Laïcité, migrants : les protestants endossent le rôle de «vigies»

François Clavairoly lors des vœux de la FPF. © Fédération Protestante de France

«Être protestant, c’est être citoyen protestant, c’est être responsable et solidaire avec d’autres, dans la cité.» Ces quelques mots, extraits de l’allocution de François Clavairoly prononcée le soir du 24 janvier lors des vœux de la Fédération Protestante de France, montrent à eux seuls combien le rôle de «vigies de la République» reconnu par Emmanuel Macron aux protestants de France a été pris au sérieux. Ce discours, tenu en présence de 150 à 200 invités (responsables politiques, responsables des Cultes, responsables d’Églises et d’œuvres, membres de la FPF, dirigeants d’entreprise, partenaires) s’adressait tout particulièrement au Premier ministre Édouard Philippe, qui représentait le gouvernement lors de cette cérémonie organisée à la Maison du Protestantisme.

Cette expression de «vigies» avait été employée pour la première fois fin septembre par le chef de l’État, au cours d’une allocution prononcée lors du colloque «Protestantismes convictions et engagements» ; Emmanuel Macron avait alors plaidé pour une laïcité ouverte permettant une participation des religions aux grands débats de société. Depuis, il a donné des gages de cette volonté d’ouverture, notamment en recevant début décembre à l’Élysée les représentants des principaux cultes en France… précisément pour parler de laïcité.

«Qui peut oser penser que la spiritualité est une dimension facultative?»

Pour aller plus loin :
Présentation des vœux de la Fédération Protestante de France sur le site de la FPF
Allocution de François Clavairoly
Allocution d’Édouard Philippe
L’hommage d’Emmanuel Macron aux protestants, «vigies de la République»

Une position vis-à-vis des questions de foi dans la société saluée par François Clavairoly, qui a repris l’expression du chef de l’État lors de ses vœux : «La foi est comprise par nous comme source et ressource pour la société, et non pas comme une menace. Le christianisme est contributeur éclairé et critique et non pas conservateur. Le protestantisme est comme sentinelle et vigie. (…) Je suis reconnaissant que se fasse jour dans ce pays, à cet égard, une compréhension de la laïcité qui ne se réduise donc pas à un slogan pour lutter sans le dire contre l’Islam, ou qui soit une notion détournée de son sens servant à enjoindre tout citoyen d’avoir honte de sa foi. Qui peut oser penser que la spiritualité est une dimension facultative de l’existence, la transcendance un sujet d’ordre privé n’ayant aucun rapport avec l’élaboration des valeurs de notre société qui font de l’humain ce qu’il est ?»

Mais ce rôle même de «sentinelles» donne aux protestants une légitimité renouvelée lorsqu’il s’agit d’interpeller le gouvernement. Ce qu’a fait le président de la FPF sur le chapitre des migrants, en pointant la circulaire du 12 décembre 2017, qui prévoit le déploiement dans les centres d’accueil d’équipes mobiles, composées notamment de membre de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), pour «procéder à l’évaluation administrative» des personnes étrangères en hébergement d’urgence et «veiller à une orientation adaptée» de ces migrants selon leur droit au séjour. Un texte unanimement dénoncé par les associations, dont un certain nombre d’acteurs protestants comme la FEP (Fédération d’Entraide Protestante) ou la Cimade. Un texte, surtout, ressenti par le monde associatif comme un très mauvais signal à l’égard des réfugiés et migrants alors que devrait être bientôt débattu un projet de loi «asile-immigration».

Appel au retrait de la circulaire du 12 décembre 2017

«Entendez ceux qui sont sur le terrain (…) entendez cette demande de retrait de la circulaire du 12 décembre 2017 de la part des acteurs les plus légitimes», a insisté François Clavairoly devant le Premier ministre. «Ces associations souhaitaient et souhaitent toujours une vraie concertation. Elles ne sont pas dans l’émotion, dans l’agression ou aveuglées par une bonne volonté irréaliste.» Un appel face auquel le Premier ministre a réagi en défendant le mot d’ordre : accueillir moins pour accueillir mieux, assurant qu’il s’agit bien «d’honorer la tradition française de l’asile» sans pour autant accepter un «accueil indifférencié» ni un «droit au séjour inconditionnel». Et de plaider : «Au fond, comme l’a dit à Calais le Président de la République, cela veut dire concrètement qu’à chacun, nous devons permettre la mise à l’abri que sa situation justifie ; à tous, nous voulons donner une réponse rapide ; à ceux à qui nous disons « oui », nous devons leur donner une vraie chance de s’intégrer ; à ceux à qui nous disons « non », nous devons faire en sorte qu’ils regagnent effectivement leur pays.»

Au-delà de ces thèmes, les vœux de la FPF ont permis d’exprimer le message du protestantisme français aux autorités publiques pour 2018 sur d’autres sujets qui concernent toute la société. Comme la bioéthique, alors qu’ont été lancés les États généraux de la bioéthique, vaste table ronde qui vise à prendre en compte des contributions émanant de l’ensemble des parties prenantes : citoyens, scientifiques, courants de pensée et religieux, associations, sur des questions aussi difficiles que celle de la GPA. Ou comme les relations inter-religieuses… Une soirée qui a aussi permis d’annoncer pour 2018, à l’occasion du 50ème anniversaire de la mort du pasteur baptiste Martin Luther-King, une année riche de débats et d’engagements sur les questions d’égalité et de lutte contre les discriminations.

Retrouvez ci-dessous les dix interviews réalisées à la FPF à la suite de ces allocutions (cliquez sur la playlist en haut à gauche) ; et retrouvez cette vidéo sur le site de la Fédération Protrestante de France.




Une semaine pour mettre le dialogue entre chrétiens à l’honneur

Affiche de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, édition 2018

Célébrations œcuméniques, rencontres, tables rondes, échanges autour de la Bible ou sur des problèmes de société, temps de prière commun : de Rennes à Cambrai, de Paris à Saint-Dié-des-Vosges, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui s’achève le 25 janvier, aura été marquée une fois encore un peu partout en France par une accélération du dialogue entre chrétiens. Un surcroît de visibilité, aussi, puisque ce rendez-vous annuel permet d’attirer l’attention médiatique sur les relations qui se tissent au quotidien, et que ne manquent pas de souligner les participants de nombre de rencontres œcuméniques. Symbole de ces rapprochements, la version du Notre Père choisie pour cette semaine de prière était celle entrée en vigueur dans la liturgie catholique le 3 décembre, premier dimanche de l’Avent, où l’expression «ne nous soumets pas à la tentation» avait été remplacée par «ne nous laisse pas entrer en tentation».

Traditionnellement, cette semaine internationale de prière est célébrée du 18 au 25 janvier, entre la commémoration de la confession de foi de saint Pierre et celle de la conversion de saint Paul. Dans l’hémisphère Sud, où janvier est une période de congés, les Églises trouvent souvent un autre moment, par exemple aux alentours de la Pentecôte, qui est aussi une date symbolique pour l’unité. Ce grand rendez-vous est préparé conjointement par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (pour l’Église catholique). D’une année sur l’autre, il prend pour thème un verset différent de la Bible. Et traditionnellement, il est demandé à un groupe œcuménique local ou national à travers le monde de proposer un thème et de préparer des textes bibliques, des méditations pour chaque jour et une première ébauche de célébration œcuménique. Le thème de l’année 2018 était : «Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur» (Ex 15-6). Et ce sont les Églises des Caraïbes qui ont été désignées pour faire la première rédaction des textes de cette année.

Les Églises des Caraïbes à l’honneur

Les diverses communautés chrétiennes des Caraïbes, région marquée par son passé colonial, étaient donc à l’honneur pour cette édition 2018. Comme le souligne le COE dans sa présentation de ce thème, «pendant cinq cents ans de colonialisme et d’esclavage, l’activité missionnaire chrétienne dans la région, à l’exception de quelques exemples remarquables, fut étroitement liée à ce système déshumanisant et, de diverses manières, alla même jusqu’à le rationaliser et à le renforcer. Alors que ceux qui apportaient la Bible dans cette région utilisaient les Écritures pour justifier l’asservissement auquel ils soumettaient tout un peuple, dans les mains des esclaves elle devint une source d’inspiration, avec l’assurance que Dieu était de leur côté et qu’il les conduirait vers la liberté. Aujourd’hui, les chrétiens de nombreuses traditions différentes voient dans la fin de l’esclavage l’action de la main de Dieu. Pour eux, il s’agit d’une expérience commune de l’action salvatrice de Dieu qui apporte la liberté.» D’où ce choix d’un verset extrait du chant de Moïse et de Miryam (Ex 15,1-21) comme thème de la semaine de prière.

