Madagascar après les «vacances de peste»

Vue de Tananarive (ou Antananarivo), la capitale © Défap

Depuis longtemps Tananarive n’avait été aussi propre, sous le soleil de novembre, lavée et relavée par les services de la ville, puis par les pluies quotidiennes de la saison, qui laissent derrière elles un ciel immaculé et des jacarandas flamboyants. À leur corps défendant, les élèves se sont vu octroyer cette année des «vacances de peste», et les mesures prophylactiques sont encore d’actualité dans beaucoup de lieux publics. Environ 140 morts, plus de mille cas répertoriés, et particulièrement mis en cause le manque d’hygiène de la grande ville où s’entassent une foule de personnes qui parviennent tout juste à survivre, mais également les superstitions qui entravent le travail des médecins, et encore les pratiques funéraires, propices à la diffusion du germe de la maladie.

Sur les 7 envoyés du Défap, 3 ont dû attendre le 6 novembre pour entrer en fonction, Coralie Deguilhaume dans trois lycées FJKM de la capitale, où elle offre aux élèves des bains de langue française, Myrjam Strobel et Yoan Deguilhaume à la cantine des sœurs de Mamré, où ils participent à la préparation des repas d’une petite centaine d’enfants chaque jour, et soutiennent l’animateur Michel dans les activités éducatives proposées aux enfants, qui ont entre 3-4 ans et 15 ans. À Antsirabé, Sami Chenuelle et Fenitra Roetman ont pu commencer plut tôt, Sami (déjà en poste l’an passé) comme instituteur en remplacement d’une enseignante en congé de maternité, et Fenitra comme animatrice auprès des petits. L’orphelinat d’Akanisoa fait office d’école, non seulement pour les pensionnaires, mais également pour les enfants du quartier, qui se sont inscrits en plus grand nombre cette année. Enfin Gaël, qui a déjà une bonne expérience de Madagascar, enseigne maintenant le français au lycée FJKM de Mahanoro, où il a pris la suite d’un envoyé de DM échange et mission, l’équivalent du Défap pour la Suisse.

Les difficultés de l’enseignement du français

Pour aller plus loin :
Le point sur Madagascar et sur les actions du Défap

Pour sa part, Mahieu Ramanitra a pu commencer sa mission dès son arrivée, car il travaille au siège de la FJKM, au service de l’éducation. Avec sa responsable Domoïna, il a commencé à parcourir Madagascar pour aller visiter et soutenir des écoles et des enseignants FJKM. Il assure des temps de formation pour ces enseignants, gros travail qui lui demande beaucoup de préparation mais également une réflexion de fond sur l’état de la francophonie à Madagascar. Selon les statistiques, seulement 5% de la population est véritablement francophone, c’est-à-dire bilingue. Pour le reste, l’analyse est complexe. À côté de tous ceux, majoritaires, qui ne parlent pas le français, pourtant langue officielle à Madagascar, les autres se partagent entre ceux qui en ont une connaissance sommaire et lacunaire, et ceux qui en ont une connaissance académique, parfois de bon niveau, mais sans pouvoir la parler par manque d’occasions. De nombreux professeurs d’école sont dans ce cas, ce qui les empêche d’enseigner vraiment en français, malgré les consignes officielles. Et le malgache est la langue de communication de tout le pays, même s’il y a des dialectes dans certaines régions. On peut s’interroger : pourquoi ne pas continuer à enseigner le français, mais en acceptant de le considérer comme une langue étrangère, ce qui ouvre à un autre type et à d’autres outils d’enseignement, qui en général sont très performants ?

Dans les milieux d’Église aussi existe une différence entre les véritables francophones, souvent les gens les plus âgés qui ont vécu au temps de la colonisation, ou bien ceux qui ont pu venir étudier et vivre en France pendant une longue période, et ceux qui ne sont pas à l’aise avec la langue de Molière. Qu’à cela ne tienne, vivre un culte en malgache, avec un voisin qui vous traduit l’essentiel, est une grande joie tant la langue est expressive et merveilleusement portée par le chant. Il y a aujourd’hui, particulièrement dans la FJKM, un élan appuyé pour fortifier les cœurs et encourager l’évangélisation. Toute une dynamique a été mise en place par l’actuel président, le Pasteur Ami, visant à construire des églises dans des villages qui n’en ont pas encore, 407 pour l’instant. À l’arrière des voitures, on peut lire : «Pour la diffusion de l’Évangile dans tout Madagascar.»

Le défi de la corruption

Florence Taubmann (au fond, à gauche) avec les envoyés du Défap © Défap

Si c’est un devoir pour les Églises et les chrétiens d’évangéliser, il y a maintenant une raison supplémentaire de le faire. C’est que, selon les uns et les autres, l’islam fait du prosélytisme, à coup d’actions sociales auprès des plus pauvres, mais également par le biais de prédicateurs venus de l’étranger. L’islam d’un côté, de l’autre côtés les sectes évangéliques, nombreuses sur la Grande Île, posent un grand défi aux Églises traditionnelles : celui du témoignage chrétien, de la lutte contre la corruption et contre la pauvreté, et enfin la séparation réelle entre la religion et l’État. Le Pasteur Ami fait partie du conseil de sages qui a relancé la campagne contre la corruption «La chaîne de l’honnêteté». En mai 2017 le Pasteur Solofo Ramaholimihaso était venu au Défap présenter cette action, et expliquer comment la corruption gangrénait toutes les relations sociales et économiques à Madagascar, y compris dans l’Église. L’enjeu de la lutte aujourd’hui est de taille, car des élections présidentielles auront lieu dans un an et elles se préparent déjà.

Entre fatalisme et espérance, nous rencontrons beaucoup de gens courageux, nourris par une foi solide en Jésus-Christ, et qui poursuivent leur travail au jour le jour. Ainsi les sœurs de Mamré, avec leur cantine, mais également leur ferme, qui se situe près d’Andasibe, et qui est un lieu de vie et d’espoir pour les paysans voisins qui y travaillent. Déjà soutenues par des amis, notamment l’entraide de la paroisse du Raincy, les sœurs auront encore besoin d’engagements pour mener à son terme leur projet : établir sur place une partie de la communauté, qui pourra alors mieux développer les activités agricoles, mais également l’accueil de visiteurs. Citons aussi parmi les courageux notre amie le Pasteur Vololona Randriamanantena, responsable de l’association Save, qui lutte contre le Sida. Engagée dans l’accueil et l’écoute de malades et de personnes séropositives, mais aussi dans la prévention et l’éducation à une sexualité responsable, Vololona déplore que la sexualité reste un sujet tabou, ce qui empêche souvent la diffusion et la communication des informations. Sur cette question qui nous touche tous, nous envisageons de construire un projet et de travailler ensemble, ce qui s’inscrit parfaitement dans la suite du programme de la Cevaa : «Familles, Évangile et Cultures dans les mutations du monde».

Florence Taubmann, responsable du service Animation France du Défap




Bangui : «Se redresser, malgré tout»

  Défap : Vous accompagnez l’Église protestante Christ-roi de Centrafrique depuis trois ans, et vous avez effectué de nombreux séjours à Bangui. Quelle est aujourd’hui la situation dans la capitale, et dans le reste de la République centrafricaine ?

Bernard Croissant et son épouse, Catherine Croissant, lors de leur dernier séjour à Bangui © Défap-Cevaa

  Bernard Croissant : Quand nous sommes arrivés, mon épouse Catherine et moi-même, au début de notre dernier séjour, la situation était assez tendue. La population de Bangui exprimait une exaspération croissante vis-à-vis de la Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique). Il y avait eu des incidents du côté de PK5, le seul quartier de Bangui où vivent encore des musulmans : une grenade avait été jetée sur un rassemblement de réconciliation entre chrétiens et musulmans. Cet acte de violence a entraîné un nouveau cycle de vengeances de part et d’autre, et en particulier le meurtre d’un jeune chrétien de 16 ans. Comme il semble avoir été égorgé à peu de distance des positions des soldats de la Minusca, la colère monte au sein de la population de Bangui, qui ne se sent pas protégée. À l’intérieur du pays, les tensions sont encore plus vives. C’est le chaos : il y a des massacres dans certaines localités, des déplacements massifs de populations qui vont chercher une protection qui dans les églises, qui dans les mosquées. En ce qui concerne les autorités, certains préfets sont empêchés d’accéder à leur préfecture par les bandes armées.
Pendant notre séjour, nous avons assisté à divers incidents qui montrent le degré d’impopularité de la Minusca. Certains avaient été provoqués par des accidents mortels de la route, qui impliquaient des véhicules militaires : ils avaient été aussitôt suivis par des émeutes ou des tentatives d’émeutes lancées par des lycéens et des étudiants. Lors de l’un de ces incidents, notre voiture s’est retrouvée bloquée au milieu de la route, sans pouvoir avancer ni reculer : nous avons pu entendre des tirs et des explosions lorsque la Minusca et la gendarmerie ont dispersé les manifestants.

