de ces problèmes. Nous dirions même que nous n’avons pas le choix que de faire un choix, si nous voulons autrement habiter la création. Soit nous vivons en prenant soin de la création tout en renonçant à certaines pratiques dégradantes de l’environnement. Soit nous dégradons la terre en nous détruisant nous-mêmes et alors nous périssons sans la terre. La destruction de l’environnement équivaut à la destruction de l’homme lui-même. Vous avez donc ici, des délégués qui veulent être accompagnés par vos prières ferventes, afin que cette Assemblée Générale favorise une Cevaa offrant à notre humanité de plus en plus d’acteurs transposant à plus grande échelle, des approches ruralistes et paysagistes pour réduire la pauvreté, renforcer la capacité d’adaptation, augmenter la sécurité alimentaire, diminuer les émissions de gaz à effet de serre et surtout favoriser la protection de notre environnement (qui à l’origine, est celui de notre liberté, de notre respiration, de notre apaisement, de notre bonheur).

Les questions écologiques ne doivent pas rester l’apanage de quelques chrétiens engagés seulement ; mais elles nous concernent et nous engagent toutes et tous.

Distinguées autorités, auguste Assemblée, avec Martin Luther, nous voulons à la Cevaa continuer d’affirmer avec véhémence que « l’Écriture Sainte ne contient pas, comme les gens le pensent, des mots à lire, mais des mots à vivre, qui ne nous sont pas donnés en vue de la spéculation ou de l’imagination, mais en vue de la vie et de l’action ». C’est pourquoi avec vous, en plus de nos réflexions bibliques et théologiques, nous souhaiterions mener une action concrète dans l’esprit du thème « Habiter Autrement la Création » au lieu qui nous sera indiqué afin qu’au sortir de cette Assemblée générale, la Côte d’Ivoire soit le point de départ d’une action commune qui, ira de partout vers partout.

Pour y parvenir, demeurons donc dans la mutualisation de nos efforts puisés dans le Seigneur Dieu, Auteur de la Création, qui, par sa mystérieuse présence nous aidera à valoriser notre double citoyenneté (terrestre et céleste) et à tendre vers l’environnement des origines de notre histoire, de nos activités, de nos affections, de nos espoirs, celui de notre liberté, de notre respiration, de notre apaisement, de notre foi et de notre prière.

Que Dieu bénisse le monde, sa création.
Qu’Il bénisse nos pays et nos Églises.
Qu’Il bénisse la Cevaa, la Côte d’Ivoire et l’EMUCI.
Qu’Il bénisse notre Assemblée Générale et vous toutes et tous qui la soutenez.

Je vous remercie de m’avoir écouté !

Pasteur Michel LOBO
Président de la Cevaa

Le Président de l’Église Méthodiste du Togo, Godson Téyi LAWSON KPAVUVU © Cécile Richter pour la Cevaa

« Nous devrons intégrer la gouvernance dans notre approche »
Au cours de la première séance de travail en plénière, dans l’après-midi suivant le culte d’ouverture, le Président de l’Église Méthodiste du Togo, Godson Téyi LAWSON KPAVUVU, est intervenu sur le choix du thème de l’Assemblée générale, approfondissant le verset de Genèse 1, 28.
« Dominer (kabash), soumettre (radah), ces deux verbes nous mettent en face d’une réalité qui dit que les grands commentateurs de la Bible étaient des hommes, et qu’ils n’ont apporté qu’une approche masculine. J’aimerais ce soir que chacun et chacune repense les termes hébreux traduits par faire violence, soumettre et que nous abondions en comprenant les termes en intégrant la valeur de garder, de contenir, de maîtriser, de gouverner. Ainsi donc nous sommes appelés à garder, à contenir et à gouverner. Gouverner, c’est aussi définir les règles de la gouvernance. Au sortir de cette Assemblée Générale, nous devrons intégrer la gouvernance dans notre approche. Que le Seigneur nous accompagne. »



La sauvegarde de la création, thème de l’AG de la Cevaa en Côte d’Ivoire

La Communauté d’Églises en mission se réunit du 16 au 22 octobre en Assemblée générale à Jacqueville. Pour cette 12ème AG (la première à se tenir en présentiel depuis 5 ans), elle est accueillie par l’EMU-CI (Église Méthodiste Unie – Côte d’Ivoire). Cette année, le thème retenu est « Habiter autrement la Création ».

L’affiche de la 12ème AG de la Cevaa © Cevaa

Après une onzième Assemblée générale retardée d’un an et finalement tenue en « distanciel », Covid oblige, retour aux rencontres en « présentiel » : la douzième AG de la Cevaa se tient du 16 au 22 octobre 2023 en Côte d’Ivoire. Pour les instances de la Cevaa qui avaient été renouvelées en octobre 2021, et notamment pour sa Secrétaire générale, Claudia Schulz, il s’agit donc de la première occasion de rencontrer tous les délégués des Églises membres en un même lieu. Le Défap y est représenté par son Secrétaire général, Basile Zouma.

La Cevaa, c’est un peu, par certains côtés, l’institution jumelle du Défap, puisque ces deux organisations issues de la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP) sont nées en même temps, en 1971. Avec des objectifs similaires : entretenir des relations de partenariat entre Églises du Nord et du Sud, afin qu’elles puissent se soutenir les unes les autres dans leurs activités missionnaires. Mais la Cevaa est aussi beaucoup plus que cela : si le Défap est le service missionnaire de trois unions d’Églises protestantes françaises (l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref), la Cevaa est une Communauté rassemblant 35 Églises dans le monde. Principalement en Afrique et en Europe, mais aussi dans l’Océan Indien, dans le Pacifique et en Amérique latine. Et c’est au sein de la Cevaa que se développent la plus grande partie des relations établies par le Défap.

« Habiter autrement la création » : un thème qui reflète des préoccupations environnementales croissantes au sein des Églises

Votes pour les membres du Conseil lors de l’Assemblée Générale de Sète, France (octobre 2016) © Cevaa

Plutôt une réunion de famille qu’une réunion de l’Onu : une Assemblée Générale de la Cevaa, ce n’est pas seulement un grand rassemblement de délégués de 35 Églises qui débattent des orientations des années à venir, c’est avant tout une communauté de partage, où l’accent est mis sur ce qui se vit ensemble. La liste des membres illustre ce parti-pris qui distingue la Cevaa de grandes organisations œcuméniques internationales : 345 pour le Conseil Œcuménique des Églises (COE) ; dix fois moins pour la Communauté d’Églises en Mission, mais répartis sur 24 pays, avec la volonté affichée de garder des liens dans une communauté à taille humaine.

Les AG se tiennent tous les deux ans, accueillies alternativement par une Église d’Europe et par une Église d’un pays du Sud. S’y retrouvent, pendant quelques jours, tous les délégués représentant les Églises membres, qui sont nommés pour quatre ans. Ensemble, ils ont pour tâche d’évaluer les besoins de la Communauté, d’élaborer une stratégie, de prendre les décisions définissant la politique à mettre en œuvre, de voter le budget. À chaque renouvellement, ils désignent parmi eux ceux qui feront partie du Conseil Exécutif. Sachant qu’au-delà de l’aspect formel, des plénières et des décisions à prendre, de telles réunions sont aussi l’occasion de rencontrer l’Église d’accueil : en l’occurrence, l’Église Méthodiste Unie – Côte d’Ivoire, dont est issu l’actuel président de la Cevaa, le Pasteur Michel Lobo. Les délégués présents lors d’une AG ont ainsi régulièrement l’occasion de participer à des cultes organisés dans diverses paroisses locales. Et une AG de la Cevaa, c’est aussi, entre deux sessions, ces rencontres informelles entre représentants d’Églises de divers continents. Ou encore ces temps de méditation matinale par petits groupes…

Selon une pratique bien établie au sein de la Cevaa, chaque Assemblée Générale a un thème spécifique, choisi sur proposition du Secrétariat, qui lui donne sa coloration propre. Il peut s’agir d’un verset, ou d’une thématique liée à des préoccupations concernant largement les Églises. Lors de l’AG de Douala, la dernière à s’être tenue en présentiel, le Secrétariat avait proposé de réfléchir sur les questions du radicalisme, de l’intolérance religieuse, à travers le thème : « Le chrétien et l’intolérance religieuse », ce qui avait donné lieu à de nombreux travaux de groupes et débats en plénière. Pour cette douzième AG en Côte d’Ivoire, le thème choisi est : « Habiter autrement la création ». Il s’appuie sur le verset de Genèse 2,15 : « L’Eternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder ». Un thème qui témoigne des préoccupations croissantes portées à la sauvegarde de la création dans les Églises : plusieurs de celles qui font partie de la Cevaa se situent dans des pays déjà largement frappés par les effets du changement climatique.

