Le Défap, «cadeau des Églises à la société»

Le pasteur Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, a été invité à faire une présentation des activités du Service protestant de mission lors d’un « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod, à Lyon. L’occasion de revenir sur l’engagement protestant du Défap, et sur ce qu’il apporte aux relations entre Églises de France et d’ailleurs.

L’affiche du « culte mission » du 5 mars 2023 à Lyon © Espace Protestant Théodore-Monod

Si le Défap est le service missionnaire commun de trois Églises ou unions d’Églises de France, il met en réalité en relation, par ses activités, ce que vivent de nombreuses Églises dans de nombreux lieux, et dans des contextes très variés. C’est ce qu’a rappelé Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, en introduction de sa présentation faite à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon : au-delà de l’Église protestante unie de France, au-delà de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, au-delà de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France, ce que représente le Défap, ce sont « des liens et des ramifications avec des Églises partout dans le monde, que ce soit à Madagascar, au Congo, au Cameroun, au Maroc, un peu partout ». Des Églises qui « ensemble ont su tendre la main (…) pour se dire : Je suis disponible pour toi ».

Retrouvez ci-dessous l’enregistrement de la prédication du pasteur Basile Zouma, et de sa présentation du Défap lors de ce « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon, le 5 mars 2023.

 

 




«Convictions et actions» : une AG pour faire le point

Le programme de travail actuel du Défap couvre la période 2021-2025. L’Assemblée générale 2023, qui a lieu cette année le samedi 25 mars, sera l’occasion de faire un point à mi-parcours. Elle donnera aussi la parole à des témoins de la mission, envoyé à Madagascar ou boursière en congé recherche en France. Elle sera enfin l’occasion de se joindre à DM, l’homologue suisse du Défap, dans les célébrations de ses 60 ans.

Vue de l’AG 2023 du Défap © Défap

 

Le Défap est un lieu carrefour, où se croisent des voyageurs et des sédentaires, des cultures d’Église et des expressions de foi, des manières différentes d’envisager les grands problèmes du monde, des parcours de vie et des idées. Autant de rencontres et d’échanges qui s’entament et se poursuivent aussi bien à Paris qu’à l’autre bout du monde. Depuis plus de 50 ans, le Défap se veut ce ferment de dialogue grâce auquel les Églises peuvent mieux s’adapter aux changements du monde. C’est un véritable écosystème au sein duquel travaille le Défap, avec sa complexité et ses évolutions, et en prise directe avec les grandes problématiques dont traitent les Églises. Les défis y sont abordés de la manière la plus concrète, souvent bien avant qu’ils ne deviennent objets de réflexions au sein des Églises. C’est ainsi que le Défap est engagé depuis longtemps dans des projets liés à l’éducation, à la santé, mais avec aussi en filigrane toutes les questions de paix, d’identité, d’accueil, de respect des cultures, de justice sociale, de développement, de relations entre religieux et politique… qui tantôt rapprochent, tantôt divisent les Églises. C’est aussi le cas des questions de sauvegarde de la création…

Ces thématiques recouvrent des priorités qui évoluent à vitesse croissante. La rencontre et les relations entre cultures et entre communautés : le choc de la période de crise sanitaire due au Covid-19, en grippant d’un seul coup tous les échanges internationaux dans un monde où ils semblaient aller de soi, a montré à quel point les sociétés sont fragiles, menacées par des forces centrifuges ; à quel point la relation aux autres implique des efforts quotidiens. Le changement climatique : il a suffi d’un été caniculaire et marqué par les incendies, suivi d’un hiver inédit de sécheresse, pour que ce qui semblait un défi lointain vu de France apparaisse désormais comme une menace terriblement présente.

Le document « Convictions et actions – 2021-2025«  dont s’est doté le Défap reflète la manière dont ces défis sont intégrés dans le programme de travail et les activités du Service protestant de mission. Il s’ouvre sur une réaffirmation de ses convictions missionnaires puis décrit sa stratégie sur quatre ans, structurée par trois grandes priorités :

  • 1) développer les liens avec les partenaires ;
  • 2) s’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine ;
  • 3) vivre l’interculturalité.

Au-delà de la présentation du rapport d’activité et des débats sur les finances, « il est proposé aujourd’hui de permettre à l’AG de faire un point d’étape sur ce processus », souligne le président du Défap, Joël Dautheville, dans son courrier aux délégués et invités à l’Assemblée générale.

