« L’enfant est le pied du vieux »

 

Former la jeunesse, leur donner les moyens de construire, au propre comme au figuré, le monde dans lequel ils évoluent, voilà bien une utopie qui mérite son lieu.

A l’origine, il y a un don. Comme toujours. Et quand il n’est pas financier, on devine néanmoins son importance. Il est indissociable de tout projet, et peut revêtir différents visages : volonté, envie et espérance étaient eux aussi de la partie.

 

Le centre de formation, DR

Le centre de formation, DR

L’espace de formation professionnelle Darvari de Saint Louis a donc été inauguré le mois dernier. Nous y étions en la personne du pasteur Jean-Luc Blanc. Mais l’histoire débute en 2009 avec la création d’un premier centre de formation dédié aux techniques du froid, le Centre liberté. Habilement mené, ce projet donne des idées et d’autres succès voient le jour à sa suite.

Passées les formalités administratives et les difficultés économiques, des solutions sont trouvées pour financer la construction d’un second centre de formation, dédié à l’apprentissage des techniques d’éco-construction géobéton. Deux années passent et nous voilà en 2013 : le chantier école débute sous la direction d’un spécialiste, Sirlin Loufimpou, grâce au don de M. Loyson, exécuteur testamentaire de monsieur Darvari.

 

Le chantier, DR

Le chantier, DR

Le pasteur Jean-Luc Blanc, acteur important du projet, témoigne : « cette idée de chantier école vient du Défap. Nous avions expérimenté ce type de projet à Djibouti et les résultats étaient vraiment positifs. Quand M. Loyson a vu la qualité des formations dispensées par le centre de Dakar, il a tout de suite voulu apporter son aide ».

L’inauguration s’est faite dans un climat solennel et largement multiconfessionnel : un imam, un curé, un pasteur, le préfet et le gouverneur avec en toile de fond l’hymne national et le fameux ruban n’attendant que d’être coupé pour donner vie au nouveau centre de formation. Quinze diplômes ont été remis aux jeunes, déjà prêts à rendre service au village qui les accueille.

 

L'inauguration du centre, DR

L’inauguration du centre, DR

Prochain défi : relancer la vente de terrains pour financer la suite du programme, à savoir deux écoles, un centre de santé, une maison d’hôtes et l’extension de la boutique. N’ayons pas peur de nos ambitions, elles servent le futur.

 

Des élèves du centre, DR

Des élèves du centre, DR




L’Église luthérienne du Sénégal : une petite jeune qui monte, qui monte !

 

Entre le 18 et le 25 octobre 2015, le Défap a eu le plaisir de recevoir, en visite officielle, le pasteur Mamadou Thomas Diouf, président de l’ELS, accompagné par son vice-président, le pasteur Pierre Adama Faye et la trésorière  générale du mouvement des femmes, Aïssatou Ndiaye.

 

C’est la première fois que vous venez à Paris dans le cadre de vos fonctions dans l’Église luthérienne du Sénégal. Qu’est-ce qui motive votre visite ?

Notre but initial était double : d’abord nous voulions réaffirmer les relations d’amitié qui nous lient avec les Églises de France, et ensuite remercier le Défap et la Cevaa, qui nous épaulent quotidiennement dans nos activités.

 

Délégation de l'ELS à Paris avec le pasteur Jean-Luc Blanc du Défap

Délégation de l’ELS à Paris avec le pasteur Jean-Luc Blanc du Défap (de gauche à droite : Jean-Luc Blanc, Thomas Diouf, Aïssatou Ndiaye, Pierre Adama Faye) DR

 

Vous aviez un programme assez chargé…

Oui, il nous fallait d’une part rencontrer les différents responsables des institutions protestantes françaises, à commencer le secrétaire général de l’Église protestante unie de France, Didier Crouzet et le président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine, que nous avons vu à Strasbourg. Nous avons également rencontré l’inspecteur ecclésiastique, Jean-Frédéric Patrinsky, et le responsable de l’entraide luthérienne, qui finance des projets dans notre pays. D’autre part, en région parisienne comme en Alsace, nous voulions faire le tour des paroisses qui travaillent avec nous, afin de dépasser la distance géographique qui nous sépare, et mettre des visages sur les noms !

