C’est quoi, vivre simplement ?

Loin des discours formatés sur l’environnement, le «mini-forum» de Condé-sur-Noireau, organisé fin septembre avec le soutien du Défap, a été l’occasion pour les participants de s’interroger sur leur engagement en faveur de la création. Et sur ses implications concrètes et quotidiennes. Comment avoir un discours qui ne cache pas la gravité des enjeux, mais qui puisse en même temps motiver au lieu de décourager ? Que signifie véritablement «Vivre simplement» ? Une thématique débattue tout au long du week-end à travers échanges et tables rondes, et illustrée par des témoignages concrets allant du monde de l’entreprise à celui des communautés religieuses. À noter, le 17 octobre, une émission sur RCF avec Éric Trocmé, qui reviendra en détail sur cette rencontre.

Vue de quelques intervenants du «mini-forum» de Condé-sur-Noireau © Défap

Préservation de l’environnement et développement durable, mais aussi partage des richesses et accueil des migrants : toutes ces thématiques étaient rassemblées derrière le thème du «mini-forum» de Condé-sur-Noireau, organisé du 27 au 29 septembre par l’Église Protestante Unie du Bocage normand avec le soutien du Défap. Les débats tournant autour d’une citation de Gandhi, qui en donnait la coloration : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre»… Parmi les intervenants chargés d’introduire les débats devant la centaine de participants, on pouvait noter la présence de Martin Kopp, qui a été chargé de plaidoyer de la Fédération luthérienne mondiale pour la «justice climatique» et qui préside aujourd’hui la Commission «Écologie et justice climatique» de la Fédération Protestante de France. Mais aussi de Basile Zouma et Florence Taubmann, respectivement secrétaire général et responsable du pôle France du Défap. Pour l’occasion, la mairie de Condé-sur-Noireau avait mis à disposition les halles de la ville pour une exposition illustrant le thème du «Vivre simplement».

Cet accent mis sur la «justice climatique», conjuguant enjeux environnementaux et enjeux sociaux, était déjà un marqueur du «mini-forum» de la région Centre-Alpes-Rhône, qui avait été organisé avec le réseau Bible et création. Même si, à Condé-sur-Noireau, les débats se sont surtout centrés sur la première partie de la citation qui donnait le thème de la rencontre, et sur la question du «Vivre simplement». Une question déclinée tout au long du week-end non seulement à travers une exposition, un film, une pièce de théâtre et des témoignages, mais aussi à travers des tables rondes et ateliers ; le tout entrecoupé de moments conviviaux autour de repas (à base de produits bio et locaux, bien sûr) ou d’un groupe de musique tzigane, qui a emmené les participants à travers la ville…

À travers Condé-sur-Noireau au son de musiques tziganes© Défap

L’ensemble du week-end a donc assuré une visibilité importante à la communauté protestante, et c’est déjà l’un des enjeux de telles rencontres, comme le souligne Basile Zouma. Il a aussi représenté un moment d’échanges sortant des cadres de discours tout faits, autour de questions très concrètes : en quoi le fait de vivre simplement ici permettra-t-il d’aider à la justice climatique à l’autre bout de la planète ? Que peut-on faire au quotidien ? Comment être cohérent avec ses propres engagements ? Peut-on choisir de devenir végétarien… et néanmoins continuer à prendre l’avion si on se déplace à l’étranger ? Plus largement, à l’égard des jeunes générations, comment avoir un discours vrai, qui n’enjolive pas la réalité, mais ne soit pas non plus désespérant au point de décourager tout engagement ?

«Des progrès à petits pas»

«La table ronde a été très appréciée, souligne Basile Zouma : il y avait des tendances très différentes qui étaient représentées, et qui ont su dialoguer. Nous avons eu un exposé des dernières prévisions scientifiques sur le réchauffement climatique. Nous avons eu aussi des participants qui ont insisté sur la nécessité de laisser un espoir d’ouverture et donc d’éviter les discours catastrophiste ; sachant qu’il n’est pas forcément nécessaire de s’appuyer sur de tels discours pour s’engager à protéger la création. Avec ou sans l’avis de scientifiques et d’experts, qui ne peuvent pas prétendre à une précision mathématique puisque la science progresse toujours par erreurs corrigées, nous ne pouvons qu’être gagnants si nous protégeons notre environnement. Une maison qu’on n’occupe pas se dégrade ; une maison occupée aussi… Nous avons forcément une empreinte écologique, que nous le voulions ou non. Il s’agit de trouver comment la réduire…Et l’aspect très positif de cette rencontre est finalement que chacun s’est senti interpellé dans ses engagements personnels. L’Église Protestante Unie du Bocage normand est d’ailleurs elle-même engagée pour la préservation de l’environnement.»

Florence Taubmann souligne également la qualité des échanges tout au long du week-end, et leur ancrage dans le concret. À l’exemple du témoignage d’un chef d’entreprise membre des EDC (les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens) : «Il a très bien su faire passer l’idée que dans les entreprises, il n’y a pas que des machines : ce sont avant tout des êtres humains qui travaillent. Et quand on veut transformer les choses, on ne peut pas en faire abstraction et tout révolutionner d’un seul coup. Ce sont des efforts dans la durée, des progrès faits à petits pas. On est dans une réalité humaine dont on doit tenir compte. Loin des discours très culpabilisants quand on touche à la thématique de l’environnement, il faut bien se rendre compte que l’on n’est pas tout-puissant, dans le mal ni dans le bien.» Parmi les autres témoignages illustrant le «Vivre simplement», Florence Taubmann évoque aussi celui de communautés religieuses, comme les Frères Missionnaires des Campagnes, une congrégation religieuse fondée en 1943 en Seine-et-Marne par le dominicain Michel Épagneul. Quatre d’entre eux étaient présents au «mini-forum» de Condé-sur-Noireau. Autre exemple de simplicité de vie, celui des Diaconesses de Strasbourg, illustré à travers un film, Rue du Ciel, réalisé par Ravo Rivo (fille d’Augustin Rivo, aumônier au CHU de Reims), et qui a été diffusé par KTO TV. Vous pouvez en trouver ici une présentation détaillée, et visionner ci-dessous l’intégralité du documentaire :

Vous pouvez retrouver ci-dessous un aperçu en images de ce week-end, en attendant un compte-rendu plus détaillé : le 17 octobre, sur RCF, c’est Éric Trocmé, très impliqué dans cette rencontre, qui reviendra sur le forum de Condé-sur-Noireau dans une émission spéciale. À écouter à partir de 11 heures du matin, et à retrouver ensuite ici.




La Corée, invitée d’honneur de Perspectives Missionnaires

Ce numéro 78 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, observe ce qui se passe du côté de l’Est et de l’Asie : plus précisément du côté de la Corée… Histoire et évolutions actuelles du christianisme coréen, et tout particulièrement du protestantisme ; relations avec les Églises de France… Vous y retrouverez un entretien exceptionnel avec Huy-yeon Kim, sociologue et maîtresse de conférences à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), un regard sur la «mission en retour» en Occident… Un numéro qui invite au déplacement.

Le n°78 de Perspectives Missionnaires © PM

La Corée du Sud est assez présente dans l’actualité internationale. Elle a gagné du prestige grâce à sa puissance technologique et industrielle, avec des conglomérats – les chaebols – comme Samsung, Hyundai ou LG Group. Son rayonnement culturel – la Hallyu – est croissant, à travers la musique KPop, la bande dessinée ou le cinéma. Le réalisateur Bang Joon-ho a décroché la Palme d’or 2019, à Cannes, pour son film Parasites. Elle occupe aussi une place particulière en géopolitique, étant le jouet des tensions entre la Chine et les Etats-Unis d’Amérique, tandis que son frère ennemi du Nord agite régulièrement la menace de l’arme nucléaire. Pour autant, l’histoire et la culture de la Corée nous demeurent assez méconnues, tout comme celles de ses Églises.

Le présent dossier ne prétend pas combler ces lacunes, mais il voudrait attirer l’attention sur une société singulière qui est parvenue à subsister, notamment grâce à son génie propre, bien que prise en étau entre les grandes puissances voisines : la Chine, dont la Corée fut très longtemps vassale, mais aussi la Russie et le Japon.

La majorité de la population se déclare sans religion ; près de 60% en 2018, mais ce chiffre doit être pris avec précaution car l’influence multiséculaire de courants spirituels reste forte, avec des traditions toujours vivaces au XXIe siècle : le shamanisme, le bouddhisme, le confucianisme et plus récemment le christianisme. Depuis le XIXe siècle, ce dernier constitue une des composantes religieuses qui forge son identité, avec des expressions particulières. On compte à peu près 28% de chrétiens (8% de catholiques et 20 % de protestants) pour 15% de bouddhistes.

