Madagascar : «Un projet de couple, mûri à deux»

Yoann Deguilhaume avec les enfants accueillis par les Sœurs de Mamré © Défap

 

 

 

 

 

 

 

Dans quel contexte êtes-vous partis à Madagascar ?

Coralie Deguilhaume : Nous sommes partis à Tananarive, la capitale, comme envoyés du Défap, avec le statut de VSI (Volontaires de Solidarité Internationale). Nous avons été accueillis par la communauté protestante des Sœurs de Mamré, qui sont engagées auprès des enfants les plus démunis. J’avais une mission d’enseignement du français dans trois écoles. Il s’agit d’établissements de la FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy Eto Madagasikara, ou Église de Jésus-Christ à Madagascar, de tradition réformée).

Yoann Deguilhaume : Pour ma part, je travaillais dans la cantine solidaire des Sœurs de Mamré. Elles y distribuent des repas pour les enfants les plus défavorisés de l’école primaire publique du quartier – un projet financé par la fondation La Cause. J’intervenais en soutien éducatif à l’animateur qui se trouvait déjà sur place. La cantine accueillait à peu près 80 enfants lors du repas de midi les jours d’école, avec des temps d’activité prévus avant ou après – sachant que les enfants n’arrivent pas tous à la même heure, vu que les enseignants, qui ont des classes surchargées, ne peuvent pas accueillir tout le monde en même temps…

Qu’est-ce qui vous a poussés à partir avec le Défap ?

Coralie : Nous étions déjà engagés au niveau local, et régional, à plusieurs niveaux : au sein des Éclaireurs et Éclaireuses Unionistes de France, au sein de l’Équipe Jeunesse Régionale Centre-Rhône-Alpes… J’étais aussi partie en Inde avec les Éclaireurs… J’avais envie de repartir, mais sur un temps plus long ; et nous avions tous les deux envie de nous engager dans quelque chose de plus universel. Le Défap ne nous était pas étranger, puisque diverses personnes dans notre entourage étaient déjà parties avec cet organisme.

Yoann : C’était vraiment un projet de couple, que nous avons mûri à deux. C’était un moment de notre vie – à la fin de nos études – où nous pouvions choisir de mettre un temps à part pour vivre autre chose. Nous avions tous les deux envie de nous confronter à d’autres manières de vivre, et de faire de nouvelles rencontres. Élargir notre horizon… et peut-être aussi nous prouver qu’il est possible de vivre ensemble malgré les différences culturelles. C’est un défi dont on parle souvent en France ; nous voulions le relever en partant au loin, en étant nous-mêmes les étrangers, pour réussir à vivre ensemble dans un autre contexte et malgré les différences.

Comment s’est passée votre installation ?

Coralie : Nous sommes arrivés en octobre 2017 et nous avons été accueillis dès l’aéroport par une délégation de la FJKM. On nous a fait visiter la capitale, on nous a aidés dans nos démarches administratives… Nous avons ensuite été reçus par les Sœurs de Mamré. Nous logions tout près, dans le même quartier. Les Malgaches sont réputés accueillants et chaleureux : tout au long de l’année, nous avons pu le vérifier.

Yoann : Comme je travaillais avec les enfants du quartier où nous étions logés, je les croisais régulièrement dans la rue, je rencontrais leurs parents… Si la vie à Tananarive est très dense, notamment le long des principaux axes, nous avions la chance d’être dans un endroit qui n’était pas accessible aux voitures, plutôt calme, ce qui facilitait les rencontres. Nous y avons pris nos marques, petit à petit. Nous avons appris quelques mots de malgache pour pouvoir nous débrouiller dans la vie quotidienne, sur les marchés, négocier avec les marchands…

Florence Taubmann (au fond, à gauche) avec les envoyés du Défap à Madagascar, en novembre 2017 © Défap

Quel bilan tirez-vous de votre séjour et de votre mission ?

Coralie : Sur le plan du travail, j’ai l’impression d’avoir réussi quelque chose. L’apprentissage du français est difficile pour les élèves à Madagascar ; j’avais une mission de soutien à l’expression orale, et mon but était surtout de leur donner confiance. Leur permettre de dépasser la peur de s’exprimer, pour qu’ils puissent vraiment progresser. Sur ce plan-là, c’était réussi. J’ai pu monter divers projets qui les ont motivés, tournant autour de l’expression théâtrale, du chant, et même d’un journal : c’était, pour moi comme pour eux, une année riche de réalisations, qui leur a permis d’expérimenter des choses différentes. À la fin de l’année, ils s’exprimaient en français avec beaucoup plus d’aisance qu’au début. J’ai bien conscience que rester seulement une année sur place, c’est un peu court ; et que sur un délai plus long, nous aurions pu nouer davantage de liens avec les familles… Mais les retours que nous avons pu avoir sont déjà très positifs.

Et sur le plan personnel, cette année a été très riche. Au-delà du travail proprement dit, nous avons vite noué des liens avec la paroisse locale de la FJKM, nous avons assisté aux cultes en malgache ; et nous avons proposé nos services. Nous sommes musiciens tous deux, et la musique est une part importante de la vie communautaire à Madagascar : nous nous sommes beaucoup investis, notamment dans la chorale, et nous avons pu nous faire de vrais amis. Les cultes sont très vivants Madagascar, si bien que la différence de langue n’est pas vraiment un obstacle pour y vivre des moments forts. Nous avons pu nouer là-bas de vraies amitiés, et nous avons pu le mesurer pleinement la dernière semaine, juste avant notre départ : il y avait toujours du monde à la maison, qui passait pour nous dire au-revoir. Ces amitiés, cette chaleur dans les échanges et les partages, c’est aussi ce que nous allions chercher à Madagascar ; c’est ce dont nous voudrions témoigner autour de nous, maintenant que nous sommes rentrés en France.

Yoann : Le plus important à dire, c’est que nous avons été heureux à Madagascar, en dépit de toutes les difficultés, qui sont réelles. Nous avons fait beaucoup de rencontres ; nous avons pu trouver tous deux notre place dans notre mission, dans le contexte de notre travail… Nous avons pu nous investir beaucoup auprès des enfants, ce que nous avons fait a été apprécié, et cet accomplissement dans notre travail a représenté pour nous un véritable épanouissement. Sur le plan personnel, nous gardons des souvenirs inoubliables, nous avons découvert les chants malgaches, la musique malgache, nous nous sommes fait des amis… Et nous nous sommes découvert là-bas une famille. Il y a quelque chose qui transcende les frontières, qui nous rassemble, même si on n’exprime pas les choses de la même manière. C’est aussi ça, ce que nous espérions trouver.

 

Retrouvez dans la vidéo ci-dessous une présentation de Madagascar, des liens existant aujourd’hui avec les Églises protestantes de France, et des actions du Défap.

 




L’enjeu du français à Madagascar

Étudiants de l’IFRP © Dominique Ranaivoson pour Défap

Madagascar a deux langues officielles : le malgache (ou malagasy) et le français. Le malgache est la langue du quotidien ; le français, celle des procédures, des lettrés, de l’enseignement supérieur… Maîtriser le français est déjà un signe de réussite sociale, ou une grande aide pour y parvenir. Mais dans un pays qui figure parmi les plus pauvres du monde, dont l’indice de développement humain le classait en 2016 à la 154ème place sur 188 pays étudés par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), et où les trois-quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté, l’enseignement est souvent sacrifié face aux nécessités du quotidien. Madagascar est le cinquième pays au monde avec le plus grand nombre d’enfants non scolarisés. Voilà pourquoi les actions du Défap dans ce pays tournent essentiellement autour de l’enseignement ; et notamment celui du français. Avec des envoyés dont certains sont présents auprès des plus jeunes (par exemple auprès de la communauté des sœurs de Mamré, à Tananarive, qui fait de l’accueil périscolaire) et jusqu’au niveau des études supérieures.

