Courrier de mission : conseils d’un ancien envoyé à ceux qui hésitent à partir

Élie Olivier, 24 ans, est un ancien envoyé du Défap à Madagascar : il était parti en 2019 en tant que service civique. Une mission qui a durablement influé sur sa vie et sur sa vision du monde, comme il l’explique au micro de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap ». Son conseil pour celles et ceux qui envisageraient de s’engager ainsi auprès du Défap, mais se posent encore la question : « N’hésitez pas ! »

Élie Olivier photographié au cours de sa mission à Madagascar © Défap

C’était il y a trois ans : Élie Olivier, ayant achevé des études d’astrophysique, partait pour Madagascar pour une mission d’animateur linguistique – échanges interculturels à Antsirabe. Il avait le statut de service civique, et avait suivi en juillet la formation pour les envoyés dispensée par le Défap. Quelques mois plus tard éclatait une crise aux retentissements mondiaux : la pandémie de Covid-19. Élie, comme beaucoup d’autres Français en mission à l’étranger, devait interrompre prématurément son séjour, mettre fin à ses activités sur place, couper toutes les relations établies à Madagascar… et rentrer en France avec un fort goût d’inachevé. Et pourtant, en dépit de ces conditions si défavorables, il garde une image très positive de son passage à Madagascar. Au point que cette mission a changé sa manière de voir le monde, ses engagements, et même ses choix professionnels et de vie. Ce qui démontre bien la force de ce qui se vit au cours de la mission d’un envoyé… Invité de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap », il témoigne, et donne aussi des conseils aux futurs envoyés qui pourraient hésiter encore…

 

Un jeune envoyé du Défap à Madagascar raconte, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 27 juillet 2022 sur Fréquence Protestante

 

Ainsi, parlant de la mission elle-même – cette mission si brutalement écourtée – il évoque « six mois merveilleux » passés à Madagascar avant son retour en France. Il travaillait au centre Akanysoa, à Antsirabé, une ville qui se situe dans le centre de Madagascar : c’est à la fois un orphelinat et une école primaire. Son activité était donc double elle aussi : à l’école, pendant les journées de la semaine, il était assistant de français ; les soirs et les week-ends, il faisait de l’animation pour les enfants de l’orphelinat. Il était ainsi en relation avec une centaine d’élèves scolarisés dans la partie « école » du centre centre Akanysoa, et avec une vingtaine d’enfants au sein de l’orphelinat, pour lequel il développait des activités aussi diverses que des ateliers de piano, de solfège, d’échecs… Mais son séjour ne s’est pas limité à Antsirabé : il a aussi eu l’occasion, en-dehors des tâches liées à sa mission, de voyager dans des lieux très divers, jusqu’à Tamatave ou à l’île Sainte-Marie, au large de la côte est de Madagascar, près de la ville d’Ambodifotatra.

S’il avait des conseils à donner aux prochains envoyés, ou plutôt à ceux qui hésitent encore à s’engager avec le Défap, ce serait de se lancer : « On a une chance assez incroyable en France d’avoir des dispositifs comme le service civique, le Volontariat de Solidarité internationale, qui donnent l’occasion de partir découvrir un autre pays. » Et il souligne l’importance des rencontres faites à l’occasion de telles missions, l’opportunité de développer « des compétences très diverses : adaptation, pédagogie, prise de recul »… Pour lui, « il ne faut pas hésiter à y aller ». Et en profiter pour « apprendre la langue locale », « essayer de s’intégrer »… Car se retrouver ainsi au loin, et dans la position de l’étranger qui a tout à apprendre, « change aussi le rapport à l’altérité ».

Partir en mission, ça « change le rapport à l’altérité »

Au cours de cet entretien, Élie souligne aussi l’importance du rôle du Défap tout au long de la mission, et au-delà : car une mission commence bien avant l’envoi, avec une série d’entretiens qui s’étalent sur plusieurs mois avant la sélection des candidats, et se prolonge bien après, avec une « session retour » organisée généralement au cours du mois d’octobre suivant le retour des volontaires. Ce rôle comporte une préparation au départ, avec une formation dispensée aux futurs envoyés par le Défap, qui comporte des thèmes cruciaux comme les relations interculturelles, la communication non-violente… Ensuite, « pendant la mission, on est suivi, témoigne Élie : des membres du Défap viennent sur place ». Et quant au « debriefing » qui a lieu au cours de la session retour, Élie souligne son importance pour « faire sortir ce qui n’était pas forcément sorti auparavant ». Car il n’est « pas forcément évident de raconter ce qu’on a vécu une fois de retour en France. Cette journée de retour permet vraiment de faire le point sur ce qu’on a aimé ou pas, ce qui nous a surpris… » Et de se rendre compte, aussi, que même si tous les envoyés vivent « des missions très différentes », il y a dans le parcours de tous les volontaires du Défap « des points communs », des similitudes dans ce qu’ils expérimentent…

Aujourd’hui encore, Élie a gardé des contacts avec le Défap : il évoque des visites régulières pour prendre auprès de l’équipe des nouvelles des prochaines missions, ou des nouveaux projets. Pour sa part, son aventure malgache lui a permis de prendre conscience de l’importance de se consacrer, dans sa vie professionnelle, à des enjeux qui lui tiennent à cœur, liés notamment à l’environnement, au développement et à l’accès à l’énergie. Et elle l’a convaincu de mieux connaître l’Afrique, un continent sur lequel son travail l’amènera à voyager : « 55 pays à découvrir… même si je garde forcément un attachement pour Madagascar ».




Les nouveaux visages de la FPF

Le 1er juillet 2022 ont débuté les mandats des pasteurs Christian Krieger, à la présidence et Jean-Raymond Stauffacher, au secrétariat général de la Fédération protestante de France, dont le Défap est membre et avec laquelle il collabore étroitement. Dans deux vidéos mises en ligne juste avant la rentrée par la FPF, ils confient leurs parcours, leurs engagements et leurs visions pour la Fédération.

À gauche, Christian Krieger ; à droite, Jean-Raymond Stauffacher © FPF

Depuis 1905, la Fédération protestante de France assure le rôle d’instance représentative du protestantisme auprès des pouvoirs publics. Elle rassemble la plupart des Églises et des associations protestantes de France. La FPF, c’est une trentaine d’union d’Églises issues de toutes les sensibilités du protestantisme (réformée, luthérienne, évangélique, pentecôtiste, adventiste) ; c’est aussi plus de 80 associations, regroupant 500 Institutions, Œuvres et Mouvements. Le Défap en est membre, et il entretient aussi avec elle des relations régulières de partenariat : il a ainsi assuré pendant des années le rôle de « service des relations internationales » de la FPF, et à l’heure actuelle, il gère encore pour la Fédération diverses plateformes regroupant des acteurs protestants engagés dans les mêmes pays. C’est le cas, par exemple, de la Plateforme Haïti, ou de la Plateforme Congo.

Le 1er juillet dernier, la FPF a connu un important renouvellement de ses instances : nouveau président, Christian Krieger succédant à François Clavairoly ; Georges Michel a pour sa part cédé la place de secrétaire général à Jean-Raymond Stauffacher ; Thierry André, en charge du lien fédératif avec les pôles régionaux de la FPF, a également quitté ses fonctions, de même que Patrick Lagarde, qui occupait le rôle de trésorier.

Dans deux vidéos diffusées le 31 août, la Fédération a présenté son nouveau président et son nouveau secrétaire général. Tous deux sont revenus sur leurs parcours, leurs engagements et leurs visions pour la Fédération. Christian Krieger est issu de l’UEPAL (Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine), l’une des trois unions d’Églises qui constituent le Défap. Vice-président de l’UEPAL, il était également président de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (EPRAL, l’une des deux Églises associées au sein de l’UEPAL) depuis 2012, fonction qu’il conserve jusqu’au prochain Synode électif de l’EPRAL qui aura lieu le samedi 24 septembre à Strasbourg. Jean-Raymond Stauffacher est pour sa part issu de l’Unepref (l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France), autre union d’Églises membre du Défap, dont il assurait la présidence depuis une dizaine d’années avant d’être appelé au secrétariat général de la FPF.

Le président de la FPF : le pasteur Christian Krieger

 

Le secrétaire général de la FPF : le pasteur Jean-Raymond Stauffacher

 




Méditation : la rencontre au défi des préjugés

Cette prédication a été prononcée le dimanche 28 août à la paroisse de l’Église Protestante Unie d’Ermont-Taverny par le pasteur Freeman Lawson, de l’EEPT (Église Évangélique Presbytérienne du Togo), membre de la Cevaa. Il accompagnait un groupe de jeunes Togolais dans le cadre d’un échange avec la paroisse d’Enghien. Une prédication dont la thématique rejoint largement celle du Grand Kiff « La terre en partage » !

Rencontre entre le groupe des jeunes Togolais et leur pasteur avec l’équipe du Défap – DR

Texte : Jn 1, 43-51 ; Mc 7, 24 – 30

Bien aimés frères et sœurs dans la foi en Christ,

Grande est la joie qui nous anime de partager ce pain de vie de ce dernier dimanche du mois d’août avec vous dans cette paroisse d’Ermont qui nous accueille par le biais travers de notre programme d’échange jeunesse qui a commencé depuis bien des années.

Nous sommes très reconnaissants au Seigneur pour tout ce qu’il fait. Les différents moments de rencontres qu’il nous accordent sont souvent des moments de « DEFI ». Oui la rencontre est un défi ? la rencontre interpelle et bouscule. La rencontre fait naître de l’anxiété et nous pousse vers d’autres horizons. De cette rencontre voulue par Jésus vont naître des interprétations, des préjugés, des clichés.

« De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut–il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46a). Cette question posée par Nathanaël à Philippe au sujet des origines de Jésus, et qui insinue que Nazareth ne peut offrir rien de bon, nous introduit dans le problème de l’ethnocentrisme sous lequel le monde gît depuis les temps immémoriaux.

Et comme nous le savons, l’ethnocentrisme est cette « tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et en faire le seul modèle de référence ».

❝ Jésus dans sa mission prône un nouveau départ

Bien aimés,

Cette tendance ne va pas sans engendrer des conflits dans les relations humaines. Elle fut également d’actualité au temps de Jésus.
L’évangile de Marc (Mc 7, 24 – 30) par exemple, nous présente une scène où deux représentants de deux ethnies s’affrontent : Jésus et une Syro-phénicienne. Le premier est juif et la seconde non-juive. Lorsque celle-ci demanda à Jésus de chasser un démon hors de sa fille, Jésus lui répondit : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour jeter aux petits chiens. » Quel est le sens de cette réponse donnée par Jésus à la syro-phénicienne ? La réponse de Jésus cacherait-elle un mépris pour les origines de la femme, jusqu’à ce que celle-ci et le groupe ethnique auquel elle appartient soit qualifiés de « petits chiens » ? Quelle était en fait la réponse de Jésus face à de nombreux cas de stigmatisation en son temps ? L’Évangile que l’Église est appelée à prêcher n’est-il pas celui de l’Unité ? La bonne nouvelle de Jésus-Christ tiendrait-elle compte des appartenances ethniques ? Jésus avait-il pour mission de prôner l’exclusion ethnique ? Sa réponse à la Syro-phénicienne doit-elle être interprétée comme une exclusion dans le plan de salut du monde ?

