Madeleine Wyld, Tunisie – Alsace

Madeleine a effectué un service civique de dix mois comme assistante d’éducation et répétitrice de français en Tunisie à l’école Kallaline, institution privée franco-tunisienne en lien avec les partenaires du Défap.



Visite aux pays : Tunisie

 

Durant cette visite de suivi, Laura Casorio a rendu visite à l’Eglise réformée de Tunisie (ERT) : rencontre avec le Conseil et la pastorale.

Le Conseil est en train d’organiser un forum avec des responsables d’Eglises d’Afrique de l’est : l’ERT est une Eglise toujours active, et engagée dans le maintien des relations avec tous ses partenaires.

 

La secrétaire exécutive s’est également rendue auprès des envoyés du Défap : il y en a onze en tout en Tunisie, dix à Tunis, un en milieu rural. Elle les a rencontrés de manière individuelle et collective.

 

Groupe des envoyés et leur famille, DR

 

Ceux-ci travaillent, pour la plus grande partie, pour les programmes extra curricula au sein de l’école Kallaline, institution privée liée historiquement au monde protestant et partenaire du Défap. Laura Casorio a également rencontré le directeur pédagogique de cette école.

Les autres envoyés travaillent au sein de projets sociaux de l’ERT : animation d’enfance, accompagnement aux étudiants subsahariens, activités et animation sociales, etc.

Le dernier des envoyés travaille sur le développement rural dans le sud du pays.

 

Cette visite fut aussi l’occasion de faire le point avec France Volontaires : échange de nouvelles autour de la collaboration avec le Défap, sans oublier une discussion sur la question sécuritaire.

Enfin, Laura Casorio a rencontré l’ACT (Association de Coopération en Tunisie), dont l’activité est parfois parallèle à l’action sociale de l’Eglise (jeunes en difficultés, mères célibataires etc.). C’est une organisation avec laquelle le Défap est en contact car leurs actions sont similaires sur le terrain ; une forme de collaboration est d’ailleurs en cours de discussion.

Une situation sécuritaire tendue

 

Des attentats ont eu lieu mardi à Tunis, sur l’avenue Mohamed V, une avenue centrale de la ville.
Le Défap a eu des nouvelles de tous les envoyés : ils vont bien et gardent le moral, même si les mesures de sécurité sont renforcées. Un couvre-feu a été mis en place en Tunisie.

Tous les envoyés sont en relation avec la police ou les autorités diplomatiques : l’ambassade de France a mis en place des personnes de contact sur place pour tenir informer les ressortissants français.

 

Les envoyés montrent leur solidarité envers le peuple tunisien : ils souhaitent soutenir la population face à ces événements, comme eux ont reçu du soutien lors des attentats à Paris. En effet, des personnes dans la rue leur ont fait part de leur solidarité, ne serait-ce que par quelques mots : c’est une chose à laquelle ils ne s’attendaient pas.

 

C’est aussi un point important pour l’Eglise : les communautés chrétiennes sur place sont attentives aux mesures et conditions sécuritaires.

L’Eglise se prépare cependant à vivre le temps de l’Avent : c’est un moment qui se vit au sein de l’Eglise principalement, très peu à l’extérieur.

 

Freddy Nzambé et sa femme Sylvie, DR

Freddy Nzambé et sa femme Sylvie. Il est le premier VSI du Défap en Tunisie et en est à 4ème année. DR

 

Cette visite fut l’occasion pour Laura Casorio de passer du temps avec les envoyés, d’observer leur travail sur place ainsi que de rencontrer les différents responsables des activités des partenaires.

Une soirée a été également organisée, comme moment de partage, notamment autour du ressenti des envoyés sur leur mission et de la question sécuritaire. L’animation a été assurée par certains envoyés :  musiques, chants, jeux, repas etc.

 




Chrétiens de la Méditerranée : soutien au peuple tunisien

Le réseau Chrétiens de la Méditerranée a adressé un message de soutien au peuple tunisien au lendemain du terrible drame de Sousse.

Jean-Claude Petit, président de Chrétiens de la Méditerranée, s’adresse à Kamel Jendoubi, ministre auprès du chef du gouvernement chargé des Relations avec les institutions constitutionnelles et la société civile, et ami du réseau.

En effet, un voyage d’étude a été organisé en novembre 2012 où il a fait découvrir son pays, la Tunisie, à des membres du réseau.

