Lettre de nouvelles : Dieu agit dans les petites choses

Pasteur et directeur du centre de formation de l’Église Protestante Évangélique de Djibouti, Bernard poursuit sa mission en tant que volontaire de solidarité internationale.

« Chers amis et compagnons de mission,

Tout d’abord, je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude pour vos prières et votre soutien constant. Grâce à vous, nous avançons ensemble dans cette oeuvre, et je sens que votre fidélité nous accompagne jusque dans les moments les plus simples de la vie quotidienne.

Quant à moi, je poursuis cette mission avec engagement et confiance. Les responsabilités sont nombreuses, mais je trouve dans la prière et la communion fraternelle la force de continuer. Être pasteur et directeur du centre de formation est une tâche exigeante, mais aussi une source de joie : chaque rencontre, chaque progrès des apprenants ou des fidèles me rappelle que Dieu agit dans les petites choses du quotidien.

Permettez-moi de partager quelques nouvelles du centre de formation. Le cycle d’alphabétisation soutenu par Caritas Djibouti s’est achevé en ce mois de mars. Une nouvelle étape s’ouvre désormais avec l’initiation à l’informatique, qui accueillera les enfants ayant terminé le programme ainsi que d’anciens apprenants intégrés dans l’école classique. Par ailleurs, dans l’atelier de coupe et couture, les femmes m’impressionnent par leur créativité : elles transforment des tissus recyclés en sacs, pochettes d’ordinateurs et divers articles, et s’initient désormais à la confection de tenues africaines inspirées des styles d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

De plus, l’EPED, toujours en partenariat avec l’Agence Nationale des Personnes Handicapées (ANPH), se prépare à accueillir cinquante-cinq nouveaux jeunes en situation de handicap. Ceux-ci seront formés aux métiers de la maçonnerie de finition, de l’électricité, de la plomberie et de la pâtisserie. À l’issue de leur parcours, chacun effectuera un stage d’immersion en entreprise, de deux à cinq mois, constituant une étape essentielle pour renforcer leur employabilité et favoriser une insertion durable.

Parallèlement, la vie paroissiale demeure un lieu de communion et de croissance spirituelle. Chaque vendredi et dimanche, les cultes rassemblent fidèles et amis dans une atmosphère fraternelle. Pour moi, ces moments sont comme une respiration : au milieu des tâches administratives et des projets, je retrouve la joie simple de prier et chanter ensemble. Quelques adolescents recevront bientôt le baptême, et je suis ému de voir leur foi grandir. Enfin, l’Assemblée Générale organisée récemment a permis de renouveler les instances de la communauté. Ce fut un temps de reddition de comptes, de responsabilité partagée et de prière pour l’avenir de l’Église.

La vie à Djibouti nous offre également des impressions fortes. Cette année, le Ramadan et le Carême chrétien se déroulent simultanément. Les journées sont calmes, presque suspendues, mais dès la tombée du soir, les rues s’animent, les marchés s’emplissent de couleurs et de parfums, et les familles se retrouvent après la rupture du jeûne. Pour nous, vivre le Carême dans ce contexte est une invitation à la contemplation et au respect mutuel. Deux traditions spirituelles différentes rappellent ainsi l’importance du jeûne, de la prière et du partage.

Peu à peu, la fraîcheur s’efface pour céder la place à l’été et à ses chaleurs intenses. Cette transition saisonnière rappelle combien la vie ici demeure profondément marquée par les contrastes du climat.

Dans ce contexte, j’exprime ma gratitude aux autorités publiques, dont l’attention constante se manifeste par des actions concrètes en faveur de la santé de la population. Afin de prévenir la propagation du paludisme et de la dengue, le gouvernement a récemment organisé une vaste opération de pulvérisation aérienne couvrant l’ensemble de la ville. Réalisée à l’aide d’un avion, cette initiative témoigne du souci permanent des responsables de protéger les habitants et de préserver le bien-être collectif.