Non, voilà pourquoi, nous tenons à dire merci aux différents partenaires qui croient encore que nous avons la terre en partage et que nous devons tous y travailler. Cette terre que nous avons en partage nous amène à ces échanges interculturels.

Jetons un regard sur les différents personnages différents du point de vue ethnique et du cadre. Nathanaël, un nom hébreu. Selon la tradition élohiste il signifie : Nathan (don) et El (Dieu) “don de Dieu“ ; et selon la tradition Jehoviste, il correspond au “don de l’Éternel“ qui serait aussi Matthias. Originaire de Cana (selon Jean 21, 2), Nathanaël tient en piètre estime la bourgade voisine de Nazareth. Il méprisa le « galil » (territoire des païens) auquel pourtant le prophète promet la gloire. Persuadé, comme ses contemporains que « le Christ ne peut venir de Galilée », il n’en attend « rien de bon ».

Philippe par contre est un nom grec qui signifie (amateur de chevaux). Ce nom était très répandu dans toute l’antiquité. Philippe témoigne sur Jésus avec un exposé documenté très pesant et dont les mots portent. Et la réponse « étourdie » de Nathanaël provoque la réplique calme et positive d’un esprit qui s’attache aux faits : « Viens et vois ».

Nazareth, étymologiquement veut dire “nécer“ : bourgeon (parce qu’un bourgeon sommeille pendant l’hiver et s’éveille de bonne heure au printemps).

L’étude comparative des textes de Marc et de Jean nous montre que Jésus dans sa mission prône un nouveau départ. Ce sont surtout pour les laissés pour compte de la société juive que Jésus va s’adresser en particulier, non seulement il se tourne vers les mal-portants, mais aussi vers les défavorisés, les reprouvés bref tous ceux qui n’ont pas véritablement de place dans le système social et religieux érigé en bonne et due forme par la société juive. Jésus aurait même partagé son pain avec toutes sortes de reprouvés et pourtant, un bon Juif ne devait pas se promener avec des gentils, des incirconcis ou encore des prostituées. Mais Jésus bien qu’étant Juif l’a fait. Il va vers les marginaux, des gens de moindre importance. Jésus a fait tomber les barrières qui les séparaient. Il a brisé tous ces obstacles.

❝ Développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration

Bien aimés dans le Seigneur, la division, la haine et les conflits d’origine ou de provenance ne doivent plus avoir place dans le témoignage de l’Église aujourd’hui. Face à ce défi, que l’Église ne se laisse pas distraire ; qu’elle ne fléchisse pas. De façon concrète, l’Église doit développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration. Les membres de l’Église, de la tête à la base doivent avoir un même langage avec Saint Thomas D’Aquin en ces termes : « autrui, loin de me léser, m’enrichit ». Ce n’est que dans cette vision que l’Église peut prétendre poser des actes prophétiques lui permettant de pointer du doigt la réalité du problème de l’ethnocentrisme en son sein et de s’auto examiner. Dans cette optique, nous sommes quotidiennement interpellés afin d’orienter nos actions pour une réelle redynamisation qui nous promeut davantage à une meilleure qualité de vie. Détruisons les murs inutiles de séparations pour l’annonce d’un Évangile inclusif à la lumière de Jésus-Christ. Allons à la rencontre de tous sans distinction et peu importe la distance qui nous sépare. Peu importe le vocable sous lequel on nomme le Très haut : El (Hébreux), Theos (Grecs), God (Anglais), Allah (Arabes), Gott (Allemand), Deus (Latin), Odumunga (Akan), Yendu (Mossi), Esso(Kabyè), Odayè (Ifê), Sangbadi (Nawda), Olorun (Gun), Orokwe (Akébou), Naboda (Anyanga), Oklouno (Fon), Owulowu( Akposso), Mawu (Eve), ou Atakokorabi (Guin-Mina), nous sommes tous des enfants d’un même et unique Dieu, Père de l’humanité de toute cette terre, nous l’avons en partage. Laissons alors les différents clichés et allons avec foi à la rencontre de l’autre qui n’a pas choisi d’être né là où il est.

Que Dieu nous vienne en aide !

Soli deo Gloria !!!

Amen !!!!




Karlsruhe 2022 : les 10 Assemblées du COE en images

Alors que ce 31 août marque l’ouverture de la 11e Assemblée générale du Conseil Œcuménique des Églises (COE), un événement auquel sera présent le président fédéral allemand, Frank-Walter Steinmeier, retour sur l’histoire du COE à travers ses dix précédentes Assemblées, depuis celle d’Amsterdam, en 1948.

10e Assemblée du COE, Busan, République de Corée, 2013 © Joanna Linden-Montes/COE

Le Conseil Œcuménique des Églises trouve ses origines dans le mouvement œcuménique des XIXème et XXème siècles, dont la Conférence missionnaire d’Édimbourg en 1910. En 1937, les dirigeants d’une centaine d’Églises avaient conjointement exprimé leur volonté de créer une organisation internationale commune. En 1948, et après la Deuxième Guerre mondiale qui avait freiné ce mouvement, ce sont 147 dénominations chrétiennes qui se sont réunies pour la première Assemblée générale à Amsterdam, qui devait marquer la naissance officielle du COE. Aujourd’hui, ce sont pas moins de 352 Églises qui en sont membres, représentant plus de 580 millions de chrétiens présents dans toutes les régions du monde. Avec des motivations d’abord spirituelles, mais aussi en prise avec les grands problèmes du monde, ce que les dirigeants politiques n’ignorent pas : en témoigne la présence, en ce 31 août à Karlsruhe, du président fédéral allemand, Frank-Walter Steinmeier, qui doit prononcer l’allocution d’ouverture. Également sur place, le ministre-président du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann, doit s’adresser à l’assemblée lors de la journée d’ouverture.

À cette occasion, le Conseil Œcuménique des Églises diffuse une rétrospective sur les dix Assemblées précédentes, à travers série de courtes vidéos destinées à partager l’esprit de chaque assemblée et à rappeler le contexte mondial dans lequel elle s’est déroulée. Comme le note le narrateur, depuis « l’importance croissante du COE sur la scène internationale » en 1954 à Evanston jusqu’à la première assemblée à se tenir hors d’Europe occidentale ou d’Amérique du Nord en 1961 à New Delhi, les assemblées du COE ont accompagné le monde à travers de nombreuses crises.

1. Amsterdam, 1948 : « Le désordre de l’homme et le dessein de Dieu. »

 

Cette première Assemblée se tient trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le monde est dévasté ; on compte des millions de personnes déplacées ou réfugiées. En Asie, les pays colonisés par les Européens luttent pour affirmer leur indépendance. La Chine est au seuil de la révolution. On perçoit déjà les premiers frémissements de la guerre froide. Et à Amsterdam, issus de nations qui, quelques années auparavant, étaient en guerre les unes contre les autres, des délégués de 147 églises représentant 44 pays se réunissent pour fonder le Conseil Œcuménique des Églises.

2. Evanston, 1954 : « Le Christ, espérance du monde. »

 

Six ans après la fondation du Conseil Œcuménique des Églises à Amsterdam, les délégués se réunissent en août 1954 à Evanston, dans le Grand Chicago, pour la deuxième Assemblée du COE. C’est la première et la seule fois qu’une assemblée du COE se tient aux États-Unis – un pays en proie à l’époque à la peur du communisme, à la rivalité avec l’Union soviétique et à l’agitation sociale entourant le mouvement des droits civiques.

3. New Delhi, 1961 : « Jésus-Christ, lumière du monde. »

 

En novembre 1961, les délégués du Conseil Œcuménique des Églises se retrouvent pour la troisième fois : la rencontre a lieu à New Delhi, la capitale de l’Inde. C’est la première Assemblée à avoir lieu en dehors de l’Europe occidentale ou de l’Amérique du Nord. Un choix qui reflète l’importance croissante et l’implication de plus en plus marquée dans les affaires internationales des nations nouvellement indépendantes d’Asie et d’Afrique.

4. Uppsala, 1968 : « Voici que je rends tout nouveau. »

 

1968 est une année de troubles partout dans le monde. La guerre du Vietnam fait rage, tout comme le conflit du Biafra au Nigeria. Le mouvement des droits civiques aux États-Unis est à son apogée. En Tchécoslovaquie, le Printemps de Prague cherche à promouvoir un « socialisme à visage humain » – une expérience audacieuse qui sera interrompue par l’invasion soviétique. Partout, des jeunes manifestent dans les rues – de Paris, Berlin et Francfort à Mexico et Tokyo. En Afrique du Sud, un nouveau Conseil sud-africain des Églises prépare un « message au peuple » dénonçant l’apartheid.

5. Nairobi, 1975 : « Jésus-Christ libère et unit. »

 

En 1975, des délégués du monde entier se réunissent à Nairobi, au Kenya, pour la 5ème Assemblée du Conseil Œcuménique des Églises, la première assemblée à avoir lieu en Afrique, un continent où le christianisme connaît une croissance rapide. Avec plus de 650 délégués votants, l’assemblée se caractérise par une plus grande diversité géographique, confessionnelle et culturelle et par une plus grande représentation des pays du Sud que jamais auparavant.

6. Vancouver, 1983 : « Jésus-Christ, vie du monde. »

 

Il est presque minuit le vendredi 5 août 1983 – la veille du 38ème anniversaire de l’explosion de la première bombe atomique à Hiroshima, au Japon. Sur le campus de l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver, des milliers de participants à la Sixième Assemblée du Conseil Œcuménique des Églises sont réunis depuis le début de soirée sous une tente en témoignage public pour la justice et la paix. Soudain, à la surprise générale, Mgr Desmond Tutu apparaît, tout juste arrivé après avoir été autorisé à voyager par les autorités sud-africaines. « Si Dieu est pour nous », dit Tutu, symbole de la lutte pour la justice, la réconciliation et la paix, « qui peut être contre nous ? »

7. Canberra, 1991 : « Viens, Esprit Saint ; renouvelle toute la création. »

 

La 7ème Assemblée du Conseil Œcuménique des Églises innove à travers son thème, le premier à être axé sur l’activité de l’Esprit. C’est aussi la première fois que le thème de l’Assemblée prend la forme d’une prière, et que la création y occupe une place prépondérante. Cette évolution est due aux engagements pour la justice, la paix et l’intégrité de la création lancés lors de l’assemblée de Vancouver huit ans auparavant et qui ont abouti à un rassemblement mondiale à Séoul un an avant cette Assemblée de Canberra. Ce thème reflète également une prise de conscience croissante que toute la création est menacée par la pauvreté, l’injustice, la guerre et la pollution qui ont tant marqué la vie sur la planète.