Ces derniers souhaitent aujourd’hui, dans ce communiqué, dire leur compassion et solidarité aux Tunisiens et à la Tunisie.

 

« Le 29 Juin 2015

Très cher Kamel, et vous tous, amis de la Tunisie bien-aimée, Il est, hélas, des moments de l’histoire au cours desquels la folie des hommes va jusqu’à accoucher de la barbarie. N’ayons pas peur de le dire : « Nous en sommes là. » Et une nouvelle fois, parce qu’ensemble, femmes et hommes, religieux et laïcs, vous avez décidé de faire de votre magnifique pays un barrage à la folie des barbares, vous voilà atteints en plein cœur. Oui, très cher Kamel et vous tous amis de Tunisie, soyez-en sûrs : ce qui vous atteint nous atteint, ce qui vous bouleverse nous bouleverse, et cette petite flamme de l’espérance qui continue d’éclairer vos vies d’amoureux de la liberté et de la fraternité éclaire aussi les nôtres. Oui, nous sommes là à vos côtés, partageant votre douleur et vous offrant nos mains pour qu’ensemble nous repartions debout à la conquête d’un monde tout simplement humain.

 

Sousse, sur la côte, à l’est de la Tunisie

 

« Ensemble » est en effet le nom de code que nous avons en commun, très cher Kamel et vous tous amis de Tunisie. Nous l’avons en commun depuis que vous avez si bien accueilli chez vous les voyageurs de notre Réseau d’acteurs de paix Chrétiens de la Méditerranée. Ce furent des jours de grande intensité qu’aucun d’entre nous n’a oubliés. Ce furent aussi, et toujours, des heures de grande liberté de parole dans les échanges et des moments d’amitié réelle. D’une amitié qui perdure et qui, aujourd’hui, nous rend plus proches que jamais. C’était également pour vous tous, dans votre diversité, le temps historique du « dialogue national ». Celui qui vous a permis de faire le pas, historique lui aussi, vers la démocratie. Ce précieux trésor qu’ « ils » veulent détruire partout !

 

Aujourd’hui, au cœur de l’épreuve qui vous atteint tous, le mot « Ensemble » n’est plus seulement un nom de code. Il est une Réalité et une Promesse. La Réalité du partage et de l’amitié de notre Réseau tout entier dont je suis le messager auprès de chacune et chacun d’entre vous. La Promesse de réfléchir avec vous sans tarder à une nouvelle étape d’un travail en commun, Tunisiens et Français, au service de la fraternité sans laquelle aucune paix n’est possible et de la liberté qui la conditionne. « Résister » devient notre tâche commune. Ensemble. »

 

Jean-Claude Petit
Président de Chrétiens de la Méditerranée, le Réseau citoyen d’acteurs de paix

 




Tunisie : la situation apaisée

Laura Casorio, chargée de l’envoi des personnes au Défap, a rendu visite aux envoyés en Tunisie.

Rencontre avec des membres de France Volontaires et un envoyé du Défap en Tunisie

Plusieurs envoyés travaillent à Tunis dans le cadre du programme d’envoyés du Défap – Volontaires de Solidarité Internationale (VSI) et services civiques – directement ou en collaboration avec d’autres organisations missionnaires partenaires.

Laura Casorio a ainsi pu rencontrer tous les envoyés du Défap en Tunisie à plusieurs occasions. Cela lui a permis « d’avoir une vision un peu plus élargie du contexte dans lequel ils vivent ainsi que de créer des liens et de mieux [les] connaître et réciproquement ».

 

Elle précise que « tous [les] envoyés se sentent en sécurité et intégrés dans la vie de la ville [de Tunis] ». Malgré les évènements au musée du Bardo en mars dernier, la vie a repris son cours.
Les envoyés respectent toujours certaines consignes de base (fréquentation de certains quartiers, horaires etc.) mais ne sentent pas un climat d’insécurité.

La plupart tente de s’intégrer à la vie locale avec notamment l’apprentissage de l’arabe et le tissage de liens avec des locaux.

Les partenaires du Défap en Tunisie

 

L’association France Volontaire, avec laquelle le Défap entretient une importante collaboration, a installé un siège en Tunisie il y a quelques années.

