Protestants en fête : une table ronde pour se former à l’interculturel

A l’occasion de la tenue de Protestants en fête à Strasbourg, le Défap propose, le samedi 28 octobre à 14 heures, une table ronde sur le thème « Se former à l’interculturel« . Elle se tiendra place Kléber, sur la scène centrale du Village des Fraternités, et sera animée par Jean-Luc Blanc, du service Relations et Solidarité Internationale du Défap.

 

Un instantané du stage CPLR au Bénin, en avril 2016 – DR

Tout a commencé au Bénin ; et c’est sur la place Kléber, à Strasbourg, que l’histoire devrait trouver sa conclusion – ou du moins, une conclusion transitoire, sous la forme d’une table ronde organisée par le Défap à l’occasion de Protestants en fête. Première illustration de l’interculturel…

L’interculturel, en ces temps de mondialisation, nul n’y échappe ; et pas plus les paroisses protestantes que le citoyen ou le consommateur lambda. La porosité des frontières aujourd’hui ne concerne pas les seuls biens et services marchands ; elle se traduit non seulement par des implantations d’Églises de migrants, mais aussi par l’arrivée de nouveaux paroissiens dans des Églises installées de longue date, entraînant souvent une porosité des frontières entre cultures au sein d’une même paroisse (lire : « Des Églises aux couleurs du monde« , sur le site du Défap). Conséquence : le protestantisme français aujourd’hui présente une diversité culturelle inédite, ce qui est vécu avec plus ou moins de bonheur… et plus ou moins de difficultés, parfois pratiques, mais aussi théologiques.

Cette diversité d’approches théologiques avait été soulignée en avril 2016 lors d’un stage au Bénin de pasteurs dans le cadre de la CPLR (Communion protestante luthéro-réformée, anciennement dénommée Conseil permanent luthéro-réformé, qui s’occupe notamment de la formation permanente des pasteurs : lire l’article : « Défap et CPLR : une relation au service de la mission« ). « Nos stagiaires français et béninois », raconte Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarité Internationales du Défap, « se sont rendu compte qu’un certain nombre de problèmes dans le dialogue théologique entre les deux groupes venaient de manières différentes d’aborder les questions théologiques. En gros, leurs approches théologiques étaient influencées par des problèmes culturels. »

Inventer une théologie interculturelle

Pour aller plus loin :
Protestants en fête : programme du Village des Fraternités
Retrouvez le programme des trois jours au Village des Fraternités
Protestants en Fête 2017 : le programme général sur le site « Protestants 2017 »
La liste détaillée des animations, visites, tables rondes, conférence… à feuilleter en ligne
Protestants en fête : la page Facebook de l’événement

La question des relations entre théologie et culture n’est pas nouvelle en soi. Mais comme le souligne Jean-Luc Blanc, « jusqu’ici, dans le cadre de la Cevaa et des organisations oecuméniques, on a beaucoup valorisé les théologies inculturées. C’était là un détour inévitable et nécessaire. On a beaucoup parlé de la culture, de l’inculturation, en essayant de valoriser la culture de chacun. Mais il nous reste encore à réfléchir, dans un environnement marqué par la mondialisation et l’ouverture des frontières, à une théologie qui ne soit pas africaine ou française, mais interculturelle. »

Les stages de pasteurs organisés dans le cadre de la CPLR se faisant sous forme d’échanges entre pays (une partie se déroule à l’étranger, une partie en France), les pasteurs français et béninois devaient donc se retrouver en France pour une nouvelle session. Celle-ci a été organisée du 19 au 31 octobre… soit juste avant Protestants en fête.

Une double occasion dont a voulu tirer profit Jean-Luc Blanc : « Nous avons décidé de travailler sur cette question de l’interculturel lors du stage retour en France. De plusieurs manières : tout d’abord, à travers des témoignages de personnes ayant vécu l’interculturel au quotidien. Nous avons notamment demandé à un couple franco-malgache, qui a vécu successivement en France et à Madagascar, de bien vouloir intervenir. Nous avons aussi un travail biblique avec un premier apport d’Élian Cuvillier sur la thématique « Étrangers et étrangetés : Jésus et les figures de rencontre », et un deuxième sur : « Paul et les communautés pauliniennes au carrefour des cultures » – ou comment Paul a construit des communautés multiculturelles, avec une théologie communautaire… » Quant à Jean-Luc Blanc lui-même, son apport consiste en une réflexion sur les les fondements des différences culturelles.

La tenue de Protestants en fête donnait un moyen de trouver une plus large audience pour ces réflexions : « C’est de tous ces travaux que la table ronde du Défap va s’efforcer de rendre compte », souligne Jean-Luc Blanc, qui animera les discussions où interviendront quatre des participants des stages CPLR. Rendez-vous donc le samedi 28 octobre à 14 heures sur la scène centrale de la place Kléber, à Strasbourg.

Retrouvez ci-dessous une vidéo faite à l’occasion du stage CPLR au Bénin:

 

Les liens CPLR – Défap :
Les domaines d’intervention de la Communion protestante luthéro-réformée (formation, mission…) ont poussé à des rapprochements avec le Défap, service missionnaire des Églises luthéro-réformées (même si l’une des Églises membres du Défap, l’UNEPREF, n’a pas de liens avec la CPLR). Si la formation initiale des pasteurs est assurée par la faculté de Strasbourg en Alsace-Moselle, et par l’Institut Protestant de Théologie pour la « France de l’intérieur », la formation permanente, élément essentiel de la vie des pasteurs, est gérée depuis longtemps en commun grâce à la CPLR. Pour le Défap, il s’agissait de promouvoir les thèmes de la missiologie et les préoccupations liées à la mission dans le cadre de cette formation continue. Après diverses expériences d’échanges de pasteurs (par exemple, un pasteur français pouvait partir un mois au sein d’une Église béninoise, et en retour, un pasteur béninois pouvait venir en France), expériences qui se heurtaient souvent à la difficulté de rendre les pasteurs disponibles durant une période aussi longue, le Défap a décidé de s’insérer dans les stages de formation de la CPLR. Avec l’idée d’organiser tous les deux ans un stage en commun Défap-CPLR, le Défap s’occupant de l’animation internationale.

 




Israël-Palestine : des femmes unies pour la paix

Le programme EAPPI (Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël) a été initié par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE), dont les Eglises membres représentent 550 millions de chrétiens dans le monde, en réponse à un appel de responsables chrétiens locaux. Lorsque la violence s’est répandue à travers Israël et les territoires occupés, après le déclenchement de la seconde Intifada (El Aqsa) en 2000, les responsables des Eglises de Jérusalem ont lancé un appel à soutenir leurs efforts pour une paix juste. La gestion des envois d’accompagnateurs a été reprise en 2012 par le Défap à la demande de la Fédération protestante de France.

Le programme EAPPI

Marie-Lyne Smadja © Women Wage Peace

Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin était tué de deux balles dans le dos, tirées à bout portant par un Israélien juif étudiant en droit et opposé aux accords d’Oslo. Ces accords, que Rabin avait signés deux ans plus tôt en tant que Premier ministre israélien, avaient suscité alors un immense espoir de paix au Proche-Orient en permettant la création de l’Autorité palestinienne et en cédant pour la première fois un contrôle partiel de certaines zones de la bande de Gaza et de la Cisjordanie aux Palestiniens. Si le processus de paix israélo-palestinien s’est trouvé freiné par cette mort, Yitzhak Rabin n’en reste pas moins un symbole en Israël.