Enfin, je voudrais dire un grand merci à mon épouse et à mes enfants. Leur présence à mes côtés est une source de réconfort et de force. Ensemble, nous partageons les joies et les défis de la mission. Les enfants, malgré le changement de système scolaire et de cadre de vie, poursuivent leurs études avec courage et détermination. Certes, l’adaptation n’a pas toujours été facile, mais je suis profondément reconnaissant de voir leurs progrès et leur persévérance. Leur curiosité et leur capacité à s’intégrer dans ce nouvel environnement sont pour moi un témoignage vivant de la grâce de Dieu. Ma famille est mon premier cercle de soutien : leur patience, leur courage et leur foi m’aident à tenir dans les moments de fatigue et me rappellent que la mission est aussi une aventure partagée.

Chers amis, je vous remercie encore pour votre fidélité. Chaque geste, chaque pensée, chaque intercession nous accompagne et nous fortifie. Vous êtes véritablement des compagnons de route dans cette mission, et nous rendons grâce à Dieu pour votre présence à nos côtés.

Que le Seigneur vous bénisse et vous garde. Recevez notre amitié fraternelle en Christ.

Bernard »

Télécharger la lettre




Philippe et Emilienne : en mission aux Antilles

Pasteur de l’Église protestante unie de France, Philippe part avec son épouse aux Antilles pour accompagner les communautés de Martinique et Guadeloupe. Voici sa première lettre de nouvelles, rédigée à l’issue de sa formation d’envoyé au Défap.

Philippe et Emilienne lors de la session de formation des envoyés du Défap © Défap

 

Téléchargez cette lettre de nouvelles en pdf

Lorsque j’ai été reçu Pasteur-proposant en 1989 au Cameroun dans l’Église presbytérienne camerounaise, il m’a été demandé de choisir un verset biblique qui pourrait traduire mon engagement dans le ministère pastoral.

J’ai choisi Esaïe 6 verset 8 :

« J’entendis la voix du Seigneur, me disant :

Qui enverrai-je ? Et qui marchera pour nous ? Je répondais : me voici, envoie moi. »

J’ai été ministre de l’Eglise au Cameroun, en Suisse puis depuis dix ans en France. Donc souvent en posture d’envoyé.

Philippe et Emilienne lors de la session de formation des envoyés du Défap © Défap

Il me reste bien peu d’années avant de prendre ma retraite. Un grand nombre de propositions m’ont été faites. J’ai d’ailleurs eu la tentation de céder à la préférence pour les voies les plus sûres. Les plus simples et habituelles. Curieusement, une fois de plus, je me suis fait prendre par le serment que le prophète Esaïe m’a proposé. Emilienne, mon épouse, me l’a rappelé et a fortement exprimé, cette fois-ci plus que les autres fois, son assentiment pour un retour à notre mission envoyée par le Seigneur.

« Me voici, envoie moi ». Cette fois ci c’est aux Antilles !

Le Défap m’a accordé le privilège d’aller pendant neuf jours aux Antilles rencontrer les conseils presbytéraux de la Martinique et de la Guadeloupe. Ce voyage a été très gratifiant. Il m’a permis de connaître ce contexte. Mais aussi et surtout écouter les attentes de ce poste. Ces communautés ecclésiales souhaitaient avoir un Pasteur qui pourrait rester pendant un long séjour. Pour une vie paroissiale accompagnée par un Pasteur, inscrite dans la durée. C’est la mission que je suis appelé à accomplir.

La formation que nous recevons ici au Défap est un ingénieux assortiment de réponses, d’outils pédagogiques et ressorts spirituels très adaptés à toutes les formes de missions d’envoyés. Je suis très reconnaissant pour tout ce qu’elle m’a permis d’engranger comme savoirs et précautions liés à ma mission.

Session de formation des envoyés du Défap, juillet 2023 © Défap




En mission en couple au Cameroun

Sylvaine et Pierre-Étienne sont membres d’une paroisse EPUdF de la Drôme. Elle est sage-femme ; lui a fait une carrière d’ingénieur chez EDF, mais a aussi suivi une formation pastorale en Suisse. Du 12 août au 3 septembre, ils sont partis en mission au Cameroun avec le Défap, où ils ont pu combiner accompagnement pastoral et soutien à l’équipe du Dr Nzambé à l’hôpital de Djoungolo (Yaoundé).