L’histoire de ce pays est complexe. Des facteurs multiples doivent être pris en compte pour essayer d’en comprendre quelques aspects. Si l’empreinte religieuse y est essentielle – celle du christianisme notamment -, la Corée du Sud entre progressivement dans l’ère de la sécularisation.

Au IVe siècle, le bouddhisme est introduit par la Chine dans la péninsule, où dominent alors les trois royaumes de Silla, Baekje et Guryeo. En 918, il devient la religion d’un royaume unifié, sous la dynastie Koryo, jusqu’au XIVe siècle. A nouveau sous l’influence de la Chine, à partir de 1392 et jusqu’en 1910, période dite «Joseon», les souverains marginalisent le bouddhisme pour adopter un néoconfucianisme qui devient la base idéologique de l’ordre social. Celui-ci repose sur une hiérarchie très stricte, avec une échelle de castes dominées par les élites de la noblesse, avec la subordination des femmes aux hommes, des jeunes aux aînés. La loyauté familiale et clanique, la piété filiale et le culte des ancêtres ont constitué pendant des siècles le cœur de la conscience collective et de la cohésion sociale. Même si les nouvelles générations tendent à remettre en question ce cadre moral, il demeure très prégnant aujourd’hui.

En 1784, à Beijing, Yi Seung-hun est le premier Coréen à être baptisé. La cérémonie est célébrée par le jésuite Jean Joseph de Grammont qui compte parmi les missionnaires catholiques français basés en Chine. Ceux-ci entrent régulièrement en contact avec des Coréens de passage, diplomates ou négociants. En 1836, le premier missionnaire arrive clandestinement à Séoul ; Pierre Maubant est un prêtre envoyé par la Société des Missions étrangères de Paris. Trois ans plus tard, il est arrêté et décapité avec deux de ses collègues.

Le XIXe siècle est marqué par la poussée des puissances coloniales européennes et américaine, en compétition avec la Russie et le Japon pour tenter de s’imposer dans la région, si besoin par la force. Pour les Occidentaux, les enjeux sont multiples : contrôler l’espace maritime du Pacifique, des Mers de Chine orientale et méridionale, rester dans la compétition sur le marché de la pêche baleinière, accaparer une part du dépeçage de l’Empire chinois des Qing, contenir l’expansionnisme de l’Empire russe qui parvient à se saisir de la région de Vladivostok située aux portes de la Corée.

Le Palais des Mûriers (palais Gyeonghuigung) – in : La Corée indépendante, russe ou japonaise (p. 125) – Villetard de Laguérie – 1er janvier 1898 © Wikimedia Commons

Mais, à cette époque, les gouvernements successifs de Joseon sont plutôt opposés à l’introduction du christianisme, associé aux intérêts étrangers. Cette seconde moitié du siècle est marquée par la persécution des quelques milliers de convertis ; beaucoup sont exécutés, de même que des missionnaires qui ont enfreint l’interdiction d’entrer sur le territoire.

Dans le même temps, des vaisseaux français effectuent des voyages de reconnaissance sur les côtes coréennes. Certains font naufrage ; les équipages reçoivent pourtant du secours. D’autres effectuent des mouillages dans les ports pour bénéficier de ravitaillement, mais le pays reste méfiant, lucide devant les motivations étrangères. Des ambitions de conquête, non portées par Paris, débouchent sur l’organisation d’une expédition militaire en 1866, à la suite de l’exécution de neuf missionnaires français. Le contre-amiral Pierre-Gustave Roze, gouverneur de la Cochinchine, conduit une offensive à partir du fleuve Han, il bombarde la capitale Hanyang (Séoul), mais il est contraint de reculer, non sans avoir effectué une razzia sur l’île de Kanghwa. Dans son butin, il rapporte des fusils, de l’or et de l’argent, des œuvres d’art, ainsi que des livres dont le fameux Jikji : il s’agit du plus vieil imprimé connu, daté de 1378, réalisé avec des caractères métalliques amovibles soixante-dix ans avant Gutenberg. Il se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France, à Paris.

Le protestantisme est amené dans la Péninsule par des missionnaires nord-américains, de confessions méthodiste et presbytérienne, à partir de 1884, dans un contexte de pression croissante des grandes puissances qui imposent à la Corée des traités de coopération. Le premier traité franco-coréen date de 1886, après la Russie (1884), les États-Unis et la Grande-Bretagne (1882), dans le contexte du déclin de l’Empire chinois de la dynastie des Qing et de la montée en puissance du Japon qui, dès 1876 et avant les autres, s’est imposé dans ce pays. Ces accords inégaux obligent la Corée à s’ouvrir à la liberté religieuse.

Les missionnaires protestants viennent avec la traduction des Évangiles en coréen. En 1911, au moment où la première Bible intégralement traduite est diffusée, les chrétiens représentent environ 1% de la population.

En décembre 1913, à la Faculté libre de théologie protestante de Montauban, Jacques Delpech soutient une thèse de bachelier qui a pour titre : Le Christianisme en Korée. Ce travail étonnant est essentiellement basé sur des livres, articles ou rapports de missionnaires américains ; sa bibliographie ne compte que trois monographies en français, issues du milieu catholique. Dans son introduction, il dit ne pas avoir pu se rendre en Corée et il ne semble pas avoir eu l’occasion de rencontrer de Coréens.

Au moment où il présente sa thèse, Delpech sait que le Japon a annexé la Péninsule. Il ne le commente ni ne le dénonce, mais il rédige une courte conclusion qui peut surprendre, étant donné le contexte :

Ballotés entre la Chine et le Japon, les destinées politiques de la Korée ont été éminemment tragiques et ont eu un contre-coup sur la nation tout entière. Abaissée, humiliée, elle a voulu, elle veut encore se ressaisir, regagner sa personnalité. Elle a compris que cet idéal, les religions d’Orient les plus pures ne parviendraient à le lui faire atteindre. Alors elle s’est tournée vers le christianisme, et cette nation qui semblait vouée à une disparition plus ou moins lente, grâce à son acceptation enthousiaste du christianisme, est appelée à jouer un rôle important dans les destinées de l’Extrême-Orient. Un tel pays et un tel peuple sont dignes d’attirer l’attention des chrétiens d’Occident.

Les Églises protestantes ont très tôt contribué à former des cadres dans un esprit réformiste, quand la royauté se révélait incapable de sortir des schémas traditionnels et de donner les impulsions nécessaires à une restructuration du pays. Mais les Japonais étendent progressivement leur emprise sur la Corée. Ils s’imposent comme puissance coloniale avec des troupes d’occupation (1895-1910) puis décident d’annexer le pays, situation qui perdure jusqu’en 1945. Après quelques décennies de paix religieuse, le rejet du christianisme reprend avec une intensité croissante sous le régime nippon qui introduit le shintoïsme et rend obligatoire certaines de ses dévotions.

Les Japonais crucifient les Coréens chrétiens « coupables » de vouloir la libération de leur pays du joug japonais (1919). © Wikimedia Commons

Dans une société où certains secteurs se réjouissent de la colonisation nippone, car ils y voient une opportunité de modernisation, les protestants prennent une part très active au mouvement de résistance et à la déclaration d’indépendance du 1er mars 1919. L’Église catholique cherche plutôt la conciliation. En s’identifiant avec l’aspiration nationale à regagner une totale souveraineté, les Églises protestantes acquièrent une indéniable crédibilité au sein d’une population traumatisée par la brutalité des autorités japonaises.

En 1945, les chrétiens ne représentent encore que 2 ou 3 % de la population. Ils sont surtout concentrés au Nord, où le christianisme va officiellement être interdit, de 1945 à 1950, sous l’occupation soviétique. Le Sud de la Corée est alors administré par un gouvernement militaire américain qui favorise les Églises, d’autant plus facilement que les organisations bouddhistes et confucéennes sont exsangues. Les protestants coréens sont dans une position très avantageuse pour le recrutement dans l’administration en raison de leur engagement contre l’occupation et parce qu’ils comptent un nombre important de cadres anglophones ayant étudié aux États-Unis. Les Églises protestantes reçoivent de nombreux soutiens financiers des Églises-mères américaines ; cela leur permet d’être des actrices de poids dans la reconstruction du pays, en déployant une action sociale dans les domaines de l’éducation, de la protection des orphelins, de l’accueil des femmes seules.

En 1950, au Sud, 90% des quelques 2 000 nouvelles Églises, la plupart presbytériennes, sont fondées par des personnes venues du Nord. La guerre de Corée, qui s’achève en 1953, fait près de trois millions de morts ; le pays en ressort dévasté. La plupart des communautés protestantes deviennent des alliées de la puissance américaine, contre le régime communiste du Nord, dans la phase de reconstruction du pays. Mais la Péninsule est dorénavant coupée en deux, même si la guerre idéologique entre blocs occidental et communiste a cessé depuis longtemps. L’espoir de la réunification est porté par les Églises avec ferveur.