Cette année, à Paris, pour commémorer les 22 ans de sa disparition, un hommage particulier lui sera rendu le 8 novembre à la mairie du 20ème arrondissement en présence notamment de Bernard Zilberg, président de la « Maison Itshak Rabin », et d’Aliza Bin Noun, ambassadeur d’Israël à Paris. Avec, en outre, des invitées qui témoignent de la poursuite des efforts de paix au sein de la société civile, menés aussi bien par des Israélien(ne)s que par des Palestinien(ne)s : Amal Rihan et Marie-Lyne Smadja, du mouvement « Women Wage Peace » (« Les femmes font la paix »), avec Huda Abuarquob, qui fait partie de la coordination d’ONG « Alliance pour la Paix au Moyen Orient » (APMO). Elles participeront à une rencontre qui sera animée par Eric Halimi, rédacteur en chef de RFM.

« Nous voulons la paix et ensemble, nous pouvons l’obtenir »

Pour aller plus loin :
« Les femmes pour la paix » : le site de l’ONG 

Cette rencontre intervient alors que le le mouvement « Les Femmes font la paix », né dans le sillage de l’opération militaire israélienne à Gaza de l’été 2014, qui revendique 24.000 partisans en Israël et 33.000 partisans à l’étranger, a organisé fin septembre-début octobre une marche pour la paix de deux semaines qui a réuni des milliers de femmes israéliennes et palestiniennes.

Marie-Lyne Smadja assurait alors que cette marche à travers Israël et la Cisjordanie occupée avait pour but de « faire entendre la voix de ces dizaines de milliers de femmes israéliennes juives et arabes, de gauche, centre et droite et de leurs partenaires palestiniennes, qui main dans la main ont pris ensemble cette route de la paix ». Huda Abuarquob estimait pour sa part : « Cette marche n’est pas une manifestation de plus mais le moyen de dire que nous voulons la paix et qu’ensemble, nous pouvons l’obtenir ».

Cette manifestation, qui avait déjà connu un précédent en 2016, avait reçu le soutien de diverses personnalités israéliennes, parmi lesquelles des députés, de l’opposition comme de la coalition de droite, ainsi que des artistes et écrivains.

Retrouvez ci-dessous l’affiche du débat organisé à Paris :




Pour aimer il faut aimer aimer !

Quand les Pharisiens apprirent que Jésus avait réduit au silence les Sadducéens, ils se réunirent. Et l’un d’eux, un maître de la loi, voulut lui tendre un piège ; il lui demanda :

« Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? »

Jésus lui répondit : « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. C’est là le commandement le plus grand et le plus important.

Et voici le second commandement, qui est d’une importance semblable : « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. » Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements. » Matthieu 22,34-40

 


Source : Pixabay

Rendons justice aux pharisiens. Loin d’être un piège, la question qu’ils posent à Jésus est essentielle, et Jésus y répond de très bonne grâce. Car s’il peut y avoir un consensus c’est bien celui-là : l’amour de Dieu, comme commandement fondamental reçu du Deutéronome et qui constitue le fondement de la vie juive : « Écoute, Israël ! L’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. Et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force. »  Deut 6,4-5

Quant à l’amour du prochain, il vient du Lévitique : « Tu ne te vengeras pas, et tu ne garderas pas de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel. Lévitique 19,17-18

Quelle est la relation entre les deux commandements d’amour ? Pour Jésus, ils sont de même importance. Ultérieurement, on lira dans l’épître de Jean : « Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? » I Jean 4,20.

Et dans l’enseignement juif qu’en est-il ?

Le maître Hillel, contemporain de Jésus, répondit à un homme qui voulait être initié au judaïsme sans avoir de temps à consacrer à une vraie formation : « Ce qui est détestable à tes yeux, ne le fais pas à autrui. C’est là toute la Torah, le reste n’est que commentaire. Maintenant, va et étudie ». Dans la version positive, Jésus ne fait que renforcer l’impératif de cette règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes » Matthieu 7,12

Mais aimer est difficile. Il faut vraiment désirer aimer, il faut aimer aimer. Cela s’apprend et se cultive, dans la méditation de l’Évangile, dans la prière, dans la rencontre et l’échange avec les autres.

 

 

Nous prions pour nos envoyées au Bénin et pour tous les Béninois.

Toi !
Toi qui es au-dessus de nous,
Toi qui es un de nous
Toi qui es aussi en nous
Fais que tout le monde te voie aussi en moi !
Que je prépare le chemin !

Qu’alors je te remercie de tout ce qui m’arrive.
Qu’alors je n’oublie pas la misère des autres.
Garde- moi dans ton amour
Comme tu veux que les autres demeurent dans le mien.
Que tout ce qui fait partie de mon être
Te soit gloire, et que je ne désespère jamais !
Car je suis dans ta main,
Et en toi sont toute force et toute bonté.

Donne-moi un cœur pur, afin que je voie,
Un esprit humble afin, que j’entende,
L’esprit de l’amour, afin que je te serve,
L’esprit de la foi, afin que je demeure en toi.

Toi que je ne connais pas mais à qui j’appartiens.
Toi que je ne comprends pas mais qui m’a voué à mon destin.
Toi !

Dag Hammarskjold 1905-1961,  ancien secrétaire général de l’Onu.


Source : Pixabay




Quelle Mission pour les bibliothèques ?

Visite de la bibliothèque du Défap, 3 octobre 2017, DR

Une bibliothèque sur la Mission, voilà qui se conçoit aisément : la thématique est riche, et que l’on parle des missions protestantes ou, plus encore, des missions catholiques, elle est abondamment pourvoyeuse de documents de grande valeur historique. Mais une bibliothèque missionnaire ? Le thème était au coeur du XXVe Congrès national de l’ABCF (Association des bibliothèques chrétiennes de France), qui s’est tenu à Paris du 2 au 5 octobre et avait pour titre : « Bibliothèques chrétiennes, médiatrices d’évangélisation ». L’ABCF, qui existe depuis 1963, regroupe plus de deux cents bibliothèques chrétiennes, principalement consacrées à la théologie et aux sciences religieuses.

Bien que ses membres (universités et instituts spécialisés, séminaires, bibliothèques diocésaines, monastères, couvents…) soient dans leur grande majorité catholiques, l’association ambitionne une ouverture plus large vers le monde protestant. Elle est d’ailleurs présidée par une protestante, Michèle Behr, responsable de la bibliothèque de l’Université Catholique de Lyon, et parmi les trois spécialistes invités à prendre la parole à sa table ronde inaugurale figuraient deux catholiques et un protestant : Gilles Vidal, docteur en théologie et en histoire contemporaine à l’Institut Protestant de Théologie, intervenait aux côtés d’Arnaud Join-Lambert (professeur en théologie pratique et en liturgie à l’Université catholique de Louvain) et de Joël Molinario (directeur de l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique à l’Institut Catholique de Paris). Gilles Vidal a notamment évoqué lors de son intervention son expérience en Nouvelle-Calédonie, où il avait été amené à mettre en place une bibliothèque dans un contexte culturel marqué par l’oralité.