Des témoins invités à l’AG

Par ailleurs, pour mieux prendre conscience que la mission du Défap s’inscrit dans un tissu serré de liens, de partenariats et mobilise très au-delà des membres de son équipe, des invités directement impliqués dans cette mission auront l’occasion de dire, chacun à leur manière, ce qui se vit à travers le Défap. « Quelques témoins seront avec nous, notamment Jean-Claude Boudeaux, envoyé régulier à Madagascar et Flore Badila Loupe, boursière du Défap, effectuant un interim comme doyenne de la Faculté Protestante de Théologie de Brazzaville », souligne la lettre de Joël Dautheville.

Jean-Claude Boudeaux intervient à Madagascar. Dans ce pays, le Défap est en lien avec deux Églises, la FJKM et la FLM, pour des activités tournant essentiellement autour de l’enseignement. La FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy eto Madagasikara, en français Église de Jésus-Christ à Madagascar) est la plus grande Église protestante du pays. Elle revendique 3 500 000 membres, répartis dans 5800 paroisses desservies par plus de 1200 pasteurs. Quant à l’Église luthérienne malgache (en malgache : Fiangonana Loterana Malagasy, FLM), elle revendique 3 millions de membres répartis dans 5000 paroisses, desservies par 1200 pasteurs. Les initiatives au sein des Églises protestantes malgaches, qui gèrent leur propre réseau d’écoles et ont leur propre département de l’éducation, sont nombreuses en matière d’éducation. Les besoins de formation des enseignants le sont tout autant. Madagascar est le pays qui accueille le plus grand nombre d’envoyés du Défap : ce qui représentait en 2022 cinq VSI (dont trois partis en famille) et 2 services civiques. Outre leur rôle dans l’enseignement, le Défap soutient les efforts de formation continue des enseignants liés à la FJKM et à la FLM : notamment celle mise en place par Jean-Claude Boudeaux en faveur d’enseignants et directeurs / trices d’établissements scolaire, qui vise en outre à accompagner des formateurs locaux pour qu’ils puissent prendre la relève.

Futurs enseignants malgaches pendant leur formation © Défap

Quant à Flore Badila Loupe, elle est pasteure de l’Église évangélique du Congo (EEC), issue des missions scandinaves et qui revendique aujourd’hui 225.000 membres au Congo-Brazzaville. Elle est aussi docteure en théologie, après avoir soutenu une thèse à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale) sur l’engagement politique de l’EEC. Elle est également vice-doyenne de la faculté de théologie protestante de Brazzaville, et vice-présidente de la conférence des ecclésiastiques de l’EEC. Après avoir bénéficié d’une bourse du Défap pour un congé-recherche en 2014-2015, elle travaille désormais à adapter sa thèse pour une future publication.

Flore Badila dans la bibliothèque du Défap © Défap

DM célèbre ses 60 ans

Cette AG sera enfin l’occasion de célébrer les 60 ans de DM, l’homologue suisse du Défap. La Cevaa et le Défap sont nés en 1971, d’un ancêtre commun : la Société des Missions Évangéliques de Paris (la SMEP), qui avait eu de 1822 à la fin des années 60 une activité missionnaire s’étendant du Lesotho au Togo, de l’Océan indien au Pacifique. DM-échange et mission, département missionnaire des Églises de Suisse romande et des Églises françaises en Suisse alémanique (la CERFSA) était né pour sa part quelques années plus tôt, en 1963. Entre ces trois organismes institués pendant la même période et entretenant des relations avec les mêmes pays, on retrouve encore aujourd’hui des domaines d’activité très proches, et des échanges réguliers. DM, confronté aux défis que connaissent aujourd’hui tous les organismes missionnaires, a fait il y a quelques années sa mue ; on ne parle plus désormais de « DM-échange et mission », l’association ayant changé ses statuts et son nom, et adopté un nouveau slogan, celui de « Dynamique dans l’échange ». S’appuyant sur le constat que le « centre de gravité du christianisme s’est déplacé au Sud », son 117ème Synode missionnaire (l’équivalent d’une AG), après un intense débat, a décidé à une large majorité de soutenir une nouvelle vision, dite de « réciprocité ». Avec trois thématiques porteuses : la formation théologique, le développement rural, l’éducation. Cette révolution interne s’est faite dans un contexte de réorganisation du paysage des oeuvres d’entraide de Suisse, avec la fusion de l’EPER (l’Entraide protestante suisse) et de PPP (Pain pour le prochain). C’est donc un DM tout neuf qui regarde désormais vers l’avenir et fête ses 60 ans tout au long de l’année, par des gâteaux partagés avec le Conseil et le Secrétariat, avec les envoyés, en Suisse, au Mexique… Des célébrations qui culmineront le 18 novembre 2023 à la cathédrale de Lausanne.

