Une mission frontalière

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 12 novembre 2020. Nous prions pour notre envoyée au Liban.

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Dans ce chapitre 10 deux hommes, deux mondes, vont se rencontrer. Mais sont-ils si éloignés l’un de l’autre ? L’un, soldat romain en poste à Césarée, se nomme Corneille et est présenté comme un craignant-Dieu, pieux et généreux, ami du peuple juif. L’autre est Simon-Pierre, juif, disciple et apôtre de Jésus de Nazareth, qui fait connaître l’évangile à tous ceux qu’il rencontre, et accomplit des guérisons au nom de son maître. Alors qu’il est de passage à Jaffa, il va vivre une expérience cruciale, qui touche à son identité profonde : une triple vision nocturne lui présente des aliments interdits par la cacherout qu’une voix céleste lui déclare consommables ; puis trois messagers viennent l’inviter à venir rencontrer Corneille à Césarée.

Lorsque Pierre entra, Corneille, qui était allé au-devant de lui, tomba à ses pieds et se prosterna. Mais Pierre le releva, en disant : Lève-toi ; moi aussi, je suis un homme. Et conversant avec lui, il entra, et trouva beaucoup de personnes réunies. Vous savez, leur dit-il, qu’il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d’entrer chez lui ; mais Dieu m’a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur. C’est pourquoi je n’ai pas eu d’objection à venir, puisque vous m’avez appelé ; je vous demande donc pour quel motif vous m’avez envoyé chercher. Corneille dit : Il y a quatre jours, à cette heure-ci, je priais dans ma maison à la neuvième heure ; et voici, un homme vêtu d’un habit éclatant se présenta devant moi, et dit : Corneille, ta prière a été exaucée, et Dieu s’est souvenu de tes aumônes. Envoie donc à Jaffa, et fais venir Simon, surnommé Pierre ; il est logé dans la maison de Simon, corroyeur, près de la mer. Aussitôt j’ai envoyé vers toi, et tu as bien fait de venir. Maintenant donc nous sommes tous devant Dieu, pour entendre tout ce que le Seigneur t’a ordonné de nous dire. Alors Pierre, ouvrant la bouche, dit : En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qu’en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. Il a envoyé la parole aux fils d’Israël, en leur annonçant la paix par Jésus Christ, qui est le Seigneur de tous (…) Actes 10, 25-36

Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. Tous les fidèles circoncis qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du Saint Esprit était aussi répandu sur les païens. Car ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu. Alors Pierre dit : Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint Esprit aussi bien que nous ? Et il ordonna qu’ils fussent baptisés au nom du Seigneur. Sur quoi ils le prièrent de rester quelques jours auprès d’eux. Actes 10, 44-48

 

 

Deux grands enjeux apparaissent dans ce récit : l’ouverture de l’esprit de Pierre dans son rapport à la loi juive, et l’intégration de Corneille dans la communauté des croyants baptisés.

Concernant les lois alimentaires et le rapport aux non-juifs, Simon-Pierre semble prisonnier d’une vision très rigide, car si l’on suit la logique du texte, il lui faut la « purification » d’animaux impurs » pour découvrir qu’« aucun homme n’est souillé ou impur. » Il est vrai que les règles de la cacherout complexifient les rapports de convivialité entre juifs et non-juifs, mais Simon-Pierre le Galiléen n’a-t- il pas déjà côtoyé des étrangers, notamment lors de son compagnonnage avec Jésus ? Lui qui a renié son maître, ne sait – il pas déjà qu’il n’est qu’un homme comme les autres hommes ? Rappelons que le judaïsme ne considère pas les non-juifs comme impurs, mais comme enfants de Noé, à qui sont prescrites les 7 lois dites noachides. Alors de quoi Pierre a-t-il peur pour avoir de pareilles visions ? De quoi doit-il être libéré ?

Il l’apprendra en vivant une véritable rencontre avec Corneille et sa famille. Ceux-ci l’écoutent, reçoivent son enseignement, accueillent l’Esprit-Saint et sont baptisés au nom de Jésus. De ce fait ils ne sont plus seulement des craignant-Dieu ou des enfants de Noé, mais ils entrent pleinement dans l’Alliance, par la grande porte que représente Jésus de Nazareth, fils de David et fils de Dieu. En cela Corneille rejoint, avec toute sa maisonnée, l’eunuque éthiopien rencontré dans un chapitre précédent, et tous les nouveaux croyants de Jérusalem et d’ailleurs. Et Pierre se voit confirmé dans sa vocation et entraîné dans une mission nouvelle, frontalière.

 

 

Nous prions avec cette prière d’un auteur inconnu :

Attention chien méchant.
Attention travaux.
Attention chute de pierres.
Attention route glissante.
Partout, des appels à l’attention.

Mais où sont les appels à l’attention que nous devons aux autres :
les appels à la délicatesse, les appels au respect, les appels au partage ?

Je suis distrait, Seigneur.
Comment pourrais-je les entendre, ces appels,
quand je suis préoccupé par ma santé, enfermé dans mes rêves, épuisé par mon travail,
fasciné par la télévision…
Pardon, Seigneur.

Et tes appels, Seigneur, les tiens,
les petits signes que Tu m’adresses à travers les gens proches ou lointains,
les grands signes que Tu m’adresses, à travers les messages de ton Evangile,
à travers les invitations à la prière, tous ces appels ne rencontrent souvent que mon indifférence…
Pardon, Seigneur.

Apprends-moi, je t’en prie, à être attentif à toutes les attentes,
à toutes les souffrances, à toutes les espérances.

Apprends-moi aussi
à déceler tout ce qui est bien derrière ce qui est mal,
tout ce qui se cherche derrière tout ce qui semble acquis,
tout ce qui est neuf derrière tout ce qui est vieux,
tout ce qui bourgeonne derrière tout ce qui se fane,
tout ce qui vit derrière tout ce qui meurt.

Montre-moi, Seigneur,
l’enfant sous le vieillard, la plage sous les pavés, le soleil sous les nuages,
et toutes les soifs cachées :
la soif de pureté, la soif de vérité, la soif d’amour, la soif de Toi, Seigneur.

Affine mon regard, réveille ma capacité d’amour,
ouvre grand mon cœur, aiguise mon attention,
développe mes attentions, tourne-moi vers les autres,
tourne-moi vers Toi, Seigneur.

Amen.




Renversement sur le chemin de Damas !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 5 novembre 2020. Nous prions pour nos envoyés au Cameroun.

La conversion de Paul par Le Caravage (1600) – Wikimedia Commons

Après le martyre d’Étienne nous avons suivi le diacre Philippe et avons rencontré avec lui l’eunuque éthiopien, qui a reçu le baptême. Nous allons maintenant retrouver Saul de Tarse, dont la haine envers les chrétiens semble s’exacerber de jour en jour.

Cependant Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur, se rendit chez le souverain sacrificateur, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem. Comme il était en chemin, et qu’il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Tremblant et saisi d’effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire.