 

L’école Kallalline est présente à Tunis depuis 150 ans. Depuis 2000, elle travaille avec quatorze classes de vingt-six élèves (suivi du programme tunisien jusqu’au niveau 6ème, avec une insistance sur l’enseignement du français). Elle possède également un laboratoire d’apprentissage des langues étrangères destiné aux adultes. Actuellement, le Défap a deux envoyés en service civique (en mission d’appui au soutien scolaire, à la surveillance et aux ateliers artistiques) et trois VSI engagés dans l’enseignement et la pratique du français.

 

L’Eglise réformée de Tunis, multiculturelle et francophone, est également un partenaire du Défap.

 

 

L’atmosphère est plutôt positive dans le groupe des envoyés du Défap et au sein de l’ERT. La situation du pays est pour le moment plutôt apaisée, malgré quelques tensions aux frontières avec l’Algérie et la Lybie.

 

En septembre 2015, quatre nouveaux envoyés du Défap se rendent en Tunisie : deux services civiques et deux VSI.

 




Partir avec le Défap : témoignage de Daniel Cremer, service civique en Tunisie

ACTUALITÉS ET FICHE PAYS
Le point sur la Tunisie

Retrouvez ci-dessous la vidéo de présentation de Daniel Cremer à son retour en France pour le week-end des envoyés du Défap :

 

Daniel Cremer a été assistant d’éducation à l’école primaire protestante Kallaline, en Tunisie, pendant un an. Dans le cadre de son service civique, il a été chargé d’assurer des activités de soutien scolaire et d’animation ludique et sportive, tout au long de l’année scolaire 2012-2013. Il a notamment travaillé en lien avec Hoby Andrianirina, envoyée du Défap en Tunisie, qui enseigne dans cette même école.

Pourquoi partir ?

Dans la  lettre de motivation qu’il avait envoyée au Défap, Daniel Cremer décrivait par ces mots la manière dont il envisageait cette expérience à l’étranger : il la voyait comme « un échange où j’apporterai mes compétences, ma main-d’œuvre et où j’apprendrai à connaître l’étranger que je serai et comprendre l’étranger que je rencontrerai ».

Apprendre à connaître l’autre et à se connaître : voilà qui est bien loin d’une ligne de vie ou d’une carrière toutes tracées. Mais comme le souligne Daniel Cremer lui-même, « j’aime prendre mon temps. J’aime me questionner sur les choses qui m’entourent, ce qui est bon, ce qui est utile, les choix que j’ai à faire. Finalement, j’aime agir sereinement après avoir amené mes projets à maturation (…) Lorsqu’on est amené à réfléchir sur ce que l’on veut faire plus tard parfois on a une volonté précise, parfois on a une feuille totalement blanche à écrire et parfois on a des convictions qui nous mettent en mouvement vers des destinations inconnues. Pourquoi ai-je eu envie de partir ? Il y a des éléments de réponses dans mon éducation, les voyages que j’ai réalisés, mes engagements, ma foi. »

Chant dans une classe © Daniel Cremer pour Défap

« Durant mon enfance, j’ai grandi influencé entre la théologie de mon père qui est pasteur et le pragmatisme de ma mère qui est assistante sociale. Plusieurs déménagements, de nombreux voyages qui ont cultivé en moi le plaisir de la découverte de l’autre, de l’engagement mais également la facilité d’adaptation à tout nouveau contexte. Ainsi, ma sensibilité pour les actions de solidarité internationale m’a conduit à m’engager personnellement. Mais un point déterminant fut l’entre 2 kiff, rassemblement de jeunes protestants organisé à Saint-Paul-Trois-Châteaux en octobre 2012. L’événement était organisé autour de la mission, et un après-midi il y eu un atelier avec un couple d’anciens envoyés Défap. Ils nous ont demandé ce que cela signifiait pour nous de partir, de se détacher de nos repères, de rencontrer une culture… et ce qui nous retenait de partir. Et ce simple atelier m’a fait reconsidérer la mission, et je me suis dit : « pourquoi pas moi ? ». Cette idée a commencé à éclore petit à petit en moi. »

Dès lors, il fallait trouver comment s’engager. Où et pour quoi faire. Avec quel organisme… « Parallèlement, souligne Daniel Cremer, je terminais un IUT Mesures Physique à Grenoble, sans forcément rechercher une licence ou une école d’ingénieurs à intégrer par la suite. » C’est finalement à l’été suivant, le 4 juillet, que tout s’est décidé pour lui, à la suite d’un entretien au Défap : « Le soir-même, Elisabeth Marchand m’a appelé pour me dire : « Tu pars en Tunisie ». Un immense soulagement… mais qui cachait un immense point d’interrogation. Qu’allais-je faire en Tunisie ? »