Même s’ils partagent des racines communes et une même langue, les mondes coréens sont cependant dispersés. Il faut compter avec une minorité nationale reconnue en Chine, soit deux millions de personnes principalement établies dans la province de Jilin et dans la préfecture autonome de Yanbian (Yeonbeon), à la frontière Nord de la péninsule. Quelques 600 000 Coréens vivent au Japon. Un nombre équivalent habite les États-Unis tandis que 300 000 vivent en Russie. Enfin, de nombreuses communautés forment une diaspora présente en Europe et à travers le monde.

L’occupation japonaise et la guerre de 1950-1953 ont favorisé l’émergence d’expressions millénaristes ou messianiques qui ont marqué les esprits. L’Église de l’unification fondée par Sun Myung Moon (souvent désignée comme la «secte Moon»), en 1954, a pour objectif d’établir le royaume des cieux sur terre. Ses cérémonies de mariages, réunissant des milliers de couples en un même lieu, furent largement médiatisées. Dans un autre style, l’Église du plein Evangile – Yoido de David Yonggi Cho, fondée en 1958, s’inscrit dans la ligne pentecôtiste des Assemblées de Dieu ; elle est reconnue comme la plus grande megachurch au monde ; son ministère est au départ fortement marqué par la volonté d’apporter la guérison des malades et de promouvoir la prospérité économique des fidèles.

Durant les années 1960 à 1990, la Corée du Sud connaît un boom économique impressionnant, obtenu à marche forcée sous des régimes militaires. Aujourd’hui, sur la scène internationale, des entreprises incontournables (Kia, Hyundai, Samsung) et un rayonnement culturel populaire (KPop, cinéma et séries télévisées) représentent la vitrine de la 11e économie du monde, avec un Indice de Développement Humain (IDH) légèrement supérieur à celui de la France. Cet essor est contemporain de la croissance du christianisme (augmentation de 330% entre 1962 et 1970), avec un protestantisme conservateur qui soutient un système productiviste capitaliste porté par des régimes autoritaires ou dictatoriaux. L’Église catholique, forte de son organisation internationale, se montre souvent plus indépendante et critique. Néanmoins, au sein du protestantisme, une aile minoritaire progressiste se démarque. Elle promeut la «théologie du minjung (peuple)» dans les années 1980. Celle-ci s’inscrit dans un mouvement qui traverse l’ensemble de la société : aspiration nationaliste socialisante. Le parallèle peut être établi avec la théologie de la libération en Amérique latine, où sévissent également des régimes qui répriment les mouvements populaires anticapitalistes, considérés comme procommunistes.

Busan, en Corée du Sud © Wikimedia Commons

L’affirmation du «peuple» dans ses ambivalences (masses populaires et/ou nation) est significative du besoin pour la société coréenne de préciser son identité, de trouver sa place dans la modernité. Pour Alain Delissen, «ce qui se cherche dans le nationalisme culturaliste et le discours des racines procède… rarement d’une pulsion archaïsante. C’est bien plutôt le futur du passé qui s’y cherche : la conquête d’un universel, d’une rationalité, d’une modernité, un peu moins marqués par l’aveuglement de leur naissance à l’Occident».

Des militaires se succèdent à la tête de l’État jusqu’en 1993. Mais un processus de démocratisation, porté par des responsables chrétiens «progressistes» soucieux des droits de l’Homme, est en marche et gagne l’ensemble des forces sociales. L’influence des Églises sur la scène politique devient alors moins perceptible, même avec un engagement social significatif et avec une forte implication en faveur de la réunification du Nord et du Sud. A plus long terme, toutes les institutions religieuses tendent à se recentrer sur leur vocation spirituelle.

La progression des Églises protestantes, très liée à la cause nationale et patriotique ainsi qu’au développement économique de l’après-guerre, marque le pas à la fin du XXe siècle. Le doute s’installe parmi les jeunes générations, au moment où le modèle de développement et d’enrichissement américain est remis en cause, notamment suite à la crise financière asiatique de 1997.

Les missionnaires coréens dans le monde impressionnent encore par leur nombre – plus de 25 000 au début des années 2010 -, mais les Églises recrutent moins de jeunes. Le souvenir des vingt-trois missionnaires pris en otage en Afghanistan, en juillet 2007, a laissé un goût amer. Pour obtenir leur libération, les autorités ont en effet été obligées de négocier avec les terroristes. Le pays a alors le sentiment d’avoir perdu la face et le gouvernement impose des restrictions aux missionnaires, dénonce un prosélytisme trop agressif, et menace de retirer les passeports des personnes qui portent atteinte à la dignité de la nation.

Toutes les Églises sont aujourd’hui confrontées aux défis d’une société toujours plus sécularisée, indifférente aux institutions religieuses, marquée par l’individualisme et le consumérisme. Avec tous les exclus de la prospérité, leur action dans le domaine social est d’autant plus importante. Mais elles devront renouveler leur témoignage, se confronter aux défis contemporains des jeunes générations, si elles ne veulent pas être peu à peu marginalisées.

Marc-Frédéric Müller

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Eléments de bibliographie
Sebastian Kim, Kirsteen Kim, A History of Korean Christianity, Cambridge, University Press, 2015.
Pascal Dayez-Burgeon, Histoire de la Corée, des origines à nos jours, Paris, Tallandier, 2017 (Texto).
«La Corée, Combien de divisions ?», Critique, janvier-février 2018, n° 848-849.
Patrick Maurus, Les trois Corées, Paris, Hémisphères éditions, 2018.

Articles accessibles sur Internet
Delissen Alain, «Démocratie et nationalisme : le moment minjung dans la Corée du Sud des années 1980» in : Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 45, 1997, p. 35-40.
Bertrand Chung, «Politique et religion en Corée du Sud» in : Revue d’études comparatives Est-Ouest, 2001/32, p. 85-110.
Nathalie Luca, «L’évolution des protestantismes en Corée du Sud : un rapport ambigu à la modernité» in : Critique internationale, 2004, n° 22, p. 111-124.
Kirsteen Kim, «Christianity role in the Modernization and Revitalization of Korean Society in the twentieth Century» in : International Journal of Public Theology, 2010, n° 4, p. 212-236.

Site internet
http://koreanchristianity.cdh.ucla.edu/sources/books/

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



Le shabbat, fondement d’une écologie de partage ?

Méditation du jeudi 26 septembre 2019. Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

© Maxpixel

N’oublie pas de me réserver le jour du sabbat. Pendant six jours, travaille pour faire tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour, c’est le sabbat qui m’est réservé, à moi, le Seigneur ton Dieu. Personne ne doit travailler ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes animaux, ni l’étranger installé dans ton pays. En six jours, j’ai créé le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent. Mais le septième jour, je me suis reposé. C’est pourquoi, moi, le Seigneur, j’ai béni le jour du sabbat : ce jour est réservé pour moi.

Exode 20,8-11

Prends soin de me réserver le jour du sabbat, comme je te l’ai commandé, moi, le Seigneur ton Dieu. Pendant six jours, travaille pour faire tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour, c’est le sabbat qui m’est réservé, à moi, le Seigneur ton Dieu. Personne ne doit travailler ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni tes autres animaux, ni l’étranger installé dans ton pays. Ainsi, ton serviteur et ta servante pourront se reposer comme toi. Souviens-toi : tu as été esclave en Égypte, et je t’ai fait sortir de ce pays avec grande puissance. C’est pourquoi, moi, le Seigneur ton Dieu, je t’ai commandé de respecter le jour du sabbat. 

Deutéronome 5,12-15

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Les deux versions du Décalogue donnent chacune une justification différente du shabbat. Dans l’Exode le respect du shabbat s’appuie sur le shabbat de Dieu, quand après avoir créé le monde en six jours il se repose le septième jour, en mettant un arrêt à sa puissance créatrice. Dans le Deutéronome, le respect du shabbat est lié à la libération du peuple hébreu qui a été esclave en Égypte. Ce shabbat a une portée universelle dans les deux cas ; il s’applique à tout le peuple, mais également aux serviteurs et servantes, aux résidents étrangers, et jusqu’aux animaux.

Au-delà du repos nécessaire et béni, considéré comme un don de Dieu, le shabbat signifie l’arrêt de toute activité manifestant la puissance humaine, c’est-à-dire tout ce qui relève de la nécessité et de la capacité créatrice, que l’être humain a la responsabilité de mettre en œuvre pendant les 6 jours de la semaine. Le shabbat est donc un temps personnel et collectif de reconnaissance et de conscience, de réjouissance et de partage. Dans le judaïsme il est considéré comme une anticipation du monde à venir.