Sylvaine et Pierre-Étienne aux côtés de Célin Nzambe, médecin-chef de l’hôpital de Djoungolo © Sylvaine et Pierre-Étienne pour Défap

 
Quelles étaient vos motivations pour partir ?

Pierre-Étienne : Sylvaine avait déjà vécu, il y a cinq ans, une expérience d’envoi au sein d’une Église du Sénégal via le Défap. Pour ma part, je cherchais un engagement combinant humanitaire et lien avec les Églises. Notre mission s’est déroulée sur un temps court du fait des contraintes professionnelles de Sylvaine.

Sylvaine : Nous apprécions les valeurs portées par le Défap : aider sans se substituer, créer un maillage et des échanges entre les personnes. Nous étions motivés par l’idée d’un enrichissement mutuel.

L’arrivée à l’hôpital de Djoungolo © Sylvaine et Pierre-Étienne pour Défap

 
Qu’avez-vous vécu sur place ?

S. : Au départ, ce qu’on attendait de moi, c’était surtout une formation du personnel médical ; mais au fil des échanges, c’est devenu plutôt un partage de pratiques, et j’ai apprécié. C’était enrichissant dans les deux sens.

P.-E. : C’était important pour nous d’être accueillis en tant que couple, et d’être considérés comme complémentaires. J’ai été amené à avoir des activités plus pastorales, à faire de la relation d’aide par exemple ; Sylvaine apportait une aide plus concrète. Nous avons rencontré des gens formidables, qui méritent qu’on les connaisse et qu’on les soutienne. Et nous nous verrions bien repartir en mission courte dans l’année qui vient.

Vue d’une église de l’EPC (Église presbytérienne du Cameroun) à Djoungolo © Sylvaine et Pierre-Étienne pour Défap




Christophe Cousinié, un pasteur aux extrémités de la terre

Au Défap, on forme des envoyés pour travailler à des missions d’enseignement ou de santé… mais pas seulement. Outre les services civiques et les VSI, le Défap envoie également des pasteurs. Exemple avec Christophe Cousinié, actuellement en poste au sein de l’Église Protestante de La Réunion, dans une vidéo diffusée sur le blog « Pasteur du Dimanche », et sur « Regards Protestants ».

Christophe Cousinié et son épouse Caroline, pasteure elle aussi, lors de la formation des envoyés du Défap © Défap

Les envoyés sont, depuis toujours, l’un des aspects les plus visibles des activités du Défap. La session de formation qui se déroule tous les ans en juillet est d’ailleurs un moment charnière de l’année pour toute la vie de la maison. Mais cette visibilité ne signifie pas nécessairement que tous les enjeux de l’envoi de personnes sont bien perçus.

Derrière ces envois, il y a en fait des relations, entretenues sur le long terme ; et ce sont elles qui rendent ces départs possibles. Ces relations sont établies de longue date dans un réseau d’Églises, à la fois en France (parmi les Églises constitutives du Service Protestant de Mission, à savoir l’Église Protestante Unie de France, l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine, et l’Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France) et dans de nombreux pays. Ce réseau d’Églises qui va aujourd’hui de l’Afrique à l’Amérique latine, de l’Océan Pacifique à l’Océan Indien, et dont la constitution remonte à la SMEP (Société des Missions Évangéliques de Paris), a été formalisé en 1971 par la création de la Cevaa (Communauté d’Églises en Mission), née en même temps que le Défap, et où le Défap entretient une grande partie de ses relations. Sachant que depuis 1971, d’autres partenariats ont été établis au fil du temps, que ce soit avec d’autres communautés d’Églises (comme la Ceeefe, la Communauté d’Églises francophones), avec des fédérations (comme la Fédération Protestante de France), avec des services missionnaires (comme l’ACO, Action Chrétienne en Orient) ou avec des Églises (comme l’EPA, l’Église Protestante Africaine). Sans oublier les relations entretenues en France même, à la demande des Églises constitutives du Défap, avec des Églises que l’on dit parfois «issues de l’immigration» faute de terme plus adéquat : dépendantes à l’origine d’Églises-mères au Cameroun, au Congo ou à Madagascar, elles ont pu parfois prendre de l’autonomie au point de lancer leurs propres projets missionnaires, à la fois ici, et là-bas…