Dominique Ranaivoson fait ainsi régulièrement des séjours courts (de une à quatre semaines) pour assurer des sessions intensives de soutien en français auprès des étudiants de l’Institut de Formation et de Recherche Pédagogique. L’IFRP a été créé peu avant les années 2000 pour y former les futurs enseignants des écoles de la FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy Eto Madagasikara, ou Église de Jésus-Christ à Madagascar), l’une des deux Églises partenaires du Défap dans l’île avec la FLM (luthérienne). Ces écoles représentent un réseau de 530 établissements protestants répartis surtout sur les Hauts-Plateaux, sur la côte Est, et dans quelques villes du Nord (Diego, Sambava) et de l’Ouest (Majunga, Marovoay). D’où l’enjeu crucial représenté par la formation de ces enseignants.

Un anniversaire… et un toit à réparer

Un enjeu qui s’est d’ailleurs accru, comme l’a constaté Dominique Ranaivoson lors de sa dernière mission d’enseignement en avril-mai 2018 : «les conditions d’entrée à l’IFRP ayant notablement changé (le diplôme étant reconnu par le ministère, les étudiants ont désormais l’équivalence de la licence et seront autorisés à postuler dans le public), le nombre d’étudiants a beaucoup augmenté, souligne-t-elle. L’ensemble des 1ère année s’élève à 109.» Pour ce séjour, note-t-elle, «contrairement aux autres années, j’ai donné cours à tous les niveaux, soit les trois années divisées en deux sections, les primaires et les secondaires.» Avec un constat qui reste le même pour les étudiants : si les instructions ministérielles obligent ces futurs enseignants à faire leurs cours partiellement en français, en dépit de leurs diplômes et leurs connaissances théoriques, peu arrivent à maîtriser correctement à la fois l’oral et l’écrit. Et avec des difficultés nouvelles dues à cet accroissement du nombre d’étudiants : Dominique Ranaivoson se retrouve ainsi, au cours de sa mission, «à faire parler 98 étudiants, dans une salle qui résonne et avec des étudiants au niveau très hétérogène (certains parlent très bien, d’autres pas du tout)».

Mais l’IFRP aussi a ses propres difficultés, notamment matérielles. En cette année 2018, l’établissement a fêté son vingtième anniversaire. L’occasion de tirer un bilan et de souligner la croissance de l’Institut – sur la période 2000-2017, 435 étudiants y ont été formés, et pour cette seule année 2018, il en compte 260, encadrés par une soixantaine d’enseignants – mais aussi de faire avancer des projets plus pratiques. «Le samedi 21 avril, raconte Dominique Ranaivoson, une grande cérémonie a marqué l’anniversaire des 20 ans de l’établissement. À cette occasion, 1300 enveloppes contenant une plaquette de présentation et un appel à dons ont été distribuées. L’objectif est de financer la réfection du toit et l’achat d’une voiture pour les besoins communs.»

Une quête effrénée de supports en français

Spectacle à l’IFRP © Dominique Ranaivoson pour Défap

Pour les formations courtes et intensives qu’elle anime à raison de deux fois par an, et qui viennent s’ajouter aux cours de langue classiques fournis à l’IFRP, Dominique Ranaivoson utilise des supports très divers. Chants, sketchs, sorties culturelles… L’un des outils les plus prisés : la Petite Bibliothèque portative, un ensemble de textes divers en français dont l’édition est soutenue par le Défap, rassemblés dans une valise qui est généralement offerte aux étudiants en début de cycle. «D’anciens étudiants, actuellement en poste et rencontrés le 21 avril, et les 3ème année qui ont effectué des stages m’ont répété combien la Petite Bibliothèque leur est utile», souligne Dominique Ranaivoson. Encore faut-il pouvoir en disposer sur place ; et sinon, savoir improviser. Dominique Ranaivoson décrit ainsi les conditions dans lesquelles a commencé sa mission d’avril-mai : «Les « Petite Bibliothèque », envoyées par le Défap par container, ne sont pas arrivées et mes outils d’animation (albums, jeux, documents) sont en séries de 30. Il faut donc que je trouve d’autres supports. Je dois confectionner des polycopiés à partir du manuscrit du futur manuel. J’effectue 1500 copies, distribuées au fil des cours, achète des petits livres de contes pour travailler en groupes. Je ne peux exploiter ni la foire du livre (reportée en juin pour cause de grèves en ville), ni le festival du film court qui s’est déroulé mi-avril. Toute visite est de toute façon impossible avec 90 personnes.»

Une quête effrénée de supports qui souligne d’autant plus l’utilité de la Petite Bibliothèque portative, qui connaît aujourd’hui une nouvelle édition. Avant même leur arrivée, les exemplaires dont l’acheminement a été retardé ont ainsi été attribués. «Il est donc établi que les exemplaires qui arriveront par le container seront distribués aux 100 étudiants de 1ère année rentrés en 2017 et aux 100 de la rentrée 2018 (novembre). Le volume « nouvelle version » sera destiné aux promotions suivantes (100 / an) et, selon des modalités qui restent à établir, aux enseignants déjà en activité qui ont besoin d’outils et de recyclage, et à la vente éventuelle à des associations œuvrant dans les écoles publiques ou autres.»

Retrouvez dans la vidéo ci-dessous une présentation de Madagascar, des liens existant aujourd’hui avec les Églises protestantes de France, et des actions du Défap.




Carnets de route à Madagascar

Tananarive : les bâtiments de la communauté des sœurs de Mamré © Enno Strobel, UEPAL

À Madagascar, maîtriser correctement le français, être capable de le parler dans la vie de tous les jours, c’est un défi. Conséquence des aléas et revirements de la politique linguistique, d’une vingtaine d’années de «malgachisation» de l’enseignement à marche forcée, de la préférence pour l’anglais du temps de l’ancien président Marc Ravalomanana, le français est trop souvent enseigné dans les écoles comme une langue morte et les élèves n’en ont, au mieux, qu’une connaissance livresque. On estime que 5% seulement de la population est réellement francophone, c’est-à-dire capable de parler aussi bien français que malgache, alors même que le français est la langue officielle de l’écrit, des procédures… et le sésame indispensable pour obtenir un emploi. Il y a dès lors un rapport direct entre la maîtrise de la langue et le niveau social. Voilà pourquoi les missions des envoyés du Défap à Madagascar (cliquez ici pour trouver la liste des envoyés dans l’Océan Indien) tournent en grande partie autour de l’enseignement, et notamment du français. C’est le cas de Mathieu Ramanitra, envoyé en tant que VSI (Volontaire de Solidarité Internationale) au sein du département éducation de la direction nationale des écoles de la FJKM (la plus grande fédération protestante de l’île, avec environ 5 millions de membres) pour coordonner la formation des enseignants.

Nouvelles en images des envoyés au centre d’accueil des sœurs de Mamré

Mirjam Strobel et Yoann Deguilhaume, pour leur part, travaillent au centre d’accueil pour enfants de la communauté des sœurs de Mamré, qu’ils encadrent et dont ils assurent l’accompagnement scolaire… avec là encore quelques défis liés à la maîtrise du français. «Me voilà Zoki-Yoann pour les enfants, zoki veut dire éducateur ou aîné, écrivait Yoann dans sa dernière lettre de nouvelles. Je travaille avec Zoki-Michel qui est l’éducateur employé par les sœurs pour l’accueil des enfants et Zoki-Mirjam, service civique qui travaille aussi à la cantine. J’ai très vite compris que la présence de Zoki-Michel nous sera très précieuse. En effet, le niveau de français des enfants est très bas. Ils ne parlent pas du tout et comprennent les consignes simples mais la communication avec eux reste difficile. Zoki-Michel est donc très présent pour traduire ce que nous souhaitons dire aux enfants.»