À l’heure où l’on individualise le repos et où la raison économique pousse certains à banaliser le dimanche pour en faire un jour comme les autres, méditer sur le sens du shabbat peut s’avérer très fécond. En signifiant l’arrêt hebdomadaire du travail, en apportant un frein régulier à la consommation, en manifestant une gratuité du temps pour Dieu, pour soi et pour les autres, le shabbat nous offre un temps de libération et nous rappelle à notre vocation spirituelle. Dans la Bible, ceci est amplifié par l’application du principe shabbatique à chaque septième année, où la terre doit se reposer, et à la cinquantième année, où les lois jubilaires prescrivent la remise des dettes.

 

 

Nous prions pour notre envoyée au Burundi, et nous partageons cet hymne d’accueil du shabbat, qui fut écrit à Safed en Israël au XVIème s par Chlomo Halévi Alkabets et qui est chanté chaque vendredi soir à la synagogue.

Viens, mon bien-aimé, au-devant de ta fiancée, Le Shabbat paraît, allons le recevoir!

« Observe » et « souviens-toi », ces mots, le Dieu unique
Nous les fit entendre en une unique parole,
Le Seigneur est Un, Un est son Nom,
A Lui Honneur, Gloire, Louange!

(Refrain: Viens…)

Empressons-nous à la rencontre du Shabbat,
Il est la source de bénédiction,
Consacré dès les temps les plus lointains,
But de la Création dans la première pensée du Créateur…

(Refrain: Viens…)

Sanctuaire du grand Roi, Ville Royale,
Debout, relève-toi de tes ruines !
Assez séjourné dans la vallée des pleurs :
Tu es Source des miséricordes du Dieu miséricordieux.

(Refrain: Viens…)

Secoue la poussière, debout !
Remets tes habits de fête, ô mon peuple.
Grâce au fils de Yichaï de Bethléhem,
Mon âme voit s’approcher d’elle le salut.

(Refrain: Viens…)

Réveille-toi, réveille-toi,
Ta lumière brille, lève-toi, sois illuminée !
Courage, courage, entonne un cantique !
Sur toi resplendit la gloire du Seigneur.

(Refrain: Viens…)

Pour toi plus de honte, plus d’opprobre!
Pourquoi te troubler, pourquoi te tourmenter ?
Chez toi mon peuple, pour ses humbles enfants, trouvera un asile,
Et des ruines ressuscitera la Ville rebâtie.

(Refrain: Viens…)

Ceux qui l’ont dévastée, seront foulés aux pieds,
Et tous tes adversaires mis en fuite,
Ton Dieu mettra en toi sa joie,
Comme le fiancé dans sa fiancée.

(Refrain: Viens…)

Étends-toi à droite et à gauche,
Et glorifie le Seigneur,
Grâce à celui qu’on nomme le fils de Péretz
Voici venir pour nous la joie et l’allégresse.

(Refrain: Viens…)

Viens en paix, toi qui es la couronne de ton époux,
Viens dans la joie, dans la félicité,
Au milieu des fidèles du peuple élu,
Viens, ma fiancée, viens, ma fiancée!

Refrain :
Viens, mon bien-aimé, au-devant de ta fiancée,
Le Shabbat paraît, allons le recevoir!

(Traduction du Livre du Sabbat).




Frugalité heureuse, une éthique religieuse ou non ?

Alors que se multiplient les appels à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, à revoir le partage des ressources pour limiter l’accroissement des inégalités, quel est le regard des religions du Livre ? Peuvent-elles, ensemble, apporter des éléments pour appuyer cette quête d’une «frugalité heureuse» ? Cette émission de Fréquence protestante, animée par Valérie Thorin, a été diffusée début septembre, alors précisément que s’organise avec le Défap le forum de Condé-sur-Noireau, autour du thème : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre».

© Maxpixel

 

Frugalité heureuse, une éthique religieuse ou non ?

Un livre, trois lectures du 1er septembre 2019.
Émission animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

 

Un livre, trois lectures : dans cette émission interreligieuse, Valérie Thorin fait dialoguer les trois religions du Livre. Un dialogue qui s’incarne à travers trois de leurs représentants : Florence Taubmann, pasteure au Service Protestant de Mission – Défap ; Saïd Haddioui, de la communauté musulmane Ahmadiyya ; et le rabbin Jonas Jacquelin, de la synagogue libérale de la rue Copernic.

Pour cette émission, diffusée le 1er septembre sur Fréquence Protestante, il était question de frugalité heureuse. Il est vrai que les menaces s’accumulent sur nos têtes : changement climatique amplifié par les émissions de gaz à effet de serre, décroissance accélérée de la biodiversité, raréfaction des ressources, pollution accrue de l’air, des terres, des mers, inégalités grandissantes face au partage des richesses et à l’impact du dérèglement global…

«Notre responsabilité est collective»

«L’avenir, note Valérie Thorin, a de la peine à s’écrire. Notre responsabilité est finalement collective. Individuellement, nous avons diverses manières de réagir et d’agir, nous essayons de trier nos déchets, de recycler, on répare ce qui peut être réparé… Mais dans cette émission interreligieuse, c’est notre éthique, les valeurs qui sont les nôtres, que nous allons interroger.» Et la manière dont ces valeurs et cette éthique naissent de notre foi. Sur quels principes, ou sur quelle histoire peut-on s’appuyer pour encourager une attitude permettant un meilleur partage – cette fameuse attitude de frugalité heureuse ?

Une thématique particulièrement d’actualité au sein des Églises depuis quelques années, avec le développement d’initiatives de plus en plus suivies : on peut évoquer le label Église Verte, que promeut la Fédération protestante de France ; la FPF a d’ailleurs institué en son sein, à la suite de la dynamique lancée à l’occasion de la tenue de la COP21 en France, une commission Écologie – justice climatique, dont est responsable Martin Kopp, qui travaille parallèlement pour la campagne Living the Change organisée par l’ONG internationale GreenFaith. Et comme le rappelle Florence Taubmann dans cette émission, ce thème de la «frugalité heureuse» sera encore à l’honneur à Condé-sur-Noireau, lors du mini-forum du Défap prévu les 27, 28 et 29 septembre pour la région Normandie, et qui tournera autour du thème «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre» (d’après une citation de Gandhi). L’objectif de ces rencontres régionales, à l’image de celle qui a déjà eu lieu en octobre 2018 en région centre-Alpes-Rhône, étant de «décentraliser» les débats sur la mission qui ont lieu régulièrement lors des forums du Défap, afin de se rapprocher des participants et de toucher un plus large public.




Grand KIFF 2020 : retour sur le week-end des ambassadeurs

La prochaine édition du Grand KIFF, c’est dans une dizaine de mois. D’ores et déjà, le comité d’organisation et tous les partenaires de l’événement s’affairent ; c’est aussi le cas au Défap, où Tünde Lamboley, chargée de la Jeunesse, est particulièrement impliquée. Dans la course de fond que représente la mise en place de ce grand rendez-vous, les 7 et 8 septembre ont marqué un moment important, avec la présence d’un peu plus d’une quarantaine de personnes venues de toute la France qui se sont donné rendez-vous à la communauté de Taizé pour le week-end des ambassadeurs du Grand KIFF 2020.

Une quarantaine de personnes se sont retrouvées les 7 et 8 septembre à Taizé pour le week-end des ambassadeurs du Grand KIFF 2020 ; elles ont eu l’occasion de prier avec un millier de jeunes venus de toute l’Europe © DR

L’été 2020 sera l’été du Grand KIFF pour l’Église Protestante Unie de France et ses partenaires. Le Défap en fait partie, avec l’implication de Tünde Lamboley, chargée de la Jeunesse, en lien avec les dynamiques jeunesse régionales, les conseils régionaux ; l’événement mobilise ses propres équipes jeunesse, ses régies, ses coordinateurs EEUdF régionaux (Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France)… À noter qu’au sein des EEUdF, Daniel Cremer (commission vie spirituelle) est aussi un ancien envoyé du Défap.

Les 7 et 8 septembre, 41 personnes venant de toute la France se sont données rendez-vous à la communauté de Taizé pour le «week-end des ambassadeurs» du Grand KIFF. La participation aux offices de la Communauté, avec un millier de jeunes présents venus d’Europe et la rencontre avec Frère Jean, ont enraciné l’engagement de ces jeunes ambassadeurs dans la prière et la méditation biblique qui sera au cœur du Grand KIFF. Ce week-end marquait le lancement officiel du Grand KIFF «La Terre en partage», qui aura lieu du 29 juillet au 2 août 2020 à Albi.