Quel bilan peut-on tirer après trois ans d’accompagnement pastoral de l’EPCRC ?

Pour aller plus loin :
Le point sur la République centrafricaine et sur les actions du Défap
Poursuivre l’accompagnement de l’Église à Bangui
Un pasteur français pour Bangui
Bangui : les images de la visite commune Défap-Cevaa

Le bilan qui a été tiré lors de notre dernier séjour a conclu que l’accompagnement pastoral tel qu’il a été fait ces trois dernières années devait prendre fin. Cette durée était celle qui avait été prévue dès l’origine dans le projet ; et par ailleurs, aujourd’hui, les effets bénéfiques de cet accompagnement sont manifestes au sein de l’Église. Il faut désormais prévoir la suite. Les résultats sont aussi très probants en ce qui concerne la cellule d’écoute, à la fois sur l’aspect de soutien psychologique, et sur l’accompagnement social : certaines des femmes aidées par cette cellule ont ainsi pu bénéficier d’un micro-crédit pour mettre en place des activités génératrices de revenus. D’autres ont pu reprendre des études, ou se lancer dans un apprentissage, avec un soutien financier du mouvement des femmes de l’Église.
En outre, les responsables de la cellule d’écoute sont allées se former à l’accompagnement psychologique au Rwanda, dans le cadre d’un échange entre Églises de la Cevaa. Ce séjour a permis de leur faire mieux prendre conscience du rôle que peuvent jouer les Églises pour créer des commissions sur le modèle «Vérité et réconciliation», comme cela a été pratiqué en Afrique du Sud après l’apartheid ou au Rwanda après le génocide de 1994. Une demande de rendez-vous a été faite au chef de l’Etat centrafricain pour développer ce type de processus.

  Où en sont les chantiers soutenus par le Défap et la Cevaa ?

Les travaux de sécurisation du Centre protestant de la Jeunesse © Défap-Cevaa

Le plus gros chantier concerne la réhabilitation du Centre Protestant pour la Jeunesse [un vaste complexe de bâtiments situé en plein Bangui, et qui a été pillé pendant les violences de 2013-2014]. La première tranche financée par la Cevaa et le Défap, qui concernait la mise en sécurité du site pour éviter de nouveaux pillages, est  en cours de finalisation. En ce qui concerne la remise en état proprement dite, les besoins de fonds sont considérables : le Premier ministre centrafricain, que nous avons rencontré, va chercher des partenaires pour aider à financer ce projet. Nous continuerons bien sûr à y être associés, mais nous ne serons plus les principaux bailleurs de fonds.
L’autre chantier, lancé à Morija, dans la banlieue de Bangui, donne des résultats encourageants en ce qui concerne l’école. Trois classes et un bureau sont sortis de terre ; 200 élèves y sont scolarisés. Toutes les salles sont équipées de mobilier scolaire et les effectifs ne dépassent pas les cinquante élèves par classe, ce qui est exceptionnel dans un pays où l’on trouve fréquemment des classes de 70 à 100 élèves, qui travaillent souvent assis par terre, sans pupitres et sans bancs. En revanche, une autre activité que nous avions commencé à accompagner, dans le domaine du maraîchage et de la pisciculture, a dû être abandonnée. La situation n’est vraiment pas propice aujourd’hui à ce genre de projet.

  Quelles suites prévoir ?

En ce qui concerne Morija, il me semble essentiel de se concentrer sur l’école : je vais essayer de solliciter des parrainages pour aider à rétribuer l’équipe enseignante. Il faudrait aussi trouver des moyens humains sur place pour encadrer les membres de cette communauté. En ce qui me concerne plus directement, j’ai reçu des appels pour faire de la formation universitaire auprès des facultés de théologie. Les thèmes pourraient concerner la Réforme, l’identité réformée et protestante, l’histoire, l’ecclésiologie protestante, l’éthique… Il y a eu des demandes précises de la part de la Fateb (la Faculté de théologie évangélique de Bangui) pour que soit organisée une semaine de colloques et de conférences. Tout ceci a été déclenché par le 500e anniversaire de la Réforme, qui a suscité un regain d’intérêt pour l’histoire du protestantisme. De telles formations sur l’identité protestante pourraient aider à apporter une plus grande cohésion au sein de ce protestantisme centrafricain qui est aujourd’hui divisé, morcelé en multiples dénominations. Avec un jour, pourquoi pas, l’idée de créer une plate-forme commune, peut-être une fédération protestante centrafricaine, qui rendrait le protestantisme plus audible et crédible dans ce pays.

  Comment les membres de l’Église protestante Christ-roi de Centrafrique ont-ils vécu ces trois ans d’accompagnement, et comment envisagent-ils l’avenir ?

Les élèves de l’école de Morija © Défap-Cevaa

Les membres de l’Église ont été très sensibles au fait qu’un pasteur vienne auprès d’eux lors de missions régulières, malgré la situation difficile. Ils ont été particulièrement touchés que nous ayons effectué la dernière visite en couple : la présence de mon épouse a été saluée. Outre l’accompagnement proprement dit, ce qui a été le plus apprécié, c’était que quelqu’un vienne au nom du protestantisme français pour marquer la sollicitude, la communion des Églises de France. J’ai reçu le même témoignage de la part des membres de la communauté des Béatitudes (qui est une communauté catholique). Nous logions dans leur monastère ; la veille de notre départ, elles nous ont donné une carte qui nous disait : « Merci de votre présence, merci d’avoir été là ».
Les relations sont d’ailleurs bonnes entre les diverses Églises, au vu de la situation : par exemple, le groupe des jeunes de l’EPCRC a réalisé au mois d’août une semaine de rencontres culturelles. Il y a eu de nombreux participants, venus de diverses Églises : des catholiques, des adventistes, des baptistes, et même des musulmans. Tous ont participé aux mêmes ateliers, aux mêmes cultes ensemble : c’était un beau signe d’espoir et de relations apaisées entre communautés. On constate d’ailleurs que parmi les jeunes, beaucoup sont très actifs sur le plan spirituel, dans les études de la Bible, qu’ils ont une importante quête de sens. Des ateliers ont été mis en place pour les 4-5 ans sur les thématiques du pardon, du renoncement à la vengeance… C’est là un travail de fond, certes modeste sur le plan numérique, mais d’une grande qualité.
Tout ceci est révélateur de l’état d’esprit qui prévaut au sein de l’EPCRC : malgré la situation, il faut se redresser. Ce qui peut se faire d’abord par des actions modestes, en petits groupes, avant de s’élargir. Je garde en tête ce qui s’est passé en 2013, lorsque les femmes se sont mobilisées et ont manifesté jusqu’au palais présidentiel, entourées par les Casques bleus, pour réclamer la paix et la réconciliation… Même au plus profond de la crise, il y a toujours cette volonté de se relever, de changer les choses. Une volonté inébranlable dans laquelle je vois, pour ma part, une manifestation de la foi des membres de cette Église.




Le Journal des envoyés est paru !

Publié traditionnellement en fin d’année, soit quelques mois après l’installation sur place de chaque envoyé, ce journal réalisé à partir des lettres de nouvelles des uns et des autres est un moyen de garder le contact, et de mesurer le chemin parcouru.

Florence Taubmann (au fond, à gauche) rendant visite aux envoyés du Défap à Madagascar © Défap

Mickaël Roux est envoyé du Défap en Haïti. Sa mission consiste à rechercher des financements pour la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (la FEPH). Cette institution a un important parc scolaire (3000 écoles). Les activités sont diverses : reconstruction d’écoles et de bâtiments scolaires, réhabilitation, formation des enseignants, distribution de kit et de matériel scolaire, mise en place de cantines scolaires…

Pauline de Prins et Anna Strumpler sont envoyées en Tunisie. Toutes deux viennent en appui de l’équipe d’enseignement de l’école primaire Kallaline, soutenue par l’Église Réformée de Tunisie. Samy Chenuelle est pour sa part à Madagascar : il est à l’orphelinat luthérien Akany Soa d’Antsirabe pour enseigner le français et faire de l’animation auprès des enfants. Camille Carreau et Pauline Cicorelli sont au Congo-Brazzaville  : elle sont envoyées, dans le cadre du service civique, pour venir en appui aux programmes et projets de santé communautaire gérés par le département santé de l’Église évangélique (EEC). Elles doivent passer 10 mois entre Brazzaville, Pointe Noire et des villages de brousse.