8. Harare, 1998 : « Tournons-nous vers Dieu dans la joie de l’espérance. »

 

« Pour nous, en Afrique du Sud et australe, et en fait pour l’ensemble du continent, le COE a toujours été connu comme le champion des opprimés et des exploités » : telles sont les paroles prononcées par Nelson Mandela, dans l’un de ses derniers actes publics en tant que président sud-africain, s’exprimant lors des célébrations du 50ème anniversaire du Conseil œcuménique des Églises lors de sa 8ème Assemblée à Harare, la capitale du Zimbabwe, en décembre 1998.

9. Porto Alegre, 2006 : « Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce. »

 

La première Assemblée du Conseil Œcuménique des Églises au XXIème siècle se réunit en 2006 à Porto Alegre, une ville de 1,3 million d’habitants dans le sud du Brésil. C’est la première Assemblée à se tenir en Amérique latine, une région du monde confrontée à des défis sociaux, ethniques, économiques et politiques, et à un moment où les peuples de la région cherchent des alternatives à la mondialisation économique et financière.

10. Busan, 2013 : « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix. »

 

Soixante ans après l’armistice de 1953 qui a apporté une trêve à la guerre de Corée, le Conseil Œcuménique des Églises se réunit pour sa 10ème Assemblée à Busan, à la pointe sud de la péninsule coréenne. La réalité de la séparation persistante de la Corée entre deux entités antagonistes, le Nord et le Sud, est rappelée aux délégués lorsque plus de 800 participants se joignent à un pèlerinage de paix jusqu’au mont Dora et Im-jin-gak, à sept kilomètres de la ligne de démarcation militaire.




Courrier de mission : partir en mission, pour soi-même et pour les autres

L’approche du mois de septembre va marquer le début des premiers départs des envoyés du Défap qui ont participé à la session de formation de juillet 2022. L’occasion de revenir sur l’importance de cette formation pour se préparer au contexte, à la culture et aux enjeux des missions que les volontaires trouveront bientôt sur place. Retour sur ce qui fait la spécificité du Défap à travers l’émission « Courrier de mission – le Défap » diffusée le 16 août 2022 sur Fréquence protestante. Laura Casorio, responsable de la formation et du suivi des envoyés, était au micro de Marion Rouillard.

Un moment de la session de formation 2022 des envoyés du Défap © Défap

Les voici au mois de juillet dernier : penchés sur leurs ordinateurs, studieux, occupés à suivre l’un des modules de formation du Défap… Depuis, l’été a passé, et la rentrée qui approche va donner le signal des premiers départs. Les futurs envoyés du Défap vont bientôt s’envoler pour l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Liban, Madagascar, la Tunisie… Les envois s’échelonneront sur plusieurs semaines, au gré de la durée prévue de leur mission, des procédures nécessaires pour partir de France (elles se sont notablement alourdies depuis les restrictions provoquées par l’épidémie de Covid-19), des modalités d’accueil sur place… Cette année, les envoyés du Défap sont onze en tout, avec des expériences très différentes de l’engagement à l’étranger et des profils très divers. Les âges vont de 21 à 58 ans ; certains partent avec le statut de service civique, d’autres en tant que VSI (Volontaires de Solidarité Internationale)… Mais tous auront eu l’occasion de se retrouver pendant une dizaine de jours au 102 boulevard Arago pour suivre une même formation, destinée à les préparer à la fois à leur future mission et aux défis qui les attendent ; une formation qui est une marque de fabrique du Défap.

Cette période de rentrée, prélude aux départs, est l’occasion de revenir sur la formation des envoyés dispensée par le Défap. Au cours du mois d’août, Laura Casorio, responsable de la formation et du suivi des envoyés, a été l’invitée de Marion Rouillard dans l’émission « Courrier de mission – le Défap ». Comme elle a pu le souligner, cette session commune à tous les envoyés, qui se déroule traditionnellement durant la première moitié du mois du juillet et au cours de laquelle tous les candidats au départ se retrouvent au 102 boulevard Arago, à Paris, est « une marque de fabrique de notre institution : on ne part pas seulement en mission pour soi-même ; on s’inscrit dans un projet ». Cette période passée en commun au siège du Défap est, entre autre, un moment clé pour permettre à tous de prendre conscience de cette histoire longue et de ces relations tissées depuis longtemps par-delà les cultures et les frontières dans lesquelles les envoyés vont s’inscrire.

 

Comment se passe la formation et le suivi des “envoyé·e·s”, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 16 août 2022 sur Fréquence Protestante

 

Laura Casorio a aussi eu l’occasion de détailler cette période si particulière qui précède l’envoi en mission : période cruciale, même si elle n’est pas la plus visible. Ainsi, pour le Défap comme pour les candidats au départ, « la mission est beaucoup plus longue que ce qui se passe sur le terrain », rappelle-t-elle au micro de Marion Rouillard. « Elle commence au moment de la validation de la candidature, et se termine au moment où l’on se dit au revoir après la session retour ». La session de formation proprement dite est ainsi l’aboutissement d’un processus qui dure plusieurs mois : le recrutement est ainsi scandé par une série d’entretiens successifs avec la CEP, la Commission Échange de Personnes ; un temps nécessaire pour que les candidats au départ puissent s’interroger sur leurs motivations au départ, sur les missions qu’ils et elles seront amenés à accomplir.

« La mission dure beaucoup plus longtemps que ce qui se passe sur le terrain »

Au cours de la formation proprement dite, souligne Laura Casorio, « nous consacrons beaucoup de temps aux enjeux de l’interculturel : d’abord avec des sociologues, pour fournir aux envoyés des grilles de lecture des paramètres à prendre en compte lors des relations sur place ; pour les préparer aux relations avec d’autres croyances, aux relations avec l’autre et avec ses manières différentes de communiquer ; pour les préparer aux manières différentes de gérer les conflits… » Cette période est aussi l’occasion de faire « un travail sur leurs motivations », sur leurs manières de se ressourcer : il est important de savoir doser les efforts sur la durée, d’où la nécessité aussi de « bien se connaître pour savoir comment réagir face à des situations qui peuvent être inattendues ». Enfin, la formation est aussi un temps indispensable pour fournir avant le départ « des conseils pratiques, administratifs, des informations sur le contexte de la mission »…

Vue de la session 2022 de la formation des envoyés du Défap © Défap

Cette période de formation s’inscrit dans tout un contexte : non seulement elle suit une période longue de sélection des candidatures, mais elle se prolonge ensuite par un suivi régulier des envoyés pour pouvoir évaluer la manière dont ils s’adaptent au contexte qu’ils trouvent sur place, comment ils s’approprient la mission et s’y inscrivent… Et même après le retour en France, les envoyés seront invités à revenir au Défap (généralement au cours d’un mois d’octobre suivant leur retour) pour participer à une séance de « debriefing », échanger sur ce qu’ils auront découvert et vécu sur place, envisager l’avenir, à la fois sur le plan personnel et en lien avec les partenaires qu’ils auront découverts en cours de mission, notamment le Défap lui-même… Une dernière étape elle aussi importante, car autant les attentes des uns et des autres diffèrent au moment du départ, autant la manière d’envisager les suites de la mission sont nombreuses.

Comme le souligne Laura Casorio, l’envoi en mission par le Défap s’inscrit dans un dispositif d’État, avec des obligations propres, notamment en ce qui concerne le respect de la laïcité : ainsi, le Défap envoie en mission des volontaires aux profils très divers. Ils peuvent être « médecins, enseignants, ingénieurs »… Certains peuvent être protestants, d’autres non. Certains sont jeunes et ne sont jamais partis à l’étranger, d’autres au contraire ont déjà eu l’occasion de vivre hors de France pour des périodes plus ou moins longue… Certains partent seuls, d’autres en couple voire en famille. Beaucoup envisagent de revenir en France, soit pour y poursuivre une activité professionnelle, soit pour y reprendre des études, et cette période « d’atterrissage » après la mission est une étape à ne pas négliger. D’autres, enfin, voyageurs au long cours, envisagent plutôt de passer de longues années, voire toute leur vie à l’étranger. Pour tous ces profils, le Défap ne dispense donc pas une formation technique : il s’agit, avant de partir, « de donner des outils pour faciliter les relations sur place ». Et permettre que cette période de l’envoi en mission ouvre sur autre chose – ce qu’il s’agira de découvrir sur place : car on revient toujours différent de ce que l’on était au moment du départ. « Les échanges, ça vous change »…




COE : plus de 3000 chrétiens du monde entier ont rendez-vous à Karlsruhe

La 11ème Assemblée du Conseil œcuménique des Églises va se tenir à Karlsruhe, en Allemagne, du 31 août au 8 septembre, sur le thème : « L’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité ». Elle sera accueillie par l’Église protestante du Pays de Bade (EKIBA), la Conférence des Églises riveraines du Rhin (CERR) et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), en tant que pays hôtes transfrontaliers.

Entre 3000 et 4000 chrétiens du monde entier sont attendus d’ici fin août à Karlsruhe, en Allemagne, pour la onzième assemblée du Conseil œcuménique des Églises. Réunissant des représentants d’Églises de plus de 120 pays, cette assemblée, qui aura lieu en Europe pour la première fois depuis 1968, se tiendra sur le thème « L’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité ». La précédente Assemblée avait eu lieu en 2013 à Busan, en Corée.