En France et en Suisse romande, le matériel pour la semaine de prière est préparé et diffusé par l’association Unité Chrétienne, basée à Lyon. Ce travail est fait en lien avec la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France et l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. Et la communication autour de ce rendez-vous annuel donne elle aussi l’occasion de multiples dialogues féconds : en témoignent les présentations de la semaine de prière faites par des protestants, des catholiques et des orthodoxes sur KTO TV :

Pasteur Brice Deymié – Semaine pour l’unité des chrétiens 2018

 

Pasteure J. Stranz – Semaine pour l’unité des chrétiens 2018

 

Père Emmanuel Gougaud – Semaine pour l’unité des chrétiens 2018

 

Père Onfray – Semaine pour l’unité des chrétiens 2018

 

Most Révérend Justin Welby – Semaine pour l’unité des chrétiens 2018

 

Père Alexandre Siniakov – Semaine pour l’unité des chrétiens 2018

 




Haïti : des instruments de musique pour le collège Maranatha

Le collège évangélique Maranatha © Mission Biblique

Avez-vous une clarinette ? Un saxophone ? Un violon ? Si c’est le cas, le collège Maranatha a besoin de vous. Non pas pour organiser un concert ; mais si vous avez un instrument de musique, en bon état, dont vous accepteriez de vous défaire, il pourra venir en aide à cette école qui a un grand besoin d’équiper de nouveau sa fanfare et son cours de musique…

Situé au Sud-Est de Port-au-Prince, en bordure d’un secteur contrôlé par des gangs (le quartier de Grande-Ravine), le collège évangélique Maranatha entretient un témoignage essentiel dans cette partie défavorisée de la capitale haïtienne. Il est membre de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (FEPH), qui regroupe 3000 écoles et fait un formidable travail de réseau pour permettre aux enfants d’être scolarisés, dans un pays où seulement 5% d’une tranche d’âge obtient le baccalauréat. La FEPH est elle-même un des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, créée en 2008 sous l’égide de la Fédération protestante de France et rassemblant en France des intervenants aussi divers que le Défap, la Mission Biblique, La Cause, Réforme… C’est par le biais de cette Plateforme que le protestantisme français a pu être particulièrement présent auprès d’Haïti à la suite du séisme de janvier 2010, qui avait fait plus de 230.000 morts et plus d’un million de sans-abris dans la région de Port-au-Prince.

Tout le matériel pillé, les instruments volés

Pour aller plus loin :
Le point sur les événements du 13 novembre au collège évangélique Maranatha
Le point sur Haïti et sur les actions du Défap
Présentation de la Plateforme Haïti sur le site de la Fédération Protestante de France
Le site du collège évangélique Maranatha
Les événements au collège Maranatha suivis sur le site de la Mission Biblique

Aujourd’hui, le collège Maranatha a un besoin urgent de soutien, et de cette solidarité du protestantisme français qui ne s’est jamais démentie : le 13 novembre dernier, une opération de police lancée contre les gangs du quartier de Grande-Ravine a dégénéré en fusillade meurtrière sur le campus même de l’école, où des individus armés avaient pu s’introduire en franchissant le mur d’enceinte. Le collège a dû être temporairement fermé ; lorsqu’il a rouvert, une cellule d’écoute psychologique a dû être mise en place pour les enseignants ainsi que pour les élèves, traumatisés par la fusillade, et dont certains craignaient même de revenir en cours. Il a fallu aussi évaluer les dégâts causés aux bâtiments et à l’équipement de l’école…

Mais les dégradations causées par la fusillade elle-même ont été aggravées par de nombreux vols et déprédations commis durant les quelques jours de fermeture du collège. Ce dont a témoigné son directeur, Armand Louis, dans une lettre datée du 1er décembre : «Pour ce qui a trait au Collège Maranatha, Lekol pou yo tou, l’École technique : on a tout pillé, on a mis l’École à sac au cours des jours qui ont suivi le massacre. Pas une chaise, pas un ordinateur de bureau, pas un livre, pas un instrument de musique, pas un frigo, pas un ventilateur, même pas une lampe électrique n’est restée.»

La Plateforme Haïti doit apporter prochainement un soutien à la cellule d’écoute. Elle va également se mobiliser pour aider à reconstituer l’équipement informatique qui a été pillé. Et vous aussi, vous pouvez intervenir pour aider le collège Maranatha… Si vous comptez vous défaire d’un instrument, voici la liste de ceux qui font défaut à la fanfare et au cours de musique :

flûtes traversières
clarinettes (et hanches de clarinette)
trompettes
saxophones (altos et ténors, ainsi que des hanches de saxophone)
violons et cordes de violon
baguettes pour batterie

 

Le collège Maranatha compte sur vous ! Pour nous faire parvenir un instrument ou toute information sur les besoins de l’école, merci de contacter la Mission Biblique, qui est directement en lien avec le collège Maranatha, et/ou le Défap : 

Mission Biblique, 41 rue Th. Honoré 94130 Nogent-sur-Marne
01 48 73 77 16
Pour envoyer un mail, cliquer ici
 

 

Service Protestant de Mission – Défap, 102 Bd Arago – 75014 Paris
01 42 34 55 55
solidarites.internationales@defap.fr
 




Bangui : «Se redresser, malgré tout»

  Défap : Vous accompagnez l’Église protestante Christ-roi de Centrafrique depuis trois ans, et vous avez effectué de nombreux séjours à Bangui. Quelle est aujourd’hui la situation dans la capitale, et dans le reste de la République centrafricaine ?

Bernard Croissant et son épouse, Catherine Croissant, lors de leur dernier séjour à Bangui © Défap-Cevaa

  Bernard Croissant : Quand nous sommes arrivés, mon épouse Catherine et moi-même, au début de notre dernier séjour, la situation était assez tendue. La population de Bangui exprimait une exaspération croissante vis-à-vis de la Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique). Il y avait eu des incidents du côté de PK5, le seul quartier de Bangui où vivent encore des musulmans : une grenade avait été jetée sur un rassemblement de réconciliation entre chrétiens et musulmans. Cet acte de violence a entraîné un nouveau cycle de vengeances de part et d’autre, et en particulier le meurtre d’un jeune chrétien de 16 ans. Comme il semble avoir été égorgé à peu de distance des positions des soldats de la Minusca, la colère monte au sein de la population de Bangui, qui ne se sent pas protégée. À l’intérieur du pays, les tensions sont encore plus vives. C’est le chaos : il y a des massacres dans certaines localités, des déplacements massifs de populations qui vont chercher une protection qui dans les églises, qui dans les mosquées. En ce qui concerne les autorités, certains préfets sont empêchés d’accéder à leur préfecture par les bandes armées.
Pendant notre séjour, nous avons assisté à divers incidents qui montrent le degré d’impopularité de la Minusca. Certains avaient été provoqués par des accidents mortels de la route, qui impliquaient des véhicules militaires : ils avaient été aussitôt suivis par des émeutes ou des tentatives d’émeutes lancées par des lycéens et des étudiants. Lors de l’un de ces incidents, notre voiture s’est retrouvée bloquée au milieu de la route, sans pouvoir avancer ni reculer : nous avons pu entendre des tirs et des explosions lorsque la Minusca et la gendarmerie ont dispersé les manifestants.

Quel bilan peut-on tirer après trois ans d’accompagnement pastoral de l’EPCRC ?

Pour aller plus loin :
Le point sur la République centrafricaine et sur les actions du Défap
Poursuivre l’accompagnement de l’Église à Bangui
Un pasteur français pour Bangui
Bangui : les images de la visite commune Défap-Cevaa

Le bilan qui a été tiré lors de notre dernier séjour a conclu que l’accompagnement pastoral tel qu’il a été fait ces trois dernières années devait prendre fin. Cette durée était celle qui avait été prévue dès l’origine dans le projet ; et par ailleurs, aujourd’hui, les effets bénéfiques de cet accompagnement sont manifestes au sein de l’Église. Il faut désormais prévoir la suite. Les résultats sont aussi très probants en ce qui concerne la cellule d’écoute, à la fois sur l’aspect de soutien psychologique, et sur l’accompagnement social : certaines des femmes aidées par cette cellule ont ainsi pu bénéficier d’un micro-crédit pour mettre en place des activités génératrices de revenus. D’autres ont pu reprendre des études, ou se lancer dans un apprentissage, avec un soutien financier du mouvement des femmes de l’Église.
En outre, les responsables de la cellule d’écoute sont allées se former à l’accompagnement psychologique au Rwanda, dans le cadre d’un échange entre Églises de la Cevaa. Ce séjour a permis de leur faire mieux prendre conscience du rôle que peuvent jouer les Églises pour créer des commissions sur le modèle «Vérité et réconciliation», comme cela a été pratiqué en Afrique du Sud après l’apartheid ou au Rwanda après le génocide de 1994. Une demande de rendez-vous a été faite au chef de l’Etat centrafricain pour développer ce type de processus.