Le Journal des envoyés © Défap

Après leur formation commune au 102 boulevard Arago, à Paris, tous ces envoyés se sont dispersés en Afrique, dans l’Océan Indien, dans les Caraïbes… Dans le Journal des envoyés, ils témoignent de leur découverte du pays, des relations dans les Églises qui les accueillent ; ils racontent leur quotidien, leur travail, leurs coups de coeur, les défis auxquels ils sont confrontés. Publié traditionnellement en fin d’année, au moment des fêtes, ce journal est un moyen pour tous de donner des nouvelles et d’en recevoir ; de renouer avec le groupe des autres envoyés et avec le 102 boulevard Arago. C’est aussi l’occasion de recevoir des nouvelles de la «maison Défap».

Diffusé parmi les envoyés et leurs proches, ainsi qu’au sein des instances du Défap, ce journal marque une étape importante quelques mois après la formation et l’installation de chacun sur son lieu de mission. Il permet de mesurer le chemin parcouru ; et il donne aussi des nouvelles des premières visites des secrétaires exécutifs du Défap à la rencontre des envoyés. À Madagascar, Florence Taubmann a ainsi pu voir Gaël, Samy, Fenitra, Mirjam, Coralie, Yoann et Mahieu. Laura Casorio, à Tunis, a rencontré Freddy, Sophie, Benoît, Pauline, Anna, mais aussi Hoby et Philippe… Au Congo-Brazzaville, où le Défap et l’EEC travaillent ensemble depuis plusieurs années sur plusieurs axes (santé, éducation, formation théologique, éducation à la paix…), Jean-Luc Blanc s’est entretenu avec Camille et Pauline…




Poursuivre l’accompagnement de l’Église à Bangui

L’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC), avec laquelle le Défap est en lien, veut préparer l’avenir dans un pays toujours miné par les violences : elle accompagne les victimes et les aide à construire un nouveau projet de vie, s’occupe d’une école, s’efforce de réhabiliter un grand complexe destiné à la jeunesse situé en plein Bangui… La visite commune Défap-Cevaa organisée début décembre visait à faire le point sur le soutien à cette Église, et notamment sur l’accompagnement pastoral, réalisé par des pasteurs issus des Églises de France.

Les responsables de la cellule d’écoute psychologique © Défap-Cevaa

En République centrafricaine, la guerre civile aurait dû s’achever en 2014. Plus précisément le 23 juillet, date de la signature d’un accord de cessation des hostilités à Brazzaville. Depuis lors, tous les éléments d’une normalisation se sont mis en place : une nouvelle Constitution, approuvée fin décembre 2015 par référendum, et un nouveau président démocratiquement élu, l’ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra. Mais ces changements n’étaient que superficiels. Le nouveau gouvernement n’a pas renoncé aux pratiques de mauvaise gouvernance de ceux qui l’avaient précédé. Son influence n’a pu s’étendre véritablement au-delà de la capitale. Dans le reste du pays, le pouvoir est aux mains des milices armées. Le souvenir de la marche des Séléka sur Bangui est encore vivace : c’était en 2013, et les partisans de Michel Djotodia avaient pris la ville sans résistance, forçant à la fuite le président François Bozizé, lui-même arrivé au pouvoir les armes à la main. Mais les exactions des membres de la Séléka («Coalition» en sango) venue du nord du pays où se trouvent la majorité des musulmans (le reste du pays étant très majoritairement chrétien), composée en partie de mercenaires tchadiens, libyens et soudanais, avaient provoqué la création de milices d’autodéfense bientôt baptisées les anti-balaka. Et des violences envers les musulmans soupçonnés de sympathies pro-Séléka…

Depuis, le spectre de l’affrontement inter-communautaire et inter-confessionnel n’a jamais vraiment disparu. Dans les portions du pays qu’elles contrôlent, les milices jouent sur la peur et sur la «protection» qu’elles prétendent offrir pour asseoir leur légitimité. L’année 2017 a ainsi vu la résurgence de la crise centrafricaine sous une forme tout aussi grave qu’en 2013-2014, lorsque la France et les États-Unis s’alarmaient d’une situation «pré-génocidaire» : si la Séléka a été officiellement dissoute, elle a donné naissance à de multiples factions qui se sont engagées dans des luttes territoriales, pendant que de nouveaux groupes anti-balaka se formaient jusque dans l’Est du pays, épargné jusqu’alors.

D’inlassables appels à la paix

Plus que jamais, les Églises de Centrafrique ont besoin d’un accompagnement. Si un affrontement interconfessionnel généralisé a été évité durant les années 2013-2014, c’est en grande partie grâce à des responsables religieux qui ont refusé de voir la religion instrumentalisée. Grâce à des figures comme celles de Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, Nicolas Guerekoyame-Gbangou, pasteur de l’Église évangélique Elim Bangui-M’Poko, et Omar Kobine Layama, président de la conférence islamique, dont les infatigables plaidoyers pour la paix, au mépris même de leur propre sécurité, avaient conduit à les surnommer les «trois Saints de Bangui».

La nécessité de cet accompagnement était au centre de la visite commune Défap-Cevaa qui a eu lieu début décembre à Bangui. Le Défap est en lien avec l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC), membre de la Cevaa et présente dans la capitale. Le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, qui participait à ce voyage, décrit «une ville déstructurée, sans charpente, où la violence est à fleur de peau, malgré la présence forte de la Minusca». Les troupes de cette Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique sont d’ailleurs elles-mêmes vues avec méfiance, souvent accusées de passivité face aux violences.

«Transcendons les clivages pour reconstruire notre pays»

Rencontre avec avec l’archevêque Nzapalainga © Défap-Cevaa

«À Bangui, endroit le plus sécurisé de la Centrafrique, poursuit Bertrand Vergniol, on se rend compte que les gens parlent encore avec terreur de ce qu’ils ont vécu il y a deux-trois ans. Si aujourd’hui, on ne voit plus des foules de déplacés autour de l’aéroport (on les appelle aujourd’hui les retournés), tout le monde craint que ça recommence». Les Églises poursuivent un travail inlassable pour appeler à l’apaisement et refuser la logique de l’affrontement, quelles que soient les confessions : la visite commune Défap-Cevaa à Bangui a d’ailleurs été marquée par une rencontre avec l’archevêque Nzapalainga. Depuis 2013, la teneur de ses sermons n’a pas changé. «Nous sommes tous Centrafricains comme une famille : transcendons les clivages pour reconstruire notre pays», lançait-il encore le 9 décembre dernier lors de la messe de clôture du pèlerinage sur le site du sanctuaire marial de Ngoukomba, un village situé à 24 km de Bangui sur la route de Damara. Et d’ajouter en sango sous les applaudissements de la foule : «Nous ne voulons plus écouter parler de musulmans, de protestants, de catholiques… Nous sommes tous Centrafricains».

Engagée elle aussi pour le dialogue, et dans l’aide aux victimes de violences, l’EPCRC a mis en place, avec le soutien de la Cevaa et du Défap, une cellule d’accompagnement psychologique. Elle est fréquentée surtout par des musulmanes : dès l’origine, l’Église a voulu que cette aide soit ouverte à toutes les victimes, indépendamment de leur confession. L’Église bénéficie aussi d’un accompagnement pastoral, dans le cadre d’un poste ouvert par la Cevaa ; et ce sont les Églises de France qui ont fourni les pasteurs, notamment Bernard Croissant, qui a été le plus présent à Bangui au fil d’une série de missions de plusieurs semaines à chaque fois. L’EPCRC s’efforce aussi de réhabiliter un grand complexe situé en plein Bangui qui a été très dégradé lors des années 2013-2014, le Centre Protestant de la Jeunesse, et a construit une école à Morija, dans la banlieue de la capitale.

Les élèves de l’école de Morija © Défap-Cevaa

La visite de ce début décembre avait notamment pour but d’évaluer la mission d’accompagnement pastoral, qui devra se poursuivre, même si ses modalités pourront évoluer ; d’ores et déjà, Bertrand Vergniol tient à exprimer à Bernard Croissant «la reconnaissance du protestantisme français et du Défap» pour le travail réalisé à Bangui. En ce qui concerne la cellule d’écoute, «après avoir reçu l’aide d’un psychologue, elle peut désormais fonctionner de manière autonome, souligne le secrétaire général du Défap. C’est un lieu important où des personnes qui ont été maltraitées peuvent retrouver une dignité et former de nouveaux projets de vie». En ce qui concerne le Centre Protestant pour la Jeunesse, les travaux de sécurisation progressent : une fois la clôture achevée, les bâtiments ne seront plus exposés aux pillages. Mais il faudra une aide du gouvernement centrafricain pour réhabiliter le complexe proprement dit, très endommagé : c’était l’objet d’une rencontre qui a eu lieu, au cours de ce séjour, entre la délégation Défap-Cevaa et le Premier ministre. Il faudra aussi pouvoir récupérer l’usage effectif des locaux, qui ont été en partie occupés après la période des troubles… En ce qui concerne Morija, l’école proprement dite est achevée, elle accueille déjà 200 élèves, et il reste à réaliser un forage et un dispensaire. Les paroissiens de l’EPCRC, et tout particulièrement le mouvement des femmes de l’Église, sont très impliqués dans le soutien de ce projet. Aujourd’hui, l’école forme des élèves, en dépit des troubles ; demain, ce sont ces mêmes élèves qui pourront participer à la reconstruction de leur pays.