Parmi les organisations chrétiennes internationales, le Conseil œcuménique des Églises est un « poids lourd » : une communauté de 352 Églises, représentant plus de 580 millions de chrétiens. Les Églises membres du COE sont présentes dans toutes les régions du monde et comprennent la plupart des Églises orthodoxes, ainsi qu’un grand nombre d’Églises anglicanes, baptistes, luthériennes, mennonites, méthodistes, moraves, réformées… L’Église catholique n’est pas membre, bien qu’elle collabore pour certains sujets. L’Assemblée est l’organe législatif du COE : elle représente le seul moment où l’ensemble de la communauté fraternelle des Églises membres se retrouve en un même lieu dans la prière et la célébration. Ainsi l’Assemblée du COE est-elle la réunion d’Églises la plus vaste et la plus diverse au monde. En voici une présentation en vidéo par Christian Albecker, président de l’UEPAL et de la CERR :
 

La création du COE remonte à 1948. Si plusieurs mouvements œcuméniques existaient déjà au début du XXe siècle, c’est en 1920 que le patriarcat de Constantinople – orthodoxe – lança un appel pour la création d’une « Société des Églises », sur le même principe que la Société des Nations, créée quelques mois plus tôt. En 1937, des représentants de plus de 100 Églises manifestaient leur volonté d’un Conseil œcuménique des Églises. La guerre devait retarder le projet de plusieurs années. Mais dès sa naissance, le COE a affirmé son poids sur la scène internationale, en ajoutant à ses préoccupations spirituelles un rôle ouvertement politique : ainsi, tout au long de la Guerre froide (1947-1991), il a servi de lieu de rencontre au dialogue Est/Ouest. En 1969, le Conseil s’est aussi engagé contre le racisme et a fortement contribué à mettre fin à l’apartheid en Afrique australe. Aujourd’hui, Le COE agit dans différents domaines :

  • La solidarité, le secours caritatif aux sans-abri, aux migrants, aux prisonniers et le respect de la dignité humaine.
  • La consolidation de la paix dans les pays et régions instables.
  • L’aide au développement des pays du tiers-monde.
  • La formation des personnes impliquées dans le mouvement.

Pour cette année encore, les sujets internationaux difficiles ne manqueront pas. Ce sera le cas de la guerre en Ukraine : des délégations de l’Église orthodoxe russe et de l’Église orthodoxe d’Ukraine sont d’ailleurs attendues. Alors que la guerre de la Russie contre l’Ukraine se poursuit depuis le 24 février dernier, une délégation du COE conduite par le secrétaire général par intérim, le père Ioan Sauca, s’est récemment rendue en Ukraine pour y rencontrer des représentants des Églises locales et des institutions gouvernementales s’occupant de questions religieuses. Ce sera également le cas de la sécularisation croissante des sociétés européennes ; ou encore de la justice climatique et de la sauvegarde de la création : le père Ioan Sauca souligne d’ailleurs lui-même que la première plénière thématique du rassemblement se tiendra le 1er septembre, journée célébrée par les Églises du monde entier comme le Jour de la création, et marquant le début du « Temps pour la création » qui donne l’occasion chaque année, pendant un mois, à tous les chrétiens du monde d’affirmer leur engagement écologique. Le père Ioan Sauca confie « qu’à l’Assemblée, il sera demandé aux dirigeant-e-s d’agir maintenant pour prendre soin de notre planète commune, la Terre ».

Le programme et les attentes

Voici le programme des plénières qui scanderont cette 11ème Assemblée du Conseil œcuménique des Églises :

  • Le sens de l’amour de Dieu incarné en Jésus-Christ : la réconciliation et l’unité. (Jeudi – 1er septembre)
  • L’Europe : au-delà du colonialisme et de la guerre, vers la solidarité, l’hospitalité et la paix. (Vendredi – 2 septembre)
  • Affirmer la plénitude de la vie. (Lundi – 5 septembre)
  • Affirmer la dignité humaine et notre humanité commune. (Mardi – 6 septembre)
  • L’unité. (Mercredi – 7 septembre)

Mais ce programme ne rend qu’imparfaitement compte de tout ce que représente une Assemblée du COE : car c’est d’abord une réunion spirituelle, de prière et d’étude de textes bibliques, avec des rencontres en petits groupes le matin, par confessions le soir, des temps de chants et de prières ; des « conversations œcuméniques » réunissant divers délégués sur 23 thèmes ; pour les visiteurs, des ateliers consacrés à cinq thématiques : la spiritualité, la formation œcuménique, la mission et le témoignage, la justice et la paix, l’urgence climatique ; et des expositions, des manifestations… Pour avoir une idée d’une journée type d’un délégué, en voici une présentation faite par Claire Sixt-Gateuille, l’ancienne responsable des relations internationales de l’EPUdF.

Cette 11èmee Assemblée est accueillie en cette année 2022 par l’Église protestante du Pays de Bade (EKIBA), la Conférence des Églises riveraines du Rhin (CERR) et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), en tant que pays hôtes transfrontaliers. Heike Springhart, évêque de l’EKIBA, et Christian Albecker, président de l’UEPAL et de la CERR, ont signé à cette occasion une déclaration commune dans laquelle ils soulignent que « beaucoup espèrent qu’à Karlsruhe, les Églises du monde donneront un signe clair d’espérance dans ce monde en proie à la guerre et à la faim, à l’injustice et à la destruction des bases naturelles de la vie ». Cette déclaration a été diffusée sur le site dédié mis en place par l’UEPAL pour suivre l’événement au jour le jour.

La délégation française sera constituée : pour l’UEPAL, de Christian Albecker et Enno Strobel ; pour l’EPUdF, de Marc Boss, Emmanuelle Seyboldt, Claire Sixt-Gateuille et Ulrich Rudsen-Weinhold ; pour la FPF, d’Anne-Laure Danet et Christian Krieger. L’EPUdF suivra régulièrement les nouvelles de l’Assemblée sur un blog. Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’EPUdF, y a déjà diffusé une présentation de la rencontre de Karlsruhe :
 

Claire Sixt-Gateuille et son successeur Ulrich Rusen-Weinhold ont aussi présenté l’Assemblée du COE et leurs attentes dans cette vidéo :
 




Cécile Millot : «Rien ne me destinait à partir à Madagascar»

Ancienne envoyée du Défap à Madagascar, Cécile Millot a tiré un livre de cette expérience : Les aventures de Madame Cécile à Madagascar, publié aux éditions Amalthée. Mais comment cette enseignante d’allemand installée du côté de Reims a-t-elle pu, à 55 ans, se retrouver ainsi à apprendre le français à des élèves malgaches ? Rencontre et témoignage, à la recherche d’une annonce fantôme et d’un nouveau départ…

Cécile Millot interviewée lors des Journées Portes Ouvertes des cinquante ans du Défap © Défap

Qui es-tu ?

Cécile Millot : Rien ne me destinait à partir à Madagascar pour enseigner le français à 55 ans. J’étais maître de conférences en littérature allemande à l’université de Reims, et raisonnablement contente de mon sort. Même si, comme tout le monde, je pensais de temps en temps que j’aurais pu faire autre chose que ce que je faisais, mais quand on travaille sur une culture étrangère, on a aussi un certain nombre de possibilités de changer d’air.

Qu’est-ce qui t’a poussée à partir ?

En 2007, ma mère, puis mon père, puis mon compagnon sont morts. Alors je me suis assise cinq minutes, et je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire du temps qui me restait à vivre.

Comment as-tu connu le Défap ?

Je ne sais pas ! J’ai toujours cru que j’avais trouvé l’appel à candidature sur Coordination Sud, que je suivais régulièrement. Et un jour, un des pasteurs du Défap m’a dit : « Mais nous ne mettons jamais nos postes sur Coordination Sud ! » Et je n’ai jamais retrouvé qui avait bien pu m’envoyer le descriptif de ce poste, dont j’ai pensé tout de suite qu’il était fait pour moi.

Qu’as-tu trouvé que tu cherchais ?

Un nouveau départ. La force de dépasser ce que j’avais vécu.

Qu’as-tu vécu comme quiproquos liés à des différences culturelles ou difficultés d’intégration ?

Le sous-titre de mon livre, c’est « Perdue dans la jungle de la différence culturelle », et je me suis vraiment toujours sentie en décalage. Pour de petites choses, comme le fait qu’à Madagascar, on n’indique pas le chemin en disant « à droite » ou à gauche », mais en disant « au nord », ou « au sud ». Ou pour des choses fondamentales, comme la façon dont les Malgaches conçoivent la propriété. De ce point de vue-là, il m’a bien fallu trois ans pour passer de « ils me pompent des sous tout le temps » à une compréhension de l’absence de propriété privée dans la mentalité des Malgaches – qui ne m’empêchait pas toujours de récriminer parce qu’ils me pompaient des sous tout le temps.

Quelles rencontres t’ont marquée ?

La rencontre permanente avec la misère, à tous les niveaux, sous toutes ses formes. Les Hautes-Terres, où j’étais, sont une région riche (toutes proportions gardées). Mais on y vit comme en France il y a 150 ans : pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de machines, même pas mécaniques, ni dans les champs, ni à la maison, les enfants rachitiques, l’absence de soins médicaux… Et une ignorance totale du monde qui entoure les enfants comme les adultes, du monde proche et du monde lointain.

Pourquoi as-tu voulu mettre sur papier et publier ton expérience ?

Je suis rentrée avec le sentiment que j’avais vécu un dépaysement exceptionnel. Sans doute parce que j’étais partie seule, donc que j’étais en immersion totale, je pense que j’ai eu un besoin beaucoup plus fort de vivre proche des Malgaches que des volontaires qui sont partis en famille. Et j’avais très envie de raconter cette aventure.

À ton avis, que peut apporter d’utile ton témoignage ?

Je pense qu’il peut servir à des envoyés, pour les préparer, justement, à toutes les incompréhensions, tous les décalages dus à la différence de culture et à la différence de niveau de vie, que l’on ressent parfois douloureusement. Et aussi : par petites touches, et en restant toujours au ras des pâquerettes, je pense que j’ai réussi à donner une impression de ce qu’est la vie dans un pays sous-développé (oui, je dis « sous-développé »), et dans un pays sur lequel est passé le rouleau compresseur de la colonisation. Et que dans le monde actuel, cela peut être important de comprendre cela.

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
À commander aux éditions Amalthée
À partir de 9,99€




Merci pour les enfants de Mananjary !

Grâce à l’élan de solidarité du protestantisme français, le Catja et le centre Akany Fanantenana vont pouvoir retrouver une vie normale. Ces deux orphelinats de Mananjary, ville du sud-est de Madagascar ravagée en février dernier par le cyclone Batsirai, avaient subi de gros dégâts ; plusieurs organismes dont ADRA et le Défap s’étaient alors groupés autour de la fondation La Cause pour les soutenir.

Toitures refaites au centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

Des tôles neuves sur les toits des bâtiments : ce sont les premiers signes des réparations qui ont commencé au centre Akany Fanantenana (« Centre Espérance » en français). C’était une urgence après le passage du cyclone Batsirai, en février dernier, qui avait arraché une partie des toitures. Mais au-delà de ces premières réparations, faites avec les moyens du bord, il reste beaucoup à faire, et les ressources de l’orphelinat n’y suffiraient pas. Même problème au Catja, le « Centre d’accueil et de transit des jumeaux abandonnés », quelques kilomètres plus loin dans la même ville : au-delà des dégâts les plus visibles, lorsque la pluie et le vent ont pu s’engouffrer dans les bâtiments à travers les toitures endommagées, il faut évaluer la solidité des structures malmenées par le cyclone pour pouvoir réparer. Dans certains cas, elles ne seraient pas en état de supporter une toiture refaite : au prochain cyclone, les murs pourraient s’effondrer.