Etre à l’écoute même des questions déstabilisantes

Pour aller plus loin :
Le site de la bibliothèque du Défap
Le site de l’ABCF
La page Facebook de l’ABCF
Le site des Missions étrangères de Paris
Le site du réseau Valdo

Pour Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap et qui assistait à cette table ronde, la thématique est ardue. « Le public de notre bibliothèque est plutôt constitué de chercheurs… » C’est-à-dire, soit de scientifiques pour lesquels la mission est simplement un objet d’étude… soit de boursiers issus d’Églises en lien avec le Défap, souvent pasteurs eux-mêmes et forcément déjà impliqués dans la problématique de la mission. Dans un cas comme dans l’autre, difficile d’envisager une action d’évangélisation. « Mais pour nombre de membre de l’ABCF qui sont des bibliothèques diocésaines, et dont le public est plus large, cette question de l’évangélisation peut se poser davantage. » Claire-Lise Lombard a été particulièrement marquée par l’intervention d’Arnaud Join-Lambert, qui s’est efforcé d’établir une typologie des actions possibles en fonction des contextes des Églises. « Aujourd’hui, souligne-t-elle, le travail des bibliothèques évolue beaucoup. Même les bibliothèques municipales connaissent des évolutions drastiques
dans leur offre. Elles vont de plus en plus vers des offres de convivialité, de partage, d’animation dans les communes ; elles cherchent à se rapprocher de gens qui sont dans un rapport très éloigné à la lecture. » D’où l’utilité d’une intervention qui pousse les bibliothèques chrétiennes « à réfléchir à leur rapport avec leurs utilisateurs, leur rapport au monde. Qui les pousse à être à l’écoute même des questions déstabilisantes… »

C’était la deuxième fois que la responsable de la bibliothèque du Défap était sollicitée à l’occasion de l’un de ces congrès (bien que le Défap n’ait pas de lien direct avec l’ABCF). Pour suggérer, tout d’abord, des spécialistes sur les missions protestantes (c’est ainsi que Gilles Vidal est également intervenu au deuxième jour sur le thème « Histoire des missions chrétiennes protestantes ») ; et pour servir de guide au sein de la bibliothèque du Défap. Celle-ci était en effet proposée comme but de visite aux congressistes, au même titre que la bibliothèque des Missions étrangères de Paris, qui regroupe pour sa part des archives représentant 350 ans d’histoire des missions catholiques.

Quelles suites envisager ?

Visite de la bibliothèque du Défap, 3 octobre 2017, DR

Si l’histoire des missions protestantes ne remonte pas aussi loin, la bibliothèque du Défap n’en a pas moins suscité beaucoup d’intérêt de la part de ses visiteurs. « Il s’agissait de représentants de bibliothèques diocésaines », souligne Claire-Lise Lombard, « peu au fait de l’histoire des missions protestantes et très curieux, très reconnaissants de pouvoir faire cette visite ».

De quoi suggérer des suites possibles à cette visite… Un rapprochement avec l’ABCF ? Claire-Lise Lombard l’envisage ; pour Blanche Jeanne, documentaliste à la bibliothèque du Défap, ce serait « une évidence : nous pourrions nous faire connaître davantage dans un réseau chrétien. Si des bibliothèques diocésaines reçoivent des demandes concernant le protestantisme, il est important qu’elles puissent les orienter vers nous. Et il y a des possibilités intéressantes d’échanges avec elles. »

Une première étape pourrait être que le Réseau Valdo, regroupement européen de bibliothèques d’institutions protestantes, dont fait partie le Défap, charge à tour de rôle l’un de ses membres de le représenter au sein de l’ABCF.




« Rendre à César ce qui est à César »

Les Pharisiens allèrent alors tenir conseil pour décider comment ils pourraient prendre Jésus au piège par une question. Ils envoyèrent ensuite quelques-uns de leurs disciples et quelques membres du parti d’Hérode dire à Jésus :

« Maître, nous savons que tu dis la vérité : tu enseignes la vérité sur la conduite que Dieu demande ; tu n’as pas peur de ce que pensent les autres et tu ne tiens pas compte de l’apparence des gens. Dis-nous donc ce que tu penses de ceci : notre loi permet-elle ou non de payer des impôts à l’empereur romain ? »

Mais Jésus connaissait leurs mauvaises intentions ; il leur dit alors : « Hypocrites, pourquoi me tendez – vous un piège ? Montrez-moi l’argent qui sert à payer l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’argent, et Jésus leur demanda : « Ce visage et ce nom gravés ici, de qui sont-ils ? » — « De l’empereur », répondirent-ils. Alors Jésus leur dit : « Payez donc à l’empereur ce qui lui appartient, et à Dieu ce qui lui appartient. » Matthieu 22,15-21

 


Source : Pixabay

Est-il permis de payer l’impôt à César ?

Au temps de Jésus, Rome occupe le pays et prélève de lourdes taxes sur les habitants. La vraie question n’est donc pas la permission de payer, mais celle de ne pas payer. En vertu de la loi du plus fort est-il possible de ne pas payer l’impôt à César ?

A moins que les interlocuteurs de Jésus ne fassent allusion à une loi religieuse qui aurait la possibilité de contrevenir à la loi politique et d’interdire aux croyants de payer les impôts à César. Telle n’est pas la loi juive, qui a édicté un principe : « La loi du pays est la loi. »

Dans l’épître aux romains au ch 13, l’apôtre Paul invite à se soumettre aux autorités de l’Etat, non par peur, mais par motif de conscience, car elles ont été instituées par Dieu. « C’est aussi pour cela que vous payez des impôts. » Ro 15,6

Mais cette conscience, pour être libre, doit pouvoir garder la possibilité d’un refus ou d’une objection. Elle doit rester critique vis-à-vis du pouvoir. Souvenons-nous de la réaction des apôtres arrêtés par le Sanhédrin et sommés de renoncer à leur enseignement au nom de Jésus. Ils répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Actes 5,29

Alors comment comprendre « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ?

Le propos si juste de Jésus nous prévient contre la tentation de confondre les deux ordres du politique et du religieux, ce qui est dangereux. Utiliser le nom de Dieu pour justifier ou renforcer le pouvoir politique peut conduire à une forme de totalitarisme, ce qui finit par discréditer complètement le religieux. Mais utiliser le nom de Dieu pour nier toute valeur au pouvoir politique est également dangereux, quand il génère un fanatisme susceptible de devenir violent.

 

 

Nous prions pour notre envoyé à Djibouti, sa famille et toute l’Eglise avec cette prière d’André Dumas.
 

Notre Dieu, tu as bien mis dans ta Bible la prophétie pour nous secouer, nous réveiller, nous révolter, nous relever, nous qui toujours baissons la tête et les bras, et qui mettons le cœur en berne. Tu es comme le photographe qui nous ordonne de crier, de rire et de vivre, car sans lui, sans toi, nous resterions moroses, comme les enfants assis sur la place, pour lesquels on joue de la flûte et ils ne dansent pas, auprès desquels on entonne un chant funèbre et ils ne pleurent pas (Luc 7, 32).
Oui, ô Dieu, sans la prophétie nous resterions assis, comme si rien ne se passait, ni en arrière, ni au milieu, ni en avant. Sans la prophétie la vie est grise, l’histoire est plate, la terre est creuse, nos vies sont des feuilles mortes que n’aspire aucun vent.

Mais tu veux bien que j’ajoute aussi, ô notre Dieu : quand il n’y a que la prophétie, la parole frôle le délire, les annonces messianiques titubent entre le fanatisme et la puérilité. Il y a des jours où il suffit que j’entende : c’est prophétique, pour savoir que c’est menteur, bluffeur, meurtrier et raté.