 

Racontez-nous, en bref, l’histoire de votre Église… Comment les Sénégalais ont-ils rencontré le protestantisme luthérien ?

L’ELS a été fondée en 1974, date de l’arrivée – tardive, par rapport à d’autres pays africains – de missionnaires luthériens en provenance de Finlande. Ils se sont d’abord installés à Mbour, sur la côte, au sud de Dakar, notre capitale. Ils se sont ensuite enfoncés dans les terres vers l’est, en pays sérère. Là, ils ont aussi été bien accueillis – c’est la téranga [bon accueil, ndlr] sérère qui a joué – et ils ont annoncé l’Évangile avec grand succès. Du coup, nous avons de nombreuses communautés dans la région de Fatick.
Aujourd’hui, nous avons vingt-quatre pasteurs qui officient dans treize paroisses. Une partie de la communauté se consacre à l’annonce de l’Évangile, notamment en organisant des « caravanes d’évangélisation » qui vont dans les villages. Il y a toujours onze missionnaires finlandais dans la région, dont deux à temps partiel et de plus en plus de fidèles : presque 7 500 cette année.

 

Il y a d’autres Églises protestantes au Sénégal, où en est le projet de rassemblement de ces Églises à l’intérieur d’une fédération, comme en France ?

 

Nous avons effectivement parlé, avec la Fédération protestante de France, d’un rapprochement institutionnel possible entre nous-mêmes, l’Église Protestante du Sénégal (EPS) [fondée en 1862 par un missionnaire de la Société des missions évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap, ndlr] et l’Église Méthodiste du Sénégal.
Ce projet n’est pas nouveau et nous avons déjà des organismes communs, à commencer par le Comité évangélique pour la santé. Nous organisons chaque année, généralement entre le 17 et le 25 janvier, une semaine œcuménique et, bien sûr, nous nous invitons aussi mutuellement aux grandes fêtes. Les relations entre les femmes sont également très fortes, elles organisent régulièrement des réunions de prière en commun.

En octobre 2014, nous avons co-organisé, avec l’EPS, l’assemblée générale de la Cevaa, preuve que nous travaillons parfaitement bien ensemble, mais nous avons besoin de conseils pour créer une union visible et durable, à l’image de ce que vous avez, en France. C’est ce que nous avons expliqué à Georges Michel, le secrétaire général de la Fédération protestante de France.

 

Le Sénégal est un pays à majorité musulmane, quels sont vos rapports ?

La cohabitation est tout à fait pacifique et le dialogue islamo-chrétien est permanent. L’État est laïc et chacun peut choisir sa religion en toute liberté. Le pasteur Pierre Adama Faye, notre vice-président ici présent, est issu d’une famille musulmane par exemple. Il a commencé son parcours tout enfant à l’école coranique, puis il est allé à l’école catholique, une référence en matière d’éducation et, comme son frère ainé, il s’est converti au protestantisme luthérien au contact des missionnaires finlandais, en participant aux camps de jeunes et aux caravanes. Vous voyez…  ça fonctionne !

 

Quels sont les projets en cours avec le Défap ?

Le Défap finance pour nous la création de matériel catéchétique et ces dernières années il a octroyé une bourse pour un master en théologie. Nous avons également un projet d’édification d’un dispensaire. Par ailleurs, diverses aides en provenance de paroisses ou de comités d’entraide nous parviennent via le Défap.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné lors de votre séjour en France ?

La première chose qui nous a frappés et qui est vraiment différente dans notre pays, c’est « l’ancienneté » des communautés françaises : on voit bien plus de personnes âgées que de jeunes dans les cultes, dans les activités paroissiales etc. En Afrique, et au Sénégal comme ailleurs, c’est le contraire, nous avons beaucoup de jeunes.