Laissons-nous éclairer par la confiance !

Méditation du jeudi 21 décembre 2017. En ce temps de Noël, nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

Le sixième mois, Dieu envoya l’ange Gabriel dans une ville de Galilée, Nazareth, chez une jeune fille fiancée à un homme appelé Joseph. Celui-ci était un descendant du roi David ; le nom de la jeune fille était Marie.

L’ange entra chez elle et lui dit : « Réjouis-toi ! Le Seigneur t’a accordé une grande faveur, il est avec toi. »

Marie fut très troublée par ces mots ; elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

L’ange lui dit alors : « N’aie pas peur, Marie, car tu as la faveur de Dieu. Bientôt tu seras enceinte, puis tu mettras au monde un fils que tu nommeras Jésus. Il sera grand et on l’appellera le Fils du Dieu très-haut. Le Seigneur Dieu fera de lui un roi, comme le fut David son ancêtre, et il régnera pour toujours sur le peuple d’Israël, son règne n’aura point de fin. »

Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t-il possible, puisque je suis vierge ? »

L’ange lui répondit : « Le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Dieu très-haut te couvrira comme d’une ombre. C’est pourquoi on appellera saint et Fils de Dieu l’enfant qui doit naître. Élisabeth ta parente attend elle-même un fils, malgré son âge ; elle qu’on disait stérile en est maintenant à son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu. »

Alors Marie dit : « Je suis la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi comme tu l’as dit. » Et l’ange la quitta. Luc 1, 26-38

 

 


Source : Pixabay

Marie, mère de Jésus, fait partie de toutes ces femmes de la Bible qui sont appelées par leur nom, pour une mission particulière, la mise au monde d’un enfant inattendu, au destin exceptionnel. Femmes stériles dans de nombreux cas, femmes servantes, femme vierge dans le cas de Marie, le fruit de leurs entrailles est également celui d’une mystérieuse volonté divine. Ces récits nous font comprendre que nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et de sang, nés de la reproduction biologique, mais également des êtres nés de l’Esprit et porteurs de l’Esprit. C’est bien le sens de l’incarnation : la Parole faite chair, l’Esprit présent dans la chair, mais aussi la chair sanctifiée par l’Esprit ! En Jésus le Christ nous devenons tous enfants de Dieu.

Mais dans la merveilleuse annonce faite à Marie, le tragique est déjà présent. Car c’est au cœur de l’histoire humaine que prendra sens la vocation du Fils ! Il sera roi ! Mais quel roi ? Pour qui ? Comment ? Nous n’aurons jamais fini d’interpréter et de vivre les significations et les implications de cette royauté.

Cependant rien n’aurait été possible sans l’acquiescement simple, évident, de Marie fille d’Israël. Pourtant on lui demandait, non seulement d’accueillir la vie, mais aussi de risquer le déshonneur, la répudiation, et peut-être la mort. Touchée par la puissance de la Parole en elle, Marie sut, et crut, qu’à son oui seraient donnés force et courage pour qu’elle devienne entièrement servante du Seigneur. Et il en fut ainsi. Merci Marie !

 

 


Source : Pixabay

En ce temps de Noël, nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

Comme un phare dans la nuit
Nous voici devant toi, hommes et femmes
Souvent perdus dans la pénombre des à peu près, de l’incertain et de l’éphémère.
L’obscurité nous entoure toujours, dissimulant l’espoir possible,
Masquant la rencontre qui nous relèverait.

Et pourtant, Seigneur, tu es là.
Comme un phare dans la nuit, ta lumière guide notre route, mais nous n’en voyons souvent que la lueur intermittente, passagère.
Fais grandir en nous la confiance, celle qui met le cap sur ta clarté, à l’horizon de nos existences.
Alors nous serons ensemble face à toi, et non plus isolés dans nos ténèbres.
La nuit sera complice de notre espérance, et non plus prison de nos échecs.

La clarté parsemée de nos bougies répondra en miroir au ciel étoilé de Noël.
Nos vies s’illumineront pour les autres, pour ceux qui sont loin, ceux qui sont seuls,
Ceux qui ploient sous leurs fardeaux, pour ceux qui ont des décisions importantes à prendre,
comme pour ceux qui sont dénués de tout et n’ont plus rien à décider pour eux-mêmes.
Seigneur, comme un phare dans la nuit,
Tu fais naître en nous la joie du chemin retrouvé, la sérénité d’un avenir sûr.
Que ta promesse soit notre force, pour que nous portions au monde l’éclat de ton amour et la lumière de ta paix.

Pasteur Geoffroy Perrin-Willm

 

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Luc 1, 26-38 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :

 




Missionnaires en musique

Quelle relation entre Ennio Morricone, Robert De Niro et… la mission ? Bien sûr, il s’agit du film « Mission » de Roland Joffé, une œuvre cinématographique qui met notamment en scène les relations entre culture missionnaire et musique. Ces relations sont au cœur du n°74 de « Perspectives Missionnaires« . Présentation avec cet article introductif de Gilles Vidal.

Toute personne ayant vu le film Mission de Roland Joffé a forcément gardé en mémoire à la fois les images magnifiques des chutes d’Iguazu et la bande-son sublime composée par Ennio Morricone. Parmi les passages marquants de ce long-métrage, on retiendra celui où le Père Gabriel (Jeremy Irons), père jésuite perdu dans la jungle du Paraguay, sent mystérieusement autour de lui et de son acolyte, le repenti Mendoza (Robert De Niro), la présence menaçante des indiens Guarani. Au cœur de cette atmosphère oppressante, il tire un hautbois de sa besace, l’assemble tranquillement et commence à en jouer. La mélodie délicate s’élevant vers le ciel agit alors comme un enchantement puisque les Indiens se laissent approcher et conduisent les missionnaires vers leur village. Un peu plus loin dans le film, un autre passage musical joue également un rôle clé : lors d’une visite de la mission effectuée par le nonce du pape venu en apprécier l’utilité, celui-ci est impressionné par la chorale d’enfants entonnant avec ferveur un « Ave Maria » digne de Palestrina…

Ainsi comme l’on peut le constater, la musique et le chant ont été et continuent d’être un corollaire efficace à la mission et l’évangélisation, engendrant la créativité avec des effets tant sur la foi chrétienne que sur l’art. Le dossier qui suit tente de donner un modeste aperçu de ce compagnonnage à différentes époques et dans des contextes très variés.

Gilles Vidal esquisse un historique de la musique et du chant d’Église ainsi que de sa traduction, au XIXe siècle, en contexte missionnaire protestant. Après avoir rappelé l’importance de la musique et du chant communautaire pour les réformateurs, il aborde la contribution du Réveil britannique à l’hymnologie protestante. Confrontée à des contextes culturels si variés, la musique et le chant européens s’hybrident : les mélodies deviennent moins strictement « tonales » et les paroles des cantiques s’interprètent à la lumière des situations locales ou régionales.

Pour aller plus loin :
Retrouvez les archives de « Perspectives missionnaires » sur le site de l’AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) en cliquant sur l’image ci-dessus. Et retrouvez ci-dessous les anciens numéros :
N° 72 – Famille, conjugalité, témoignage
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

Cette diversité des cultures et leur richesse artistique dans laquelle la foi s’exprime au moyen de la musique et du chant sont étudiées, théorisées et pratiquées dans le cadre de l’ethnodoxologie. Ruth Labeth introduit magistralement le lecteur dans cette discipline missiologique à part entière dont le but est d’analyser et – le cas échéant – d’infléchir les stratégies liturgiques à l’œuvre dans un milieu donné, tant sur le plan personnel que communautaire. Qu’elle soit ici remerciée pour son apport et sa réflexion dans un domaine sans doute encore trop méconnu en milieu francophone.

Peut-on « décemment » jouer du jazz dans un culte ? C’est à partir de ce cas concret vécu en Indonésie que William Edgar propose une réflexion globale sur le triptyque « musique, mondialisation et mission ». Il décrit en particulier la difficulté des cantiques indonésiens, pourtant bien adaptés culturellement, à s’imposer face au flux du gospel mondial. Cependant, prenant également le contre-exemple de la Guadeloupe, il montre comment la période contemporaine est marquée par une « conscientisation » de l’identité antillaise qui semble rendre justice à une foi plus authentiquement vécue. Inutile de dire combien cette comparaison insulaire entre l’Indonésie et la Guadeloupe est précieuse pour ouvrir les horizons des lecteurs de Perspectives Missionnaires qui lui en sont profondément reconnaissants.