Le Catja et le centre Akany Fanantenana ont un rôle crucial à Mananjary : dans cette région côtière du sud-est de Madagascar où, par tradition, les jumeaux sont considérés comme maudits, ce sont les deux principaux points d’accueil des enfants abandonnés à la naissance du fait de ce tabou. Tous deux sont soutenus par la fondation La Cause. Et si le Défap n’est pas directement impliqué à Mananjary, les relations avec La Cause sont suffisamment proches pour que des missions soient régulièrement organisées en commun : des envoyés du Défap travaillent ainsi dans d’autres parties de l’île au sein d’institutions soutenues par La Cause ; et à Mananjary même, le pasteur Élia Rozy, qui gère avec son épouse Émilienne le centre Akany Fanantenana, montre avec fierté aux visiteurs son livre d’or où figurent les signatures d’envoyés ou de permanents du Défap.

Une mobilisation inédite au sein du protestantisme français

Livraison de denrées de base au Catja, à Mananjary © La Cause

Lorsque le cyclone Batsirai s’est abattu sur Mananjary, au début du mois de février, toute la ville s’est retrouvée dans une situation d’urgence vitale. Une grande partie des constructions ont été abattues, quasiment toutes les toitures détruites ; et même les moyens de subsistance (cultures, élevages) ont disparu en quelques heures. Les ONG internationales et le PAM (le Programme Alimentaire Mondial) qui avaient anticipé la catastrophe, après le passage sur l’île de plusieurs cyclones dévastateurs, ont pu intervenir rapidement pour éviter la famine. Mais les deux orphelinats se sont retrouvés eux aussi dans une situation extrêmement précaire, vivant au jour le jour dans des bâtiments malmenés par la tempête.

Pour les aider à surmonter le choc, il a fallu une mobilisation inédite. Assurer tout d’abord l’approvisionnement sur plusieurs mois : La Cause s’en est chargée. Évaluer précisément les dégâts et trouver des ressources pour remettre les deux centres sur pied : pour ce travail de longue haleine, plusieurs organismes ont réuni leurs efforts autour de Véronique Goy, du service Enfance de La Cause, cheville ouvrière du projet. ADRA, l’Agence adventiste du développement et de l’aide humanitaire, a dépêché sur place des ingénieurs pour évaluer les besoins en reconstruction. Le Défap et les Amis du Catja, association regroupant des parents d’enfants adoptés à Mananjary, ont lancé des appels aux dons.

Une image datant de début février : les dégâts du cyclone Batsirai au Catja © Catja

Pour le Défap, il s’agissait là d’un appel tout à fait particulier : ses actions s’inscrivent dans la durée, non pour répondre à des urgences. Le cœur de l’activité du Défap, c’est d’entretenir des relations entre Églises par-delà les frontières ; des relations qui passent par des projets, des envoyés, des échanges d’enseignants, de boursiers… Le Défap n’est pas un organisme spécialisé dans les réponses aux crises humanitaires. Les budgets de ses actions sont définis sur plusieurs années, ce qui laisse peu de latitude pour s’adapter en cas d’urgence. Mais les situations évoluent ; et de plus en plus, les besoins exprimés par les partenaires du Défap sont le reflet de crises. Lors de la pandémie de Covid-19, qui avait durement frappé certains de ces organismes, notamment d’enseignement, le Défap s’était adapté en réorientant une partie de ses fonds non utilisés vers un fonds d’urgence Covid. Dans le cas de Mananjary, il a fallu grouper les forces entre plusieurs organismes protestants français, et faire appel à la solidarité du milieu protestant.

Et le résultat est là : les 50.000 euros nécessaires pour reconstruire ont pu être réunis. Sachant que reconstruire implique beaucoup plus que refixer des tôles sur des toits, ou conforter des murs : il s’agit aussi de remplacer le matériel, notamment scolaire, ou les vêtements détruits par la tempête ; permettre de nouveau aux deux centres d’avoir leurs propres cultures, leurs poulaillers, leurs propres ressources, modestes mais nécessaires pour assurer la viabilité de ces établissements… En dépit du temps nécessaire pour évaluer précisément le chantier, en dépit de la guerre en Ukraine qui a largement focalisé l’attention du monde, la solidarité du protestantisme français pour Madagascar ne s’est pas démentie.

Merci pour les enfants de Mananjary !




Méditation du jeudi : La loi, toute la loi

Méditation du jeudi 30 juin 2022. L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante.

Artiste Clet Abraham – photo PRG

Nous avons été libérés pour vivre la liberté. Alors il ne faut pas flancher, il ne faut pas se remettre sous le joug de l’esclavage. Moi, Paul, voilà ce que je vous dis : si vous vous soumettez à la loi qui vous dit de vous faire circoncire, alors le Christ ne vous sert plus à rien. Et je dirais même plus : si vous décidez de suivre la loi et de vous faire circoncire, alors il faut suivre TOUTE la loi, dans ses moindres détails. Si vous cherchez votre sécurité dans la loi, alors vous n’avez déjà plus rien à voir avec le Christ. Vous êtes séparés de la grâce, cette sécurité qui vient de Dieu.

Mais nous – nous, nous attendons notre justice et notre sécurité directement de Dieu, dans le lien de foi qui nous unit à lui et qu’on appelle aussi l’Esprit. Voyez-vous, Dieu nous a fait un cadeau, il nous a donné Jésus-Christ, et ce cadeau crée entre Dieu et nous un lien de confiance, un lien d’amour. Ce n’est pas d’être circoncis ou pas qui crée ce lien d’amour. C’est le Christ.

Vous étiez en pleine course, tout allait bien, et voilà que quelqu’un vous a arrêtés et maintenant vous voilà incapables de reconnaître la vérité et de lui obéir ! Mais celui qui vous a arrêtés, ce n’est pas Dieu, ce n’est pas comme ça que Dieu vous appelle. Comme on dit, « un peu de levain fait lever toute la pâte ». Moi, j’ai confiance en vous, et dans le lien de confiance qui vous relie au Seigneur : je suis sûr que rien ne pourra vous détourner de lui. Mais celui qui s’amuse à mettre la zizanie, celui-là ne l’emportera pas au paradis.

Moi, frères, si on me persécute, c’est pour autre chose que parce que je prêche la circoncision : ça, ça ne choquerait personne. Non, ce que je prêche est vraiment scandaleux : la croix, c’est vraiment choquant. Ceux qui parlent de la circoncision ne prennent pas grand risque, mais s’ils sont sérieux, alors qu’ils aillent jusqu’au bout : qu’ils ne se contentent pas de couper un petit bout, qu’ils aillent jusqu’à s’émasculer complètement !

Mes frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais si vous utilisez le prétexte de la liberté pour faire ce qui vous chante, vous n’avez rien compris. Ce dont il s’agit, c’est d’être libres de choisir l’amour ; et si vous vous aimez les uns les autres, alors vous vous ferez dépendants les uns des autres, volontairement.

Toute la loi est contenue dans cette simple parole : Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même. Par contre, si entre vous, vous vous donnez des coups de dents, si vous vous entredévorez, alors vous risquez fort de vous détruire les uns et les autres, et qu’il ne reste plus rien.
(Ga 5,1-15, trad. PRG)

Un jour, dans un rassemblement œcuménique, une jeune femme est venue me voir. Elle m’a tendu sa bible sans dire un mot et m’a désigné un passage. Première épître aux Corinthiens, chapitre 14 (v. 33b-35) : « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. » Et la jeune femme m’a dit : « Alors, comment vous pouvez oser dire que vous êtes pasteure ? »

Pour nous femmes pasteures, il n’est pas rare d’entendre cela ; mais même sans être une femme pasteure, on s’entend souvent dire : « Tu vois bien, c’est dans la Bible ». Oui, je vois… et en même temps, je ne vois rien du tout. Je crois bien que Paul était un peu dans cette situation face aux Galates qui lui disaient : « Tu vois bien, c’est dans la loi, cette histoire de circoncision, il faut bien s’y plier vu que c’est dans les textes ! ». Quelqu’un était arrivé chez les Galates et avait commencé à leur dire : oui, Jésus-Christ, c’est bien joli, le lien avec Dieu, c’est bien joli, l’Esprit, la grâce, tout ça, c’est bien joli, mais quand même, et la loi dans tout ça ? Et Paul, ça le rend dingue… il n’arrête pas de parler de grâce, d’amour, d’Esprit, d’être sauvé par Dieu par pur cadeau, et il y a toujours quelqu’un pour lui dire : oui, oui, c’est bien mignon tout ça, mais quand même… la loi ! Et il a l’impression qu’on a oublié l’essentiel pour se concentrer sur un détail. C’est ce qu’il dit aux Galates : la circoncision, c’est un détail. N’oubliez pas l’essentiel.

Alors aujourd’hui, je vous voudrais à mon tour vous raconter une histoire. Après tout, Jésus et Paul, eux aussi, aimaient bien raconter des histoires.

Donc, c’est l’histoire d’un jeune homme qui voulait passer son permis. Tous les soirs, après le lycée, il allait à l’auto-école, pour apprendre le code de la route. Il trouvait ça difficile, mais il continuait, parce qu’avoir une voiture était son plus grand rêve. Il se disait qu’avec une voiture, il pourrait tout faire, tout devenir, tout être… et qu’il aurait enfin la liberté dont il avait toujours rêvé. La voiture, c’était la liberté. Sauf qu’il avait le plus grand mal à apprendre le code de la route. Un soir plus difficile que les autres, il est allé trouver son grand-père.