Des relations au long cours

Ce sont toutes ces relations tissées et entretenues au fil du temps qui sont en fait réactivées à chaque nouveau départ d’envoyé, à chaque échange de personnes. Ces relations vivent à travers des projets ; et bien souvent, les envoyés viennent ensuite aider au fonctionnement des projets. Une coopération avec telle Église pourra déboucher sur la création d’un dispensaire, d’une école ; et des envoyés du Défap viendront y prêter main-forte pour donner des cours ou pour soigner. Voilà comment naissent, au sein d’un milieu d’Églises, des activités liées à la santé ou à l’enseignement – activités laïques quoiqu’exercées dans un milieu d’Église.

Mais le Défap n’envoie pas que des services civiques ou des VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) : dans le cadre de ces relations entre Églises, il envoie aussi des pasteurs, dont la mission, non plus laïque mais clairement liée à la vie spirituelle de l’Église, est alors d’annoncer l’Évangile. C’est le cas de Christophe Cousinié, qui a suivi la formation des envoyés en juillet 2019 au Défap avec son épouse Caroline, pasteure elle aussi ; tous deux sont depuis en poste au sein de l’Église Protestante de La Réunion. L’EPR est membre à la fois de la Cevaa et de la Ceeefe ; en France, elle a des liens étroits avec l’EPUdF. Retrouvez ci-dessous le premier témoignage de Christophe Cousinié, diffusé en vidéo à la fois sur le blog Pasteur du Dimanche, et sur le portail Regards Protestants.




Caroline et Christophe Cousinié, l’engagement pastoral en couple

Des jeunes actifs ou des étudiants qui font une pause dans leurs études, des personnalités engagées de longue date à l’international… Les profils des futurs envoyés du Défap, qui se rencontrent et vivent deux semaines ensemble lors de la session de formation organisée chaque mois de juillet à Paris, sont multiples. Il y a aussi des pasteurs… Rencontre avec Christophe et Caroline Cousinié, un couple pastoral qui s’apprête à partir à La Réunion.
Caroline et Christophe Cousinié lors de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Que représente pour vous ce poste pastoral que vous vous apprêtez à occuper à La Réunion ?

Christophe Cousinié : C’est tout à la fois un projet personnel et familial, et une autre manière de vivre notre ministère : ailleurs, dans un autre contexte. Nous sommes tous deux pasteurs de l’EPUdF (l’Église Protestante Unie de France), nous partons pour l’Église Protestante de La Réunion (EPR) ; c’est une Église de tradition luthéro-réformée proche de l’EPUdF, mais avec d’autres repères, d’autres cultures. Pour moi, c’est aussi un peu une manière de prolonger la formation Emouna que j’ai eu l’occasion de suivre il y a deux ans [formation interreligieuse à la laïcité, aux institutions républicaines et aux grands projets de société inaugurée en 2016 par Sciences Po, NDLR]. Ce poste pastoral, je le vois un peu comme une nouvelle période de formation, avec un ministère très différent de ce que nous avons pu vivre tous deux jusqu’à présent, de nouveaux publics, une forte dimension des relations interreligieuses, et des cultures à découvrir : il y a notamment une forte présence malgache… Et au-delà du travail lié à la vie quotidienne de l’Église, au-delà d’un pôle local de la FPF (Fédération protestante de France) à dynamiser, il y aura un grand projet à accompagner : la construction du centre Martin-Luther-King (un projet soutenu par le Défap).