Les hommes qui l’accompagnaient demeurèrent stupéfaits ; ils entendaient bien la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva de terre, et, quoique ses yeux fussent ouverts, il ne voyait rien ; on le prit par la main, et on le conduisit à Damas. Il resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but. Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananias . Le Seigneur lui dit dans une vision : Ananias! Il répondit : Me voici, Seigneur ! Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie, et il a vu en vision un homme du nom d’Ananias, qui entrait, et qui lui imposait les mains, afin qu’il recouvrât la vue. Ananias répondit : Seigneur, j’ai appris de plusieurs personnes tous les maux que cet homme a faits à tes saints dans Jérusalem ; et il a ici des pouvoirs, de la part des principaux sacrificateurs, pour lier tous ceux qui invoquent ton nom. Mais le Seigneur lui dit : Va, car cet homme est un instrument que j’ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d’Israël ; et je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom. Actes 9,1-16

 

 

La conversion de Saul de Tarse est une expérience fulgurante pour celui qui l’a vécue et fondamentale pour la diffusion de la foi chrétienne. Du récit nous apprenons qu’il n’y a pas de conversion sans prise de conscience lucide de soi-même. Lors du renversement sur le chemin de Damas, le Christ aveugle Saul par une terrible évidence : lui, l’homme de culture, polyglotte, disciple du sage Rabbi Gamaliel, est devenu un fanatique persécuteur, un meurtrier. Que cette parole lui vienne d’une voix céleste serait inutile s’il ne se l’appropriait immédiatement. L’événement spirituel frappe l’être dans son corps et son psychisme. De quoi s’agit-il ? Chacun de nous, en tant que personne humaine, a en lui des forces et des fragilités, et sans doute un lieu intime de sensibilité particulière, de souffrance potentielle. C’est le lieu d’où jaillit la passion, passion qui peut être pour la mort ou pour la vie. Dans un premier temps, Saul, face aux croyants chrétiens, a éprouvé et exprimé cette passion sur le mode violent. Son attitude n’a pas été dictée par la réflexion et l’analyse, mais par la répulsion et la détestation de cette foi qu’il ressent comme intolérable, peut-être par peur, peut-être par jalousie, et qu’il veut réduire au silence. Cependant, lors du renversement sur le chemin de Damas, la passion de mort va se transformer en passion de vie, après 3 jours d’obscurité bienfaisante Car pour survivre à la terrible conscience de ses fautes, il lui faut passer par une nouvelle naissance, placée sous le signe de la grâce. Ajoutons qu’ainsi, dans le secret du texte, Saul sort réconcilié avec la mémoire de son premier maître Gamaliel, qui, peut-être sans passion mais avec beaucoup de réflexion, invitait les gens de religion à ne jamais se mettre en guerre contre Dieu, surtout sous le prétexte de défendre son honneur.

Saul va recevoir le baptême, subir à son tour la persécution, ou encore la méfiance de ceux qu’il est en train de rejoindre dans la foi au Christ. Bientôt il deviendra lui-même un témoin proclamant l’évangile. Tandis que Pierre poursuit son ministère et accomplit des guérisons au nom du Seigneur.

Questions pour nous :

Sommes-nous conscients de ce lieu de vulnérabilité en nous, d’où peut jaillir la violence, mais qui est aussi le lieu que Dieu cherche à atteindre par sa Grâce ?

Croyons-nous que les personnalités fanatiques puissent toutes connaître un tel renversement, et à quelles conditions ?

Dans nos conversations les uns avec les autres, nos débats théologiques ou sociétaux, nos désaccords politiques, quelle part relève d’un travail de réflexion, et quelle part de réactions passionnelles ? Jusqu’où sommes-nous capables d’aller dans la confrontation ?

 

 

Nous prions :

Ta Parole, ô Père, est ton Fils Jésus-Christ.
Inscris-la comme un signe sur notre front,
Comme l’amour dans notre cœur.
Ta bénédiction, ô Père, est ton Fils Jésus-Christ.
Place-la comme l’espérance devant nos yeux ?
Comme une croix de lumière sous notre regard.
Ta lumière, ô Père, est ton Fils Jésus-Christ.
Qu’elle soit l’Orient qui nous indique le chemin,
Qu’elle soit la lumière qui guide nos pas.
Ton pardon, ô Père, est ton Fils Jésus-Christ.
Qu’entre nous qui sommes frères, il soit réconciliation,
Miséricorde intarissable et toujours renouvelée.
Ta fidélité, ô Père, est ton Fils Jésus-Christ.
Qu’elle soit le rocher de notre alliance,
Le fondement sur lequel bâtir ta communauté.

Communauté de Bose




Le fanatique, le cynique et le chercheur de Dieu !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 29 octobre 2020. Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

L’eunuque éthiopien. Rembrandt, 1620 – Wikimedia Commons

Le diacre Étienne vient d’être lapidé sous les yeux de Saul de Tarse, qui approuve ce meurtre et participe à la persécution des nouveaux croyants, dont certains trouvent le salut dans la fuite. Ce chapitre 8 est très intéressant car il met en scène trois types de relation au divin : le fanatisme de Saul, l’utilitarisme de Simon le magicien, puis la confiance de l’eunuque éthiopien.

Le fanatisme nous effraie, il fait la une de notre actualité et se montre meurtrier. Il semble irrationnel mais obéit pourtant à une rationalité construite sur le rejet haineux de l’autre, au nom d’un Dieu transformé en idole. Pourquoi le fanatique veut-il tuer au lieu d’aimer, réduire au silence au lieu d’écouter ? De quoi souffre-t-il lui-même pour vouloir faire souffrir autrui ? D’une maladie de l’âme ? D’une angoisse viscérale de ne plus exister ? Assoiffé de certitudes absolues, il enferme la vie, détruit la liberté, et pétrifie la vérité pour se prouver qu’il a raison et que « son Dieu » est le plus fort.

À la différence du fanatique, l’utilitariste n’absolutise pas sa divinité, mais il cherche à en tirer profit. Dans notre récit, Simon le magicien talentueux ne s’oppose pas à Philippe ni aux apôtres, au contraire. Il cherche à leur acheter les pouvoirs de l’Esprit-Saint. Cela pourrait nous faire rire si de nombreuses personnes dans la peine et le besoin ne se laissaient abuser par des marchands de miracles, se trouvant alors privés de la connaissance de l’amour gratuit de Dieu.

Mais nous allons maintenant rencontrer un homme qui vit la foi comme confiance :

« L’ange du Seigneur dit à Philippe : Va vers le sud, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, dans le désert.  Il se leva et partit. Or un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine des Éthiopiens, et responsable de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer, et il s’en retournait, assis sur son char, en lisant à haute voix le Prophète Ésaïe.
L’Esprit dit à Philippe : Avance et rejoins ce char.
Philippe accourut et entendit l’Éthiopien qui lisait le Prophète Ésaïe. Il lui dit : Comprends-tu ce que tu lis ?
Il répondit : Comment le pourrais-je, si personne ne me guide ? Et il invita Philippe à monter s’asseoir avec lui.
Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci :
Il a été mené comme un mouton à l’abattoir ; et, comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n’ouvre pas la bouche.
Dans son abaissement, son droit a été enlevé ; et sa génération, qui la racontera ?
Car sa vie est enlevée de la terre.
L’eunuque demanda à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? Alors Philippe prit la parole et, commençant par cette Écriture, il lui annonça la bonne nouvelle de Jésus.
Comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent à un point d’eau. L’eunuque dit : Voici de l’eau ; qu’est-ce qui m’empêche de recevoir le baptême ? Il ordonna d’arrêter le char ; tous deux descendirent dans l’eau, Philippe ainsi que l’eunuque, et il le baptisa. Quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe. L’eunuque ne le vit plus : il poursuivait son chemin, tout joyeux. Quant à Philippe, il se retrouva à Azoth ; il annonçait la bonne nouvelle dans toutes les villes où il passait, jusqu’à son arrivée à Césarée. »
Actes 8, 26-40.

