Anatole au Caire : « J’ai retrouvé une ville à laquelle je me suis beaucoup attaché »

Anatole est volontaire au sein d’un foyer de jeunes filles défavorisées, dont il accompagne la scolarité. Un milieu très attachant, même si la mission est exigeante… et qu’il y fait l’expérience de toutes les failles du système d’enseignement égyptien. Il évoque aussi sa redécouverte du Caire, ville où il a déjà effectué une mission et où il a laissé des amis.

Anatole en juillet 2023 au Défap, pour la session de formation des envoyés © Défap

 

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Pour replacer dans le contexte, je suis parti l’année dernière avec l’association L’Œuvre d’Orient au Caire pendant un an, afin d’effectuer un volontariat de solidarité internationale (VSI). J’ai commencé par être professeur de français au sein du collège De La Salle, mais la mission ne me plaisait pas et j’ai donc changé de mission dans un foyer de jeunes filles. L’expérience m’a beaucoup plu et j’ai décidé de continuer une année de plus, mais cette fois ci avec le Défap et l’ACO !

Cela fait donc maintenant un an et demi que je vis au Caire, et je suis arrivé pour cette nouvelle année le 30 août 2023.

J’ai retrouvé une ville à laquelle je me suis beaucoup attaché et lieu d’innombrables souvenirs d’une année 2023 déjà exceptionnelle. Après un été de retrouvailles avec mes amis et ma famille, le retour au Caire n’a pas été facile. Heureusement, j’ai retrouvé des volontaires de ma première année toujours présents sur place à mon arrivée, qui ont beaucoup facilité mon retour. J’étais plutôt inquiet au début mais dès mon premier jour au foyer, je me suis rappelé pourquoi j’avais décidé de rester un an de plus et pourquoi cette année allait être encore une fois extraordinaire.

Le système scolaire égyptien, tel que le découvre un volontaire venu de France

La totalité de ma mission se déroule au sein d’un foyer de jeunes filles de 4 à 18 ans, en situation familiale ou sociale difficile.

Le foyer accueille environ 80 filles, réparties équitablement dans des tranches d’âge différentes. À leur arrivée au foyer, les filles sont placées à l’école française de Saint-Vincent-de-Paul, toujours tenue par des sœurs de cette même communauté. En fonction de leur niveau et au fil des années, certaines restent jusqu’au bac dans cette école, mais d’autres poursuivent leur apprentissage en école gouvernementale.

En effet, en Égypte deux systèmes différents coexistent : le système gouvernemental et les écoles en langues étrangères, en français pour nos filles (il y a également les écoles internationales mais extrêmement chères).

Les écoles gouvernementales sont d’un niveau plutôt faible, les horaires de cours sont minimes et les devoirs ou examens quasiment donnés à l’avance. Les écoles françaises ont un meilleur niveau et permettent aux filles de sortir avec la possibilité de continuer des études dans des universités publiques égyptiennes, comme en faculté de littérature, d’économie ou encore de sciences politiques. Les plus douées parviennent même à effectuer des « doubles licences » avec des universités françaises, et même pour certaines à venir travailler en France, ou bien faire un échange en volontariat dans des communautés religieuses.

Le fonctionnement de ces écoles est assez particulier en Égypte. Les cours sont dispensés du lundi au jeudi, ainsi que le samedi, généralement de 8h à 14h, puis chacun rentre chez soi.

Cependant, il existe un accord tacite entre l’État et les professeurs, qui ne touchent pas plus de 3000 livres par mois (équivalent de moins de 100 €). En raison de leur faible salaire, les professeurs décident de ne donner qu’une partie des cours pendant les horaires de classe. Si l’élève souhaite avoir le reste des cours et pouvoir valider ses examens, il devra payer cher pour assister aux cours privés de l’après-midi, dispensés par ces mêmes professeurs dans leurs salles de classe respectives. En tant que Français, cette organisation nous paraît complètement anormale et frauduleuse, mais c’est bien ainsi que fonctionne le système éducatif en Égypte.

C’est pourquoi depuis maintenant des dizaines d’années, des volontaires français se succèdent au foyer, pour permettre aux filles d’avoir les connaissances et les explications nécessaires pour valider les examens tout au long de l’année.

Cette année, je suis accompagné par Brigitte, avec qui je partage mon quotidien au foyer, mais aussi en-dehors.