Pasteur, compositeur et musicien, Joël Dahan partage sa passion et son expérience dans un article décrivant comment la création artistique auprès des jeunes relève de l’évangélisation. Les ateliers « musique et écriture » produisent des chants d’assemblée auquel l’auteur reconnaît six dimensions dont la parenté avec la pensée des réformateurs du XVIe siècle est patente. Il conclut – et nous lui en savons gré – en ouvrant la réflexion non seulement sur les enjeux interculturels de la musique et du chant en milieu ecclésial et missionnaire, mais également sur leurs implications inter- générationnelles.

Clôturant et enrichissant ce dossier, Fred. O. Biyela présente un aperçu historique du chant liturgique catholique à partir du Congo-Brazzaville. Il montre comment, avant la réforme de Vatican II, les cantiques traduits par les missionnaires pouvaient donner lieu à de terribles – et diaboliques – contresens ! La période postconciliaire fut plus heureuse en la matière, notamment grâce à une meilleure prise en compte de l’inculturation du christianisme. C’est au nom de cette notion en effet, que le chant liturgique a gagné en profondeur, notamment grâce à l’introduction d’instruments « traditionnels ». Mais le processus n’est pas clos et l’auteur souligne les collaborations œcuméniques fructueuses qui sont nées de la pratique du chant et de la célébration. Qu’il reçoive ici toute notre gratitude pour sa contribution.

Parmi la diversité des époques, des pays et des contextes évoqués dans ce dossier, une question fondamentale et transversale apparaît. Elle se manifeste sous la problématique récurrente de l’introduction d’instruments profanes – ou de mélodies, ce qui est une variante – dans l’espace « sacré » que constitue le culte ou l’annonce missionnaire. Ce n’est pas le moindre mérite des auteurs de nous amener sans cesse à nous interroger sur nos héritages et la place que nous leur accordons dans la foi et sa proclamation. Finalement, le trio musique, chant et mission pourrait bien être l’écho d’un autre trio : héritage, tradition et innovation.

Gilles Vidal

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 74 de « Perspectives missionnaires » :

 

 




L’humilité de Jean le baptiste !

Méditation du jeudi 14 décembre 2017. Nous prions pour nos envoyés au Togo et pour les Togolais.

 

Dieu envoya son messager, un homme appelé Jean. Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient grâce à lui. Il n’était pas lui-même la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.

……………………………………………….

Voici le témoignage rendu par Jean lorsque les autorités juives de Jérusalem envoyèrent des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? »

Il ne refusa pas de répondre, mais il affirma très clairement devant tous : « Je ne suis pas le Messie. »

Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu Élie ? »

« Non, répondit Jean, je ne le suis pas. »

« Es-tu le Prophète ? » dirent-ils.

« Non », répondit-il.

Ils lui dirent alors : « Qui es-tu donc ? Nous devons donner une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu à ton sujet ? »

Jean répondit : « Je suis « celui qui crie dans le désert : Préparez un chemin bien droit pour le Seigneur ! » — C’est ce qu’a dit le prophète Ésaïe. —

Parmi les messagers envoyés à Jean, il y avait des Pharisiens ; ils lui demandèrent encore :
« Si tu n’es pas le Messie, ni Élie, ni le Prophète, pourquoi donc baptises-tu ? »

Jean leur répondit : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas. Il vient après moi, mais je ne suis pas même digne de délier la courroie de ses sandales. »

Tout cela se passait à Béthanie, de l’autre côté de la rivière, le Jourdain, là où Jean baptisait.Jean 1.6-8, 19-28

 


Source : Pixabay

A travers le Prologue et le thème de la lumière, l’évangile de Jean affirme fortement la divinité de Celui qui vient. Et il précise que Jean le baptiste n’en fut que le messager et le témoin.

Mais comme si cela ne suffisait pas il éprouve le besoin de faire dire au baptiste lui-même qui il est et qui il n’est pas, et pourquoi il fait ce qu’il fait. La raison de cette insistance vient peut-être de ce que le mouvement baptiste qui s’était constitué autour de Jean était très important au temps de Jésus, et le restera plus tard encore, et qu’il fallait donc éviter toute confusion sur l’identité du Christ.

Alors Jean dit qu’il n’est pas le Christ, qu’il n’est pas Elie, qu’il n’est pas le prophète attendu (peut-être Moïse dont on espérait le retour), mais simplement la voix annoncée par Esaïe, criant dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur.

Et quand il est interrogé par les pharisiens, non plus sur son identité mais sur ce qu’il fait, il revendique son action de baptiste, mais pour la relativiser aussitôt, car si lui baptise d’eau, Celui qu’il annonce baptisera dans l’Esprit Saint.

Le rôle de Jean est magnifique et terrible : prêcher la repentance, accueillir et laver de leurs fautes les pécheurs, annoncer l’Agneau de Dieu, puis s’effacer ! Il connaîtra une fin cruelle et tragique, sans doute avant même d’avoir compris la portée véritable de sa propre mission !

Dans un autre évangile Jésus dira de lui : « Je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’y en a point de plus grand que Jean. Cependant, le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. » Luc 7,28

 

 


Source : Pixabay

Nous prions pour nos envoyés au Togo et pour les Togolais.

Dès mon enfance, tu as déposé sur mon âme ta lumière,
Cette source de vie à faire rayonner pour d’autres.
Pourtant aujourd’hui, je la vois là, figée, paralysée,
Gisant au fond de moi comme pierre de marbre.

Alors, en ce temps de l’Avent, je me tiens devant toi
En attente du miracle de Noël :
Je voudrais seulement que tu m’aides, Seigneur,
A redonner son mouvement à ta lumière dans ma vie.

Ce désir de toi qui a résisté à la traversée de tout mon temps…
Prends-le.
Je sais ce que tu peux faire avec peu.
Et encore n’oublie pas ceux qui m’entourent
Et que j’aime et même ceux que j’aime moins.
Et aussi ceux lointains que je ne connais pas.
Enfin tous ceux qui habitent notre terre
Menacée aujourd’hui de perdre ta lumière.
Seigneur, s’il te plaît, prépare-nous au miracle de Noël !

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Jean 1.6-8, 19-28 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :

 




Togo : trois semaines de rencontres pour des jeunes de l’UEPAL

Au cours de l’été 2017, un camp organisé par des pasteurs de l’UEPAL et de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo à Kougnohou, dans la région des Plateaux, a réuni un groupe de jeunes d’Alsace-Lorraine et du Togo autour des questions de développement durable et des droits de l’enfant. Retour sur l’aventure avec les témoignages detrois participantes alsaciennes.

 

Vue des activités organisées avec les enfants de Kougnohou © UEPAL

La préparation du voyage proprement dit aura pris deux ans. Mais c’est en fait un projet esquissé il y a sept ans qui a trouvé sa concrétisation, au mois d’août 2017, lorsqu’un petit groupe de jeunes de l’UEPAL s’est envolé pour le Togo en compagnie de deux pasteurs, Gilles Agbenokoudji (paroisse de Butten) et Hanitra Ratsimanampoka (paroisse de Metz). Destination : le village de Kougnohou (ou Kougnouhou, l’orthographe varie) dans la région des Plateaux, pour deux semaines, avant une semaine à Tsévié, à une heure de la capitale Lomé. Ce voyage organisé avec le soutien financier du Défap visait notamment, comme le souligne Amandine, l’une des participantes, qui a rédigé récemment un compte-rendu sur son séjour, à «travailler aux côtés des enfants togolais sur les notions de développement durable et de droits de l’enfant». Mais surtout à partager pendant trois semaines la vie de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo, partenaire du Défap dans ce pays. C’était aussi une occasion pour les jeunes d’Alsace-Lorraine de vivre de près une expérience interreligieuse, car dans le village de Kougnohou cohabitent pacifiquement chrétiens, animistes et musulmans.

Ce projet trouve son origine en 2010 à Graffenstaden, où se trouve alors Hanitra Ratsimanampoka. C’est dans cette paroisse que lui est donnée l’occasion de voir le travail réalisé par Clarisse et Alain Meyer, très impliqués dans des liens avec le Bénin. Elle y prend part notamment à la préparation du voyage d’un groupe de jeunes de 18 à 25 ans, organisé avec l’Église protestante méthodiste du Bénin. On lui propose de participer au séjour sur place. Mais Hanitra doit quitter la paroisse de Graffenstaden pour Metz, où elle est nommée comme vicaire. Elle n’ira donc pas au Bénin ; pourtant, l’idée d’un tel projet ne l’abandonne pas. Elle le développera par la suite, toujours à l’incitation de Clarisse Meyer, en compagnie de Gilles Agbenokoudji. Lui-même originaire du Togo, et de surcroît très impliqué auprès des jeunes, il lui est plus facile d’organiser un séjour dans ce pays et de mesurer les enjeux et les points d’intérêt d’un voyage pour un groupe d’adolescents venus de paroisses de l’Est de la France.

