Un livre sur l’aventure du temple de Djibouti

Extrait de l’ouvrage «Le nouveau temple protestant de Djibouti» © éditions Olivétan

Qui, mieux qu’un architecte, peut explorer et exprimer les relations entre un lieu et la communauté humaine qui y vit ? Surtout quand ce lieu est un temple, et que l’architecte est aussi théologien… Le livre publié par Nicolas Westphal aux éditions Olivétan porte ainsi un regard irremplaçable sur les années d’aventure qu’a représenté le chantier du temple de Djibouti. Un chantier qui a associé, pendant près de dix années, de multiples partenaires au premier rang desquels la Ceeefe, propriétaire des lieux, les Églises protestantes de France apportant une aide financière, et le Défap.

L’histoire de l’Église protestante évangélique de Djibouti (Eped) en fait une communauté unique, tout comme son temple. Elle trouve son origine dans l’aumônerie des troupes françaises stationnées à Djibouti. Le chantier du temple avait débuté en 1962, avec l’aval du gouverneur de l’époque, et sur un terrain alors apporté par l’Assemblée Territoriale, à majorité musulmane. Le montage financier avait impliqué à la fois des fonds venus des Églises Réformées de France et des fonds publics, sous la forme d’une aide du FIDES (Fonds d’Investissement et de Développement Économique et Social). Lorsqu’était née la République de Djibouti, à la suite du référendum d’autodétermination de 1977, les bâtiments étaient devenus propriété de la Ceeefe (Commission des Églises évangéliques d’expression française à l’extérieur), le Défap assumant la responsabilité de cette paroisse unique. Dans ce lieu instable, à la fois sur le plan politique et sur le plan démographique, avec un renouvellement régulier des membres de l’Église, le temple assurait un rôle indispensable d’ancrage pour toute la communauté. Mais le bâtiment construit dans les années 60 avait mal vieilli, sa rénovation devenait nécessaire : un gros chantier et un défi pour l’Eped et pour tous les partenaires impliqués, notamment le Défap, et à travers lui les Églises protestantes de France. Un projet qui, au-delà du temple lui-même, devait concerner tous les bâtiments attenants, presbytère et salles paroissiales, avec de nombreuses implications sociales et en termes de formation.

«Un lieu d’accueil, de rencontre»

«Construire ou reconstruire un temple dans un pays musulman où les protestants sont ultra-minoritaires est une entreprise peu banale», souligne la présentation du livre. «Loin de toute revendication identitaire, la communauté protestante de Djibouti a voulu offrir à la population de la ville, un lieu d’accueil, de rencontre respectueuse, de convivialité, de prière aussi. Le grand mérite de l’architecte Nicolas Westphal a été de ne pas arriver à Djibouti avec un projet ficelé dans son cabinet en France, mais de s’imprégner du terrain : les matériaux locaux, l’architecture traditionnelle, le climat, les attentes spirituelles des gens… pour élaborer peu à peu, sur place et en tenant compte de multiples contraintes, une réalisation architecturale qui force l’admiration et le respect. Jouant habilement entre le dedans et le dehors, entre l’ombre et la lumière, entre l’intime et le collectif, le nouveau temple de Djibouti sera à n’en pas douter un lieu privilégié à Djibouti pour vivre la rencontre, la convivialité et la quête de spiritualité.»

L’inauguration du temple rénové a eu lieu le dimanche 6 novembre 2017, lors d’un culte présidé par Bernard Antérion, président de la Ceeefe et Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales au Défap. Nicolas Westphal, présent tout au long de ce chantier de longue haleine, y assistait. Cette cérémonie marquait pour lui la conclusion d’un investissement personnel allant bien au-delà du travail d’architecte et impliquant recherche de fonds, mise en place de montages innovants pour permettre au chantier de se poursuivre lorsque les financements manquaient… sans jamais perdre de vue ce que représentait pour lui ce bâtiment vieilli, aux structures porteuses attaquées par le sel, qu’il avait fallu consolider de l’intérieur en l’évidant comme une noix, pour construire un nouveau temple au cœur de l’ancien, en laissant toute sa richesse à l’espace et toute sa place à la lumière.