Heureusement, mon Dieu, que tu as aussi mis dans ta Bible la sagesse et tous ces proverbes qui sont si peu prophétiques et tellement terre à terre que nos pieds s’y retrouvent et que nos mains les tâtent comme des bons fruits dans le temps présent.

Oui, ô Dieu, sans la sagesse nous resterions debout à toujours gesticuler, comme ces agités qui croient qu’à force de prédire ils vont produire et qu’en criant ils se feront mieux croire. Sans la sagesse la vie est bouffie, enflée comme une baudruche.

Nous te remercions, notre Dieu, que dans ta Bible, dans nos vies, dans nos amours, il y ait la prophétie et la sagesse, un temps pour s’enflammer et un autre temps pour s’éteindre, mais pour durer, un temps pour Esaïe, pour Jérémie, pour Ezéchiel, et un temps pour Salomon, pour l’Ecclésiaste, pour le Siracide, un temps pour que je me lève et un temps pour que je m’assoie, un temps pour la hâte et un temps pour la halte.


Source : Pixabay




Nouvelle-Calédonie : trouver les ferments d’union

NOUVELLE-CALÉDONIE ET ÎLES LOYAUTÉ
Fiche et présentation du programme ABS

Septembre 2017 : les intervenants de la conférence sur la Nouvelle-Calédonie © F. Lefebvre, Défap

Après la conférence organisée le 18 septembre dernier au siège de la Fédération protestante de France, la Nouvelle-Calédonie sera évoquée lors du prochain Conseil du Défap, qui se tient les 14 et 15 octobre au 102 boulevard Arago, à Paris. Alors que l’approche du référendum d’autodétermination prévu à l’automne 2018 cristallise les tensions après 30 ans de paix civile, le protestantisme français, lié à l’histoire de l’archipel, a un rôle à jouer pour aider au dialogue. Un dialogue qui apparaît de plus en plus comme une urgente nécessité, alors que les positions politiques, en métropole comme dans l’archipel, tendent plutôt à la crispation. Illustration avec la mission parlementaire d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie : à peine constituée, elle se trouve au coeur d’une tourmente politique avec la démission de Jean-Luc Mélenchon. 

Cette mission, qui existait sous la précédente législature, a tenu sa réunion constitutive le 3 octobre dernier à l’Assemblée nationale. Elle a arrêté à cette occasion la liste de ses membres et nommé à sa tête Manuel Valls. L’ex-Premier ministre a souligné en réunion que l’objectif de cette mission d’information serait « d’informer de la situation locale », de « favoriser le dialogue » et de « préparer le premier référendum de 2018 ». Quelques jours auparavant, dans un entretien au site d’information en ligne Outremers 360, en partenariat avec la télévision Caledonia, Manuel Valls indiquait déjà sa volonté de « beaucoup s’impliquer » dans la préparation du référendum de 2018, soulignant « qu’à l’occasion de la venue de tous les acteurs » à Paris pour le dernier « comité des signataires » avant le référendum (les 2 et 3 novembre), il aurait « l’occasion de (s)’entretenir avec chacun des protagonistes ». Or c’est précisément pour protester contre la nomination de Manuel Valls que Jean-Luc Mélenchon a démissionné de manière fracassante. En Nouvelle-Calédonie même, la composition de cette mission d’information est contestée, le Rassemblement Indépendantiste et Nationaliste soulignant notamment la présence de deux députés du groupe loyaliste « Calédonie Ensemble ».

Un avenir à construire ensemble

Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : aider au dialogue (conférence du Défap)
Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches
ABS : Un programme de soutien aux étudiants de Nouvelle-Calédonie

Jonathan Tholo, aperçu d’une réussite

Hasard de calendrier, indépendantistes et non indépendantistes se sont exprimés le mercredi 4 octobre à la tribune de l’ONU devant la commission de décolonisation. Une commission qui se tient tous les ans et qui examinait cette année le cas de la Nouvelle-Calédonie. Les interventions, préfiguration des débats qui devraient monter dans l’archipel au cours des prochains mois, ont mis en présence les différents camps, avec toutes leurs nuances, montrant que le contexte ne se résume pas à l’opposition entre des Kanaks majoritairement indépendantistes et des Caldoches opposés à l’éloignement de l’État français.

La Nouvelle-Calédonie entre dans un moment crucial de son histoire, et quel que soit le résultat du référendum d’autodétermination, les 260 000 Calédoniens, dont 110 000 Kanak, devront réussir après le vote à construire ensemble l’avenir de l’archipel. Mais aux forces de division s’opposent de puissants ferments d’union, des valeurs enracinées aussi bien dans la religion que dans la coutume et qui pourraient permettre de trouver un socle suffisant pour faire dialoguer les positions apparemment les plus irréconciliables. Les Églises (et le protestantisme français en particulier, si lié à l’histoire de l’archipel, depuis Maurice Leenhardt jusqu’à Jacques Stewart) ont un rôle crucial à jouer pour permettre au débat de se déployer avant le référendum, au-delà des querelles de personnes ou de partis, et permettre de retrouver ce qui fonde aujourd’hui l’identité néo-calédonienne. Elles sont attendues sur ce terrain. 

Les rendez-vous de 2017 – 2018 :
  • Août 2017: participation des Secrétaires généraux du Défap et de la Cevaa au Synode général de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) à Lifou, îles Loyauté ; visite du lycée protestant Do Neva et du chantier de réhabilitation après les inondations catastrophiques de novembre 2016.
  • 18 septembre 2017 : soirée publique de conférence au siège de la Fédération protestante de France à Paris sur le thème « la Nouvelle-Calédonie à la croisée des chemins ».
  • Septembre 2017 – juillet 2018 : animations dans les paroisses protestantes de métropole, autour des défis que vit la Nouvelle-Calédonie à la veille du référendum et de la place du protestantisme calédonien.
  • Janvier 2018 : visite en France d’une délégation de Nouvelle-Calédonie et de l’EPKNC pour participer à des conférences dans toute la France et rencontrer les nouvelles autorités politiques françaises.
  • Mai 2018 : visite en Nouvelle-Calédonie, avant le référendum de novembre 2018, d’une délégation française sous l’égide de la Fédération protestante de France.

 

 




Comment refuser une telle invitation ?

Jésus utilisa de nouveau des paraboles pour parler à ses auditeurs. Il leur dit :
« Voici à quoi ressemble le Royaume des cieux : Un roi organisa un repas pour le mariage de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler les invités pour ce repas, mais ils ne voulurent pas venir.
Il envoya alors d’autres serviteurs avec cet ordre : « Dites aux invités : Mon repas est préparé maintenant, mes taureaux et mes bêtes grasses sont tués, tout est prêt. Venez au repas de mariage !» Mais les invités ne s’en soucièrent pas et s’en allèrent à leurs affaires : l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres saisirent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
Le roi se mit en colère : il envoya ses soldats tuer ces assassins et incendier leur ville.
Puis il dit à ses serviteurs : « Le repas de mariage est prêt, mais les invités ne le méritaient pas. Allez donc dans les principales rues et invitez au repas tous ceux que vous pourrez trouver. » Les serviteurs s’en allèrent dans les rues et rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons ; et ainsi, la salle de fête se remplit de monde.
Le roi entra alors pour voir les invités et il aperçut un homme qui ne portait pas de costume de fête. Il lui demanda : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans costume de fête ?» Mais l’homme ne répondit rien. Alors le roi dit aux serviteurs : « Liez-lui les pieds et les mains et jetez-le dehors, dans le noir. C’est là qu’il pleurera et grincera des dents. »
En effet, ajouta Jésus, beaucoup sont invités, mais peu sont admis. » Matthieu 22,1-14

 


Les noces de Cana – Véronèse, Musée du Louvre

Dans toutes les sociétés, les noces signifient bombance, retrouvailles, joie. En plus il s’agit ici du mariage du fils du roi !

