Jean-Pierre Anzala en mission au Sénégal : Renforcer les liens et préparer l’avenir

Dans le cadre de la préparation du stage de formation continue des pasteurs, prévu en février 2025 au Sénégal, Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique au Défap, et Natacha Cros-Ancey, coordinatrice de la Communion protestante luthéro-réformée (CPLR) se sont rendus sur place. Cette mission s’inscrit dans une démarche de renforcement des partenariats historiques avec les Églises Protestantes et Luthériennes du Sénégal (EPS et ELS), tout en posant les bases théologiques et logistiques pour un événement clé du dialogue interculturel et de la réflexion théologique.

Le temple de Dakar

Ce déplacement avait pour ambition de :
• Collaborer avec les Églises locales pour ajuster le contenu et l’approche du stage au contexte sénégalais ;
• Identifier les intervenants clés, tels que le Professeur Seydi Diamil Niane, spécialiste de l’islam africain, et le Professeur Djim Dramé, promoteur du dialogue interreligieux ;
• Anticiper les besoins logistiques liés à l’hébergement, aux déplacements et aux visites prévues pendant le stage ;
• Explorer les défis locaux et les opportunités pour l’Église dans des contextes de minorité et de sécularisation.

L’accueil de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) Cheikh Anta Diop

Des rencontres fructueuses avec les Églises sénégalaises

Jean-Pierre Anzala et Natacha Cros-Ancey ont rencontré les principaux responsables de l’Église Protestante du Sénégal et de l’Église Luthérienne du Sénégal, marquant une étape essentielle dans le renforcement des relations.

Avec l’Église Protestante du Sénégal (EPS)

L’équipe a été accueillie par plusieurs responsables, dont le Pasteur André Ouattara, modérateur, et Mme Florence Kembo, responsable de la communication. Les discussions ont mis en lumière les priorités de l’EPS :
• Développer une mission en milieu rural et diversifier la prédication en langues locales.
• Soutenir des projets d’impact social, tels que l’accès à l’eau, la scolarisation et la formation professionnelle, via l’APES (Association protestante d’entraide du Sénégal).

Jean-Pierre Anzala, Natacha Cros-Ancey et André Ouattara

Avec l’Église Luthérienne du Sénégal (ELS)

L’accueil au centre « Femmes pour Christ » a permis de constater les possibilités d’hébergement pour le stage. Les échanges avec des figures clés, comme le Pasteur Latyr Diouf, ont porté sur des projets stratégiques :
• Construction d’une église à Fatick sur un vaste terrain ;
• Reprise d’un institut de formation pastorale à Yeumbul ;
• Développement d’une catéchèse continue adaptée aux contextes citadin et rural.

Jean-Pierre Anzala, Natacha Cros-Ancey et Latyr Diouf

Des projets qui naissent de chaque rencontre

Ce voyage a permis de poser des bases solides pour la formation, mais aussi pour de futurs partenariats :
• Soutien à la création d’un institut théologique pour la formation pastorale avec l’ELS.
• Renforcement des projets diaconaux de l’EPS par l’envoi de volontaires en mission.
• Appui à l’implantation d’églises dans des zones rurales.

 

Une formation pour l’universalité de l’Église

Le stage prévu en février 2025, fruit de ce travail préparatoire, sera un moment unique d’échange entre pasteurs sénégalais et français. Il permettra d’explorer des thématiques comme le témoignage chrétien en contexte minoritaire ou la cohabitation interreligieuse. Ce projet s’inscrit pleinement dans la vocation du Défap : tisser des liens interculturels au service de l’Église universelle.

Ce déplacement de Jean-Pierre Anzala et Natacha Cros-Ancey illustre la mission du Défap, qui œuvre pour le dialogue, la solidarité et la réflexion théologique en contexte interculturel. Une belle étape pour vivre et témoigner de la richesse de l’Église dans sa diversité.




Rencontres missionnaires en Suisse

Les Secrétariats de la Cevaa, de DM et du Défap se réunissent en Suisse, à Bex, pendant trois jours, du 15 au 17 mai 2024. Des rencontres de ce type ont lieu tous les ans, et permettent à ces trois organismes missionnaires, qui partagent une histoire commune et nombre de leurs priorités, de coordonner leurs actions, d’évoquer leurs lieux d’engagement commun, de partager leurs réflexions sur les échanges de personnes… Cette année, la rencontre de Bex permet aussi de saluer l’action de Nicolas Monnier, directeur de DM depuis janvier 2015 et qui a choisi de quitter l’organisme suisse pour de nouveaux engagements.

Les représentants des trois Secrétariats Cevaa-DM-Défap, lors de la rencontre de mai 2024 à Bex © Défap

En 2023, la rencontre avait eu lieu à Versailles, à l’invitation du Défap. L’année précédente, à Sète, à l’invitation de la Cevaa. En cette année 2024, les représentants du Défap, de la Cevaa et de DM se retrouvent en Suisse, plus précisément à Bex, dans le canton de Vaud, à l’invitation de DM. Ces rencontres annuelles, dites « des trois Secrétariats », sont un des lieux de dialogue qui permettent à ces trois organismes missionnaires d’échanger sur leurs priorités communes et de coordonner leurs actions.

Entre la Cevaa, DM et le Défap, les liens sont nombreux. Sur le plan historique, tout d’abord : ces trois organismes sont nés à la même période, les années 1960-70, dans un milieu d’Églises protestantes qui s’efforçaient d’inventer de nouvelles collaborations ecclésiales dans un contexte marqué par la fin de la colonisation. DM, organisme missionnaire des Églises de Suisse romande, est né le premier, en 1963 ; la Cevaa et le Défap sont tous deux héritiers de la SMEP, la Société des missions évangéliques de Paris, qui choisit en 1971 de se scinder en une communauté d’Églises et en un organisme lié aux Églises de France pour pouvoir continuer à entretenir des relations sur un pied d’égalité entre Églises nées des travaux de la Mission de Paris. Enfin, les relations institutionnelles étaient présentes dès le début : à l’origine de la Mission de Paris, on trouve divers organismes européens, dont la Mission de Bâle ; et DM est lui-même en partie issu de la Mission de Paris.

De nombreux lieux d’engagement commun

L’arrivée en Suisse : les membres du Secrétariat du Défap avec Claudia Schulz, Secrétaire générale de la Cevaa © Défap

Entre ces trois organismes institués pendant la même période et entretenant des relations avec les mêmes pays, on retrouve encore aujourd’hui des domaines d’activité très proches, et des échanges réguliers. Parmi leurs points communs, l’envoi de personnes. Défap, Cevaa et DM ont donc régulièrement des envoyés présents dans leur réseau d’Églises ; certains de ces envoyés peuvent d’ailleurs parfois être volontaires pour l’un, puis pour l’autre organisme (c’est ce qui s’est déjà produit notamment pour des envoyés ayant la double nationalité française et suisse). Des partenariats peuvent aussi s’établir lors de la formation (des envoyés Cevaa ont pu participer à la formation au départ du Défap).

Parmi les autres points qui les rapprochent, on trouve aussi des lieux d’engagement commun, comme la CLCF (la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone), l’Institut Œcuménique de Théologie Al Mowafaqa, au Maroc, la revue Perspectives Missionnaires… Ou encore le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays, qui cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Le Secaar bénéficie du soutien de DM notamment à travers des envoyés ; il est régulièrement sollicité par la Cevaa ; le Défap fait partie de ses membres fondateurs et s’est appuyé sur son expertise pour mettre en place son projet de compensation carbone.