L’aventure continue pour l’Eped

«Le nouveau temple protestant de Djibouti», par Nicolas Westphal, paru le 15 septembre 2018 aux éditions Olivétan, 16,00 €

«La composition architecturale», écrit-il aujourd’hui, «touche la pensée qui lit et interprète ce qu’elle voit, mais aussi et plus directement le corps qui détecte les qualités du lieu où il se tient, comment il est entouré, porté, éclairé, lorsqu’il est immobile ou lorsqu’il se déplace. La composition associe la lecture de la pensée et les sensations du corps pour créer du sens, évailler des émotions, pour nous «parler» en quelque sorte, comme on dit parfois «ce lieu me parle». La composition architecturale s’adresse à notre pensée, à notre mémoire, à notre corps.»

Fait significatif, l’édition de ce livre a reçu le soutien de l’ambassade de France à Djibouti. Dans la préface de l’ouvrage, Christophe Guilhou, ambassadeur de France à Djibouti, tient d’ailleurs à saluer «le gouvernement djiboutien qui montre depuis longtemps sa bienveillance vis-à-vis des institutions religieuses non musulmanes résidant sur son territoire (l’installation de l’Église Protestante de Djibouti sur le Boulevard de la République en 1963 en était déjà le signe).»

L’inauguration de novembre 2017, et le livre désormais disponible aux éditions Olivétan, marquent un aboutissement, mais non une fin : l’aventure continue pour l’Eped. Car autour du temple proprement dit, les salles déjà en fonctionnement depuis plusieurs années ont permis d’accueillir un centre de formation. Entre 2015 et 2017, il a ainsi accueilli une trentaine de jeunes en situation de handicap moteur dans le cadre d’un projet éducatif financé avec l’aide de l’Union Européenne et du Défap, pour une formation professionnelle au métier d’assistant gestionnaire de réseau informatique et aux notions d’entreprenariat. Depuis décembre 2017, il accueille pour une durée de 18 mois, avec le soutien financier de l’organisation «Pain pour le monde», 36 jeunes Djiboutiens dont 40% de jeunes filles pour une formation aux métiers d’entretien, de pose et maintenance des panneaux solaires photovoltaïques. Autre projet : l’accueil de réfugiés pour des formations professionnelles en électricité, maçonnerie, couture, énergies renouvelables et entretien de surfaces en partenariat avec le Haut Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU.




Djibouti : des réussites et des projets

Le projet de formation de jeunes en situation de handicap moteur © EPED

L’Église Protestante Évangélique de Djibouti se réjouit depuis ces dix dernières années, des avancées au niveau de son partenariat avec le Service Protestant de Mission-Défap qui l’accompagne depuis plus de 50 ans maintenant. Plusieurs projets ont été développés avec le soutien, en ressources financières et humaines, pour la mise en œuvre des projets d’éducations destinés aux jeunes en échec scolaire venant des quartiers défavorisés et ceux à besoin spéciaux.

Le Défap emploie depuis septembre 2017 un pasteur directeur et subventionne le salaire de l’administrateur coordinateur des projets éducatifs de l’EPED depuis 2005. Il est aussi garant des financements demandés par l’EPED auprès de tous ces bailleurs de fonds et en assure le suivi à travers des échanges d’informations comptables régulières, de suivi et de validations de tous les rapports narratifs et financiers élaborés à cet effet. Il réalise au moins deux visites d’accompagnement chaque année à Djibouti.

Cet accompagnement permanent, permet à l’EPED de s’engager dans l’amélioration des conditions de vie des populations par des moyens appropriés à sa mission. C’est ainsi que plusieurs activités de formations ont été déroulées en plusieurs phases :

La formation de jeunes en situation de handicap

Pour aller plus loin :

Entre 2015 et 2017, le Centre de Formation de l’EPED avait accueilli dans le cadre d’un projet éducatif cofinancé par l’Union Européenne, le Défap et l’EPED, une trentaine de jeunes en situation de handicap moteur pour une formation professionnelle au métier d’assistant gestionnaire de réseau informatique et aux notions d’entreprenariat.