  Où en sont les chantiers soutenus par le Défap et la Cevaa ?

Les travaux de sécurisation du Centre protestant de la Jeunesse © Défap-Cevaa

Le plus gros chantier concerne la réhabilitation du Centre Protestant pour la Jeunesse [un vaste complexe de bâtiments situé en plein Bangui, et qui a été pillé pendant les violences de 2013-2014]. La première tranche financée par la Cevaa et le Défap, qui concernait la mise en sécurité du site pour éviter de nouveaux pillages, est  en cours de finalisation. En ce qui concerne la remise en état proprement dite, les besoins de fonds sont considérables : le Premier ministre centrafricain, que nous avons rencontré, va chercher des partenaires pour aider à financer ce projet. Nous continuerons bien sûr à y être associés, mais nous ne serons plus les principaux bailleurs de fonds.
L’autre chantier, lancé à Morija, dans la banlieue de Bangui, donne des résultats encourageants en ce qui concerne l’école. Trois classes et un bureau sont sortis de terre ; 200 élèves y sont scolarisés. Toutes les salles sont équipées de mobilier scolaire et les effectifs ne dépassent pas les cinquante élèves par classe, ce qui est exceptionnel dans un pays où l’on trouve fréquemment des classes de 70 à 100 élèves, qui travaillent souvent assis par terre, sans pupitres et sans bancs. En revanche, une autre activité que nous avions commencé à accompagner, dans le domaine du maraîchage et de la pisciculture, a dû être abandonnée. La situation n’est vraiment pas propice aujourd’hui à ce genre de projet.

  Quelles suites prévoir ?

En ce qui concerne Morija, il me semble essentiel de se concentrer sur l’école : je vais essayer de solliciter des parrainages pour aider à rétribuer l’équipe enseignante. Il faudrait aussi trouver des moyens humains sur place pour encadrer les membres de cette communauté. En ce qui me concerne plus directement, j’ai reçu des appels pour faire de la formation universitaire auprès des facultés de théologie. Les thèmes pourraient concerner la Réforme, l’identité réformée et protestante, l’histoire, l’ecclésiologie protestante, l’éthique… Il y a eu des demandes précises de la part de la Fateb (la Faculté de théologie évangélique de Bangui) pour que soit organisée une semaine de colloques et de conférences. Tout ceci a été déclenché par le 500e anniversaire de la Réforme, qui a suscité un regain d’intérêt pour l’histoire du protestantisme. De telles formations sur l’identité protestante pourraient aider à apporter une plus grande cohésion au sein de ce protestantisme centrafricain qui est aujourd’hui divisé, morcelé en multiples dénominations. Avec un jour, pourquoi pas, l’idée de créer une plate-forme commune, peut-être une fédération protestante centrafricaine, qui rendrait le protestantisme plus audible et crédible dans ce pays.

  Comment les membres de l’Église protestante Christ-roi de Centrafrique ont-ils vécu ces trois ans d’accompagnement, et comment envisagent-ils l’avenir ?

Les élèves de l’école de Morija © Défap-Cevaa

Les membres de l’Église ont été très sensibles au fait qu’un pasteur vienne auprès d’eux lors de missions régulières, malgré la situation difficile. Ils ont été particulièrement touchés que nous ayons effectué la dernière visite en couple : la présence de mon épouse a été saluée. Outre l’accompagnement proprement dit, ce qui a été le plus apprécié, c’était que quelqu’un vienne au nom du protestantisme français pour marquer la sollicitude, la communion des Églises de France. J’ai reçu le même témoignage de la part des membres de la communauté des Béatitudes (qui est une communauté catholique). Nous logions dans leur monastère ; la veille de notre départ, elles nous ont donné une carte qui nous disait : « Merci de votre présence, merci d’avoir été là ».
Les relations sont d’ailleurs bonnes entre les diverses Églises, au vu de la situation : par exemple, le groupe des jeunes de l’EPCRC a réalisé au mois d’août une semaine de rencontres culturelles. Il y a eu de nombreux participants, venus de diverses Églises : des catholiques, des adventistes, des baptistes, et même des musulmans. Tous ont participé aux mêmes ateliers, aux mêmes cultes ensemble : c’était un beau signe d’espoir et de relations apaisées entre communautés. On constate d’ailleurs que parmi les jeunes, beaucoup sont très actifs sur le plan spirituel, dans les études de la Bible, qu’ils ont une importante quête de sens. Des ateliers ont été mis en place pour les 4-5 ans sur les thématiques du pardon, du renoncement à la vengeance… C’est là un travail de fond, certes modeste sur le plan numérique, mais d’une grande qualité.
Tout ceci est révélateur de l’état d’esprit qui prévaut au sein de l’EPCRC : malgré la situation, il faut se redresser. Ce qui peut se faire d’abord par des actions modestes, en petits groupes, avant de s’élargir. Je garde en tête ce qui s’est passé en 2013, lorsque les femmes se sont mobilisées et ont manifesté jusqu’au palais présidentiel, entourées par les Casques bleus, pour réclamer la paix et la réconciliation… Même au plus profond de la crise, il y a toujours cette volonté de se relever, de changer les choses. Une volonté inébranlable dans laquelle je vois, pour ma part, une manifestation de la foi des membres de cette Église.




Poursuivre l’accompagnement de l’Église à Bangui

L’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC), avec laquelle le Défap est en lien, veut préparer l’avenir dans un pays toujours miné par les violences : elle accompagne les victimes et les aide à construire un nouveau projet de vie, s’occupe d’une école, s’efforce de réhabiliter un grand complexe destiné à la jeunesse situé en plein Bangui… La visite commune Défap-Cevaa organisée début décembre visait à faire le point sur le soutien à cette Église, et notamment sur l’accompagnement pastoral, réalisé par des pasteurs issus des Églises de France.

Les responsables de la cellule d’écoute psychologique © Défap-Cevaa

En République centrafricaine, la guerre civile aurait dû s’achever en 2014. Plus précisément le 23 juillet, date de la signature d’un accord de cessation des hostilités à Brazzaville. Depuis lors, tous les éléments d’une normalisation se sont mis en place : une nouvelle Constitution, approuvée fin décembre 2015 par référendum, et un nouveau président démocratiquement élu, l’ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra. Mais ces changements n’étaient que superficiels. Le nouveau gouvernement n’a pas renoncé aux pratiques de mauvaise gouvernance de ceux qui l’avaient précédé. Son influence n’a pu s’étendre véritablement au-delà de la capitale. Dans le reste du pays, le pouvoir est aux mains des milices armées. Le souvenir de la marche des Séléka sur Bangui est encore vivace : c’était en 2013, et les partisans de Michel Djotodia avaient pris la ville sans résistance, forçant à la fuite le président François Bozizé, lui-même arrivé au pouvoir les armes à la main. Mais les exactions des membres de la Séléka («Coalition» en sango) venue du nord du pays où se trouvent la majorité des musulmans (le reste du pays étant très majoritairement chrétien), composée en partie de mercenaires tchadiens, libyens et soudanais, avaient provoqué la création de milices d’autodéfense bientôt baptisées les anti-balaka. Et des violences envers les musulmans soupçonnés de sympathies pro-Séléka…

Depuis, le spectre de l’affrontement inter-communautaire et inter-confessionnel n’a jamais vraiment disparu. Dans les portions du pays qu’elles contrôlent, les milices jouent sur la peur et sur la «protection» qu’elles prétendent offrir pour asseoir leur légitimité. L’année 2017 a ainsi vu la résurgence de la crise centrafricaine sous une forme tout aussi grave qu’en 2013-2014, lorsque la France et les États-Unis s’alarmaient d’une situation «pré-génocidaire» : si la Séléka a été officiellement dissoute, elle a donné naissance à de multiples factions qui se sont engagées dans des luttes territoriales, pendant que de nouveaux groupes anti-balaka se formaient jusque dans l’Est du pays, épargné jusqu’alors.

D’inlassables appels à la paix

Plus que jamais, les Églises de Centrafrique ont besoin d’un accompagnement. Si un affrontement interconfessionnel généralisé a été évité durant les années 2013-2014, c’est en grande partie grâce à des responsables religieux qui ont refusé de voir la religion instrumentalisée. Grâce à des figures comme celles de Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, Nicolas Guerekoyame-Gbangou, pasteur de l’Église évangélique Elim Bangui-M’Poko, et Omar Kobine Layama, président de la conférence islamique, dont les infatigables plaidoyers pour la paix, au mépris même de leur propre sécurité, avaient conduit à les surnommer les «trois Saints de Bangui».

La nécessité de cet accompagnement était au centre de la visite commune Défap-Cevaa qui a eu lieu début décembre à Bangui. Le Défap est en lien avec l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC), membre de la Cevaa et présente dans la capitale. Le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, qui participait à ce voyage, décrit «une ville déstructurée, sans charpente, où la violence est à fleur de peau, malgré la présence forte de la Minusca». Les troupes de cette Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique sont d’ailleurs elles-mêmes vues avec méfiance, souvent accusées de passivité face aux violences.