Au revoir Nicolas Monnier !

Tous ces sujets sont au menu des échanges qui se déroulent à Bex, avec en outre des thématiques communes sur lesquelles les trois organismes ont eu à travailler au cours des dernières années : une séance de travail est ainsi prévue sur l’expérience de la réciprocité. Une autre est consacrée à l’Action commune de la Cevaa : lancée en octobre 2023 lors de l’Assemblée générale de Jacqueville (Côte d’Ivoire), elle a pour thème « Habiter autrement la création ». Cevaa, DM et le Défap partagent enfin des préoccupations communes : nécessaire adaptation aux changements des sociétés qui, partout en Europe, bousculent depuis plusieurs décennies à la fois Églises et organismes missionnaires ; et interrogations sur les finances – sujet sensible pour les trois organismes.

Cette rencontre est aussi l’occasion de saluer plus de huit années d’engagement de Nicolas Monnier à la tête de DM, dont il quitte la direction cette année. Mais son histoire commune avec le département missionnaire des Églises de Suisse romande avait en réalité commencé bien plus tôt, puisqu’avant d’en devenir le directeur en janvier 2015, il avait déjà été envoyé par DM au Mozambique en 2002 – une mission accomplie en famille, et qui représentait pour lui un retour aux sources, puisque c’est au Mozambique qu’il était né, de parents eux-mêmes missionnaires.




La théologie interculturelle, entre Bossey, Yaoundé et Montpellier

Durant le mois de janvier 2024, Jean-Patrick Nkolo Fanga, Recteur de l’Institut supérieur presbytérien Camille-Chazeaud et professeur de théologie pratique, pasteur de l’Église presbytérienne camerounaise, a eu l’occasion de réaliser des projets de collaboration dans le cadre de la théologie interculturelle grâce au soutien du Défap. Tout d’abord en Suisse, à l’Institut œcuménique de Bossey ; puis à l’Institut protestant de théologie, faculté de Montpellier. Il raconte.

Jean-Patrick Nkolo Fanga © DR

Durant le week-end du 19-20 janvier 2024, je suis intervenu en binôme avec Madeleine Wieger (Université de Strasbourg) dans le cadre de la formation à la théologie interculturelle organisée à l’Institut œcuménique de Bossey par plusieurs institutions académiques (IPT, Bossey) et inter-ecclésiastiques (Défap, DM).

Il s’agissait de partager avec les participants diverses perspectives culturelles au sujet de l’Église et des ministères sous le prisme des ministères de guérison. Didier Halter de l’Office protestant de la formation des Églises de Suisse romande animait cette session.

Quelques jours plus tard, je participais à une séance de Master animée par Christophe Singer sur la conversion à l’IPT de Montpellier. J’ai partagé avec les participants les enjeux et défis de la conversion en contexte africain. L’inverse avait eu lieu en novembre 2023 où, grâce au Défap, j’avais accueilli Christophe Singer à Yaoundé puis à Foulassi (sud Cameroun) pour intervenir dans deux cours que j’anime, l’un en théologie pastorale, l’autre au sujet de l’évangélisation. Christophe a eu la possibilité de partager avec nous ses réflexions comme théologien français.

Donner des clés d’interprétation et de compréhension

Une session de la première formation à la théologie interculturelle donnée à l’Institut œcuménique de Bossey © Gloria Koymans/COE

L’arrière-plan culturel des peuples d’Afrique est marqué par la reconnaissance des interactions entre le monde spirituel et le monde temporel ce qui influence le discours théologique et les pratiques ecclésiales.

Ma participation aux activités de dialogue interculturel en milieu ecclésial a pour objectif de donner des clés d’interprétation et de compréhension des personnes influencées par la culture des peuples d’Afrique qui se retrouvent en contexte français ou européen dont les réalités ne sont pas les mêmes.

Jean-Patrick Nkolo Fanga




Avec DM, soutenons la formation théologique

DM, le « cousin suisse » du Défap, fête ses 60 ans d’existence ce samedi 18 novembre à la cathédrale de Lausanne. Une célébration qui viendra en point d’orgue d’une année entière consacrée à cet anniversaire, et marquée par une soixantaine de gâteaux partagés avec des partenaires – dont le Défap. Car entre les deux institutions, les liens sont anciens et les passerelles nombreuses : proximité des visions et des modalités d’engagement, même pratique de l’envoi de personnes, soutien aux mêmes organismes œuvrant dans les milieux d’Églises, comme le Secaar en matière d’environnement, ou la CLCF en matière de formation théologique et de soutien aux bibliothèques universitaires… Précisément, DM consacre son appel de Noël à la CLCF. Avec un peu plus de 100 €, vous pouvez, vous aussi, permettre l’envoi de quatre livres neufs de théologie dans une de ces bibliothèques, pour aider à la formation de futurs pasteurs.

Une des formations organisées par la CLCF à destination des personnels de bibliothèques universitaires des facultés de théologie © CLCF

 

Je donne pour la CLCF

Une soixantaine de gâteaux partagés avec autant de partenaires… Tout au long de l’année 2023, au fil de leurs déplacements, les représentants de DM sont allés aux quatre coins du monde souffler des bougies en compagnie d’Églises ou d’organismes liés à des Églises, avec lesquels ils mènent des projets dans les domaines de l’agroécologie, de l’éducation, de la théologie… En Égypte, ils ont partagé un gâteau avec la paroisse protestante du Caire et d’Alexandrie ; en Côte d’Ivoire, un autre gâteau à Jacqueville, à l’occasion de l’Assemblée générale de la Cevaa ; un autre lors de l’Assemblée générale du Comité exécutif de l’ACO, l’Action Chrétienne en Orient ; au Bénin, avec le CIPCRE (Cercle International pour la Promotion de la Création) ; avec le département éducation de la FJKM, l’Église réformée malgache, à Madagascar ; avec, bien sûr, toutes les Églises de Suisse romande… À Paris, c’est à l’occasion de l’Assemblée générale du Défap, en mars, que DM est venu souffler les bougies de son soixantenaire.

Cette année de célébration va culminer samedi, 18 novembre, avec un culte spécial organisé à partir de 16 heures à la cathédrale de Lausanne. La prédication sera assurée par le Rev. Dr. Carlos Emilio Ham, pasteur cubain, recteur du SET (Seminario Evangelico de Theologia) ; à noter, pour les chants, la présence de chorales de communautés malgaches et coréennes.

Le Défap et DM, des liens anciens et nombreux

Célébration des 60 ans de DM au Mexique © DM

Cet anniversaire des 60 ans fêté tout au long de 2023, quand le Défap a fêté son cinquantenaire tout au long de 2021, est l’occasion de rappeler les liens qui unissent les deux organismes. DM, c’est un peu le cousin suisse du Défap. Né durant la même période mais quelques années auparavant ; œuvrant dans des milieux d’Églises similaires et invité comme le Défap aux Conseils et aux Assemblée générales de la Cevaa (DM est ainsi le département missionnaire des Églises de Suisse romande, quand le Défap réunit trois unions d’Églises protestantes françaises de tradition luthéro-réformée). Avec des modalités d’engagement et des visions très proches, une même pratique de l’envoi de personnes, des zones d’intervention qui se recouvrent en partie… DM a une histoire qui se rattache à la Société des missions évangéliques de Paris, dont est directement issu le Défap. DM et Défap ont eu l’occasion d’organiser des sessions communes de formation de volontaires, ainsi que des « sessions retour ». Des envoyés du Défap ont pu par la suite devenir envoyés de DM. Défap et DM sont en lien avec de nombreux partenaires communs. C’est le cas du Secaar, organisation au service du développement holistique, qui regroupe 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, et dont le Défap est membre fondateur. C’est également le cas de la CLCF, la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone, association missionnaire fondée par le Défap et DM au service des Églises et des institutions de formation théologique protestantes francophones à travers le monde. Son directeur, Maïeul Rouquette, a participé à la session de formation 2022 des envoyés du Défap. On retrouve dans son conseil d’administration Philippe Wasser, représentant de DM, ainsi que Claire-Lise Lombard et Jean-Pierre Anzala, représentants du Défap.