– (Le grand-père) Prends le code, et ouvre-le n’importe où. Maintenant, dis-moi quel panneau tu vois.
– (Le jeune homme) Un stop.
– Alors, qu’est-ce que ça veut dire ?
– Qu’il faut s’arrêter.
– Et ça veut dire quoi, qu’il faut s’arrêter ?
– Et bien, qu’il faut ralentir, rétrograder, freiner, et s’arrêter.
– Sinon, il se passe quoi ?
– Sinon, on risque d’avoir un accident, ou de se faire arrêter.
– Donc si tu ne respectes pas ce que dit le panneau, tu risques gros ?
– Pas forcément, si ça se trouve il n’y a personne au carrefour, alors ça ne gênera personne si on ne respecte pas le stop.
– Alors pourquoi tu le respectes ?
– Parce que ça dit qu’il faut le faire. Au cas où il y ait quelqu’un.
– Alors s’il y a un stop, c’est parce qu’il y a d’autres gens que toi sur la route ?
– Oui.
– Bon. Maintenant, ferme le livre, et ouvre-le à nouveau. Qu’est-ce que tu vois ?
– Un panneau « 50 ».
– Ça veut dire quoi ?
– Qu’on n’a pas le droit d’aller plus vite que 50 km à l’heure.
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas. C’est le panneau qui le dit.
– Ça veut dire que tu ne vas pas vérifier si le panneau a raison ou non, tu vas juste faire ce qu’il dit ?
– Oui… enfin si c’est le milieu de la nuit, que je vois très loin et qu’il n’y a personne, je peux peut-être aller un peu plus vite… ceci dit, il risque d’y avoir un radar…
– Alors tu fais confiance au panneau de toute façon, que tu saches ou non s’il a raison ?
– Oui, parce qu’il me dit que quelqu’un pourrait être en danger si je ne le respecte pas.
– Donc tu vas le respecter ?
– Probablement.
– Bon, maintenant ferme le livre, et dis-moi ce que tu dois faire.
– Comment ça ?
– Et bien, quel panneau tu dois respecter ?
– Comment ça, quel panneau ? Il n’y a plus de panneau si je ferme le livre.
– Mais tu as bien vu qu’il y en avait au moins deux. Un stop, et une limitation de vitesse à 50. Alors, lequel tu choisis de respecter ?
– C’est idiot, ta question, grand-père…
– Peut-être, mais réponds quand même.
– OK. Alors si je veux respecter les deux, du coup je ne vais pas prendre de risque, et je vais m’arrêter. Comme ça je respecte forcément aussi le 50.
– Donc, tu t’arrêtes.
– Oui.
– Tu coupes le moteur et tu restes là ?
– Oui.
– Alors, à quoi ça sert de passer ton permis ?

Et le jeune homme en est resté comme deux ronds de flan. Comme vous, j’espère. Comme nous tous. Quand on referme la Bible, on respecte quelle loi ? Si on ne veut pas prendre de risque, on s’arrête et on coupe le moteur. On s’arrête de vivre. On devient mort. C’est ça que veut dire Paul, quand il dit « Vous étiez en pleine course, et vous vous êtes arrêtés ». Ailleurs, dans l’épître aux Romains, il le dit un peu autrement : il dit « Le péché a capturé la loi ». C’est que le péché nous a fait fermer le livre qui contient la loi de Dieu, avec pour seule consigne : maintenant, on fait le mort.

Est-ce que c’est cela que Dieu a voulu en nous donnant sa loi ? Non.

Est-ce que c’est cela qu’ont prévu les législateurs en mettant en place toute une série de panneaux indicateurs ? Non.

Ce qu’ils avaient prévu, c’est que ces lois nous aident à circuler, à aller voir ailleurs, à visiter, à rencontrer, à découvrir, sans être des dangers publics et sans que les autres soient des dangers publics pour nous. De même, ce que Dieu avait prévu, c’est que sa loi aide les humains à vivre, en se respectant soi et en respectant les autres, sans se mettre en danger et sans mettre en danger les autres.

Sauf que nous, on s’amuse à fermer le livre et à se poser des questions sur quelle loi il faut suivre, pour finir par n’en suivre aucune en pensant les respecter toutes, pour ne pas prendre de risque.

Si vous vous décidez à lire tout ce que contient la Bible puis à fermer le livre et à décider de suivre toutes les lois à la fois, vous passez à côté de ce que la Bible est réellement : un don de Dieu pour la vie. Vous en ferez, à la place, un don de mort. Par contre, vous pouvez la lire comme un code destiné à ouvrir de nouvelles routes, de nouveaux espaces, des paysages insoupçonnés. Et là, vous vivrez. Parce que vous entendrez qu’il ne s’agit pas de lire des lois mortes, mais d’entendre une voix vivante. Alors, vous accueillerez la vie que Dieu vous donne.

Je reviens à ce passage de l’épître aux Corinthiens, que me montrait cette jeune femme. Si vous lisez le texte attentivement, vous vous rendrez compte que Paul ne donne pas un ordre bête et méchant, qui consiste à éteindre le moteur et à s’arrêter de vivre. Dans un monde où les femmes n’avaient pas leur place à la synagogue, il dit que les femmes sont au milieu de l’assemblée. Dans un monde où les femmes n’étaient pas censées avoir de l’intelligence, parce qu’elles n’étaient que la possession de leur père puis de leur mari, Paul dit que les femmes réfléchissent, et qu’elles veulent comprendre et poser des questions.

Il est malséant à une femme de parler dans l’église… C’est vrai, c’est dans la Bible. Inutile de faire semblant de ne pas le voir. Mais une fois refermé le livre, réfléchissons.

Dans tout ce chapitre, Paul donne des instructions à l’Église de Corinthe, une Église particulièrement agitée et infiniment fière des dons de prophétie qu’elle manifeste. C’est à des gens imbus d’eux-mêmes qu’il s’adresse, en leur disant : ce qui compte, ce n’est pas la prouesse spirituelle, ce n’est pas de parler en langues, ce n’est pas d’avoir le don d’une louange extraordinaire. Ce qui compte, c’est que tous, vous puissiez comprendre le sens que ça a. Et il faut à tout prix protéger le sens. Quitte à brider les manifestations glorieuses dont vous êtes si fiers. L’important, c’est que quand quelqu’un prophétise, tous se taisent pour comprendre le sens de la prophétie. C’est que chacun puisse se retirer ensuite, en gardant comme un trésor le sens profond de ce qui s’est passé. Ou pour le dire autrement : qu’une fois le livre refermé, ce que vous avez entendu vous fasse vivre. Vivez du sens offert ! Tout le reste est secondaire. Voilà ce qu’il faut lire, si on ne veut pas trahir la pensée de Paul. Ce qui fait vivre doit être protégé à tout prix, tout le reste est secondaire.

Alors, on ne sait jamais, si vous croyez que le fait d’entendre l’Évangile de la part d’une femme vous empêche de comprendre cet Évangile, soyez gentils, poussez-nous dehors gentiment. De même, si vous croyez que d’entendre l’Évangile aux côtés de quelqu’un de mauvaise vie vous empêche de vivre de cet Évangile, alors poussez-les dehors. Et puis, si vous êtes persuadés que l’Église serait plus pure et plus fidèle si elle exigeait de chacun de ses membres une moralité impeccable, alors… alors je crains fort que vous ne soyez, cette fois, contraints à partir, parce qu’il ne resterait plus personne.

Refermons le livre. Et réfléchissons. Qu’est-ce qui est important ? À quoi sert la Bible ? À être une collection de lois impossibles à comprendre, qui nous obligeraient, pour les respecter, pour ne pas prendre de risque, à nous arrêter de vivre ? Ou à nous donner la trace, infime et pourtant profondément vivante, de la voix de Dieu, comme en écho dans des mots bien humains ? Une voix qui nous appelle à vivre, parce que rien n’importe plus à Dieu que de nous voir vivants…

Je vous invite aussi à repenser à cet épisode de l’évangile selon Luc, où Jésus, avec une infinie douceur, fait comprendre à Marthe, toute accaparée par ses devoirs de femme de maison, que ce qui importe surtout, c’est d’entendre ses paroles. Ce qui importe n’est pas d’être assis quelque part plutôt qu’autre part, ce qui importe est de se mettre à l’écoute. Et au fond, Paul ne dit pas autre chose. Chacun, chacune, se met à l’écoute comme il peut, comme elle peut. En se pliant aux conventions peut-être, mais surtout, en ne perdant jamais de vue que ce qui importe plus que tout, c’est d’avoir accès au sens profond de ce qui est dit, au sens qui fait vivre, au sens qui met en route et bouscule nos idées toutes faites. Je ne défendrai pas Paul en disant qu’il était un grand révolutionnaire qui avait compris bien des siècles avant nous l’idéal de l’égalité entre hommes et femmes, ce ne serait évidemment pas vrai.

Et oui, il est important de se battre pour que personne, dans notre société, ne soit cantonné à un rôle subalterne, pour que personne ne soit traité comme un parasite sous prétexte qu’il ou elle n’atteint pas l’idéal de l’efficacité maximum en permanence. C’est un geste politique fort, c’est une posture citoyenne nécessaire et utile.

Mais la lutte pour l’égalité effective des droits n’est que la partie visible de l’iceberg. Quand quelqu’un est écarté de l’idéal d’égalité entre citoyens, c’est ce qui se voit. La partie immergée, invisible, c’est d’être mis à l’écart du sens véritable des choses. L’essentiel, la véritable revendication pour notre temps, c’est que le sens des choses, que la vérité, soit accessible à tous. Hommes, femmes, enfants, ceux d’ici et ceux d’ailleurs, ceux du dedans et ceux du dehors : il importe que chacun ait accès au sens, à la vérité.

Pour nous chrétiens, le sens, la vérité, ce n’est pas une chose. C’est quelqu’un.

L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante. Une mission qui l’aurait oublié serait une mission morte et mortifère.

L’Évangile vient nous rejoindre, précisément, à la pliure des choses : là où le sens nous convoque, qui que nous soyons, pour nous rejoindre malgré tout. Que vous soyez homme ou femme, une fois le livre refermé, qu’il vous soit donné de ne pas chercher à obéir aveuglément, mais de vous mettre simplement à l’écoute du sens profond que Dieu souffle vers nous, pour que nous vivions.

Prière

Seigneur, tu nous as donné un code de la route et nous en avons fait un catalogue de bonne moralité. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie du souffle qui fait vivre.
Tu nous as dit « Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même » et nous avons tergiversé pour savoir qui, au juste, était notre prochain. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie de la fraternité.
Tu nous as donné le salut et nous avons réfléchi à qui y avait droit. Pardonne-nous, et éveille en nous la paix de nous savoir sauvés.
Tu nous as donné le goût de ton Royaume et nous avons essayé d’en faire une identité. Pardonne-nous et ouvre nos yeux aux visages multiples de ton Église.
Tu nous donnes ta Parole. Qu’elle soit pour nous l’élan vital de chaque jour et qu’elle ne cesse jamais d’éveiller notre confiance en toi.
Nous te prions pour tous tes enfants, pour les responsables de nos Églises, pour ceux qui n’en ont pas encore franchi le seuil, pour les envoyés du Défap, pour ceux qui, ici et ailleurs, les accueillent et œuvrent avec eux. Que ta paix soit leur quotidien, pour cheminer à l’ombre de ta main.
Amen




Samy, déjà cinq ans à Madagascar

Nous poursuivons notre série de témoignages d’anciens envoyés du Défap, dont l’engagement à l’étranger a marqué un moment clé de leur vie : aujourd’hui, Samy. Il était parti en 2017 comme service civique pour une mission d’animateur/répétiteur à Madagascar : enseignant le français le matin dans l’école Akanisoa, répétiteur et animateur le soir avec les enfants de l’orphelinat. Cinq ans plus tard, il est toujours à Madagascar… où il travaille à l’amélioration de l’enseignement du français.

Enfants au tableau dans une classe © Défap

Quel bilan ferais-tu aujourd’hui de tes quatre ans à Antsirabe et du travail dans l’orphelinat ?