Ce projet avait pour objectif d’améliorer l’employabilité et la réinsertion professionnelle des personnes en situation d’handicap moteur en revalorisant leur niveau de scolarité et les rendant capables de contribuer au développement de la société en pleine expansion. Cette action visait également à modifier le regard des employeurs potentiels sur les personnes en situation de handicap en général et sur leur employabilité en particulier.

Le résultat de ce projet a été très satisfaisant parce que trois mois seulement après sa mise en œuvre, 6 bénéficiaires sur 33 finissant la formation avaient déjà trouvé un l’emploi contribuant ainsi aux efforts de réhabilitation des personnes vivant avec un handicap sur leurs droits. Ce droit sera renforcé par la loi d’orientation nationale votée par l’assemblée nationale obligeant maintenant les entreprises de la place à prévoir désormais au moins 2 % des personnes vivant avec un handicap parmi leur effectif lors des embauches.

La rénovation des bâtiments

Suivi du projet de rénovation des bâtiments © EPED

Entre 2010 et 2017 le Défap a accompagné un grand projet de rénovation des bâtiments sous forme d’un chantier école. À l’issue de ce projet, le Centre de Formation de l’EPED est aujourd’hui doté de sept grandes salles de classe rénovées, trois bureaux, un appartement de fonction où loge l’administrateur, un presbytère et un temple pouvant accueillir jusqu’à 120 personnes. Ce projet de rénovation avec une approche innovante le «chantier école», fut un moment privilégié pour former plus de 50 jeunes Djiboutiens aux métiers de maçonnerie, d’électricité, de plomberie et de soudure.

En novembre 2017, le temple qui était la dernière phase de ces grands travaux de rénovation a été inauguré et quelques activités autour du 500ème anniversaire de la réforme protestant prônée par Luther ont marqué ce moment important de la vie de l’Église à Djibouti.

Le projet «panneaux solaires»

Panneaux solaires sur un des bâtiments de l’EPED © EPED

Depuis décembre 2017 avec le soutien financier de l’organisation «Pain pour le monde», le Centre de formation accueille courageusement 36 jeunes Djiboutiens dont 40% de jeunes filles pour une formation aux métiers d’entretien, de pose et maintenance des panneaux solaires photovoltaïques et aux notions d’entreprenariat sur une période de 18 mois.

Avec la nouvelle politique de développement de l’État dénommé «vision 2035», l’État de Djibouti souhaite réaliser une transition dans le secteur énergétique pour passer totalement à l’énergie renouvelable. Pour cette raison, à l’initiative de l’Ambassade d’Allemagne à Djibouti, de la Chambre de Commerce de Djibouti, et des chambres de commerce allemandes, le Centre de formation de l’EPED, a participé du 08 au 11 mars 2018, à l’atelier «renewable energies for Africa» dont l’objectif était de mettre en relation les entreprises en recherche de techniciens qualifiés et pour sensibiliser les Djiboutiens à la question de l’énergie verte. Cet atelier fut une occasion pour notre Centre de formation de partager sa nouvelle expérience sur la production d’électricité par les énergies renouvelables connectées au réseau public et de témoigner de son implication au développement de la République de Djibouti à travers son service diaconal.

Et pour la suite…

Signature du contrat avec l’ambassade du Japon © EPED

Dans un avenir proche, le Centre de formation de l’EPED accueillera des réfugiés hommes et femmes pour des formations professionnelles en électricité, maçonnerie, coupe couture, énergies renouvelables et formation de techniciens de surfaces en partenariat avec le Haut Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU.

Ce projet consiste à former des refugiés pour qu’ils aient des compétences requises pour travailler à Djibouti ou dans leur pays d’origine. Ce projet est aussi une façon pour notre centre de participer aux efforts de prise en charge des questions liées aux réfugiés.