Ce que fait la CLCF

Précisément, DM consacre son appel de Noël à la CLCF. Un organisme discret mais dont le champ d’action est large : il couvre en effet l’Océan Indien (Madagascar, Réunion, Maurice), toute l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, le Pacifique (Polynésie française, Nouvelle Calédonie, Fidji) et les Caraïbes. La CLCF favorise l’échange des savoirs théologiques en formant, équipant et accompagnant les bibliothèques théologiques d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Concrètement, elle envoie des conteneurs de livres à ses bibliothèques partenaires, organise des programmes de formation des auxiliaires de bibliothèque. Elle travaille avec une centaine d’institutions du monde protestant francophone.

Maïeul Rouquette (deuxième en partant de la droite) lors d’un déplacement au Cameroun © Maïeul Rouquette / CLCF

Pour 2024, la CLCF prépare un conteneur de livres à destination de 15 institutions d’Afrique centrale, ainsi qu’une formation d’un mois pour 15 bibliothécaires en août à Butare au Rwanda. En répondant à l’appel de DM, vous contribuerez à soutenir une institution qui associe DM et Défap depuis plus de trente ans, mais surtout, vous pourrez aider de manière concrète la formation théologique en Afrique francophone : en donnant un peu plus de 100 euros, vous permettrez l’envoi de quatre livres neufs de théologie. Avec 200 euros, vous contribuerez à un séjour de formation pour un.e bibliothécaire :

Je donne pour la CLCF

Comme le rappelle Maïeul Rouquette, « des bibliothèques bien fournies et bien organisées favorisent la formation théologique des futur.es pasteur.es et des leaders d’Église. » Retrouvez ci-dessous un entretien dans lequel il revient sur ce que lui a apporté son parcours en théologie, et partage les raisons qui l’ont poussé à s’engager au sein de la CLCF.

 




Se former à la théologie interculturelle : «Ce qui nous unit importe plus que ce qui nous divise»

La session 2022 est sur le point de s’achever et les inscriptions viennent de s’ouvrir pour la troisième année du programme « Se former à la théologie interculturelle », dont le Défap est partenaire. Début des cours à partir d’octobre 2023 sous forme de huit séries de deux jours au château de Bossey, centre de formation du Conseil œcuménique des Églises, en Suisse. Témoignages de participantes et participants de ce programme unique en son genre dans l’espace francophone.

Les participants de la session 2022 de formation à la théologie interculturelle à l’Institut œcuménique de Bossey © Gloria Koymans/COE

À raison de huit sessions de deux jours par mois, la formation en théologie interculturelle dispensée au château de Bossey, débutée en octobre 2022, est sur le point de s’achever. Le dernier rendez-vous est fixé au 27 mai 2023. Avec un public qui, dès l’origine, s’est montré très divers : des responsables ecclésiaux et des membres actifs de leurs communautés représentant de nombreuses origines, des parcours très différents. Mais avec un même besoin de découvrir d’autres communautés et d’apprendre à communiquer.

Ce besoin de trouver des passerelles et une langue commune était ce qui transparaissait le plus dès la première année de ce programme, unique dans l’espace francophone et mis en place grâce à un partenariat entre le Défap et DM, son homologue pour la Suisse romande ; la Cevaa ; l’Institut œcuménique de Bossey ; l’OPF (l’Office protestant de formation, organisme qui forme les pasteurs et les diacres des Églises réformées suisses romandes) ; Témoigner ensemble à Genève ; et l’Institut Protestant de théologie (Montpellier et Paris). La toute première promotion comptait ainsi une douzaine d’étudiants de différentes Églises et originaires de neuf pays. « Ce cours est et a été très important pour moi car, dans le monde d’aujourd’hui, nous avons besoin de communiquer avec tout le monde de manière interculturelle », confiait l’un d’entre eux, Ghirmaleoul Nemariam, de l’Église évangélique luthérienne érythréenne à Genève. « Ce cours m’a appris à communiquer avec d’autres personnes. J’emporte avec un moi un outil important pour l’amour de Dieu. » Agnès Krüzsely, de l’Église protestante de Genève, soulignait pour sa part l’importance d’avoir une telle formation en français. « Ce que j’emporte avec moi après ce cours, ajoutait-elle, c’est le partage de l’amour de Dieu. Je vais donc continuer d’appliquer les choses que j’ai apprises durant le cours, et partager cette expérience avec les personnes qui m’entourent. » Quant à Nathalie Bisa, de l’Église presbytérienne camerounaise, elle reconnaissait avoir découvert à travers cette formation un monde qui lui était alors inconnu. « Chaque fois que je venais pour assister au cours, j’apprenais quelque chose de nouveau et je l’emportais avec moi en partant. J’emporte avec moi beaucoup de mots : sauver, partager, apprendre, respecter les autres, et transmettre. »

« Ici, nous pouvons nous écouter les un-e-s les autres »

Une diversité et un intérêt qui ne se sont pas démentis lors de la deuxième année de formation. « Nous venons toutes et tous de dénominations ecclésiales, de cultures et de pays différents », décrit ainsi une participante de cette session 2022, Patricia Fatima Santos, de l’Église évangélique Pentecôtiste Sion. « Ici, nous pouvons nous écouter les un-e-s les autres — et c’est cette différence qui nous enrichit. À mes yeux, ce qui est très important, c’est le corps à l’intérieur de cette différence qui nous rassemble: le Christ. En conséquence, ce qui nous unit importe plus que ce qui nous divise. »

Taimetua Jonas Nahei, de l’Église Protestante Māòhi (Tahiti), s’est inscrit à cette formation sur les conseils d’un membre de son entourage. « Un de mes amis jugeait qu’il serait bon de partager mon point de vue du Pacifique. Il est essentiel que les autres entendent mon point de vue, mes idées. Je crois qu’il est également bon que les autres apprennent le point de vue des personnes des autres cultures. » Quant à Simon Vianou, étudiant à l’IPT-Montpellier, de mère nigériane et de père béninois, il a grandi dans la diversité culturelle. « Dès que j’ai découvert ce cours, je l’ai trouvé très intéressant et j’ai voulu en savoir plus, affirme-t-il. À chaque fois que j’y participe, j’en apprends beaucoup sur la culture de chacun-e. »




Se former à la théologie interculturelle : une 3ème édition sur la guérison

Après deux années d’existence, la formation en théologie interculturelle dispensée à l’Institut œcuménique de Bossey, mise en place grâce à des partenaires aussi divers que le Défap, DM, la Cevaa, l’Institut Protestant de Théologie ou encore la Plateforme Témoigner Ensemble à Genève, a su acquérir sa légitimité. Les inscriptions à la session 2023-2024, qui débutera en octobre prochain, sont désormais ouvertes. Avec comme thématique transversale celle de la guérison.