Samy Chenuelle : Partir, c’est se redécouvrir et se dépasser. C’est comme cela que je pourrais résumer mes années à Antsirabe. Ma vie là-bas m’a permis de mûrir beaucoup plus que ce que je n’aurais pu imaginer. En étant loin de tout ce que l’on connaît, on est obligé de tout redécouvrir, en partie soi-même. J’ai découvert, et réussi certaines choses dont je ne pensais pas être capable, et dépassé certaines de mes peurs et blocages. Bien sûr, tout n’est pas toujours au beau fixe, j’ai eu aussi des inquiétudes et des moments d’indignation. Mais je pense que ce n’est qu’en sortant de son confort que l’on peut se dépasser. C’est tout ce qu’une expatriation peut nous offrir lorsque nous arrivons à rester ouverts.

Être à Madagascar m’a aussi obligé d’une certaine façon à être toujours à l’affût pour comprendre sociologiquement ce qui se passe. J’ai pu apprendre de manière très concrète à savoir déconstruire les discours, aller au-delà des mots, des différences culturelles, de mes a priori, de ma culture franco-française pour dépasser les incompréhensions.

À Antsirabe, j’ai pu être dans deux situations éducationnelles différentes : en tant qu’instituteur de français dans l’école primaire et dans une sorte de rôle d’animateur voire d’éducateur dans l’orphelinat avec les enfants et adolescents. Rester sur du long terme m’a permis de créer une vraie relation avec les enfants. Très rapidement, j’ai passé du temps avec les enfants, même en-dehors de mes heures de travail. Cela m’a aussi donné la chance de me questionner sur ma façon d’être et de m’améliorer. Les relations avec les enfants ont cette exigence de dire ou de montrer quand ils n’ont pas apprécié un comportement. Il s’agit alors toujours d’expliquer, de réussir à dépasser nos différences pour trouver une solution qui convient à tout le monde. J’ai essayé au maximum d’être un exemple de probité d’âme et de respect pour les enfants.

Comment se passe ton activité actuelle à Tana ? Pourrais-tu nous décrire ta mission ?

Ma mission a deux volets. D’un côté, je suis en train de finir d’écrire des guides pédagogiques pour chacune des classes primaires ainsi que d’autres outils (affiches, images, chansons, récitations) pour faire apprendre le français. De ce que j’ai pu voir, il n’existe pas encore de guide pédagogique pour faire apprendre le français à Madagascar, mais seulement des manuels de français. Cependant, vu le niveau de français trop faible des institutrices dès que l’on sort des centres-villes des grandes villes, il existe un réel manque à ce niveau-là.

Le deuxième volet de mon travail est de faire des formations dans des écoles FJKM. Je vais dans les écoles faire des formations aux institutrices et quelques instituteurs. Cela me permet de former sur mes guides et sur les méthodes pédagogiques (actives et ludiques) qui en sont issues, ainsi que diffuser les valeurs qui sont les miennes : empathie, non-violence, coopération, etc. Je fais aussi des modules de renforcement de français ainsi que sur l’éducation.

Une ruelle dans la banlieue de Tananarive © Franck Lefebvre-Billiez, Défap

Quels sont les besoins en termes de pédagogie pour l’enseignement du français et en quoi ta mission peut-elle contribuer à améliorer la situation ?

Le système scolaire malagasy copie de manière générale le système scolaire français. À ceci près que les écoles malagasy accusent des retards de près de 100 ans à quelques dizaines d’années selon les domaines (infrastructures, pédagogie, formation des enseignants, manuels et outils pédagogiques disponibles et utilisés). Les nouvelles avancées des sciences de l’éducation ne sont pas connues ou alors utilisées seulement par quelques écoles élitistes. Ces gros manques sont dus, d’un côté à un manque d’accès et de l’autre à un manque d’argent.

Ce que j’essaye d’apporter est tout simplement de rattraper ces retards dans certains domaines : pédagogie, outils pédagogiques. Dans tout ce que j’entreprends, j’essaye de mêler deux choses : les façons de faire des institutrices malagasy tout en apportant des nouvelles idées.

J’apporte des nouvelles méthodes pédagogiques qui prennent mieux en compte l’enfant-élève et ses besoins pour améliorer l’enseignement et l’éducation de manière générale. Mais j’ai peur que les enseignants préfèrent se cantonner à leur ancienne méthode, qu’ils connaissent bien, plutôt que d’essayer des nouvelles méthodes qu’ils ne maîtrisent pas encore tout à fait. Alors, je me base sur les habitudes et façons de faire déjà en place à Madagascar pour que les institutrices ne soient pas perdues et veuillent s’imprégner des nouvelles façons. Mon but est donc d’améliorer leur manière d’enseigner grâce aux nouvelles pédagogies et à de nouveaux outils pédagogiques.

Quelques souvenirs parmi les plus difficiles – et comment tu as pu les surmonter ?

Mes moments les plus difficiles ont été lorsque j’ai dû assister à certaines scènes, croyances et violences qui m’ont profondément choqué. Savoir que les enfants de l’orphelinat sont grondés violemment voire tapés me bouleverse et me révulse. Il m’a été difficile d’entendre que des enfants seraient possédés par des démons lors de leurs crises (d’épilepsie ou psychologiques dues à un traumatisme) alors que mon interprétation, typiquement française des crises est totalement différente. J’ai surtout été affecté par la culpabilisation et l’absence de chaleur humaine qu’ils ont subie, et qui, à mon avis, ne permet pas à l’enfant de se développer. Je me sentais impuissant face à la force de leurs traditions et idées ainsi qu’à ma place dans Akanisoa qui n’avait pas de poids.

D’autant plus que j’ai toujours essayé de mettre à distance, de me défaire du rôle du « vazaha » qui-saurait-tout opposé aux malagasy ignorants, que pourtant certains malagasy veulent nous étiqueter, et que beaucoup de vazaha utilisent, volontairement ou par facilité, sans s’en rendre compte. Cette mentalité est une séquelle qui reste après le colonialisme et empêche, selon moi, de construire des relations saines et constructives, et est un frein au développement de Madagascar.

J’essaye donc de me dépatouiller entre tout cela : ne pas juger les malagasy et leur culture, tout en proposant des vrais leviers de changements bénéfiques, sans entrer dans une relation hiérarchique avec mon interlocuteur.

Pour surmonter ces difficultés, j’ai quelquefois pu partager mes émotions avec quelques amies françaises. J’ai aussi parfois pu me sentir assez à l’aise avec certains adultes malagasy pour donner mon avis. J’ai surtout écrit, ressassé dans ma tête, réfléchi à ce que j’aurais fait à la place de l’adulte, imaginé mes propres réponses pour ne pas être seulement dans le jugement de l’autre mais pouvoir leur proposer d’autres solutions. J’y mettais tout mon cœur, ou au contraire, je me mettais à distance pour analyser froidement la situation. J’essayais à chaque fois de me rapprocher des personnes, de comprendre leurs besoins et leurs sentiments, ce qui les animait.

Vue de Tananarive © Franck Lefebvre-Billiez, Défap

Quelques souvenirs parmi les plus lumineux ?

Quand je repense à ma vie à Antsirabe, ce qui est le plus lumineux pour moi, ce n’est pas un moment précis mais se sont mes relations. De voir les attaches que j’ai avec les enfants d’Akanisoa, mes collègues de travail ou avec mes amis malagasy, de sentir ces liens et ces nœuds, que l’on a tissés peu à peu, jusqu’à en faire des tresses ténues et solides, basées sur la confiance et le respect. C’est cela avant tout qui me rend le plus heureux et fier de ma vie à Antsirabe. Savoir que l’on a réussi à dépasser toutes nos différences, tous nos désaccords, nos quelques disputes, pour se concentrer sur ce qui est essentiel à mes yeux : l’écoute, la compréhension, le partage. Et en voyant à quel point j’ai pu m’intégrer dans la société malagasy, que j’ai pu réussir à dépasser cette première croûte et apparat de relation que la plupart des vazaha ont avec les malagasy, je pense vraiment avoir réussi à accéder et comprendre la société malagasy. C’est aussi tout ça qui me fait revenir régulièrement à Antsirabe quand j’ai un peu de temps libre pour passer du temps avec eux.

Mes souvenirs lumineux qui me reviennent directement lorsque je pense à ma vie à Antsirabe sont presque toujours avec les enfants. Les vacances à Diego, Itasy ou Tuléar avec le centre Akanisoa, les secrets qu’ils m’ont partagés ou tous les merveilleux moments que l’on a partagés à travailler, s’amuser ou jouer ensemble.




Jacques Beurier : chirurgien, protestant, et engagé auprès du Défap

Après avoir consacré la semaine dernière aux envoyés du Défap, qui partent pour des missions de plusieurs mois à un an, principalement avec le statut de VSI (Volontaire de solidarité internationale), de service civique ou de pasteur, voici une autre forme d’engagement : les envois courts. Jacques Beurier s’est rendu récemment pour le Défap au Cameroun, où il a pu visiter divers hôpitaux. Chirurgien en orthopédie-traumatologie, il a déjà participé avec différentes Organisations Non Gouvernementales à des missions chirurgicales en Afrique et en Haïti. Protestant engagé, il a aussi suivi des études de théologie à l’IPT (Institut Protestant de Théologie – faculté de Paris), et il est prédicateur laïc. Témoignage de retour du Cameroun.

Une vue de l’hôpital de Bafia (tout à gauche, le Dr Célin Nzambe) © Jacques Beurier

Docteur Beurier, quelle est la relation entre votre foi et votre engagement humanitaire ?

Jacques Beurier : Il n’y a pas vraiment de relation directe. Ma foi est ce qu’elle est, mais je ne considère pas que c’est elle qui m’a poussé à partir en mission dans divers pays. C’est plutôt le sens moral, ou le sens du devoir – et de ce point de vue, on pourrait dire qu’il y a un aspect un peu protestant dans mon engagement… Mais je ne me suis pas senti poussé particulièrement par Dieu. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de travailler avec diverses ONG tout à fait laïques.

Néanmoins, quand je suis sur place, je m’intéresse beaucoup aux phénomènes religieux, et je suis toujours très touché quand j’assiste, comme ça a pu être le cas au Congo ou en Haïti, à des manifestations de foi de gens qui sont en grande difficulté. Et quand il y a des services religieux, j’y participe.

Médecin et prédicateur laïc, est-ce facile à concilier ?

Ce n’est pas toujours évident, surtout pour des questions d’emploi du temps : entre des études de théologie, le métier de prédicateur, et celui de médecin, il faut trouver comment s’organiser. Et il faut trouver comment ajouter à tout ça les missions courtes – qui représentent à chaque fois deux à trois semaines passées à l’étranger. Mais, de manière générale, je m’arrange pour répondre aux demandes des personnes qui me sollicitent en tant que prédicateur ou en tant que médecin. Je dois dire aussi que le fait d’être engagé dans l’Église me soutient dans mes voyages – et me permet d’avoir des contacts avec des personnes qui partagent ma foi. 

