Méditation du jeudi 26 mars 2020. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar, pour les Églises et tout le pays, menacé par les effets du Coronavirus.

«Un homme appelé Lazare tomba malade. Il habitait Béthanie, le village où vivaient Marie et sa soeur Marthe. — Marie était cette femme qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et les essuya avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade. — Les deux soeurs envoyèrent quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, ton ami est malade. » Lorsque Jésus apprit cette nouvelle, il dit : « La maladie de Lazare ne le fera pas mourir ; elle doit servir à montrer la puissance glorieuse de Dieu et à manifester ainsi la gloire du Fils de Dieu. »

Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare. Or, quand il apprit que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l’endroit où il se trouvait, puis il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » Les disciples lui répondirent : « Maître, il y a très peu de temps on cherchait à te tuer à coups de pierres là-bas et tu veux y retourner ? » Jésus leur dit : « Il y a douze heures dans le jour, n’est-ce pas ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde. Mais si quelqu’un marche pendant la nuit, il trébuche, parce qu’il n’y a pas de lumière en lui. » Après avoir dit cela, Jésus ajouta : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller. » Les disciples répondirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » En fait, Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais les disciples pensaient qu’il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » Alors Thomas — surnommé le Jumeau — dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! »

Quand Jésus arriva, il apprit que Lazare était dans la tombe depuis quatre jours déjà. Béthanie est proche de Jérusalem, à moins de trois kilomètres, et beaucoup de Juifs étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler de la mort de leur frère. Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre ; mais Marie resta assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que même maintenant Dieu te donnera tout ce que tu lui demanderas. » Jésus lui dit : « Ton frère se relèvera de la mort. » Marthe répondit : « Je sais qu’il se relèvera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » — « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde. »

Sur ces mots, Marthe s’en alla appeler sa soeur Marie et lui dit tout bas : « Le Maître est là et il te demande de venir. » Dès que Marie eut entendu cela, elle se leva et courut au-devant de Jésus. Or, Jésus n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.

Quand les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie pour la consoler la virent se lever et sortir en hâte, ils la suivirent. Ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva là où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus vit qu’elle pleurait, ainsi que ceux qui étaient venus avec elle. Il en fut profondément ému et troublé, et il leur demanda : « Où l’avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » Jésus pleura. Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eux dirent : « Lui qui a guéri les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, de nouveau profondément ému, se rendit au tombeau. C’était une caverne, dont l’entrée était fermée par une grosse pierre. « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la soeur du mort, lui dit : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu’il est ici. » Jésus lui répondit : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté. Je sais que tu m’écoutes toujours, mais je le dis à cause de ces gens qui m’entourent, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Cela dit, il cria très fort : « Lazare, sors de là ! » Le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandes et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit alors : « Déliez-le et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, parmi ceux qui étaient venus chez Marie et avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. » 

Jean 11, 1-41

 

La résurrection de Lazare, Giotto, chapelle de l’Arena, Padoue, 1303

A travers ce long récit un homme, Lazare, entre dans la maladie, meurt, est enseveli selon le rituel, demeure quatre jours au tombeau, puis est réveillé de la mort à l’appel de Jésus, délié de ses bandelettes, libéré et rendu à la vie et à l’affection des siens. La mort et le désespoir sont vaincus, une confiance nouvelle naît autour de Jésus de Nazareth.

Combien d’hommes et de femmes, de génération en génération, ont médité, prié ce récit de résurrection, pour nourrir leur foi et leur espérance, mais aussi, dans de nombreux cas, pour déplorer la rareté des « miracles », et s’interroger sur le pourquoi de ce qu’ils ont vécu peut-être comme un non-exaucement de leur propre prière. Croit-on à cause des miracles ?

Le récit de la mort et de la résurrection de Lazare est également traversé par une autre histoire de mort, celle qui menace Jésus, dont ses disciples ont conscience et l’avertissent, et dans laquelle Thomas déclare vouloir le suivre : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! » Ainsi donc la mort, si déchirante et si crue dans sa matérialité malodorante pourrait, dans certains cas, devenir souhaitable ? Thomas sait-il ce qu’il dit dans son enthousiasme pour son maître, lui qui plus tard aura besoin du voir et du toucher pour croire à la résurrection ?

A toutes les questions que nous nous posons une parole de Jésus donne une orientation : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Donner sa vie à en mourir, et non sublimer la mort !

Le récit de la mort et de la résurrection de Lazare est une histoire d’amour : amour familial entre les deux sœurs et leur frère, amour de la communauté juive pour cette famille endeuillée, amour des sœurs pour Jésus, amour de Jésus pour les membres de cette famille. Il pleure en apprenant la mort de Lazare.

C’est cet amour qui trace un chemin de la mort à la vie : chemin de prière et de paroles, d’accompagnement fraternel, de peine partagée, d’espérance qui renaît, chemin de foi. Alors même le temps d’attente, celui qui est perçu comme un retard fatidique de Jésus, prend sens. Il ne s’agit ni d’indifférence ni d’impuissance mais de ce temps de Dieu qui nous dépasse, et où s’opère la gestation d’une vie renouvelée par la joie et la confiance. « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » dit Jésus.

Ton christ n’est pas sur la croix,
Il est croix même, corps dressé
Bras ouverts, en un ardent geste d’accueil
Il est vie, parce qu’un jour tu es avec lui
Entré en communion de toute ton âme,
Parce que de toute notre âme nous aussi
Nous avons un jour communié avec lui.
De corps à corps, d’âme à âme, désormais
Nous ne sommes plus que communion,
Autour d’une fontaine inépuisable.

Il est vie parce qu’il est allé au bout
D’une terrible mort pleinement consentie,
Et cette mort, il l’a une fois pour toutes
Transformée en un sûr passage
Vers la vraie Vie. Oui, ton christ
N’est pas sur la croix, il est croix même,
Chemins croisés de tous les exilés,
Chemins croisés de tous les assoiffés.
La fontaine est là, partageant ce don,
Nous ne sommes plus que communion.

Prière inspirée à François Cheng par le Christ sculpté par Pierre de Grauw, qui se trouve à la chapelle St Bernard de Montparnasse à Paris