 

 

L’eunuque éthiopien est un chercheur de Dieu , qui n’hésite pas à parcourir de longues distances pour nourrir sa quête. Il a une situation paradoxale. Homme puissant, il a la confiance de sa reine, mais il est aussi son esclave, et se trouve privé de ses attributs masculins. Second paradoxe : manifestement attiré par le judaïsme, comme beaucoup à son époque, il ne peut cependant être intégré au peuple juif, car eunuque. Troisième paradoxe : c’est un lettré, plongé dans le rouleau du Prophète Ésaïe, mais de son propre aveu, il ne comprend pas ce qu’il lit. C’est dans la relation de confiance qui s’établit avec Philippe que va se dévoiler le sens du Chant du Serviteur souffrant. Alors il va demander et recevoir le baptême. Et se réalise une autre prophétie du Prophète Ésaïe, celle qui, au ch 56, proclame que les eunuques, comme les étrangers, seront accueillis au milieu du peuple.

Questions pour nous :

Peut-on aider quelqu’un à sortir du fanatisme et comment ?

Sommes-nous sûrs de ne jamais avoir une vision utilitaire de Dieu et de la religion ?

Quelle est notre image de Dieu ? A-t-elle évolué au cours de notre vie et évolue-t-elle encore ?

 

 

Nous prions :

Ô Dieu nous venons vers toi.
En ces temps troublés tu es le pôle stable, l’équilibre intérieur.


Nous avons plaisir à être près de toi, nous nous y sentons nous-mêmes.
Nous croyons en toi et nous reconnaissons nos limites.
Nous nous adressons à toi, plein de questions
Car nous ne savons plus la juste mesure des valeurs.
Qu’est-ce que le monde et quel est son avenir ?
Vers quoi devons-nous aller, Seigneur ?
Qu’exiges-tu de nous ?
Qu’attends-tu de nous ?


Nous t’en prions : fortifie notre conscience, notre disponibilité, notre foi.
Donne-nous la tolérance, la charité, le respect de la vie humaine.
Nous t’en prions : donne-nous la force de reconnaître le droit chemin
De rayonner parmi tes créatures
De vivre pour un monde humain
Dans ton Église.


Amen




Un fonds de solidarité Covid-19

Si les milieux des Églises ont su trouver des moyens de s’adapter au contexte de la crise sanitaire, maintenir les relations par-delà les frontières reste un défi. L’imagination et les capacités d’adaptation ne suffisent pas toujours. Car pour maintenir les liens avec des partenaires hors de France, encore faut-il que ces partenaires eux-mêmes survivent à la crise. C’est précisément l’objet de ce fonds de solidarité dont s’est doté le Défap.

Un étudiant de l’UPRECO et sa famille. L’UPRECO, partenaire du Défap, est une Université protestante présente à Kananga (RDC) © Défap

 

Les commerces de proximité, les entreprises ne pouvant recourir au télétravail, les relations de voisinage, l’aide aux plus fragiles : la liste serait interminable de toutes les activités, de tous les secteurs frappés par la pandémie de Covid-19. Avec, en réponse à cette crise inédite, de nouvelles solidarités qui se mettent en place… Les Églises ne font pas exception. Les restrictions imposées par les mesures sanitaires ont empêché les réunions, stimulant les autres modes de mise en relation : pour ne citer qu’un exemple, certaines, déjà présentes sur internet avec des cultes en ligne, ont vu leur nombre de connexions décupler, atteignant ainsi des publics inédits… «Si la crise sanitaire a profondément déstabilisé les cultes et leurs fidèles, souligne ainsi un rapport sénatorial du 2 juillet 2020, elle a aussi révélé une grande capacité d’adaptation aux circonstances et d’imagination, afin de conserver le lien entre les membres de la communauté (…) Bien plus significative est la mobilisation des fidèles, communautés locales, associations caritatives ou établissements d’enseignement pour venir en aide aux personnes les plus fragiles tout au long du confinement.»

La crise a néanmoins accru les fragilités, en France comme ailleurs. De nombreux acteurs du monde associatif ont vu leurs projets stoppés… et leurs financements suspendus. Or, pour beaucoup d’associations, le soutien aux projets participe aussi aux frais de personnel : sans projet financé, celles et ceux qui sont censés les gérer risquent de ne plus être payés… Voilà pourquoi, dans notre pays, en plein confinement, le Premier ministre avait diffusé une circulaire rappelant le rôle de soutien aux associations des autorités publiques, et définissant des règles de bonnes pratiques de gestion des subventions. La plateforme d’ONG Coordination Sud, dont est membre le Défap, vient pour sa part de lancer une campagne pour interpeller les députés sur les besoins des associations.

La crise sanitaire et ses conséquences financières

 

Un autre partenaire du Défap : aperçu des bâtiments de la faculté de théologie de Kaélé (Cameroun) © Défap

Ce qui est vrai en France l’est d’autant plus au-delà de nos frontières. Et nombre de partenaires du Défap connaissent des situations au moins aussi dramatiques. Avec comme facteur aggravant, le plus souvent, l’absence de financements publics. La crise sanitaire a ainsi frappé bien plus brutalement certaines Églises du Sud. Pour une œuvre d’Église (dans le domaine de la santé, par exemple) dépendant de financements internationaux, l’arrêt de ces financements pour cause de projets suspendus a pu avoir des effets dramatiques. Même problème pour des centres de formation théologique dont le financement est assuré par les frais d’inscription des étudiants – étudiants qui n’ont pu être accueillis en cette période de crise… Voilà pourquoi le Défap s’est doté d’un «fonds d’urgence Covid-19». Le principe en a été approuvé lors du Conseil du 10 octobre 2020 ; il sera géré sous la responsabilité du Bureau et du Secrétaire général. Il a pour but de soutenir en priorité des partenaires dont le fonctionnement même pourrait être menacé par la crise sanitaire, puisqu’ils pourraient perdre une partie de leur personnel faute de pouvoir le rétribuer. Et ce fonds d’urgence est financé notamment par le report de financements destinés à des missions qui n’ont pu avoir lieu, pour cause de fermeture des frontières. Parmi les premiers bénéficiaires figurent une demi-douzaine d’institutions avec lesquelles le Défap est en lien, présentes notamment en Afrique centrale, mais aussi dans l’océan Indien.

Au-delà de ce fonds, qu’en est-il aujourd’hui des relations par-delà les frontières ? Et qu’en est-il d’un organisme comme le Défap, dont le cœur de mission (qu’on l’écrive avec « m » ou avec « M ») est justement, dans le monde protestant, d’entretenir les liens entre Églises d’ici et de là-bas, «du bout du banc au bout du monde» ? Face à des déplacements internationaux réduits au strict minimum, là encore, il a fallu s’adapter pour maintenir les relations. Que ce soit à travers les envoyés (en dépit des retours anticipés pour cause de crise sanitaire, le Défap a encore aujourd’hui une vingtaine d’envoyés en mission longue, VSI ou pasteurs, présents dans une douzaine de pays) ou par les contacts directs avec des partenaires institutionnels (Églises ou œuvres d’Église, centres de formation théologique…). Avec l’idée que ces relations représentent une richesse à préserver. Plus que jamais, en ces périodes de restriction des déplacements, entretenir les liens est nécessaire pour éviter la tentation du repli.




Trente ans de relations Défap/Secaar sur Fréquence Protestante

Les actions du Défap se conçoivent avant tout au sein d’un écosystème fait d’Églises et d’institutions liées aux Églises. Exemple avec le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), dont le Défap est l’un des membres fondateurs, et qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe. Développement holistique, charte de genre, compensation carbone : sur Fréquence Protestante, les deux délégués du Défap au Secaar, Laura Casorio et François Fouchier, ont détaillé quelques-uns des enjeux de ce réseau.