«Je savais déjà que ce voyage me marquerait»

Le projet s’élabore en collaboration avec le pasteur de Kougnohou. Il intégrera un groupe de jeunes animateurs d’Alsace-Lorraine et du Togo, ainsi qu’une cinquantaine d’élèves de l’école primaire de Kougnohou. Les futurs participants sont activement associés à la construction du projet et travaillent avec les trois pasteurs à la mise en place du programme. Au menu : formation à l’animation de groupe de jeunes durant la première semaine ; organisation d’activités sportives et culturelles ; sensibilisation à l’interdépendance écologique et, plus largement, découverte mutuelle des réalités culturelles et sociales vécues par les jeunes en Alsace-Lorraine et dans la région des Plateaux au Togo.

«Après avoir imaginé pendant deux ans ce que serait notre épopée africaine», raconte Manoa, l’une des participantes, «notre groupe s’est finalement envolé pour trois semaines au Togo le 29 juillet 2017. J’étais accompagnée de visages familiers, de proches, et malgré ça, j’appréhendais : j’avais peur des conditions de vie que nous allions trouver là-bas. Je savais déjà que ce voyage me marquerait.» L’aventure commence dès l’arrivée, «célébrée par une grande fête animée par la fanfare, les danses et les sourires», comme le décrit Amandine. «Rythmées par les habitudes des Togolais, nos journées furent aussi enrichissantes les unes que les autres : nous avons appris à cuisiner avec des produits locaux (igname, cacahuète, piment), cherché l’eau à la rivière, découvert quelques notions d’Akébou et d’Ewe, les langues parlées au village.» Parmi les moments l’ayant particulièrement marquée, Amandine cite encore «la confirmation d’une trentaine de jeunes par le pasteur local accompagné d’Hanitra et de Gilles. Les confirmands attendaient avec impatience cette cérémonie qu’ils considèrent comme un passage très important de leur vie et qu’ils avaient pris coeur à préparer. Enfin, nous avons participé à notre dernier culte à Kougnohou en nous levant pour danser et chanter « Jehohah », une chanson que nous avons apprise sur place et qui a accompagné nombre de nos moments avec les enfants ; chanson que j’espère avoir l’occasion de communiquer aux paroissiens de la rue Mazelle lors d’un culte.»

Retour à l’essentiel

Togo : la région de Kougnohou © UEPAL

Le groupe ne s’est pas cantonné à la région des Plateaux et les jeunes d’Alsace-Lorraine ont eu un large aperçu de la vie au Togo : Manoa cite ainsi «la fête nationale des récoltes avec la visite du Premier Ministre à Tsévié», les visites de «sites comme les cascades d’Akloa et de Siou», ou encore «le monastère des sœurs de Dzogbégan». Margot, autre participante du voyage, ajoute : «Nous avons aussi eu la chance d’aller à Kpalimé, ville connue pour son centre artisanal où nous avons pu voir le talent des artisans travaillant le bois.»

Mais le plus marquant reste ce qui a été vécu et partagé au cours des deux semaines passées à Kougnohou. «Les personnes rencontrées et les liens que nous avons créés avec celles-ci nous ont, d’après moi, véhiculé des valeurs dont nous manquons énormément en France», témoigne Amandine. «Les Togolais ont une source d’optimisme quasi inépuisable qu’ils puisent essentiellement dans leur foi en Dieu», ajoute Margot. Manoa renchérit : «Tous semblent être de bons vivants, et pourtant, nombre de ceux que nous avons rencontré ont une vie difficile. Certains ont perdu des proches, d’autres sont encore mineurs et vivent seuls car papa et maman ont dû partir au Ghana ou au Burkina Faso pour trouver de l’argent. La venue de « yovo » (les Blancs, les Occidentaux) est donc globalement la bienvenue, car elle est le signe que, quelque part, on s’enquiert de leur état. Sous ce rapport, on aurait donc pu penser qu’ils attendaient quelque chose de nous (du matériel, des vêtements, de l’argent…) et nous avons pourtant reçu plus que nous n’avons donné ! Les jeunes du village et les membres de la paroisse protestante de Kougnohou nous ont offert leur temps, ont prêté l’oreille à nos propos, sont venus tous les jours nous prêter main-forte pour les tâches du quotidien comme pour les événements exceptionnels (visite de sites, recherche de matériel pour des projections à l’église ..) et nous ont surtout invités à partager leur vie et leur vision des choses, plus sereine, plus confiante en Dieu.»

Retrouvez ci-dessous quelques images de ce voyage :




L’histoire des Missions protestantes s’expose à La Rochelle

À l’occasion des 500 ans de la Réforme, la Bibliothèque universitaire de La Rochelle a décidé d’accompagner les festivités organisées dans la ville à travers plusieurs expositions sur le protestantisme. L’une d’entre elles, notamment, consacrée aux missionnaires protestants, a été organisée avec l’aide de la bibliothèque du Défap, qui a fourni divers livres, documents et objets venant des collections du Service protestant de Mission. Retour en images.

 

Vue de l’exposition à la BU de La Rochelle © Défap

Du XVe siècle et jusqu’à la Révolution, l’histoire de La Rochelle a été largement marquée par celle du protestantisme en France. Dès 1568, les protestants, majoritaires, y prirent le pouvoir, détruisant les lieux de culte catholique. La ville accueillit le 2 avril 1571, le 7e Synode national des Protestants sous la présidence de Théodore de Bèze, en présence de la cour de Navarre, de Jeanne d’Albret et du futur Henri IV. En 1627, la cité rochelaise était considérée comme un «État dans l’État». Assiégée par le Cardinal de Richelieu au nom du roi Louis XIII, La Rochelle fut sévèrement punie après sa reddition. À la révocation de l’Édit de Nantes, en 1685, certains protestant rochelais devinrent des «catholiques de façade», d’autres décidèrent de fuir la France. En 1787, l’édit de Tolérance redonna aux protestants la liberté de conscience et une reconnaissance juridique. En 1790, la Révolution française leur confirma l’égalité citoyenne.

En cette année 2017 marquée par les festivités des 500 ans de la Réforme, il était logique que la ville fasse un retour sur son histoire protestante. C’est ce qui a été fait notamment par la Bibliothèque universitaire de La Rochelle qui a organisé plusieurs expositions. L’une concernait le patrimoine protestant rochelais, à travers une vingtaine de lieux : lieux de culte ou de pouvoir, lieux de vie et lieux publics. Une autre concernait plus spécifiquement les missionnaires protestants, et les livres de mission à travers le monde au XIXe siècle ; elle a été organisée en partenariat avec le Musée d’histoire protestante de La Rochelle, et avec l’aide de la bibliothèque du Défap, qui a fourni divers livres, documents et objets venant de ses collections (pour avoir un aperçu de cette exposition, rendez-vous sur le diaporama au bas de cet article).

Cartes et photographies, Bibles en chinois, en tahitien…

Cette exposition, qui a été visible dans le hall d’entrée de la Bibliothèque universitaire de La Rochelle durant tout le mois de novembre, permettait ainsi de découvrir à l’aide de sept panneaux informatifs comment s’organisait le travail des missionnaires, et l’influence qu’ont eue les missions protestantes dans l’histoire culturelle et politique de divers États. L’accent avait été mis sur la manière dont les livres, les journaux, les atlas et les cartes postales jouaient un rôle, dans les missions elles-mêmes mais aussi pour promouvoir l’œuvre missionnaire auprès des protestants français et pour transmettre des connaissances d’ordre ethnographique et anthropologique sur les cultures de ces populations lointaines. Parmi les documents historiques prêtés par la bibliothèque du Défap pour illustrer cette présentation des missions protestantes, on trouvait notamment des photographies, des Bibles imprimées en chinois ou en tahitien, des almanachs, des livres pour enfants, et même un jeu de cartes.

L’exposition sur l’histoire de la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP, l’ancêtre du Défap) qui avait été réalisée en 2012, à l’initiative du Musée rochelais d’histoire du protestantisme et de Janick Pilot, se trouvait également présentée à cette occasion. Elle n’est désormais plus visible à la Bibliothèque universitaire de La Rochelle, qui a achevé le samedi 1er décembre son cycle consacré à l’histoire du protestantisme ; mais un exemplaire se trouve toujours exposé dans la chapelle du Défap. Les visiteurs du 102 boulevard Arago pourront continuer à l’y voir. Pourquoi pas à l’occasion d’un prochain séjour Voir et revoir Paris (cf encadré ci-dessous) ?