« Depuis l’année dernière, j’ai vu beaucoup de progrès… »

Brigitte s’occupe des classes de la petite section jusqu’au CM1 en français, écriture et lecture, et en maths ; et je m’occupe des filles de la sixième jusqu’à la terminale en français, maths, sciences et anglais. Chaque classe compte deux à six élèves, j’accompagne donc chaque semaine une vingtaine de filles. Il n’y a pas d’emploi du temps fixe, lorsque j’arrive l’après-midi, je demande aux filles lesquelles ont un examen ou bien des devoirs, et c’est moi qui choisis (en fonction de la matière, du niveau des filles, etc.). J’essaie d’avoir une répartition horaire assez équitable sur une semaine, mais je préfère une répartition juste, à savoir d’aider plus longtemps les filles qui sont le plus en difficulté.

Carte de l’Égypte © ministère des Affaires étrangeres

Depuis l’année dernière, j’ai vu beaucoup de progrès chez certaines filles, pas seulement sur le niveau niveau scolaire, mais aussi en maturité et en autonomie. Ce sont deux notions sur lesquelles j’essaie d’axer au maximum mon enseignement. Dans beaucoup de classes, certaines filles ont changé leur attitude et motivation au travail. C’est une satisfaction immense pour moi, cela veut dire que j’arrive à leur enseigner des notions, qu’elles s’y intéressent, ou au moins qu’elles comprennent que leur travail a un but.

Je suis satisfait des notes obtenues par mes élèves pour ce premier semestre mais des progrès restent à faire, cela prend du temps (et une énergie folle !).

Une des grandes difficultés auxquelles je fais face, est le flou laissé, de manière volontaire par les professeurs concernant les évaluations et leur contenu pour les élèves qui n’assistent pas aux cours privés. De plus, il arrive parfois que les filles reçoivent une quantité colossale de devoirs à 19h30 pour le lendemain, ou bien des informations cruciales pour l’examen qu’elles auront le lendemain.

« La tâche est plus difficile mais je m’y plais énormément »

Par rapport à l’année dernière, j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus de travail et plus d’élèves. En effet, nous étions environ cinq volontaires à être chaque jour au foyer, ce qui permettait à chacun d’avoir des classes précises, dans des matières spécifiques et d’avoir alors un meilleur suivi des filles et plus de temps pour enseigner et expliquer des notions parfois beaucoup trop compliquées pour leur âge (comme l’introduction à la physique nucléaire en classe de seconde, et le tout en français !)

Cette année, nous sommes seulement deux. La tâche est donc plus difficile mais je m’y plais énormément. J’ai même trouvé certains bons côtés : je peux donner des cours à des niveaux beaucoup plus variés, ce qui rend le travail d’enseignement plus intéressant et cela me permet également de connaître beaucoup plus de filles et de me sentir plus intégré au foyer.

Une nouvelle volontaire arrive au mois de janvier ce qui devrait nous laisser un peu respirer avec Brigitte !




Félicie au Liban : les drames et la solidarité

Félicie a été envoyée comme volontaire au Liban pour travailler au sein du programme des « couloirs humanitaires ». Depuis 2017, ce dispositif permet de faire venir en France des réfugiés particulièrement vulnérables, par des voies légales et en évitant les « routes de la mort » comme celles qui passent par la Méditerranée. Le Défap y participe à travers des envoyés, qui travaillent à Beyrouth pour la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP). Depuis la fin de l’année, elle a été obligée de quitter le pays pour des raisons de sécurité, mais continue à travailler à distance. Un défi supplémentaire pour l’équipe des « couloirs humanitaires ».

Dans un camp de réfugiés au nord du Liban © Félicie pour Défap

 

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Je suis Félicie, en contrat VSI au Liban pour le programme des Couloirs Humanitaires depuis Octobre 2021. L’année 2023 avait bien commencé pour notre projet de réinstallation de familles réfugiées au Liban vers la France par les voies d’accès légales et sûres encadrées par la Fédération de l’Entraide Protestante.

Puis j’étais de plus en plus heureuse à Beyrouth, m’y sentais de plus en plus chez moi.

Nous avons pu effectuer en 2023 quatre voyages de plusieurs familles d’origine syrienne ou de Palestiniens de Syrie vers des collectifs d’accueil en France. La situation en Syrie malgré le peu de couverture médiatique est catastrophique au niveau sécuritaire et humanitaire, avec la poursuite de bombardements affectant des civils, des enrôlements de force au service militaire ainsi que des arrestations arbitraires. Et ce, sans oublier les drames familiaux liés au tremblement de terre du 7 février 2023. Les familles présentes au Liban craignent d’être déportées avec un durcissement des autorisations de séjour au Liban pour ces réfugiés pour la plupart reconnus seulement en tant que déplacés.