Le bureau du Secaar

Depuis l’origine, la notion de réseau est une part fondamentale de l’identité du Défap : sa création en 1971 a coïncidé avec celle de la Cevaa, Communauté d’Églises en Mission au sein de laquelle prennent place une large part de ses actions ; il se présente comme le service missionnaire commun de plusieurs Églises protestantes de France (actuellement trois, depuis les créations de ces deux unions d’Églises que sont l’UEPAL et de l’EPUdF, mais leur nombre est allé jusqu’à cinq) ; et il entretient depuis longtemps des relations étroites avec nombre de partenaires associatifs dans le monde protestant. Ses projets, qu’ils se développent dans le domaine de la santé ou de l’enseignement, les rencontres qu’il permet, à la fois par l’envoi et par l’accueil de personnes, ont essentiellement pour but d’entretenir le lien entre Églises par-delà les frontières. Il a contribué à la création d’organismes très divers, toujours dans le monde protestant, avec à chaque fois ce même souci de maintenir le lien et les relations solidaires. Une conception qui permet au Défap d’être présent en de nombreux lieux, et partie prenante de nombre d’actions – même si cette présence reste parfois discrète.

Exemple avec le Secaar. Le Secaar, c’est déjà une trentaine d’années d’histoire et d’expériences, une approche bien spécifique mêlant étroitement spiritualité et solidarité ; et c’est aussi une organisation dont le Défap est membre fondateur, et avec lequel il entretient des liens suivis. Le Défap a ainsi deux délégués au sein du Secaar : Laura Casorio, responsable des envoyés au sein de l’équipe des permanents du Service Protestant de Mission, et François Fouchier. Ils apportent, l’une son expérience de l’envoi de personnes, l’autre ses préoccupations environnementales et son expérience du développement durable, et plus particulièrement en tant que délégué régional du Conservatoire du Littoral. Tous deux ont eu l’occasion de revenir sur les spécificités du Secaar à l’occasion de «Courrier de Mission», l’émission du Défap sur Fréquence Protestante, le 23 septembre dernier.

Le Secaar, avec Laura Casorio et François Fouchier

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 septembre 2020 sur Fréquence Protestante

 

Au cours de cette émission, les deux délégués du Défap au Secaar ont ainsi pu revenir sur l’aspect novateur de ce réseau, qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe. Avec par exemple toute sa réflexion sur le développement holistique – une terminologie qui se réfère à des préoccupations que d’autres milieux d’Églises regroupent aussi sous le terme de «Mission intégrale». Le Secaar s’efforce en effet de promouvoir une vision dans laquelle les questions liées à l’économie et au développement sont en prise directe avec les questions de spiritualité : les deux ne s’opposent pas ; l’être humain est envisagé dans sa globalité, avec des besoins à la fois matériels et spirituels. Une perspective qui explique à la fois le mode de fonctionnement et nombre d’activités du Secaar : le réseau s’implique dans des actions de lutte contre la pauvreté, dans l’accompagnement d’organismes et de communautés qui s’engagent concrètement dans la protection de l’environnement, dans la promotion d’une agriculture durable, dans le respect de la dignité humaine… Dans son fonctionnement, il a dès son origine refusé tout déséquilibre entre ses partenaires du Nord et du Sud, ce qui s’est traduit dans sa gouvernance : chaque organisme participant a une voix, le siège du Secaar a été volontairement placé en Afrique, au Togo… Comme le souligne le Suisse Roger Zürcher, qui fut vice-président du réseau, «le plus souvent, les ONG du Nord possèdent des branches en Afrique. Le Secaar, lui, a de longue date son bureau à Lomé, et c’est une volonté de mettre plus de forces là-bas qu’ici». L’accent mis sur la dignité humaine s’est aussi traduit par la volonté d’intégrer dans ses statuts l’égalité des femmes et des hommes, mais aussi par la rédaction d’une charte que le Secaar a demandé à ses membres et partenaires d’entériner.

Les actions du Secaar se déploient ainsi selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi).Au-delà de son soutien aux ONG ou Églises membres, le Secaar cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens. Des actions pour lesquelles il travaille en collaboration régulière avec le Défap et son homologue suisse, DM-échange et mission : le Défap a, par exemple, envoyé la bibliste Christine Prieto pour travailler sur un cycle de formations bibliques, qui a abouti à l’édition d’un ouvrage conçu pour aider des groupes à réfléchir sur la question du développement dans une perspective biblique. DM fournit pour sa part un appui régulier à la communication du Secaar.  

Retrouvez ci-dessous quelques témoignages en vidéo illustrant la diversité des actions et des partenariats du Secaar :

 

 

 




« Vos pensées ne sont pas mes pensées » !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 8 octobre 2020. Nous prions pour notre envoyé à Djibouti, sa famille et toute l’Église.

Source : Pixabay

La vie communautaire, en se développant, rencontre ses premières difficultés avec le couple Ananias et Saphira, qui connaissent une mort violente après avoir trahi l’idéal de communion fraternelle en gardant pour eux une partie de la vente de leurs biens. En même temps se multiplient les miracles accomplis par les apôtres et leur renommée s’étend. Les Institutions s’exaspèrent, les prêtres font jeter les apôtres en prison ; libérés par un ange, ils reprennent leur enseignement dans le Temple.

Le chef des gardes partit alors avec ses hommes pour ramener les apôtres. Mais ils n’usèrent pas de violence, car ils avaient peur que le peuple leur lance des pierres. Après les avoir ramenés, ils les firent comparaître devant le Conseil et le grand-prêtre se mit à les accuser. Il leur dit : « Nous vous avions sévèrement défendu d’enseigner au nom de cet homme. Et qu’avez-vous fait ? Vous avez répandu votre enseignement dans toute la ville de Jérusalem et vous voulez faire retomber sur nous les conséquences de sa mort ! » Pierre et les autres apôtres répondirent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos ancêtres a rendu la vie à ce Jésus que vous aviez fait mourir en le clouant sur la croix. Dieu l’a élevé à sa droite et l’a établi comme chef et Sauveur pour donner l’occasion au peuple d’Israël de changer de comportement et de recevoir le pardon de ses péchés. Nous sommes témoins de ces événements, nous et le Saint-Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

Les membres du Conseil devinrent furieux en entendant ces paroles, et ils voulaient faire mourir les apôtres. Mais il y avait parmi eux un Pharisien nommé Gamaliel, un maître de la loi que tout le peuple respectait. Il se leva au milieu du Conseil et demanda de faire sortir un instant les apôtres. Puis il dit à l’assemblée : « Gens d’Israël, prenez garde à ce que vous allez faire à ces hommes. Il n’y a pas longtemps est apparu Theudas, qui prétendait être un personnage important ; environ quatre cents hommes se sont joints à lui. Mais il fut tué, tous ceux qui l’avaient suivi se dispersèrent et il ne resta rien du mouvement. Après lui, à l’époque du recensement, est apparu Judas le Galiléen ; il entraîna une foule de gens à sa suite. Mais il fut tué, lui aussi, et tous ceux qui l’avaient suivi furent dispersés. Maintenant donc, je vous le dis : ne vous occupez plus de ceux-ci et laissez-les aller. Car si leurs intentions et leur activité viennent des hommes, elles disparaîtront. Mais si elles viennent vraiment de Dieu, vous ne pourrez pas les détruire. Ne prenez pas le risque de combattre Dieu ! » Les membres du Conseil acceptèrent l’avis de Gamaliel. Ils rappelèrent les apôtres, les firent battre et leur ordonnèrent de ne plus parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Les apôtres quittèrent le Conseil, tout joyeux de ce que Dieu les ait jugés dignes d’être maltraités pour le nom de Jésus. Et chaque jour, dans le temple et dans les maisons, ils continuaient sans arrêt à donner leur enseignement en annonçant la Bonne Nouvelle de Jésus, le Messie. Actes 5,26-42

 

 

La Parole de vérité est semblable à un fleuve que rien ne peut arrêter, tant que la source jaillit et approvisionne son flux. En témoignent l’attitude et l’engagement des apôtres de Jésus, qui ne sont pas des surhommes, mais se montrent prêts à braver les autorités et les persécutions. Ils racontent, ils enseignent, ils guérissent, non par bravade ou par inconscience, mais parce que, en conscience, ils ne peuvent faire autrement. Ils ont vu, ils ont entendu, et éclairés par l’Esprit de Dieu, ils ont reçu le don de compréhension et de partage de l’évangile. Cela leur donne un véritable courage.