Célébration des 60 ans de DM au Mexique © DM




10 ans d’Al Mowafaqa : revivez l’intégralité du colloque

À l’occasion de ses dix ans, l’institut œcuménique de Théologie Al Mowafaqa s’est penché sur les minorités religieuses en Afrique méditerranéenne et subsaharienne lors d’un colloque de deux jours. Avec la participation de membres fondateurs d’Al Mowafaqa, d’universitaires, de partenaires publics et académiques… Retrouvez l’ensemble des interventions ici en vidéo.

Colloque des dix ans d’Al Mowafaqa : de gauche à droite : Sophie Bava (IRD, Marseille), Seydi Diamil Niane (IFAN, Dakar) et Karima Dirèche (IREMAM, MMSH, Aix-en-Provence) © Al Mowafaqa

 

Les interventions du jeudi matin :

OUVERTURE OFFICIELLE
OUVERTURE DE LA PARTIE ACADÉMIQUE ET PRÉSENTATION DES TROIS PANELS
CONFÉRENCE D’OUVERTURE : FADI DAOU (FONDATION ADYAN, GLOBETHICS)

Le concept de minorités dans les discours religieux et géopolitiques contemporains : vers un changement paradigmatique risqué et prometteur.
 

 

Les interventions du jeudi après-midi :

PANEL 1 : SOURCES, GENÈSES, TEXTES DE RÉFÉRENCE OU FONDATEURS, COMMENT SE CONSTRUISENT LES MINORITÉS RELIGIEUSES ? Modération : Brigitte Cholvy (ICP, Paris) et Abderrahmane Gharioua (EDHH, Rabat)
  • Jean Koulagna (Al Mowafaqa, Rabat)
  • Fouad Ben Ahmed (EDHH, Rabat)
  • Oissila Saaidia (Lyon 2, Lumière)
  • Témoin : Jessica Abeni Komba (Al Mowafaqa)
PRÉSENTATION DU LIVRE « DIEU VA OUVRIR LA MER, CHRISTIANISMES AFRICAINS AU MAROC » de SOPHIE BAVA, BERNARD COYAULT, MALIK NEJMI

Publié aux éditions Kulte, avec Sophie Bava et Jean Landu Massembila
 

 

Les interventions du vendredi matin :

PANEL 2 : LES PERCEPTIONS : QUELS REGARDS PORTÉS SUR CE QUI SE PASSE ET SE VIT ?

Le rôle et la place des diasporas et des communautés migrantes dans les dynamiques perceptibles au Maroc, en quoi conduisent-elles à des reconfigurations ?
Les groupes minoritaires au sein des différentes traditions monothéistes, au nord de l’Afrique (Maghreb et Afrique sub-saharienne), comment définir leurs situations ? Quels défis pour les uns et les autres ? Quelle place et rôle pour les minorités de type spirituel ou mystique dans les différentes traditions ? Modération : Sara Mejdoubi (Université Internationale de Rabat) et Pierre Adimi (Université de Tanger).

  • Seydi Diamil Niane (IFAN, Dakar)
  • Karima Dirèche (IREMAM, MMSH, Aix-en-Provence)
  • Sophie Bava (IRD, Marseille)
  • Témoin : Michelle Lakpa (Al Mowafaqa)

 

 

Les interventions du vendredi après-midi :

PANEL 3 : QUELS SENS DONNER À L’EXPÉRIENCE D’ÊTRE MINORITAIRES ?

Comment une situation minoritaire peut être vécue comme une grâce donnée par Dieu, d’un point de vue de théologies chrétiennes, musulmanes ?
Modération : Rachid Saadi (Al Mowafaqa) Anouk Cohen (Centre Jacques Berque).

  • Xavier Gué (ISTR, Paris)
  • Farid El Asri (UIR, Rabat)
  • Frédéric Rognon (Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg)
  • Témoin : Christian Ntap (Al Mowafaqa)

QUESTIONS-DÉBAT

CONCLUSIONS À DEUX VOIX : PASTEUR KAREN SMITH ET CARDINAL CRISTOBAL LOPEZ ROMERO, CO-PRÉSIDENTS D’AL MOWAFAQA

 

 




«L’Éternel y pourvoira» : une conférence et un livre sur la mission au féminin

Vous êtes cordialement invités à assister, jeudi 16 mars à 18 heures, à la conférence organisée en partenariat avec les éditions La Cause et le Défap autour du livre de Catherine Poinsignon : « L’Éternel y pourvoira – Adèle Casalis et Mary Cadier, femmes de missionnaires au Lesotho, 1856-1914 ». Rendez-vous à partir de 18 heures au 102 boulevard Arago, à Paris pour cette rencontre en présence de l’auteure. Entrée libre.