Mirjam Strobel et Yoann Deguilhaume ont été tous deux rencontrés récemment par Enno Strobel, responsable du service mission de l’UEPAL, qui se trouve à Madagascar jusqu’au 11 avril. Sur la page Facebook «UEPAL Service Mission», il poste au fil de ses rencontres photos, commentaires et vidéos ; l’occasion d’avoir quelques nouvelles des envoyés en images :

Les enfants, premières victimes de la misère

La communauté des sœurs de Mamré, où travaillent Mirjam Strobel et Yoann Deguilhaume, s’occupe chaque jour d’une cantine qui accueille plusieurs dizaines d’enfants de familles particulièrement défavorisées de ce quartier de Tananarive. Pour beaucoup, c’est leur seul vrai repas de la journée. D’après l’Unicef, dans certains quartiers de la capitale malgache, neuf mineurs sur dix vivent sous le seuil de pauvreté. Avec leur cantine, les sœurs de Mamré combattent la pauvreté… mais également avec leur ferme, qui se situe près d’Andasibe, et qui est un lieu de vie et d’espoir pour les paysans voisins qui y travaillent. Présentation ci-dessous avec ce post d’Enno Strobel :

Action sociale et éducative se conjuguent ainsi souvent dans les projets où les Églises de France sont impliquées à Madagascar. À Antsirabé, l’orphelinat d’Akanisoa fait office d’école, non seulement pour les pensionnaires, mais également pour les enfants du quartier, qui se sont inscrits en plus grand nombre cette année. Il accueille deux envoyés du Défap, Samy Chenuelle (déjà en poste l’an passé) et Fenitra Roetman ; Samy y travaille comme instituteur en remplacement d’une enseignante en congé de maternité, et Fenitra comme animatrice auprès des petits.

Ceux qui relèvent les défis de la société malgache

À travers ces missions d’accompagnement scolaire ou d’enseignement, les Églises de France sont ainsi en lien avec des institutions qui combattent la pauvreté. Mais elles entretiennent aussi des relations avec des acteurs engagés contre d’autres défis de la société malgache. La lutte contre la misère est aussi directement liée à celle contre la corruption. C’est l’objectif de la campagne «La chaîne de l’honnêteté». En mai 2017 le pasteur Solofo Ramaholimihaso était venu au Défap présenter cette action, et expliquer comment la corruption gangrénait toutes les relations sociales et économiques à Madagascar, y compris dans l’Église. Il a également été rencontré au cours de son voyage par Enno Strobel :

Citons aussi parmi les courageux le pasteur Vololona Randriamanantena, responsable de l’association Save, qui lutte contre le Sida. Engagée dans l’accueil et l’écoute de malades et de personnes séropositives, mais aussi dans la prévention et l’éducation à une sexualité responsable, Vololona déplore que la sexualité reste un sujet tabou, ce qui empêche souvent la diffusion et la communication des informations.




Madagascar : la SALT frappée par une tornade

Fianarantsoa, décembre 2017 : des membres de la SALT récupèrent les tôles emportées par la tornade © Mino Randria pour Défap

La communauté de la SALT, où j’ai été envoyé pour donner des cours intensifs de Sciences des religions durant deux semaines, en février 2018, m’a beaucoup parlé d’une tornade qui les a frappés (traumatisés) le jeudi 21 décembre 2017 (lire ici). Elle est apparue sous un énorme cumulonimbus, a traversé la ville de Fianarantsoa du Sud vers le Nord, réduisant fortement la luminosité pendant 15 minutes et donnant de la grêle et de très puissantes rafales de vent.

La tornade a emporté la toiture en tôle et fait s’effondrer les murs du bâtiment des services techniques de la Municipalité de la ville, blessant grièvement 3 personnes qui se sont abritées sous le hangar (lire ici).

Poursuivant son chemin vers le nord, la tornade (« queue du ciel », en malgache) a causé d’importants dégâts au lycée luthérien d’Ivory Atsimo où Emmanuelle Mouyon a été envoyée par le Défap de 2011 à 2015 comme professeur de français. M. Solofo, proviseur du lycée, raconte que plusieurs logements d’enseignants et bâtiments scolaires ont été touchés et ont pu être réparés à la va-vite, sauf 4 salles de 4 classes de Terminale dont la toiture a été emportée, laissant les murs à la merci des intempéries, le lycée n’ayant pas prévu d’argent pour ce genre d’imprévus.

La tornade a traversé en se renforçant la vallée située au nord du lycée luthérien avant de s’abattre de toute sa puissance sur la SALT (Faculté de théologie luthérienne où Emmanuelle Mouyon et Mino Randria ont été envoyés pour enseigner de 2011 à 2015), arrachant des arbres centenaires, emportant les toitures de plusieurs maisons d’étudiants, de cadres et d’enseignants, ainsi qu’une partie du clocher de la chapelle.

Une maison irréparable doit être démontée

Pour aller plus loin :
Le point sur Madagascar et sur les actions du Défap

Les membres de la communauté de la SALT, élèves, personnels, enseignants et cadres, se sont mobilisés tout de suite pour récupérer les tôles, éparpillées un peu partout dans un rayon d’un kilomètre environ à la ronde, pour recouvrir à la va-vite les maisons touchées.

Une maison de plusieurs familles d’étudiants dont toute la toiture s’est envolée, déchiquetée par le vent, n’a pas pu être réparée, et a finalement été démontée complètement en février 2018 pour essayer de récupérer la boiserie et les briques non abîmées par les intempéries.

Les autres maisons touchées ont récupéré leurs toits juste posés dessus et maintenus par des objets lourds (moellons, sacs de terre, etc.), faute de budget pour une meilleure réparation. Comme le budget ne permet (et donc ne prévoit) pas de ligne pour l’entretien, les imprévus dus aux catastrophes naturelles ne peuvent que faire très mal et laisser des séquelles qui se dégradent de plus en plus avec le temps.

La crèche épargnée par la tornade

Vue de la crèche © Mino Randria pour Défap

La tornade a épargné en revanche la crèche, fraichement rénovée grâce entre autres à une aide conséquente de 4000€ de la part du COS (Comité Œcuménique de Solidarité de Valentigney). Heureusement car la toiture a été complètement refaite. Les murs ont été construits directement sur les fondations, presque de plain-pied, sans la surélévation caractéristique des maisons missionnaires, et réduits d’au moins trois mètres en hauteur par rapport à la crèche d’avant. La varangue a été refaite et sert de clôture pour les tout-petits. Tout a été crépi et repeint à neuf. La petite crèche de secours, utilisée avant la rénovation de la grande, est devenue un logement loué à une famille d’étudiants.

Complètement laissée à l’abandon jusqu’en 2017, la grande crèche accueillait en février 2018 jusqu’à une cinquantaine d’enfants d’étudiants de la SALT. Elle permet aux enfants de la communauté de vivre celle-ci à leur manière. Elle permet aux parents, soit d’assister tous les deux aux cours et faire des recherches à la bibliothèque s’ils sont étudiants tous les deux, soit de travailler pour nourrir la famille pour l’un des deux parents qui n’est pas inscrit.

Tatie Crèche et son associée, une épouse d’étudiant, remercient de tout cœur au nom de la SALT tous ceux du COS qui ont participé à cette collecte !

Mino Randriamanantena
mars 2018


Retrouvez dans la vidéo ci-dessous une présentation de Madagascar, des liens existant aujourd’hui avec les Églises protestantes de France, et des actions du Défap.




Tsima Razanadrakoto : une foi à l’épreuve de la rencontre

Tsima Andrianorojaona Razanadrakoto © Défap

En langue malagasy, «tsima» est un vieux mot qui désigne la garde royale ; ou alors, les piquets qui empêchent la tente de s’écrouler. Ce double symbole qui s’attache à son prénom, Tsima Andrianorojaona Razanadrakoto le décrypte avec un léger sourire, mais il semble s’y reconnaître : ce qui le garde et le protège, ce qui le maintient debout, c’est sa foi. Une foi qui libère. Elle s’exprime à travers la thèse qu’il a soutenue le 30 novembre dernier à l’Institut Protestant de Théologie à  Montpellier : «Sans la loi mais par la foi», une exégèse de Romains 12:1 à 15:13, dirigée par Elian Cuvillier. Un travail qui a représenté un cheminement personnel autant qu’intellectuel : il l’a amené bien loin de Madagascar, où il enseigne à l’institut d’études politiques de Tananarive tout en étant pasteur de l’Église internationale Andohalo, seule paroisse internationale de la FJKM (l’Église de Jésus-Christ à Madagascar, plus grande Église protestante de l’île avec environ 8 millions de membres). Ce cheminement a été marqué par des rencontres et notamment celle d’Elian Cuvillier, professeur à la faculté de théologie de Montpellier.  Tsima Razanadrakoto rend hommage à «son humanité, sa compréhension, qui m’ont permis de cheminer sur un parcours qui n’était pas facile. C’est son approche, son aide qui m’ont permis de continuer malgré les difficultés que j’ai pu rencontrer à mon arrivée de Madagascar, et de ne rien lâcher. Je lui en suis très reconnaissant, pour ne pas dire redevable. C’est un professeur qui ne garde pas ses distances et qui est très stimulant, quitte à bousculer autant qu’à exhorter.»