En face une Institution qui craint pour elle-même car, obnubilée par ses responsabilités et le maintien de son autorité, elle connaît néanmoins la force subversive de la parole prophétique, raison pour laquelle elle cherche à la neutraliser à tout prix en la situant du côté de l’hérésie. C’est là que Rabbi Gamaliel, maître pharisien de Saül de Tarse, va montrer un autre courage, fait de sagesse et de clairvoyance. Tout en se souciant de l’Institution, il conseille de rester ouvert aux possibles toujours surprenants de Dieu. Seul le temps pourra nous dire ce que notre faible discernement humain ne parvient pas toujours à saisir, et donc si la parole des apôtres est de vérité ou non. « Surtout ne nous mettons pas en guerre contre Dieu ! » préconise-t-il. A une autre époque, un Sébastien Castellion écrira : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme » ! »

Pouvons-nous repérer les sujets ou les attitudes qui déclenchent en nous des réactions d’intolérance ?

Savons-nous mettre en œuvre une tolérance qui ne soit pas indifférence, mais respect pour autrui ?

Quelle conscience avons-nous de la liberté de Dieu ?

 

 

Nous prions :

Notre Père à tous, unis devant toi,
Nombreux par les peuples
Mais ne faisant qu’un
Par la fraternité qui nous unit sous ton regard
Nous nous présentons devant toi
Le cœur plein de gratitude et de joie
A cause des nombreuses bénédictions
Que tu nous as accordées.

Nous te prions de nous donner
Par ton inspiration divine
Un esprit ouvert
Une vision clairvoyante des perspectives et des possibilités humaines
En contribuant par une compréhension mutuelle plus étroite
A l’avènement de ton Royaume
De bonne volonté, de bonheur et de paix.

Robert Baden Powell




Cameroun : des médicaments pour Bafia

Des cartons de médicaments : au Cameroun, dans la région de Bafia, voilà qui peut sauver des vies. Ces produits ont pu être acquis par l’équipe du médecin chef Diane Metchoum, responsable de l’hôpital de Donenkeng et de son annexe de Messangsang, grâce aux dons des Églises de France. Un témoignage encourageant en dépit des restrictions de circulation dues à l’épidémie de Covid-19.

Une infirmière pose près des colis de médicaments achetés grâce aux dons des Églises de France © Défap

Que deviennent les projets, que deviennent les relations d’Églises ou avec les œuvres d’Églises par temps de pandémie, lorsque les mesures sanitaires prises pour lutter contre la propagation du Covid-19 poussent à refermer les frontières ?

Ces relations se poursuivent, parfois sous d’autres formes. Et elles continuent à donner du fruit. Un exemple avec ces photos qui nous parviennent du Cameroun – et plus précisément de Bafia, dans le centre du pays. Les cartons auprès desquels posent une infirmière et le médecin chef Diane Metchoum contiennent des médicaments achetés grâce aux dons des Églises de France. Des dons destinés à soutenir l’hôpital de Donenkeng et son annexe de Messangsang à Bafia, qui font partie des œuvres médicales de l’EPC, l’Église presbytérienne du Cameroun. Les médicaments ainsi acquis représentent un apport précieux pour ces structures de santé, confrontées quotidiennement aux difficultés matérielles, et peuvent sauver des vies.

Voilà de nombreuses années que les relations entre les protestants de France et ces hôpitaux de l’EPC sont entretenues via le Défap. Et ces relations qui s’inscrivent dans la durée sont précisément une garantie de solidité face aux crises comme celle que représente la pandémie de Covid-19 – quand beaucoup d’actions humanitaires, inscrites dans un temps plus court et dans une logique de projets, ont été purement et simplement stoppées par la fermeture des frontières.

À droite sur la photo, le médecin chef Diane Metchoum © Défap

Passage de témoin à Bafia

Les activités de l’hôpital de Bafia avaient été particulièrement mises en avant par le Défap il y a un an, en octobre 2019, à l’occasion de l’opération Hope 360 – une course solidaire organisée à Valence à l’initiative d’ASAH, collectif des acteurs chrétiens de l’humanitaire. Mais au-delà de l’écho donné aux actions de cette structure de l’EPC, et de son médecin-chef d’alors, le docteur Célin Nzambe, au-delà des dons récoltés à l’occasion de cette course, le soutien à cet hôpital témoigne de relations qui se sont tissées dans le temps. Elles avaient commencé à Nkoteng, une ville sur le bord du fleuve Sanaga, à l’est de Bafia, avec un projet alors porté par le docteur Célin Nzambe : réhabiliter des hôpitaux tombés en quasi-désuétude. Originaire de République Démocratique du Congo, envoyé au Cameroun par la Cevaa (Communauté d’Églises en mission, une communauté de 35 Églises présentes sur cinq continents et dont font partie les Églises constitutives du Défap), Célin Nzambe avait découvert sur place la situation difficile de nombreuses structures hospitalières du pays. Confrontés à l’absence de financements publics et à l’absence d’assurance-maladie, ces hôpitaux n’ont d’autre choix, pour acheter du matériel, des médicaments, entretenir leurs locaux et payer leur personnel, que de facturer les soins aux patients ; avec le risque, pour les structures accueillant les populations les plus modestes, de ne jamais pouvoir équilibrer leur budget et de péricliter.

Après l’opération Hope 360, remise de l’enveloppe contenant les dons pour l’hôpital de Bafia, en novembre 2019 © Défap

Célin Nzambe avait donc décidé de rester sur place après la fin de sa mission pour remettre en état certaines de ces structures à l’état de quasi-abandon faute de subsides, avec ce constat simple : «Pour pouvoir soigner les gens, il faut d’abord soigner les hôpitaux». Après Nkoteng, et toujours avec le soutien du Défap, il s’était attelé à Bafia. Les relations avec les protestants de France s’étaient faites plus étroites : envoi sur place d’une infirmière française,Patricia Champelovier, membre de l’Église protestante unie de France à Valence, qui devait dès lors plaider la cause des hôpitaux camerounais dans sa paroisse ; séjours successifs du docteur Jean-Pierre Perrot, cardiologue protestant de la région rochelaise, à l’occasion de missions courtes organisées par le Défap… Mission longue d’Aurélie Chomel, envoyée du Défap, pour assister le docteur Célin Nzambé ; mission courte de Patricia Champelovier et Jean-Marc Bolle pour aider à la rénovation des bâtiments…

Aujourd’hui, Célin Nzambé n’est plus à Bafia. Il est médecin chef de l’hôpital de Djoungolo. Mais celui qui se définit comme «médecin missionnaire» n’en reste pas moins en lien avec le Défap, comme le montre ce témoignage diffusé en septembre, et faisant le point sur les effets de la pandémie de Covid-19 au Cameroun. C’est le médecin chef Diane Metchoum qui lui a succédé, ayant la responsabilité de l’hôpital de Donenkeng et son annexe de Messangsang. Le soutien à l’hôpital de Bafia se poursuit. Le lien avec les protestants de France est entretenu.

L’hôpital de Bafia, géré par l’EPC : une structure hospitalière, mais aussi un témoignage de l’EPC au sein de la société camerounaise © Défap




4 octobre : quel avenir pour la Nouvelle-Calédonie ?