De très belles histoires humaines lors des rencontres des familles au Liban, de leur accompagnement vers la France, et de leur parcours d’insertion grâce à l’accueil par collectifs citoyens m’ont permise de ne pas baisser les bras et d’être forte à la survenue des évènements d’octobre 2023 tout proche du Liban, qui ont remis en cause ma présence au Liban, ainsi que la stabilité du projet.

Je ferai part de belles histoires dans une lettre séparée.

Vue du camp de réfugiés palestiniens de Chatila, en place depuis 1948 © Soledad André pour Défap

 

J’ai dû quitter le Liban pour des raisons de sécurité en tant que VSI, et continuer à travailler à distance. Tenter d’être rassurante notamment pour les familles au Sud Liban, dans un contexte volatile, triste, dangereux, n’est pas chose simple ; mais j’ai pour ma part la chance d’être en sécurité et extrêmement soutenue par le Défap et par mes collègues. L’ambassade de France ainsi que la plupart des partenaires sur place et moi-même, n’étions plus en capacité de faire avancer les dossiers des familles au moment ou l’urgence était la plus extrême.

Ces évènements ont resserré les liens d’équipe et les liens sur place au Liban, afin de trouver des solutions pour sauver le projet dans un tel contexte. Janvier 2024 semble bien débuter, nous travaillons beaucoup, et sommes pleins d’espoir.

Je trouve en ce moment très peu de mots pour exprimer tout ce que j’ai dans le cœur et dans l’âme donc je resterai sur une lettre de nouvelles courte. Si je laisse tout ce qui est personnel de côté, car cela reflète mon état d’esprit actuel, je n’arrive à penser qu’aux autres, à ceux qui souffrent.

Face à cet embrasement au Moyen-Orient, j’ose juste espérer que nous autres citoyens actifs pour leur prochain, puissions continuer à œuvrer, même de loin, pour ceux qui en ont besoin et je souhaite une nouvelle année un peu meilleure, faite d’amour et de soutien, à tous ceux qui me liront.




Partez en mission avec le Défap!

Que vous soyez étudiant désireux de s’engager pour une année à l’étranger, ou professionnel en quête d’un engagement qui fasse du sens à l’international, il y a sûrement une mission du Défap pour vous. Les missions prévues pour l’année 2024-2025 sont ouvertes. On n’attend plus que vous…

Photo de groupe de la session de formation des envoyés de juillet 2023 © Défap

Changer de vie, on peut le désirer à tout âge, sans nécessairement franchir le pas. C’est une opportunité qu’offre le Défap : partir pour quelques mois, un an ou davantage, à travers un engagement qui a du sens. Les missions prévues pour 2024-2025 sont désormais ouvertes, et vous pouvez les découvrir et postuler ici-même.

Découvrez nos missions !

Partir avec le Défap, c’est vivre une expérience qui, souvent, marque toute une vie. Les missions sont, pour les envoyés du Défap qui les vivent, des moments riches de rencontres et dont eux-mêmes sortent transformés. Des moments qui les poussent à interroger leurs propres certitudes, leur vision du monde, et qui contribuent par la suite à infléchir leur parcours de vie.

Il y a sûrement une mission du Défap pour vous

Depuis 1971, des générations de coopérants et de volontaires ont été formés, envoyés, accompagnés par le Défap. Leurs histoires individuelles ont ainsi rejoint l’histoire commune tissée à travers le Défap entre les Églises protestantes de France et des Églises présentes essentiellement en Afrique, mais aussi sur plusieurs continents. Autant de rencontres et d’expériences de vie inoubliables. Partir pour soi et pour les autres ; pour se découvrir, s’accomplir et être en relation ; pour aider et grandir : il y a de grandes constantes dans ce qui peut pousser vers une mission à l’international. On peut gagner en maturité et en autonomie, découvrir une langue et une culture, relever des défis, voire chercher à valoriser un engagement dans son CV… À tous ces arguments mis en avant pour promouvoir un engagement à l’étranger s’ajoute, dans le cas du Défap, la dimension d’un projet partagé, porté depuis plus de 50 ans par un partenariat entre les Églises membres du Défap et des institutions ecclésiales œuvrant dans les domaines de l’éducation, de la santé, du développement d’une quinzaine de pays.

S’il ne faut aujourd’hui que quelques heures de vol pour se retrouver à l’autre bout de la planète, partir pour quelques mois ou un an comme volontaire, en mission dans un pays lointain, n’en reste pas moins une aventure – ce dont témoignent tous ceux qui sont partis via le Défap.