Une session de la première formation à la théologie interculturelle donnée à l’Institut œcuménique de Bossey © Gloria Koymans/COE

La réalité interculturelle tant de notre société que des communautés chrétiennes est aujourd’hui une donnée de base. Même si, comme l’affirme avec force l’apôtre Paul, en Christ, « il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme » (Gal 3,28), vivre l’interculturalité au quotidien et dans un cadre communautaire ne va pas de soi. Cette dimension interculturelle est une chance et une bénédiction. Mais elle demande de former et d’équiper les responsables de communautés. C’est dans cet esprit que des représentants de plusieurs institutions se sont unis afin de mettre sur pied un cours qui puisse, à partir des disciplines de la théologie, aborder les enjeux et les promesses d’un vivre ensemble interculturel en Église et en société.

De ces échanges est né le concept de « Se former à la théologie interculturelle », formation unique en son genre et délivrée à l’Institut œcuménique de Bossey. Elle associe des entités protestantes très différentes mais toutes confrontées au quotidien aux défis de l’interculturalité. En sont ainsi partenaires la Cevaa – Communauté d’Églises en mission, le Défap et DM – Dynamique dans l’échange, l’homologue du Défap pour la Suisse romande ; ainsi que l’Office protestant de formation, organisme qui forme les pasteurs et les diacres des Églises réformées suisses romandes, et le programme TEAG (Témoigner ensemble à Genève), qui rassemble près d’une centaine de communautés et Églises issues du protestantisme et établies à Genève, avec le but de faire travailler dans le même champ les Églises suisses et les nombreuses Églises issues de la migration.

Le public visé est principalement constitué par les responsables d’Églises, au sens large, de toutes tendances confessionnelles et origines culturelles, afin de leur donner les moyens de favoriser le dialogue dans les lieux variés de leurs ministères. Cette catégorie n’est toutefois pas limitative – la formation est disponible pour toute personne intéressée.

Une formation unique en son genre

 

Situé près de Genève, en Suisse, l’Institut œcuménique de Bossey, où se déroule cette formation, est le centre de rencontres, de dialogue et de formation du Conseil œcuménique des Églises. Il est rattaché à l’université de Genève depuis 1952. C’est en 2011 qu’un accord inédit, permettant à tous les étudiants de Bossey de prétendre à un certificat d’accréditation de l’Université de Genève, a été conclu entre l’Institut œcuménique de Bossey et l’Université de Genève par l’intermédiaire de la Faculté autonome de théologie protestante. L’Institut a pour but à la fois de promouvoir la pensée œcuménique, et de former des responsables tant laïcs qu’ecclésiaux. Chaque année, il accueille des étudiants et des chercheurs du monde entier qui viennent approfondir leurs études, à travers les trois cursus proposés : un certificat d’études complémentaires en œcuménisme, un master en théologie œcuménique ainsi qu’un doctorat en théologie (option œcuménisme). Le château de Bossey est ainsi un lieu important d’échanges.

Pour cette troisième année de formation à la théologie interculturelle, huit sessions auront lieu d’octobre 2023 à mai 2024 du vendredi (dès 17 heures) au samedi (16 heures) à l’Institut œcuménique de Bossey. L’inscription implique la participation à toutes les sessions. Elles auront pour thème transversal la guérison (voir le flyer pour plus d’informations).

  • VEN-SAM 13-14.10.23
    Diversités culturelles et christianisme
  • VEN-SAM 24-25.11.23
    Histoire du christianisme et sa pluralité dans le monde
  • VEN-SAM 15-16.12.23
    Évangile et herméneutique interculturelle
  • VEN-SAM 19-20.01.24
    Le ministère de l’Église : Église et ministères
  • VEN-SAM 9-10.02.24
    Questions éthiques
  • VEN-SAM 8-9.03.24
    Prêcher dans des sociétés pluralistes
  • VEN-SAM 12-13.04.24
    Défis interreligieux
  • VEN-SAM 3-4.05.24
    Mission ensemble

Renseignements :

Institut œcuménique au Château de Bossey
Chemin Chenevière 2 – CH-1279 Bogis-Bossey
Contact Benjamin Simon : 0041 22 79 16 029 ;
benjamin.simon@wcc-coe.org




DM : une aventure missionnaire qui dure depuis 60 ans

La rencontre annuelle des trois Secrétariats Cevaa – DM – Défap nous donne l’occasion de parler d’un événement majeur pour DM : les célébrations de ses 60 ans. Six décennies d’histoire qui n’ont rien eu d’un fleuve tranquille, depuis une naissance au lendemain de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy jusqu’à une mue lancée au tournant de l’année 2018… En cette année 2023, DM a voulu fêter ses 60 ans avec ses divers partenaires, en Suisse, au Mexique, au Cameroun, et même avec les participants de l’Assemblée générale du Défap.

Le logo du soixantenaire de DM © DM

DM, c’est un peu le cousin suisse du Défap. Né durant la même période mais quelques années auparavant (en 1963, quand le Défap a été officiellement créé en 1971) ; œuvrant dans des milieux d’Églises similaires et invité comme le Défap aux Conseils et aux Assemblée générales de la Cevaa (DM est ainsi le département missionnaire des Églises de Suisse romande, quand le Défap réunit trois unions d’Églises protestantes françaises de tradition luthéro-réformée). Avec des modalités d’engagement et des visions très proches, une même pratique de l’envoi de personnes, des zones d’intervention qui se recouvrent en partie… Et des défis communs. Tout comme le Défap, tout comme la Cevaa, DM est confronté depuis de nombreuses années à des évolutions des sociétés et des Églises européennes qui imposent de repenser les formes et les présupposés de la mission. DM a fait sa mue au cours de l’année 2018, transition qui s’est traduite dans le discours, avec la mise en avant du concept de réciprocité, ainsi que dans un nouveau logo et un nouveau slogan. Celle du Défap est toujours en cours… Et au bout de six décennies d’aventure missionnaire, DM, tout au long de l’année 2023, fête son anniversaire en partageant des gâteaux avec ses envoyés, ses Églises membres, ses partenaires à l’étranger : au Mexique, au Cameroun…

Lors de sa naissance, en 1963, DM regroupe huit Églises protestantes de Suisse romande (elles seront sept après la fusion entre l’Église libre et l’Église évangélique réformée du canton de Vaud). Mais l’organisme qui voit le jour a déjà toute une histoire qui le précède, celle des missions suisses, nombreuses et diversifiées – et avec déjà diverses tentatives pour les coordonner. Et sa naissance intervient dans un contexte bien particulier, celui des indépendances des pays anciennement colonisés : avec des implications profondes sur la conception de la mission, comme en témoigne le slogan-programme « La mission de partout vers partout » inventé lors de la conférence mondiale mission et évangélisation du Conseil œcuménique des Églises de Mexico. Une conférence réunie du 8 au 19 décembre 1963… soit quelques semaines à peine après la naissance officielle, le 23 novembre, de DM.