Présentation du livre de Catherine Poinsignon © Affiche de La Cause

La vie et l’œuvre de missionnaires au Lesotho au XIXe siècle et au début du XXe siècle, vue par Adèle Casalis-Mabille et Mary Cadier-Mabille, deux épouses de missionnaires dont le travail a été au moins aussi important que celui de leurs maris. Un point de vue rare, admirablement rendu par Catherine Poinsignon, descendante d’Adèle et Mary, et qui rend vivantes et passionnantes les informations qu’elle a pu tirer de la correspondance de ses aïeules. C’est ce que vous êtes invités à découvrir jeudi 16 mars au Défap, à l’occasion de la conférence donnée par Catherine Poinsignon pour présenter son livre : L’Éternel y pourvoira – Adèle Casalis et Mary Cadier, femmes de missionnaires au Lesotho, 1856-1914. Un récit inédit, une vision renouvelée et stimulante de la mission ; la conférence de ce jeudi au Défap est organisée en partenariat avec les éditions La Cause, qui publient l’ouvrage. Le rendez-vous est à 18 heures, l’entrée est libre ; au-delà du livre lui-même, cette soirée sera l’occasion d’évoquer la mission au Lesotho. Des photos seront projetées et commentées. Un buffet clôturera la soirée.

Depuis l’origine, le Lesotho occupe une place à part dans l’histoire de la Société des missions évangéliques de Paris – et partant de là dans celle du Défap, qui en est l’héritier. Le Lesotho a été le premier champ de mission de la toute jeune SMEP. Une aventure au cours de laquelle obstacles et opportunités se sont combinés pour pousser trois jeunes missionnaires, Eugène Casalis, Thomas Arbousset et Constant Gosselin, vers un pays inattendu et inconnu. L’Afrique australe était alors sous domination britannique, et c’était le champ de la Mission de Londres, la London Missionary Society (LMS), présente depuis la fin du XIXème siècle et bientôt rejointe par les missions anglicanes, méthodistes et presbytériennes. À la création de la SMEP, les liens ont été tout de suite très étroits avec la LMS ; et lorsque John Philip, Surintendant de la Mission de Londres, suggère lors d’un passage à Paris en 1829 d’envoyer aussi des missionnaires français sur place, il s’agit de s’inscrire dans un projet commun : apporter l’Évangile aux peuples autochtones, certes… mais aussi rappeler aux Afrikaners, les descendants de protestants hollandais et français fuyant l’Europe, que l’asservissement des habitants du pays par les colons et tous les excès de l’esclavage ne peuvent s’accorder avec la foi chrétienne.

La rencontre du chef Moshoeshoe et du Lesotho

Sur place toutefois, les Français connaissent des déboires ; l’action d’évangélisation auprès des natifs se heurte au refus des chefs locaux de les laisser s’installer sur leur territoire. Ni les Matabele, ni les Zoulous n’acceptent leur présence ; et c’est finalement Moshoeshoe, le chef d’une autre tribu, celle des Sotho, présente dans un pays inconnu des Européens, le Lesotho, qui se dit prêt à les accueillir. Dès lors se noueront des liens étroits entre ces missionnaires et ce peuple que rien ne destinait à se rencontrer.

La station missionnaire de Morija, au Lesotho © Bibliothèque du Défap

Cette aventure missionnaire et humaine en pays inconnu aura poussé les uns et les autres à revisiter leurs convictions et leur vision du monde, à s’adapter, à innover ; les missionnaires français se seront faits au fil du temps ethnographes, linguistes et avocats de ce peuple auprès des autorités publiques… Les missionnaires… et leurs proches, femmes et enfants, puisque la mission est aussi devenue au fil des ans une aventure familiale. Ce sont ainsi des relations nouvelles qui ont dû s’inventer sur place. Les femmes de missionnaires ont ainsi un rôle à jouer : par leur statut d’épouse et de mère, elles apportent sa dimension civilisatrice à la mission. Elles doivent incarner un modèle pour les femmes sothos et transmettre les valeurs familiales et les normes européennes. Il y a ensuite les enfants : les filles de missionnaires, qui participent bientôt à part entière à la mission sur place.