A la rencontre de l’inconnu

L’école Kallaine © Daniel Cremer pour Défap

« On ne peut toujours maîtriser tout ce qui se passe et ce qui va se passer, et moi particulièrement en cette occasion. Je me disais qu’en Tunisie je n’aurais pas tous les repères que j’avais ici. Qu’en cas de problème, les personnes en qui j’ai confiance ne seraient pas là. Alors j’ai reposé toute ma confiance là où je savais que j’aurais un soutien : j’ai mis ma confiance en Dieu. »

« En arrivant, je m’attendais à un choc culturel franco-tunisien. Finalement ce fut plutôt un choc franco-germanique. J’ai vécu toute l’année dans une colocation extraordinaire avec deux Allemands qui venaient comme moi travailler à l’école Kallaline. »

« Sur le plan relationnel, j’ai été particulièrement heureux, et moi-même stupéfait, de la vitesse de mon intégration. A la fois en tant que colocataire, que Tunisois et que volontaire, j’ai su rapidement établir des contacts, trouver mes marques, et gagner la confiance des autres. Ainsi, dès le début on m’a confié facilement des responsabilités à l’école. De même sur un plan interculturel, j’ai été étonné d’observer le « concept de l’accueil tunisien ». Après six mois, nos voisins nous souhaitaient toujours la bienvenue à chacune de nos rencontres ; j’étais le frère de tout le monde ; ici, on souhaite une bénédiction lorsqu’on se dit bonjour et au revoir. »

« Savoir partir, c’est savoir revenir »

Club de percussion © Daniel Cremer pour Défap

Daniel Cremer le reconnaît lui-même : « Savoir partir, c’est aussi savoir revenir ». Et son  expérience à l’école Kallaline, en le faisant évoluer, lui a ouvert de nouvelles perspectives à son retour. « En bousculant mon train de vie, en quittant mes parents, mes études et mon pays, j’ai voulu vivre une expérience extraordinaire en prenant le risque de l’échec. De nombreuses incertitudes ont accompagné mon départ, qui ont disparu au fil des mois ; en m’enseignant la confiance, cela m’apporte une réelle assurance en mon identité. L’ouverture à un milieu professionnel a élargi mon projet de carrière. En m’investissant pleinement dans mon volontariat, j’ai sorti la tête des sciences physiques pour me plonger dans une autre aventure plus sociale et humaine. »

Un investissement personnel reconnu et apprécié au sein de l’école Kallaline, mais aussi en-dehors, puisqu’il lui a permis de devenir lauréat de l’institut du service civique. Avec à la clé un soutien pour la suite de son parcours professionnel. « L’institut sélectionne chaque année des volontaires du service civique qui se sont fait remarquer par le sens qu’ils ont donné à leur engagement. Sous la présidence de Martin Hirsch et aidé par de nombreux partenaires, l’institut aide les lauréats dans leur parcours professionnel, universitaire, ou pour monter d’autres projets. Il apporte un soutien financier, attribue un parrain à chaque lauréat, organise des séminaires où les lauréats sont amenés à se rencontrer, à réfléchir à leurs projets, à assister à des conférences passionnantes. »

Désormais inscrit en troisième année à l’ENS de Lyon en parcours de sciences de la Terre, Daniel Cremer avoue : « Aujourd’hui, je ne sais dire si l’institut a favorisé mon admission dans cette école (…) mais je sais qu’après mon IUT il aurait été impossible de l’intégrer. » Et l’aspect atypique de son parcours, loin d’être un handicap, peut être valorisé sur le plan professionnel : « Les écoles d’ingénieurs recherchent des étudiants qui sortent des sentiers battus, pouvant apporter une réflexion d’une autre richesse. »

Aujourd’hui, Daniel Cremer n’est pas davantage sur une voie toute tracée, qu’il ne l’était avant son départ pour la Tunisie. Mais loin d’avoir vécu une parenthèse à l’école Kallaline, il est sorti enrichi de cette expérience. « Actuellement, je me pose toujours plein de questions sur mon avenir. Mais en me confrontant avec la Tunisie et en l’aimant, je sais qu’il y a beaucoup de choses sur lesquelles je peux m’appuyer. »