« Lorsqu’on est amené à réfléchir sur ce que l’on veut faire plus tard parfois on a une volonté précise, parfois on a une feuille totalement blanche à écrire et parfois on a des convictions qui nous mettent en mouvement vers des destinations inconnues. Pourquoi ai-je eu envie de partir ? Il y a des éléments de réponses dans mon éducation, les voyages que j’ai réalisés, mes engagements, ma foi. »
Daniel, ancien envoyé du Défap, en 2014

« Partir, c’est se redécouvrir et se dépasser »
Samy, envoyé du Défap à Madagascar, 2022

Voulez-vous aider à la scolarité des enfants d’un orphelinat de Tananarive, la capitale malgache ? Ou découvrir une école française en Tunisie ? Ou accompagner les résidentes d’un foyer d’accueil de jeunes filles au Caire ? Que vous soyez prêt à vous engager comme Service Civique ou VSI, il y a sûrement une mission du Défap pour vous.




Romain à Madagascar : construire un village pour les enfants des rues

« 2400 sourires », le projet de village d’enfants destiné à accueillir les plus fragiles et menacés, ceux qui sont à la rue, avance bien, porté par Romain. Dans cette lettre de nouvelles, il évoque le chantier, les constructions qui sortent de terre, mais aussi les rencontres avec les enfants des rues auprès desquelles il se rend, en compagnie de bénévoles venus prêter main-forte au projet.

Groupe d’enfants malgaches © Romain pour Défap

 

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Madagascar.
Après la formation Défap et un temps de congés en France, nous y retrouvons un quotidien bien rempli dans notre travail auprès des enfants des rues.

La construction d’un Village pour les enfants des rues : le chantier, débuté il y a un peu plus d’un an, bat son plein. Après avoir achevé la construction du mur d’enceinte du terrain (qui aura demandé 3 mois de travail à 100 ouvriers par jour), nous poursuivons la construction de la cantine, un local technique, le hall des sports/bâtiment administratif du Village et un grand travail de terrassement. Tous ces travaux de construction demandent beaucoup d’énergie, de temps et surtout de patience car il faut parfois revoir les délais d’avancement en fonction des possibilités de livraison des matériaux, des premières pluies arrivées plus tôt que prévues et qui rendent les routes difficilement praticables. Mais le chantier avance toujours !

Les bâtiments sortent de terre © Romain pour Défap

La venue de bénévoles : dès le mois de septembre, nous avons eu la joie d’accueillir plusieurs bénévoles venus de France pour prêter main forte au développement du projet. Ainsi, 14 personnes nous auront rejoints entre septembre et décembre :  9 personnes  venues servir auprès des enfants d’un centre de rééducation géré par l’administration pénitentiaire auprès duquel nous intervenons une fois par mois mais également pour participer à la mise en peinture de locaux ; un couple venu développer le scoutisme dans le village où nous résidons actuellement et construire un four à pain/pizza au « Village 2400 sourires » ; deux basketteuses professionnelles venues pour la création d’un terrain de basket-ball sur le site ; et enfin un autre bénévole qui nous a beaucoup prêté main-forte dans la mise en peinture des locaux existants.

Autant de personnes qui ont eu à cœur de soutenir en venant sur le terrain, laissant une belle empreinte de leur passage au Village en construction !

Romain (tout à droite de la photo) avec un groupe d’enfants malgaches et des soutiens du projet © Romain pour Défap

Les interventions auprès des enfants des rues : chaque mercredi, notre équipe part à la rencontre des enfants des rues qui attendent notre venue avec impatience ! Quelques heures auprès d’eux nous permettent de partager des moments forts de jeux, de sport, de chants, de danses (malgré la pluie qui s’invite parfois) et de leur offrir un repas (distribution de Koba, une farine alimentaire enrichie en vitamines et nutriments mais également parfois des beignets, sandwichs, etc. selon les dons que l’on reçoit de particuliers). Nos bénévoles participent avec nous à ce moment important dans notre agenda. Il s’agit toujours de moments intenses où l’on vient partager de l’amour et de la joie avec ces enfants et où on reçoit énormément aussi !

Une visite officielle de l’Etat : nous avons également eu la chance de recevoir la visite de Madame la Ministre de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle qui a tenu à venir découvrir sur place le développement du « Village 2400 sourires ». Nous avons pu lui présenter le projet et échanger sur notre souhait de créer quelque chose de durable pour ces enfants. Ce fut une visite encourageante pour toute l’équipe !

En résumé, des défis, parfois des doutes mais beaucoup d’encouragements qui permettent d’avancer et de ne pas oublier qu’aimer sauve toujours !
Pour en savoir plus, rdv sur notre site 2400sourires.org.

