Rencontre des ERM du 20 septembre 2018 © Défap

On parle de sujets très larges lors des rencontres des Équipes Régionales Mission. Y compris de musique… Quel rôle ont les chants, la louange, dans la vie d’une communauté et lors des célébrations ? «David Brown avait beaucoup axé sur la musique lors des cultes quand il s’occupait du programme Mosaïc», rappelle la pasteure Florence Taubmann, du service Animation-France du Défap, qui préside à la réunion. «Dans ma paroisse, souligne pour sa part le pasteur et musicien Pierre Alméras, j’essaie de trouver un équilibre entre l’émotion de la musique, et l’aspect plus intellectuel de la prédication. Ma paroisse est plus multispirituelle que multiculturelle : on y trouve des gens aux parcours spirituels très différents, et la musique est un facteur important pour faire le lien.»

En ce chaud après-midi du 20 septembre, dans la «salle de cours» du 102 boulevard Arago, à Paris, une quinzaine de représentants des Équipes Régionales Mission sont réunis. On évoque les projets en cours : celui de «mini-forum» de la région Centre-Alpes-Rhône, par exemple, avec une série de rencontres organisées simultanément le dimanche 7 octobre dans sept consistoires en partenariat avec le réseau «Bible et création». On parle de voyages solidaires, comme celui que l’association Espérance Nord-Sud organisera en janvier prochain au Cameroun. On parle de voyages de jeunes, comme celui qu’a effectué un groupe de région parisienne, qui a été accueilli lors d’un week-end à Londres par Andy Buckler, aujourd’hui à la Saint Barnabas Church mais qui a été aussi secrétaire national à l’évangélisation et à la formation au sein de l’EPUdF. On fait remonter des demandes auprès du Défap : «Notre région, indique ainsi le pasteur Georges Massengo, souhaite rencontrer des envoyés après leur retour de mission, pour échanger avec eux sur leur expérience et leur ressenti».

«Au bout d’un moment, il faudra choisir»

Tout au long de l’année, les ERM, composées de pasteurs et de laïcs, soutiennent la dynamique missionnaire des régions et des Églises locales ; les rencontres organisées à Paris sont l’occasion d’échanger des nouvelles, de coordonner les activités et, plus largement, de faire avancer les réflexions sur la mission. La musique, comme élément de la vie d’une communauté, en fait partie. On parle ainsi des mérites respectifs des divers recueils en fonction des générations et de l’arrière-plan spirituel (Nos coeurs te chantent, Les ailes de la foi, Jeunesse en mission…) ; mais sont abordés aussi des sujets parfois plus graves, et sans langue de bois. Des questions financières, par exemple, qui poussent parfois les Églises et les paroisses à des arbitrages qui tiennent plus compte des nécessités les plus urgentes que des besoins de la mission ; des problématiques liées à la croissance des Églises, au vieillissement de certaines communautés, au contexte de dissémination que connaissent certaines paroisses… On aborde la question des relations entre mission et évangélisation, celle de la laïcité et des difficultés de lier action sociale et annonce de l’Évangile…

La mission est aujourd’hui un chantier en cours – chantier qui concerne tous les organismes missionnaires européens – et ce contexte se ressent aussi au niveau du travail des ERM. La richesse des échanges lors des rencontres au 102 boulevard Arago en témoigne. «Il y a là des questions qui sont ressenties comme fondamentales», témoigne Florence Taubmann en marge de la réunion. Il s’agit de faire vivre des communautés humaines, avec toute leur richesse et leur complexité, ce à quoi les pasteurs membres des  Équipes Régionales Mission sont particulièrement attentifs : «L’Église me donne des outils, remarque ainsi Georges Massengo ; mais si je n’intègre pas les attentes de ma communauté, ça ne marchera pas. Au final, qui intègre qui ?» Il s’agit aussi de concilier les engagements, quand les personnes engagées sont déjà très sollicitées : «Dans le Sud-Ouest, beaucoup est fait en ce moment autour de l’accueil des migrants. Mais on ne peut pas indéfiniment disperser les forces : au bout d’un moment, il faudra choisir entre les migrants et l’aumônerie de la prison…»

«Tu peux changer le monde»

« 1914-1918 : Les protestants français et la mission, entre patriotisme et universalisme : parcours d’archives » éd. par Jean-François Faba, Claire-Lise Lombard, Bernard Moziman – Reims, Espace culturel protestant, 2017, 208 p., 25€.

Mais la mission a toujours poussé ceux qui s’y engageaient vers des terrains difficiles, en les confrontant aux réalités de leur époque. Ce que viennent rappeler Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, et Jean-François Faba, en présentant un ouvrage dont ils sont co-auteurs : 1914-1918 – Les protestants français et la mission, entre patriotisme et universalisme. La Première Guerre Mondiale n’a pas seulement représenté une terrible boucherie : elle a aussi provoqué de profondes remises en question au sein de toutes les sociétés impliquées. La Société des Missions Évangéliques de Paris, ancêtre du Défap, n’y a pas échappé. Déjà souvent en porte-à-faux par rapport aux projets coloniaux, les missionnaires de la SMEP se sont retrouvés face à des choix déchirants, accompagnant parfois jusqu’au champ de bataille les jeunes de communautés lointaines qu’ils étaient venus évangéliser. Leurs doutes, leurs interrogations, leurs controverses, leurs interpellations figurent encore aujourd’hui dans des lettres, qui racontent l’histoire de la mission protestante de Paris au cours de ce premier conflit mondial, et qui ont servi de base à cet ouvrage. Or, de cette histoire tragique, sont nées les bases de communautés qui sont encore vivantes aujourd’hui au sein de paroisses françaises, ou des institutions, comme les foyers des soldats, qui ont eu un rôle majeur pour ces mêmes communautés… alors même que les aumôniers n’y avaient pas le droit d’évangéliser.
Vous pouvez voir le tout début de cette intervention ci-dessous ; et écouter ci-dessus un enregistrement audio reprenant de larges extraits de cette présentation.

«Si Dieu nous envoie», rappelait le matin même dans sa méditation la pasteure Danielle Hauss-Berthelin, toute nouvelle inspectrice ecclésiastique, à l’occasion d’une rencontre entre les ERM et le bureau du Défap, «ce n’est pas pour vivre confortablement dans l’assurance de son amour et de son pardon. C’est pour que notre foi devienne une bonne nouvelle.» Elle venait alors de lire le début du chapitre 35 du livre d’Esaïe : «Le désert et le pays aride se réjouiront; la solitude s’égaiera, et fleurira comme un narcisse». Et pour illustrer sa méditation, elle avait présenté à tous une petite plante toute sèche : une rose de Jéricho. «Si je serre la main, avait-elle dit, il n’y a plus que de la poussière. Mais si je l’arrose, elle reprend vie.» Et joignant le geste à la parole, en mettant la plante dans un verre, elle avait ajouté : «On peut rester là à contempler les choses, ou se retrousser les manches et se mettre en mouvement. Tu peux changer le monde. Rien ne sera fait si tu ne pries pas. Laisse l’amour de Dieu t’envahir à la place de l’amour de toi.»
«14-18 : Des soldats venus d’au-delà les mers» : retrouvez en cliquant ci-dessous les documents qui ont servi de base à la présentation de Claire-Lise Lombard et Jean-François Faba :