La genèse du travail qu’il a soutenu fin novembre remonte à 2011. «J’étais venu en France pour un projet doctoral, raconte Tsima Razanadrakoto, et c’est à ce moment que j’ai commencé à travailler avec Elian Cuvillier. Il m’a préconisé un travail complémentaire en master recherche. Ce qui m’a permis de continuer le cycle doctoral, et d’obtenir une bourse de l’IPT (Institut Protestant de Théologie), grâce à laquelle j’ai pu rester deux ans de plus, jusqu’en 2014. Entre-temps, le Défap m’a toujours soutenu financièrement, et la Cevaa m’a accordé des aides ponctuelles. Après ces trois années de séjour en France, j’ai pris mes fonctions à Tananarive tout en continuant à écrire ma thèse. De 2014 à 2017, j’ai fait des allers-retours entre Madagascar et la France, avec le soutien du Défap.» 

«Faire passer des messages sans heurter les sensibilités»

Pour aller plus loin :
Madagascar : fiche pays et actualité du Défap
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Un ancien boursier du Défap distingué au Gabon
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Le choix de son sujet de thèse révèle bien plus qu’un intérêt intellectuel. Il s’y attache à la question du «renouvellement de l’intelligence», entendu comme une traduction pratique de la justification – la justification par la foi se traduisant en la personne du croyant comme une métamorphose opérée par Dieu lui-même. «La théologie de Paul, souligne Tsima Razanadrakoto, m’a toujours intéressé. En partie à cause du contexte propre à Madagascar, qui ne donne pas forcément la première place à la théologie de la grâce et de la rédemption ; et en partie parce que j’ai toujours été intéressé par la relation avec l’Autre. C’était déjà le thème de mon mémoire de master recherche, que j’avais intitulé «La foi à l’épreuve de la rencontre». La foi nous donne des pratiques et des convictions personnelles et communautaires ; mais nous devons accepter que ces pratiques, rites et convictions ne soient pas figés, mais soient toujours à l’épreuve de chaque rencontre. Cette idée, je l’ai étudiée plus largement dans ma thèse en m’intéressant à la question de la relation interpersonnelle sous toutes ses facettes.» Une relation dans laquelle l’apôtre Paul, à travers ses lettres aux Romains, et notamment dans le chapitre 14, réintègre la présence de Dieu : «Paul élargit toujours les relations duelles, en relations triangulaires dans lesquelles Dieu a sa place : le soi, l’autre et Dieu. Dès lors toute relation interpersonnelle y compris avec les ennemis, y compris avec les autorités, se voit régie par cette logique de l’amour, qui conduit chaque croyant à se trouver dans la dynamique de l’espérance et de la persévérance, non dans le jugement et le mépris.»

Or dans toute société se pose nécessairement cette question de «comment exister et être en relation avec l’Autre». Y compris aujourd’hui, ce qui invite à une lecture actuelle de l’épître de Paul aux Romains. Y compris dans la société malgache, même si la rencontre, reconnaît  Tsima Razanadrakoto, n’y est pas toujours facile. «Lorsque je suis dans ma position d’enseignant, je peux ouvrir des débats avec des étudiants, qui sont là pour apprendre. Mais il peut m’arriver de rencontrer des gens aux convictions figées, qui ne sont pas forcément à l’écoute ; auquel cas j’essaie de faire passer des messages sans heurter leur sensibilité.» Cette difficulté est particulièrement visible dans les relations interreligieuses : «à Madagascar, le terme de « dialogue interreligieux » n’existe pas vraiment ; on parle plutôt d’évangélisation, parfois à outrance ; on va vers l’Autre uniquement pour essayer de convaincre. La différence, au final, ça fait peur à Madagascar ; on reste sur son coin de rue, dans la position de celui qui juge et considère que les autres font fausse route ; même au sein de la FJKM, on utilisera plutôt le terme « Paik’ady » (tactique de guerre) pour christianiser les musulmans, qui commencent à gagner du terrain (il existe ainsi un projet visant à bâtir de nombreuses mosquées). Mais au sein de la paroisse internationale, j’ai plus de latitude pour introduire l’idée de dialogue avec nos frères musulmans : j’ai déjà donné des conférences sur ce thème, ouvertes au public. Au final, la grande question c’est : quel est le message de l’Église ? Sommes-nous là pour susciter l’hostilité, ou pour pratiquer l’hospitalité ?»

Cette ouverture dont témoigne Tsima Razanadrakoto lui a aussi permis, tout au long de ce parcours qui l’a mené de Tananarive à Montpellier et à Paris, de se laisser bousculer dans ses convictions. «L’image de la France que j’avais avant d’y venir pour mes études, c’était celui, très répandu à Madagascar, d’une France colonialiste, toujours à la source des maux qui nous frappent. J’ai pu découvrir un autre visage de la France, celui qui a le plus d’humanité, qui est touché par l’amour. Et pour cela, je voudrais exprimer ma reconnaissance, en mon nom et au nom de mon Église, envers le Défap, la Cevaa, l’IPT, et envers divers amis qui m’ont fait comprendre qu’il est toujours possible de vivre et d’exister autrement, même dans les pires contextes.»

Franck Lefebvre-Billiez




Hubert et Maria van Beek : une vie en mission

Maria et Hubert van Beek © Défap

Dans les années 60, la vénérable Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP) gardait encore des modes de fonctionnement et des manières de penser venus du XIXe siècle. C’est pourtant au cours de cette période qu’elle a fait sa mue – une mue d’autant plus spectaculaire qu’elle a été réalisée en quelques années à peine – donnant naissance à une conception entièrement renouvelée de la Mission, et à deux institutions soeurs : le Défap et la Cevaa.

Hubert et Maria van Beek en ont été témoins ; tout comme ils ont été témoins, jeune couple d’envoyés à Madagascar, du bouillonnement intellectuel au sein des Églises de pays issus de la décolonisation. Tous deux nés aux Pays-Bas, ils ne semblaient en rien destinés à travailler pour les Missions françaises. Le contact avec la SMEP devait se nouer grâce à un bureau de liaison mis en place par l’Église réformées des Pays-Bas : le but en était, comme le rappelle Hubert van Beek, «d’aider les jeunes qui voulaient partir outre-mer, pour les mettre en lien avec des organisations actives dans les domaines de la Mission, du développement, de l’entraide».