Un projet soutenu par DM au Bénin © DM

Avec la fin de l’ère coloniale, les Églises locales issues des missions européennes s’émancipent ; les thématiques portées par les organismes missionnaires évoluent : on parle de dialogue interreligieux et interculturel avec le Tiers-Monde, d’œcuménisme, de partenariat, de projets de développement… Les échanges doivent se faire désormais entre égaux. À sa création en 1963, le DM compte 300 missionnaires dans 23 pays. En 1967 a lieu à Neuchâtel le premier cours de formation missionnaire de DM. Mais déjà pointent des inquiétudes sur une crise des vocations…

En 1971, à la création de la Cevaa et du Défap, nés tous deux de la Société des missions évangéliques de Paris, les Églises membres de DM, par son entremise, s’impliquent dans la nouvelle Communauté d’Églises. Un fonds commun est créé par DM et deux autres organismes suisses, PPP (Pain Pour le Prochain) et l’EPER, pour coordonner les campagnes et les récoltes de fonds. Ce qui débouchera sur un rapprochement durable, incluant bientôt la KEM (Coopération des Églises et Missions évangéliques en Suisse), qui donnera lieu au projet « Terre Nouvelle ». Ce projet aura son propre comité de coordination, ses animateurs cantonaux, son journal, jusqu’à envisager, au fil des ans, une complète fusion de ses organismes membres dans une entité unique. Espoir avorté en 2002… Mais entretemps, les Églises suisses, leurs envoyés et leur service missionnaire auront vécu tous les soubresauts d’une histoire internationale agitée : la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, le génocide rwandais… mais aussi la création du service civil à l’étranger, un nouveau statut qui permettra d’apporter une nouvelle vitalité à l’échange de personnes porté par DM dans son réseau d’Églises.

Le gâteau offert par le délégué de DM lors de l’AG du Défap © Défap

En 60 ans, ce sont près d’un millier de personnes qui se sont engagées comme envoyé.es auprès de DM, pour tisser des liens et renforcer la solidarité entre Églises de divers pays, avec le but affiché de rendre concrètes « l’humanité solidaire » et « l’Église universelle ». DM agit aujourd’hui dans l’agroécologie, l’éducation et la théologie en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, dans l’océan Indien et en Suisse. Il mène des projets dans plus d’une quinzaine de pays, et regarde résolument vers l’avenir : il s’implique dans le dialogue entre Églises issues de cultures différentes, soutient des organismes qui mènent des réflexions et proposent des solutions aux défis de notre temps : tels le Secaar (développement durable et droits humains), l’Institut Al Mowafaqa (dialogue interreligieux). Le point d’orgue de cette année de célébrations des 60 ans de DM est prévu le 18 novembre 2023, à la cathédrale de Lausanne.




Rencontres missionnaires à Versailles

La rencontre annuelle des Secrétariats de la Cevaa, de DM et du Défap se tiendra du 3 au 5 mai à Versailles. En cette année 2023, c’est le Défap qui accueille la réunion, organisée chez les Diaconesses de Versailles. Au menu des échanges : collaborations et lieux d’engagement commun des trois institutions, réflexions sur les échanges de personnes, perspectives financières. Ces réunions régulières sont un des lieux de dialogue entre Cevaa, DM et Défap, trois organismes missionnaires qui partagent une histoire commune et nombre de leurs priorités.

Rencontre des trois Secrétariats Cevaa-DM-Défap, en juillet 2022 à Sète © Cevaa

Dans les projets qu’il soutient, dans les échanges de personnes qu’il organise, le Défap n’agit pas seul, mais au sein d’un réseau. Plusieurs réseaux même : un réseau associatif, rassemblant des acteurs de la solidarité internationale, chrétiens (c’est le cas de ceux qui se retrouvent dans le collectif Asah, « Association au Service de l’Action Humanitaire ») ou laïcs (comme ceux qui font partie de Coordination Sud, dont est également membre le Défap) ; des acteurs publics (ce sont eux qui fournissent le cadre légal des envois de volontaires à l’international : ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Agence du Service civique) ; des Églises et organismes liés aux Églises. Dans ce dernier cas, le Défap est non seulement en lien avec un réseau ecclésial présent sur plusieurs continents, mais il travaille aussi avec des organismes fédérant diverses Églises pour des activités communes : le Secaar, par exemple, organisme regroupant 19 Églises ou ONG d’Afrique et d’Europe autour de thématiques liées au développement durable et aux droits humains ; ou encore la Cevaa et DM. Des rencontres régulières ont lieu : le Défap participe ainsi aux « COS » (« Conseils d’Orientation et de Suivi », équivalent des Assemblées générales) du Secaar ; il participe aux Coordinations de la Cevaa ; et le Secrétariat du Défap retrouve chaque année ceux de la Cevaa et de DM pour des réunions qui ont pour but, pour les trois organismes, d’échanger des informations et de coordonner leurs actions.

En cette année 2023, cette réunion annuelle, dite « des trois Secrétariats », aura lieu du 3 au 5 mai. Tous les ans, cette rencontre est accueillie par un organisme différent, à tour de rôle : en 2022, elle était accueillie par la Cevaa et avait eu lieu à Sète. En 2023, elle est accueillie par le Défap. Et les délégués participant à ces trois jours de réunions seront reçus par les Diaconesses de Versailles.

Thématiques communes et défis partagés

Entre la Cevaa, DM et le Défap, les liens sont nombreux. Sur le plan historique, tout d’abord : ces trois organismes sont nés à la même période, les années 1960-70, dans un milieu d’Églises protestantes qui s’efforçaient d’inventer de nouvelles collaborations ecclésiales dans un contexte marqué par la fin de la colonisation. DM, organisme missionnaire des Églises de Suisse romande, est né le premier, en 1963 (il célèbre d’ailleurs cette année ses 60 ans) ; la Cevaa et le Défap sont tous deux héritiers de la SMEP, la Société des missions évangéliques de Paris, qui choisit en 1971 de se scinder en une communauté d’Églises et en un organisme lié aux Églises de France pour pouvoir continuer à entretenir des relations sur un pied d’égalité entre Églises nées des travaux de la Mission de Paris. Enfin, les relations institutionnelles étaient présentes dès le début : à l’origine de la Mission de Paris, on trouve divers organismes européens, dont la Mission de Bâle ; et DM est lui-même en partie issu de la Mission de Paris.

Entre ces trois organismes institués pendant la même période et entretenant des relations avec les mêmes pays, on retrouve encore aujourd’hui des domaines d’activité très proches, et des échanges réguliers. Parmi leurs points communs, l’envoi de personnes. Défap, Cevaa et DM-échange et mission ont donc régulièrement des envoyés présents dans leur réseau d’Églises ; certains de ces envoyés peuvent d’ailleurs parfois être volontaires pour l’un, puis pour l’autre organisme (c’est ce qui s’est déjà produit notamment pour des envoyés ayant la double nationalité française et suisse). Des partenariats peuvent aussi s’établir lors de la formation (des envoyés Cevaa ont pu participer à la formation au départ du Défap). Parmi les autres points qui les rapprochent, on trouve aussi des lieux d’engagement commun, comme la CLCF (la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone), l’Institut Œcuménique de Théologie Al Mowafaqa (installé au Maroc, il vient de fêter ses dix ans) ou encore la revue Perspectives Missionnaires. Mais aussi des préoccupations communes : nécessaire adaptation aux changements des sociétés qui, partout en Europe, bousculent depuis plusieurs décennies à la fois Églises et organismes missionnaires ; et interrogations sur les finances – sujet sensible pour les trois organismes.




Se former à la théologie interculturelle

Première formation dans ce domaine donnée en français, le cursus de la formation en théologie interculturelle s’adresse aux responsables de communautés de toutes tendances confessionnelles et origines culturelles ainsi qu’à toute personnes intéressée. Reportage en immersion lors de deux sessions à l’Institut œcuménique de Bossey (Vaud, Suisse). Une formation proposée par DM, l’OPF (Office protestant de formation), l’Institut œcuménique de Bossey, le Défap et TEAG (Témoigner ensemble à Genève).