Une vue de l’équipe chargée des hôpitaux de l’Église Presbytérienne Camerounaise (au 1er plan, le Dr Jacques Beurier) © Jacques Beurier

Dans quels pays vous êtes-vous engagé jusqu’à présent ?

J’ai pas mal vadrouillé au cours de ma vie. Ça a commencé tôt, au tout début de ma carrière médicale, alors que je venais de finir mes études. J’ai été envoyé un an en coopération en République centrafricaine, dans un endroit éloigné de tout. Et cette période a été pour moi une expérience fondatrice. Il n’y avait pas de guerre civile, à l’époque ; j’ai pu avoir des contacts passionnants avec la population locale, ainsi qu’avec des missions implantées par des Églises dans le pays. Et j’ai eu alors l’impression, qui m’a poursuivi toute ma vie, de pouvoir servir à quelque chose, d’être utile. J’y ai pris goût. Par la suite, j’ai eu l’occasion, au cours de ma carrière de chirurgien, d’aller au Mali. J’ai vécu aussi une mission très dure, dans l’Est du Congo, du côté de Bukavu : elle avait été organisée par la paroisse protestante du Havre, et là, elle se déroulait dans un contexte de guerre civile. C’était une période très violente, et une mission menée dans des conditions très difficiles, qui m’a beaucoup marqué. En 2010, j’ai eu l’occasion d’intervenir en Haïti : c’était juste après le séisme, il y avait énormément à faire. Par la suite, j’y suis retourné lors de trois missions successives. Et enfin, plus récemment, j’ai découvert le Cameroun.

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter cette mission pour le Défap au Cameroun ?

Je dirais que c’est une attitude qui correspond à mon engagement dans l’Église : quand on me sollicite, si j’en ai la possibilité, j’accepte. J’ai eu l’occasion de rencontrer Esther Wieland-Maret, membre de la Commission Échange de Personnes au Défap et pasteure du Chambon-sur-Lignon, où je réside la moitié du temps. J’ai pu aussi m’entretenir avec la pasteur Tünde Lamboley, de l’équipe du Défap. Il y avait un besoin d’évaluation des hôpitaux avec lesquels le Défap est en lien au Cameroun. L’organisation de la mission a été rendue difficile du fait du contexte de pandémie de Covid-19, mais elle a finalement pu avoir lieu. Et sur place, j’ai eu confirmation d’une chose dont je suis persuadé depuis longtemps : il est nécessaire de provoquer ces rencontres, d’inciter les gens à aller sur place – notamment des étudiants. On ne peut pas comprendre le monde tant qu’on reste à Paris. J’ai pu rencontrer, par exemple, Charline, envoyée du Défap, et voir à quel point elle s’épanouit dans sa mission.

Charline, envoyée du Défap au Cameroun, à l’hôpital de Yaoundé © Jacques Beurier

Qu’avez-vous découvert sur place en ce qui concerne le fonctionnement des hôpitaux ?

Sur le plan matériel, il y a beaucoup à faire. Les infrastructures sont très dégradées, et on manque de matériel. Les locaux en eux-mêmes sont tout à fait utilisables, moyennant une rénovation ; quant aux équipes médicales, elles auraient surtout besoin d’un matériel facile d’utilisation et d’entretien : plus d’ambulances en état de marche, des salles de radio qui fonctionnent… Une des grandes satisfactions que j’ai pu avoir sur place, c’est de constater à quel point les équipes sont désireuses d’apprendre et d’utiliser du nouveau matériel. Il est facile de trouver des personnes ayant les compétences requises, facile de les former, et les formations sont très suivies.

Plus largement, les structures médicales actuelles datent beaucoup, et l’implantation des hôpitaux mériterait d’être repensée. Certains sont surdimensionnés : ils sont héritiers d’une longue histoire, mais se retrouvent aujourd’hui dans des lieux dont la population a beaucoup diminué. D’autres au contraire sont implantés dans des régions qui ont pris de l’importance, et ils mériteraient d’être développés pour répondre aux besoins de cette population qui s’est accrue. Le problème est donc d’adapter les structures aux évolutions de la population.

Que vous a apporté cette mission ?

Des contacts passionnants ! Et l’impression de pouvoir faire avancer les choses… Un peu de frustration, aussi, de ne pas avoir pu faire plus : si j’avais eu les conditions matérielles nécessaires, j’aurais pu donner directement un coup de main aux équipes. Car finalement, mon métier, c’est de réparer les gens : je suis une sorte de garagiste, qui intervient avec son tournevis, sa chignole… Même s’il y a, dans mon métier, une dimension humaine et psychologique évidente, la base de mon travail, le côté matériel, c’est de la réparation. Je ne suis pas là pour sauver les âmes, mais pour réparer les corps. C’est une approche qui vaut ce qu’elle vaut ; elle permet surtout de démystifier le travail du chirurgien, et d’éviter de se poser trop de questions qui ne seraient pas de mon ressort sur le contexte, sur le pourquoi, sur l’opportunité de soigner.




Élie, trois ans après : la mission et ce qu’elle change

Élie Olivier était parti avec le Défap en tant que service civique en 2019, pour une mission d’animateur linguistique – échanges interculturels à Antsirabe (Madagascar). La pandémie de Covid-19 et les restrictions sanitaires l’avaient contraint à écourter sa mission. Mais cette période n’en a pas moins représenté un moment charnière dans sa vie. De retour au Défap trois ans après, il témoigne.

Élie Olivier de retour au 102 boulevard Arago, dans le jardin du Défap © Défap

Que dirais-tu aujourd’hui de ta mission, entre ce que tu as découvert sur place et les conditions dans lesquelles tu es rentré en France ?

Élie Olivier : Je travaillais au centre Akanysoa, à Antsirabé, une ville qui se situe dans le centre de Madagascar : c’est à la fois un orphelinat et une école primaire. Du coup, mon activité aussi était double : à l’école, pendant les journées de la semaine, j’étais assistant de français ; les soirs et les week-ends, je faisais de l’animation pour les enfants de l’orphelinat. Avec des activités qui pouvaient aller de l’atelier de jeu d’échecs au football, en passant par la musique, le solfège… Je m’étais aussi procuré du matériel scolaire pour le centre. Mais en pleine mission, tout a été interrompu par la crise sanitaire. J’ai dû rentrer en France au bout de six mois, alors que la mission aurait dû en durer dix. J’en ai gardé un certain goût d’inachevé. Et néanmoins, cette mission m’a, sinon transformé, du moins aiguillé dans mes choix de vie et professionnels. Je ne suis pas le seul à avoir fait ce genre d’expérience : je crois vraiment que lorsqu’on va dans la Grande Île, on en tombe facilement amoureux. Amoureux à la fois du pays lui-même, de la culture, et des gens. Je reviendrai un jour à Madagascar, c’est une certitude ; et j’irai probablement vivre sur le continent africain d’ici quelques années. Cette mission, bien qu’écourtée, m’a confirmé que c’est là que je veux vivre. Il y a tellement de choses à y faire, à construire ; par opposition à ce que l’on vit dans nos pays où l’on a plutôt tendance à déconstruire… Je pense que notre société a énormément à apprendre et que les relations avec des pays comme Madagascar, avec des continents comme l’Afrique, sont nécessaires. Nous avons beaucoup à nous inspirer de la résilience de ces sociétés ; les coopérations Nord-Sud peuvent être très fructueuses. Et il est essentiel de toujours garder en tête les aspects humain, spirituel… Pour cela, des organismes comme le Défap ont un rôle fondamental.

Le retour a-t-il été difficile, en pleine pandémie de Covid-19 ?

Paradoxalement, non. On nous avait beaucoup parlé du choc du retour lors de la formation au Défap ; de la difficulté qu’il peut y avoir à reprendre pied dans une société qui a continué à avancer sans vous, alors même que vous avez pu vivre des choses en cours de mission qui ont provoqué chez vous des prises de conscience, des manières différentes de percevoir le monde et votre propre vie… Mais en fait, j’ai retrouvé une société française aux prises avec une crise tellement inédite que toutes les habitudes y étaient bouleversées : finalement, c’est le pays que j’ai retrouvé à mon retour de mission qui était en train de vivre un choc ! Et curieusement, j’ai l’impression que cette période a aussi entraîné des prises de conscience au sein de la société, qui n’ont fait que me conforter.

Quelle orientation a pris ta vie après ce retour ?

Je faisais auparavant des études très théoriques, dans le domaine de l’astrophysique. J’ai éprouvé le besoin de me réorienter vers un cursus beaucoup plus concret. C’était quelque chose qui se dessinait déjà en amont de ma mission, mais disons que mon passage à Madagascar a été la confirmation que j’avais besoin de quelque chose de moins éloigné des enjeux humains. J’ai donc préparé, en alternance, le MBA du Collège des Ingénieurs, dont la formation couvre les domaines suivants : finance, production et organisation, ressources humaines et communication, stratégie et marketing, et leadership. Et dès l’an prochain, je serai en poste en tant que « business developer » (ou « responsable du développement ») au sein du groupe Total Eren (anciennement Eren Renewable Energy), spécialisé dans le développement de projets tournant autour des énergies renouvelables. Au sein d’une telle entreprise, on peut intervenir sur tout le cycle de vie d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa mise en place. Je travaillerai à promouvoir des projets liés au solaire ou à l’éolien sur le continent africain – et plus particulièrement en Afrique australe, comme en Zambie. Et je serai plutôt en amont : il s’agira pour moi de sélectionner les projets, de trouver des partenaires, des financements (banques, Agence Française de Développement…), de les promouvoir auprès des décideurs politiques…

Et ta mission a vraiment influé sur ce changement de cap ?

Oui : je me suis rendu compte que j’ai besoin d’une activité qui me permet d’agir pour les autres de manière concrète. Voir l’impact de mes actions, c’est ce qui me donne de la motivation. J’ai besoin de sens pour être épanoui et heureux dans mon travail. Et je peux ainsi m’inscrire également dans quelque chose qui a du sens au niveau global. Par exemple, sur le plan professionnel, j’avais une autre proposition : travailler au développement de l’éolien en Europe du Nord. Mais ce poste de « business developer » pour l’Afrique est plus satisfaisant : il me permettra de participer au développement des énergies renouvelables sur le sol africain. Et je pourrai me dire que chacun des projets que je porterai aura un véritable impact économique, social et environnemental dans les pays concernés. À terme, j’aimerais que ça participe au développement de l’économie de ces pays, qui ont bien souvent d’importantes ressources minérales, mais dont l’exploitation se fait ailleurs.