L’entrée du village © Romain pour Défap




Marie-Eugénie au Cameroun : en matière de santé, la mobilisation doit continuer

Partie en mission à l’hôpital Djoungolo, à Yaoundé, Marie-Eugénie évoque les projets de santé communautaire dans lesquels elle est impliquée : dépistage des cancers de la femme, sensibilisation et dépistage du VIH/SIDA notamment auprès des jeunes… Des problèmes majeurs de santé publique au Cameroun – et ce d’autant plus que la prévention reste insuffisamment développée. Alors, pas question de baisser les bras…

Marie-Eugénie lors de la session 2023 de formation des envoyés du Défap © Défap

 

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Déjà quatre mois au Cameroun ! Moi qui avais cette appréhension de partir pour un an, finalement le temps passe vite quand tout se passe bien. Et c’est donc une nouvelle année qui débute : j’en profite pour vous souhaiter mes meilleurs vœux.

Passé le temps d’observation, place à l’action. Ainsi au sein de ma mission d’appui à la santé communautaire j’ai pu développer des projets qui me tenaient à cœur, tels que le dépistage des cancers de la femme qui tendent à se multiplier dans les pays en voie de développement. Et la sensibilisation et le dépistage du VIH/SIDA notamment auprès des jeunes, qui reste un problème majeur de santé publique en Afrique : même si de nombreuses politique sont mises en place à ce sujet, la mobilisation doit continuer.

Une des campagnes de dépistage organisées à l’hôpital Djoungolo et à laquelle a participé Marie-Eugénie © Marie-Eugénie pour Défap

La prévention reste le parent pauvre de la médecine or celle-ci doit faire partie intégrante d’une prise en charge intégrale de la santé. C’est très important de développer la médecine préventive, c’est-à-dire l’ensemble des mesures visant à éviter ou réduire le nombre et/ ou la gravité des maladies, des accidents et des handicaps.

Je suis donc véritablement épanouie dans ce rôle et particulièrement dans le cadre de cette mission car je pense que c’est d’autant plus utile pour ces populations fragilisées. Et cela me permet de m’adapter au contexte local, me permettant de développer des nouvelles compétences.

À côté de la mission l’expérience de vie est tout aussi enrichissante : pouvoir découvrir les différences culturelles du « continent » comme l’on surnomme ce pays réputé pour sa grande diversité, qu’elle soit ethnique, culturelle, géographique… On est amené à faire des découvertes dans notre routine quotidienne mais aussi lors de nos quelques escapades à travers les différentes régions et sites d’intérêt du pays. Dernière visite en date : un séjour dans la région du sud-ouest et notamment à Douala, la capitale économique.

Pour conclure, je dirai que l’aventure se poursuit aussi bien qu’elle a commencé avec toujours plus d’échanges et de découvertes.

Un autre aspect de la mission : la découverte du pays… © Marie-Eugénie pour Défap




Mona : « J’ai beaucoup appris chez les Diaconesses »

Mona, venue d’Égypte pour une mission de service civique chez les Diaconesses de Strasbourg, a terminé son séjour. Dans cette dernière lettre de nouvelles, elle fait le bilan : des relations très fortes avec les pensionnaires de la rue Sainte-Elisabeth, un regard qui a changé sur sa vie, sa relation au temps, à la mémoire…

Mona, photographiée dans le jardin du Défap © Défap

 

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Neuf mois se sont écoulés et me voilà en Égypte, chez moi. Maintenant, je dois écrire la dernière lettre de ma mission. Il n’est pas toujours facile d’écrire tout ce qu’on a vécu ou ressenti. Mais, l’une des leçons que j’ai apprises auprès des personnes âgées est qu’en vieillissant, on peut tout oublier. Il faut donc tout écrire et garder à jamais ce texte pour m’aider à ne pas oublier mon séjour à Strasbourg, 3 rue Sainte-Elisabeth.

Grâce à cette session retour au Défap et à la rencontre avec d’autres volontaires qui ont partagé leur expérience, j’ai pu avoir un aperçu général de tout ce que j’ai vécu au cours de mon service civique, ce qui m’a facilité la rédaction de ce texte.

Au début, la mission était un peu difficile pour moi. Être dans un pays étranger, complètement différent du mien, loin de mes proches et avec des personnes qui m’étaient inconnues. Je ne savais pas quoi faire. Je me sentais inutile, ce que je ne pouvais pas supporter. Les journées étaient très longues et les nuits courtes.