Être ambassadeur

Mais pour les jeunes impliqués dans cette aventure, que signifie concrètement être ambassadeur du Grand KIFF ? Cela signifie être disponible pour réfléchir, en lien avec les instances et équipes concernées par la mise sur pied de l’événement, de manière à agréger les forces autour de ce rendez-vous de juillet 2020. Il s’agit de montrer comment le Grand KIFF peut être au service d’une dynamique jeunesse locale et régionale, et d’aider à en faire un moment fédérateur susceptible d’attirer les jeunes et jeunes adultes.

Être ambassadeur, cela signifie, pour les jeunes concernés, être envoyés par le Comité de pilotage du Grand KIFF qui est à leur disposition pour les accompagner et leur fournir les informations nécessaires : communication, programme, logistique, animations…

Être ambassadeur, cela signifie être animateur d’un projet qui se construit avec et pour les jeunes. Cette dynamique impulsée dès aujourd’hui est la première étape essentielle de cet événement, pour que le Grand KIFF soit un bouquet d’initiatives régionales.

Être ambassadeur, cela signifie être à l’écoute et ouvert pour la rencontre du terrain, pour réfléchir et créer ensemble. Leur enthousiasme pour accepter cette mission est un gage de sérieux et de responsabilité.

Le cheminement vers le Grand KIFF «La Terre en partage» a commencé. Invitez-les chez vous pour échanger avec eux ! Aude-Aline, responsable à Tours et membre du groupe de jeunes de sa paroisse, fait partie de l’aventure et partage son témoignage sur ce week-end : «Me voilà ambassadrice du Grand KIFF 2020 ! Avec l’aide du comité de pilotage du GK, les ambassadeurs et ambassadrices ont pour mission de promouvoir cet événement, d’en parler autour d’eux et de donner envie à un maximum de personnes d’y participer. En effet, ce week-end nous a convaincus que tout le monde pourrait y trouver son compte : se questionner, débattre, trouver des réponses et surtout rencontrer, échanger, chanter et faire la fête autour du thème «La Terre en partage». Ce week-end était donc un encouragement à nous lancer dans la promotion de ce Grand KIFF.»

  • Le Grand KIFF (15 -20 ans) : du 29 juillet au 2 août 2020 Albi
  • L’AlterKIFF (18 – 30 ans) : du 22 juillet au 4 août 2020

Le Grand KIFF 2020, en quelques chiffres

  • 1 600 personnes attendues
  • 1 170 jeunes de 15 à 20 ans
  • 170 bénévoles de 18 à 30 ans, à l’Alter’KIFF, un camp de service, du 22 juillet au 4 août 2020
  • 130 accompagnateurs de groupes locaux
  • 130 bénévoles et professionnels



Vous reprendrez bien un peu de théologie ?

Rien de tel qu’un peu de théologie pour se rafraîchir les idées par temps de canicule ! Le camp «Alternative théologie», organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse, a réuni une dizaine de participants du 25 au 30 août 2019 à Paris. Avec des intervenants tels que Marc Boss, Pierre-Olivier Léchot, Guilhen Antier et Anna Van de Kerchove, tous chargés d’orienter le petit groupe sur les sentiers escarpés de la Liberté, choisie comme thème pour ce rendez-vous estival…

La visite de la bibliothèque du Défap, avec Jean-François Faba © Défap

En cette fin de mois d’août surchauffée, ils sont une petite dizaine à se retrouver à Paris, boulevard Arago, loin de la plage et des stations balnéaires. Un groupe dont la moyenne d’âge est un peu supérieure à une vingtaine d’années, et qui vient arpenter les couloirs de l’Institut protestant de Théologie, la chapelle et la bibliothèque du Défap, en explorant les fondements et les implications de la liberté avec des intervenants tels que Marc Boss et Pierre-Olivier Léchot, Guilhen Antier et Anna Van de Kerchove… Au menu des participants, des sujets tels que «La liberté de conscience», «Liberté reçue, liberté acquise», «Entre puissance et fragilité», «Entre passion et raison» – tous rassemblés sous une même thématique résumée en une formule par le titre de ce camp théologique : «Liberté, j’écris ton nom». L’ensemble se plaçant dans la dynamique du Grand KIFF 2020, pour un rendez-vous estival destiné aux 18-30 ans dont la préparation a fait intervenir à la fois l’IPT, le Défap (chargé de l’hébergement), la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse.

«Un programme dense, comme le résume Nicolas, l’un des participants, et avec des intervenants de haut vol». En ce mercredi 28 août, avant-veille du départ, il est venu participer à une visite guidée du Défap avec son groupe et avec deux des accompagnatrices : les pasteures Christine Mielke, secrétaire nationale à l’animation des réseaux jeunesse de l’Église protestante unie de France (EPUdF), et Gwenaël Boulet, secrétaire nationale de la Coordination Évangélisation-Formation. Pour présenter l’histoire et les richesses du Service Protestant de Mission, deux guides les accueillent : Tünde Lamboley et Jean-François Faba.

«Il fallait se préparer un peu comme pour Koh Lanta»

Tünde Lamboley, chargée de la formation théologique et de la jeunesse au Défap, présente dans la chapelle une exposition sur l’histoire de la SMEP, ancêtre du Service Protestant de Mission. Elle en profite pour évoquer quelques parcours de missionnaires en lien avec la thématique de la liberté. Liberté vis-à-vis des conventions sociales de leur époque : elle cite ainsi le cas de Maurice Leenhardt, revenu de Nouvelle-Calédonie jusqu’à Paris pour plaider la cause de Kanaks qui s’étaient retrouvés exposés en pleine capitale comme des bêtes curieuses, sans que la bonne société parisienne ait alors la moindre conscience d’attenter en quoi que ce soit à leur dignité d’êtres humains. «Parmi les missionnaires, souligne-t-elle, on trouvait parfois des personnalités à contre-courant, très libres.» Elle passe ensuite à l’évocation de la formation dispensée au XIXème siècle par la SMEP, et qui a pu aller jusqu’à deux ans : «Les futurs missionnaires devaient se préparer un peu comme pour Koh Lanta : personne ne savait vraiment ce qu’ils allaient trouver, qui ils allaient rencontrer sur place… Les cartes étaient très imprécises, les communications très difficiles… Chacun devait apprendre tout ce qui était nécessaire à la survie, être capable de construire sa propre maison, de chasser, de pêcher, de dessiner une carte… Ces jeunes missionnaires – car ils étaient très jeunes ! – partaient avec un bagage de connaissances phénoménal». En guise de support à cette présentation, Tünde Lamboley a préparé avec Florence Taubmann (responsable du service France) un questionnaire sur l’histoire de la SMEP pour aiguillonner la curiosité des visiteurs. Ainsi qu’une présentation de l’envoi en mission des disciples par Jésus tel qu’il figure dans le chapitre 6 de l’évangile de Marc (versets 7 à 13) sous la forme d’un texte à trous, à compléter.

Le deuxième guide est Jean-François Faba, qui a été tour à tour secrétaire exécutif et secrétaire général du Défap, et qui y intervient toujours aujourd’hui à titre bénévole : il est chargé pour sa part de faire découvrir au groupe les trésors de la bibliothèque, et de le conduire à travers le petit monde souterrain des réserves où sont stockés de nombreux documents uniques sur l’histoire des missions protestantes. Des témoignages manuscrits bien sûr, mais aussi des objets liés aux divers parcours des missionnaires – comme par exemple une carte entièrement dessinée à la main par un de ces missionnaires-cartographes ; ou encore, comme la malle Ellenberger, un vrai trésor documentaire couvrant plus d’un siècle d’histoire au Lesotho, à travers l’odyssée d’une famille qui a compté pas moins de trois générations de missionnaires : depuis David Frédéric (1835-1920), en passant par Victor (1879-1972) et jusqu’à Paul (1919-2016)….

Mais au-delà des conférences à l’IPT, de cette visite-guidée de la maison des missions où les participants étaient logés pendant toute la durée du camp, «Alternative théologie» aura aussi été l’occasion de rencontres exceptionnelles : avec Floriane Chinsky, femme rabbin ; avec Brice Deymié, venu apporter son témoignage d’aumônier des prisons… Ainsi que des moments de spiritualité partagée, de veillées et d’échanges, jusqu’au culte final au matin du 30 août. Une autre manière d’envisager à la fois la liberté… et la théologie. Ou comment profiter de l’été autrement à Paris…

 

Retrouvez ci-dessous le film de la visite du Défap :




«Mini-forum» de Condé-sur-Noireau : «L’urgence nous rattrape»

Urgence climatique, partage des richesses, accueil des migrants : ces thématiques seront au cœur du prochain «mini-forum» du Défap qui se prépare en Normandie pour les 27, 28 et 29 septembre 2019. Des préoccupations qui ne sont pas simplement dans l’actualité, mais qui interpellent directement les Églises ; des sujets globaux ayant des implications dans les comportements au niveau local. Face à ces défis, les organisateurs proposent trois journées de réflexion placées sous cette citation de Gandhi : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre».