Au-delà des figures des premiers missionnaires, ce rôle des femmes et cette dimension familiale de la mission ont été redécouverts à travers des travaux récents sur les archives de la SMEP que conserve la bibliothèque du Défap (1). Dans son livre, Catherine Poinsignon nous livre un récit romancé élaboré à partir des échanges épistolaires d’Adèle Casalis-Mabille et Mary Cadier-Mabille. Un récit romancé mais néanmoins ancrée dans le réel, et qui permet de suivre le quotidien et l’engagement de ces femmes de missionnaires envoyées par la Société des Missions de Paris au Lesotho. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir l’engagement et l’abnégation de ces femmes entièrement dédiées à la mission de leur mari, de leur père, de leur fils…

Retrouvez ci-dessous le podcast de l’émission de La Cause sur Fréquence Protestante présentant le livre de Catherine Poinsignon :

(1) Camille AUBRET, Femmes et Mission, de la France au Lesotho : statuts, rôles et engagements au sein de la Société des Missions évangéliques de Paris, de 1825 aux années 1910, Mémoire de Master 2 Recherche Histoire de l’Afrique, Université Paris I Panthéon-Sorbonne




Princia Stevene Nzinounou : étudier Jacques Poujol au Congo

Que peut apporter la pensée de Jacques Poujol dans le contexte du Congo-Brazzaville ? Pour Princia Stevene Nzinounou, qui fait partie de l’EEC (Église évangélique du Congo), les écrits de ce pasteur, psychothérapeute et formateur en relation d’aide pourraient bénéficier au suivi des couples au sein de son Église. Actuellement étudiante à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale), elle est venue en congé-recherche en France en bénéficiant d’une bourse du Défap, pour poursuivre ses travaux sur ce thème.

Princia Stevene Nzinounou dans le jardin du Défap © Défap

Jacques Poujol est à la fois pasteur et thérapeute. Avec son épouse Claire, il exerce un ministère de relation d’aide et d’accompagnement psychologique. Formé en analyse transactionnelle, à l’aide aux victimes d’abus, mais aussi conseiller conjugal et familial, il s’emploie depuis plusieurs années à former à la relation d’aide. Il enseigne auprès de plusieurs instituts bibliques et facultés de théologie, en France et en Suisse. Par ailleurs, il anime de nombreux séminaires de développement personnel. Et il a rédigé de nombreux ouvrages sur ces diverses thématiques. Une voie mêlant foi et psychothérapie dans laquelle il s’est orienté après avoir fait le constat des souffrances dans lesquelles se débattaient de nombreux membres d’Églises, même après avoir vécu une démarche de conversion censée être libératrice…

Ces questions liées à l’accompagnement psychologique et spirituel ne sont guère abordées au sein de l’Église évangélique du Congo (EEC), où tout ce qui relève de la psychothérapie est plutôt vu avec méfiance. Or Princia Stevene Nzinounou estime que l’Église aurait beaucoup à y gagner. Originaire de République du Congo (ou Congo-Brazzaville), membre de l’EEC et étudiante à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale), elle travaille actuellement à une thèse à ce sujet : « L’accompagnement psychologique et spirituel chez Jacques Poujol, un outil d’analyse dans le suivi des couples dans l’Église évangélique du Congo ».

Elle a bénéficié pour ses travaux d’une bourse du Défap, grâce à laquelle elle peut effectuer des recherches en France. Elle travaille en lien avec deux enseignants en théologie pratique de l’Institut Protestant de Théologie (IPT) : Élian Cuvillier et Nicolas Cochand. Rencontre.
 

 




«Les voies de la paix» : un colloque à Bangui avec le soutien du Défap

L’association A9, créée à Bangui par un ancien boursier du Défap, Rodolphe Gozegba, et qui s’est fait connaître notamment à travers un programme d’agriculture urbaine destinée à améliorer l’autonomie alimentaire de la capitale centrafricaine, prépare un colloque sur « Les voies de la paix face à la difficile construction de la cohésion sociale en Centrafrique ». Cette rencontre, organisée en partenariat avec l’Université de Bangui et avec le soutien du Défap, réunira des personnalités comme le chef de l’État Faustin-Archange Touadéra, deux des trois « saints de Bangui » – le cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et le pasteur Nicolas Guerekoyame Gbangou – ainsi que Jean-Arnold de Clermont, ancien président du Défap.