Travaux de groupes lors de la séance d’animation sur le thème de la dixième Assemblée Générale de la Cevaa à Douala, Cameroun (octobre 2018) © Cevaa




Prier pour la paix en Israël et Palestine

Plusieurs Églises membres du Défap, la Fédération protestante de France et de nombreuses organisations chrétiennes et œcuméniques appellent à l’apaisement face à la reprise des violences en Israël et en Palestine.

© Albin Hillert / COE

L’Église protestante unie de France est en communion de prière avec les frères et sœurs chrétiens en Israël et en Palestine.

Elle relaie :

L’Église protestante unie de France joint sa voix à celle de toutes les personnes qui condamnent les actes terroristes. Elle joint sa voix à celle de toutes les personnes qui veulent construire la paix. Avec elles, elle affirme que ce n’est pas la violence qui apportera la victoire et que la non-violence est une force puissante pour la vie et la justice.

Prière pour la paix en Israël et Palestine

À Dieu montent les cris de celles et ceux qui souffrent, qui pleurent un être aimé, qui cherchent un proche.
À Dieu montent les pleurs de terreur, de douleur, d’angoisse.
À Dieu monte la révolte devant la barbarie et l’inhumanité.
À Dieu monte la colère devant l’humiliation et le refus des droits des humains.
À Dieu monte le désespoir devant la course vers l’abîme, l’embrasement du conflit, la contagion de la haine.

Seigneur, entends ces cris, ces pleurs, ces sentiments mêlés, ces élans contraires.
Vers toi Seigneur nous nous tournons : tu sais le sentiment d’impuissance qui écrase, le sournois désir de vengeance qui rôde, le poison de la violence qui contamine.

Seigneur, nous déposons tout cela devant toi.
Ouvre, à travers l’horreur, le chemin de la vie et de la justice, de la réconciliation et de la paix.
Raffermis et encourage les artisans de paix, de dialogue et de modération.
Permets que les colombes échappent aux faucons.

Toi qui, en Jésus le Christ, a ouvert le chemin de la vie à travers la mort, ouvre aujourd’hui un chemin de vie pour tous les habitants d’Israël et de Palestine, les juifs, les chrétiens, les musulmans, les athées…

Fais de nous des ouvriers de paix, aussi faibles et impuissants que nous sommes. Montre-nous les gestes et les actes à mettre en œuvre aujourd’hui, là où nous sommes, pour construire une paix dans la justice.

Amen

© David Tomaseti / Unsplash

L’UEPAL invite ses paroisses à porter la situation en Israël dans la prière

L’UEPAL s’associe sans réserve aux condamnations des terribles actes de violence déclenchés le 7 octobre dernier par le Hamas en Israël, en particulier les prises d’otage. L’UEPAL s’associe dans ce sens au communiqué de la Fédération protestante de France (FPF), apportant « son soutien fraternel à la communauté juive de France, ainsi qu’à toutes les familles endeuillées.

Dans le même esprit, elle renvoie à la déclaration faite le samedi 7 octobre par l’évêque de l’Église évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte, Sani-Ibrahim Azar. Celui-ci rappelle que ces événements terribles se situent malheureusement sur un arrière-plan plus large et plus ancien et que la paix ne peut exister sans justice.

L’UEPAL invite ses paroisses à porter cette situation dans la prière, de sorte que de ce terrible malheur puisse germer un espoir de paix dans la justice.

Le conseil restreint de l’UEPAL

© FPF

La FPF condamne fermement les attaques du Hamas contre Israël

La Fédération Protestante de France exprime son effroi et sa ferme réprobation des récentes attaques perpétrées par le Hamas contre Israël. Ces actes de violence relevant du terrorisme et d’une inhumanité inouïe ont des conséquences dévastatrices et exacerbent les tensions dans la région pour des décennies.

La Fédération Protestante de France tient à rappeler son engagement en faveur de la paix, de la justice et de la réconciliation. Elle affirme l’inaliénable dignité de chaque être humain, quelle que soit sa nationalité, sa religion ou son origine ethnique. Dans cette perspective, elle exhorte toutes les parties impliquées à faire preuve de retenue, à renoncer à la violence et à rechercher des solutions pacifiques pour résoudre les conflits en cours.

Elle appelle la communauté internationale à se ressaisir pour jouer un rôle actif dans la promotion du dialogue et de la médiation, afin de mettre un terme à la spirale de la violence qui inflige tant de souffrances pour les civils innocents.

Elle apporte son soutien fraternel à la communauté juive de France, ainsi qu’à toutes les familles endeuillées, exprimant sa solidarité dans ces moments tragiques.

La Fédération Protestante demande la libération immédiate de toutes les personnes kidnappées. Elle appelle à porter dans la prière toutes les familles des victimes, quelle que soit leur appartenance, de même que les otages et leurs proches aujourd’hui plongés dans l’angoisse. Elle réaffirme avec détermination son engagement pour la promotion de la justice, de la paix et de la fraternité, soutenant toutes les initiatives visant à réaliser ces objectifs.

Paris, le 9 octobre 2023

Pasteur Christian Krieger
Président de la Fédération protestante de France

© Albin Hillert / COE

Le COE lance un appel urgent pour un cessez-le-feu immédiat en Israël et en Palestine

«Le Conseil œcuménique des Églises lance un appel urgent pour mettre immédiatement un terme à cette violence meurtrière, pour que le Hamas cesse ses attaques et demande aux deux parties de désamorcer la situation», a déclaré le secrétaire général du COE, le pasteur Jerry Pillay. «Nous redoutons vivement que le conflit entre les groupes armés israéliens et palestiniens ne dégénère et craignons les conséquences inévitablement tragiques pour les populations de la région, tant israélienne que palestinienne, après une période d’exacerbation des tensions et de la violence en Cisjordanie et à Jérusalem.»

Et Pillay d’ajouter: «Les attaques en cours n’engendreront que plus de violence, elles ne sauraient ouvrir une voie vers la paix ou la justice.»

«Nous exhortons toutes les Églises membres du COE à se joindre en prière pour une paix juste sur la terre qui a vu naître le Christ, en solidarité avec toutes les personnes touchées et menacées par la violence», a-t-il conclu.




Alternative théologie : retour sur l’édition 2023

La quatrième édition de ce camp destiné à « faire de la théologie autrement » s’est déroulée du 25 au 30 août 2023 à Paris sur le thème : « Résister face aux injustices ». Elle était organisée par l’Église protestante unie de France (EPUdF) et l’Institut protestant de théologie (IPT) en collaboration avec le Défap.