Caroline Cousinié : Nous apprécions beaucoup la dimension sociale, diaconale dans l’Église. Il y aura aussi bien sûr de l’inattendu, des rencontres… et ce qui est important pour nous en tant que pasteurs, c’est qu’il y aura une reconnaissance de notre ministère à deux. Nous avons deux profils différents, deux sensibilités, deux approches de notre ministère, et nous sommes complémentaires : c’est un atout dans ce genre de contexte, et ce sera intéressant dans le cadre de relations avec d’autres Églises qui ne reconnaissent pas toujours le ministère pastoral féminin.

Quel a été votre parcours jusqu’à présent ?

Caroline Cousinié : En ce qui me concerne, je suis jeune pasteure : j’ai occupé mon premier poste pastoral au sein de l’EPUdF à la Porte des Cévennes. Avant ça, j’ai pas mal voyagé : j’ai même fait un tour du monde en solitaire, sac au dos, après mes études de théologie. J’avais envie de rencontrer d’autres gens, d’autres manières de vivre la foi. De retour en France, j’ai eu l’occasion de travailler pendant un an dans une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) ; j’y ai eu un rôle d’éducatrice spécialisée auprès de mineurs isolés et sans papiers.

Christophe Cousinié : Après mes études à la Faculté de théologie protestante de Montpellier, et une année passée au Québec, j’ai débuté mon ministère pastoral en Ariège. Puis j’ai été appelé à diriger une maison de quartier à Toulouse, avec beaucoup d’actions d’alphabétisation, d’accueil de sans-papiers… Et plus récemment, nous sommes partis en famille dans le Piémont des Cévennes.

Que vous ont apporté ces deux semaines que représente la session de formation des envoyés du Défap ?

Caroline Cousinié : D’abord, des rencontres : avec les autres envoyés, dont nous avons pu apprécier toute la diversité ; avec, aussi, les formateurs, dont certains peuvent questionner, inviter au déplacement.

Christophe Cousinié : Quand on se retrouve avec les autres futurs envoyés du Défap, on se sent déjà un peu missionnaire, surtout en pensant à tous ceux qui sont passés dans ces mêmes lieux au cours de l’histoire de cette maison… Pour des pasteurs, c’est déjà une invitation à mieux comprendre ce qu’implique cette dimension missionnaire d’aujourd’hui. Et cette période de formation, avec l’accent qui est mis sur la dimension de l’interculturalité, nous permet de mieux intégrer l’idée qu’on va partir, sortir des habitudes… sortir de sa zone de confort. Au-delà de cet aspect, passer quelques jours au Défap permet de mieux en percevoir l’identité, de mieux comprendre la vie de la maison : c’est un lieu de passage permanent, on y croise toujours quelqu’un qui vient d’ailleurs…

L’île de La Réunion et l’EPR

L’île de La Réunion est un département d’Outre-mer situé dans l’Océan indien à 700 kms à l’est de Madagascar. La population (872 000 habitants) est particulièrement métissée. Elle est composée de personnes issues de Madagascar, d’Afrique, d’Inde, de Chine, d’Europe. Du point de vue religieux, l’île est à 85% catholique, 7% hindouiste, 2% musulmane. Les protestants représentent moins de 1% de la population et se répartissent entre évangéliques et luthéro-réformés.

L’Église protestante de La Réunion est membre de la Cevaa-Communauté d’Églises en mission et de la Ceeefe-Communauté d’Églises protestantes francophones, membre associée de la FPF. Elle dispose de deux postes pastoraux et travaille sur deux pôles, un à Saint-Denis dans le nord de l’île, et un dans le sud où doit être construit le futur centre communautaire Martin-Luther-King, avec le soutien du Défap et de la Cevaa. Elle rassemble environ 500 personnes.




« À Maurice, ‘God is One’ »

Iris et Frank Reuter sont partis trois mois à l’Île Maurice dans le cadre d’une activité missionnaire. Ils assurent des formations sur les activités d’animation et s’occupent de l’école du dimanche. Ce projet de travail avec l’Eglise est soutenu par le Défap. Iris Reuter nous livre ici son témoignage.

« « Plus de la moitié des Français ne se réclament d’aucune religion », titre le journal Le Monde dans son édition du 7 mai 2015. Quelle différence avec la société d’ici, à l’île Maurice.