Les premiers signes d’une révolution en marche

Pour aller plus loin :
Le point sur Madagascar et sur les actions du Défap

Après de premiers échanges en février 1964, voilà bientôt le jeune couple à Paris pour suivre la formation des envoyés. Une formation très différente de celle que dispense aujourd’hui le Défap, tant dans la forme que sur le fond. «La conception de la SMEP telle qu’elle transparaissait dans les cours était encore verticale», se souvient Hubert van Beek, entre la mission protestante de Paris et ses «Églises filles». Autre aspect : «Il fallait se mettre entièrement à disposition de la Mission, souligne Hubert van Beek. Le choix du pays où nous devions partir, et de ce que nous allions y faire, revenait au Conseil». La formation proprement dite durait cinq mois – cinq mois à vivre en commun au 102 boulevard Arago. Avec parfois des tiraillements annonciateurs des grandes transformations qu’allait connaître la Mission. Les van Beek assistent même à une grève des étudiants. Parmi les sujets polémiques : la place des enfants des futurs envoyés. Un casus belli pour de jeunes parents : c’était précisément le cas des van Beek, et Maria était en outre enceinte… Le cursus, lui, était des plus solides : histoire de la mission, théologie (liée à la mission), exégèse biblique, relations avec les Églises africaines… Cours de langues étrangères, aussi, avec des passages obligés parfois surprenants : «J’ai suivi des cours de langue bantoue à l’école des Langues Orientales», se souvient Hubert van Beek. Finalement, le jeune couple devra partir pour Madagascar sans avoir pu apprendre la langue malgache…

Mais,signe d’une révolution en marche, c’est à cette même période que Charles Bonzon, le directeur de la SMEP, écrit dans son rapport d’activités : «Le temps d’une mission dirigeante est là, comme partout ailleurs, définitivement passé». Maria et Hubert van Beek ont le souvenir d’un directeur soucieux d’établir des liens et de promouvoir des échanges entre les Églises qui constitueraient plus tard la Cevaa au point de «s’enfermer des semaines dans son bureau pour multiplier les contacts afin de réussir à obtenir les fonds pour réunir les représentants de toutes les Églises issues des travaux de la SMEP». C’est encore à cette période – en novembre 1964 – que le pasteur Jean Kotto, Secrétaire général de l’Église évangélique du Cameroun, lors de l’Assemblée générale de la SMEP, s’adresse directement à son président Marc Boegner en citant Ésaïe 54 : «Monsieur le Président, élargis l’espace de ta tente…» Cette interpellation qui apparaît aujourd’hui comme fondatrice dans l’histoire du Défap et de la Cevaa, Maria et Hubert van Beek y assistent dans la chapelle du 102 boulevard Arago…

Madagascar : une période «passionnante»

Vient le moment de rejoindre Madagascar : une traversée de trois semaines, en passant par le canal de Suez. Arrivés à Tananarive, les époux van Beek découvrent leur lieu d’affectation : l’école Paul Minault, baptisée du nom d’un des premiers missionnaires à Madagascar, mort assassiné en mai 1897. «C’était la pépinière des pasteurs malgaches», souligne Hubert van Beek. «Au temps de la colonisation, c’était la seule école où des élèves malgaches pouvaient suivre une formation pour se présenter comme candidats libres au baccalauréat. Et elle avait une telle réputation qu’y entrer, c’était l’assurance de décrocher le bac». Hubert van Beek y donnera des cours de physique et de chimie, pendant que Maria s’occupera de l’internat de jeunes filles. Plus tard, ils partiront pour le nord de l’île, à Mahajanga, où Hubert sera animateur de groupes de jeunes.

C’est donc à Madagascar que ce grand mouvement qui agite le monde de la Mission les rattrape : tous deux décrivent une période «passionnante». A leur arrivée en 1965, le pays était indépendant depuis 5 ans, les Églises autonomes depuis 3-4 ans ; lors de la création de la FJKM, la fédération regroupant les Églises issues des missions, en 1968, Hubert van Beek devient l’un des seuls missionnaires européens à occuper des fonctions de responsabilité au sein de la jeune Église de Jésus-Christ à Madagascar. Il y travaillera en lien direct avec son secrétaire général Victor Rakotoarimanana, qui deviendra lui-même par la suite le premier secrétaire général de la Cevaa.

De la FJKM au Conseil œcuménique des Églises

Le départ de Madagascar, à la fin des années 70, ne marquera pas pour Hubert van Beek un éloignement vis-à-vis de la Mission, puisqu’il travaillera dès lors pour le Conseil œcuménique des Églises jusqu’en 2004, en s’occupant de l’entraide dans un premier temps, puis des relations avec les Églises. Il travaillera ensuite à la conception du Forum Chrétien Mondial, dont il sera le premier secrétaire jusqu’en 2011, et où il continuera à occuper des fonctions jusqu’en 2016.

De 1964 à 2016, une vie entière au service de la Mission ; et c’est pour Maria et lui un retour aux sources lorsque, de passage à Paris, ils viennent rendre visite au 102 boulevard Arago et saluer l’équipe du Défap.




Des voeux en musique venus de Madagascar




Madagascar après les «vacances de peste»

Vue de Tananarive (ou Antananarivo), la capitale © Défap

Depuis longtemps Tananarive n’avait été aussi propre, sous le soleil de novembre, lavée et relavée par les services de la ville, puis par les pluies quotidiennes de la saison, qui laissent derrière elles un ciel immaculé et des jacarandas flamboyants. À leur corps défendant, les élèves se sont vu octroyer cette année des «vacances de peste», et les mesures prophylactiques sont encore d’actualité dans beaucoup de lieux publics. Environ 140 morts, plus de mille cas répertoriés, et particulièrement mis en cause le manque d’hygiène de la grande ville où s’entassent une foule de personnes qui parviennent tout juste à survivre, mais également les superstitions qui entravent le travail des médecins, et encore les pratiques funéraires, propices à la diffusion du germe de la maladie.

Sur les 7 envoyés du Défap, 3 ont dû attendre le 6 novembre pour entrer en fonction, Coralie Deguilhaume dans trois lycées FJKM de la capitale, où elle offre aux élèves des bains de langue française, Myrjam Strobel et Yoan Deguilhaume à la cantine des sœurs de Mamré, où ils participent à la préparation des repas d’une petite centaine d’enfants chaque jour, et soutiennent l’animateur Michel dans les activités éducatives proposées aux enfants, qui ont entre 3-4 ans et 15 ans. À Antsirabé, Sami Chenuelle et Fenitra Roetman ont pu commencer plut tôt, Sami (déjà en poste l’an passé) comme instituteur en remplacement d’une enseignante en congé de maternité, et Fenitra comme animatrice auprès des petits. L’orphelinat d’Akanisoa fait office d’école, non seulement pour les pensionnaires, mais également pour les enfants du quartier, qui se sont inscrits en plus grand nombre cette année. Enfin Gaël, qui a déjà une bonne expérience de Madagascar, enseigne maintenant le français au lycée FJKM de Mahanoro, où il a pris la suite d’un envoyé de DM échange et mission, l’équivalent du Défap pour la Suisse.

Les difficultés de l’enseignement du français

Pour aller plus loin :
Le point sur Madagascar et sur les actions du Défap

Pour sa part, Mahieu Ramanitra a pu commencer sa mission dès son arrivée, car il travaille au siège de la FJKM, au service de l’éducation. Avec sa responsable Domoïna, il a commencé à parcourir Madagascar pour aller visiter et soutenir des écoles et des enseignants FJKM. Il assure des temps de formation pour ces enseignants, gros travail qui lui demande beaucoup de préparation mais également une réflexion de fond sur l’état de la francophonie à Madagascar. Selon les statistiques, seulement 5% de la population est véritablement francophone, c’est-à-dire bilingue. Pour le reste, l’analyse est complexe. À côté de tous ceux, majoritaires, qui ne parlent pas le français, pourtant langue officielle à Madagascar, les autres se partagent entre ceux qui en ont une connaissance sommaire et lacunaire, et ceux qui en ont une connaissance académique, parfois de bon niveau, mais sans pouvoir la parler par manque d’occasions. De nombreux professeurs d’école sont dans ce cas, ce qui les empêche d’enseigner vraiment en français, malgré les consignes officielles. Et le malgache est la langue de communication de tout le pays, même s’il y a des dialectes dans certaines régions. On peut s’interroger : pourquoi ne pas continuer à enseigner le français, mais en acceptant de le considérer comme une langue étrangère, ce qui ouvre à un autre type et à d’autres outils d’enseignement, qui en général sont très performants ?

Dans les milieux d’Église aussi existe une différence entre les véritables francophones, souvent les gens les plus âgés qui ont vécu au temps de la colonisation, ou bien ceux qui ont pu venir étudier et vivre en France pendant une longue période, et ceux qui ne sont pas à l’aise avec la langue de Molière. Qu’à cela ne tienne, vivre un culte en malgache, avec un voisin qui vous traduit l’essentiel, est une grande joie tant la langue est expressive et merveilleusement portée par le chant. Il y a aujourd’hui, particulièrement dans la FJKM, un élan appuyé pour fortifier les cœurs et encourager l’évangélisation. Toute une dynamique a été mise en place par l’actuel président, le Pasteur Ami, visant à construire des églises dans des villages qui n’en ont pas encore, 407 pour l’instant. À l’arrière des voitures, on peut lire : «Pour la diffusion de l’Évangile dans tout Madagascar.»