Rencontrez la maison, découvrez la mission

Visiter la maison du service protestant de mission ? Et pourquoi pas ! C’est l’occasion d’un périple culturel qui met en lumière l’histoire des missionnaires protestants et permet d’éveiller la curiosité des jeunes visiteurs.
Pour préparer la visite, certains lanceront des discussions sur le sens des mots « mission » et « vocation » ou sur les raisons d’un départ en mission. A travers cette visite, vous pourrez ainsi suivre l’histoire des missions …et celles des missionnaires.
Histoires d’autrefois, cartes du monde, portraits, chapelle, salon rouge, bibliothèque, bureaux, salle de cours, musée… la visite est riche et toujours orientée autour des missionnaires, des lieux de mission et des objets rapportés par les envoyés.
Cliquez sur l’image ci-contre pour avoir toutes les informations sur les week-ends et mini-séjours «découverte» proposés par le Défap sur le thème «Voir ou revoir Paris».

 




Cameroun : un voyage pour renouer trente ans de liens solidaires

Derrière le séjour «seniors solidaires» organisé au Cameroun du 11 janvier au 1er février, avec le soutien du Défap, c’est une aventure commencée avant les années 90 qui se poursuit : celle des camps de jeunes Français et Camerounais organisés par le pasteur Richard Dahan. Ils avaient permis, entre autres, la création d’un centre médical à Douala. Certains des anciens «campeurs» se retrouvent aujourd’hui pour soutenir ce centre, toujours actif et désormais bien reconnu, mais dont les bâtiments doivent être reconstruits et agrandis. Le séjour sera aussi l’occasion de partages et de rencontres, avec également une réflexion sur l’écologie et un aspect pratique à travers la mise en place d’ateliers pour fabriquer des cuiseurs économiseurs de bois.

 

Des « campeurs » lors d’un voyage au Cameroun © Espérance Nord-Sud

Ils sont seize, tous d’une même tranche d’âge comprise entre 65 et 80 ans, à s’engager dans l’aventure : un séjour «seniors solidaires» de trois semaines au Cameroun. Départ prévu le 11 janvier pour ce voyage organisé avec le soutien du Défap ; Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales, s’est chargé de la préparation du groupe auquel il a dispensé un condensé de la formation destinée aux envoyés. Pour tous les participants, il s’agira en fait de reprendre contact avec un pays qu’ils connaissent bien, dans lequel ils ont séjourné ; de renouer, aussi, les fils de relations établies à Douala, Matomb, Mbouda, Foumban ; et à l’occasion de ce voyage, d’apporter une aide financière à des projets auxquels ils ont déjà pris part il y a des années. Il y a là quatre couples des Cévennes, d’anciens membres des paroisses de l’Église protestante unie de France de Nice, de Thonon-les-Bains et d’Aulnay-sous-Bois, un pasteur venu du Chambon-sur-Lignon ; tous réunis par une relation passionnelle avec le Cameroun que résume le parcours de leur accompagnateur, lui-même pasteur à la retraite : Richard Dahan.

Tout au long de sa vie de pasteur, Richard Dahan a vu se transformer les paroisses où il exerçait son ministère, et leur environnement. Il a été un témoin privilégié des effets de la mondialisation sur le protestantisme français ; un protestantisme autrefois sociologiquement plus homogène et qui est désormais plus multicolore, plus marqué par les questions liées à l’interculturel. Avec, également, des relations qui s’établissent par-delà les frontières… Né en 1944, aujourd’hui installé dans le Gard, Richard Dahan se souvient de la manière dont il a peu à peu tissé des relations avec le Cameroun. «J’ai été pasteur à Aulnay-sous-Bois de 1973 à 1983. J’y ai vu les champs de blé devenir des forêts de béton. C’est pendant cette période que la paroisse a vu arriver des étudiants qui venaient d’Afrique. On s’est dit alors qu’ils allaient se retrouver dans un désert spirituel ; et le conseil de la paroisse a décidé de se mobiliser pour les accueillir. Les choses se sont faites petit à petit, on organisait des repas chez les uns et chez les autres ; ils ont pris des responsabilités ; un jeune qui avait un peu plus de vingt ans et son épouse sont devenus diacres, et c’est comme ça que tout a commencé.»

Des camps à l’aventure «La Solidarité – SOS-Santé»

Entrée du centre médical «La Solidarité – SOS-Santé» © Espérance Nord-Sud

A travers ce couple de jeunes diacres, Jérôme et Sara Minlend, se sont nouées les premières relations avec le Cameroun. Et lorsque Richard Dahan est parti exercer son ministère à Marseille, puis à Nice, il a emmené dans ses nouvelles paroisses les liens tissés à Aulnay-sous-Bois, qui se sont enrichis d’autres rencontres : «A Marseille, la paroisse s’est mobilisée pour faire un camp de jeunes français et camerounais.» Il a été organisé en 1987 à Matomb, au Sud du Cameroun, sous l’impulsion de Jérôme et Sara Minlend, avant un séjour-retour deux ans plus tard à Marseille. Dès lors ont suivi une série de camps organisés tantôt en France, tantôt au Cameroun, dans le cadre des Églises protestantes, et avec le soutien du Défap et de la Cevaa.

Le but premier était de mieux connaître l’Afrique et le Cameroun. Puis, à travers ces rencontres de jeunes, de déconstruire les idées préconçues, les préjugés, et en s’appuyant sur une réflexion basée sur les textes bibliques, d’y puiser les forces de l’amour pour construire une «Terre Nouvelle». L’implication auprès de la population camerounaise est venue naturellement, et les séjours successifs de jeunes Français et Camerounais ont permis de rénover une chapelle à Matomb, d’édifier un hôpital à Mbouda… De riches aventures humaines sont parties de là, comme celle de ce groupe de jeunes Camerounais qui, lors d’un camp organisé en 1996, ont décidé de créer un centre médical dans un quartier pauvre de Douala, «La Solidarité – SOS-Santé». Dans des conditions difficiles, sans salaire pendant un an, l’équipe emmenée par Isaac Mouansie a réussi à assurer la pérennité du projet, qui existe encore aujourd’hui. Il a construit sa légitimité auprès des autorités et de la population, a renforcé au fil des années son offre de soins, a ouvert une annexe hors de Douala, à Foumban, avec l’aide des «campeurs» venus de France et du Cameroun ; et surtout, depuis des années, il a apporté des services inestimables au sein d’un quartier déshérité de la capitale camerounaise.

14 séjours au Cameroun

Cuisine traditionnelle : un gaspillage des ressources en bois © Espérance Nord-Sud

Richard Dahan le reconnaît volontiers aujourd’hui : cette relation particulière avec le Cameroun «a été un des fils conducteurs de mon ministère». Il y a fait déjà 14 séjours, soit à titre personnel, soit en accompagnant un groupe. Ce qui avait commencé sous la forme de relations personnelles au sein d’une paroisse d’Île-de-France a ainsi pris de plus en plus d’ampleur, s’est doté d’un cadre sous la forme d’une association, «Espérance Nord-Sud». C’est cette association qui a contribué à conserver le lien entre tous les participants des camps organisés au Cameroun, dispersés par la vie entre diverses paroisses ; c’est à travers elle que s’est organisé le soutien au centre médical de Douala, à la chapelle et aux divers projets qui accompagnaient les camps, sous la forme d’une aide financière, de l’envoi de conteneurs, de visites. Un soutien qui se poursuit depuis une vingtaine d’années…

Mais à Douala, les locaux du centre de santé ont mal vieilli. Construit sur un terrain autrefois marécageux, le bâtiment voit ses murs se fissurer. Il n’est plus adapté aux activités du centre et pose des problèmes de sécurité. Les membres de l’association «Espérance Nord-Sud» ont décidé de soutenir sa reconstruction. D’où l’idée d’organiser un nouveau camp. Non plus un camp de jeunes comme dans les années 90, mais un séjour «seniors solidaires». Les anciens «campeurs» ont été contactés ; certains ont répondu avec enthousiasme. Le petit groupe s’est ainsi formé. Le but premier étant d’apporter une aide financière, les subventions perçues sont entièrement affectées au projet, les participants finançant eux-mêmes le coût de leur voyage (soit 1500 euros par personne, entre les billets d’avion, les déplacements au Cameroun, l’hébergement…). Au-delà, le voyage permettra aussi des partages et des rencontres (dans une chefferie, dans des familles, à la faculté de théologie de Ndoungue, au monastère de Koutaba), d’initier une réflexion sur l’écologie avec un professeur de l’université de Dschang ; et les participants doivent aussi prendre part à un autre projet porté par le trésorier de l’association, Jérôme Bamberger, visant à améliorer les conditions de vie au quotidien tout en préservant les ressources en bois. Ils aideront ainsi à créer des ateliers pour fabriquer des cuiseurs à bois économes, qui permettent de cuisiner en utilisant de 3 à 5 fois moins de bois que sur un foyer traditionnel.