Lequel d’entre nous s’imagine refuser une invitation de cette nature ? Comment ne pas craindre d’offenser le souverain ?

Quelle histoire invraisemblable ! Tout au plus pourrait-on l’imaginer en contexte de crise politique, à un moment où le monarque en place, près d’être déchu, est délaissé pour une nouvelle figure de pouvoir, en pleine ascension.

Pourtant notre monarque n’a pas perdu tout pouvoir. Pour preuve il répond de manière musclée aux offenses qu’on lui fait et à la violence dont sont victimes ses serviteurs, quand il les envoie renouveler ses invitations.

De quoi est-il question ?

Du refus de l’amour ? Mais comment peut-on refuser l’amour?

Certains ont simplement autre chose à faire ; d’autres le méprisent, d’autres encore le haïssent au point de le tuer. Et l’homme qui n’a pas revêtu son habit de fête symbolise peut-être, non les pauvres qui n’ont pas de quoi se vêtir, mais « ces chiens ou ces cochons auxquels il ne faut pas offrir de perles, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, et, se tournant contre vous, ne vous déchirent ». Matthieu 7 ,6

C’est une illusion de croire que l’amour suffit à convertir le cœur des hommes. Parfois il suscite le rejet la haine, comme la lumière provoque les ténèbres. Sans doute faut-il être « petit » et garder un cœur d’enfant pour se laisser toucher, inviter, comme ces gens des rues, « les mauvais comme les bons » qui se rassemblent finalement dans la salle du festin !

A la veille de sa passion, Jésus nous invite à méditer sur les sombres aspects de la nature humaine, et à comprendre de tout notre être que nous sommes vraiment invités à entrer dans l’amour et la joie de Dieu.

 

 

Nous prions pour nos envoyées au Congo-Brazzaville et pour tout le pays.

Seigneur,
Dans un monde sans foi ni espérance,
Même si on me traite de fou je prierai.
Même si on se ligue contre moi, je prierai encore plus fort.
Même si on m’emprisonne, je conduirai vers toi prisonniers, geôliers et juges.

Aide-moi à susciter l’espérance parmi les désespérés,
Les étrangers, les réfugiés, les exclus.
Seigneur, à cause de toi, je crois que rien n’est perdu,
Que ton amour envers les hommes demeurent le même !

Je te prier pour les semeurs de tristesse et de mort,
Pour les responsables irresponsables de ce temps,
Pour ton Eglise émiettée sur la terre,
Pour l’avènement du temps promis
Où le partage équitable se fera entre les nantis et les démunis,
Entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest.

Seigneur apprends-moi à prier,
A compter sur toi, à œuvrer avec toi,
A prier encore et encore avec foi et persévérance.

Pasteur Samuel Noutanewo, Cameroun


Source : Pixabay




Aider les âmes et prendre soin des corps

Les relations entre la mission et l’action sociale sont au coeur du numéro 73 de « Perspectives missionnaires », titré : « Témoignage et diaconie ». Cette revue de missiologie protestante, créée en 1981, présente et analyse ainsi chaque semestre les défis du témoignage chrétien à travers le monde, ainsi que les réponses apportées par les Eglises dans le contexte de la mondialisation et des mutations culturelles.

Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion.

Pour aller plus loin :
Retrouvez les archives de « Perspectives missionnaires » sur le site de l’AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) en cliquant sur l’image ci-dessus. Et retrouvez ci-dessous les anciens numéros :
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

C’est le rôle que joue depuis 1981 « Perspectives missionnaires », unique revue protestante de missiologie de langue française, éditée par l’association de même nom. Comment se former à la mission ? Quelles relations avec les autres chrétiens, avec les autres religions ? Comment parler de la mission en Europe aujourd’hui, comment répondre aux défis du monde actuel comme, par exemple, celui de l’écologie ? Tous ces grands thèmes ont été abordés par « Perspectives missionnaires ». Le numéro 73, sous le titre : « Témoignage et diaconie », aborde la question de l’entraide, de l’action sociale, de la solidarité sous toutes ses formes.

« De façon récurrente », souligne en introduction Marc Frédéric Muller, qui a coordonné le dossier, « on a pu considérer la mission comme une entreprise de conquête des âmes et d’appel à la conversion, sans l’associer nécessairement à un mouvement de sollicitude envers les personnes en situation de fragilité, malades, nécessiteuses ou persécutées. Cette conception réductrice de l’évangélisation semble pourtant bien souvent démentie par l’histoire des sociétés missionnaires qui, avant de construire un édifice pour le culte, avaient à coeur de bâtir une école ou un dispensaire, et se sont engagées pour l’émancipation ».

La diaconie aujourd’hui peut recouvrir des compréhensions et des pratiques très différentes. Elle fait même l’objet d’enseignements universitaires, comme le souligne l’un des contributeurs de ce numéro de « Perspectives missionnaires », Kjell Nordstokke, pasteur luthérien et professeur en diaconie à Oslo. Mais elle n’échappe pas à la problématique des déséquilibres de pouvoir, d’où une nécessaire réflexion sur la responsabilisation et l’autonomie… A découvrir dans ce numéro, outre des études théologiques sur la diaconie dans les lettres de Paul, historiques ou sociologiques sur la diaconie aujourd’hui, des témoignages de diacres protestants ou catholiques ; signalons notamment celui de Pierre Adama Faye, vice-président de l’Eglise Luthérienne du Sénégal (et responsable de l’action sociale de l’Eglise) et d’Anna Tikum, engagée au service de l’action diaconale de l’ELS.

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 73 de « Perspectives missionnaires » :

 




Togo : les Eglises appellent au dialogue

Depuis des semaines, les manifestations se multiplient au Togo pour réclamer une limitation du nombre de mandats présidentiels, et le départ du président Faure Gnassingbé, arrivé au pouvoir en 2005 à la mort de son père. Après les catholiques, l’EEPT (Eglise Evangélique Presbytérienne du Togo) et l’EMT (Eglise Méthodiste du Togo) viennent de diffuser une déclaration commune.


Le texte de l’appel de l’EEPT et de l’EMT

Ce n’est pas la première fois au Togo que les Eglises, qu’elles soient protestantes ou catholique, lancent un même appel à l’apaisement et au dialogue. Après une série de manifestations violemment réprimées en août et septembre pour réclamer une limitation du nombre de mandats présidentiels, la Conférence des évêques du Togo a diffusé une déclaration officielle réclamant au gouvernement d’entreprendre « les réformes demandées par le peuple » et condamnant en outre « la répression en cours. » Dans un entretien au journal La Croix (à lire ici), Mgr Denis Amuzu-Dzakpah, archevêque de Lomé, s’est dit prêt à jouer le rôle de médiateur. A leur tour, l’Eglise Evangélique Presbytérienne du Togo et l’Eglise Méthodiste du Togo viennent de diffuser une déclaration commune dans laquelle elles indiquent vouloir « solennellement apporter leur soutien à l’offre de médiation faite par l’Eglise catholique du Togo. »

Cette déclaration de l »EEPT et de l’EMT, dont vous pouvez retrouver le texte intégral ici, a été rendue publique le 3 octobre, à la veille de nouvelles manifestations annoncées par l’opposition togolaise, les 4 et 5 octobre. Selon les opposants, la manifestation de mercredi sera un « ultime avertissement » pour le président Faure Gnassingbé avant la « marche » annoncée le lendemain.