Il y a quelques années encore, le réchauffement climatique pouvait sembler pour beaucoup une menace lointaine. Mais l’échéance se rapproche, et les effets de la transformation du climat semblent se faire sentir bien plus tôt que prévu. Le dimanche 18 août, des dizaines d’Islandais ont ainsi quitté Reykjavik vers le nord pour aller déposer une plaque commémorative en hommage à Okjökull, le premier glacier de l’île à avoir disparu en raison du réchauffement climatique. Quelques mois plus tôt, beaucoup plus au sud, c’est le Mozambique qui avait subi coup sur coup deux tempêtes catastrophiques : une succession jamais vue dans l’histoire récente du pays. Nos régions tempérées ne sont plus épargnées : en témoignent les records de chaleur enregistrés en France au cours du mois de juillet, avec de nombreux pics au-dessus des 40°C, et 42,6°C à Paris – du jamais vu. Alors même, comme l’a souligné Météo France, que «quelques décennies en arrière, atteindre 40 °C quelque part en France était un événement exceptionnel et localisé.» Cette canicule a aussi été vivement ressentie en Normandie : 41,3 degrés à Rouen enregistrés le 25 juillet ; 39,7 degrés à Caen, 40,1 degrés à Dieppe, 38,1 degrés au Havre, 39,4 degrés à Deauville et 40,9 degrés à Évreux…

Quels comportements au niveau local face à des enjeux globaux ?

Cette transformation du climat annonce des changements drastiques, avec en premier lieu une multiplication de ceux que l’on appelle déjà les «réfugiés climatiques» : selon un rapport de la Banque mondiale, ils pourraient être plus de 140 millions à l’horizon 2050. L’ONU avance pour sa part une évaluation de 250 millions. Ces migrants viendront s’ajouter à toutes celles et ceux qui, aujourd’hui déjà, fuient les guerres ou la pauvreté, au premier rang desquels on compte actuellement les réfugiés fuyant la Syrie.

Face à ces défis, les Églises ont beaucoup à dire et à faire. Par l’accueil, par le partage, mais aussi par tout ce qu’elles défendent et proclament : il existe aujourd’hui toute une théologie de la sauvegarde de la création, et la thématique de l’écologie est bien présente parmi les protestants. Aujourd’hui, la question de notre responsabilité collective pour sauvegarder la création s’est concrétisée à travers des opérations comme le label Église verte ; elle fait partie intégrante d’un certain nombre de projets du Défap (voir les liens ci-dessous)…

Il était logique que cette préoccupation globale trouve des traductions locales dans les rencontres régionales sur la mission. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé avec le réseau Bible et création ; ce sera le cas encore à Condé-sur-Noireau, lors de la rencontre prévue les 27, 28 et 29 septembre 2019 pour la région Normandie, et qui tournera autour du thème «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre» (d’après une citation de Gandhi). L’objectif de ces rencontres régionales, à l’image de celle qui a déjà eu lieu en octobre 2018 en région centre-Alpes-Rhône, étant de «décentraliser» les débats sur la mission qui ont lieu régulièrement lors des forums du Défap, afin de se rapprocher des participants et de toucher un plus large public.

«C’est quoi vivre simplement ?»

«Dans le bocage Normand comme en Normandie et ailleurs, annoncent les organisateurs du «mini-forum» de Condé-sur-Noireau, nous sommes confrontés aux conséquences du réchauffement climatique. Même si depuis plusieurs années des initiatives et réflexions sont menées au sein de la paroisse du Bocage sur le partage des richesses, l’écologie, les questions de nourriture, les échanges et partages entre le bocage et l’Afrique, l’accueil des migrants, l’urgence nous rattrape.

Nous vous invitons à venir partager, échanger, construire autour d’une question simple mais qui nous permet déjà de faire un pas en faveur de la sauvegarde de la Création : C’est quoi vivre simplement ?

Vivre simplement dans ses dimensions matérielles et spirituelles, quel est le juste usage des biens dans ce monde ? (et les incidences de nos actes) du global au local, quel est le lien à la Terre et la terre ? (selon le sol où je suis) comment faire bouger les équilibres sans tomber dans les excès ? Comment limiter le gaspillage ? »

Vous pouvez d’ores et déjà trouver tous les renseignements pour participer à cette rencontre, en allant sur le site de l’Église protestante unie du Bocage normand, et télécharger le bulletin d’inscription ici.

L’équipe des organisateur du «mini-forum» de Condé-sur-Noireau entourant Florence Taubmann, du Défap © EPUdF



Couloirs humanitaires : un premier bilan de l’accueil des migrants

Pour la première fois, une étude fait le point sur ce projet visant à accueillir en France des personnes particulièrement vulnérables ayant fui la Syrie ou l’Irak, via le Liban : profil des familles accueillies, conditions d’hébergement, problèmes rencontrés, parcours administratif… Cette initiative, calquée sur le modèle italien, met en lien plusieurs associations œcuméniques dont la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP) et la Fédération Protestante de France (FPF) ; elle est soutenue par des Églises constitutives du Défap comme l’Église protestante unie de France (EPUdF) et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) qui se sont mobilisées pour trouver des solutions d’hébergement et d’accompagnement, et une envoyée du Défap, Soledad André, a participé au projet à Beyrouth en tant que chargée de mission de la FEP.

Départ de Beyrouth de sept familles syriennes, 26 février 2019 (Soledad André, envoyée du Défap, est la deuxième à droite) © Communauté de Sant’Egidio

«Si l’Europe ne peut pas protéger ceux qui sont en difficulté (…), qui ont pris la mer à la recherche d’une vie meilleure, elle aura perdu son âme, en plus de son cœur.» Cet extrait d’un courrier envoyé le 8 août 2019 à la Commission européenne par l’Italien David Sassoli, président du Parlement européen, en dit long sur les tensions politiques entourant le sort des migrants, alors que les ports se ferment face aux navires affrétés par des ONG pour leur venir en aide.

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, au cours de l’année 2011, plus de 5,6 millions de personnes ont fui le pays, selon les chiffres du HCR (le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’Onu). Les plus jeunes étant les plus vulnérables : les enfants syriens vivent la plus grave crise humanitaire au monde, selon le fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), qui déplore des milliers de morts, de blessés, de handicapés et de traumatisés. Selon les Nations Unies, pas moins de 731 000 enfants syriens sont actuellement privés d’école. Les trois pays ayant accueilli le plus grand nombre de ces réfugiés sont la Turquie, le Pakistan et le Liban. Les pays européens, pour leur part, contrôlent leurs frontières et n’acceptent les demandes d’asile qu’au terme de procédures longues, complexes, le plus souvent illisibles pour les nouveaux arrivants. Alors que le Liban, avec ses 4 millions d’habitants, accueille environ 1,5 million de réfugiés, l’UE dans son ensemble a accepté 538 120 demandes d’asile en 2017 (un tiers provenant de Syriens), dont 60% pour la seule Allemagne. La France, deuxième pays accueillant le plus de réfugiés en Europe, n’a accepté que 40 575 demandes ; l’Italie 35 130.

Jamais le risque n’a été aussi élevé pour les migrants en Méditerranée

Mais pendant que sont établies des procédures régulières d’asile, la fermeture des frontières européennes empêche les réfugiés de faire valoir leurs droits à ces mêmes procédures. Ce qui pousse à l’ouverture de «routes de l’exil» de plus en plus dangereuses. La «route des Balkans» est aujourd’hui considérée comme infranchissable. Celle via la Méditerranée, marquée par de multiples naufrages de bateaux surchargés, est de plus en plus étroitement surveillée. L’Onu a ainsi averti le 9 juin dernier que le risque pour les migrants de mourir dans la Méditerranée n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui : d’une part en raison du faible nombre de bateaux désormais présents pour les aider, d’autre part à cause du regain de tensions en Libye, qui favorise les départs. «Si nous n’intervenons pas vite, il y aura un bain de sang en Méditerranée», a prévenu Carlotta Sami, porte-parole de l’agence pour les réfugiés de l’ONU, citée par le Guardian.