Pour faciliter la mise en œuvre de ce projet avec les Nations Unies, l’EPED vient de signer un contrat avec l’ambassade de Japon pour la réhabilitation d’une nouvelle salle informatique et d’une salle d’accueil avec mezzanine, ouvrage que nous n’avons pas pu réaliser lors de la grande rénovation de 2010 à 2017. Il s’agit d’un financement à hauteur de 73.000 dollars américains donné sous forme de micro projet. Nous aimerions ici saluer le soutien du Défap lors de la phase rédactionnelle de ce projet et l’apport du couple Jean François FABA dans la facilitation et l’aboutissement heureux de ce projet lors de leur séjour à Djibouti entre mars et mai 2017.

En perspective, l’EPED avec l’aide du Défap souhaite ré-ouvrir son école maternelle fermée en 2011 pour des raisons de travaux de rénovation de ses bâtiments, et cette fois-ci avec une option de continuer jusqu’au cycle élémentaire (école primaire).

Pierre Tschim, administrateur de l’EPED




L’Église de Djibouti célèbre son nouveau temple

A Djibouti plus qu’ailleurs, le temple a un rôle important d’ancrage pour une communauté protestante constituée au gré des mouvements de populations, et dont les membres restent rarement dans le pays plus de quelques années. Le bâtiment, en chantier depuis quatre ans pour des rénovations lourdes, a été inauguré le 6 novembre en présence de Bernard Antérion, président de la Ceeefe (Commission des Églises évangéliques d’expression française à l’extérieur) et Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales au Défap.

Le culte d’inauguration et d’installation du pasteur Pierre Thiam, le 6 novembre © Ceeefe, Défap

Il aura fallu neuf ans pour mener à son terme le chantier de l’Église protestante évangélique de Djibouti (Eped). Neuf ans pour reconstruire logement de l’administrateur de l’Eped, presbytère, salle paroissiale… et surtout pour rénover le temple, qui nécessitait une intervention lourde, et sur lequel les travaux auront duré quatre ans jour pour jour, d’octobre 2013 à novembre 2017.

Son inauguration a eu lieu le dimanche 6 novembre, lors d’un culte présidé par Bernard Antérion, président de la Ceeefe (Commission des Églises évangéliques d’expression française à l’extérieur) et Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales au Défap. Étaient également présentes plusieurs personnalités djiboutiennes dont l’ambassadeur de France accompagné d’une délégation dont la Conseillère de Coopération et d’Action Culturelle (COCAC), des représentants de l’Église Catholique, une délégation militaire… sans oublier l’architecte qui avait porté et accompagné le projet tout au long de ce chantier au long cours, Nicolas Westphal.

Une situation particulière pour l’Église de Djibouti

Pour aller plus loin :
Le site de la Ceeefe, propriétaire des bâtiments et partenaire du Défap

Derrière les briques et les parpaings, il y a des hommes et des femmes ; derrière les bâtiments, toute une communauté, celle de l’Église protestante évangélique de Djibouti. L’assistance présente lors du culte d’inauguration donne une idée de l’enjeu que représentait pour l’Eped ce chantier de rénovation. Seule Église protestante officiellement reconnue par le gouvernement de ce pays musulman, l’Eped est héritière d’une situation historique unique, qui l’amène à accueillir une très grande diversité confessionnelle.

À l’origine, elle avait été créée par l’aumônier des troupes françaises stationnées à Djibouti. La construction du temple proprement dit avait eu lieu en 1962. Le chantier avait été rendu possible grâce à la bienveillance du gouverneur de l’époque, et grâce au soutien de l’Assemblée Territoriale, à majorité musulmane, qui avait apporté le terrain. Le chantier avait aussi bénéficié de l’aide financière du FIDES (Fonds d’Investissement et de Développement Économique et Social – des fonds publics donc) et des Églises Réformées de France. Après le référendum d’autodétermination de 1977 et la naissance de la République de Djibouti, les bâtiments devaient devenir officiellement propriété de la Ceeefe, mise en place par la Fédération Protestante de France précisément pour s’occuper des Églises créées par des Français à l’étranger, pendant que le Défap assumait la responsabilité de cette paroisse unique.