Quelques-uns des participants de la première session de formation à la théologie interculturelle donnée à l’Institut œcuménique de Bossey © DR

Rapport à la société, aux institutions, à la foi, aux relations entre les générations ou entre les sexes : aucun des aspects les plus fondamentaux de notre relation au monde n’échappe aux présupposés qui nous sont enseignés au sein de notre culture propre depuis notre plus jeune âge. Comment, dès lors, à partir du moment où l’on aborde les questions de théologie et la possibilité de transmettre notre foi, faire abstraction de ce qui fait partie de nous-même depuis l’origine ? Cette question du rapport entre la foi et la culture, beaucoup de missionnaires l’avaient découverte, parfois de manière douloureuse, en partant au loin annoncer la Bonne Nouvelle et en se découvrant porteurs malgré eux de certitudes plus propres à enchaîner qu’à délivrer les peuples qu’ils rencontraient. Aujourd’hui encore, cet aspect entrave bien souvent les relations entre des Églises qui peuvent, sur des continents différents, se dire porteuses de la même foi, mais dans des contextes qui s’opposent sur bien des points. Et cette question des relations interculturelles s’invite aussi lorsque des Églises issues de contextes différents se rencontrent dans un même pays et tentent de dialoguer.

L’interculturalité est une aventure. Et c’est ce que racontent les intervenants et les participants de cette formation, unique en son genre, qui a été mise en place en Suisse, à l’Institut œcuménique de Bossey. Comme le note le théologien français Michel Bertrand, qui participe à cette formation, « la théologie est toujours contextuelle. Autant il y a de personnes, autant il y a de contextes différents. En fait, ce qui est derrière, c’est comment un message qui a une portée universelle, vient s’inscrire dans des contextes toujours singuliers. Et au fond, c’est bien au cœur du message biblique : on ne rentre jamais dans l’universel par le haut. On rentre toujours dans l’universel par le singulier. »

Une formation unique en son genre

 

« Se former à la théologie interculturelle », formation délivrée à l’Institut œcuménique de Bossey, est unique en son genre. Elle associe des entités protestantes très différentes mais toutes confrontées au quotidien aux défis de l’interculturalité. En sont ainsi partenaires la Cevaa – Communauté d’Églises en mission, le Défap et DM – Dynamique dans l’échange, l’homologue du Défap pour la Suisse romande ; ainsi que l’Office protestant de formation, organisme qui forme les pasteurs et les diacres des Églises réformées suisses romandes, et le programme TEAG (Témoigner ensemble à Genève), qui rassemble près d’une centaine de communautés et Églises issues du protestantisme et établies à Genève, avec le but de faire travailler dans le même champ les Églises suisses et les nombreuses Églises issues de la migration. Elle figure également dans la liste des stages mis en avant dans le programme de la CPLR (Communion Protestante Luthéro-Réformée), chargée de la formation permanente et continue des pasteurs de l’EPUdF et de l’UEPAL. Avec des enjeux que résume en ces termes Nicolas Monnier, Directeur de DM – Dynamique dans l’échange, dans le n°82 de la revue Perspectives Missionnaires, associée désormais à Foi & Vie dont elle est devenue le Cahier d’études missiologiques et interculturelles : « Qui a dit que l’Évangile était un long fleuve tranquille ? Sans rapides ? Sans chutes vertigineuses ? Sans bancs de sable ? Sans obstacles apparemment infranchissables ? Sans conflits au sein de l’embarcation ? », questionne-t-il dans un article intitulé « Soutenir la formation à la théologie interculturelle : un des axes de DM« . Et de souligner que l’interculturalité – et c’est ce qui rend une telle formation nécessaire « nous oblige à un dialogue parfois difficile, nous place devant nos limites, nous invite à élargir notre horizon, en particulier quant à l’interprétation des textes bibliques ».

Situé près de Genève, en Suisse, l’Institut œcuménique de Bossey est le centre de rencontres, de dialogue et de formation du Conseil œcuménique des Églises. Il est rattaché à l’université de Genève depuis 1952. C’est en 2011 qu’un accord inédit, permettant à tous les étudiants de Bossey de prétendre à un certificat d’accréditation de l’Université de Genève, a été conclu entre l’Institut œcuménique de Bossey et l’Université de Genève par l’intermédiaire de la Faculté autonome de théologie protestante. L’Institut a pour but à la fois de promouvoir la pensée œcuménique, et de former des responsables tant laïcs qu’ecclésiaux. Chaque année, il accueille des étudiants et des chercheurs du monde entier qui viennent approfondir leurs études, à travers les trois cursus proposés : un certificat d’études complémentaires en œcuménisme, un master en théologie œcuménique ainsi qu’un doctorat en théologie (option œcuménisme). Le château de Bossey est ainsi un lieu important d’échanges.

Après la première saison de cette formation en théologie interculturelle, de nouvelles dates sont désormais proposées pour octobre-novembre 2022. Ayant pour thème transversal « La guérison« , cette formation 2022 (dont vous pouvez télécharger le flyer ici) se déroulera sous la forme de huit sessions :

  • Diversités culturelles et christianisme (VEN-SAM 21-22.10.22)
  • Évangile et herméneutique interculturelle (VEN-SAM 4-5.11.22)
  • Histoire du christianisme et sa pluralité dans le monde (VEN-SAM 9-10.12.22)
  • Le ministère de l’Église : Église et ministères (VEN-SAM 20-21.01.23)
  • Questions éthiques (VEN-SAM 17-18.02.23)
  • Mission ensemble (VEN-SAM 17-18.03.23)
  • Prêcher dans des sociétés pluralistes (VEN-SAM 21-22.04.23)
  • Défis interreligieux (VEN-SAM 26-27.05.23)



Interculturalité en Église : l’exemple suisse

Arrivé en 2017 en Suisse pour une mission de deux ans, le pasteur togolais Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa accueilli par DM (l’homologue suisse du Défap), repartira finalement en décembre 2023, au terme d’une expérience qui lui aura permis de poser un regard neuf sur les relations interculturelles entre les paroisses protestantes de Suisse francophone. Il laisse un ouvrage en forme de plaidoyer pour que les diverses Églises dépassent leurs différences afin de reconnaître ce qui les relie. Il présentera son livre lors du lancement de la campagne d’automne de DM, dont l’un des thèmes majeurs est, cette année, l’interculturalité.

Le pasteur Espoir Adadzi dans son bureau © Espoir Adadzi/EPG

Décidément, Dieu ne se laisse pas mettre dans des cases. On l’annonçait, sinon moribond, du moins s’éloignant chaque jour un peu plus des préoccupations de nos concitoyens ; de plus en plus absent de l’espace public ; écarté sans ménagement par des transformations sociales profondes alliant progrès technique, urbanisation croissante et facilité accrue des échanges… Depuis les années 50, les études sociologiques montraient crûment ce repli. Or voici qu’une enquête réalisée par l’Ifop pour l’Association des journalistes d’information sur les religions (Ajir) vient sérieusement nuancer ce tableau. Certes, de 1947 à aujourd’hui, la part des personnes interrogées déclarant croire en Dieu est passée de 66% à 49%. Mais, fait significatif, c’est précisément au cœur des régions les plus densément peuplées, les plus urbanisées et les plus cosmopolites – et tout particulièrement en Île-de-France, comme le souligne le sociologue Jean-Paul Willaime dans un article de Réforme – que la croyance en Dieu est aujourd’hui la plus répandue. « Les premières enquêtes menées en sociologie de la religion démontraient que le passage d’un milieu rural à un milieu urbain entraînait la perte de fidèles, écrit ainsi Jean-Paul Willaime. On eut dès lors tendance à considérer, non sans exagération, que l’urbanisation était le tombeau de la religion. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est l’urbanisation extrême qui est le lieu de sa revitalisation (…) Dieu revient dans la cité séculière qui ne prétend plus ériger une sécularité triomphante en alternative à la religion. Autrement dit, Dieu est de retour au cœur et non en marge d’une société multiculturelle, plurireligieuse et multiconvictionnelle. »