Même si le scrutin paraît lointain vu de la métropole, le référendum d’autodétermination qui se tient ce week-end en Nouvelle-Calédonie cristallise une fois de plus les tensions.

Délégation de la Nouvelle-Calédonie Clôture du 4ème festival des arts mélanésiens, Mwâ kâ Nouméa, Nouvelle-Calédonie 2010 © Sekundo

Loin des informations quotidiennes sur la pandémie de Covid-19 et des aléas de la politique métropolitaine, c’est un peu du destin de la France qui va se jouer ce dimanche 4 octobre, à près de 18.000 km de distance, en plein Pacifique. Un an et onze mois après le référendum d’autodétermination du 4 novembre 2018, les Calédoniens sont de nouveau, ainsi que le prévoyait l’accord de Nouméa du 5 mai 1998, appelés à se prononcer sur l’avenir de leur terre.

Il s’agit du troisième référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie – et comme les précédents, il est organisé dans un climat de forte tension. Mais la situation a beaucoup changé depuis les années 80. Le premier référendum, celui de 1987, organisé dans le contexte du retour à la paix après la violence des «événements,» avait été boycotté par les indépendantistes. Sans surprise, 98,3% des suffrages exprimés s’étaient prononcés pour le maintien au sein de la République, mais avec une participation inférieure à 60%. Le scrutin de 2018, au contraire, avait vu une forte participation : plus de 81%. Et une nouvelle victoire du «non» à l’indépendance, mais bien moins large qu’annoncé : 56,67%. Entre ces deux référendums, la Nouvelle-Calédonie avait connu plus de trente ans de paix civile et des transformations profondes de sa vie politique et de sa société : une large autonomie, une population de plus en plus multiculturelle mêlant Kanaks, Européens, mais aussi Wallisiens, Vietnamiens, Chinois… Désormais, les enjeux d’un «oui» ou d’un «non» à l’indépendance ne sont plus les mêmes. Si elle reste prédominante, la traditionnelle opposition entre Kanaks et Caldoches, entre les premiers habitants de cette terre et les descendants de colons, n’est plus suffisante pour rendre compte de l’évolution d’un territoire qui a connu en trente ans une forte croissance propulsée par l’industrie du nickel, un fort développement urbain (Nouméa concentre à elle seule 100.000 habitants sur les 270.000 de l’archipel) et une évolution de ses institutions qui lui donne aujourd’hui un mode de gouvernance unique au monde. Car la rapidité même de ces évolutions s’est accompagnée de disparités importantes, non seulement territoriales, mais aussi sociales – avec notamment un fort chômage des jeunes, et tout particulièrement des jeunes Kanak.

Le score inattendu du «oui» en octobre 2018

Une large victoire du «non» en novembre 2018 aurait marqué la fin de cette série de référendums. Ce qu’espéraient les anti-indépendantistes, qui comptaient voir ainsi annulée la tenue des deuxième et troisième référendums prévus par l’accord de Nouméa. Mais le score inattendu du «oui» avait ouvert la possibilité d’organiser un nouveau scrutin dans les deux ans – puisqu’il suffisait pour cela d’une demande écrite adressée au haut-commissaire et signée par un tiers des membres du congrès.

Face à tous les risques de tensions avant et, surtout, après le référendum, les Églises ont une parole d’apaisement à apporter, dans ce territoire où la vie spirituelle s’exprime plus ouvertement qu’en métropole et où la laïcité à la française ne s’applique pas. Au sein du protestantisme calédonien, représentant aujourd’hui un tiers de la population, c’est le cas de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC), qui entretient une longue histoire avec le protestantisme français. Constituée en grande majorité de Kanak, elle avait, dès les années 70, souligné les aspects néfastes de la colonisation. Devenue autonome dans les années 60 sous le nom de «Église Évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux Iles Loyauté», elle a changé son nom en 2013, pour y intégrer l’appellation de Kanaky. Lors de la campagne du référendum de novembre 2018, elle a encouragé ses membres à une démarche d’accueil de l’autre dans sa diversité, en insistant sur l’aspect multiculturel que présente désormais la population néo-calédonienne. Ce qui se retrouvait dans son appel à une «Semaine de prière pour la paix dans le pays et pour toute l’année 2018», placé sous ce thème issu d’Éphésiens 2,19 : «Concitoyens d’un pays nouveau».

Défendre l’identité Kanak

C’est dans ce contexte que se place ce texte du pasteur Daniel Wea, de l’EPKNC. Un texte qui reste marqué par la volonté de défendre l’identité Kanak – un sujet tellement sensible qu’il a largement influé sur la composition du corps électoral pour ces référendums d’autodétermination. Un texte qui se veut aussi politiquement engagé, et qui va au-delà des positions affichées aujourd’hui par l’EPKNC. Il ne se prétend pas porteur d’un discours officiel de son Église ; mais il est révélateur des évolutions et des interrogations qui l’ont traversée et la travaillent encore aujourd’hui, face à une société certes multiculturelle, mais divisée et où les Kanaks cherchent encore leur place, et où le «destin commun» évoqué par le préambule de l’Accord de Nouméa reste encore à construire.

Et pour éclairer les enjeux du scrutin de ce dimanche 4 octobre, quelques éléments : un article de la1ere.fr, le Portail des Outre-mer, qui consacre aussi un dossier complet à ce référendum ; et un numéro de 2018 du Bulletin de l’Amicale des Pasteurs français à la retraite qui revient sur les liens entre les protestantismes de la métropole et de la Nouvelle-Calédonie.




Vivons-nous dans la communion des cœurs ?

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 1er octobre 2020. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

Source : Pixabay

Le succès des apôtres de Jésus dans les rues de Jérusalem, y compris dans le quartier du Temple, parvient aux oreilles de L’institution religieuse, ce qui va provoquer inquiétude, panique, et répression. On assiste là à une scène qui se répète souvent dans l’histoire des sociétés : l’affrontement entre une parole neuve et libre et des institutions soucieuses de leurs prérogatives et de leur pérennité. Pour les « inspirés » que sont Pierre et Jean , mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, et rester dans la vérité de ce qu’ils ont vu et entendu, quitte à passer par la prison. Mais comment faire face à l’enthousiasme d’une multitude ? Pour éviter l’émeute, on relâche les apôtres, qui reprennent leur enseignement, alors que commence une nouvelle vie communautaire.

Le groupe des croyants était parfaitement uni, de cœur et d’âme. Aucun d’eux ne disait que ses biens étaient à lui seul, mais, entre eux, tout ce qu’ils avaient était propriété commune. C’est avec une grande puissance que les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus et Dieu leur accordait à tous d’abondantes bénédictions. Personne parmi eux ne manquait du nécessaire. En effet, tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient la somme produite par cette vente et la remettaient aux apôtres ; on distribuait ensuite l’argent à chacun selon ses besoins. Par exemple, Joseph, un lévite né à Chypre, que les apôtres surnommaient Barnabas — ce qui signifie « l’homme qui encourage » —, vendit un champ qu’il possédait, apporta l’argent et le remit aux apôtres. » Actes 4, 32-36

 

 

L’évocation d’une communauté si parfaite peut faire rêver quand on imagine que « la vie nouvelle » avec Jésus est facile, elle peut faire peur si on y soupçonne les effets d’un conditionnement sectaire ; elle peut faire honte si on la prend comme miroir de nos imperfections ecclésiales si humaines. Mais elle peut et elle doit plutôt nous inspirer, puisqu’il est question dans le Livre des Actes des effets de l’Esprit de sainteté.