D’où l’initiative des couloirs humanitaires. Un programme directement inspiré d’un exemple italien associant la Fédération des Églises évangéliques italiennes et la communauté catholique de Sant’Egidio. Il a pour objectif l’accueil de personnes vulnérables se trouvant dans les camps au Liban, indépendamment de leur appartenance religieuse ou ethnique. Il est régi par un protocole d’entente signé à l’Élysée et qui associe les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à cinq partenaires issus du milieu des Églises : la Fédération protestante de France, la Fédération de l’Entraide protestante, la Conférence des évêques de France et le Secours catholique – Caritas France. Une alternative légale aux «voyages de la mort» à travers la Méditerranée… Ces personnes en situation de grande vulnérabilité sont accueillies légalement en France dans le réseau de la FEP et de ses partenaires locaux. Elles n’arrivent en France qu’une fois assuré leur accueil dans de bonnes conditions par un collectif d’accueil local. Des collectifs et des hébergements pour lesquels se sont mobilisés nombre de bénévoles issus de l’Église protestante unie de France (EPUdF) ou de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), deux des unions d’Églises constitutives du Défap. À Beyrouth même, une envoyée du Défap, Soledad André, a participé à l’organisation des couloirs humanitaires en tant que chargée de mission de la FEP.

Le long parcours des demandeurs d’asile

La FEP et les associations partenaires du projet ont publié une première étude sur les familles arrivées en France depuis juillet 2017. Cette étude, réalisée en 2018, révèle que 65% des familles accueillies sont satisfaites de leur hébergement en France. Toutefois, si 83% des familles ont enregistré leur demande d’asile 15 jours après leur arrivée en France comme prévu dans le protocole, près de la moitié de ces familles n’a pas été entendue par l’Ofpra (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) durant les trois premiers mois suivant leur arrivée en France. Les réfugiés bénéficiaires de cette action ont indiqué que leur niveau de français de départ a pu évoluer positivement, de même qu’ils ont bien reçu l’accès aux soins gratuit. On ne leur propose toutefois pas encore d’activités sociales rémunérées.

L’étude relève aussi des points d’amélioration : assurer l’accès à un accompagnement social et administratif de qualité, respecter les délais fixés par le protocole, assurer un accès rapide aux soins, améliorer l’accès au cours de français, au bénévolat, à la formation et au marché du travail…




La mission au Cameroun : rencontres et transformations réciproques

La diffusion du christianisme au Cameroun s’est accompagnée d’échanges culturels entre populations locales et missionnaires, dont les uns comme les autres sont sortis transformés. Un double mouvement qu’analyse Nadeige Laure Ngo Nlend, ancienne boursière du Défap et aujourd’hui professeure d’histoire à l’Université de Douala, à travers cet ouvrage adapté de sa thèse : Dynamiques de transculturation du christianisme – L’expérience du missionnaire protestant Jean-René Brutsch au Cameroun (1946-1960).
Une rue de New Bell, quartier de Douala – Photo issue du fonds Brutsch © Bibliothèque du Défap

L’ouvrage de Nadeige Laure Ngo Nlend, Dynamique de transculturation du christianisme, a d’abord un point de départ : le «fonds douala» ou «fonds Brutsch», conservé à la bibliothèque du Défap, du nom de Jean-René Brutsch, missionnaire de nationalité suisse qui fut en service au Cameroun pour le compte de la SMEP de 1946 à 1960. Il a aussi un cadre : celui du Cameroun lui-même, et plus précisément des régions de l’Ouest et du Littoral. Dans ce livre adapté de sa thèse, réalisée avec le soutien du Défap, l’auteure, professeure d’histoire à l’Université de Douala, observe les progrès de l’évangélisation chez deux peuples : les Bamouns et les Doualas. Les premiers se trouvent dans la région du Grassland, et les seconds autour de la ville de Douala, la capitale économique du pays. À travers la diffusion du christianisme, Nadeige Laure Ngo Nlend revient sur les échanges culturels qui se sont établis entre ces deux peuples du Cameroun, et les missionnaires. Des échanges qui étaient tout sauf univoques, et qui ont eu des effets sur les uns comme sur les autres.

Le Cameroun, «Afrique en miniature» comme le disent parfois les Camerounais eux-mêmes, c’est non seulement des milieux naturels très contrastés, plus de 200 ethnies et autant de langues : c’est aussi un pays dans lequel le protestantisme a laissé une empreinte profonde. Les missions protestantes s’y sont succédé du XIXème au XXème siècle, venues des États-Unis, des divers pays d’Europe – ce qui inclut la SMEP, la Société des Missions Évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap. Les protestants ont construit les premières écoles, les premiers hôpitaux, la première université : l’Université protestante d’Afrique centrale (l’Upac), à Yaoundé. S’ils ne sont plus majoritaires, les protestants représentent encore aujourd’hui 26% de la population, le catholicisme étant à 40%, et l’islam à 20%. Les communautés protestantes les plus représentées sont les évangéliques, les baptistes, les presbytériens et les luthériens.

L’éclectisme du fonds Brutsch

Dynamiques de transculturation du christianisme – L’expérience du missionnaire protestant Jean-René Brutsch au Cameroun (1946-1960), par Nadeige Laure Ngo Nlend, chez Karthala

Or, comme le soulignait dès 1964 l’ethnologue René Bureau (Flux et reflux de la christianisation camerounaise), citant un vieux Douala chrétien : «C’est le Blanc qui a apporté la religion». Et d’ajouter : «Cette vérité banale conditionne en effet toute l’histoire de l’évangélisation avec ses ambiguïtés». Ambiguïtés vis-à-vis de la colonisation, de l’esclavage, sources des difficultés de missionnaires comme Alfred Saker, lorsqu’il prit le parti des faibles et la défense des esclaves. Soupçons persistants attachés à l’entreprise d’évangélisation et à la figure du missionnaire. Et partant de là, difficultés à étudier, aujourd’hui encore, les échanges culturels entre missionnaires et «peuples païens» autrement que sous l’angle de l’influence exercée par les premiers sur les seconds. «La réflexion sur l’histoire du christianisme, note ainsi Nadeige Laure Ngo Nlend, et son déploiement chez les peuples dits non chrétiens se pense généralement dans une perspective unilatérale, autant du côté des missionnaires que des missionnés.» Mais voilà précisément une approche que remet en question l’auteure : «toute entreprise mettant en contact des peuples ou des manières de penser différentes mobilise nécessairement des transactions culturelles à l’issue desquelles les deux parties, indépendamment des rapports de force qui les déterminent, se trouvent forcément transformées, en d’autres termes « transculturées ».» Chacun empruntant des apports culturels de l’autre, pour inventer une nouvelle culture…

L’intérêt du «fonds Brutsch» dans cette perspective réside dans son éclectisme : durant sa présence au Cameroun, le pasteur Jean-René Brutsch (né à Genève en 1921 et mort en 1974) a combiné travail d’évangélisation, recherches ethnographiques, études scientifiques… L’impressionnante documentation qu’il a recueillie, et qui a été cédée au Défap par sa famille après sa mort, couvre une période bien plus longue que les 14 ans qu’il a passés sur place. Sélectionnée par le Défap pour bénéficier d’une bourse afin d’étudier ce fonds, Nadeige Laure Ngo Nlend a été frappée par «la complexité et la variété des modalités d’approche des différentes sociétés camerounaises qu’ont montrées les ambassadeurs de la religion chrétienne». Les divers peuples camerounais eux-mêmes ont répondu de façon tout aussi variée : l’ouvrage analyse ainsi l’enthousiasme avec lequel le peuple douala répondit à l’appel du christianisme comme une stratégie de survie de sa culture. Alors que dans le cas du peuple bamoun apparaît un rapport différent avec l’altérité chrétienne du fait de l’intrusion de l’islam, provoquant des mutations culturelles inédites.

Les missionnaires eux-mêmes se sont trouvés transformés par ces contacts avec «l’altérité païenne», avec pour effet «des crises identitaires et vocationnelles qui, salutaires pour certains d’entre eux, se sont néanmoins avérées problématiques pour d’autres». L’ouvrage s’intéresse ainsi au retentissement de l’altérité autochtone sur la personnalité et l’œuvre de certains missionnaires au Cameroun dont Idelette Allier-Dugast, devenue ethnologue et Jean-René Brutsch, resté pasteur. Des trajectoires qui illustrent le caractère bouleversant d’une expérience missionnaire confrontée à la différence culturelle.




L’été au Défap : Alternative Théologie

Tu as entre 18 et 30 ans, tu as envie de vivre la Bible autrement et faire des rencontres spirituelles vivifiantes autour du thème «Liberté quand tu nous tiens» ? Découvre les temps forts de notre camp d’été Alternative Théologie qui se tiendra à Paris du 25 au 30 août 2019. Un rendez-vous co-organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse.

En compagnie de jeunes de tous horizons et d’experts dans les domaines bibliques, philosophiques et théologiques, Alternative Théologie est une belle occasion de vivre ou de découvrir sa relation avec Dieu autrement.

Voici ces principaux temps forts.