En balade au bord de la mer, j’arrive à la plage joliment dénommée « Le Bouchon ». Au bord de l’eau, un petit autel hindou. À quelques pas de là, une minuscule chapelle dédiée à Marie. Je roule en voiture et, au bord d’un port, quelques panneaux peints aux couleurs du drapeau mauricien (rouge comme le flamboyant, bleu comme le ciel, jaune comme le soleil, vert comme la canne à sucre), portent des inscriptions : l’environnement propre = santé. Et juste en dessous : « God is One ». Dans les villages, des murs sont peints avec des phrases : « Un esprit positif est un esprit paisible », ou « Un esprit positif est un environnement sain ».

Les religions, hindouisme, christianisme et islam, coexistent d’une manière naturelle. Chacun a son Dieu, pratiquement tout le monde est croyant. Il semble aller de soi que transcendance et immanence sont un. Je ne sais pas si la société est plus tolérante ou plus juste pour autant, je ne la connais pas encore assez, mais le fait est que les religieux ont souvent lutté pour les droits des engagés (Gandhi et ses collaborateurs), l’éducation pour tous (Jean Le Brun, fondateur de l’Église presbytérienne), ou encore  l’abolition de l’esclavage. La religion n’est donc pas vécue comme un « opium du peuple », mais comme la recherche d’une vie meilleure pour tous.

Je me sens bien dans une telle perception de la religion. Temple hindou, église catholique ou mosquée, on se sent le bienvenu, même si on ne partage pas la religion. Je me sens à l’aise dans une telle société. C’est si différent de la France, où la suspicion pèse sur toute religion. Pour moi, la religion, ou plutôt la foi, est une dimension naturelle et qui donne du sens pour l’humain et je me reconnais dans l’esprit de tolérance et d’accueil vécu ici.

Eglise Saint Columba à Phoenix

 

Mais comme toujours, tout n’est pas rose pour autant. Ainsi, il paraît que lors des recensements, le gouvernement (issu de la majorité hindoue) cherche à occulter les milliers de conversions des hindous au christianisme, notamment vers les mouvements évangéliques et pentecôtistes. Certains disent que le dialogue interreligieux sert notamment à éviter « que tout n’explose ». Lors des mariages mixtes de femmes chrétiennes avec un homme hindou ou musulman, souvent ces dernières doivent quitter leur religion d’origine. Mais est-ce là une question de religion ou de relation entre les sexes ?

Certes, je pense qu’au fond, chaque religion (mais pas pour autant chaque croyant !) a la conviction de détenir la vérité. Mais si cela n’empêche pas de vivre en tolérance avec le voisin qui ne croit pas la même chose, cela me va. Si cela permet de pratiquer en toute simplicité, cela me va. Car au fond : God is One… même si les religions sont multiples. »

Iris Reuter




Karen Smith et l’islam : oser la rencontre

Karen Smith, pasteure à l’université d’Ifrane, au Maroc, dont le ministère est soutenu par le Défap, est en tournée dans les paroisses du Sud-Ouest de la France pour partager son expérience du dialogue interreligieux. Rencontre avec une personnalité lumineuse.

Karen Smith © F. Lefebvre-Billiez pour Défap

Ce qui frappe d’emblée chez Karen Smith, outre sa vitalité et son savoureux accent américain parfois émaillé d’un mot d’arabe, c’est son refus de s’arrêter aux codes et aux apparences. « Dans le RER, raconte-t-elle à peine arrivée à Paris, j’avais une grosse valise. Au moment de descendre à la station Denfert-Rochereau, une jeune femme en hijab me demande : « Puis-je vous aider ? » Et elle a été très touchée quand je lui ai répondu quelques mots en arabe. C’est ça, l’esprit de l’accueil au Maghreb. Nous aussi, nous avons besoin de pouvoir accueillir les minorités aussi chaleureusement. Et de les accueillir en entier, avec leur foi. Permettre que leur foi devienne point d’interrogation pour nous, et que la nôtre devienne point d’interrogation pour eux. Il faut oser la vulnérabilité, l’échange vrai avec l’autre… »