Le défi de la corruption

Florence Taubmann (au fond, à gauche) avec les envoyés du Défap © Défap

Si c’est un devoir pour les Églises et les chrétiens d’évangéliser, il y a maintenant une raison supplémentaire de le faire. C’est que, selon les uns et les autres, l’islam fait du prosélytisme, à coup d’actions sociales auprès des plus pauvres, mais également par le biais de prédicateurs venus de l’étranger. L’islam d’un côté, de l’autre côtés les sectes évangéliques, nombreuses sur la Grande Île, posent un grand défi aux Églises traditionnelles : celui du témoignage chrétien, de la lutte contre la corruption et contre la pauvreté, et enfin la séparation réelle entre la religion et l’État. Le Pasteur Ami fait partie du conseil de sages qui a relancé la campagne contre la corruption «La chaîne de l’honnêteté». En mai 2017 le Pasteur Solofo Ramaholimihaso était venu au Défap présenter cette action, et expliquer comment la corruption gangrénait toutes les relations sociales et économiques à Madagascar, y compris dans l’Église. L’enjeu de la lutte aujourd’hui est de taille, car des élections présidentielles auront lieu dans un an et elles se préparent déjà.

Entre fatalisme et espérance, nous rencontrons beaucoup de gens courageux, nourris par une foi solide en Jésus-Christ, et qui poursuivent leur travail au jour le jour. Ainsi les sœurs de Mamré, avec leur cantine, mais également leur ferme, qui se situe près d’Andasibe, et qui est un lieu de vie et d’espoir pour les paysans voisins qui y travaillent. Déjà soutenues par des amis, notamment l’entraide de la paroisse du Raincy, les sœurs auront encore besoin d’engagements pour mener à son terme leur projet : établir sur place une partie de la communauté, qui pourra alors mieux développer les activités agricoles, mais également l’accueil de visiteurs. Citons aussi parmi les courageux notre amie le Pasteur Vololona Randriamanantena, responsable de l’association Save, qui lutte contre le Sida. Engagée dans l’accueil et l’écoute de malades et de personnes séropositives, mais aussi dans la prévention et l’éducation à une sexualité responsable, Vololona déplore que la sexualité reste un sujet tabou, ce qui empêche souvent la diffusion et la communication des informations. Sur cette question qui nous touche tous, nous envisageons de construire un projet et de travailler ensemble, ce qui s’inscrit parfaitement dans la suite du programme de la Cevaa : «Familles, Évangile et Cultures dans les mutations du monde».

Florence Taubmann, responsable du service Animation France du Défap




De retour de mission à Madagascar

Antsirabé : visite de Samy, envoyé du Défap
Parti en juin pour une mission VSCI de dix mois, Samy Chenuelle est assistant d’éducation dans une école d’Antsirabé, au sein de l’orphelinat Akanisoa, à Madagascar. Originaire de Nantes, ce jeune diplômé de sociologie de 23 ans a décidé de s’engager pour Madagascar avec le Défap. Un pays qu’il connaissait déjà avant de partir. 
Animateur de français dans le complexe écolier, Samy apporte son aide sur place à l’équipe enseignante, et notamment lors de l’aide aux devoirs. Il accompagne les enfants avec la guitare et des chants qu’il compose pour faciliter l’apprentissage de la langue française.

Samy Chenuelle, envoyé du Défap à Antsirabé et les enfants , DR

 

Rendez-vous avec les responsables de la FJKM et de la FLM
Récemment élus, certains membres du nouveau Bureau National de la FJKM ont ouvert leurs portes au pasteur Florence Taubmann et Laura Casorio. Lors de ce rendez-vous, l’équipe a rencontré le nouveau président, le Pasteur Ammi IRAKO ANDRIAMAHAZOSOA ainsi que la directrice de la communication Madame Tantely Hariliva Razafimalala mais aussi la responsable de l’enseignement, le responsable des aumôneries pour la FJKM, le doyen Laurent Ramambason  et les étudiants de la faculté de théologie de la FJKM. Cette rencontre fut l’occasion de renouer les liens.

L’équipe en mission a également rencontré les responsables de l’Eglise luthérienne malgache FLM : le président David Rakotonirina, le secrétaire général Dieudonné Randrianirina, la directrice de l’école normale luthérienne Fandriana et le doyen de la faculté luthérienne de théologie Fabien Lotera. Sur place, le pasteur Florence Taubmann et Laura Casorio ont pu voir les travaux réalisés sur un projet de sanitaires soutenu par le service protestant de mission. Elles ont également rencontré les chanteurs de la chorale d’hommes, venue en France en mai dernier.

Université Réformée de Madagascar, déc 2016, DR

 

Florence Taubmann adresse un message aux étudiants de la Faculté de théologie FJKM à Tananarive

où la délégation du DEAP a été accueillie par le doyen Laurent Ramambason, DR

 

 

 

Visite d’orphelinats avec la fondation « La Cause »
En collaboration avec la fondation « La Cause », l’équipe a visité les centres Avotra et Tangaina à Tananarive, le centre Akanisoa à Antsirabe et deux centres à Mananjary. Le pasteur Florence Taubmann a été frappée par le courage des responsables des orphelinats qu’elle rencontre sur place. « Ils ont un sens de l’action et de la mission extraordinaire. Grâce à eux, ces orphelins ont une vraie sécurité alimentaire et une chance d’être scolarisé, contrairement aux enfants de la rue qui ne le sont pas du tout ».

 

Le pasteur Florence Taubmann, Alain Deheuvels de la fondation la Cause
et Richard Rahajason du Centre Avotra, déc 2016, DR

 

les enfants du centre Betania d’Avotra, DR

 

 

 

Les enfants du centre Betania d’Avotra avec Richard le fondateur et directeur du centre

 

Rencontre avec les sœurs de la communauté de Mamré
Le centre, construit récemment, accueille chaque jour plus de 80 enfants du quartier qui viennent manger dans leur cantine. La communauté des sœurs de Mamré a également construit le centre des novices, dans le quartier de Sabotzy, un bâtiment d’accueil pour les groupes, à une dizaine de kilomètres du centre de Tananarive (où se trouve la maison des sœurs). L’équipe du Défap a pu partager un repas avec les sœurs et les enfants du centre. Une rencontre forte en émotion.




Les couleurs des fleurs et de la misère

 

Vue sur Antananarivo, DR

 

Comme Antananativo est belle au soleil couchant ! Maisonnettes colorées, arbres en fleurs – ah, les jacarandas autour du Lac Anous… – on a l’impression que les douze collines de terre rouge se parlent et se répondent par les escaliers et les ruelles en dédale. Dominée par le palais de la reine, symbole de la nation malgache, la capitale de la Grande Île s’étend, au cœur du pays, sur les flancs d’une arête rocheuse qui culmine à plus de 1 400 mètres. Au-delà de la cité, les rizières offrent leur vert tendre à perte de vue.