Dialogue rompu entre le président et l’opposition

Pour aller plus loin :
Le texte intégral de la déclaration de l’EEPT et de l’EMT sur le site de la Cevaa
« Nous avons besoin de soutien » : interview de Prosper Comlan Deh, coordinateur du PAOET, sur le site de la Cevaa

L’EEPT et l’EMT sont toutes deux membres de la Cevaa, la Communauté d’Eglises en Mission dont font également partie l’Eglise Protestante Unie de France, l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine ainsi que l’Unepref (Union des Eglises Protestantes Réformées Evangéliques de France). Ces deux Eglises togolaises sont à l’origine d’une plateforme commune, le Projet d’Accompagnement Œcuménique pour le Togo (PAOET), destiné à porter leur rôle d’acteurs de la société civile togolaise, qui a longtemps bénéficié du soutien financier des Eglises de France, via le Défap. Les relations restent aujourd’hui proches avec le protestantisme togolais : Bertrand Vergniol, Secrétaire général du Défap, sera ainsi présent au synode de l’EEPT en mars 2018.

L’histoire politique récente du Togo témoigne de sa difficulté à trouver une voie apaisée. Pendant près de 40 ans, le pays a été dirigé par Gnassingbé Eyadema (de 1967 à sa mort en 2005). Depuis 2005, c’est le fils de ce dernier, Faure Gnassingbé Eyadema, qui lui a succédé à la présidence de la République. Des cinq scrutins présidentiels organisés durant la présidence de Gnassingbé Eyadema, aucun n’a évité les controverses et les violences. Depuis 2005, les rendez-vous électoraux oscillent entre ouverture démocratique et phases de durcissement entre le parti au pouvoir et l’opposition. Le président actuel en est à son troisième mandat. Il a été réélu à deux reprises en 2010 et en 2015 lors de scrutins contestés par l’opposition. Entretemps, la Constitution adoptée en 1992, qui prévoyait un maximum de deux mandats présidentiels, a été modifiée à plusieurs reprises. C’est dans ce contexte politique propice aux violences que les Eglises togolaises se sont engagées, voilà plus d’une décennie, comme acteurs de la société civile ; un rôle qui s’est trouvé formalisé peu avant les élections de 2010 à travers le PAOET.

La situation actuelle suscite d’autant plus les inquiétudes que le dialogue semble rompu entre le parti au pouvoir et l’opposition. Début septembre, après des manifestations violentes, le gouvernement a semblé chercher l’apaisement en soumettant au Parlement un projet de réforme constitutionnelle prévoyant notamment la limitation à deux mandats présidentiels. Mais l’opposition a refusé de participer au vote, dénonçant un texte qui n’étant pas rétroactif, permettrait au président d’exercer malgré tout deux mandats supplémentaires à partir de 2020, à l’issue de son mandat actuel. Le projet de réforme, approuvé par les seules voix des députés du parti présidentiel, n’a pas obtenu la majorité des quatre cinquièmes qui lui aurait permis d’entrer directement en vigueur ; mais il a tout de même dépassé le seuil des deux tiers qui lui permet d’être soumis au peuple togolais via un référendum. Référendum qui devrait être organisé d’ici la fin de l’année, mais dont l’opposition conteste le principe, réclamant un retour pur et simple à la Constitution de 1992.




Chrétiens d’Orient : deux mille ans d’histoire

LES ACTIONS DU DEFAP :
Le programme EAPPI
Le Défap au Liban
Les envoyés en Egypte

IMA © Institut du Monde Arabe

Les guerres ne détruisent pas seulement les vies et les villes ; elles ravagent les mémoires. Elles effacent les patrimoines, les cultures. Elles redessinent les contours de l’histoire des peuples. Parler de Syrie aujourd’hui, c’est évoquer Daech et ses exactions ; parler de la Palestine, c’est revenir sur l’interminable conflit israélo-palestinien… Que l’on regarde à l’Est de la Méditerranée et les chrétiens semblent être, soit oubliés, soit confinés au rôle de victimes. On finirait par oublier que c’est précisément là que le christianisme est né ; que quittant le berceau de Jérusalem, il a atteint aussitôt la Syrie. C’est sur la route de Damas que Paul fut aveuglé par la révélation de Christ… Le christianisme s’est ainsi diffusé dans tout le Proche-Orient : en Egypte, au Liban, en Jordanie, en Irak.

Cette histoire deux fois millénaire ne fut pas que tragique, loin de là ; les chrétiens ont joué un rôle majeur dans le développement politique, culturel, social et religieux de cette région du monde. C’est précisément ce que veut rappeler l’exposition « Chrétiens d’Orient : deux mille ans d’histoire » organisée à l’Institut du Monde Arabe, à Paris.

Ne pas oublier les chrétiens d’Orient…

Infos pratiques :
  Quand : du 26 septembre 2017 au 14 janvier 2018
    mardi, mercredi, jeudi, vendredi de 10h à 18h
    samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 19h
  Où : à l’Institut du monde arabe, 1 Rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris

Cette place singulière est ici mise en lumière au travers de périodes charnières : installation du christianisme religion d’Etat, conciles fondateurs, conquête musulmane, essor des missions catholiques et protestantes, apport des chrétiens à la Nahda (renaissance arabe), renouveau des XXe et XXIe siècles. L’accent est également mis sur la vitalité actuelle des communautés chrétiennes du monde arabe, en dépit des soubresauts de l’actualité récente. Au fil du parcours, l’accent est mis sur la formidable diversité du christianisme, avec ses Eglises copte, grecque, assyro-chaldéenne, syriaque, arménienne, maronite, latine et protestante : chaque facette du christianisme oriental dans ses dimensions orthodoxe et catholique a sa place dans l’exposition. Le parcours est jalonné d’œuvres patrimoniales majeures, dont de nombreux chefs-d’œuvre encore jamais montrés. Certains ont été prêtés pour l’occasion par les communautés elles-mêmes. Entre autres merveilles, les Evangiles de Rabula, un célèbre manuscrit enluminé syriaque du VIe siècle, et les premiers dessins chrétiens connus au monde, de Doura-Europos en Syrie, datant du IIIe siècle.

Une exposition pour ne pas oublier les chrétiens d’Orient… Car les communautés chrétiennes d’Egypte, du Liban, d’Israël-Palestine, de Syrie ont besoin de la fraternité des chrétiens d’Occident. Ce lien doit être entretenu ; le Défap s’y emploie avec ses partenaires aussi bien en France qu’au Proche-Orient.