Quelques-uns des participants et intervenants de l’édition 2023 d’Alternative théologie © Défap

Alternative théologie : quand on y goûte, on en redemande. Un lieu où des jeunes adultes impliqués dans leur Église peuvent échanger sur des thèmes qui les touchent, en lien à la fois avec leurs préoccupations quotidiennes, leur envie d’engagement, et leur foi… Victoire, qui fait des études de psychologie à Paris, avait déjà participé à l’édition 2022 organisée à Montpellier. Les rencontres qu’elle y avait faites avaient débouché sur des échanges qui s’étaient poursuivis tout au long de l’année. Prendre part à l’édition 2023, retrouver ces autres participants devenus entre-temps des amis, était pour elle une évidence. Jeanne, séduite aussi par la formule, met également en avant les liens forts noués lors de ces quelques jours, la diversité des intervenants et des moments destinés à stimuler les réflexions, alternant interventions d’enseignants, échanges, débats, témoignages… Cette diversité, ce « joyeux mélange entre réflexion, échange et convivialité », c’est précisément ce qui est recherché lors de ces camps pour jeunes adultes de 18 à 30 ans, qui ambitionnent de « faire de la théologie autrement ». La quatrième édition, organisée par l’Église protestante unie de France (EPUdF) et l’Institut protestant de théologie (IPT) en collaboration avec le Défap, s’est tenue du 25 au 30 août 2023 à Paris sur le thème : « Résister face aux injustices ». L’EPUdF est revenue sur cette édition 2023 à travers deux podcasts que vous pouvez écouter ci-dessous, et au cours desquels vous pourrez entendre les témoignages de Jeanne, de Victoire, mais aussi ceux d’Erwan, d’Emmanuelle et d’autres participants ou organisateurs…

Alternative théologie tient donc à la fois du camp de jeunes et du séminaire. Il s’agit de montrer que la théologie n’est pas qu’une affaire de spécialistes, que parler de Dieu, de sa foi, de ses questions, c’est à la portée de toutes et de tous. « L’occasion de faire de la théologie avec des gens qui ne sont pas des théologiens », selon le mot d’Elian Cuvillier, professeur à l’IPT-Montpellier et l’un des intervenants de ce rendez-vous. Pour Éline, membre à la fois de l’équipe du Défap et du réseau Jeunesse de l’EPUdF, et qui faisait partie de l’équipe d’organisation, il s’agissait de « donner de l’appétit pour la théologie, de la rendre accessible, peut-être de susciter chez les participants l’envie d’aller plus loin ; mais de manière alternative, avec les outils de l’éducation populaire. Et c’était là tout l’enjeu : réussir à travailler avec une démarche pédagogique à la fois populaire et universitaire. » Avec des intervenants dont certains étaient des professeurs de théologie, d’autres non ; et des modules favorisant les échanges avec les participants.

Des journées très rythmées

 

 

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Le choix du thème de cette année était parti d’une réflexion initiée par le Défap, et lancée au sein du réseau Jeunesse de l’EPUdF, sur les discriminations (un sujet qui trouvait des échos dans l’exposition « Deviens un héros », achetée par l’EPUdF en partenariat avec le Défap). Puis, au fil des réunions avec les enseignants de l’IPT, cette thématique a été élargie aux injustices, et aux moyens d’y résister. Avec au final trois axes : l’un s’intéressant à la finalité (à quoi on résiste ?), un autre à la personne impliquée (qui résiste ?), et un troisième aux moyens (comment résister ?). Pour les illustrer, aux côtés des divers intervenants et des enseignants de l’IPT, des témoins sont venus évoquer leurs engagements. C’était le cas de Rodolphe Gozegba, venu de Bangui pour faire un doctorat de théologie en France avec le soutien du Défap, puis retourné en République centrafricaine pour y fonder une association : A9, une structure impliquée à la fois dans l’environnement et la cohésion sociale. Elle s’est fait connaître notamment à travers un programme d’agriculture urbaine, qui a permis de former des centaines de familles de la capitale centrafricaine. C’était encore le cas de Marilyn Pacouret, impliquée dans le programme EAPPI : cette initiative du COE (Conseil œcuménique des Églises), dont le nom complet est Ecumenical accompaniement program in Palestine and Israel, soutient les efforts de Palestiniens et d’Israéliens engagés pour la paix dans leurs actions non violentes pour mettre fin à l’occupation. EAPPI est soutenu par le protestantisme français depuis ses origines en 2002. En France, le suivi administratif des volontaires qui y prennent part est assuré par le Défap.

Intervenant sur le module « Qui résiste ? », Éline Ouvry a été amenée à évoquer la formation des volontaires au Défap, qui peuvent être confrontés à des situations difficiles en cours de mission : « On invite nos envoyés à ne pas se positionner comme des sachants et des sauveurs, mais plutôt à être dans une posture d’écoute pour trouver comment travailler avec les partenaires ». L’occasion de s’initier à un exercice d’écoute active pour apprendre à ne pas projeter ce qu’on perçoit comme besoin de l’autre… Mais au-delà des séances de brainstorming, des débats et des ateliers, il y avait aussi ces temps spirituels quotidiens : « God morning » – une lecture et un chant pour commencer la journée… Alternative théologie a aussi emmené les participants hors des murs de l’IPT, lors d’une visite du Défap, ou encore d’un culte à la paroisse EPUdF de l’Oratoire.
 

 

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Alternative Théologie : «Résister aux injustices»

La 4ème édition d’Alternative théologie a lieu du 25 au 30 août 2023 à Paris. Ce camp pour jeunes adultes de 18 et 30 ans qui souhaitent faire de la théologie autrement est proposé par l’Église protestante unie de France et l’Institut protestant de théologie, en collaboration avec le Défap. Le thème de cette année : « Résister aux injustices ».

Alternative Théologie, c’est quoi?

La quatrième édition de l’Alternative Théologie aura lieu du 25 au 30 août 2023 à Paris sur le thème : Résister face aux injustices.

C’est un camp pour jeunes adultes de 18 et 30 ans qui souhaitent faire de la théologie autrement.

L’Église protestante unie de France offre :

  • une proposition Alternative de dialogue pour discuter, partager, penser et s’engager.
  • de Théologie, parce que parler de Dieu, de sa foi, de ses questions, c’est à la portée de toutes et de tous. Quelques jours pour vivre la théologie et réfléchir sur la résistance face aux injustices. Ce camp propose aussi des temps spi, chants, découverte de Paris…

« C’est l’occasion de faire la théologie avec des gens qui ne sont pas des théologiens. Alternative en quelque sorte à la théologie universitaire. C’est une théologie qui se fait en dialogue avec des hommes et des femmes qui se posent des questions et à qui on propose de les poser du point de vue de la théologie. » (Elian Cuvillier)

« C’est un camp, un séminaire pour de jeunes adultes qui veulent mettre en lien leur vie, leur vie personnelle, leur vie professionnelle et leur foi, leurs convictions peut-être pour essayer de se changer, aller plus loin dans leur réflexion et pourquoi pas changer le monde ? » (Stéphane Lavignotte)

Modalités

Alternative Théologie se déroulera à l’Institut protestant de Théologie à Paris.

Hébergement au foyer Saint Jean Eudes

Le tarif normal s’élève à 150 €.

Le tarif de soutien est 200 €.

Si vous réservez vos billets de train SNCF avant le 15 juillet, vous pouvez faire le la demande d’un remboursement jusqu’à 50 % du prix de billet.
 
 

Inscription

Les inscriptions sont ouvertes : voici le lien pour s’inscrire.

Équipe de préparation :

  • Pasteure Christine Mielke, responsable de l’animation nationale de réseaux jeunesse national EPUdF.
  • Professeurs de l’IPT : Elian Cuvillier, Marc Boss, Christophe Singer et Pierre-Olivier Lechot
  • Eline (Service mission Défap)
  • D’autres intervenants seront invités en fonction des thèmes.

Pour plus de renseignements, contactez:

Christine Mielke, secrétaire nationale à l’animation des réseaux jeunesse
christine.mielke@epudf.org

Présentation au cours de l’émission « After Work » du 30 juin 2022, sur EJR Radio :

 




Église de Guadeloupe : «Un séjour riche en rencontres»

Le pasteur Marc-Henri Vidal vient d’effectuer une mission courte avec le Défap auprès de l’Église Protestante Réformée de Guadeloupe (EPRG). Il témoigne.

Culte célébré à l’EPRG par le pasteur Marc-Henri Vidal © Marc-Henri Vidal pour Défap

 
Parmi ses activités, le Défap accompagne les Églises protestantes de sensibilité luthéro-réformée présentes aux Antilles, en Guyane, à la Réunion et à Mayotte, notamment en contribuant à financer des postes pastoraux mais aussi par un soutien direct et par le financement de projets. Des Églises minoritaires, mais qu’il est essentiel de soutenir, entre une Église catholique fortement implantée et des Églises évangéliques en fort développement. Elles sont accompagnées par des pasteurs envoyés par le Défap pour des missions courtes. Voici le témoignage de Marc-Henri Vidal, parti en avril-mai en Guadeloupe.
  