Une Église qui croît

Le culte d’inauguration. A gauche, au premier rang, tête penchée, le pasteur Jean-François Faba, qui a accompagné l’Eped avec Jean-Luc Blanc pendant la période où le poste pastoral était vacant © Ceeefe, Défap

Aujourd’hui, l’Eped est une Église qui croît. Elle accueille des chrétiens de différents pays (Éthiopie, France, Burundi, États-Unis, etc.) et de différentes branches du protestantisme. Elle bénéficie tout à la fois de la forte croissance économique de Djibouti et de sa situation stratégique à la Corne de l’Afrique, qui en fait un lieu de passage et un enjeu incontournable : fait révélateur, l’activité portuaire est le premier secteur économique du pays. Mais l’Église se situe dans un contexte fortement instable. Instabilité de la politique intérieure de Djibouti, qui sur le plan extérieur entretient des relations complexes à la fois avec la France et les États-Unis ; inégalités sociales criantes, dénoncées à la fois par l’Église et les ONG, et aggravées par une forte immigration du fait des conflits au Yémen et en Érythrée ; et forte mobilité des membres mêmes de l’Église, dont peu restent à Djibouti plus de trois ans. Dans un tel contexte, le temple, lieu de culte, est devenu un point d’ancrage indispensable pour cette petite communauté. Le vieillissement du bâtiment rendait une rénovation nécessaire : un lourd défi pour l’Eped, d’autant plus que le chantier, décidé en 2008, lancé en 2009, devait révéler une dangereuse usure des structures porteuses, nécessitant des travaux de consolidation supplémentaires.

Cette longue période de travaux impliquant de multiple partenaires (au premier rang desquels la Ceeefe, propriétaire des lieux, les Églises protestantes de France apportant une aide financière, et le Défap) aurait pu se révéler particulièrement abrasive pour la petite communauté protestante de Djibouti. Elle a beaucoup demandé à la fois de l’administrateur de l’Eped, Pierre Tschimanga, du pasteur Michaël Schlick, qui est resté en poste 11 ans avant de partir au Caire, et de l’architecte. La liste des travaux nécessaires s’est allongée au fil du chantier, avec la découverte de fragilités des constructions restées jusqu’alors invisibles, occasionnant de multiples retards et des frais supplémentaires. Il a fallu faire preuve de créativité pour trouver les fonds, la main d’oeuvre et pour faire avancer la construction : exemple : la réalisation de travaux sous la forme d’un stage professionnel pour des jeunes des quartiers pauvres, sous la direction d’un maître-maçon français… Et pendant que le chantier du temple progressait, les salles déjà rénovées étaient utilisées notamment pour un centre de formation pour adultes en difficulté, qui a reçu les encouragements des autorités djiboutiennes. Résultat : ce chantier aura largement contribué au témoignage de cette petite Église isolée dans un contexte musulman, améliorant son image au sein de la société.

Un chantier aux allures de course contre la montre

Le culte d’inauguration et d’installation du pasteur Pierre Thiam, le 6 novembre © Ceeefe, Défap

Jusqu’au bout, ce chantier aura pris des allures de course contre la montre, avec de multiples initiatives d’Églises pour trouver des financements, et des travaux de finition jusqu’à la veille de l’inauguration du temple. Le culte du 6 novembre représentait donc un aboutissement pour la communauté protestante djiboutienne, et ce d’autant plus qu’il marquait à la fois la fin du chantier du temple et l’installation d’un nouveau pasteur, Pierre Thiam, après une année au cours de laquelle le poste pastoral était resté vacant.

Reste à envisager la suite : financer l’entretien des bâtiments rénovés, et mettre un point final au chantier – car si le temple est achevé, il reste à rénover le bureau du pasteur et l’espace d’accueil. Et poursuivre les projets déjà lancés : une nouvelle filière a ainsi été mise en place par le centre de formation, avec l’installation et la maintenance de centrales photovoltaïques. Ce qui doit permettre d’installer des panneaux solaires sur le toit du Temple et de produire ainsi l’électricité nécessaire au centre de formation.