 

Cette beauté un peu magique ne résiste hélas pas à la promenade détaillée. Au pas à pas, dans les rues ou à bord de bus surchargés, comment ne pas être pris à la gorge par la pauvreté sur les trottoirs défoncés de Tana ? Derrière les visages souriants, comment ne pas voir le règne sombre de la misère, celle qui fait disparaître des  enfants derrière la mendicité : noirâtres de saleté, ces gosses des rues,  pieds nus et en guenilles, sont si nombreux, couchés sur des cartons dans les tunnels enfumés par les voitures brinquebalantes. Des gosses qui mendient avec agressivité… De quoi d’autre que la violence, la rapine et l’ordure leur vie peut-elle être faite ? Un rat mort au pied d’un escalier, des venelles jonchées de détritus, c’est là tout leur univers, avec ces quelques bâtiments en construction au centre d’Antananarivo, maigre abri nocturne pour quelques-uns, les autres dorment sur les trottoirs. L’indigence, c’est la loi du plus fort…

 

Il ne faut certes pas enfermer Madagascar dans cette misère qui crie aux yeux du monde, résister aux statistiques récentes qui placent la Grande Île parmi les cinq pays les plus pauvres de la planète. Des hommes et des femmes y vivent également décemment, sans doute mieux en province qu’à la capitale. Bien sûr, ils sont toujours à la merci de l’accident, de la maladie ou du chômage, car de système de protection sociale il n’y a pas pour le Malgache moyen. Il n’y a pas de filet pour celui qui tombe, sauf à utiliser la solidarité familiale. Et je salue ici l’action des multiples Églises et congrégations qui servent le peuple avec leurs écoles, leurs orphelinats, leurs dispensaires… Je salue l’action des envoyés du Défap en leur sein. Je salue ces professeurs de mathématiques qui, dans un lycée au toit de tôle, sans fenêtre, avec juste un tableau noir et des craies, enseignent les intégrales  à des jeunes de terminale, assis à quatre par bancs. Et je salue aussi ces jeunes qui, à l’orée de leur vie, travaillent pour réussir.

 

Il faudrait, me disait un ami, « un exode urbain » à Madagascar, un mouvement qui permettrait aux gens de retourner vivre à la campagne. Il faudrait des « serviteurs » qui viendraient développer des activités lucratives au service du peuple. Il de me citer des exemples d’entreprises qui savent allier éducation populaire et production lucrative.

 

Les  constructions montées par les Chinois « sont utiles au développement du pays » nous a dit l’ambassadeur de France, Véronique Vouland-Aneini, arrivée en août dernier : « bien que montant des bâtiments de piètre qualité, et usant d’une main d’œuvre journalière corvéable à merci, elles fournissent emplois et infrastructures. »

 

Les marchés battent leur plein et les foules, toujours jeunes, déambulent sur la chaussée, tant les petits commerces ont envahi les trottoirs. Que vend tout ce petit peuple, toute la journée assis qui par terre ou sur un seau ? Quelques oranges, des bananes, d’improbables téléphones portables made in China, pourquoi pas des roulements à billes et même des chaussures soi-disant de marques !

 

« Hélas commentait l’une de mes connaissances, enfant, j’ai appris que Madagascar était le quatrième exportateur de  riz au monde. Or aujourd’hui, pour nourrir son peuple, elle doit importer du riz ! » Certains de mes amis malgaches voient la main de la France dans les malheurs de la Grande Ile : l’ancienne puissance colonisatrice tirerait les ficelles pour ses propres intérêts aux dépends de ceux du peuple malgache. L’explication paraît courte, même si le rejet symétrique de la faute à la seule mal gouvernance locale paraît également insuffisant.

 

L’ambassadeur de France, qui a siégé au Conseil d’administration de l’Agence française de développement, nous a interrogés : « Comment participer au développement de Madagascar sans lui imposer notre propre modèle ce qui, de toute façon, est voué à l’échec ? Vous les religieux, vous connaissez les difficultés d’arriver dans un pays avec un message qui lui est étranger… Vous avez connu des heurs et des malheurs. Comment tirer des enseignements de votre expérience ? » Bonne question !

 




Hélène et Michel Brosille : un engagement fort à Madagascar

 

Du 21 septembre au 3 décembre 2015, Hélène et Michel sont retournés à Madagascar, un séjour double qui se situe, sur le plan institutionnel, dans le cadre des envois courts.

Accueillis au sein de l’Eglise luthérienne malgache, ils travaillent à l’Ecole Normale Luthérienne (appelée SFM – initiales malgaches), un centre de formation d’instituteurs et professeurs fondé par les missions norvégiennes. L’Église luthérienne norvégienne est présente depuis plus de deux cents ans dans la Grande île.

 

Sur le terrain de sport, avec des élèves maîtres en stage, DR

Sur le terrain de sport, avec des élèves maîtres en stage, DR

Les promotions – en général deux par an – sont composées d’une centaine d’élèves. Leur formation, à leur arrivée, est diverse : les « élèves maîtres » ont le brevet des écoles ou le bac et sont âgés de 18 à 35 ans. Pour certains d’entre eux, c’est la première fois qu’ils quittent leur village pour loger à l’extérieur, en l’occurrence dans l’internat. Du coup, l’ambiance du lieu est un peu particulière : chaque étudiant est amené à découvrir les différentes régions de Madagascar à travers ses relations avec les autres élèves maîtres.

 

À Madagascar, selon l’Unicef, à peine 9 % des enfants sont scolarisés en maternelle. Par ailleurs, avant la crise de 2009, 83 % des enfants allaient à l’école primaire, un taux tombé aujourd’hui à 73 % et qui peine à se relever. On comprend l’intérêt que porte l’Eglise à la formation de maîtres pour les écoles primaires.

 

De nouveaux défis

 

Depuis septembre 2015, un nouveau projet a débuté à la SFM, en accord avec les bailleurs de fonds (la mission norvégienne), et qui représente un vrai défi : inclure des professeurs et des enfants handicapés dans le cursus scolaire des enfants valides.
Leur but : démontrer le rôle crucial de l’inclusion d’enfants handicapés dans le système scolaire « normal ».

Actuellement, quatre aveugles et trois sourds font partie des élèves maîtres. L’idée consiste à apprendre à ces futurs professeurs à adapter leur pédagogie en fonction des élèves et de leur handicap, potentiel ou avéré.

 

Inauguration de la nouvelle salle de sciences, DR

Inauguration de la nouvelle salle de sciences, DR

 

L’autre grande nouveauté est la communication dans la langue des signes. Elle nécessite une réorganisation et un aménagement du temps ainsi qu’une forte évolution pédagogique. La difficulté est d’adapter la pédagogie pour que les traducteurs en langage des signes n’aient pas trop de mal à faire leur travail, et ajuster les supports, visuels ou tactiles, au handicap.

C’est un effort supplémentaire demandé aux formateurs, mais qui porte ses fruits : autrefois isolés voire rejetés, les handicapés sont désormais pris en charge.

 

Par ailleurs, Michel enseigne à chaque élève maître à être un agent de développement de l’environnement. En effet, la formation intègre des volets « pratiques » dans lesquels on apprend aux enfants ce que signifie protéger son environnement : il s’agit non seulement de sauvegarder la nature et respecter les écosystèmes, mais également de se comporter comme un citoyen responsable, développer son village et entretenir des relations harmonieuses avec autrui.

Cours à l’extérieur concernant l’environnement et le rôle de l’enseignant, DR

Un programme de remise à niveau

L’avantage dont disposent Hélène et Michel Brosille, c’est de bien connaître le terrain. Pendant deux ans, ils ont pu observer le fonctionnement de l’Ecole normale. Ils font partie de l’équipe des formateurs et essayent de donner l’opportunité aux élèves maîtres de parler français.

Paradoxalement, la bibliothèque représente à la fois un « plus » certain, mais également un défi à relever, car, dans une culture de tradition orale, donner l’habitude de la lecture aux stagiaires n’est pas chose facile, tout comme la pratique du français de l’anglais et la découverte de l’informatique.

 

Dès qu’ils ont achevé leur cursus, les élèves maîtres espèrent obtenir un emploi car l’école a bonne réputation. Certains passent des concours qui leur permettent de postuler ailleurs que dans l’enseignement, d’autres obtiennent leur baccalauréat.

 

Cependant, la vocation première de l’école reste la formation des enseignants destinés à alimenter les écoles luthériennes malgaches. Ce n’est qu’au vu du modeste salaire qui leur sera versé (l’équivalent de 30 € par mois en moyenne, que l’on doit ramener à l’échelle économique du pays où, selon la Banque mondiale, le revenu brut par habitant est de l’ordre de 36 dollars (32 €) par mois) que l’on comprend que certains utilisent cette formation comme un tremplin pour améliorer leur sort.