Dîner avec les membres de la paroisse après une étude biblique © Marc-Henri Vidal pour Défap

 
Nous sommes arrivés en Guadeloupe mercredi après-midi le 19 avril, par un soleil radieux. Venant du Québec, il n’y a pas de décalage horaire, seule la fatigue de 5 heures d’avion. Nous avons été accueillis, mon épouse et moi, par la secrétaire du conseil presbytéral, Fanny, au volant de la voiture de paroisse.

Arrivée au presbytère, une charmante petite maison, construite récemment, confortable, bien appréciée de notre part, au milieu d’un superbe parc, où nous avons fait le tour des lieux. Un autre membre du conseil, Danielle, est venu nous apporter de quoi manger le soir. A cette latitude, le soleil se lève et se couche vers les mêmes heures en toutes saisons, entre 18h et 18h30.

Vendredi 21 avril, nous avions une rencontre du conseil pour planifier notre court séjour. Les sept membres étaient présents. Le courant est tout de suite bien passé entre eux et nous. Sachant mon implication avec les formations à la prédication en Île-de-France, sous la gestion de Marc Pelcé, il fut demandé et décidé que j’anime deux ateliers, le jeudi 27 avril et le mardi 2 mai en début de soirée (18h30 – 20h) en présentiel et distanciel, le président s’assurant de la retransmission vidéo des présentations. Trois personnes sur place, deux en vidéo, ont participé à ces rencontres de formation, tenues au presbytère. L’offre a été faite à l’Église de la Martinique de se joindre à cette formation, mais nous n’avons pas eu de réponse. Les délais d’information étant manifestement trop courts.

Toujours au presbytère, deux études bibliques pour l’ensemble des paroissiens, sur le thème des premiers chapitres de la Genèse : une protohistoire, ont été planifiés pour les mercredis 26 avril et 3 mai, 18h à 19h30. A nouveau, en présentiel et en distanciel. Des rencontres et des échanges qui, selon mon avis, ont été fort riches. La deuxième rencontre fut suivie, ce qui était la veille de notre départ, par un repas fraternel.

Verre de l’amitié après un culte © Marc-Henri Vidal pour Défap

 
Entre 12 et 20 personnes ont participé aux cultes des dimanches 23 et 30 avril (…) Après chaque culte, un « verre de l’amitié » était offert aux présents.

Deux visites pastorales ont eu lieu pendant notre séjour. L’une, lors d’une invitation à déjeuner avec un des membres du conseil, où nous nous sommes retrouvés six à table, et l’autre, ayant invité le président du conseil et son épouse (catholique de tradition) à déjeuner.

D’autres visites auraient été souhaitables, mais la durée du séjour ne le permettait pas. Les paroissiens auraient bien aimé que nous restions plus longtemps.

En conclusion, un séjour riche en rencontres et en activités, deux cultes, deux études, deux formations… en deux semaines.




Synode national 2023 de l’EPUdF

Le Défap sera présent au prochain Synode national de l’Église protestante unie de France, qui se tiendra du 18 au 21 mai 2023 en région parisienne, à Noisy-le-Grand, à l’invitation de cette paroisse de l’Inspection luthérienne de Paris.

Le synode national 2021 de l’EPUdF à Sète © Défap

Ce Synode national sera l’occasion pour les délégués de découvrir une église inaugurée il y a peu, à l’architecture inspirante, bel écrin pour fêter les 10 ans de l’Église protestante unie et les 50 ans de la Concorde de Leuenberg.

Le processus synodal initié en 2021 : Mission de l’Église et ministères a permis au précédent synode de discerner une vision globale et ses grandes orientations. Pour cette session pendant que les Églises locales et les paroisses travaillent sur ces documents, le Conseil national a souhaité que les délégués puissent prendre connaissance d’initiatives et de projets vécus en France ou chez nos Églises-sœurs. « Expériences-Espérance« , tel est le titre de ce synode 2023.

Pour y parvenir, le Conseil national a retenu quatre thématiques principales, sur lesquelles les rapporteurs nationaux ont travaillé en équipes élargies avec des personnes ressources : l’Église universelle, la formation pour tous & ministères, le témoignage (évangélisation & diaconie), le renouvellement institutionnel.

Le modérateur du synode sera le pasteur David Mitrani et le travail théologique sera conduit par le Professeur Fritz Lienhard.

Un temps festif de reconnaissance à l’occasion des 10 ans de l’EPUdF

La soirée du samedi 20 mai sera un temps festif de reconnaissance à l’occasion des dix ans de la création de l’Église protestante unie de France. Cette union atteste de la communion entre les luthériens et les réformés, avec en particulier des témoignages vidéo des pasteurs Laurent Schlumberger, qui présidait l’Église réformée de France et devint le premier président de l’Église protestante unie de France à partir de 2013, et Joël Dautheville, actuel président du Défap et qui présidait l’Église évangélique luthérienne de France au moment de l’union. La participation des invités des Églises européennes rappellera combien la signature de la Concorde de Leuenberg a été une étape décisive en 1973.

Le culte synodal sera célébré le dimanche 21 mai à 11h à l’église de la Rédemption, 16 rue Chauchat, Paris 9ème et diffusé en direct sur la chaîne YouTube de l’EPUdF.




DM : une aventure missionnaire qui dure depuis 60 ans

La rencontre annuelle des trois Secrétariats Cevaa – DM – Défap nous donne l’occasion de parler d’un événement majeur pour DM : les célébrations de ses 60 ans. Six décennies d’histoire qui n’ont rien eu d’un fleuve tranquille, depuis une naissance au lendemain de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy jusqu’à une mue lancée au tournant de l’année 2018… En cette année 2023, DM a voulu fêter ses 60 ans avec ses divers partenaires, en Suisse, au Mexique, au Cameroun, et même avec les participants de l’Assemblée générale du Défap.

Le logo du soixantenaire de DM © DM

DM, c’est un peu le cousin suisse du Défap. Né durant la même période mais quelques années auparavant (en 1963, quand le Défap a été officiellement créé en 1971) ; œuvrant dans des milieux d’Églises similaires et invité comme le Défap aux Conseils et aux Assemblée générales de la Cevaa (DM est ainsi le département missionnaire des Églises de Suisse romande, quand le Défap réunit trois unions d’Églises protestantes françaises de tradition luthéro-réformée). Avec des modalités d’engagement et des visions très proches, une même pratique de l’envoi de personnes, des zones d’intervention qui se recouvrent en partie… Et des défis communs. Tout comme le Défap, tout comme la Cevaa, DM est confronté depuis de nombreuses années à des évolutions des sociétés et des Églises européennes qui imposent de repenser les formes et les présupposés de la mission. DM a fait sa mue au cours de l’année 2018, transition qui s’est traduite dans le discours, avec la mise en avant du concept de réciprocité, ainsi que dans un nouveau logo et un nouveau slogan. Celle du Défap est toujours en cours… Et au bout de six décennies d’aventure missionnaire, DM, tout au long de l’année 2023, fête son anniversaire en partageant des gâteaux avec ses envoyés, ses Églises membres, ses partenaires à l’étranger : au Mexique, au Cameroun…

Lors de sa naissance, en 1963, DM regroupe huit Églises protestantes de Suisse romande (elles seront sept après la fusion entre l’Église libre et l’Église évangélique réformée du canton de Vaud). Mais l’organisme qui voit le jour a déjà toute une histoire qui le précède, celle des missions suisses, nombreuses et diversifiées – et avec déjà diverses tentatives pour les coordonner. Et sa naissance intervient dans un contexte bien particulier, celui des indépendances des pays anciennement colonisés : avec des implications profondes sur la conception de la mission, comme en témoigne le slogan-programme « La mission de partout vers partout » inventé lors de la conférence mondiale mission et évangélisation du Conseil œcuménique des Églises de Mexico. Une conférence réunie du 8 au 19 décembre 1963… soit quelques semaines à peine après la naissance officielle, le 23 novembre, de DM.