«Transcendons les clivages pour reconstruire notre pays»

Rencontre avec avec l’archevêque Nzapalainga © Défap-Cevaa

«À Bangui, endroit le plus sécurisé de la Centrafrique, poursuit Bertrand Vergniol, on se rend compte que les gens parlent encore avec terreur de ce qu’ils ont vécu il y a deux-trois ans. Si aujourd’hui, on ne voit plus des foules de déplacés autour de l’aéroport (on les appelle aujourd’hui les retournés), tout le monde craint que ça recommence». Les Églises poursuivent un travail inlassable pour appeler à l’apaisement et refuser la logique de l’affrontement, quelles que soient les confessions : la visite commune Défap-Cevaa à Bangui a d’ailleurs été marquée par une rencontre avec l’archevêque Nzapalainga. Depuis 2013, la teneur de ses sermons n’a pas changé. «Nous sommes tous Centrafricains comme une famille : transcendons les clivages pour reconstruire notre pays», lançait-il encore le 9 décembre dernier lors de la messe de clôture du pèlerinage sur le site du sanctuaire marial de Ngoukomba, un village situé à 24 km de Bangui sur la route de Damara. Et d’ajouter en sango sous les applaudissements de la foule : «Nous ne voulons plus écouter parler de musulmans, de protestants, de catholiques… Nous sommes tous Centrafricains».

Engagée elle aussi pour le dialogue, et dans l’aide aux victimes de violences, l’EPCRC a mis en place, avec le soutien de la Cevaa et du Défap, une cellule d’accompagnement psychologique. Elle est fréquentée surtout par des musulmanes : dès l’origine, l’Église a voulu que cette aide soit ouverte à toutes les victimes, indépendamment de leur confession. L’Église bénéficie aussi d’un accompagnement pastoral, dans le cadre d’un poste ouvert par la Cevaa ; et ce sont les Églises de France qui ont fourni les pasteurs, notamment Bernard Croissant, qui a été le plus présent à Bangui au fil d’une série de missions de plusieurs semaines à chaque fois. L’EPCRC s’efforce aussi de réhabiliter un grand complexe situé en plein Bangui qui a été très dégradé lors des années 2013-2014, le Centre Protestant de la Jeunesse, et a construit une école à Morija, dans la banlieue de la capitale.

Les élèves de l’école de Morija © Défap-Cevaa

La visite de ce début décembre avait notamment pour but d’évaluer la mission d’accompagnement pastoral, qui devra se poursuivre, même si ses modalités pourront évoluer ; d’ores et déjà, Bertrand Vergniol tient à exprimer à Bernard Croissant «la reconnaissance du protestantisme français et du Défap» pour le travail réalisé à Bangui. En ce qui concerne la cellule d’écoute, «après avoir reçu l’aide d’un psychologue, elle peut désormais fonctionner de manière autonome, souligne le secrétaire général du Défap. C’est un lieu important où des personnes qui ont été maltraitées peuvent retrouver une dignité et former de nouveaux projets de vie». En ce qui concerne le Centre Protestant pour la Jeunesse, les travaux de sécurisation progressent : une fois la clôture achevée, les bâtiments ne seront plus exposés aux pillages. Mais il faudra une aide du gouvernement centrafricain pour réhabiliter le complexe proprement dit, très endommagé : c’était l’objet d’une rencontre qui a eu lieu, au cours de ce séjour, entre la délégation Défap-Cevaa et le Premier ministre. Il faudra aussi pouvoir récupérer l’usage effectif des locaux, qui ont été en partie occupés après la période des troubles… En ce qui concerne Morija, l’école proprement dite est achevée, elle accueille déjà 200 élèves, et il reste à réaliser un forage et un dispensaire. Les paroissiens de l’EPCRC, et tout particulièrement le mouvement des femmes de l’Église, sont très impliqués dans le soutien de ce projet. Aujourd’hui, l’école forme des élèves, en dépit des troubles ; demain, ce sont ces mêmes élèves qui pourront participer à la reconstruction de leur pays.




Bangui : les images de la visite commune Défap-Cevaa

Cette visite, qui a eu lieu au début du mois de décembre, a permis de faire le point sur les projets d’accompagnement de l’Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique – notamment l’accompagnement pastoral et le soutien à la cellule d’écoute psychologique destinée aux victimes de violences. Elle s’est aussi traduite par des rencontres, comme celle qui a eu lieu avec l’archevêque Nzapalainga, qui continue à plaider l’apaisement en dépit du retour des violences à travers le pays. Retour en images.

Un pays à reconstruire

Les troubles des années 2013-2014 ont laissé des traces profondes ; à Bangui, l’Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique s’efforce, avec le soutien du Défap et de la Cevaa, de construire ou reconstruire des lieux pour préparer l’avenir du pays. Les premières photos sont consacrées au Centre protestant pour la Jeunesse, un grand complexe de bâtiments à Bangui qui appartient à l’EPCRC : pillé et dégradé tout particulièrement pendant la période 2013-2014, il doit être sécurisé pour pouvoir éviter tout risque de nouveaux pillages et être utilisé de nouveau : d’où les murs et la guérite… Les travaux sont presque achevés. Autre lieu où les efforts de construction progressent : Morija, où le Défap et la Cevaa ont financé notamment la construction d’une école, qui accueille 200 élèves aujourd’hui. Mais un simple trajet dans Bangui révèle l’ampleur de la tâche…

Ceux qui travaillent pour la paix

En dépit de la résurgence des troubles, et des craintes de nouveaux affrontements interconfessionnels et intercommunautaires, des hommes et des femmes affirment la nécessité pour les Centrafricains de s’unir pour reconstruire leur pays. Le Défap et la Cevaa travaillent dans le même sens en soutenant les initiatives de l’Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique et en l’accompagnant. Les images suivantes montrent tout d’abord Bernard Croissant, pasteur français à la retraite qui a assuré la mission d’accompagnement pastoral de l’EPCRC, ainsi que son épouse, Katy Croissant ; Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap ; le Dr Mathilde Guidimti, qui dirige un hôpital, et Brigitte Oundagnon, qui intervient avec le Réseau des femmes croyantes et médiatrices pour la paix auprès des femmes centrafricaines traumatisées par les troubles qui ont touché le pays. On y voit encore une rencontre avec l’archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga ; avec les femmes de la cellule d’écoute psychologique de l’EPCRC ; des membres du conseil presbytéral de l’Église de Bangui, le directeur de l’école de Morija, le groupe des femmes de l’EPCRC, ainsi que Teddy Dila-Ngambsso, responsable Jeunesse de l’EPCRC, avec son épouse, entourés par les époux Croissant et Anne-Sophie Macor, secrétaire exécutive de la Cevaa chargée du pôle Projets – Échanges de personnes…

Ouvrir sur l’avenir

La visite commune Cevaa-Défap à Bangui a permis de faire le point sur la mission d’accompagnement pastoral : le thème a été abordé avec le conseil presbytéral de l’EPCRC. Ce séjour a aussi été marqué par une conférence donnée à la Fateb (Faculté de Théologie Évangélique de Bangui) par le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, sur le thème « Espérer contre toute espérance », qui a été un moment fort. Autre encouragement : les élèves de l’école de Morija. Ils font partie de cette nouvelle génération que l’on forme aujourd’hui et qui, demain, donnera un avenir à la RCA…




Al Mowafaqa : une aventure à la croisée des cultures et des religions

L’Institut Al Mowafaqa entre dans sa cinquième année d’existence, et même sixième en comptant «l’année zéro» (2012-2013), consacrée à sa mise en place. Projet soutenu par le Défap, à la fois par un financement direct et par l’envoi de boursiers, il a formé à ce jour 300 étudiants à une «culture du dialogue» interreligieux. Cette formation unique, répondant à une problématique contemporaine cruciale, reste pourtant trop peu connue en France. Bernard Coyault, son directeur, nous envoie des nouvelles de l’Institut.

 

Vue de l’Institut Al Mowafaqa © Institut Al Mowafaqa

La montée des tensions sur fond de radicalisations religieuses illustre chaque jour la nécessité d’entretenir le dialogue interreligieux. Le phénomène traverse les frontières et aucune région du monde ne peut prétendre être épargnée. Mais comment dialoguer sans connaître l’autre, ce qui fonde sa foi – comment même un dialogue est-il possible si la parole de l’autre semble attaquer les bases de ma propre foi ? Les questions fondamentales sont les mêmes de l’Afrique à l’Europe, même si les enjeux géopolitiques diffèrent. Un organisme unique, l’institut œcuménique de théologie Al Mowafaqa (mot qui signifie «l’accord»), centre de formation religieuse installé à Rabat, au Maroc, se consacre entièrement à cette problématique du dialogue interculturel et interreligieux. Il est soutenu par le Défap, à la fois par un financement direct et par l’envoi de boursiers.