Mais au bout de quelques jours, j’ai remarqué que ces personnes essayaient de me connaître, de prendre soin de moi, de savoir ce que j’aime et ce que je n’aime pas, ce que je peux faire et ce que je ne peux pas sans me critiquer ni me juger.

Maintenant, face à cet amour et à cet accueil chaleureux, je dois aussi faire un effort, je dois faire de mon mieux. Il faut donc comprendre leur vie et en faire partie. Il faut connaître les goûts et les couleurs de chacun et chacune pour pouvoir passer du temps avec eux au quotidien, avoir des moments d’échange et de partage.

J’ai commencé à écrire chaque jour dans un cahier, qu’une sœur m’avait donné, tout ce que je découvrais sur chaque personne : qui aime sortir, lire, jouer, discuter, tricoter, … etc. Je me suis préparée alors un programme en fonction des besoins ou des disponibilités de chacun.

Le temps passait comme un torrent

Après avoir connu tout le monde et m’être rapprochée d’eux, tout a changé. Les journées devenaient très courtes. Je n’arrive pas à réaliser tout ce qui était prévu dans mon programme. Une journée ne suffisait pas pour passer du temps avec tout le monde, alors j’attendais le lendemain avec impatience pour terminer ce que je voulais faire. Le temps passait comme un torrent qui coule toujours et ne s’arrête jamais. Cette maison est devenue ma maison, cette pièce est devenue ma chambre et ces personnes font désormais partie de mes proches.

Le fait d’accompagner des personnes âgées m’a permis de devenir les yeux des malvoyants, les oreilles des malentendants, la mémoire des oublieux, les mains, les pieds, etc. Cela m’a permis d’avoir de nouveaux yeux et de nouvelles oreilles pour voir et entendre les choses différemment, de nouveaux pieds pour visiter de nouveaux endroits,…

J’ai beaucoup appris chez les Diaconesses. J’ai appris à utiliser mes mains. J’ai appris à tricoter de jolis bonnets pour les bébés, à utiliser la machine à coudre, à préparer de nouvelles recettes de gâteaux alsaciens. Grâce aux sœurs, j’ai appris que la plus haute distinction est de servir. Les actes sont plus parlants que les mots. Ce qui se fait de grand, se fait dans le silence. Il faut donner les mains pour aider et le cœur pour aimer. Il faut savoir écouter les autres pour comprendre et pas seulement répondre.

J’ai découvert différents aspects de ma personnalité en accompagnant ces personnes âgées physiquement plutôt que spirituellement. J’ai découvert que je suis une personne patiente. Je peux écouter les autres et comprendre leur tristesse ou leur joie. Je ne m’ennuie pas de faire plusieurs fois la même chose avec les mêmes personnes si ça les aide ou leur plaît.

Après la mort de quelqu’un, il ne faut pas mettre des points mais plutôt des virgules

L’une des périodes les plus difficiles que j’ai vécues au cours de ces neuf mois a été la mort de certaines personnes à la maison. Mais grâce à la vie de communauté, cette vie de prière et de partage, on peut tout surmonter, tout traverser. Comme on me l’a dit, la mort fait partie de la vie. Après la mort de quelqu’un, il ne faut pas mettre des points mais plutôt des virgules car ce n’est pas la fin mais plutôt la continuation de la vie avec le Seigneur.

Le service civique :

Le service civique m’a aidé à rencontrer de nouvelles personnes, à acquérir de nouvelles compétences sur le terrain et à avoir une perspective différente sur la vie. Faire un service civique m’a aussi permis de gagner en maturité, en autonomie et de mieux me connaître. Cela m’a permis de prendre du temps pour moi, de comprendre un peu mieux ce qui m’attire et de définir vers quoi j’aimerais me diriger.

Vacances/ Voyage/ Loisirs :

  • La Suisse : le district de la Gruyère, la Maison Cailler, la Grande Roue, le Lac Léman, des « escape games », des salles d’arcade, SENSAS Genève.
  • Eguisheim.
  • Mulhouse : l’Hôtel de Ville, le Musée Historique de Mulhouse, l’église de Saint-Étienne, La grande mosquée de El-Nour.
  • Le Grand Ballon.
  • Le Vallon de Murbach.
  • Strasbourg : La cathédrale, L’église de Saint Thomas – Saint Paul – Saint Nicolas, Concert Vivaldi (Les 4 saisons & Gloria, Promenade par Batorama, Le petit train)
  • Le Hohrodberg : C’est un centre communautaire de retraite spirituelle et de prière dans les Vosges. C’est un endroit hors du monde où vous pouvez faire une sieste du bruit de la vie et passer vos vacances ou même toute votre vie. Vous trouverez là bas, des sœurs Diaconesses qui font l’accueil, la cuisine, le ménage …etc. Des sœurs qui prient, qui chantent et qui parlent couramment le silence. Des sœurs très accueillantes, qui savent comment dire bonjour et comment dire au revoir.