Un projet soutenu par DM au Bénin © DM

Avec la fin de l’ère coloniale, les Églises locales issues des missions européennes s’émancipent ; les thématiques portées par les organismes missionnaires évoluent : on parle de dialogue interreligieux et interculturel avec le Tiers-Monde, d’œcuménisme, de partenariat, de projets de développement… Les échanges doivent se faire désormais entre égaux. À sa création en 1963, le DM compte 300 missionnaires dans 23 pays. En 1967 a lieu à Neuchâtel le premier cours de formation missionnaire de DM. Mais déjà pointent des inquiétudes sur une crise des vocations…

En 1971, à la création de la Cevaa et du Défap, nés tous deux de la Société des missions évangéliques de Paris, les Églises membres de DM, par son entremise, s’impliquent dans la nouvelle Communauté d’Églises. Un fonds commun est créé par DM et deux autres organismes suisses, PPP (Pain Pour le Prochain) et l’EPER, pour coordonner les campagnes et les récoltes de fonds. Ce qui débouchera sur un rapprochement durable, incluant bientôt la KEM (Coopération des Églises et Missions évangéliques en Suisse), qui donnera lieu au projet « Terre Nouvelle ». Ce projet aura son propre comité de coordination, ses animateurs cantonaux, son journal, jusqu’à envisager, au fil des ans, une complète fusion de ses organismes membres dans une entité unique. Espoir avorté en 2002… Mais entretemps, les Églises suisses, leurs envoyés et leur service missionnaire auront vécu tous les soubresauts d’une histoire internationale agitée : la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, le génocide rwandais… mais aussi la création du service civil à l’étranger, un nouveau statut qui permettra d’apporter une nouvelle vitalité à l’échange de personnes porté par DM dans son réseau d’Églises.

Le gâteau offert par le délégué de DM lors de l’AG du Défap © Défap

En 60 ans, ce sont près d’un millier de personnes qui se sont engagées comme envoyé.es auprès de DM, pour tisser des liens et renforcer la solidarité entre Églises de divers pays, avec le but affiché de rendre concrètes « l’humanité solidaire » et « l’Église universelle ». DM agit aujourd’hui dans l’agroécologie, l’éducation et la théologie en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, dans l’océan Indien et en Suisse. Il mène des projets dans plus d’une quinzaine de pays, et regarde résolument vers l’avenir : il s’implique dans le dialogue entre Églises issues de cultures différentes, soutient des organismes qui mènent des réflexions et proposent des solutions aux défis de notre temps : tels le Secaar (développement durable et droits humains), l’Institut Al Mowafaqa (dialogue interreligieux). Le point d’orgue de cette année de célébrations des 60 ans de DM est prévu le 18 novembre 2023, à la cathédrale de Lausanne.




Rencontres missionnaires à Versailles

La rencontre annuelle des Secrétariats de la Cevaa, de DM et du Défap se tiendra du 3 au 5 mai à Versailles. En cette année 2023, c’est le Défap qui accueille la réunion, organisée chez les Diaconesses de Versailles. Au menu des échanges : collaborations et lieux d’engagement commun des trois institutions, réflexions sur les échanges de personnes, perspectives financières. Ces réunions régulières sont un des lieux de dialogue entre Cevaa, DM et Défap, trois organismes missionnaires qui partagent une histoire commune et nombre de leurs priorités.

Rencontre des trois Secrétariats Cevaa-DM-Défap, en juillet 2022 à Sète © Cevaa

Dans les projets qu’il soutient, dans les échanges de personnes qu’il organise, le Défap n’agit pas seul, mais au sein d’un réseau. Plusieurs réseaux même : un réseau associatif, rassemblant des acteurs de la solidarité internationale, chrétiens (c’est le cas de ceux qui se retrouvent dans le collectif Asah, « Association au Service de l’Action Humanitaire ») ou laïcs (comme ceux qui font partie de Coordination Sud, dont est également membre le Défap) ; des acteurs publics (ce sont eux qui fournissent le cadre légal des envois de volontaires à l’international : ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Agence du Service civique) ; des Églises et organismes liés aux Églises. Dans ce dernier cas, le Défap est non seulement en lien avec un réseau ecclésial présent sur plusieurs continents, mais il travaille aussi avec des organismes fédérant diverses Églises pour des activités communes : le Secaar, par exemple, organisme regroupant 19 Églises ou ONG d’Afrique et d’Europe autour de thématiques liées au développement durable et aux droits humains ; ou encore la Cevaa et DM. Des rencontres régulières ont lieu : le Défap participe ainsi aux « COS » (« Conseils d’Orientation et de Suivi », équivalent des Assemblées générales) du Secaar ; il participe aux Coordinations de la Cevaa ; et le Secrétariat du Défap retrouve chaque année ceux de la Cevaa et de DM pour des réunions qui ont pour but, pour les trois organismes, d’échanger des informations et de coordonner leurs actions.

En cette année 2023, cette réunion annuelle, dite « des trois Secrétariats », aura lieu du 3 au 5 mai. Tous les ans, cette rencontre est accueillie par un organisme différent, à tour de rôle : en 2022, elle était accueillie par la Cevaa et avait eu lieu à Sète. En 2023, elle est accueillie par le Défap. Et les délégués participant à ces trois jours de réunions seront reçus par les Diaconesses de Versailles.

Thématiques communes et défis partagés

Entre la Cevaa, DM et le Défap, les liens sont nombreux. Sur le plan historique, tout d’abord : ces trois organismes sont nés à la même période, les années 1960-70, dans un milieu d’Églises protestantes qui s’efforçaient d’inventer de nouvelles collaborations ecclésiales dans un contexte marqué par la fin de la colonisation. DM, organisme missionnaire des Églises de Suisse romande, est né le premier, en 1963 (il célèbre d’ailleurs cette année ses 60 ans) ; la Cevaa et le Défap sont tous deux héritiers de la SMEP, la Société des missions évangéliques de Paris, qui choisit en 1971 de se scinder en une communauté d’Églises et en un organisme lié aux Églises de France pour pouvoir continuer à entretenir des relations sur un pied d’égalité entre Églises nées des travaux de la Mission de Paris. Enfin, les relations institutionnelles étaient présentes dès le début : à l’origine de la Mission de Paris, on trouve divers organismes européens, dont la Mission de Bâle ; et DM est lui-même en partie issu de la Mission de Paris.

Entre ces trois organismes institués pendant la même période et entretenant des relations avec les mêmes pays, on retrouve encore aujourd’hui des domaines d’activité très proches, et des échanges réguliers. Parmi leurs points communs, l’envoi de personnes. Défap, Cevaa et DM-échange et mission ont donc régulièrement des envoyés présents dans leur réseau d’Églises ; certains de ces envoyés peuvent d’ailleurs parfois être volontaires pour l’un, puis pour l’autre organisme (c’est ce qui s’est déjà produit notamment pour des envoyés ayant la double nationalité française et suisse). Des partenariats peuvent aussi s’établir lors de la formation (des envoyés Cevaa ont pu participer à la formation au départ du Défap). Parmi les autres points qui les rapprochent, on trouve aussi des lieux d’engagement commun, comme la CLCF (la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone), l’Institut Œcuménique de Théologie Al Mowafaqa (installé au Maroc, il vient de fêter ses dix ans) ou encore la revue Perspectives Missionnaires. Mais aussi des préoccupations communes : nécessaire adaptation aux changements des sociétés qui, partout en Europe, bousculent depuis plusieurs décennies à la fois Églises et organismes missionnaires ; et interrogations sur les finances – sujet sensible pour les trois organismes.




« L’Évangile est partout contextuel »

Les réflexions sur le thème « L’Église universelle est ma paroisse » lancées au cours de l’Assemblée Générale 2022 du Défap ont été marquées par de nombreuses interrogations des participants sur l’identité des Églises dans la perspective de la possible émergence d’une Église post-dénominationelle. Un retour historique paraît nécessaire : en 1971, lors de leur création dans le contexte de la décolonisation, Défap et Cevaa ont été chargés de construire une théologie de la rencontre et du partenariat pour remplacer les échanges inégalitaires entre Églises mères et Églises filles. Mais la question récurrente, et qui demeure, est la suivante : comment apporter l’Évangile quelque part, en dépassant le filtre de notre propre culture ou de celle des personnes auxquelles on s’adresse ? Y a-t-il un « noyau pur » qu’on puisse transmettre ? Et comment ? C’est tout l’enjeu de la théologie contextuelle, que rappelle ici Pascale Renaud-Grosbras dans ce travail de présentation préparé pour l’AG du Défap.