Rodolphe Gozegba détaillant les projets de l’association A9 lors d’une visite en France © DR

Tout au long de ses études de théologie, depuis la Fateb (Faculté de théologie évangélique de Bangui) jusqu’à l’IPT-Paris (Institut protestant de théologie), Rodolphe Gozegba De Bombémbé a gardé en arrière-plan de ses travaux et de ses réflexions le drame que vivait son pays, la République centrafricaine. Les maux y sont multiples et s’enchevêtrent. Le pays voit se succéder les épisodes de guerre plus ou moins ouverte depuis son indépendance ; le dernier conflit en date, la troisième guerre civile centrafricaine, s’est développé au cours de l’année 2013. Il a vu s’opposer les milices de la Seleka, à majorité musulmanes et fidèles au président Djotodia, à des groupes d’auto-défense chrétiens et animistes, les anti-balaka, fidèles à l’ancien président François Bozizé. Une guerre qui s’est traduite par des exactions sans nombre contre les civils et qui a laissé le pays déchiré et détruit. Depuis lors, la situation politique est d’une extrême instabilité, entre un gouvernement qui peine à faire reconnaître son autorité hors des limites de la capitale et des groupes armés qui revendiquent une légitimité politique. L’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR-RCA), signé en février 2019 avec 14 groupes armés, continue de servir de feuille de route pour la recherche de la paix et de la stabilité à long terme, même après le retrait des groupes armés liés à la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) en décembre 2020. La MINUSCA, force de maintien de la paix de l’ONU composée de plus de 15 000 hommes, reste présente dans le pays depuis 2014. Conséquence de cette instabilité récurrente, la RCA se classe au bas des indices du capital humain et du développement humain, à la 188ème place sur 189.

Le drame de la Centrafrique avait déjà influé sur le choix du sujet d’étude de Rodolphe Gozegba lorsqu’il était en France : la théologie de Jürgen Moltmann, une théologie de l’espérance et des recommencements. « Moltmann, à travers tout ce qu’il a vécu, soulignait-il, réussit à nous parler d’un Dieu non pas lointain, mais bien présent ; un Dieu qui compatit à la douleur et qui intervient, qui agit. » Après sa thèse de doctorat soutenue en décembre 2020, Rodolphe Gozegba est revenu à Bangui pour aider. Avec quelques amis, il a fondé l’association A9.

« Les tensions ont cassé toute cohésion sociale »

L’une des premières actions de l’association A9 à Bangui : participants du projet « Nourris ta ville en 90 jours » réunis lors d’une distribution de matériel © A9

A9 : une association qui s’est fixé comme but d’intervenir, non pas dans un seul domaine, mais de manière globale, face à tous les maux de la société centrafricaine. Et avec, dès l’origine, une sensibilité particulière à l’environnement, un aspect le plus souvent négligé dans un pays où la paix reste encore à construire. Parmi les facteurs qui ont le plus contribué à le pousser à créer cette structure, Rodolphe Gozegba cite « l’insécurité alimentaire, les effets du réchauffement climatique, les conséquences de la crise inter-communautaire de 2013 ». Sa toute première action aurait dû être la lutte contre les déchets plastiques, qui, explique Rodolphe Gozegba, « constituent une véritable menace pour la nature et pour la santé publique ». Mais au moment de lancer le projet, « il y a eu une attaque de la capitale par les rebelles, qui ont coupé les routes d’approvisionnement ; Bangui s’est retrouvée asphyxiée ; il fallait alors un plan d’urgence alimentaire. C’est ainsi que nous avons proposé le projet : Nourris ta ville en 90 jours ». Il s’agissait d’aider les habitants de la capitale à améliorer leur autonomie alimentaire, en cultivant de nombreuses parcelles inexploitées à Bangui. Un projet qui a reçu le soutien du Défap et de l’UEPAL, et qui a déjà donné sur place des résultats très encourageants.

C’est dans cette optique de recherche de solutions globales face aux divers maux de la société centrafricaine qu’A9 organise aujourd’hui son premier colloque, avec le soutien du Défap et en partenariat avec l’Université de Bangui. Il portera sur « Les voies de la paix face à la difficile construction de la cohésion sociale en Centrafrique dans un contexte de tensions internationales« , et se tiendra les 17 et 18 mars 2023 au siège de la CEMAC (la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale).

 

Entretien avec Rodolphe Gozegba sur l’association A9, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 novembre 2022 sur Fréquence Protestante

 

« Ce colloque, indique A9 dans la présentation du programme, s’inscrit dans un double contexte : d’une part, celui de la guerre russo-ukrainienne et ses incidences socio-politiques et économiques sur les pays en voie du développement ; et d’autre part, celui des tensions socio-politiques palpables en République centrafricaine. Les conséquences touchent surtout les populations civiles. La communauté internationale semble bien souvent impuissante. Construire la paix et la cohésion sociale est devenu difficile, cela demande beaucoup de bonne volonté et d’efforts de part et d’autre. Dans le contexte de la RCA, les tensions ont cassé toute cohésion sociale. La méfiance s’est installée au sein de la population alors que le peuple doit construire son avenir dans la paix et dans la cohésion sociale. »