Désormais, les anciens «campeurs» espèrent que de plus jeunes sauront prendre la relève, entreront dans le conseil d’administration de l’association «Espérance Nord-Sud», et initieront de nouveaux projets. Ce voyage est aussi pour les y encourager…




Haïti : des nouvelles du collège Maranatha

A Port-au-Prince, les cours ont repris au collège évangélique Maranatha après l’opération de police du 13 novembre au cours de laquelle plusieurs personnes avaient été abattues dans l’enceinte même de l’établissement. Mais les élèves et les enseignants restent profondément choqués, ce qu’a pu constater le ministre haïtien de l’Éducation nationale, venu apporter son soutien. Le directeur du collège remercie pour sa part la mobilisation de la communauté protestante (ce qui inclut les protestants de France), qui a permis sa remise en liberté. Mais il s’agit toujours d’une liberté conditionnelle.

 

Le collège évangélique Maranatha © Mission Biblique

Le ministre haïtien de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), Pierre Josué Agénor Cadet, s’est rendu au cours de la dernière semaine de novembre au collège évangélique Maranatha, où plusieurs personnes avaient été tuées deux semaines auparavant. Cette école membre de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, partenaire de la Plateforme Haïti, dont fait partie le Défap, entretient un témoignage essentiel dans une partie très défavorisée de Port-au-Prince : le collège Maranatha surplombe le quartier de Grand Ravine, lieu gangréné par la grande criminalité. C’est au cours d’une opération visant les gangs de ce quartier que des policiers avaient, le 13 novembre dernier, abattu plusieurs personnes dans l’enceinte même du collège, dont le gardien, un élève et un enseignant (lire : Haïti : solidarité avec le collège Maranatha).

Au cours de sa visite, le ministre de l’Éducation nationale était accompagné d’une délégation dont faisaient notamment partie le pasteur Sylvain Exantus, président de la Fédération protestante d’Haïti, ainsi que le pasteur Jean Bilda Robert, vice-président de l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti (UEBH). Tous ont pu constater que les élèves restent gravement affectés par les violences du 13 novembre. Certains ne sont toujours pas revenus en classe ; d’autres refusent d’aller en cours sans la présence permanente d’un de leurs proches. Le ministre a promis un soutien psychosocial aux enseignants et aux élèves afin de les aider à évacuer le stress post-traumatique. Il a déploré une fois de plus qu’une école, sanctuaire pour la formation des jeunes, soit le théâtre de tels événements et s’est dit prêt à accompagner financièrement la remise en état du collège, vandalisé à la suite de l’opération de police.

Il y aura beaucoup à reconstruire

Pour aller plus loin :
Le point sur les événements du 13 novembre au collège évangélique Maranatha
Présentation de la Plateforme Haïti sur le site de la Fédération Protestante de France
Les événements au collège Maranatha suivis sur le site de la Mission Biblique

Il y aura beaucoup à reconstruire car c’est un véritable pillage que l’école a subi après le drame du 13 novembre. Ce dont témoigne son directeur, Armand Louis, dans une lettre datée du 1er décembre : «Pour ce qui a trait au Collège Maranatha, Lekol pou yo tou, l’École technique : on a tout pillé, on a mis l’École à sac au cours des jours qui ont suivi le massacre. Pas une chaise, pas un ordinateur de bureau, pas un livre, pas un instrument de musique, pas un frigo, pas un ventilateur, même pas une lampe électrique n’est restée.»

Quant au directeur lui-même, il est toujours en liberté conditionnelle. Gravement molesté par les policiers à la suite de l’échec de l’opération antigang, arrêté et incarcéré, il a été libéré après plusieurs jours de mobilisation de tout le protestantisme haïtien, qui a multiplié les sit-ins et marches de protestations. Mais il doit toujours attendre une décision judiciaire à la suite des accusations portées contre lui par les policiers, qui le rendaient responsable du fiasco de l’opération. Il remercie néanmoins, dans cette même lettre, tous ceux qui ont contribué à sa remise en liberté ; s’exprimant en son nom propre et au nom de ses proches, il veut «transmettre l’expression même de notre reconnaissance à toute la Mission Biblique, à toute la communauté protestante de France et à tous les frères et sœurs de la Côte d’Ivoire. Car, je suivais vos prises de position, vos protestations, vos témoignages, vos interventions dans la presse et sur les réseaux sociaux ; je suivais vos démarches. Le juste juge est descendu et a fait le miracle. Mille mercis !»

Armand Louis témoigne également de la solidité de son implication en faveur de l’éducation des plus fragiles, en dépit des événements. «Depuis plus d’une trentaine d’année», souligne-t-il, «je me suis engagé dans une bataille pour l’amélioration des conditions de vie de mes concitoyens et concitoyennes, des couches les plus défavorisées de mon pays.» Aussi, en dépit du drame qui l’atteint personnellement et qui frappe «l’institution que je dirige depuis plusieurs décennies, dans laquelle j’ai lutté de toutes mes forces pour forger un destin ou changer les conditions d’existence des enfants et des jeunes les plus vulnérables du pays», il se dit «décidé de continuer cette lutte en faveur des plus faibles, chaque jour de ma vie, tous les jours de ma vie. Nous prions notre Dieu pour notre libération complète et pour cette nouvelle phase dans ce combat pour la justice et le droit.»




Voyage dans la maison… et dans le temps

Treize catéchumènes lyonnais âgés de 12 à 14 ans sont venus fin novembre découvrir le Défap, dans le cadre du programme «Voir et revoir Paris». Accueillis et guidés par la responsable Jeunesse Tünde Lamboley, et Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque, ils ont pu explorer la Maison des missions et prendre conscience des évolutions qui ont marqué la Mission… et ses envoyés, entre le XIXème et le XXIème siècle.

 

Le groupe de jeunes catéchumènes lyonnais en visite à la bibliothèque du Défap © Défap

 

Dans le cadre du programme «Voir et revoir Paris» (cf. encadré ci-dessous), le Défap a accueilli fin novembre un premier groupe de jeunes visiteurs, treize catéchumènes lyonnais âgés de 12 à 14 ans, accompagnés par les pasteurs Bernard Millet et Franck Nespoulet. Ils ne sont restés qu’une seule journée, à leur grand regret car tous sont repartis enchantés, en ayant encore des milliers de choses à voir. Pour une prochaine fois, espérons-le.

Le thème qu’ils avaient choisi était : «Naissance et mission de l’Église». Accueillis par Tünde Lamboley, responsable Jeunesse, et Claire-Lise Lombard, notre bibliothécaire, ils ont parcouru de haut en bas la Maison des missions, passionnés par tous ces objets que l’équipe côtoie tous les jours et qui sont si étonnants pour ceux qui ne les ont jamais vus : la croix kanak dans la chapelle, les gargouilles, les grands portraits … Comparant les anciens missionnaires et les nouveaux, les adolescents ont pris conscience de la différence des époques : entre le vade-mecum remis aujourd’hui à Coralie et Yohann, deux de leurs concitoyens actuellement en poste à Madagascar, et la liste de ce qu’il fallait emporter au Gabon en 1924, quel changement ! Plus besoin d’hésiter entre deux chapeaux, l’un moche et l’autre inutile… Besoin d’un peigne ? Pas en crin, conseillait le Dr Albert Schweitzer. Et coupez-vous les cheveux, mais pas trop !

D’autres groupes attendus en avril et mai 2018

Une préparation différente, mais également une connaissance du terrain bien plus parcellaire, comme en témoignent les archives montrées par Claire-Lise, et en particulier cette carte dessinée par un missionnaire ayant remonté le fleuve Zambèze qui a beaucoup intéressé ces jeunes qui vivent à l’heure d’internet et de «Google Maps».

Ils ont achevé leur court séjour par une visite à l’Institut du Monde arabe, où une magnifique exposition intitulée «Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire» donne à voir de rarissimes Bibles illustrées, de toute beauté, ainsi que divers objets et vestiges venus de Mésopotamie et du Proche-Orient.

Le Défap accueillera d’autres groupes en avril et mai 2018, mais si le cœur vous en dit, il y a encore de la place au premier trimestre. La Maison des missions est votre maison, bienvenue !

Valérie Thorin

Rencontrez la maison, découvrez la mission

Visiter la maison du service protestant de mission ? Et pourquoi pas ! C’est l’occasion d’un périple culturel qui met en lumière l’histoire des missionnaires protestants et permet d’éveiller la curiosité des jeunes visiteurs.
Pour préparer la visite, certains lanceront des discussions sur le sens des mots « mission » et « vocation » ou sur les raisons d’un départ en mission. A travers cette visite, vous pourrez ainsi suivre l’histoire des missions …et celles des missionnaires.
Histoires d’autrefois, cartes du monde, portraits, chapelle, salon rouge, bibliothèque, bureaux, salle de cours, musée… la visite est riche et toujours orientée autour des missionnaires, des lieux de mission et des objets rapportés par les envoyés.
Cliquez sur l’image ci-contre pour avoir toutes les informations sur les week-ends et mini-séjours «découverte» proposés par le Défap sur le thème «Voir ou revoir Paris».