Simon Assogba présentant le Bénin et l’Église méthodiste béninoise de Paris à de jeunes visiteurs du Défap © Défap

« L’Église universelle » est le thème de cette année dans l’UEPAL. C’est un thème qui nous permet de réfléchir aux questions actuelles autour de la mission, de partout vers partout, avec l’idée que la question interculturelle est au centre de nos vies d’Églises.

Le titre de l’animation qui m’a été demandée est une référence à une citation de John Wesley, « the world is my parish« , le monde est ma paroisse. Wesley, qui a fondé le méthodisme, était un grand prédicateur itinérant : il n’entendait pas être limité par la géographie (comme l’est une paroisse), mais il voulait prêcher aussi largement que possible, dans tous les milieux possibles et surtout ceux à qui ne parvenait pas déjà l’Évangile, ceux qui ne fréquentaient pas les paroisses. C’est un grand travailleur, capable d’une grande abnégation, et son travail a beaucoup marqué des générations de prédicateurs. La citation vient de son journal intime et prise dans son entier, elle dit ceci : « Je considère le monde entier comme ma paroisse ; je veux dire par là que, où que je me tienne, il est de mon devoir d’annoncer à tous ceux qui veulent bien entendre la bonne nouvelle du salut. C’est le travail auquel Dieu m’a appelé et je suis sûr que sa bénédiction m’accompagne ».

« Le monde est ma paroisse », pour Wesley, signifie donc qu’il n’y a aucune limite géographique au travail d’évangélisation : le salut doit être annoncé partout, et surtout là où la voix de l’Église ne porte pas.

Peut-on remplacer « Le monde est ma paroisse » par « L’Église universelle est ma paroisse » ? Pour rester fidèle à la citation de Wesley, ça voudrait dire que l’Église universelle est l’endroit où il convient de prêcher pour atteindre ceux qui n’ont pas encore entendu l’Évangile. Or ça va à l’encontre de ce qu’on entend couramment par « Église universelle ». Il faut donc faire un détour par le concept même d’Église universelle pour tenter d’y voir plus clair.

Beaucoup a été écrit sur la question en théologie catholique, mais très peu en théologie protestante. Il s’agit d’abord de comprendre pourquoi. D’abord, « Église universelle » n’est pas tel quel dans le texte biblique !

Jean-François Zorn nous le rappelait lors des ateliers de la mission, l’impératif missionnaire (Mt 28,18s) a été largement interprété jusqu’au 15e siècle environ comme un fait accompli : les apôtres du temps de Jésus étaient réputés avoir déjà porté l’Évangile partout dans le monde. L’idée d’Église universelle allait donc de soi, pas comme quelque chose à accomplir, mais comme un fait accompli. L’idée avait même été formalisée dans le Symbole des Apôtres, dont la première version date du milieu du deuxième siècle environ ; il semblerait cependant que la fin, qui mentionne l’universalité de l’Église (καθολικός/katholikós signifiant « universel » ou « général »), soit plus tardive et date de l’époque de l’empereur Constantin, moment où il assoit son empire (à vocation universelle) en s’appuyant sur l’universalité de l’Église et en cherchant à lutter contre les hérésies.

Les Réformateurs, on s’en souvient, ont largement contesté à l’Église catholique son statut universel, en s’opposant à sa prétention à disposer du salut (et parfois à chercher à le monnayer, comme en témoigne la querelle des indulgences). L’Église, rappellent-ils, ne se confond pas avec l’institution humaine : elle déborde largement les frontières connues de cette institution, et seul Dieu en connaît les contours exacts. Ils opposent donc l’Église invisible, dont seul Dieu connaît les contours, à l’Église visible, qui est l’institution.

Aujourd’hui, l’Église catholique considère toujours, dans ses textes, qu’elle est universelle au sens de l’institution ; pour les protestants la question se pose en termes d’universalité de l’Église invisible.

Après la décolonisation et la disparition de la SMEP, le mouvement missionnaire français s’est vu confier la tâche de décliner cette idée d’Église universelle à nouveaux frais : le Défap et la Cevaa sont chargés de construire une théologie de la rencontre et du partenariat qui vienne remplacer les échanges inégalitaires entre Églises mères et Églises filles.

Les AAC, visage de l’Église universelle


Jacques Maury en 1969 © Défap

Les Actions apostoliques communes (voir l’exposition des 50 ans du Défap) sont une façon de mettre en œuvre cette nouvelle théologie. L’intuition de l’Action apostolique commune (AAC) revient au pasteur camerounais Jean Kotto, alors secrétaire général de l’Église évangélique du Cameroun devenue autonome en 1957 vis-à-vis de la Mission de Paris. Au cours de l’assemblée générale de 1964, il dit ceci : « Noirs et Blancs, Malgaches et Polynésiens iront ensemble main dans la main, comme envoyés de l’action missionnaire des Églises francophones, porter le message de salut à ceux qui ne le connaissent pas encore et à ceux qui risquent d’être ballottés et emportés par le vent des opinions non-chrétiennes ». Il affirme que c’est le Seigneur lui-même, par la puissance de son Saint-Esprit, qui rassemblera ces Églises en « une communauté nouvelle intercontinentale, supranationale et supraraciale » pour une action missionnaire commune. Il se tourne alors vers le président de la Mission de Paris, le vénérable pasteur Marc Bœgner alors âgé de 83 ans, et lui lance cette citation du prophète Ésaïe : « Monsieur le Président, élargis l’espace de ta tente, déploie les couvertures de ta demeure, car tu te répandras à droite et à gauche, et ta postérité envahira les nations. Ne crains pas, car tu ne seras pas confondu » (Ésaïe 54, 1-4).

En 1969, Jacques Maury est président du Conseil National de l’ERF, il est aussi membre de la FPF et de la Mission de Paris. Il avait été pasteur dans le Poitou protestant, à Lezay, entre 1946 et 58 et y avait vécu la réalité de l’exode rural, du vieillissement de la population. Le Poitou était devenu « terre d’indifférence » sur le plan religieux, malgré une équipe pastorale dynamique et malgré la volonté d’un réveil missionnaire. En 1969 donc, après avoir visité l’AAC du Dahomey, il rédige un texte avec Charles Westphal, le président de la FPF : « Nous voilà concernés plus directement encore (par ce projet), voici que va s’implanter dans quelques mois, dans le vieux Poitou protestant, la seconde équipe de l’AAC. C’est une étape qui mérite d’être fortement soulignée. Car ce n’est pas seulement le Poitou qui va être impliqué, mais ce sont les Églises de France et même d’Occident tout entières qui entrent dans une nouvelle période, celle où la mission, cessant d’être à sens unique, devient l’affaire commune de toutes les Églises, au-delà de ce qui, jusqu’ici, distinguait si fort jeunes et vieilles Églises. Il s’agit d’une nouvelle promesse de Dieu dans notre siècle difficile et incertain. »

Cette AAC est « lancée à Pâques, le 30 mars 1970, à l’occasion de la fête annuelle des missions du Poitou en présence de trois des premiers équipiers, Emmanuel Njike, pasteur camerounais, Émilie Rabodovoahangy, assistante sociale malgache et Jacqueline Verdeilhan enseignante française ». L’année suivante deux équipiers venus de Nouvelle-Calédonie et d’Allemagne rejoignent cette équipe. Le pasteur Paul Bouneau, en poste dans la paroisse de Melle, écrit à cette occasion : « Que viennent faire les équipiers de l’AAC ? C’est une question déjà souvent posée à laquelle on ne peut apporter qu’une réponse globale : “ils viennent vivre l’Évangile avec nous”. En effet l’expérience du Dahomey, rapportée par le pasteur Jacques Maury, se déroule dans une situation humaine très différente de la nôtre et ne peut donc guère servir de modèle. Il faut donc tout inventer. Découverte du milieu, recherche du message et des formes qu’il pourra prendre, vont occuper les prochaines semaines ».