Ce colloque, poursuit A9, « permettra de partager des expériences, de soulever des questions capitales relatives à la résolution des conflits dans un monde en transformation rapide. Ainsi, la consolidation de la paix et de la cohésion sociale devient impérative pour garantir un État de droit, les droits humains fondamentaux, les droits internationaux, etc. » Parmi les intervenants, notons la présence :

  • de Faustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine ;
  • de Jean-Arnold de Clermont, ancien président du Défap, actuel président d’honneur de l’Observatoire Pharos ;
  • du cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et du pasteur Nicolas Guerekoyame Gbangou (deux des trois « saints de Bangui », trois dignitaires religieux – un imam, un pasteur, et un archevêque – qui avaient choisi de prêcher ensemble la paix et la réconciliation au plus fort des affrontements qui, en 2013, laissaient craindre que la guerre civile ne dégénère en conflit religieux) ;
  • d’Abdoulaye Ouasselegue, président de la Communauté islamique centrafricaine ;
  • de Nupanga Weanzana, doyen de la Fateb.

Vous pouvez retrouver ci-dessous le programme complet de ce colloque :




Flore Badila : « L’Église doit revisiter son rôle prophétique »

La pasteure Flore Urbaine Badila Loupe est l’auteure d’une thèse sur l’engagement politique de son Église : l’EEC (Église évangélique du Congo). Thèse qu’elle compte publier prochainement ; elle bénéficie pour cela d’un congé-recherche et du soutien du Défap. Rencontre.

Flore Badila dans la bibliothèque du Défap © Défap

Flore Urbaine Badila Loupe vient de l’Église évangélique du Congo (EEC), issue des missions scandinaves et qui revendique aujourd’hui 225.000 membres au Congo-Brazzaville. Une Église qui fait partie de la Cevaa, et avec laquelle le Défap entretient des relations régulières. Pasteure, Flore Badila est aussi docteure en théologie, après avoir soutenu une thèse à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale) sur l’engagement politique de l’EEC. Elle est également vice-doyenne de la faculté de théologie protestante de Brazzaville, et vice-présidente de la conférence des ecclésiastiques de l’EEC.

Flore Badila avait déjà bénéficié d’une bourse du Défap pour un congé-recherche en 2014-2015. Elle avait alors effectué ses travaux à l’IPT-Montpellier. Désormais, il s’agit de publier sa thèse, qui devrait bientôt être disponible sous le titre : « Le rôle de l’Église dans la politique : quel prisme pour l’avenir de la cité ? ». Elle présente ici les grands axes de ses travaux sur l’engagement politique de l’EEC.

« Face à une position paradoxale de l’Église, souligne-t-elle, j’ai pensé que l’Église devait revisiter sa façon de faire, sa vision, et plus précisément son rôle prophétique, qui est de dénoncer les injustices, et de rappeler à l’ordre les gouvernants dans leur tâche de gouvernants. »
 

 




Madagascar : Mananjary après le cyclone

Mananjary, ville ravagée en février 2022 par le passage du cyclone Batsirai, et où la solidarité du protestantisme français avait permis de reconstruire deux orphelinats, craignait beaucoup l’arrivée de la super-tempête Freddy. Mais le cyclone était considérablement affaibli après sa traversée de l’océan Indien lorsqu’il a atteint la côte malgache au soir du 21 février.

L’arrivée de Freddy sur la côte est de Madagascar vue par satellite. Mananjary était au cœur de la zone touchée. © Nasa

Il y a un an presque jour pour jour, Mananjary était frappée de plein fouet par le cyclone Batsirai. Cette ville de la côte sud-est de Madagascar, face à l’océan Indien, est particulièrement vulnérable aux tempêtes tropicales qui, pendant toute la saison cyclonique, d’octobre à mai, arrivent de La Réunion avant de toucher la côte africaine. En février 2022, Batsirai avait détruit la localité à plus de 80%. Il avait fallu un soutien international de plusieurs mois, d’abord pour aider la population menacée par la famine et le manque d’eau du fait de la destruction des cultures et de la pollution de l’approvisionnement en eau potable, ensuite pour reconstruire. Deux orphelinats en particulier, le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et le centre Akany Fanantenana, avaient bénéficié d’une mobilisation inédite de plusieurs organismes protestants, La Cause, ADRA, le Défap et les Amis du Catja notamment.