« Ce qui nous lie, le Christ, est plus grand que ce qui crée notre diversité »

La société multiculturelle, une chance pour les Églises ? C’est en tout cas un aspect qu’elles ne peuvent plus ignorer aujourd’hui. Et les paroisses situées dans les lieux les plus densément urbanisés sont loin d’être seules concernées : aujourd’hui, même les villes moyennes ou les paroisses en zones rurales ont aussi des paroissiens aux multiples origines, comme en témoignait récemment Joël Dahan, pasteur de l’EPUdF dans le Bergeracois. La question des relations interculturelles au sein des Églises est un aspect sur lequel le Défap travaille depuis des années – en relation avec diverses Églises et des programmes de formation comme celui de la CPLR (le programme de la formation permanente des pasteurs de la Communion Protestante Luthéro-Réformée).

Chez nos voisins suisses, DM a pris part à une expérimentation. Homologue du Défap pour la Suisse romande, DM (Dynamique dans l’échange, autrefois DM-échange et mission) a précédé le Défap de quelques années : il a été créé en 1963, le Défap en 1971. DM partage avec le Défap des liens forts avec la Cevaa (Communauté d’Églises en mission, créée aussi en 1971), des convictions héritées d’un même contexte historique (la volonté de renouveler les relations Nord-Sud en créant une véritable réciprocité entre les Églises) et la même volonté de dépasser les différences culturelles. En relation avec la Cevaa et avec l’Église Protestante de Genève, DM a contribué à la mise en place d’un programme étudiant les relations entre les Églises réformées, implantées de longue date, et celles nées plus récemment avec l’arrivée de migrants : des Églises qui, bien que toutes francophones, bien que toutes issues du protestantisme, ne communiquaient pour ainsi dire pas. C’est un envoyé de la Cevaa, Espoir Adadzi, pasteur de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo, qui a été chargé d’apporter le regard extérieur susceptible de déceler les difficultés de communication et les biais qui pouvaient empêcher ces diverses Églises de cheminer ensemble. Il a travaillé notamment en lien avec le programme Témoigner Ensemble à Genève, mis en place au début des années 2000.

« On s’adapte bien à la mode, pourquoi pas à la liturgie ? »

À l’origine, la mission d’Espoir Adadzi devait durer deux ans. Son mandat comptait deux volets principaux : créer des liens avec les Églises issues de la migration à Genève, et plus largement en Suisse romande ; poser un regard et questionner les pratiques des paroisses protestantes réformées. Arrivé en 2017, il repartira au bout du compte en décembre 2023, après avoir réalisé un travail inédit, à mi-chemin entre celui du sociologue ou de l’ethnographe, et celui du missionnaire, dont il rend compte dans un ouvrage sorti en septembre 2021 chez OPEC et préfacé par Élisabeth Parmentier : Interculturalité en Église. Témoignage et propositions d’un envoyé du Sud. Un ouvrage (que vous pourrez lire à la bibliothèque du Défap) dans lequel il avance des propositions concrète pour une interculturalité effective.

Pour cette année, l’interculturalité est précisément au cœur du programme de DM, avec les questions de genre ; et lors du lancement de sa campagne cet automne, Espoir Adadzi présentera son livre. Avec un vibrant plaidoyer pour que les uns et les autres dépassent leurs différences pour reconnaître ce qui les relie : « Il s’agit de reconnaître l’autre, ses différences, ses particularités, pour qu’au-delà de nos diversité, l’Evangile soit partagé. Que ceux qui pratiquent le baptême par immersion reconnaissent ceux qui pratiquent le baptême pas aspersion et inversement. Pour moi, ce qui nous lie, le Christ, est plus grand que ce qui crée notre diversité, soit nos doctrines. » Au bout du compte, pour Espoir Adadzi, « l’interculturalité doit nous amener à repenser notre théologie, notre musique, et à percevoir ce qui nous rassemble. Il faut réadapter notre réalité à chaque génération. On s’adapte bien à la mode, pourquoi pas à la liturgie ? »

Vous pouvez regarder ici le documentaire réalisé par DM sur la mission d’Espoir Adadzi :




Vers une liturgie qui fait place à toutes les cultures ?

Les questions de liturgies et de cultures sont intimement mêlées au sein des Églises, dès lors qu’elles accueillent des paroissiens de différentes origines. Avec des risques d’incompréhensions et des difficultés à décoder les codes des uns et des autres… Une problématique à laquelle travaille depuis longtemps le Défap, puisqu’il était impliqué dès l’origine du projet Mosaïc et que cette question des relations entre communautés de différentes origines au sein des Églises fait partie des réflexions de sa refondation… Mais les questionnements concernent en fait tous nos voisins européens. Pratiquement dans les mêmes termes. En témoigne la journée récemment organisée par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Avec des intervenants comme Karen Smith, dont le ministère d’aumônier à l’université d’Ifrane, au Maroc, est soutenu par le Défap ; ou encore Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa à Genève pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, et qui travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble.

Détail de l’affiche de présentation de la journée de formation © DR

Qu’est-ce qui, dans une célébration religieuse, dans un culte, relève strictement du religieux… ou de la culture ? Où trouver des possibilités de rapprochements, de meilleure compréhension mutuelle, sans confondre différences théologiques et distance culturelle ? Le problème se pose de manière de plus en plus aiguë pour nombre d’Églises en Europe, confrontées à un double mouvement qui modifie leur composition en profondeur : d’une part, une sécularisation de plus en plus marquée des sociétés, qui peut aller dans certains cas jusqu’à des tentatives d’éradiquer toute référence au religieux de l’espace public ; et la mondialisation (ou globalisation) d’autre part, qui en favorisant les mouvements de populations, permet l’arrivée dans des paroisses parfois vieillissantes de nouveaux paroissiens, issus d’Églises proches sur le plan de la théologie et de la liturgie, mais éloignées par leur contexte…

Face à ces changements, les Églises locales se trouvent parfois démunies : la bonne volonté seule ne suffit pas pour faire Église ensemble. Les communautés locales peuvent aussi vivre ces évolutions avec un sentiment d’isolement, percevant mal ces mutations «à bas bruit», ainsi que les a qualifiées le sociologue Sébastien Fath, et ayant d’autant plus de difficultés à s’y adapter – surtout lorsque d’autres Églises se créent dans leur voisinage, très différentes dans leur manière de vivre leur foi, et qui, elles, sont en croissance.

«La globalisation nous invite à passer à une autre étape»

L’image de la mosaïque est particulièrement parlante ; elle a été largement reprise, ce qui illustre déjà en soi l’ampleur des questionnements qui traversent les Églises d’Europe. On la retrouve en France, mais aussi en Suisse ou en Italie. On peut penser bien sûr au projet Mosaïc, créé en France en 2006 pour favoriser la rencontre et la collaboration des chrétiens protestants de diverses cultures et origines : il a été mis en place au sein de la Fédération Protestante de France, à partir d’une réflexion lancée au sein du Défap et en partenariat avec la Cevaa. On retrouve cette même image dans le titre de la journée qui a été organisée le vendredi 15 novembre 2019 par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Il s’agit d’un service (dans la terminologie suisse, on parlera d’un «office») de la Conférence des Églises Réformées Romandes (la CER).