Bernard Coyault, directeur de l’Institut, a été sollicité dès 2011 pour réfléchir avec un petit groupe rassemblant protestants et catholiques à la mise en place de ce lieu de formation des cadres laïques. Il témoignait en février dernier : «L’intuition originelle du projet était de créer un lieu où l’on peut rencontrer l’autre avec une certaine exigence intellectuelle, en s’appuyant notamment sur l’expérience des cours «à deux voix» (catholique/protestant, Européen/Africain, chrétien/musulman, etc.) où le meilleur de chaque tradition est présenté et mis en dialogue.» L’appui académique est venu de Strasbourg et de l’Institut Catholique de Paris. Le conseil scientifique a été composé à parité avec une douzaine de professeurs africains et européens, catholiques et protestants, hommes et femmes. Aujourd’hui, l’institut propose une formation par alternance composée de sessions intensives de cours. Destinée initialement aux assistants de paroisses et aux pasteurs stagiaires, elle alterne cours et présence dans les communautés.

Une formation unique, trop peu connue en France

Pour aller plus loin :
Le site de l’Institut œcuménique de théologie Al Mowafaqa
Al Mowafaqa : une formation pour s’initier au dialogue interreligieux au Maroc
Présentation en vidéo de l’institut Al Mowafaqa (avril 2014)

Mais cette formation unique, qui permet d’être outillé face à ce qui représente l’un des grands enjeux du monde contemporain, reste trop peu connue au sein de la communauté protestante de France, où les demandes de bourses sont peu nombreuses. Si les promotions d’étudiants reflètent la diversité de leurs origines, les Français y sont peu représentés.

Aujourd’hui, Bernard Coyault nous envoie des nouvelles de l’Institut. «Le rapport d’activités est l’occasion de mesurer le chemin parcouru. J’en extrais quelques chiffres : environ 300 étudiants réguliers formés depuis la création, auxquels s’ajoutent les participants de programmes ponctuels (session d’islamologie, formation des pasteurs des «Églises de Maison » issues de la migration), les groupes extérieurs, le public des conférences, etc.  81 professeurs visiteurs, dont plusieurs universitaires marocains, ont servi ces diverses audiences. Pour l’année académique écoulée, ils étaient 36 enseignants dont 8 femmes, d’Europe (15), du Maroc (5) et d’autres pays d’Afrique (14), du Liban (2) – et quant à leur appartenance confessionnelle, protestants (15), catholiques (14), musulmans (5) et juifs (2).

Notre 3e promotion, accueillie en juillet, reflète la même diversité. Les 18 nouveaux étudiants représentent pas moins de 14 pays (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Centrafrique, Congo Brazza, RD Congo, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée Bissau, Niger, Sénégal, Soudan du Sud, Tchad). Ils se répartissent en trois groupes distincts : 1° les candidats boursiers des Églises au Maroc, alternant études et service des paroisses locales (4 catholiques et 3 protestants) ; 2° les candidats indépendants résidant au Maroc (5) ; 3° les candidats boursiers venus d’autres pays envoyés par leur Église (6). S’ajoutent encore quelques auditeurs libres.»

Des promotions marquées par la diversité

Étudiants de l’Institut Al Mowafaqa © Institut Al Mowafaqa

«L’effectif croissant, y compris d’étudiants venus spécialement d’autre pays, la diversification des origines ecclésiales (catholiques, protestants traditionnels ou pentecôtistes/ charismatiques), sont autant d’éléments qui confirment le rayonnement croissant d’Al Mowafaqa et la pertinence de son modèle de formation théologique «en dialogue», en particulier pour les pays où le christianisme est minoritaire et l’islam majoritaire. Une autre étape à venir, sans que l’on sache à quel horizon sera la possibilité d’accueillir des étudiants marocains – en religion ou en sciences sociales – souhaitant découvrir ou approfondir leur connaissance du christianisme et du judaïsme et de leurs héritages intellectuels, théologiques, spirituels.

Le Maroc de par les évolutions internes de sa société, du fait aussi de l’ouverture croissante sur le continent africain et l’accueil de nouvelles populations, est exposé de façon inédite à la pluralité religieuse. D’autres pays du continent expérimentent quant à eux des tensions où les identités ethnico-religieuses sont dangereusement manipulées. Nos étudiants, et ceux qui les rejoindront en janvier prochain pour le Certificat, sont formés dans une «culture du dialogue», articulant l’approfondissement de sa propre tradition religieuse (y compris la manière d’en rendre compte à autrui) avec une connaissance des autres traditions et l’opportunité de les mettre en débat. Un point commun aux artisans du dialogue, c’est qu’ils sont souvent mal compris dans leur « camp» respectif, soupçonnés de confusion sinon de trahison. Nos étudiants retournent, ou retourneront un jour dans leur pays d’origine. Ils seront croyons-nous plus aptes à se poster sur les brèches pour promouvoir tant à l’échelle individuelle que collective, ce grand passage, indispensable pour assurer le bien commun « d’une culture du rejet à une culture de la rencontre et de l’accueil, d’une culture du soupçon à une culture de la confiance » (Cardinal Tauran, message aux évêques de l’ASSERAC, Yaoundé, 8/7/2017).»




Haïti : solidarité avec le collège Maranatha

Ce collège évangélique, situé en bordure d’un quartier contrôlé par des gangs, entretient un témoignage essentiel dans cette partie défavorisée de Port-au-Prince. Il est membre de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, partenaire de la Plateforme Haïti, dont fait partie le Défap. Le 13 novembre dernier, plusieurs personnes, dont un élève et un enseignant, y ont été abattues par la police en marge d’une opération antigang, pendant que son directeur était brutalisé et arrêté. Remis depuis en liberté, il est en attente d’un jugement, et le protestantisme haïtien réclame justice pour lui, et pour les victimes exécutées par la police.

 

Le collège évangélique Maranatha © Mission Biblique

Le protestantisme haïtien se mobilise et réclame justice après une opération de police qui a mal tourné au collège évangélique Maranatha. Elle s’est traduite par plusieurs morts, dont deux policiers, un élève, un enseignant et le gardien de l’école, ainsi que par huit jours d’incarcération pour le directeur du collège, Armand Louis.

Le collège Maranatha se trouve au Sud-Est de Port-au-Prince, dans un secteur boisé surplombant le quartier de Grande-Ravine, où sévissent des gangs qui rackettent impunément la population. Le 13 novembre, vers les 5 heures du matin, 260 membres de l’Unité Départementale de Maintien de l’Ordre (Udmo) et de la Direction Centrale de la Police Administrative (DCPA), accompagnés de forces de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), se sont déployés dans le quartier en vue de lancer une opération antigang, et ont pénétré dans le collège. Arrivé dans la matinée et trouvant les policiers sur place, le directeur du collège leur a offert sa collaboration et leur a permis de fouiller les bâtiments du campus. Mais des individus armés avaient franchi le mur d’enceinte ; une fusillade a éclaté, deux policiers ont été tués. Les membres des forces de l’ordre, accusant le directeur de les avoir menés dans un guet-apens, ont commencé à le molester, et ont exécuté sommairement plusieurs personnes présentes qui tentaient de s’interposer. L’opération de police s’est soldée par un échec ; le chef de la Police Nationale Haïtienne (PNH) a reconnu qu’aucune arme n’avait été saisie ; quant au directeur du collège, il a été placé en détention. Malmené et victime d’un malaise évoquant un AVC, il a dû recevoir des soins, qui lui ont été prodigués par sa fille, médecin.

Une arrestation «illégale et injuste»

Pour aller plus loin :
Présentation de la Plateforme Haïti sur le site de la Fédération Protestante de France
Les événements au collège Maranatha suivis sur le site de la Mission Biblique

L’Union évangélique baptiste d’Haïti (UEBH) a rapidement diffusé un communiqué déplorant le comportement des policiers envers Armand Louis, qui a toujours fait preuve d’«intégrité», de «rectitude» et d’«intérêt pour l’éducation de tous les enfants de la zone». Outre son rôle de directeur d’école, Armand Louis est prédicateur laïc, ingénieur de formation, membre du comité exécutif de l’UEBH, et a fait partie de la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale (Cieve) lors de la présidentielle de 2015. Quant au collège Maranatha qu’il dirige, c’est un établissement d’une qualité reconnue, créé en 1956 et membre de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (FEPH), qui regroupe 3000 écoles ; un lieu qui ne peut en aucun cas, comme l’a souligné la FEPH, être «un repaire de bandits».