En ce mois de février, Freddy, cyclone tropical de catégorie 5 né au large des côtes du nord-ouest de l’Australie, laissait craindre des dégâts aussi monumentaux. Le 16 février, alors qu’il traversait le sud de l’océan Indien, il était accompagné par des vents de plus de 265 km/h, selon le Joint Typhoon Warning Center, centre militaire américain de prévision des cyclones tropicaux. Et selon un autre organisme américain, la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration, en français l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique) Freddy était l’une des cinq tempêtes de catégorie 5 jamais enregistrées en février sur Terre. La seule tempête de février plus violente (par la vitesse de ses vents) était le cyclone tropical Winston de 2016.

Akany Fanantenana : « Les enfants vont bien, les adultes aussi »

Les effets du passage de Freddy au centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

Mais lorsqu’il a atteint la ville de Mananjary, le 21 février vers 19h30, heure locale, Freddy avait perdu beaucoup de sa force. La population s’était largement préparée, renforçant les toitures par des sacs de sable pour les empêcher d’être emportées ; plusieurs milliers de personnes de cette localité de 28.000 habitants (au milieu d’un bassin de population de près de 80.000 personnes) avaient été évacuées, rejoignant soit des proches dans des lieux moins exposés, soit des centres d’hébergement. Les vents au moment où Freddy a touché terre atteignaient les 110 km/h, avec des rafales à 130. Les témoignages sur place font état de toitures arrachées par les vents (le toit du stade a notamment été emporté), de portions de côte submergées par les vagues ; mais pas de pluies violentes comme celles qui, l’année précédente, avaient provoqué d’importantes inondations, aggravant les destructions ; et au final, des dégâts bien moindre que redouté.

Plus de 38.000 sinistrés ont néanmoins été recensés après le passage de Freddy dans le district de Mananjary par le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC). Une délégation présidentielle s’est rendue sur place dans les jours qui ont suivi, apportant des aides d’urgence : 50 tonnes de riz, 50 tonnes de légumineuse, 2 tonnes de farine et de sucre, de l’huile alimentaire et des matériaux de première nécessité pour les réparations – des tôles pour les toitures notamment. Le président Andry Rajoelina a rendu visite au Collège d’enseignement général (CEG), détruit par la tempête et dont il a promis la reconstruction rapide.

Au niveau des centres accueillant des enfants, le Catja et Akany Fanantenana, qui avaient pu être remis en état l’année précédente grâce à la solidarité du protestantisme français, les effets du passage de Freddy sont restés limités : les toits ont tenu. Le Catja a enregistré essentiellement des dégâts sur les cultures. Au niveau du centre Akany Fanantenana, là aussi, des dégâts sur les cultures, quelques tôles et un panneau solaire arrachés : « Tous les bâtiments sont indemnes, y compris le poulailler », a fait savoir le pasteur Élia Rozy, qui a fondé et qui gère ce centre avec son épouse Émilienne ; « les enfants vont bien, les adultes aussi ».




Un parcours œcuménique et écologique de Carême

Parmi les trois grands axes de travail que s’est fixé le Défap dans son programme « Convictions et actions – 2021-2025 » figure la sauvegarde de la création : le Défap veut ainsi « s’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine ». Des préoccupations souvent intimement liées, et que résume bien le concept de « justice climatique ». Le Carême peut être l’occasion de mûrir une démarche de changement, avec toute la profondeur spirituelle nécessaire, c’est-à-dire non seulement un changement mais une réelle conversion. En ce temps de crise écologique et climatique, une équipe œcuménique a construit pour le Carême 2023, à l’initiative d’Église Verte, une proposition de chemin d’écoute de la Parole de Dieu, de prière et de réflexion autour des enjeux écologiques.

Cette « retraite » de Carême est à vivre individuellement en ligne, ou bien à plusieurs en paroisse/Église locale, par exemple avec l’équipe Église Verte, ou avec des frères et sœurs d’une communauté chrétienne voisine. En effet, face à l’angoisse paralysante qui peut nous saisir devant l’étendue de la crise écologique, la réception communautaire est essentielle et favorise l’élan d’action.

Chaque semaine, du 22 février au 9 avril,

Ce parcours intitulé « Terre promise » propose :

  • En ligne : une méditation du texte d’Évangile du dimanche, un témoignage de chrétiens ayant vécu un chemin de conversion écologique, une vidéo invitant à choisir de poser des actions, et un temps de relecture de la semaine sous le regard de Dieu
  • En paroisse/Église locale : une lecture biblique et un temps de partage méditatif selon une méthode inspirée de la spiritualité ignacienne.

Porté par la plateforme catholique Prie en chemin, le parcours Terre promise est accessible soit sur le site internet, soit sur une application pour une écoute nomade, et nécessite une simple inscription à l’adresse suivante : https://prieenchemin.org/inscription-careme-2023/

Retrouvez dans les podcasts de l’EPUdF la présentation de ce parcours :