Soirée de détente en pays fon (Bénin) : le pasteur Jacques Maury jouant à l’awalé avec des équipiers de l’AAC – 1969 – Photo : Marc-André Ledoux © SMEP

L’idée, c’est que la mission doit être portée par les chrétiens du monde entier dans le monde entier, et pas seulement du Nord vers le Sud. Il y a un volet d’évangélisation et un volet de diaconie. Cette action missionnaire est nourrie par le travail théologique d’un pasteur togolais, Seth-Ametefe Nomenyo, auteur d’un ouvrage Tout l’Évangile à tout l’homme, qui popularise l’idée d’une évangélisation intégrale. Elle organise la formation des membres de l’Église, notamment les jeunes, en les sensibilisant à l’évolution des contextes où l’AAC s’implante et à la connaissance en profondeur de la culture locale. Elle travaille avec l’Église locale mais, dans un premier temps, jouit d’une liberté de manœuvre et d’innovation avant de lui être remise et de s’implanter ailleurs.

L’AAC du Poitou s’achève en 1974. Le bilan, au bout de 4 ans seulement, est mitigé. Le pasteur Emmanuel Njike, l’équipier camerounais de l’équipe, écrit : « Dans notre action, ce n’est pas le résultat ecclésial qui compte, mais le contact d’homme à homme. Donc nous ne cherchons pas à faire du prosélytisme, et je crois que c’est ce qui nous a jusqu’ici dédouanés. Nous essayons de faire comprendre, au cours de nos discussions, que Jésus-Christ est l’espérance de tout homme et que c’est lui seul qui donne un sens à notre existence […] Au début, nous avions l’impression que les gens n’avaient besoin de rien. Découragés nous nous demandions pourquoi, après tout, nous désirions qu’ils aient besoin de quelque chose. Mais petit à petit, nous avons compris que les gens étaient sensibles aux visites que nous leur rendions, et que la solitude et l’angoisse minaient la plupart d’entre eux : ils ont besoin de parler et d’être écoutés tout simplement. » De son côté, Jacques Maury explique que l’AAC du Poitou a fait apparaître à la fois « l’attente diffuse de bien des hommes et des femmes à l’égard d’un Évangile qui leur “parle” et d’une Église renouvelée » et « la résistance au changement » d’une Église qui s’est sentie menacée dans ses habitudes et a pu développer des réflexes de défense. » Avec le recul du temps, on peut penser qu’il était difficile de concevoir que la France puisse être terre de mission : la mission c’est pour les autres…

Théologie contextuelle

Les grandes avancées des sciences humaines au 20e siècle ont permis de comprendre que nous sommes tous pris dans un regard ethnocentré : il est très difficile aux humains de comprendre que les autres soient vraiment différents d’eux. La théologie dialectique, en affirmant que Dieu est le Tout-Autre, le Radicalement Autre, a aussi fait entrer dans la théologie l’idée d’une non-maîtrise de qui est Dieu, et de qui sont les autres pour nous. Ce sont des avancées, mais ça reste compliqué à penser et à mettre en œuvre pratiquement dans nos Églises.

La question reste : comment apporter l’Évangile quelque part, sans la culture qui nous colle aux baskets ? Y a-t-il un « noyau pur » qu’on puisse transmettre ? Ou ne peut-on que transmettre « notre » version, notre compréhension, c’est-à-dire une conception occidentale, avec ses dogmes et ses pratiques ?

L’Évangile, quand il s’installe quelque part, s’incarne, et fait surgir des pratiques nouvelles, des idées nouvelles, de nouvelles relations sociales, des théologies renouvelées (le théologien Ka Mana est ici à relire, par exemple). La théologie contextuelle affirme que toute théologie dépend du contexte où elle naît et la façon dont la théologie s’écrit partout dans le monde aujourd’hui nous amène à reconsidérer la nôtre, en Occident, pour prendre au sérieux la culture de l’autre lorsque l’Évangile s’y installe.

Et pourtant : si l’Évangile ne se dit que dans chaque contexte particulier, que reste-t-il d’une vérité universelle et immuable, qui serait la vérité de l’Évangile ? Je vous propose l’idée suivante pour tenter d’aborder ce paradoxe :

L’Évangile est partout contextuel, c’est en cela que l’Église est universelle.

Pascale Renaud-Grosbras, responsable du service AFi (Défap)




« L’Église universelle est notre paroisse »

Il y a dans chaque Assemblée Générale du Défap un double aspect : sur le plan formel, c’est un lieu qui permet de faire le point sur l’activité de l’année écoulée – avec notamment la présentation du rapport d’activités et des échanges entre l’équipe exécutive et les délégués ; c’est un lieu de prise de décisions et d’orientations… Mais au-delà de cet aspect institutionnel, c’est une occasion de réfléchir ensemble sur des sujets fondamentaux : la mission, ses moyens, la façon dont elle s’incarne… Ce samedi 26 mars, délégués et membres de l’équipe du Défap, réunis en visioconférence par Zoom, étaient ainsi invités à se pencher ensemble sur cette thématique, introduite pour l’occasion par Jean-Luc Blanc : « L’Église universelle est notre paroisse ».


Vue de l’Assemblée Générale du Défap en visioconférence – Capture écran

Dans les activités du Défap, les plus visibles, celles sur lesquelles il est le plus facile de communiquer, sont celles qui concernent l’étranger : la « mission au loin », que l’on a tendance à opposer facilement à la « mission au près » – une image directement héritée de la Société des Missions Évangéliques de Paris, dont les missionnaires, du XIXème au XXème siècle, ont contribué à implanter et faire vivre de nombreuses Églises protestantes loin de France. Mais c’est précisément pour sortir de cette image et de cet aspect de la mission que la SMEP s’est transformée, à partir de 1971, en deux entités distinctes, quoique sœurs : la Cevaa – Communauté d’Églises en mission, un organisme volontairement dépourvu de centre dans lequel toutes les Églises membres, issues de cette histoire commune entre le Nord et le Sud, pouvaient siéger à égalité, et au sein duquel devaient prévaloir les relations d’échange et de soutien mutuel ; et le Défap, désormais département missionnaire des Églises de France au sein de cet ensemble – même s’il a aussi acquis une individualité et noué des relations qui sont allées depuis au-delà de la seule Cevaa.

Est-il vraiment pertinent d’opposer « mission au loin » et « mission au près » ? Les enjeux de l’une ne rejoignent-ils finalement pas les enjeux de l’autre ? Les questions liées à la rencontre, aux relations interculturelles, ne se posent-elles pas aujourd’hui de manière tout aussi visible dans nos paroisses que dans les relations entre Églises au-delà des frontières ? Comment entendre, dans le contexte d’une mondialisation qui a tendance à effacer les identités en même temps qu’elle favorise les échanges, l’idée « d’Église universelle » ? Tous ces thèmes transparaissaient, de manière plus ou moins explicite, dans le sujet choisi pour alimenter les réflexions de l’Assemblée générale du Défap en ce 26 mars 2022 : « L’Église universelle est notre paroisse ». En l’absence de Pascale Renaud-Grosbras pour raisons de santé, c’est Jean-Luc Blanc, ancien Secrétaire général du Défap et ancien responsable du service Relations et Solidarités Internationales, qui avait été chargé de faire une présentation destinée à alimenter les échanges, avant des travaux en groupes.

L’universalité de l’Église dans les lettres de Paul

Repartant d’une perspective biblique, et tout particulièrement des lettres de Paul, Jean-Luc Blanc a souligné tout d’abord que la question de l’universalité de l’Église est étroitement liée à sa diversité. La communauté de Jérusalem, on le voit dans la Bible, a éclaté rapidement en tout un tas de communautés très diverses. Étonnamment, celle que l’on appelle la Grande Église n’avait rien à voir avec l’Église de Jérusalem que l’on voit dans les Actes. L’idée d’Église universelle a dû être pensée dès le départ : comment vivre ensemble avec une telle diversité au niveau des paroisses, des Églises ?

Quand on regarde l’épître aux Romains, chapitre 15, versets 23 et suivants, Paul écrit :

« ayant depuis plusieurs années le désir d’aller vers vous, j’espère vous voir en passant, quand je me rendrai en Espagne, et y être accompagné par vous, après que j’aurai satisfait en partie mon désir de me trouver chez vous. Présentement je vais à Jérusalem, pour le service des saints. Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem. »

On voit poindre déjà l’idée de visites aux Églises. Pour Paul, l’universalité de l’Église implique de visiter les Églises qui ne sont pas fondées par lui, qui ont une autre histoire. Dès le début apparaît aussi l’idée de partage des richesses.