  • Dimanche 25 août : prendre ses marques, en s’installant joyeusement (repas en équipe, jeux, présentation du camp…).
  • Lundi 26 : Après un réveil « spi », réfléchir ensemble sur le thème « Liberté et Justice » : quel est mon rapport au monde, comment penser la liberté avec ses limites, vis-à-vis d’autrui…) ; veillée avec projection d’un film…
  • Mardi 27 : Avec le film de la veille, entamer une réflexion sur le rapport à soi et au corps, entre puissance et fragilité, acceptation des limites, rapport aux passions et à la raison… Autres temps forts : ateliers créatifs, lecture suivie, soirée témoignage…
  • Mercredi 28 : Le sujet de la réflexion du jour « la liberté reçue, acquise, imposée (à travers la lecture des extraits de la liberté chrétienne de Luther). D’autres surprises comme une rencontre, une sortie sont au programme.
  • Jeudi 29 : préparer la table ronde de l’après-midi « Mes espaces de liberté » et la « soirée des talents ».
  • Vendredi 30 : Branle-bas de combat, c’est déjà le départ ! Et pour partir, quoi de mieux qu’un temps cultuel et un dernier repas pour l’envoi. Un an avant le très attendu Grand KIFF 2020, « Alternative Théologie » est une aventure spirituelle forte à tenter. Il reste quelques places, aussi n’hésite pas à t’inscrire !

Cet événement est co-organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse.

  • Lieu du logement : Service protestant de mission – Défap – 102 bd Arago – 75014 Paris
  • Lieu de la formation : Faculté de théologie protestante de Paris – 83 bd Arago – 75014 Paris

Pour plus d’information et pour réserver :

 




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Frédéric Trautmann, la mission chevillée au cœur

La mission, le pasteur Frédéric Trautmann, qui vient de disparaître, y avait consacré une grande partie de sa vie : notamment durant toutes les années passées au Défap, dont il avait vu la naissance en tant que membre du comité directeur de la SMEP, et où il avait occupé successivement les fonctions de secrétaire exécutif, secrétaire général, puis président. Une cérémonie à sa mémoire aura lieu le jeudi 13 juin à Versailles, en présence de plusieurs représentants du Défap.

Frédéric Trautmann © Albert Huber

 

Avec Frédéric Trautmann, le Défap ne perd pas seulement un de ses anciens présidents – fonction qu’il avait occupée jusqu’en juin 2006, et à laquelle devait lui succéder Jean-Arnold de Clermont ; c’est une personnalité profondément marquée par la mission qui disparaît, au point d’y avoir consacré une grande partie de sa vie. «Au nom de Jésus-Christ, disait-il, l’important est que le chrétien soit un passeur de frontières qui excluent, un protestant qui témoigne et réagit contre toute atteinte à l’humanité de l’homme, à sa dignité, à sa liberté d’enfant de Dieu!».

Né en 1935 dans le nord de l’Alsace, tout près de la frontière avec le Palatinat, ce fils d’instituteur, en rejoignant l’université de Strasbourg, se destinait tout d’abord aux études de sciences, puis de psychologie. C’est à la fois un fond humaniste, l’impérieuse nécessité d’allier l’action à la réflexion, le tout s’ajoutant à un séjour dans une famille pastorale avec laquelle ses parents étaient en lien, qui devaient l’orienter vers la théologie. Un voyage d’études en Allemagne de l’Est lui donnait bientôt un aperçu de ces «frontières qui excluent» en le mettant en relation avec des étudiants et des pasteurs de l’autre côté du rideau de fer. Voyage effectué alors avec Georges Casalis, une personnalité issue d’une famille riche de missionnaires (et notamment Eugène Casalis, qui avait dirigé la SMEP, ancêtre du Défap), et marquée par un engagement fort : il était notamment l’un des signataires des Thèses de Pomeyrol, qui avaient réclamé dans les années 40 un engagement clair de l’Église Réformée de France face à l’occupation nazie.

De la Nouvelle-Calédonie au rapport sur «Les Églises issues de l’immigration»

Dès son premier poste pastoral devait apparaître pleinement l’engagement de Frédéric Trautmann vis-à-vis de la mission : une paroisse, disait-il, «ne doit pas vivre seulement pour elle-même, mais aussi travailler avec les autres et pour les autres dans la société, être tournée vers l’extérieur.» Ce qui lui valait de rejoindre bientôt le comité directeur de la Société des missions évangéliques de Paris, que présidait le pasteur Marc Boegner. L’époque était celle de la décolonisation et des grandes interrogations sur le modèle missionnaire. L’indépendance des colonies apparaissant comme certaine, l’autonomie des Églises implantées depuis le XIXème siècle par la SMEP allait de soi ; mais qu’allaient devenir les relations entre les «Églises mères» d’Europe et leurs «Églises filles», notamment en Afrique ? Fallait-il cesser toute relation, ou les réinventer ? De là l’idée de transformer l’ancienne Société des missions évangéliques de Paris en deux institutions nouvelles : la Cevaa, une Communauté d’Églises au sein de laquelle toutes pourraient se retrouver, en ayant le même statut, le même droit de parole et le même pouvoir de décision ; et le Défap, devenant dès lors le service missionnaire des Églises protestantes de France qui participaient auparavant à la SMEP. Frédéric Trautmann devait prendre part à cette révolution dans l’histoire des missions protestantes françaises, en participant à cette mue de la SMEP en deux nouveaux organismes. Avant d’aller lui-même expérimenter cet «extérieur» et ce dépassement des frontières en passant quatre années en nouvelle-Calédonie. Un séjour dont il devait garder une indéniable proximité avec le peuple Kanak, comme en témoignent certains de ses écrits ultérieurs dans le Journal des missions évangéliques, publié par le Défap («Où en est la Nouvelle-Calédonie ?», 1976 ; «Kanak veut dire homme», juillet 1984).

De retour à Paris, il intègre l’équipe des permanents du Défap dès 1975, en étant dans un premier temps chargé des envoyés et de l’animation théologique, puis au poste de secrétariat général. La Nouvelle-Calédonie l’y rattrape : durant la période de tensions croissantes qui, au cours des années 80, marque les «événements» et culminera dans la tragique prise d’otages de la grotte d’Ouvéa, Frédéric Trautmann est pressé d’intervenir par Pierre Joxe, alors ministre de l’intérieur et des DOM-TOM, pour obtenir la libération d’un sous-préfet pris en otage à Lifou. Tâche dont il s’acquittera avec succès. À partir de 1987, il quitte le Défap en prenant la direction de la Fondation John-Bost ; mais il ne s’en détachera jamais vraiment, si bien qu’à la retraite, il accepte d’y revenir et d’en prendre la présidence. Une nouvelle période du long compagnonnage entre Frédéric Trautmann et le Défap, au cours de laquelle il s’intéresse notamment de près à l’évolution du rôle des envoyés, qui constituent l’une des activités du Défap les plus visibles pour les Églises de France. Il participe aussi à toute la réflexion sur les relations avec les nouvelles Églises implantées en France, notamment par des Églises des anciennes colonies, que l’on appellera plus tard les «Églises ethniques» faute d’un meilleur terme. Il fait ainsi partie, aux côtés notamment de Claude Baty, Étienne Lhermenault, Antoine Nouis et Bernard Coyault, d’un groupe de travail suscité par le conseil de la Fédération protestante de France qui remet en 2005 un rapport sur «Les Églises issues de l’immigration» – rapport qui précédera d’un an la naissance du projet Mosaïc. En 2006, dans son dernier texte lu devant l’Assemblée Générale du Défap dont il est alors sur le point de quitter la présidence, il donne en ces termes sa vision du Défap, dans laquelle il met en parallèle «mission au près» et «mission au loin» :

«Quelle est en définitive la finalité de notre action en tant que service protestant de mission, comme notre Conseil voudrait la mettre en œuvre à la place qui est la sienne ? On pourrait peut-être la résumer ainsi :

  • Permettre à nos Églises de France de contribuer, même modestement, à la croissance et à l’épanouissement des Églises et des peuples, en particulier dans des régions qui sont parmi les plus pauvres et les plus déshéritées du monde,
  • Démontrer par l’exemplarité de nos projets missionnaires et par leur fidélité à l’Evangile, qu’une communauté humaine et chrétienne fraternelle et solidaire est possible par-delà toutes les frontières qui voudraient nous séparer,
  • Croire et affirmer haut et fort que les hommes et les femmes issus de l’immigration et vivant en France, qu’ils soient français ou non, contribuent à la croissance et à l’évangélisation de nos Églises et de notre pays.»

La cérémonie à la mémoire de Frédéric Trautmann aura lieu à Versailles, le jeudi 13 juin, en présence de plusieurs représentants du Défap.