Israël-Palestine, Liban, Egypte : ce que fait le Défap

Culte à Dhour Chouwer, au Liban, octobre 2016 – DR

En Israël-Palestine, le Défap gère depuis 2012, à la demande de la Fédération protestante de France, les envois des accompagnateurs du programme EAPPI (Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël), initié par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE) en réponse à un appel de responsables chrétiens locaux. Lorsque la violence s’est répandue à travers Israël et les territoires occupés, après le déclenchement de la seconde Intifada (El Aqsa) en 2000, les responsables des Eglises de Jérusalem ont lancé un appel à soutenir leurs efforts pour une paix juste : EAPPI a pour mission d’accompagner les Palestiniens et les Israéliens dans leurs actions non violentes. Le Défap est aussi en lien, via la Ceeefe (Communauté d’Eglises Protestantes Francophones dans le monde) avec la communauté protestante francophone de Jérusalem et Tel Aviv, Eglise de tradition pentecôtiste dirigée par le pasteur Jacques Elbaz.

Au Liban, le pasteur de l’EFPB (Eglise Française Protestante de Beyrouth) est un envoyé du Défap. Après le départ de son prédécesseur, le pasteur Robert Sarkissian, à l’été 2013, l’APFB (Association Protestante Française de Beyrouth) et la CEEEFE (Commission des Eglises protestantes d’expression française à l’extérieur) ont dû trouver les moyens d’envoyer un nouveau pasteur, Pierre Lacoste, avec l’aide technique du Défap. L’association propriétaire (APFB) a vendu une partie du terrain qu’elle possédait pour pouvoir mettre en place un projet de construction d’un nouveau temple qui devrait être achevé à la fin de l’année 2017. Avec la perspective de mettre en place de l’action sociale, culturelle et de solidarité.

En Egypte, le Défap assure le suivi des envoyés de l’ACO (Action Chrétienne en Orient) en lien avec les Eglises protestantes de ce pays, dans le cadre de la plate-forme Moyen-Orient. Il s’agit de missions d’enseignement (soutien scolaire, apprentissage de l’expression française), mais au-delà, il s’agit d’une expérimentation quotidienne du « vivre ensemble » qui fait mentir ceux qui prêchent la violence entre les communautés. Comme le raconte une ancienne envoyée, décrivant l’école où elle travaillait : « chrétiens et musulmans se côtoient dans le corps enseignants et chez les élèves (…) Dans cette société égyptienne fragmentée c’est, d’après moi, une bénédiction ! »

Retrouvez ci-dessous la présentation en vidéo de l’exposition :




Nouvelle-Calédonie : aider au dialogue

En Nouvelle-Calédonie, l’approche du référendum d’autodétermination prévu à l’automne 2018 cristallise les tensions après 30 ans de paix civile. Le protestantisme français, lié à l’histoire de l’archipel, a un rôle à jouer pour aider au dialogue. C’est la conviction qui a poussé à l’organisation de la conférence qui s’est tenue le 18 septembre dernier au siège de la Fédération protestante de France.


Septembre 2017 : les intervenants de la conférence sur la Nouvelle-Calédonie © F. Lefebvre, Défap

« En Nouvelle-Calédonie, l’évangélisation a précédé la colonisation », rappelle Vincent Bouvier devant la salle comble, où se tient une conférence sur l’avenir de l’archipel. Nous sommes au soir du 18 septembre, à la Maison du Protestantisme, à Paris ; et d’une phrase, celui qui fut Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie d’août 2014 à juin 2016, résume la profondeur des liens qui unissent les protestants de France à cette terre. La Mission de Londres y était présente avant le passage sous domination française ; forcée au départ, elle a passé le relais à la Mission de Paris, qui a aidé à vivre l’Eglise locale, mais aussi défendu l’identité Kanak au travers notamment des travaux de Maurice Leenhardt. Aujourd’hui encore, ces liens se concrétisent à travers le Défap par des échanges d’envoyés, de pasteurs, de groupes de jeunes. Lorsque le lycée Do Neva a été frappé par des inondations en novembre 2016, le Défap a lancé un appel aux Eglises de France. Comment ces liens pourraient-ils être utilement employés pour aider la Nouvelle-Calédonie alors qu’approche un référendum d’autodétermination vu avec inquiétude par une grande partie de la population ?

Silencieuses et attentives au sein du public, on trouve plusieurs personnalités fortement liées à l’histoire néo-calédonienne – tel Alain Christnacht, qui précéda de 20 ans Vincent Bouvier au poste de Haut-Commissaire. On trouve aussi des chercheurs, pasteurs, étudiants du programme ABS… Sur l’estrade leur faisant face, Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, distribue la parole entre Vincent Bouvier, Jonathan Tholo, étudiant à l’école navale et figure de proue du programme ABS, et le pasteur Ben Houmbouy, de l’EPKNC (Eglise Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie). Tous témoignent, à leur manière, de l’enjeu représenté par le référendum qui s’annonce à l’automne 2018, et qui devrait marquer la sortie des « Accords de Matignon ». La Nouvelle-Calédonie doit-elle devenir indépendante ? Faudrait-il préférer les solutions de « l’Etat associé » ou de « l’Etat fédéré » défendues par Jean-Jacques Urvoas ? La formulation même de la question qui sera posée suscite déjà les crispations, alimentant les craintes de violences entre pro et anti-indépendantistes à l’approche du vote. Il faudrait un patient travail d’explication pour déminer le débat, ce que les politiques locaux ne font pas.

« La question : indépendance ou non, est vue comme trop radicale »

Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches
ABS : Un programme de soutien aux étudiants de Nouvelle-Calédonie

Jonathan Tholo, aperçu d’une réussite

En introduction à la conférence, François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, a voulu mettre des mots sur cet enjeu. Trois mots : confiance ; paix (« la paix qui n’est en rien une évidence ») ; et promesse (« nous voulons croire que la République française et la Nouvelle-Calédonie sauront tenir leur promesse »). Il y a ajouté une référence à la « sagesse des Eglises », qui « ont une responsabilité ». Puis, chacun des trois intervenants a été invité à décrire « sa » Nouvelle-Calédonie à travers plusieurs thèmes : quels ont été les faits marquants de ces 30 dernières années ? Comment sortir des « Accords de Matignon » ? Quelle est la place du religieux, et celle de la coutume? Que serait la Nouvelle-Calédonie de mes rêves dans 50 ans ?

Pour Jonathan Tholo, né après les accords de Matignon, arrivé en métropole il y a 7 ans pour ses études, la Nouvelle-Calédonie reste évidemment « le plus beau pays du monde », comme il le postule avec une pointe d’auto-dérision. Il décrit un pays multiculturel, « un « melting-pot » ethnique, religieux, construit sur un passif lourd », où les jeunes des diverses communauté vivent plus facilement ensemble que leurs aînés (« Je n’ai pas connu ces années où le Caldoche était un ennemi »), ce qui n’occulte ni le problème de la hausse de la délinquance, ni celui du suicide des jeunes.