Le Défap à Djibouti pour le culte de Noël

Rappel du contexte
La République de Djibouti est connu pour ses relations complexes avec la France et son instabilité politique, cause de nombreuses violences. Les relations entre le gouvernement et l’opposition, qui semblent s’harmoniser, forment l’enjeu prioritaire pour le pays.
L’habitat et l’exode des populations rurales constituent également une priorité nationale. Djibouti a en effet deux visages. D’un côté, les villas modernes qui n’ont rien à envier à celles de la côte Ouest américaine et de l’autre les bidonvilles, construits au moyen de cartons. Un grand écart condamné aujourd’hui par les églises et les associations humanitaires.

Situé sur les bords du golf d’Aden, Djibouti subit également depuis 2015 une forte immigration provoquée par les conflits qui sévissent au Yémen et en Erythrée. Une situation qui accentue les problèmes de malnutrition que connaît le pays.

 

Visite de l’ambassadeur de France sur le chantier du temple, DR

 

La vie à Djibouti
C’est dans ce contexte que le pasteur Jean-Luc Blanc assurera une mission d’un mois à  Djibouti. Une occasion de lui demander comment il vit son séjour là-bas.

D : Où êtes-vous installé ?

JLB : Je suis installé au presbytère puisque cette année, il n’y a pas de pasteur titulaire et qu’il est donc disponible. Il s’agit du presbytère qui a été entièrement rénové il y a quelques années. Il est donc très agréable.


D : Quelle est actuellement votre mission ?

JLB : Comme chaque fois que je voyage pour le Défap, ma mission a de multiples facettes. Tout d’abord, celle-ci a été programmée pour avoir lieu en même temps que celle de notre architecte, Nicolas Westphal, pour faire le point avec lui sur le terrain en ce qui concerne la reprise des travaux dans le temple en voie de réhabilitation et envisager la suite. N’ayant pas l’argent pour aller au bout des travaux, il faut établir des priorités de manière à rendre les locaux utilisables le plus rapidement possible. La bonne nouvelle est que le temple sera utilisé pour Noël, même si tout n’est pas terminé ! Mais cela n’est possible que parce que nous sommes en hiver et qu’il ne fait qu’entre 30 et 35 ° ! Il restera ensuite à installer la climatisation avant qu’il ne soit utilisable en été où les températures arrivent  à dépasser les 50 °. Je tiens à redire ici que ce temple est important pour la communautée, mais aussi pour des raisons symboliques en ce qu’il est le seul lieu qui signifie la présence des protestants dans le pays. Il faut souligner qu’au début de mon séjour l’ambassadeur de France a souhaité venir nous rendre visite sur le chantier et à nous apporté son soutien pour cette reprise des travaux.

Ensuite, il s’agit de faire le suivi des projets du Centre de Formation  de l’Église. Le Défap est l’interlocuteur des différents bailleurs de fonds et le garant de  ces projets financés par l’Union Européenne et Bröt Fur Die Welt Allemagne). Il fallait donc rencontrer les représentants à Djibouti de ces divers organismes.

Un autre aspect de la mission est de rencontrer toutes les personnes qui ont besoin de savoir que, même s’il n’y a pas de pasteur titulaire cette année, l’Église continue sa mission (autorités locales ou internationales).

Enfin, il ne faut pas oublier l’aspect cultuel particulièrement important en cette période de Noël. C’est surtout à ces occasions que je peux rencontrer la communauté très investie dans les préparatifs des fêtes !

 

Le chantier où des jeunes sont venus prêter main forte, DR

 


D : Quel accueil avez-vous reçu ? Y a t’il des attentes particulières ?

JLB : L’accueil reçu est évidemment très fort dans la mesure où l’Église est bien consciente que, seule, elle aurait de grosses difficultés. C’est la différence qu’il y a avec la plupart de nos autres partenaires. L’Église du Congo ou du Cameroun peuvent très bien exister sans le Défap, pas encore celle de Djibouti.

D : Comment prépare t’on un culte de Noël à Djibouti ? Quelle différences/similitudes avec la France ?