Karen Smith est pasteure à l’université d’Ifrane, au Maroc, depuis 1996. Comme chaque année depuis 2008, elle est de passage en France à l’invitation du Défap, où elle vient parler de son expérience du dialogue interreligieux. Après les paroisses de l’Est et du Pays de Montbéliard en 2013, au tour des paroisses du Sud-Ouest (voir agenda). Pour elle, l’ouverture à l’autre, à l’étranger, date de l’enfance : à 12 ans, il lui arrivait de travailler comme bénévole auprès de Vietnamiens réfugiés aux États-Unis. Sa vocation pastorale s’est révélée de manière tout aussi précoce : née dans une famille baptiste du Kentucky, avec un père et deux oncles pasteurs, elle se voyait tout naturellement « full time minister », comme elle le dit elle-même – travaillant à temps plein pour le Seigneur. Pour concrétiser cet engagement, il lui aura pourtant fallu aller jusqu’au Maroc ; entre-temps, elle aura vécu la montée des thèses conservatrices et fondamentalistes au sein de son Église, une quête personnelle qui, après des études universitaires de philosophie, l’aura menée chez les protestants d’Atlanta et chez les bénédictins du Minnesota pour étudier la théologie… Sans compter une année au Burkina-Faso, en 1986-87, consacrée à l’aide aux réfugiés.

« Je ne peux pas prier avec vous »

Karen Smith dans les jardins du Défap

Karen Smith : rencontre entre religions au Monastère Notre Dame de l’Atlas

Karen Smith : la société marocaine face aux fondamentalismes chrétiens et musulmans

De ce goût tôt marqué pour le dialogue et la découverte de l’autre, de ce souvenir du raidissement qu’elle a vécu au sein de sa propre Église, Karen Smith a gardé la volonté d’une authenticité dans les échanges et une méfiance vis-à-vis des certitudes trop haut proclamées. Son intérêt pour les relations avec l’islam datait d’avant même ses études universitaires ; il n’aura fait que s’accroître ensuite, y compris à travers des rencontres douloureuses. Elle évoque ainsi ce musulman victime de la guerre de Bosnie-Herzégovine, auquel elle avait proposé de prier ensemble pour la paix : « Je ne peux pas », avait-il répondu ; « je ne peux pas prier avec vous ». Sur sa poitrine, un soldat serbe avait gravé au couteau une grande croix.

Mariée à un enseignant de haut niveau en informatique, baptiste comme elle, et fils d’un pasteur, mais ayant grandi en Indonésie, Karen Smith a longtemps cherché où exercer son ministère sans être séparée de son mari. Jusqu’à ce que tous deux apprennent, par un ami, en 1995, ce projet du roi Hassan II de créer de toutes pièces un campus à l’américaine au milieu des montagnes du Moyen Atlas. Avec l’idée de former la future élite marocaine, ouverte aux idées occidentales et aux échanges internationaux, dans ce cadre à part, protégé de l’agitation des grands centres urbains mais à une heure à peine de Fès et Meknès. Tout devait être mis en œuvre pour éviter la fuite des cerveaux, garder les jeunes talents au pays et permettre les échanges avec des universités étrangères de renom. Versant religieux de cette volonté d’ouverture, le campus devait être doté d’une mosquée, d’une église et d’une synagogue. Il cherchait encore à recruter des enseignants… et il lui manquait un pasteur. Un poste non rémunéré : qu’importe…

Sa découverte de l’université Al Akhawayn d’Ifrane, Karen Smith en parle avec une émotion intacte : « un lieu protégé, en pleine nature, dans les montagnes ; c’était beau, frais, environné de cèdres, avec des singes dans les arbres… » Mais la beauté du lieu ne cache pas longtemps la misère environnante : la toute nouvelle pasteure de l’université d’Ifrane découvre bientôt la vie des bergers du Moyen Atlas, privés du confort le plus élémentaire et même du droit de bâtir des maisons en dur, vivant dans de précaires cabanes édifiées à partir de matériaux de récupération. Elle s’implique au sein d’une association, « Hand in hand » (« Main dans la main ») qui vise à favoriser le développement dans la région. Puis elle obtient que les étudiants puissent, au cours de leur cursus, s’engager dans des actions sociales dans les villages voisins du campus : « S’il s’agit de les ouvrir au monde, aux autres religions, il ne faut pas oublier de les ouvrir vers leurs propres concitoyens, vers les démunis… »