La mobilisation qui s’est développée au sein du milieu enseignant haïtien et du monde protestant s’est rapidement focalisée sur la nécessité de libérer au plus vite le directeur du collège Maranatha. L’Union nationale des normaliennes et normaliens haïtiens (Unnoh) et le parti politique Rasin kan pèp ont dénoncé une arrestation «illégale et injuste». La FEPH a dénoncé un affront contre le secteur éducatif en général et le monde protestant en particulier. «Cette humiliation infligée par des agents de la PNH à un éducateur chevronné, ayant consacré plus de 30 années de sa vie à la formation de plusieurs générations de jeunes haïtiens, est intolérable», a-t-elle notamment écrit.

Le protestantisme français s’implique

Le directeur du collège Maranatha, Armand Louis © Mission Biblique

Fait rare, cette situation a aussi été dénoncée par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), qui a déploré que de tels événements aient pu se produire dans une école, lieu qui doit être un sanctuaire pour les enfants. La FEPH étant l’un des partenaires de la Plateforme Haïti, constituée en 2008 sous l’égide de la Fédération Protestante de France, et particulièrement active à partir de 2010 à la suite du séisme qui avait dévasté la région de Port-au-Prince, le protestantisme français a également réagi : «Beaucoup d’entre nous ont pu visiter le collège et connaissent les conditions difficiles de travail et de témoignage dans cette zone», a souligné dès le 14 novembre un communiqué de la Plateforme, dont fait partie le Défap. «Nous espérons que la situation de Armand Louis puisse être clarifiée et résolue dans les meilleurs délais».

À partir du lundi 20 novembre a été lancée une semaine d’actions à Port-au-Prince pour réclamer justice : conférence de presse, sit-ins, marches à l’appel d’organisations étudiantes et de l’ensemble des écoles protestantes. Entretemps, Armand Louis a été remis en liberté, dans l’après-midi du 20 novembre ; mais les charges pesant sur lui n’ont pas été levées pour autant, et il ne s’agit que d’une libération conditionnelle. Les autorités haïtiennes commencent pourtant à reconnaître les torts de la police.

Le traumatisme est profond au collège Maranatha

Deux des personnes abattues par la police au collège Maranatha : Julio, le gardien (à gauche); Jean Baptiste David, enseignant (à droite) © Mission Biblique

Une enquête a été lancée et ses résultats doivent être connus sous peu ; le premier ministre Jack Guy Lafontant, également chef du Conseil supérieur de la police nationale (Cspn), a promis des sanctions à l’encontre des responsables. La mobilisation se poursuit désormais à Port-au-Prince pour que la vérité soit connue sur cette opération de police.

Mais le traumatisme est profond au collège Maranatha. Fermé depuis le 13 novembre, il a rouvert ses portes le 20 pour accueillir les enseignants, leur permettre de parler, les accompagner après le drame et préparer, en compagnie de psychologues, le retour des élèves. La reprise des cours est annoncée pour le 27. Une semaine de partages, d’échanges et d’encouragements a été prévue pour libérer la parole des enfants. Les murs portent encore les traces des impacts de balles ; et dans les jours qui ont suivi la fusillade, les locaux, pourtant placés sous la protection de la police, ont été pillés, les ordinateurs et le mobilier volés.

Le protestantisme français, à travers la Plateforme Haïti, reste mobilisé et solidaire avec le collège Maranatha et l’UEBH.




Syrie temps zéro : des photos pour ne pas oublier la tragédie syrienne

A Strasbourg, l’Aumônerie Universitaire Protestante s’associe à la Médiathèque protestante le temps d’uneexposition destinée à sensibiliser à la tragédie syrienne. Elle permettra de découvrir le travail de deux photographes, Assem Amsho et Esraa Saifo, de rencontrer des familles syriennes et de relancer l’appel à l’accueil et à l’accompagnement d’exilés en Alsace.

 

Photo de l’exposition Les lieux du temps zéro © DR

Les lieux du temps zéro veut faire pénétrer les spectateurs dans le quotidien des Syriens. L’exposition, qui regroupe des clichés de deux photographes syriens, Assem Hamsho et Esraa Saifo, débute cette semaine à la Médiathèque protestante de Strasbourg. L’objectif : sensibiliser par l’image au drame que vit la Syrie. Et quoi de plus évocateur et symbolique qu’une série de photos ?

Esraa Saifo, jeune femme syrienne, déambulait dans les rues en saisissant des détails authentiques, rustiques. Ces détails, parfois anodins, faisaient tout le charme de la vie en Syrie avant les conflits.

Dans les camps de réfugiés au Liban, Assem Hamsho capture les fragments d’un quotidien figé dans le temps. Il cherche à éveiller les consciences occidentales sur les horreurs de la guerre en Syrie. Les réfugiés qui ont réussi à fuir les conflits, les menaces et persécutions se retrouvent désormais dans l’attente. Dans l’attente de nouvelles de proches restés dans les zones de combat. Dans l’attente d’une aide internationale. Dans l’attente d’un cessez-le-feu, ou mieux, d’un armistice. Dans l’attente de sortir d’ici…

L’AUP s’associe à la Médiathèque protestante et NooToos – UEPAL Saint-Pierre-le-Vieux pour mettre en valeur ces artistes et leurs combats. Au-delà de simples photos, c’est un appel universel à la tolérance, la compassion et l’action qui nous est adressé. Cette exposition s’inscrit dans la continuité d’un projet bien plus vaste, mis en place par la FEP Grand Est (Fédération de l’Entraide Protestante), qui vise à accueillir et accompagner des réfugiés.

  •  Jeudi 23 novembre 2017, 18h : Vernissage à la Médiathèque protestante ; invitation des familles d’exilés accueillis en Alsace ; participation de Karam, musicien syrien.
  •  Jeudi 30 novembre 2017, 18h: culte universitaire sur le thème à l’église protestante Saint-Thomas suivi d’un repas syrien au « Stift », avec les familles. A 20h30 : concert de chants syriens
  •  Jeudi 7 décembre 2017, 20h: Conférence/débat Prof. Gilbert Achcar de l’Université de Londres : « Syrie : révolution et contre-révolutions »



Nouvelle-Calédonie : l’EPKNC s’engage et prie pour la paix

Alors que le Congrès de Nouvelle-Calédonie est appelé à se prononcer sur la transcription juridique de l’accord trouvé le 3 novembre lors du Comité des signataires à Matignon, marquant une nouvelle étape vers l’organisation d’un référendum d’autodétermination attendu par certains et redouté par d’autres, l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) s’efforce de faire passer un message d’apaisement. Ce qui se traduit à la fois dans le mot issu de son dernier synode, et dans son appel à une «Semaine de prière pour la paix dans le pays et pour toute l’année 2018», placé sous ce thème issu d’Éphésiens 2,19 : «Concitoyens d’un pays nouveau».

Délégation de la Nouvelle-Calédonie Clôture du 4ème festival des arts mélanésiens, Mwâ kâ Nouméa, Nouvelle-Calédonie 2010 © Sekundo

Le processus qui doit conduire, d’ici novembre 2018, à organiser un référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie a franchi une étape décisive le 3 novembre dernier lors de la seizième réunion du Comité des signataires à Matignon. Au bout de plus de 9 heures de discussions, un accord a pu être obtenu sur les listes électorales, levant les divergences portant sur l’inscription automatique de 11.000 personnes supplémentaires sur ces listes – 7000 de statut civil coutumier (kanak) et 4000 de statut civil de droit commun. La prochaine étape doit se dérouler le 23 novembre devant le Congrès de Nouvelle-Calédonie, assemblée d’élus issus des trois provinces, dont les 54 membres vont être appelés à donner leur avis sur le projet de modification de la loi organique de l’accord de Nouméa transmis par l’État, et qui constitue une traduction juridique de l’accord électoral du 3 novembre.

Au cours de ce processus complexe, l’établissement de la confiance est essentiel afin d’éviter les risques de contestations du futur référendum. Au cours de la seizième réunion du Comité des signataires, le Premier ministre Édouard Philippe, qui est attendu en Nouvelle-Calédonie du 2 au 5 décembre prochains, a voulu précisément prendre le temps d’établir un vrai dialogue. Ce qui n’a pas empêché des divergences parmi les indépendantistes : Louis-Kotra Uregei, un des leaders du Rassemblement Indépendantiste et Nationaliste (RIN), qui regroupe plusieurs formations séparatistes minoritaires, a ainsi contesté les chiffres communiqués au Comité des signataires, «n’excluant pas un boycott du référendum».

«Concitoyens d’un pays nouveau»

Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : faire du référendum un choix d’espérance
Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches
ABS : Un programme de soutien aux étudiants de Nouvelle-Calédonie

Face à tous les risques de tensions avant et, surtout, après le référendum, l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) s’efforce de faire passer un message d’apaisement. À travers le mot issu de son dernier synode, publié au cours du mois de novembre, elle «encourage chaque citoyen, jeune, vieux, femme et homme, durant cette période de consultation à engager une démarche porteuse d’espérance afin de donner force à un peuple qui cherche un avenir dans la paix et la liberté.» En ajoutant que «cette préparation à la consultation engage le peuple de Dieu à être responsable, digne et ouvert pour que le choix soit un acte de construction quel qu’en soit le résultat.»