C’est ce soir que j’ai la réunion avec tous les intervenants de la veillée et du culte de Noël pour coordonner ces deux moments forts de la vie de l’Eglise. Je pourrai en dire plus après, mais pour ce que j’en ai vu jusqu’à présent, la différence ne réside pas tant entre la France et Djibouti qu’entre les paroisses multiculturelles en France ou ailleurs et les paroisses « mono-culturelles ». Ceci dit, nos traditions françaises se sont tellement répandues qu’on chante « Voici Noël » à Madagascar, à Paris, comme à Djibouti !  Dans ce type de paroisse, il importe de veiller à ce que chacun retrouve un élément au moins qui vient de chez lui. C’est peut-être l’un des défis à Djibouti où la communauté malgache est largement majoritaire.

Mais avant que je puisse en dire plus, il faut me laisser le temps de vivre ces moments importants avec cette étrange communauté du bout du monde. Rendez-vous après Noël sur le site du Défap pour en savoir plus encore !

 




Des projets ambitieux pour Djibouti

Le pasteur Jean-Luc Blanc s’est rendu à Djibouti pour faire le point sur les projets du Défap sur place mais aussi aller à la rencontre de l’Eglise locale et des différentes partenaires.

Djibouti possède une communauté protestante très variée, ayant pour pasteur Michaël Schlick. Celui-ci, envoyé du Défap, arrive en fin de mandat. Le Défap est donc à la recherche d’un remplaçant pour son poste.

Outre l’envoi d’un pasteur, le service protestant de mission participe à plusieurs projets sur place.

 

Temple de Djibouti, mai 2016, DR

Temple de Djibouti, mai 2016, DR

 

Entre autres, la construction d’un temple à Djibouti : il est important de donner aux protestants un lieu de culte dédié. Les travaux sont toujours en cours, mais le projet avance, la façade étant finie et le mobilier acheté ; dès que la toiture sera en place, l’endroit pourra être utilisé comme lieu de culte.

 

Jardin du temple de Djibouti, DR Jardin du temple de Djibouti, DR

Jardin du temple, remis en forme dans le cadre du projet, DR

 

Un projet de formation des handicapés a également été mis en place, avec succès. La collaboration avec l’Union Européenne est tout à fait satisfaisante. Le programme touche 37 étudiants et le taux de réussite s’élève pour le moment à 67% !

 

Temple de Djibouti, DR

Temple de Djibouti, DR

 

Autre entreprise accompagnée par le Défap : un programme de formation « énergie solaire ». Des techniciens vont être formés en maintenance d’installations photovoltaïques. Ce projet permettrait non seulement au Centre de Formation de se développer, mais aussi de doter l’Église Protestante Evangélique de Djibouti (EPED) d’une unité de production d’électricité solaire. Par ailleurs, dans ce cadre, des panneaux solaires vont être installés sur le toit du temple en construction.

 

De beaux projets pour les années à venir !

 




Eglise protestante de Djibouti : une double actualité

 

Du 1er au 15 octobre 2015, l’actualité aura été double à l’Eglise Protestante de Djibouti : elle aura associé le début d’une formation qui s’adresse aux handicapés djiboutiens (Anglais, Informatique), et le chantier de rénovation de la façade du temple. Une coïncidence parlante à y regarder de près.

 

Groupe de jeunes handicapés, EPED, DR

Jeunes suivant la formation DR

 

En effet, qu’est-ce que rénover une façade? En français, le mot “façade” est piégé. Il évoque le masque, le jeu des apparences, que nous comprenons en les opposant à ce qui se passe “derrière la façade”. Le sens de la rénovation entreprise était différent. Il m’a été donné par les jeunes handicapés djiboutiens qui passaient chaque jour devant le chantier pour rejoindre leur salle de classe. Je les saluais et ils me disaient bonjour ainsi chaque jour. Pour garder leur souvenir, je leur ai demandé vers la fin de mon séjour de pouvoir les prendre en photo.

 

Quelques-uns hésitèrent, mais beaucoup acceptèrent avec joie. Je pense qu’il n’est pas facile pour un handicapé d’être pris en photo, mais dans ce lieu où ils étaient considérés au-delà de leur handicap par l’équipe de l’EPED*, la photo devenait l’expression d’un lien rénové en quelque sorte. Apparaître sur une photo répondait sans doute pour eux à une réelle considération qu’ils recevaient dans l’église.