« Créer une communauté chrétienne capable d’entrer en dialogue avec les musulmans »

Son but principal reste, toutefois, de créer une communauté chrétienne. Non pas en allant prêcher l’Évangile, mais en rassemblant les quelques dizaines d’étudiants et professeurs étrangers présents parmi les quelque 1500 étudiants du campus, « pour qu’ils ne soient plus isolés au sein d’une société musulmane, mais qu’ils se perçoivent en tant que groupe chrétien, capable d’entrer en dialogue avec les musulmans ». Pour cela, Karen Smith met progressivement en place des ateliers de lecture biblique où se retrouvent les étudiants catholiques, protestants, orthodoxes venus sur le campus dans le cadre des échanges inter-universitaires. La lecture du Coran n’en est pas absente, et il arrive que des étudiants musulmans y viennent aussi… La cause du dialogue islamo-chrétien, année après année, fait des adeptes. Ses étudiants créent un club, « Interfaith Alliance Club of Al Akhawayn University ». Ils vont ensemble à la rencontre des moines trappistes de la communauté de l’Atlas, à Midelt – une petite communauté issue de Tibhirine, en Algérie. Tout comme ils vont à la rencontre de sheikh Sidi Hamza al-Qâdiri Boudchich, une figure très populaire du soufisme.

Karen Smith fait aussi connaissance au fil des ans avec l’Église Évangélique au Maroc et découvre avec joie ce protestantisme francophone si différent du protestantisme anglo-saxon qu’elle connaissait jusqu’alors. Elle devient bientôt membre de la commission exécutive de l’EEAM, parcourt le pays pour y animer études bibliques, cultes, formations… Des activités qu’elle exerce longtemps, là aussi, de manière bénévole. Jusqu’à ce que l’EEAM, désireuse de pérenniser son poste, se mette en quête de partenaires. De là datent les liens de Karen Smith avec le Défap, qui, désireux d’encourager cette expérience exceptionnelle de dialogue avec l’islam, aide à financer à partir de début 2008 une partie de son ministère. Et lui demande, en échange, de venir témoigner une fois par an auprès des paroisses françaises, elles-mêmes confrontées à cette problématique du dialogue interreligieux… mais dans une perspective inversée : « Au Maroc, souligne Karen Smith, ce sont les chrétiens qui sont minoritaires. Ce qui me permet, ici, en France, de mieux comprendre et de plaider la cause des minorités musulmanes… »

Franck Lefebvre-Billiez

Pour aller plus loin :
L’agenda de la tournée de Karen Smith dans le Sud-Ouest :

– 23 mai : conférence débat : « Le dialogue islamo- chrétien aujourd’hui » (20h30 – Espace protestant Gratiolet, Sainte-Foy-la-Grande)
– 25 mai : journée missionnaire : « Présence et témoignage chrétien en milieu musulman et dialogue interreligieux » (10h30 – Maison Paroissiale de Pau)
– 26 mai : repas-débat : « La prière dans l’islam et le christianisme » (19h – Espace culturel Protestant de Toulouse)
– 27 mai : rencontre avec les membres de la paroisse d’Agen au presbytère : « La grâce dans l’islam et le christianisme (15h – 21 rue Griffon), puis conférence organisée par le comité interreligieux : « Le dialogue des religions est-il possible ? Un exemple : le Maroc » (20h30 – Salle de la Rotonde, Stadium d’Agen)
– 28 mai : conférence : « La prière dans l’islam et le christianisme » (14h – Fondation John Bost, La Force, près de Bergerac)

Portrait de Karen Smith dans Réforme, juin 2012