 

Hélène Brosille a fait un sondage : sur dix promotions de la SFM, soit un millier d’enseignants environ, 70 % restent dans l’éducation, mais seulement 40 à 45 % au sein de l’Eglise. Les autres, pour la plupart, entrent dans la fonction publique, où les salaires sont plus élevés.

Des conditions particulières

Depuis deux ans, l’école reçoit l’électricité grâce à un barrage hydraulique local. Un privilège, car il n’y a que 11 % de la population, notamment en ville, qui y a aujourd’hui accès. L’internat dispose également de l’eau courante.

 

Côté matériel, le Défap – qui a par ailleurs financé le laboratoire de sciences – offre à chaque élève maître, avec des amis, un dictionnaire et un livre d’aide à la lecture. Le ministère malgache de l’Éducation nationale fournit, quant à lui, des manuels. Hélas, ceux-ci sont parfois très complexes, au point qu’il arrive même qu’ils soient inutilisables dans la pratique.

 

Remise de dictionnaires, livres et de bibliothèques pratiques, DR

Ancrer l’éducation dans la réalité

Pour Hélène et Michel Brosille, il est important d’intégrer dans l’enseignement ce qui participe des habitudes et du vécu des élèves. Par exemples, Michel propose aux élèves maîtres des sorties durant lesquelles ils peuvent ramasser des plantes afin de cultiver eux-mêmes celles qui leurs sont familières.

 

Ce programme ne pourrait exister sans l’aide des Eglises de France et du Défap et c’est ainsi que se vit l’Église universelle, dans une foi de tous les jours qui unit les chrétiens d’un bout à l’autre de la planète.

 




Madagascar : de nombreuses rencontres

 

Après un bref arrêt à Antananarivo, les voyageurs se sont rendus à Antsirabe où ils ont logé à la Mission norvégienne : en effet, les Norvégiens sont très présents sur l’île depuis 150 ans ; ils y ont envoyé de nombreux missionnaires luthériens dans le passé et continuent de soutenir des projets éducatifs.

 

Vue sur Antananarivo, DR

Rencontre avec les envoyés à Antsirabe

 

Antsirabe est une ville surprenante : ville d’eau avec un hôtel des thermes dans le style colonial. Elle aurait presque un charme européen, si ce n’était la grande misère qui y règne.

 

C’est dans cette ville qu’a eu lieu une première rencontre avec les envoyés :

– Ando, en service civique, est basée à la maison des sœurs de Mamré à Antananarivo ;

– Mathilde, en service civique à l’orphelinat luthérien Akany Soa d’Antsirabé, fait de l’animation auprès de la trentaine d’enfants qui habitent la maison et va enseigner le français à une vingtaine d’enfants du primaire ;

– Thomas, en service civique à l’orphelinat de Tangaïna, dans la banlieue d’Antananarivo, déjeune avec les enfants au retour de l’école, puis les aide dans leurs devoirs.

– Vincent Ligneau est en mission à Ecole Normale luthérienne de Frandriana. Il enseigne le français, pratique et académique, pour le primaire et le secondaire. Il fait aussi du suivi de stages en brousse, a conçu un module d’adaptation à l’enseignement en milieu rural, enseigne le sport, à un niveau pratique et didactique, et souhaite animer un club lecture et un club cinéma. Il en est à sa sixième année de coopération, la dernière pour un VSI ;

– Irène Ott est en VSI pour la deuxième année à l’école FJKM d’Ivato, près d’Antananarivo. Elle enseigne le français à neuf classes, de la 5ème à la terminale, à raison de deux heures hebdomadaires par classe, ce dans des conditions particulières : une soixantaine d’élèves dans des salles très petites. Elle souhaite animer un club vidéo.

 

A cette rencontre étaient également présentes des personnes qui sont en envoi court : Hélène et Michel Brosille, présents de début octobre à début décembre, à l’Ecole normale Luthérienne de Fandriana. Envoyés dans les années 2000 pour deux ans par le Défap, ils retournent deux mois tous les ans à Madagascar. Hélène forme les enseignants du préscolaire, pour les enfants de 3 à 5 ans. Michel assure des modules de formation autour du rôle de l’enseignant comme agent de développement dans son environnement.

 

Une longue route pour Fianarantsoa

 

Après Antsirabe, cap sur Fianarantsoa : la route fait 250km mais prend sept heures…

Un voyage épuisant mais des paysages magnifiques : la terre rouge des petites montagnes, en harmonie avec les maisons traditionnelles à deux étages, dont le confort est très sommaire mais le tracé simple et élégant, d’innombrables petites rizières vertes en terrasse, soigneusement cultivées, des plantations d’herbes diverses servant à la confection d’huiles essentielles, de loin en loin l’arbre du voyageur, panachant le ciel de ses palmes, puis de petits étals en bord de route… avec quelques aliments, légumes ou autres improbables produits qui ne doivent pas toujours trouver preneurs.

 

Maisons en briques et terre rouges, DR

Maisons en briques et terre rouges, DR

 

Sur cette route, on passe également par Ambositra, la ville des artisans : on y trouve de belles sculptures en bois, des objets en corne, des sacs tressés aux belles couleurs, de la soie sauvage…

 

Arrivés à Fianarantsoa, les pasteurs Florence Taubmann et Pascal Hickel se sont rendus à la faculté de théologie luthérienne où a travaillé le pasteur Mino.

Ville de 200 000 habitants construite dans les montagnes, Fianarantsoa est considérée comme la ville intellectuelle de Madagascar. Sa partie haute, qui compte six ou sept églises et de très jolies maisons traditionnelles, est un lieu prisé par les touristes. C’est à Fianarantsoa que le photographe de renommée internationale Pierrot Men a son atelier.

 

La vieille ville de Fianarantsoa, DR

La vieille ville de Fianarantsoa, DR

 

La rencontre avec le doyen, les professeurs, la bibliothécaire et les étudiants de la faculté luthérienne fut très chaleureuse, égayée par le chant du chœur d’hommes qui viendra dans un proche avenir faire une tournée en France. Ce fut l’occasion aussi de partager les soucis et les manques, matériels et académiques. En effet, le pasteur Mino Randriamanatena, qui est resté 4 ans, n’a pas été remplacé et le besoin d’enseignants en diverses matières se fait sentir.

 

Le choeur d'hommes de la SALT, DR

Le choeur d’hommes de la SALT, DR

 

Dernière étape à Antananarivo

De retour à Antananarivo, Florence Taubmann a encore multiplié les visites et les rencontres, notamment avec Dominique Ranaivoson, en envoi court d’une semaine pour participer à la rentrée des étudiants à l’Institut de Formation et de Recherche Pédagogique. Le pasteur s’est aussi rendu à l’orphelinat de Topaza, chez les sœurs de Mamré, à l’orphelinat de Tangaïna… Et chez les Mangado autour d’un dîner très amical.

Benjamin Mangado a travaillé au Défap comme animateur jeunesse et est actuellement envoyé à Madagascar par DM-échange et mission. Il travaille dans la formation continue et son épouse est professeur au lycée français d’Antananarivo.

 

Le Palais de la Reine, symbole de la nation malgache, qui domine Antananarivo, DR

Le Palais de la Reine, symbole de la nation malgache, qui domine Antananarivo, DR

 

Entre autres pasteurs, Florence a fait la connaissance d’une collègue, le Pasteur Vololona Randriamanatena, mise par la FJKM à disposition de l’ONG SAVE qui lutte contre le sida. Dans le cadre de ces responsabilités, elle anime un programme d’ateliers bibliques autour de la violence sexuelle : la Campagne Tamar, lancée par la FECCLAHA (Fellowship of Christian Councils and Churches in the Great Lakes and Horn of Africa*). Toutes deux ont partagé l’idée d’organiser conjointement, à Madagascar et en France, des groupes d’études sur le même thème et les mêmes textes, avec le projet de visites mutuelles qui permettraient aux lecteurs de croiser leurs interprétations et leurs expériences. Affaire à suivre !

 

* Communauté des Eglises et des Conseils Chrétiens de la Région des Grands Lacs et de la Corne de L’Afrique