Il n’est pas question d’imiter dans le sens extérieur du terme, mais de s’interroger ensemble sur ce que signifie la communion de coeur et d’âme, cette communion qui produit des fruits très concrets : le partage, l’attention à autrui, la justice, la générosité, le désir d’être ensemble, d’accueillir de nouvelles personnes, et de rayonner.

De fait, chacun, chacune de ces hommes et femmes de Jérusalem ont été touchés, émus, gagnés par une Parole de vie qu’ils ont vécue comme leur étant personnellement adressée. Il ne s’agit pas d’une foule galvanisée et fanatisée par une communication performante ou un discours manipulateur, mais de personnes rassemblées par la joie de l’évangile. Et celles-ci ne sont pas en train de fonder un nouveau parti religieux sur base de convictions idéologiques, mais une « famille élargie », héritière d’un récit et porteuse d’une promesse de salut.

Questions pour nous ?

Comment articulons-nous la Parole et le souci d’autrui dans notre vie personnelle et communautaire ? Quelle cohérence ? Quelles difficultés ? Quels mouvements de l’une vers l’autre et vice-versa ?

Savons-nous placer au centre de la vie communautaire la recherche de cette union des cœurs et des âmes ? Par la prière, l’écoute, le témoignage, le partage biblique ?

Sommes-nous ouverts à la diversité culturelle et/ou stylistique des expressions de la joie de l’évangile : liturgie, poésie, musique, chants, danse, silence… ?

 

 

En priant pour nos envoyés à Madagascar, nous nous joignons à cette confession de foi :

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux !…
Et qui n’avait pas une pierre où poser la tête.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !…
Et qui a pleuré devant la tombe de son ami.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les humbles, car eux hériteront la terre !…
Et qui s’est agenouillé devant ses disciples pour leur laver les pieds.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car eux seront rassasiés !…
Et qui a touché le lépreux pour protester contre son rejet.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les miséricordieux, car à eux il sera fait miséricorde !…
Et qui a arrêté les religieux qui voulaient lapider la femme adultère.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu !…
Et qui a laissé une femme verser un parfum de grand prix  sur ses pieds.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les artisans de paix, car eux seront appelés fils de Dieu !…
Et qui a refusé de se défendre lorsqu’on est venu l’arrêter.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les persécutés à cause de la justice, car le Royaume des Cieux est à eux !…
Et qui a été injustement condamné et crucifié.

Je crois que cet homme est vivant par son Esprit et qu’il nous appelle à vivre dans l’esprit des Béatitudes.

Amen

Antoine Nouis, La galette et la cruche, tome 3, p. 108, éd. Olivétan




Poste à pourvoir au Défap : chargé(e) d’événementiel (Homme / Femme)

CDD de 12 mois. Poste à temps plein. A pourvoir au plus tôt au 1er octobre 2020. Salaire annuel (min/max en €) : 29 000 à 32 000

 

Contexte

Dans le cadre de son 50e anniversaire, le Défap-Service protestant de mission (association 1901 – en lien avec son réseau d’Églises membres en France ainsi qu’avec l’ensemble de ses partenaires – met en place à partir d’octobre 2020 un événementiel global destiné à mettre en lumière la richesse de ses engagements et de son action tant à l’international qu’en France.

En faisant appel à son réseau, en particulier à son réseau d’anciens envoyés et boursiers, le Défap souhaite :

– Susciter au niveau local, régional et national une dynamique autour de son 50e Anniversaire pouvant, entre autres, déboucher sur la production de témoignages sous les formes les plus diverses : écrits, émissions radio, vidéos, expos, ou autres réalisations artistiques etc.

– Susciter l’organisation de rencontres, manifestations, spectacles etc. également à ces différents niveaux.

Il souhaite en outre :

– Organiser sur un plan national, entre les 11 et 19 septembre 2021, une semaine de manifestations incluant, à son siège, à Paris, des Journées Portes ouvertes.

Descriptif du poste :

Sous la responsabilité du Secrétaire Général, et en collaboration étroite avec l’équipe des permanents du Défap :

– Vous accompagnerez la phase de lancement à Paris et en régions, et la mise en place d’équipes locales ;

– Vous assurerez le suivi de ces équipes et stimulerez les initiatives émergentes ;

– Vous animerez si nécessaire des rencontres en régions et sur Paris ;

– Vous participerez à la collecte et au relais d’information autour des initiatives qui verront le jour, ainsi qu’à la réalisation de contenus de communication.

Profil recherché :

– Vous avez une certaine expérience dans l’organisationnel et la mise en œuvre/gestion de projets et/ou d’événements ;

– Vous avez déjà eu l’occasion de mettre en œuvre des compétences en relations publiques, animation et communication (animation d’un blog, utilisation des réseaux sociaux) ;

– Vous êtes disponible pour vous déplacer en semaine mais aussi parfois le week-end

– Une bonne connaissance du réseau protestant en France serait un plus

Renseignements et candidatures :

Secrétaire général du Défap 102 boulevard Arago – 75014 Paris Tél : 01 42 34 55 55

Envoyé CV et lettre de motivation à : secretariat.general@defap.fr




Aymar Nkangou, du Congo-Brazzaville à Montbéliard

Le Service Protestant de Mission était largement représenté lors du culte de reconnaissance du ministère pastoral-ordination qui s’est déroulé le 13 septembre 2020 à Montbéliard. Une cérémonie qui a non seulement marqué l’aboutissement d’un long parcours pour le pasteur Aymar Nkangou, mais aussi mis en lumière le rôle joué par le Défap dans les relations entre Églises.

La cérémonie du 13 septembre à Montbéliard : au centre, face à l’assistance, le pasteur Aymar Nkangou © Défap

Lorsque, encore étudiant en théologie à Montpellier, il avait répondu à une sollicitation de Jean-Luc Blanc pour faire une présentation des projets du Défap, Anicet Aymar Nkangou Loulendo avait eu cette réflexion devant son auditoire : «Je suis, moi aussi, un projet du Défap.» Quelques années plus tard, ses études et sa période de proposanat achevées, le voilà pasteur de l’Église Protestante Unie de France ; et c’est une forme d’aboutissement qu’a connu ce projet, lors du culte de reconnaissance du ministère pastoral-ordination qui s’est tenu en ce 13 septembre 2020 à Montbéliard.

Le Défap y était largement représenté ; Aymar Nkangou avait d’ailleurs tenu à ce que cette présence soit bien visible. Étaient notamment présents Joël Dautheville, actuel président du Service Protestant de Mission, Jean-Luc Blanc, ancien secrétaire général (après avoir été longtemps à la tête du service Relations et Solidarités Internationales au sein du Défap) ; mais aussi des personnalités impliquées dans la Mission comme Silvia Ill, pasteure de l’Église protestante unie du Plateau lorrain, qui avant d’être directrice de stage d’Aymar Nkangou, avait piloté un projet de fabrication de matériel de catéchesèe pour l’Église protestante du Sénégal ; comme Laurent Loubassou, doyen de la faculté de théologie de Brazzaville ; comme Georges Massengo, qui fut pasteur à Brazzaville avant d’exercer son ministère au sein de l’EPUdF… «Tous les consacrants», note ainsi Jean-Luc Blanc, «étaient liés de près ou de loin au Défap». Avec en outre dans l’assistance bon nombre d’anciens paroissiens de l’Église Évangélique au Maroc (EEM), venus de toute la France et même de Monaco ; ainsi qu’une chorale congolaise constituée pour l’occasion… Un hommage appuyé au Défap a d’ailleurs été rendu, lors de cette cérémonie, par l’inspecteur ecclésiastique de la région Est-Montbéliard : le pasteur Élysé Mayanga Pangu… lui-même familier des instances du Service Protestant de Mission.