Cette démarche est essentielle de la part de l’EPKNC, constituée en grande majorité de Kanak et qui avait, dès les années 70, souligné les aspects néfastes de la colonisation. Elle encourage aujourd’hui ses membres à une démarche d’accueil de l’autre dans sa diversité, en insistant sur l’aspect multiculturel que présente désormais la population néo-calédonienne. Ce qui se retrouve dans son appel à une «Semaine de prière pour la paix dans le pays et pour toute l’année 2018», placé sous ce thème issu d’Éphésiens 2,19 : «Concitoyens d’un pays nouveau».

«L’année 2018, souligne ce texte diffusé par la Commission Théologique de l’EPKNC, sera pour la Nouvelle-Calédonie une année décisive. Le pays va entrer dans une ère nouvelle de son histoire. Un temps fort où des choix et des décisions politiques importantes seront prises. L’Église (EPKNC) a une forte responsabilité dans l’accompagnement de ce processus. Elle a confiance en ses leaders politiques, qui ont la lourde tâche d’amener les débats de société vers la découverte d’une démocratie de partage de reconnaissance et de rééquilibrage. L’Église souhaite qu’ensemble avec nos autorités administratives et coutumières nous valorisions notre pouvoir créatif et notre force d’adaptation face aux nouvelles contraintes et pressions subies par notre pays en pleine mutation.»

«La Kanaky-Nouvelle-Calédonie, notre trésor et notre richesse»

Ce texte présente tout d’abord la Nouvelle-Calédonie, son histoire et le rôle des Églises, avant d’inviter à dépasser les clivages entre communautés en s’appuyant sur l’appel de Paul : «Par sa grâce Dieu intègre tous les hommes et les femmes à devenir « concitoyens » de son Royaume. Cette communauté nouvelle est fondée sur des nouvelles bases, par des outils et des ouvriers nouveaux. Cette communauté est composée de juifs et de non-juifs, de chrétiens et de non-chrétiens. Bâtir cette maison signifie : apprendre à se renier soi-même, quitter ses habitudes et ses traditions, et réfléchir sur une nouvelle conception du partage et de l’unité dans les profondeurs de la diversité humaine. La vision du « destin commun » engage toutes les communautés chrétiennes de notre pays, à réfléchir et à mourir pour qu’une nouvelle identité émerge des cendres de la violence. Ce processus vise une identité mature capable de dépasser les crises et les perturbations, il développe par ailleurs la capacité d’ouverture et de responsabilités du citoyen dans la construction d’un avenir commun.»

«La Kanaky-Nouvelle-Calédonie, insiste encore ce texte de la Commission Théologique de l’EPKNC, c’est la « grande case » que nos aînés ont bâtie sur les fondements de respect, d’humilité et de tolérance. C’est dans cette nouvelle alliance que tous les enfants de ce pays doivent s’unir. Elle est notre « trésor » et notre richesse. L’Accord de Nouméa qui en est issu, a fait de notre communauté humaine, une singularité plurielle pour développer une nouvelle expression culturelle.»

Les rendez-vous du Défap de 2017 – 2018 :
  • Août 2017: participation des Secrétaires généraux du Défap et de la Cevaa au Synode général de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) à Lifou, îles Loyauté ; visite du lycée protestant Do Neva et du chantier de réhabilitation après les inondations catastrophiques de novembre 2016.
  • 18 septembre 2017 : soirée publique de conférence au siège de la Fédération protestante de France à Paris sur le thème « la Nouvelle-Calédonie à la croisée des chemins ».
  • Septembre 2017 – juillet 2018 : animations dans les paroisses protestantes de métropole, autour des défis que vit la Nouvelle-Calédonie à la veille du référendum et de la place du protestantisme calédonien.
  • Juin 2018 : visite en France d’une délégation de Nouvelle-Calédonie et de l’EPKNC pour participer à des conférences dans toute la France et rencontrer les nouvelles autorités politiques françaises.
  • Automne 2018 : visite en Nouvelle-Calédonie, avant le référendum de novembre 2018, d’une délégation du protestantisme français.
 

 




Nouvelle-Calédonie : faire du référendum un choix d’espérance

A un an presque jour pour jour du référendum d’autodétermination prévu en Nouvelle-Calédonie en novembre 2018, la réunion du Comité des signataires qui s’est tenue à Matignon a permis de trouver un accord sur les listes électorales, un point de vives divergences entre les parties prenantes qui risquait de miner la légitimité même du scrutin. Interrogé par la radio RCF, le secrétaire général du Défap a souligné cette «très belle avancée» et la confiance qui a pu être établie par le Premier ministre avec les interlocuteurs. Mais les tensions restent fortes dans l’archipel et pour les désamorcer, «le rôle des Églises est essentiel» ; dans ce contexte, Bertrand Vergniol s’est félicité de la position adoptée par l’EPKNC vis-à-vis du scrutin qui devra, quel que soit le résultat du vote, être «un choix d’espérance pour le destin commun.»

 

Août 2017 : lors du synode de l’EPKNC en Nouvelle-Calédonie © Défap

S’il est une question révélatrice des tensions qu’éveille en Nouvelle-Calédonie l’approche du référendum d’autodétermination, c’est celle des listes électorales. Elle figurait en tête des sujets abordés lors de la seizième réunion du Comité des signataires qui s’est tenu jeudi et vendredi à Matignon. L’accord obtenu sur ce point au bout de plus de 9 heures de discussions marque une avancée cruciale. Non seulement parce qu’il a permis de lever les divergences portant sur l’inscription automatique de 11.000 personnes supplémentaires sur ces listes – 7000 de statut civil coutumier (kanak) et 4000 de statut civil de droit commun – mais aussi et surtout parce que le Premier ministre Édouard Philippe a su prendre le temps d’établir un dialogue dans la confiance.

Créé par l’accord de Nouméa signé le 5 mai 1998, le Comité des signataires se réunit sur convocation du gouvernement, à la demande des différents partenaires engagés dans l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, pour faire le point sur l’application de l’accord. Que ce soit à l’occasion des élections locales ou, comme c’est le cas aujourd’hui, pour préparer le référendum prévu d’ici novembre 2018, la question des listes électorales y était devenue récurrente. L’enjeu étant la représentation des Kanak lors des scrutins. Il existe ainsi en Nouvelle-Calédonie plusieurs corps électoraux, avec des listes électorales de droit commun et d’autres spéciales. Les listes de droit commun sont destinées aux élections à dimension nationale (présidentielle, législatives, européennes…) ; les listes spéciales permettent une restriction du corps électoral dans l’optique de l’organisation du référendum d’autodétermination prévu d’ici novembre 2018, et le principe en a été étendu aux scrutins locaux. Cette restriction a pour but de permettre une sorte de rééquilibrage en faveur des Kanak – principe à valeur constitutionnelle inscrit dans l’accord de Nouméa signé en 1988 – sachant que la population kanak est aujourd’hui minoritaire en Nouvelle-Calédonie. Cette évolution démographique s’explique par l’immigration encouragée par la métropole, qui s’est encore accélérée avec le «boom du nickel» de la fin des années 1960. Résultat : alors que la population kanak représentait 51,1% de la population totale en 1956, cette part était descendue à 46% en 1969 ; elle est de 39% aujourd’hui. Mais si le rééquilibrage électoral était clairement inscrit dans l’accord de Nouméa, ses modalités ont été depuis lors l’enjeu de farouches oppositions entre indépendantistes et non-indépendantistes.

L’EPKNC dans la société : un rôle stabilisateur

Pour aller plus loin :
– Écoutez ci-dessous l’interview de Bertrand Vergniol sur RCF :

Nouvelle-Calédonie : aider au dialogue (conférence du Défap)
Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches
ABS : Un programme de soutien aux étudiants de Nouvelle-Calédonie

C’est dire l’enjeu, à la fois politique et symbolique, de ces listes électorales, et l’avancée représentée par l’accord obtenu à Matignon. Interrogé vendredi matin à l’antenne de la radio RCF, le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, a souligné cette «très belle avancée» en pointant l’importance de la relation que le Premier ministre a su établir avec ses interlocuteurs : «dans nos milieux d’Églises, on sait que la confiance est essentielle». Essentielle aussi «pour que le référendum soit le reflet de la volonté des Néo-Calédoniens». Il a rappelé que jusqu’alors, la situation avait tendance à patiner depuis les accords de Matignon en 1988, puis ceux de Nouméa dix ans plus tard : «Un des risques de la Nouvelle-Calédonie est de tourner sur elle-même», a-t-il souligné. «Le fait qu’une confiance ait pu être établie pour préparer ce référendum que tout le monde attend depuis trente ans, c’est essentiel». Mais il reste beaucoup à faire avant le référendum et les tensions sont fortes : «La violence est à fleur de peau, nous sommes dans une situation très fragile.» Il y a aujourd’hui «huit communautés différentes qui composent la Nouvelle-Calédonie, qui est donc toujours en quête d’un équilibre. Il faut se parler, il faut s’écouter ; c’est simple, c’est presque évangélique.» C’est pourtant le plus difficile «quand les armes ont parlé, que tout le monde se regarde en chien de faïence.»