Dans le chapitre 16 de Romains, Paul écrit encore :

« Je vous recommande Phoebé, notre sœur, qui est diaconesse de l’Église de Cenchrées, afin que vous la receviez en notre Seigneur d’une manière digne des saints, et que vous l’assistiez dans les choses où elle aurait besoin de vous, car elle en a donné aide à plusieurs et à moi-même. Saluez Prisca et Aquilas, mes compagnons d’œuvre en Jésus Christ, qui ont exposé leur tête pour sauver ma vie; ce n’est pas moi seul qui leur rends grâces, ce sont encore toutes les Églises des païens. Saluez aussi l’Église qui est dans leur maison. Saluez Épaïnète, mon bien-aimé, qui a été pour Christ les prémices de l’Asie. Saluez Marie, qui a pris beaucoup de peine pour vous. Saluez Andronicus et Junias, mes parents et mes compagnons de captivité, qui jouissent d’une grande considération parmi les apôtres, et qui même ont été en Christ avant moi. Saluez Amplias, mon bien-aimé dans le Seigneur. Saluez Urbain, notre compagnon d’œuvre en Christ, et Stachys, mon bien-aimé. Saluez Apellès, qui est éprouvé en Christ. Saluez ceux de la maison d’Aristobule. »

On voit apparaître ici, une nouvelle fois le partage des dons, mais aussi les échanges de personnes : Paul salue une bonne trentaine de personnes, qui ne sont pas issues de Rome. Il veut que les Églises de Rome fassent une place à celles et ceux qui ne sont pas des autochtones. Il souligne que l’étranger est un signe pour l’Église locale.
Paul n’est pas le fondateur de l’Église de Rome, il le sait bien ; et pourtant, il a écrit aux chrétiens de cette Église toute l’épître aux Romains : il leur écrit des choses qu’il peut voir en tant qu’observateur extérieur.

Sa théologie est une théologie en voyage : il prend des éléments des Églises qu’il traverse pour les adresser à d’autres. Des textes liturgiques, des hymnes… Il construit une théologie en rassemblant des éléments issus de diverses Églises.

L’universalité de l’Église et le projet de la Cevaa


Les Églises de la Cevaa dans le monde © Cevaa

Partage des finances, échange de personnes, élaboration d’une théologie multiculturelle : c’est exactement le projet initial de la Cevaa, tel qu’il a été voulu en 1971. Mais aujourd’hui, ne nous faudrait-il pas aller au-delà ? La solidarité que Paul demande aux Romains pour l’Église de Jérusalem indique un chemin. Comme l’a souligné Jean-Luc Blanc, les Églises de France, via le Défap, vivent une vraie communion avec des Églises d’autres continents, après y avoir envoyé des missionnaires qui ont implanté ces Églises. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, nous avons conscience que nous devons pouvoir dire l’Évangile dans diverses cultures. Mais il y a d’autres différences : des différences théologiques, d’appartenance ecclésiologique… Laurent Schlumberger écrivait que l’Église de demain serait post-dénominationnelle ou ne serait pas, annonçant la fin d’une période où le protestantisme a été divisé par tout un tas de partages et de clivages dénominationnels. Le Défap a déjà des partenaires qui vivent l’universalité de l’Église sur ce mode. Basile et moi avons ainsi vu au Maroc une Église se transformer en une Église multi-dénominationelle. La transition n’a pas été sans douleur, mais le chemin n’est pas impraticable. Au Congo-Kinshasa, les diverses Églises membres de la fédération protestante du Congo ont choisi de devenir l’Église du Christ au Congo, renonçant à leurs différences dénominationelles. Et le recul que nous avons aujourd’hui est suffisant pour voir que ça fonctionne ! Nos divisions dénominationelles, que nous avons exportées lors de l’envoi de missionnaires, ne sont donc pas indépassables. »

D’où cette question : « Ne faudrait-il donc pas nous engager dans une réflexion sur ce dépassement ? Nous n’avons pas les mêmes théologies ; mais les frontières théologiques d’aujourd’hui ne recouvrent pas les frontières dénominationelles classiques. Nous avons ainsi de bonnes relations avec des universités au Congo d’inspiration pentecôtiste. Cette version de l’universel est à travailler, au niveau de la paroisse locale, de nos régions et de nos institutions ecclésiales nationales, et au niveau des relations internationales. »

Les rapprochements et leurs limites

À l’issue de cette présentation, les délégués et membres présents de l’équipe exécutive du Défap ont été invités à travailler par groupes sur les questions suivantes :

  • Pensez-vous que l’universalité de l’Église doit aller jusqu’à un post-dénominationalisme capable d’intégrer nos divergences actuelles ?
  • Quelles limites voyez-vous à cette démarche ?
  • Comment pourrions-nous travailler à une mission qui aille encore plus dans le sens de l’universalité de l’Église que nous ne l’avons fait jusqu’ici ?
    • au niveau de la paroisse locale ?
    • au niveau de la France ?
    • au niveau du monde ?

Les retours sur ces réflexions de groupes ont donné lieu à des échanges très fournis, certains des participants soulignant par exemple les expériences qui se vivent déjà dans les Églises, les couples mixtes, les chants qui rapprochent des chrétiens issus d’Églises différentes… D’autres se sont interrogés sur les gestes du quotidien dans lesquels cette fraternité entre Églises peut se traduire : « Comment mieux vivre avec les Églises que l’on accueille dans nos locaux en région parisienne ? Comment vivre l’Église universelle au-delà du passage de la clé de la salle ? ». Ou se sont inquiétés des phénomènes possible de domination au sein d’une paroisse. Certains ont davantage pris en considération les perceptions des uns et des autres et l’importance du rapprochement dans le dialogue : « L’Église universelle est de l’ordre de la promesse, il s’agit d’accepter la rencontre de l’autre. Et ne pas faire de « mon » universel, une notion à imposer à l’autre. » D’autres ont souligné « les limites inhérentes à la lourdeur des institutions ». Bien souvent a été exprimée la crainte qu’une volonté de dépasser les frontières dénominationelles ne se fasse au prix d’un effacement des différences culturelles.

Une participante, tout en « mesurant la richesse de tout ce qui a été échangé », et se disant que « l’uniformité ne nous guette pas », a voulu mettre l’accent sur la nécessité, « au-delà des doctrines, de valoriser les cultures des uns et des autres ». Et d’ajouter : « Le post-dénominationalisme suppose-t-il d’aller vers un abandon de tout nom ? Non ! Nous avons besoin de marquer des identités. Ce qui n’empêche pas d’œuvrer ensemble. Il faut toutefois être attentif à ce qu’il n’y ait pas de phénomène de domination. Nous sommes confrontés, au Défap, aux Églises et aux diverses dénominations. On sent bien qu’il y a des tensions, des vécus différents, des organisations différentes ; ce qui pose des limites, que l’on peut dépasser, mais sans en ignorer la difficulté. Jusqu’où aller dans le partage ? Il faut commencer par ouvrir la Bible ensemble, tout en admettant que c’est un risque. La culture du débat d’idées doit être entretenue : d’où l’importance de penser à des formations pour mieux vivre le débat. »

Revenant sur ces échanges, Jean-Luc Blanc a tenu à insister en premier lieu sur le fait que « le dépassement des dénominations issues de ces derniers siècles ne peut en aucun cas être un abandon de nos identités. Les identités doivent rester plurielles, il ne faut pas tendre vers Babel et la recherche de l’uniformité ». Rebondissant ensuite sur l’idée, évoquée par l’un des participants, de créer une Église francophone d’Europe, il a souligné l’existence d’expériences allant dans ce sens dans d’autres parties du monde, par exemple en Afrique de l’Ouest, avec l’idée de mettre en place une fédération transnationale. Avant de conclure : « Si certaines Églises ont réussi à dépasser positivement le dénominationalisme, c’est aussi parce que la société a porté un regard différent sur l’Église. Au Maroc, l’Église s’est vécue comme une unité, y compris avec les catholiques, parce que le pays voyait les chrétiens comme un ensemble. »