«J’ai trouvé au Défap des amis, des frères et des sœurs»

La cérémonie du 13 septembre à Montbéliard © Défap

Le Congo-Brazzaville, le Maroc, le Défap : trois étapes pour résumer le parcours de ce pasteur qui, à l’origine, s’était plutôt orienté vers des études de physique-chimie, avant d’obliquer vers l’informatique industrielle… En dépit de son implication au sein de la vie de l’Église, lui-même n’envisageait pas de s’orienter vers le ministère pastoral. Sa vocation est née, comme il le dit lui-même, «chemin faisant», au fil d’études de théologie suivies avec une passion grandissante. Il aura fallu pour cela des années de réflexion… et les encouragements de personnalités rencontrées notamment au Maroc, comme Jean-Luc Blanc, alors président de l’EEM. Pour ce dernier, «Aymar Nkangou est un fruit de la Mission à plusieurs niveaux : il est issu de l’Église Évangélique du Congo ; il a transité par la Côte d’Ivoire et l’Église Méthodiste, au sein de laquelle devait se mettre en place, grâce à Laurent Loubassou, une aumônerie des Congolais à Abidjan… Puis il est arrivé au Maroc où il est devenu un des piliers du mouvements de jeunesse de l’Église, avant d’être l’un des premiers à entamer des études de théologie à distance, auprès de la Faculté de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine… Finalement, il est venu en France, avec le soutien du Défap, pour poursuivre ses études à l’Institut Protestant de Théologie, à Montpellier.»

«C’est au cours des années passées au Maroc, résume aujourd’hui le pasteur Aymar Nkangou, que j’ai appris à travailler dans l’Église. Une Église qui m’est apparue alors comme attentionnée, ayant le souci d’accompagner celles et ceux que le Seigneur appelle à les suivre… C’est là-bas que le Seigneur a mis sur ma route d’excellentes personnes qui m’ont aidé à discerner cet appel pour pouvoir y répondre. Par la suite, venant en France, j’ai trouvé au Défap des amis, des frères et des sœurs.»

Un parcours qui est aussi celui de divers étudiants en théologie, boursiers, qui, par le jeu des relations entre Églises entretenues par le Défap, viennent compléter leurs études en France. Quand on évoque les «fruits de la Mission», ce n’est pas forcément ce type de situation qui vient en premier lieu à l’esprit ; mais dans une période où les Églises de France sont souvent confrontées à une douloureuse crise des vocations, ces pasteurs venus d’ailleurs, riches d’une ouverture sur le monde et d’une connaissance des relations interculturelles, représentent un apport inestimable. Leur proportion parmi les ministres en poste au sein de l’EPUdF est d’ailleurs en nette croissance ces dernières années.

La cérémonie du 13 septembre à Montbéliard © Défap



Un homme libéré corps-et-âme !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 19 septembre 2020. Nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

Source : Pixabay

Demeurant à Jérusalem, les apôtres de Jésus continuent de participer à la vie du Temple, situé au cœur de la ville, avec ses différents parvis, la foule de ceux qui viennent y prier, les marchands, et les mendiants qui espèrent y recevoir quelques subsides pour leur nourriture quotidienne.

Un après-midi, Pierre et Jean montaient au temple pour la prière de trois heures. Près de la porte du temple, appelée « la Belle Porte », il y avait un homme qui était infirme depuis sa naissance. Chaque jour, on l’apportait et l’installait là, pour qu’il puisse mendier auprès de ceux qui entraient dans le temple. Il vit Pierre et Jean qui allaient y entrer et leur demanda de l’argent. Pierre et Jean fixèrent les yeux sur lui et Pierre lui dit : « Regarde-nous. » L’homme les regarda avec attention, car il s’attendait à recevoir d’eux quelque chose. Pierre lui dit alors : « Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ! » Puis il le prit par la main droite pour l’aider à se lever. Aussitôt, les pieds et les chevilles de l’infirme devinrent fermes ; d’un bond, il fut sur ses pieds et se mit à marcher. Il entra avec les apôtres dans le temple, en marchant, sautant et louant Dieu. Toute la foule le vit marcher et louer Dieu. Quand ils reconnurent en lui l’homme qui se tenait assis à la Belle Porte du temple pour mendier, ils furent tous remplis de crainte et d’étonnement à cause de ce qui lui était arrivé. Comme l’homme ne quittait pas Pierre et Jean, tous, frappés d’étonnement, accoururent vers eux dans la galerie à colonnes qu’on appelait « Galerie de Salomon ». Quand Pierre vit cela, il s’adressa à la foule en ces termes : « Gens d’Israël, pourquoi vous étonnez-vous de cette guérison ? Pourquoi nous regardez-vous comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou grâce à notre attachement à Dieu ? Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos ancêtres, a manifesté la gloire de son serviteur Jésus. » Actes 3,1-14

 


« Saint Pierre et Saint Jean guérissant le boiteux », par Nicolas Poussin – Metropolitan Museum of Art – reproduction : Wikimedia Commons

Dans les Évangiles, les rencontres personnelles de Jésus tiennent une grande place, et sont toujours porteuses de vie, de guérison, d’espérance. La rencontre de Pierre et Jean avec l’homme handicapé s’inscrit dans la suite et montre deux choses : les apôtres ont vraiment compris qu’il n’y avait pas d’enseignement de l’évangile sans manifestation concrète de l’évangile au niveau du corps ; en leur envoyant son Esprit, Jésus leur a transmis sa « puissance » de guérison.

L’homme demande de l’argent pour survivre ; Pierre et Jean lui donnent une vie nouvelle. Il est à terre ; ils le relèvent. Il est dans la plainte ; il va se mettre à chanter et louer Dieu. Comment cela s’est-il passé ? Notons l’importance des regards échangés, puis la parole de Pierre, sa confiance, non en lui-même, mais en Dieu et dans le Nom de Jésus le Christ.
Oui Dieu fait des miracles ; la vie est un miracle quotidien, la création en témoigne sans cesse. Mais que peut-on en dire ? Même Pierre et Jean, même Jésus, intervenant auprès du Père en faveur d’un être en souffrance, sont toujours restés dans la prière et non dans la certitude. Le miracle de guérison est une espérance, et reste toujours une surprise, un cadeau, un don immérité. Une œuvre de Dieu qui trouve son sens dans l’à-venir.

Si l’Évangile nous donne une assurance, c’est que tout être humain, dans son corps, son âme et sa conscience, naît digne que Dieu lui prête attention et s’arrête auprès de lui, afin de l’inviter à partager sa liberté et sa joie.

Questions pour nous :

Comment comprenons-nous les miracles de guérison et comment en parlons-nous entre nous ? Avec les chrétiens d’autres Eglises ?

Dans quelle mesure notre foi en Dieu dépend-elle des miracles ?

Est-ce que nous croyons vraiment qu’à Dieu rien n’est impossible ?

 

 

Nous prions

Devant toi, Seigneur,
Nous pensons à toutes celles et tous ceux qui ne trouvent pas leur place
Dans le monde et dans l’Église,
Parce qu’ils se considèrent sans valeur
Parce qu’ils ont été humiliés
Parce que personne ne leur a jamais rien demandé.

Nous pensons aussi à tous ceux qui n’osent pas dire « oui »
Parce qu’ils trouvent en eux trop d’obstacles
Ou parce qu’ils n’osent pas croire que l’on a besoin d’eux.

Nous pensons à ceux que l’âge ou les infirmités empêchent de tenir leur place
Et qui se croient peut-être inutiles.

Nous pensons enfin à tous ceux dont nous avons ignoré les richesses
Ou que nous avons humiliés.
Père, aide-les à accepter la confiance que tu places en eux
Aide-les à s’appuyer sur toi
Et apprends-nous à leur donner toute leur place.

Pr Alain Arnoux