Dans un tel contexte, «le rôle des Églises est essentiel», a souligné le secrétaire général du Défap. «D’abord parce que les Églises ont une place structurante dans la société. Ensuite, quand on entend des mots comme ceux de destin commun, pardonner… ce sont des thèmes chrétiens.» Et de rappeler ce propos d’Alain Christnacht, qui fut l’un des artisans du dialogue entre partisans et opposants à l’indépendance avant de devenir Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, de 1991 à 1994 : «selon lui, les valeurs calédoniennes sont un tissu des valeurs de la République, des valeurs chrétiennes et des valeurs kanak.»

Bertrand Vergniol a notamment souligné la position de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) : «Elle vient de se prononcer, j’ai reçu le texte hier, je suis heureux de vous le dire : quel que soit le résultat du référendum, il faudra que ça aille dans le sens de l’émancipation des hommes. Elle ne prend donc pas parti dans le référendum de manière binaire pour ou contre l’indépendance, mais elle dit que ce choix démocratique doit être un choix d’espérance pour le destin commun. Cette perspective de l’EPKNC, avec les autres Églises protestantes, va jouer un rôle stabilisateur, et non pas jeter de l’huile sur le feu ; ça me semble de très bon augure pour toute la Nouvelle-Calédonie. L’EPKNC, c’est à peu près la moitié du peuple kanak ; ce qu’elle dit est écouté, il y a des mouvements de jeunes, et elle a un rôle d’éducation populaire, d’attention à l’autre qui est essentiel.»

Les rendez-vous du Défap de 2017 – 2018 :
  • Août 2017: participation des Secrétaires généraux du Défap et de la Cevaa au Synode général de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) à Lifou, îles Loyauté ; visite du lycée protestant Do Neva et du chantier de réhabilitation après les inondations catastrophiques de novembre 2016.
  • 18 septembre 2017 : soirée publique de conférence au siège de la Fédération protestante de France à Paris sur le thème « la Nouvelle-Calédonie à la croisée des chemins ».
  • Septembre 2017 – juillet 2018 : animations dans les paroisses protestantes de métropole, autour des défis que vit la Nouvelle-Calédonie à la veille du référendum et de la place du protestantisme calédonien.
  • Juin 2018 : visite en France d’une délégation de Nouvelle-Calédonie et de l’EPKNC pour participer à des conférences dans toute la France et rencontrer les nouvelles autorités politiques françaises.
  • Automne 2018 : visite en Nouvelle-Calédonie, avant le référendum de novembre 2018, d’une délégation du protestantisme français.
 

 




Protestants en fête : la fraternité dans la diversité

Le grand rassemblement organisé par la Fédération protestante de France et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine a donné pendant trois jours une visibilité exceptionnelle au protestantisme français et à sa diversité. Une diversité qui ne va pas sans défis, alors que le paysage protestant se transforme depuis plusieurs décennies. C’est précisément sur le thème de l’interculturel que le Défap, représenté pendant trois jours au «Village des fraternités», a organisé sa table ronde.

 

Peinture participative au « Village des Fraternités » © Défap

Les stands démontés, les tentes repliées, le Zénith de Strasbourg vidé, que reste-t-il de «Protestants en fête» ? Tout d’abord l’image, rare, d’un protestantisme s’affichant au grand jour dans toute sa diversité pour fêter les 500 ans de la Réforme. Les occasions d’aborder les questions de foi dans l’espace public ne sont pas si nombreuses. Surtout quand elles ont la bénédiction des politiques. Lors de la cérémonie d’ouverture au Conseil de l’Europe, le président du Bundestag allemand, Wolfgang Schäuble, a évoqué dans son discours les célébrations de ce cinq-centenaire, également fêté dans son pays, comme une occasion de renforcer le sentiment d’appartenance européen. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a cité pour sa part le théologien luthérien André Birmelé.

Le mot d’ordre choisi pour ce grand rassemblement (la Fraternité) pouvait trouver écho aussi bien dans la devise de la République que dans les Évangiles ou les épîtres de Paul. Il a permis, pendant trois jours, de réunir à Strasbourg des protestants de tous les lieux de France et de toutes origines : luthériens, réformés, pentecôtistes, baptistes… Français d’origine ou plus récemment installés, témoignant tous à leur manière des mutations qui traversent les Églises. Car si la diversité est inhérente au protestantisme, le paysage des paroisses françaises connaît depuis une trentaine d’années des mutations profondes. Il est désormais plus mélangé, plus coloré ; l’interculturel s’y présente à la fois comme une richesse et un défi. C’est d’ailleurs sur ce thème de l’interculturel que le Défap, présent pendant trois jours au «Village des fraternités», qui réunissait place Kléber les stands des œuvres et mouvements protestants, a organisé une table ronde. Vous pourrez en retrouver  prochainement des extraits sur le site du Défap.

«Dépasser les différences»

Animation sur le stand du Défap © Défap

Bien sûr, cette diversité ne va pas sans tensions. Et un rassemblement de l’ampleur de «Protestants en fête» échappe difficilement aux fausses notes. Il y en a eu, notamment autour de la programmation d’un culte « inclusif » accueillant les personnes homosexuelles, et de la tenue d’un stand consacré aux questions LGBT. Deux points qui ont poussé le Conseil national des évangéliques de France (Cnef) à se mettre en retrait des festivités. Le Cnef n’en était pas moins représenté à la soirée d’inauguration au Conseil de l’Europe, et si son président, Étienne Lhermenault, était absent, son directeur Clément Diedrichs a bien participé à la cérémonie. Et si le stand du Cnef national au «Village des fraternités» a été supprimé, les membres du Cnef local, qui avait pris part à l’organisation de «Protestants en fête», ont participé durant les trois jours aux ateliers et conférences prévus. Les crispations institutionnelles n’ont pas empêché les rencontres entre protestants de diverses tendances et de diverses Églises, aussi bien au «Village des fraternités» qu’au Zénith de Strasbourg, lors des concerts ou du culte «XXL».

Point culminant et conclusion des célébrations, ce culte se voulait un reflet de la diversité protestante. C’est ce qu’a rappelé devant les 8000 participants Joël Dahan, pasteur réformé à la Fondation John Bost, pendant qu’à ses côtés Christiane Enamé, vice-présidente de la Fédération protestante de France, évangélique et membre de l’Église Martin Luther King de Créteil, appelait à «dépasser les différences». Dans sa prédication, le pasteur François Clavairoly, président de la FPF, a souligné que «la foi est avant tout confiance et appel à la fraternité», en appelant tous les protestants à jouer «le rôle de vigie dans la société». Ils doivent, a-t-il insisté, «entendre les colères du monde, sans être complices», mais aussi «réfléchir et ouvrir leur intelligence». Avant cela, dans une série de messages diffusés sur grand écran, des responsables catholique, orthodoxe, juif, musulman, bouddhiste avaient évoqué ce qui les rapproche des protestants.

«Qui es-tu, toi mon frère ?»

La foule réunie au Zénith pour le « culte XXL » © Défap

Un protestantisme divers, multicolore, non dénué de tensions mais riche de débats ; un protestantisme au nom duquel Alexia Rabé, chanteuse révélée au grand public par «The Voice» et étudiante en théologie à la faculté de Genève, a entraîné les participants du culte «XXL» qui se sont aussi tous levés lorsque la fanfare de l’Armée du Salut a joué les premières notes du cantique «À toi la gloire» : voilà ce que les trois jours de «Protestants en fête» ont montré à Strasbourg. Un protestantisme les yeux grand ouverts sur les défis du monde, sans perdre sa foi, à l’image du chant composé pour l’occasion par Françoise et Daniel Priss «Qui es-tu, toi mon frère ?». Repris par les mille choristes réunis dimanche au Zénith, ce chant parlait de tourments et d’espérance, de souffrance et de fraternité : «À Christ j’adresse cette prière, Lui qui a marché sur la terre, A prié guéri et souffert, Par sa parole il libère (…) Que la parole se fasse chair, Dans le quotidien des misères, Nous sommes un peuple de frères».

Retrouvez ci-dessous deux extraits du culte XXL : le chant d’ouverture…

 

… et le chant composé pour Protestants en fête : Qui es-tu, toi mon frère