Ce qui était un peu étrange pour moi en France :

  • Passer des heures et des heures à table
  • Le fromage est très important aux Français. Il peut être l’apéro, l’entrée, le plat principal et parfois le dessert.
  • Les magasins qui ferment trop tôt.
  • Le tutoiement et le vouvoiement.
  • Le fait que le nombre de bises change d’une personne à l’autre.
  • Le calme ou le silence dans les rues et le fait qu’il n’y ait pas de klaxons.



Sarah à Madagascar : « C’est fantastique de pouvoir créer des liens »

Des nouvelles de Sarah, envoyée du Défap actuellement en mission d’animatrice et d’appui à l’enseignement du français au centre Akanisoa, qui regroupe une école et un orphelinat. Ses premières impressions après quatre mois passés sur place : une grande proximité avec les enfants.

Sarah au Défap, en juillet 2023, pendant la formation des envoyés © Défap

 

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Manao ahoana !

Déjà 4 mois que j’ai commencé ma mission. Je me sens bien à Antsirabe, je suis de plus en plus à l’aise pour me déplacer ou faire mes achats toute seule. J’arrive à m’habituer à ce nouveau rythme de vie où les journées commencent et se terminent plus tôt qu’en France.

Le début de semaine je suis hébergée au centre Akanisoa où je travaille et depuis le mois de décembre j’ai emménagé en colocation avec des Malgaches. Je passe donc la fin de semaine dans notre logement.

Tous les matins je travaille à l’école du centre, où j’aide les enseignantes pour l’apprentissage du français. Ensuite à la pause du midi je passe du temps avec les enfants de l’orphelinat. Puis les soirs où je suis à l’orphelinat je les aide avec leurs devoirs ou bien je passe juste du temps avec eux.

Sarah avec les enfants qu’elle accompagne au centre Akanisoa © Sarah pour Défap

J’ai toujours un peu de mal à prendre des initiatives que ce soit à l’école ou à l’orphelinat mais je m’y sens bien. Je suis à l’aise avec les enfants de l’orphelinat, certains osent de plus en plus à me parler en français. C’est vraiment fantastique de pouvoir créer des liens sans trop parler, seulement avec les sourires, les chatouilles, les jeux, les danses… Quelques enfants m’ont d’ailleurs appris à compter en malgache en jouant au Uno, et cherchent souvent à m’apprendre de nouveaux mots (ou me faire réviser ceux que je connais déjà).

Pendant les vacances de Noël, j’ai eu l’opportunité de partir sur la côte avec l’orphelinat. Le projet n’aurait pas pu se réaliser avec les finances du centre. J’ai alors mis en place une cagnotte et grâce à la générosité de beaucoup nous avons pu rendre le projet possible !

Les trajets étaient très longs et fatigants mais ça valait le coup. Nous sommes allés à la plage tous les jours, j’ai essayé d’apprendre à nager à certains, j’ai pu aussi prêter mes lunettes de piscine aux enfants pour qu’ils essayent de voir des poissons et des crabes. Nous avons passé de très bons moments, mangé de bons repas (et goûters) et vu de magnifiques paysages !

Paysage de Madagascar au cours d’une excursion © Sarah pour Défap




Timothée Louhemba et la responsabilité du personnel soignant

Pasteur et enseignant d’éthique à la faculté de théologie protestante de Brazzaville, Timothée Louhemba travaille à une thèse sur « L’Agir du personnel soignant chez Hans Jonas et l’éthique de la responsabilité ». À l’hôpital, estime-t-il, l’aspect technique de l’acte médical prend trop souvent le pas sur la relation patient-médecin, négligeant la dignité inhérente à tout être humain. D’où sa référence à Hans Jonas, philosophe allemand qui a beaucoup réfléchi aux questions de responsabilité dans une société technicisée. À ce problème s’ajoute, en République du Congo, la crainte des patients d’être mal pris en charge et de ne pas rentrer vivants de l’hôpital. Selon Timothée Louhemba, il y a là « une grande mission » à assumer pour l’Église.