 

On est loin ici du masque, du jeu de représentation et du mot “façade” comme il est compris en français. La représentation – ici la photo – est un lien, un attachement, une réponse, une participation qui engage et qui fait confiance.

C’était vrai pour eux et c’était vrai pour notre chantier aussi : rénover la façade du temple signifie rénover un lien avec les autres dans cette ville, une considération pour les autres qui engage l’Eglise tout entière.

 

Le chantier de Djibouti DR

Le chantier, DR

 

Les passants dans la rue ont vu chaque jour ces handicapés entrer par le portail toujours entre-ouvert, et, par le même portail entrebâillé, ils ont vu le chantier de rénovation de l’ancienne façade fissurée : il y a avait là une parabole vivante sur ce qu’est l’Eglise, sur sa manière de s’inscrire dans la ville et sur la part qu’elle prend dans cette société musulmane.

 

Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont rendu ce chantier possible par leurs dons ! La phase suivante, d’ici la fin 2015 nous l’espérons, sera de rénover la toiture. La communauté locale, qui s’est fortifiée au cours de ces dernières années, a l’intension de s’y investir au maximum de ses moyens ; elle se structure pour cela. Continuons à soutenir cette communauté et ce lieu de rayonnement unique dans l’Est de l’Afrique !

 

Nicolas Westphal
L’architecte du projet de rénovation

 

* Église protestante évangélique de Djibouti




Le Chantier de Djibouti va reprendre !

 

Le chantier du temple est la dernière étape de cinq années de rénovation des locaux utilisés par cette Eglise. Le centre de formation qui en fait partie et qui est aujourd’hui rénové, accueille à présent une formation à l’informatique pour les djiboutiens handicapés. La rénovation des locaux s’est déroulée de 2009 à 2014 à travers un chantier école qui a permis de former plus de trente jeunes Djiboutiens aux métiers du bâtiment.

 

Chantier de Djibouti

Chantier de Djibouti ©

 

La rénovation du temple, commencée en 2013 par un chantier-école en charpenterie, était suspendue, faute de moyens, depuis février dernier. Des Eglises se sont mobilisées pour trouver des fonds en 2015. Par exemple, l’Eglise protestante francophone de Washington a organisé un concert de soutien avec le pasteur hautboïste de l’Eglise protestante francophone de Stockholm. L’Eglise protestante Unie de Montpellier a pour sa part organisé une soirée conférence avec l’architecte du projet, etc.

 

Les fonds réunis ont permis de financer une partie d’une première phase de travaux, et l’Assemblée Générale de la Communauté d’Eglises évangéliques d’expression française à l’étranger (ou Ceeefe) – propriétaire des lieux – a décidé fin août que le chantier du temple de Djibouti devait être remis en route pour aboutir en 2017.

 

Chantier de Djibouti

Chantier de Djibouti – Soutien des Eglises ©

Les travaux reprendront donc à l’automne, au mieux en octobre, dans le but de finir la rénovation de la façade du bâtiment. Le Défap et la Ceeefe se sont engagés à réunir les fonds complémentaires pour financer cette étape estimée à 15 000 euros.

 

L’architecte, Nicolas Westphal, a bon espoir de voir le projet aboutir : il planifie les travaux, analyse leur faisabilité, estime leur coût et s’occupe des détails techniques.

 

Après la rénovation de la façade, il faudra s’occuper de la couverture, puis du second œuvre (électricité, enduits, sols,…) et du jardin. Cela nécessite de lever de nouveaux fonds. Il faudra atteindre 150 000 euros pour le temple et 40 000 euros pour ses abords.

 

Chantier de Djibouti - Carreaux de faïence

Chantier de Djibouti – Carreaux de faïence ©

 

Tout don pour aider à la finalisation de ce chantier est le bienvenu ! Vous pouvez, vous aussi, comme déjà plus de 250 personnes de toutes confessions, acheter un ou plusieurs carreaux de faïence au prix de 10 euros le carreau, qui seront apposés, avec votre nom inscrit au dos, sur la façade  du temple (pour plus de détails, vous rapprocher du Défap).