« C’est jour de fête à Umm al-Kheir, un campement bédouin accroché à la colline, quelques mauvaises tentes déchirées par le vent, toilettes portatives et abris en tôle ondulée. Une clôture grillagée le sépare de la colonie israélienne de Karmel, villas attrayantes bénéficiant de tout le confort moderne, électricité, eau courante, système de traitement des eaux usées, jardins verdoyants, et une immense exploitation industrielle de volailles à quelques centaines de mètres. La convention de Genève prévoit bien que l’occupant israélien doit garantir l’égalité des moyens à tous les citoyens, mais ici clairement, certains sont plus égaux que les autres.

 

Les petits colons assistent à la partie, DR

 

Pourtant, la joie et les vivats, c’est du côté des Palestiniens qu’on les trouve aujourd’hui. Une équipe anglaise amateur, les cowboys de Bristol, est venue jouer au football avec les gamins du village. Le niveau technique est limité, et le terrain parsemé de rochers et broussailles n’est pas vraiment réglementaire, mais qu’importe, l‘enthousiasme est au rendez-vous et les joueurs se dépensent sans compter.

Catastrophe, un coup de pied plus fort que les autres expédie la balle de l’autre côté du grillage, dans la colonie. En principe, un bataillon de soldats israéliens aurait dû venir s’interposer, car ces jets de ballon intempestifs pourraient blesser malencontreusement un colon passant par là. Mais non, pas de soldats pour une fois, mais plutôt trois ou quatre jeunes colons qui, entendant les cris poussés par les petits palestiniens, se sont dit qu’eux aussi participeraient bien à la fête et sont venus à quelque distance pour regarder le jeu.

 

En fait, ils viendraient bien jouer ! / DR

 

Alors, pour quelques minutes hors du temps, nous avons assisté de loin à un rapprochement magique entre ces enfants. Les petits colons ont rendu le ballon par-dessus le grillage, puis sont venus au contact des petits Palestiniens, à travers le grillage. Ils ont échangé sourires, paroles, et jeux d’enfants. Mais bien vite, malheureusement, un colon athlétique en bermuda, lunettes noires, et doberman aux ordres, est venu mettre fin à cet « instant suspendu », et les petits colons ont dû regagner bien à regret leurs bunkers cossus.

 

Bref échange, avant qu’un colon adulte n’intervienne / DR

 

Espérons que ces enfants se souviendront de cet instant de grâce, lorsqu’ils se retrouveront peut-être face à face, plus tard, les uns dans la force d’intervention israélienne, les autres cagoulés et armés de lance-pierres. Alors, s’ils se souviennent… »

 

Jacques Toureille
22 novembre 2015