Intervention du public lors de la conférence sur la Nouvelle-Calédonie © F. Lefebvre, Défap

Le pasteur Ben Houmbouy, s’il admet que « nous sommes une population multiraciale », nuance : « On se tolère, mais c’est un destin sans relation. Il n’y a pas loin de la tolérance à l’indifférence. On parle de destin commun, mais ça reste plutôt un slogan ». Vincent Bouvier rappelle enfin que les « Accords de Matignon », après la violence des « événements » qui avait culminé en 1988 lors de la sanglante prise d’otages d’Ouvéa, ont permis 30 ans de paix civile. Et il insiste sur le contexte qui pèse sur le référendum à venir. Contexte géographique : un archipel à 18.000 km de la France, proche de grands voisins comme l’Australie qui guettent de près ce qu’il adviendra de l’influence française dans le Pacifique. Contexte économique : le nickel est un enjeu stratégique et politique majeur (la Nouvelle-Calédonie concentre 25 % des ressources mondiales connues). Contexte social : les inégalités restent fortes. Si les accords de Matignon et Nouméa ont offert à la Nouvelle-Calédonie une grande autonomie, ont permis l’émergence d’une citoyenneté néo-calédonienne, de nombreux conflits sociaux continuent à se régler dans les locaux du Haut Commissariat, même en l’absence de compétence officielle de l’Etat…

« La religion a un rôle majeur à jouer »

Les intervenants de la conférence, réunis autour du secrétaire général du Défap © F. Lefebvre, Défap

Dans ce contexte, souligne l’ancien Haut-Commissaire, « un référendum posé de façon binaire risque de déboucher sur une situation de tension ». Jonathan Tholo renchérit : «  la question : indépendance ou non, est vue comme trop radicale par les jeunes, qui veulent voter, s’impliquer, mais redoutent les conséquences ». Pour le pasteur Ben Houmbouy, « chacun a peur. Les indépendantistes, qui attendent depuis longtemps ce vote, ont peur d’échouer dans leur quête ; les non-indépendantistes, habitués à commander, ont peur de devoir obéir. Et chaque camp reste imparfaitement uni, relié par des motifs d’intérêt bien plus que par la recherche de l’intérêt commun ».

Mais à ces forces de division s’opposent de puissants ferments d’union. Des valeurs enracinées aussi bien dans la religion que dans la coutume et qui pourraient permettre, comme l’espère Vincent Bouvier, de trouver un socle suffisant pour faire dialoguer les positions apparemment les plus irréconciliables. « Ce sont des hommes d’Eglise, rappelle l’ancien Haut-Commissaire, qui ont permis, souvent en désaccord avec les autorités de l’époque, de poser un regard différent sur l’identité Kanak. La religion a un rôle majeur à jouer dans la gestion des tensions et le maintien du dialogue. » Dans cette terre où religion et relations coutumières s’imbriquent, les deux se renforcent pour faire vivre une communauté, ce qu’illustre Jonathan Tholo : « Dans la tribu dont je suis issu, le temple a sa place ; le pasteur est intégré au groupe, on lui donne un lopin de terre, on s’occupe de ses enfants… » Comme le résume Bertrand Vergniol, « les Calédoniens ont besoin d’un rien ; ce rien, ce pourrait être l’Evangile. C’est au nom de cet Evangile que Maurice Leenhardt était parti à Nouméa. »




Violences autour d’une vigne !

Méditation du jeudi 5 octobre 2017. Nous prions pour notre envoyé au Cameroun et pour tous les Camerounais

   « Écoutez une autre parabole :
Il y avait un propriétaire qui planta une vigne ; il l’entoura d’un mur, y creusa la roche pour le pressoir à raisin et bâtit une tour de garde. Ensuite, il loua la vigne à des ouvriers vignerons et partit en voyage.
Quand vint le moment de récolter le raisin, il envoya ses serviteurs aux ouvriers vignerons pour recevoir sa récolte. Mais les vignerons saisirent ses serviteurs, battirent l’un, assassinèrent l’autre et tuèrent un troisième à coups de pierres.
Alors le propriétaire envoya d’autres serviteurs, en plus grand nombre que la première fois, mais les vignerons les traitèrent de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils en pensant : « Ils auront du respect pour mon fils. » Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : « Voici le futur héritier ! Allons, tuons-le et nous aurons sa propriété !» Ils le saisirent donc, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
« Eh bien, quand le propriétaire de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » demanda Jésus. Ils lui répondirent : « Il mettra à mort sans pitié ces criminels et louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui remettront la récolte au moment voulu. »
Puis Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu ce que déclare l’Écriture ?
« La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la pierre principale. Cela vient du Seigneur, pour nous, c’est une merveille !»
« C’est pourquoi, ajouta Jésus, je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être confié à un peuple qui en produira les fruits
.  Matthieu 21,33-43

 

 


Source : Pixabay

 

La violence nous choque profondément, et notre réflexe est de nous en éloigner, identifiant les criminels à d’autres que nous-mêmes, et nous reconnaissant plutôt comme les nouveaux vignerons de la fin de la parabole, ceux qui « donneront au maître le produit de la récolte en temps voulu ».

C’est oublier que la tentation de la violence est récurrente dans l’histoire de l’humanité, et qu’elle nous concerne tous, chrétiens ou non.

Mais la tentation est une chose, le passage à l’acte autre chose.

Comment expliquer la folie meurtrière des premiers vignerons ? Par un manque de mémoire ? Peut-être ont-ils oublié, ou voulu oublier, que le bien qu’ils cultivaient ne leur appartenait pas ? Peut-être ont-ils caressé le doux espoir que le maître, ayant quitté le pays, n’y reviendrait jamais ? Mais au moment où ses envoyés d’abord, puis son fils ensuite, viennent réclamer son dû, comment n’ont-ils pas été arrêtés dans leur colère par « la crainte du Seigneur » ? N’ont-ils vraiment aucune conscience ? Le désir de posséder les a-t-il à ce point déshumanisés ?

De tous temps les prophètes, les témoins du Dieu vivant, ceux qui portent en son nom la vérité, la liberté, la justice et la miséricorde, ont été menacés, maltraités, tués par ceux qu’ils dérangeaient, qu’il s’agisse de foules en colère ou de défenseurs d’un système. Peu de temps avant sa passion Jésus rappelle cette réalité fondamentale qui le tuera lui aussi.

Que les nouveaux vignerons restent donc très vigilants ! Car eux-mêmes risqueront à leur tour d’oublier le maître et de devenir persécuteurs et meurtriers de ceux qui viendront les bousculer et leur demander des comptes au nom du maître.

Seul le souvenir que tout appartient à Dieu peut nous prémunir contre cette violence accaparatrice. La vigne de Dieu n’est la possession de personne, tous sont appelés à la cultiver, à la soigner pour l’amour du maître, et pour l’offrir aux générations à venir.

 

 

Nous prions pour notre envoyé au Cameroun et pour tous les Camerounais avec cette prière qui nous vient de l’Eglise Evangélique du Cameroun

 

 

Voici le jour du Seigneur. Qui viendra dans sa maison ?
Qui s’approchera ?
Celui qui se confie au Seigneur.
Qui veut vivre en sa présence ?
Qui veut marcher avec lui, sans se détourner ?
Celui qui se confie au Seigneur.
Qui veut vivre dans la paix,
Confiant en son prochain dans la charité ? Celui qui se confie au Seigneur.
Qui cesse de jeter l’opprobre
Sur son frère, son prochain Pour sauver son moi ? Celui qui se confie au Seigneur ?
Qui ne veut pas calomnier ?
Qui veut respecter son frère dans la vérité ?
Celui qui se confie au Seigneur.
Qui ne se rétractera pas ?
Qui ne dira oui et non ? Qui s’humiliera ? Celui qui se confie au Seigneur.
Qui saura donner vraiment,
Sans chercher son intérêt Pour aider son frère ? Celui qui se confie au Seigneur.

Expressions de foi de l’Eglise universelle 1987

 

Source : Pixabay