Timothée Louhemba et la responsabilité du personnel soignant


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Maïeul Rouquette et la CLCF : des livres pour tisser les liens

Directeur de la CLCF, la Centrale de littérature chrétienne francophone, organisme créé en commun par le Défap et son homologue suisse, DM, pour soutenir les bibliothèques des facultés de théologie par-delà les frontières, Maïeul Rouquette évoque son travail : au-delà des livres à collecter et diffuser, et des formations de bibliothécaires, il s’agit avant tout pour lui d’établir des ponts. Des ponts entre organismes de pays différents, entre manières différentes de voir et d’enseigner la théologie, de vivre l’Église… C’est cette vision qu’il a voulu promouvoir notamment à travers les célébrations des 30 ans de la CLCF, vécues en direct au même moment par des participants distants de milliers de kilomètres à l’occasion d’un culte commun filmé par Zoom. Il évoque aussi son parcours personnel, qui l’a rendu particulièrement sensible à la dimension associative, à l’importance du « faire ensemble ».

Maïeul Rouquette et la CLCF : des livres pour tisser les liens


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Adrien Franck et la mission inversée

Étudiant en histoire des religions à l’université de Douala, au Cameroun, Adrien Franck est à Paris depuis le 11 janvier pour des recherches dans le cadre d’une thèse sur l’implantation de communautés de l’Église presbytérienne camerounaise en France, et Suisse et en Belgique. Issue des missions occidentales (en l’occurrence, de la Mission Presbytérienne Américaine), l’EPC développe ainsi en retour une activité missionnaire en Europe. Mais ce projet missionnaire faisait-il déjà partie des préoccupations des Camerounais venus en Europe ? Paradoxalement, ces communautés de l’EPC installées en Occident sont plutôt méconnues au sein de l’Église du Cameroun…

Adrien Franck et la mission inversée


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«Le Défap est un appui important dans ma carrière d’enseignant-chercheur»

Richard Macaire Lengo vient de la République du Congo. Il est sociologue et enseignant-chercheur à l’Université Marien-Ngouabi (Brazzaville), ainsi qu’à l’Université protestante de Brazzaville (UPB) qui appartient à l’Église évangélique du Congo (EEC), dont il est membre. Il témoigne de l’importance du soutien du Défap dans son parcours de recherche. Vous pourrez également écouter son témoignage le dimanche 21 janvier sur Fréquence protestante, lors de l’émission du Défap, « Courrier de mission ».

Richard Macaire Lengo photographié dans la bibliothèque du Défap © Défap

Dans le souci de promouvoir l’interdisciplinarité à l’UPB, constituée essentiellement de théologiens, le pasteur Laurent Gaston Loubassou, son Recteur, avait souhaité avoir un « sociologue-maison ».

Ainsi, j’ai bénéficié d’un premier séjour de recherche de trois mois, début 2020, afin de finaliser ma thèse, devenant ainsi le premier laïc de l’EEC à bénéficier d’un séjour de recherche financé par le Défap. Cet appui s’est avéré déterminant pour mes travaux de recherche et ma thèse. Depuis lors, j’enseigne la sociologie aux étudiants pasteurs, en les dotant d’outils leur permettant de comprendre la réalité des organisations.

Une publication, et des travaux de recherche au sein du GSRL

De septembre à novembre 2023, j’ai bénéficié d’un second séjour de recherche post-doctoral de trois mois, avec comme objectif la publication d’un ouvrage, extrait de ma thèse.

Ce second séjour m’a connecté au Groupe société religion laïcité (GSRL), unité mixte de recherche affiliée au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et à l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL). En tant que chercheur invité, j’ai été intégré à deux programmes de recherche : « Religion et violence » et « Religion et francophonie ».

J’ai eu l’honneur de présenter mes travaux de recherche le 22 novembre 2023.

L’appui du Défap a été, et continue d’être déterminant pour ma carrière en tant qu’enseignant chercheur. Je manifeste toute ma gratitude à son endroit, car il constitue un acteur important dans la promotion de la recherche scientifique dans le paysage social français, particulièrement pour les chercheurs venant d’Afrique.

Richard Macaire LENGO




Étienne : «N’ayez pas peur de prendre le temps»

Étienne est parti avec le Défap en Côte d’Ivoire, avec le statut de Volontaire de solidarité internationale sur une mission de gestion de projets. Son conseil pour ceux qui comptent partir : « Prenez le temps de découvrir les gens qui vous entourent, la culture, la langue ». Plutôt que de « venir, faire, et repartir ». Car au terme de la mission, « vous aurez beau laisser tout ce que vous voulez, si vous n’avez pas pris le temps de développer des relations, vous n’aurez rien laissé ».

Étienne : « N’ayez pas peur de prendre le temps »


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