Les échanges et les ateliers se sont déroulés à la Chapelle des Charpentiers, à Morges, commune du canton de Vaud, au bord du lac Léman. Parmi les organismes impliqués dans la préparation de cette journée, on trouvait notamment la Faculté autonome de théologie protestante de Genève, ou encore DM-échange et mission, l’équivalent suisse du Défap. Et parmi les intervenants, à la fois des théologiens et des connaisseurs de la réalité du terrain, avec une place significative faite à des personnalités illustrant les activités du Défap ou de la Cevaa dans le domaine de l’interculturel… Aux côtés de Enrico Benedetto, professeur à la Faculté vaudoise de théologie, on trouvait ainsi Claudia Schulz, pasteure de l’UEPAL et référente Mosaïc dans l’Eurométropole de Strasbourg. Aux côtés d’Antoine Schluchter, pasteur de la Vallée, on trouvait Francis Muller, pasteur à Terre Nouvelle, à Mulhouse, qui s’occupe entre autres tous les vendredis, avec les bénévoles de l’Église protestante unie de France, d’une table ouverte pour des étudiants démunis de l’Université de Haute-Alsace, notamment des Kabyles. Était aussi invitée Karen Smith, aumônière de l’Université Ifrane, au Maroc, dont le poste est soutenu par le Défap, et qui vient régulièrement dans des paroisses françaises pour parler des relations interreligieuses dans le contexte marocain ; ainsi que le pasteur togolais Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa pour l’Église Protestante de Genève : présent en Suisse pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, il travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble. Il a pu constater par exemple l’importance des codes, et notamment des codes culturels, dans les relations entre Églises : des codes qui doivent être décryptés sous peine de produire des malentendus. Il était présent à Morges ce 15 novembre avec Gabriel Amisi, responsable du ministère «Témoigner ensemble à Genève».

Un travail qui rejoint les réflexions lancées au sein du Défap, comme le soulignait en janvier dernier Jean-Luc Blanc dans Paroles Protestantes – Est-Montbéliard : «la globalisation nous invite à passer à une autre étape : construire une théologie et une Église interculturelles. Il ne s’agit plus seulement de développer une théologie africaine en Afrique, une théologie chinoise en Chine, mais une réflexion théologique commune, qui mette en synergie en les valorisant toutes ces théologies culturellement marquées. En France, en tous cas, c’est devenu une nécessité. Les Églises de notre pays sont amenées à faire de la place à des hommes et des femmes venant d’ailleurs, qui veulent à la fois garder leur culture d’origine tout en intégrant celle qui les accueille. Ils ne veulent abandonner ni l’une ni l’autre. Nombre de nos frères et sœurs, assis le dimanche sur les mêmes bancs d’Église que nous, partagent une double identité ecclésiale : celle de leur Église d’origine et celle de leur Église d’accueil.»




«Je cherche Dieu»… sur le web

S’approprier les nouveaux moyens de communication est souvent un défi pour les Églises. Avec «jecherchedieu.ch», l’Église protestante de Genève (EPG) a lancé un pari : s’adresser aussi bien aux personnes en quête de sens qu’à celles qui pratiquent déjà. Ce blog est animé par le pasteur Marc Pernot, qui avait connu un beau succès de blogueur lorsqu’il avait la charge de la paroisse de l’Oratoire du Louvre, à Paris.

Bandeau illustrant le blog animé par Marc Pernot © DR

 

Le titre du nouveau blog de l’Église protestante de Genève (EPG) annonce d’emblée la couleur : «Je cherche Dieu». Lancé en novembre dernier, il est animé par Marc Pernot, pasteur de l’EPUdF, déjà «blogueur» à succès pour l’Oratoire du Louvre à Paris, ainsi que par ses collègues suisses Laurence Mottier (art religieux) et Anne-Christine Menu-Lecourt (éco-spiritualité), avec le soutien de la Faculté de théologie de l’Université de Genève (philosophie et théologie). Ce nouvel outil, qui renforce indirectement la présence de l’Église de Genève sur le web, est une forme de «pastorale» qui se répand, au niveau européen et, on peut le dire dans le monde entier, répondant à un besoin de spiritualité transversale. Dans une perspective qui semble consolider l’idée d’une «Église sur mesure», elle répond aux besoins de l’individu, dans une dimension personnelle plutôt que communautaire.

En fait, les utilisateurs de jecherchedieu.ch, qui s’adresse aux 30 à 60 ans, peuvent être à la fois «des gens qui fréquentent déjà un peu l’église mais n’ont pas assez de temps pour s’y rendre plus souvent», explique Marc Pernot, ou des gens qui n’assistent pas du tout à des cultes et qui sont peut-être insensibles à tout discours religieux, mais qui cependant «cherchent Dieu».

Questions pratiques et «boîte à outils» de base

Pour aller plus loin :

C’est donc un instrument qui intègre la pratique religieuse d’un membre de l’Église, mais aussi un lieu de partage du message évangélique (le pasteur ne veut pas parler d’évangélisation): «Nous voulons donner aux gens l’occasion de commencer à se familiariser avec la réalité de l’Église et de lire la Bible par leurs propres moyens», explique-t-il, ajoutant :«Beaucoup de gens peuvent être intéressés par une recherche personnelle, une recherche de sens : cet outil leur offre une aide. C’est un service que nous leur rendons, nous le faisons pour pour les aider, pas pour évangéliser. Nous avons un trésor, l’Évangile, et nous serions heureux que d’autres aient le plaisir de le découvrir.»

Le blog est divisé en plusieurs sections («Questions-Réponses», «Théologie», «Lire la Bible», «Prier méditer», «Pratiquer», «Témoignages»…), au premier rang desquelles apparaît la partie regroupant les questionnements directement inspirés par des internautes, et les réponses faites par Marc Pernot. On y trouve déjà plus de 200 interventions, dont certaines venues d’enfants et d’adolescents. Outre des considérations générales sur les différences entre les différentes religions et confessions, ou sur la manière de concilier certaines normes bibliques avec la vie quotidienne, beaucoup sont très personnelles («Je suis critiquée d’être mère au foyer. C’est dur. Est-ce que Dieu aussi serait contre ?», «Si une femme divorce et se remarie : elle est adultère ?», «Je suis épuisée d’avoir essayé pendant 3 ans d’aider une amie : que faire ? que fait Dieu ?»…).

«Que faire ? que fait Dieu ?»

Certaines d’entre elles, sur les religions et sur les questions éthiques, sont également présentes dans la section «Pratiquer un peu (à sa façon)», qui apparaît comme une sorte de «boîte à outils» de base, avec des glossaires, des idées, des indications pratiques (où puis-je acheter une Bible? comment prier?).

Une série de témoignages (de membres d’Église, de pasteurs) et de ressources multimédias proposées par les paroisses de l’Église protestante de Genève, téléchargeables et disponibles à l’écoute, complètent l’ensemble. Avec une attention particulière portée à l’interactivité : outre la possibilité d’envoyer des questions de manière anonyme, «les lecteurs, souligne Marc Pernot, peuvent également commenter une prédication, partager leur opinion sur une publication ou une réflexion. Bien entendu, rien n’oblige à être d’accord avec ma réponse.»