 

Il y a aussi la question, toujours pendante chez nous, du ministère des femmes. Les paroissiens rencontrés aimeraient vraiment que l’ELS puisse avoir des femmes pasteures. Nous travaillons en ce sens, mais nous devons aussi tenir compte de notre contexte social et culturel. Cela dit, l’ELS forme désormais des femmes à la théologie, il y aura donc peut-être bientôt une ordination féminine…

 

Nous avons aussi constaté à quel point les Églises disposaient de moyens financiers importants pour faire vivre leurs communautés, alors même qu’il n’y a relativement peu de fidèles. Et paradoxalement, les responsables craignent de s’affirmer publiquement, comme s’il y avait une barrière infranchissable entre le domaine public et les activités religieuses. Un effet de votre perception de la laïcité, peut-être…

 




L’EPS : une Eglise en expansion

 

Le pasteur Mendy est responsable de la paroisse de Dieuppeul à Dakar.
Il a rendu visite au Défap dans le cadre d’une formation pastorale assurée par l’institution.

 

La vie au Sénégal

Les dernières élections ont mis au pouvoir le président Macky Sall. Celui-ci est « en train de tout faire pour lutter contre la corruption ». Il a mis en place une structure dédiée pour « poursuivre les personnes citées dans des malversations ». Il est aidé en cela par certaines organisations internationales.

 

Quant à la situation sociale, elle est tendue : pénurie d’eau, problèmes d’électricité mais également d’inondations, et problèmes scolaires… Les syndicats se battent pour une meilleure situation. Il faut « prier pour cette situation », dit le pasteur Mendy.

 

Pasteur Mendy

 

L’Eglise Protestante du Sénégal

Cette Eglise est issue de la Société des Mission de Paris (SMEP) de 1862 : elle est la deuxième Eglise reconnue officiellement par le gouvernement sénégalais, après l’Eglise catholique.

En effet, l’EPS est « invitée aux manifestations » étatiques, telle l’investiture du président, la fête de l’indépendance ou la cérémonie des vœux du chef de l’Etat.

 

L’EPS maintient également de « bonnes relations avec les autres Eglises du Sénégal », comme l’ELS (Eglise Luthérienne du Sénégal) ou l’Eglise méthodiste unie du Sénégal. Une « idée de création d’association d’un Conseil Chrétien avec ces deux Eglises » est d’ailleurs en train de voir le jour.

 

Outre les protestants, l’ELS entretient de bonnes relations avec les musulmans et avec l’Eglise catholique. « Nous avons souvent des échanges avec l’Eglise catholique » : notamment, chaque année, une semaine de prière pour l’unité des chrétiens est organisée au mois de janvier.

L’EPS vit ainsi en bonnes ententes avec les autres religions du pays.

Elle possède également des écoles gérées par l’APES (Association protestante d’entraide du Sénégal) qui est le bras séculier de l’Eglise.

Elle est constituée de trois paroisses : deux à Dakar (Plateau et Dieuppeul) et une à Saint-Louis (Khor).

Environ 1000 membres constituent cette Eglise, avec trois pasteurs consacrés et un pasteur stagiaire.

 

L’EPS & le Défap

 

Le Défap soutient l’EPS dans plusieurs projets. Aujourd’hui, il est particulièrement investi dans la création d’un Centre de formation professionnelle à Saint-Louis qui va être inauguré au mois de novembre 2015. C’est suite à un legs que le Defap a pu financer ce projet. Le gros œuvre des bâtiments a été réalisé sous forme de « chantier école » et a utilisé la technique du géo-béton, une manière de construire plus écologique. Le Centre sera inauguré en novembre 2015 et le pasteur Jean-Luc Blanc, du Défap, participera à cette inauguration.

 

Par ailleurs, à la demande de la Cevaa, le Défap est investi dans la formation permanente des pasteurs de l’EPS. A tour de rôle, ceux-ci viennent en France pour participer à des stages CPLR (organisme pour la formation permanente des pasteurs) avec leurs homologues français ainsi qu’à des stages pratiques sous la responsabilité de pasteurs de nos Eglises. C’est donc dans ce cadre-là que le pasteur Mendy a séjourné en France au mois d’octobre 2015.